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Structures ecclésiastiques

  • Fraternité Saint-Pie X : des nouvelles sanctions objectivement injustes et invalides

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    Lettre au Saint-Père concernant le décret du Dicastère pour la Doctrine de la Foi

    Le Supérieur général

    À Sa Sainteté
    le Pape Léon XIV

    Écône, le 3 juillet 2026

    « Quel est d’entre vous le père, à qui son fils demandera du pain, et qui lui donnera une pierre ? ou un poisson, et qui, au lieu du poisson, lui donnera un serpent ? ou encore, s’il lui demande un œuf, lui donnera un scorpion ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc XI, 11-13)

    Très Saint-Père,

    La notification de la décision prise par le Saint-Siège à l’égard de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, signée par Son Éminence le Cardinal Fernández, nous est parvenue et est désormais de notoriété publique.

    Il nous semble que cette décision met une fois de plus en lumière le contexte extrêmement tragique dans lequel se trouve l’Église universelle. Ce que la Fraternité Saint-Pie X a fait et continuera de faire n’est rien d’autre qu’une initiative extrême de secours des âmes, au milieu de la confusion doctrinale et morale dans laquelle l’Église est plongée. Nous ne prétendons en aucune manière nous substituer à l’Église et nous n’avons d’autre ambition que de lui demeurer fidèles.

    En conscience, nous n’avons pas estimé pouvoir nous soustraire au devoir moral que nous avons envers les âmes, comme nous l’avons déjà expliqué, tant en privé que publiquement, à Votre Sainteté.

    Nous avions demandé du pain, c’est-à-dire un peu de compréhension pour un cas de conscience sincère, un geste de paternité non tant envers la Fraternité Saint-Pie X qu’envers les âmes, Vous promettant d’en faire de véritables fils de l’Église romaine ; malheureusement, nous avons reçu une pierre.

    Nous avions demandé un poisson, c’est-à-dire la possibilité d’obtenir temporairement les moyens nécessaires pour continuer à former de bons prêtres, afin qu’ils poursuivent leur mission de faire connaître Notre-Seigneur aux âmes ; malheureusement, nous avons reçu un serpent.

    Nous avions demandé un œuf, en promettant de le rendre dès que cela serait possible. En effet, la sainte Tradition que nous conservons dans les âmes appartient à l’Église, notre Mère — et non à la Fraternité Saint-Pie X —, et nous sommes certains qu’un jour un Pape voudra s’en servir pour le bien de l’Église universelle ; malheureusement, nous avons reçu un scorpion.

    Nous avions demandé d’être instruits et confirmés dans la foi de toujours ; au lieu de cela, nous avons été déclarés schismatiques une seconde fois.

    Malgré les sanctions qui nous frappent, la Fraternité Saint-Pie X renouvelle sincèrement la promesse qu’elle avait déjà formulée à Votre Sainteté. Permettez-moi, à ce propos, de reprendre librement ce que j’avais déjà exprimé :

    « La Fraternité Vous promet […] de consacrer toutes ses énergies à préserver la Tradition et à la mettre au service de l’Église. Ce faisant, la Fraternité Saint-Pie X ne se contente pas de conserver d’anciens usages ; elle favorise et préserve les vocations sacerdotales, les vocations religieuses, les familles nombreuses et profondément chrétiennes ; en un mot, tout ce qui manifeste la vitalité de l’Église, de la grâce et de la foi catholique. Notre intention n’est pas d’offrir à l’Église un musée de choses anciennes, mais la Tradition intégrale, féconde, source de vie spirituelle, incarnée et vécue dans les âmes. 

    [...] Je suis certain qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs pourra et voudra utiliser ce service, dont l’offrande, dans l’Église et pour l’Église, constitue notre unique raison d’être. » (Lettre personnelle adressée le 21 novembre 2025 à Sa Sainteté)

    Mais surtout, la Fraternité Saint-Pie X Vous promet aujourd’hui de ne pas accueillir ces nouvelles sanctions — objectivement injustes et invalides — dans l’amertume ou la révolte.

    Les condamnations récentes, comme celles du passé, nous atteignent dans ce que nous avons de plus cher : notre attachement à notre Mère, l’Église romaine. Pourtant, même dans cette épreuve, tout doit concourir au bien des âmes et de l’Église elle-même. C’est pourquoi ces condamnations nous poussent à aimer davantage encore la sainte Église et à subvenir à ses besoins de toutes nos forces, plus que jamais. Pour cette même raison, la Fraternité Saint-Pie X offre volontiers la souffrance causée par ces nouvelles sanctions, pour le bien de l’Église universelle et de Votre Sainteté.

    Nous sommes certains qu’un jour Vous-même ou l’un de Vos successeurs voudra faire sien le programme de saint Pie X : « Tout restaurer dans le Christ », Instaurare omnia in Christo. En ce jour-là, le Saint-Père découvrira dans la Fraternité Saint-Pie X, non un amas de serpents et de scorpions, mais une petite armée de fils loyaux, prêts à tout pour Le soutenir dans la restauration de toutes choses en Notre-Seigneur, et pour revendiquer devant l’humanité entière les droits imprescriptibles du Christ-Roi sur toutes les âmes et sur toutes les nations.

    En ce jour-là, le Saint-Père découvrira avec une grande joie et une profonde consolation des âmes authentiquement catholiques, dont le lien avec l’Église ne s’est jamais fondé sur les sables mouvants d’un dialogue ambigu, mais sur le roc de la foi de Pierre.

    Nous demandons à la très sainte Vierge Marie de hâter la venue de ce jour, et nous souhaitons surtout à Votre Sainteté de connaître au plus tôt cette joie et cette consolation.

    En attendant, si Vous le pouvez, malgré Votre récente décision, bénissez-nous comme Vos fils. Pour nous, rien n’a changé et jamais rien ne changera.

    Confiant dans la divine Providence, à laquelle rien n’échappe et qui lit jusqu’au fond du cœur de chaque homme, je demeure, Très Saint-Père, votre très dévoué fils dans le Seigneur.

    Don Davide Pagliarani

  • FSSPX : quelles sont les répercussions canoniques de ce nouveau schisme pour son clergé et ses fidèles ?

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    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Comment l’Église peut limiter un schisme plus large au sein de la Fraternité Saint-Pie X

    Le Vatican a établi des distinctions claires au sein du concept juridiquement flou de la Fraternité Saint-Pie X.

    3 juillet 2026

    Par un décret et une note explicative du Dicastère pour la doctrine de la foi, le Vatican a déclaré jeudi l’excommunication des évêques de la Fraternité Saint-Pie X à la suite de leurs consécrations épiscopales illicites du 1er juillet.

    Le libellé du décret était simple et précis, citant nommément les six hommes ayant directement participé aux consécrations qui constituaient, comme ils en avaient été préalablement avertis, un double crime canonique : les consécrations elles-mêmes et le schisme qu’elles manifestaient.

    Si aucun observateur averti n’a jamais douté que telles seraient les conséquences pour les évêques, de nombreuses discussions ont eu lieu quant aux répercussions canoniques plus larges que ce nouveau schisme de la FSSPX aurait pour son clergé et ses fidèles.

    Mais, si les interventions du DDF jeudi peuvent paraître logiques aux canonistes, la formulation exacte des réponses du Vatican a déjà fait l’objet d’une avalanche de commentaires, dont une grande partie remet en cause leur efficacité et leur cohérence juridique.

    Le défi auquel la hiérarchie est désormais confrontée, tant à Rome qu’au niveau local, consistera à expliquer la position de l’Église — et à agir en conséquence — d’une manière qui réponde de façon cohérente aux arguments inévitables de la FSSPX selon lesquels elle existe au-dessus et au-delà de la discipline de l’Église.

    Dans le cadre de cet effort, cependant, le DDF a déjà largement contribué à minimiser l’ampleur potentielle du schisme de la Fraternité Saint-Pie X en reconnaissant juridiquement les différentes relations que certains catholiques entretiennent avec la Fraternité et ses positions.

    Les avis juridiques et les avertissements émis ces dernières semaines par le Dicastère pour la doctrine de la foi ont clairement indiqué que le Vatican adopterait une vision large, voire expansive selon certains, de l’étendue d’un schisme, en réitérant ses conseils juridiques sur les conditions dans lesquelles les prêtres et les laïcs affiliés à la FSSPX pourraient être considérés comme s’associant légalement à la rupture canonique, et donc passibles de sanctions.

    Ces avis établissaient une distinction entre le clergé de la Fraternité et les laïcs qui s’associent à ses églises, et précisaient la nécessité d’une décision de la part d’une autorité ecclésiastique compétente pour déclarer que l’excommunication automatique avait été encourue.

    Le décret publié jeudi par la DDF se terminait ainsi : « Les clercs et les fidèles laïcs sont avertis de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, car ils encourraient ipso facto la peine d’excommunication latae sententiae. »

    La définition exacte d’une telle adhésion a ensuite été précisée dans une note explicative jointe du dicastère qui, citant à nouveau la justification juridique précédemment fournie par le Vatican, expliquait qui, quand et pourquoi, parmi ceux qui s’associent à la Fraternité Saint-Pie X, devait être considéré comme en schisme et soumis à la peine automatique d’excommunication.

    Les premières réactions à la note explicative, qui établissait une nouvelle fois une distinction entre le clergé et les laïcs, ont cherché à déterminer si celle-ci avait pour effet juridique de prononcer la peine d’excommunication pour schisme à l’encontre de toutes les personnes associées à la FSSPX.

    D’un point de vue purement canonique, il semblerait évident qu’elle n’ait pas un tel effet, puisqu’une note explicative n’est pas un décret au sens juridique du terme — et parce qu’elle énonce les critères permettant d’évaluer à l’encontre de qui la peine pourrait et devrait être prononcée, plutôt que de procéder à cette évaluation dans des cas spécifiques.

    Cependant, les premières réactions reposent sur l’hypothèse, probablement erronée, selon laquelle la note explicative de la DDF visait à prononcer l’excommunication de larges pans du clergé et des fidèles, plutôt qu’à définir les circonstances dans lesquelles de telles excommunications pourraient être prononcées. La différence est significative.

    Comme l’ont souligné les canonistes au cours des semaines qui ont précédé les ordinations de la FSSPX, il serait juridiquement problématique, voire impossible, pour le Vatican de prononcer une peine canonique d’excommunication à l’encontre de toutes les personnes associées à la FSSPX dans un seul texte ou acte juridique.

    Pour commencer, un principe canonique fondamental veut que les actes juridiques soient adressés à des personnes ou à des communautés capables — c’est-à-dire juridiquement reconnues — de les recevoir. Dans le cas de la Fraternité, l’Église ne reconnaît pas et n’a jamais reconnu la Fraternité Saint-Pie X comme une association juridique valide.

    S’il est possible pour l’Église de reconnaître l’existence générale de la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) en tant que groupe s’identifiant comme tel, celle-ci n’ayant toutefois pas d’existence juridique, le Vatican ne peut pas sanctionner ses « membres » en tant que tels, car il n’existe aucun critère juridique permettant d’établir l’appartenance à ce groupe.

    Au lieu de cela, ce qu’a fait la DDF, tant dans la note explicative de jeudi que précédemment, c’est de décrire les circonstances dans lesquelles des clercs et des laïcs peuvent être considérés comme ayant adhéré volontairement au schisme du mouvement de la FSSPX, sans tenter de réaliser, ce qui est juridiquement impossible, un tel discernement pour toutes les personnes et tous les lieux dans un seul document.

    L’intention apparente de la note explicative de la DDF est double.

    Premièrement, elle met explicitement en évidence la nature schismatique de la FSSPX et les graves conséquences spirituelles et canoniques pour un catholique, prêtre ou laïc, qui s’y associe. Deuxièmement, elle expose l’argumentation canonique nécessaire qui permettrait aux autorités compétentes, à savoir très clairement les évêques locaux, de prendre les mesures nécessaires pour protéger et discipliner les catholiques de leurs diocèses.

    Comme cela a été souligné, de telles mesures canoniques locales ont déjà été prises dans certains diocèses par le passé, et ont été confirmées par le Vatican en appel — ce qui démontre à la fois leur bien-fondé juridique et leur utilité pratique.

    Aujourd’hui, cependant, la situation semble plus urgente, et la nécessité d’une action locale en réponse au schisme renouvelé de la FSSPX et à la réaction du Vatican apparaît bien plus pressante.

    Tout au long des échanges entre la Fraternité et le Vatican au cours des mois qui ont suivi l’annonce des consécrations, les dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X ont avancé l’argument selon lequel ils occupent une sorte de statut privilégié au sein de l’Église — étant en quelque sorte à la fois en communion avec le pape, tout en se situant en dehors de sa discipline et au-dessus des déclarations faisant autorité de la hiérarchie en matière de foi.

    La FSSPX va désormais s’employer tout autant à convaincre autant de catholiques que possible que les jugements de Rome sont erronés et que les déclarations de la hiérarchie ne les lient pas. On trouve déjà en ligne une quantité considérable d’arguments selon lesquels le schisme de la FSSPX est à la fois justifié et n’en est pas un, et que les déclarations canoniques du Vatican manquent de poids et de force.

    Au-delà des hyperboles parfois comiques et de la mauvaise foi évidente qui caractérisent le discours en ligne, cependant, de nombreux catholiques qui se sont sentis attirés par les chapelles et les liturgies de la FSSPX l’ont fait pour des raisons autres que la dissidence clairement affirmée de la Fraternité vis-à-vis de la discipline papale et de l’autorité doctrinale du Vatican.

    En particulier à la suite de *Traditionis custodes*, nombreux sont ceux qui estimeront également avoir fait un choix justifié en répondant ainsi à leurs propres besoins liturgiques, face à des circonstances locales difficiles, voire délibérément provocatrices.

    Il y aura, comme on peut d’ailleurs déjà le constater, une avalanche de questions et d’arguments visant à contester la description claire faite par le Vatican de la Fraternité Saint-Pie X comme un mouvement schismatique, face à des cas spécifiques, qu’ils soient réels ou hypothétiques.

    La mesure dans laquelle le danger posé par le schisme, et par les tentatives persistantes de la FSSPX de convaincre des catholiques de s’y rallier, sera atténué dépendra en grande partie de la capacité de la hiérarchie, à tous les niveaux, à adopter, amplifier, clarifier et codifier les orientations du DDF en les adaptant aux spécificités des personnes et des lieux.

    Le Vatican lui-même semble en avoir pris conscience : peu après la déclaration d’excommunication des évêques de la FSSPX et la note explicative précisant qui d’autre pouvait tomber dans le schisme et de quelle manière, le Vatican a publié un protocole destiné aux prêtres et aux laïcs affiliés à la Fraternité afin qu’ils reviennent en communion avec l’Église.

    Pour les prêtres de la Fraternité – dont les directives juridiques en vigueur du Vatican précisent depuis des années qu’ils peuvent, du fait de se mettre au service de la FSSPX, être considérés comme ayant formellement adhéré au schisme de ses dirigeants –, diverses démarches doivent être entreprises pour renoncer au schisme et réaffirmer les enseignements de l’Église ainsi que l’autorité du pape ; celles-ci requièrent, et c’est là un point crucial, l’intervention de l’évêque local.

    Tout aussi crucial, en prévoyant le retour des laïcs à la communion avec l’Église après un schisme avec la Fraternité Saint-Pie X, le protocole précise clairement — là encore, conformément à des avis juridiques antérieurs du Vatican — que l’intention et l’effet schismatiques ne peuvent être présumés chez aucun laïc et ne peuvent être évalués qu’au cas par cas.

    Bien qu’il existe certains indicateurs pouvant aider tant les autorités locales que les laïcs concernés eux-mêmes à évaluer leur degré de culpabilité probable — tels que la participation habituelle aux célébrations liturgiques de la FSSPX ou l’adhésion formelle à ses positions doctrinales —, rien ne doit être présumé d’office.

    On peut toutefois considérer que la disposition la plus importante des protocoles de la DDF est la déclaration explicite selon laquelle « les laïcs qui ont fréquenté la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X uniquement pour des raisons liturgiques ou spirituelles [et] les laïcs qui, bien que conscients des tensions avec le Saint-Siège, ne rejettent pas le Magistère ni l’autorité du Souverain Pontife… ne doivent pas être considérés comme imputables ».

    En l’affirmant clairement, le Vatican a tracé une ligne de démarcation autour de ces catholiques par ailleurs fidèles qui se sont retrouvés dans l’orbite de la Fraternité Saint-Pie X et de ses chapelles pour des raisons spirituelles personnelles, et les a distingués du schisme formel de la Fraternité elle-même.

    Dans ses trois documents publiés jeudi, le Vatican a donc établi des distinctions importantes au sein du concept juridiquement flou de la Fraternité Saint-Pie X, en procédant à des appréciations canoniques très différentes quant à l’imputabilité et à la culpabilité de ses évêques, de ses prêtres et des différentes catégories de laïcs.

    Il appartient désormais aux évêques locaux d’expliquer, dans leurs diocèses, la nature et la portée de ces distinctions, ainsi que leurs différentes conséquences pratiques et canoniques. L’efficacité et la cohérence avec lesquelles ils s’acquitteront de cette tâche détermineront probablement l’ampleur et la profondeur réelles du schisme de la FSSPX.

  • Pourquoi nous ne suivons pas la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

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    Nous sommes sensibles aux arguments des lefebvristes sur les dérives de l'Eglise depuis Vatican II mais nous refusons de suivre la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dans la voie du schisme formel consécutif à des ordinations épiscopales sans mandat du pape.

    Notre position est nuancée. Elle est assez répandue parmi les catholiques attachés à la Tradition : reconnaissance des problèmes réels post-conciliaires (liturgie, catéchèse, œcuménisme, moralité, crise des vocations, etc.) sans franchir le pas du rejet formel de l’autorité pontificale ou de l’appartenance visible à l’Église.

    Contexte historique bref et factuel

    • Vatican II et ses suites : Les critiques « lefebvristes » portent souvent sur Sacrosanctum Concilium (application souvent contestée), les nouveaux rites (missel de Paul VI), la collégialité, la déclaration sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanae), et l’œcuménisme (Unitatis Redintegratio). Beaucoup de ces points ont été débattus théologiquement par des auteurs comme Mgr Lefebvre, le P. Calmel, Romano Amerio (Iota Unum), ou plus récemment des voix comme celles du cardinal Sarah, Mgr Schneider, ou des théologiens critiques modérés.
    • 1988 : Les ordinations épiscopales sans mandat papal ont entraîné une excommunication latae sententiae (levée en 2009 par Benoît XVI pour les évêques concernés). Du point de vue de Rome, la FSSPX se trouvait dans une situation canoniquement irrégulière : ni schismatique formelle au sens plein pour beaucoup de canonistes, ni pleinement régulière. Les sacrements qu’elle administrait étaient considérés valides (sauf les mariages, souvent contestés), mais l’exercice du ministère restait illicite en principe.
    • 2026 : L'ordination de quatre évêques le 1er juillet 2026 confirme la voie schismatique suivie par la fraternité saint Pie X. Mgr Alfonso de Galarreta a procédé à la consécration épiscopale de quatre prêtres de la Fraternité (Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier), avec l’assistance de Mgr Bernard Fellay. La cérémonie s’est déroulée malgré des mises en garde explicites du pape Léon XIV et du Saint-Siège. Rome a rapidement réagi par un décret de la Dicastère pour la Doctrine de la Foi, confirmant l’excommunication latae sententiae pour les évêques consécrateurs et les nouveaux ordonnés (can. 1387 et 1364 §1 du Code de Droit Canonique)

    Cette nouvelle ordination épiscopale sans mandat papal accentue le caractère schismatique formel (ou du moins la rupture visible d’unité avec le successeur de Pierre). Du point de vue canonique romain :

    • L’acte est illicite et entraîne des peines canoniques.
    • Il s’inscrit dans la continuité de 1988, présenté par la FSSPX comme une « opération survie » face à une crise perçue comme existentielle dans l’Église.
    • La FSSPX argue de l’« état de nécessité » (thèse théologique classique en cas de vacance ou de défaillance grave de l’autorité), mais Rome rejette cette interprétation et voit un acte de désobéissance publique. La FSSPX considère que la crise post-Vatican II (liturgie, doctrine, discipline) justifie cette mesure pour assurer la succession apostolique et la transmission de la foi traditionnelle. Le supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani, et les sermons de la cérémonie insistent sur la fidélité à Mgr Lefebvre.
    • Du côté romain et des traditionalistes en communion, on considère que cet acte éloigne encore plus la réconciliation. Il complique la situation pour les fidèles qui veulent la Tradition sans rupture. Des groupes comme la FSSP, l’ICRSP ou les communautés diocésaines sous autorité épiscopale restent des voies en pleine communion, même si elles subissent parfois des restrictions (cf. Traditionis Custodes).

    Notre sensibilité aux critiques des dérives conciliaires tout en refusant le schisme formel se veut cohérente. Beaucoup de catholiques traditionnels se trouvent dans cette tension : ils constatent les problèmes (baisse dramatique des vocations, sécularisation, ambiguïtés doctrinales dans certains documents) sans accepter de créer une hiérarchie parallèle. A nos yeux, s'éloigner de Rome ou fonder une structure parallèle équivaut à commettre un péché de schisme.

    Notre refus du « schisme formel » correspond à une ligne classique : on peut critiquer sévèrement les dérives sans rompre l’unité visible.

    Il existe des alternatives en communion régulière; plusieurs instituts et communautés traditionnelles reconnaissent le pape actuel tout en préservant la liturgie traditionnelle et une formation doctrinale solide :

    • Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) : Fondée précisément après 1988 par des prêtres qui ont quitté la FSSPX pour rester en pleine communion. Messe traditionnelle (rite romain 1962), séminaires, apostolat paroissial. Présente en France et dans de nombreux pays.
    • Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) : Approche plus « romaine » et contemplative, avec un charisme particulier. Aussi en pleine communion.
    • Institut du Bon Pasteur (IBP) : Issu d’anciens de la FSSPX, avec un statut personnel particulier.
    • Communautés diocésaines : Dans de nombreux diocèses, des messes traditionnelles sont célébrées par des prêtres diocésains ou d’autres instituts (bénédictins du Barroux dans certains cas, etc.), même si Traditionis Custodes (2021) a restreint ce mouvement.
    • Abbayes et monastères : Certains maintiennent la tradition sans appartenir à la FSSPX (ex. certaines branches bénédictines, carmélites traditionnelles, etc.).

    Ces groupes partagent souvent les mêmes préoccupations doctrinales que la FSSPX tout en évitant la rupture canonique.

    Si notre sensibilité aux arguments lefebvristes est bien réelle (la crise de l’Église depuis les années 1960 est massive et mesurable (chute des ordinations, pratique dominicale, transmission de la foi)), nous ne suivons pas la FSSPX dans la voie du schisme où elle s'est engagée depuis 1988.

    Lire aussi : Les groupes traditionalistes désavouent les consécrations de la FSSPX et appellent à la poursuite du dialogue

  • Prêtres et laïcs lefebvristes: la procédure de retour à la communion catholique

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    De Vatican News :

    Prêtres et laïcs lefebvristes: la procédure de retour à la communion catholique

    Le dicastère pour la Doctrine de la Foi adresse aux évêques du monde entier une communication indiquant les mesures à prendre pour accueillir à nouveau ceux qui décideraient de quitter la Fraternité Saint-Pie X après l’acte schismatique qui a conduit à la nouvelle excommunication.

    Pour le retour à la communion catholique après l’acte schismatique du 1er juillet, il ne sera pas nécessaire de reproduire l’expérience des commissions spéciales «Ecclesia Dei», comme cela a été le cas par le passé, car le dicastère pour la Doctrine de la Foi a déjà mis au point une procédure tant pour les prêtres que pour les fidèles laïcs, en impliquant directement les ordinaires diocésains et les responsables des fraternités qui suivent le rite ancien et sont unies à Rome. Les instructions sont transmises ces jours-ci par l’intermédiaire des nonciatures, comme cela avait déjà été annoncé dans la note explicative publiée le 2 juillet par le Dicastère.

    Réconciliation pour les prêtres

    La pratique suivie par le dicastère pour la Doctrine de la Foi, à compter du 1er juillet 2026, prévoit que le prêtre qui décide de quitter la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, disposé à accepter le Concile Vatican II et la légitimité du novus ordo Missae, bien qu’attaché à l’ancien rite, doit «trouver un Ordinaire (évêque diocésain, supérieur majeur d’institut religieux de droit pontifical clérical et des sociétés de vie apostolique de droit pontifical clérical, etc.) disposé à l’accueillir ad experimentum». Le prêtre devra donc «rédiger de sa propre main une lettre adressée au Saint-Père dans laquelle il se présente et demande la rémission des censures encourues en raison de l’ordination reçue d’un évêque excommunié ou irrégulier, ou bien, s’il a été ordonné valablement et légitimement, pour avoir adhéré par la suite à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X».

    Profession de foi et formule d’adhésion

    Le prêtre devra en outre joindre son certificat d’ordination sacerdotale ainsi que, signés et datés, «la Professio fidei et la Formula adhaesionis, datées et signées». Il s’agit de la profession de foi qui résume les principes de la foi catholique et de la formule d’adhésion par laquelle le prêtre promet fidélité au Pape en s’engageant à ne pas l’attaquer publiquement, lui et son magistère. Elle reprend la doctrine du n°25 de la Constitution dogmatique conciliaire «Lumen gentium» sur l’adhésion au magistère de l’Église. Elle déclare en outre considérer comme valide la célébration de la messe selon les rites promulgués par Paul VI et Jean-Paul II et adhérer aux normes du Code de droit canonique promulgué par Jean-Paul II.

    Le prêtre devra faire envoyer les documents (la lettre accompagnée du certificat, la profession de foi et la formule d’adhésion) par l’Ordinaire «qui manifestera dans la lettre d’accompagnement sa disponibilité à l’accueillir ad experimentum dans son diocèse ou au sein de son institut». Dès réception des documents de l’Ordinaire, le dicastère rédige un rescrit de levée des censures, autorisant l’Ordinaire à accueillir le prêtre demandeur «pour une période d’essai d’au moins un an et de trois ans au plus, à l’issue de laquelle il sera possible de procéder à son incardination».

    La réconciliation des fidèles laïcs

    Cette pratique, explique le dicastère, «touche à la question de l’imputabilité ou du degré de responsabilité subjective des fidèles laïcs qui ont adhéré formellement ou fréquentent la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et qui demandent à entrer en pleine communion avec l’Église catholique». L’imposition d’une peine aux laïcs appartenant à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ne peut en effet «être présumée automatiquement, mais doit être évaluée au cas par cas».

    «Étant donné que l’imputabilité requiert une pleine connaissance et un consentement délibéré», peut-on lire dans le document du dicastère pour la Doctrine de la Foi, «des exemples d’imputabilité avérée peuvent concerner: les laïcs faisant partie du Tiers-Ordre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X; les laïcs qui participent habituellement aux célébrations de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, en partageant formellement ses positions doctrinales».

    La procédure à suivre

    La procédure à suivre, le cas échéant, pour les laïcs appartenant à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X auxquels une sanction a été infligée et qui demandent à entrer en pleine communion avec l’Église catholique «implique un acte formel d’adhésion pleine et entière à la doctrine et d’obéissance à la hiérarchie catholique, sous la juridiction de l’Ordinaire du lieu, garant de l’unité de l’Église particulière». Par conséquent, un fidèle laïc qui décide de quitter la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X doit présenter à son évêque la Professio fidei et la Formula adhaesionis, datées et signées. «Une fois ces documents reçus, l’Ordinaire du lieu se chargera d’accueillir le fidèle laïc selon les délais et les modalités qu’il jugera les plus opportuns».

    Les laïcs non imputables

    Le document précise que «ne doivent pas être considérés comme imputables: les laïcs qui ont fréquenté la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X uniquement pour des raisons liturgiques ou spirituelles; les laïcs qui, bien que conscients des tensions avec le Saint-Siège, ne rejettent pas le Magistère ni l’autorité du Souverain Pontife». En ce qui concerne ces derniers, il suffira qu’ils s’adressent «à un prêtre en pleine communion, avec la décision de ne plus fréquenter à l’avenir la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X».

  • Léon XIV annule les réformes de l'ère François au sein du diocèse de Rome

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Léon XIV annule les réformes de l'ère François au sein du diocèse de Rome

    Trois ans après la constitution apostolique de François, le pape Léon a apporté des changements significatifs aux structures de gouvernance du diocèse.

    Trois ans après la promulgation par François de la constitution apostolique In Ecclesiarum Communione, Léon publia le motu proprio Confirma Fratres Tuos, apportant des changements majeurs à la structure de gouvernement du vicariat et rétablissant le cardinal vicaire comme principale autorité dans le gouvernement quotidien du diocèse du pape.

    Les observateurs locaux ont interprété cette décision comme une réprimande implicite à l'égard de Mgr Renato Tarantelli Baccari, vicaire du diocèse de Rome, dont l'ascension fulgurante sous le pontificat de François a culminé avec sa nomination comme évêque auxiliaire et vicaire en 2024.

    Tarantelli Baccari était largement considéré à Rome comme l'une des figures clés de la réforme du vicariat par François, qui accordait une plus grande autorité au vice-gérant et au Conseil épiscopal.

    Après avoir annoncé la consécration des quatre nouveaux évêques auxiliaires de Rome le 25 février, le pape Léon a établi une commission composée de tous les évêques auxiliaires de Rome et du cardinal vicaire pour réviser In Ecclesiarum Communione .

    Le diocèse de Rome est divisé en cinq zones : nord, sud, est, ouest et centre historique – bien que la zone du centre historique ait été abolie par François en octobre 2024 et rétablie plus tard par le pape Léon en novembre 2025.

    Chaque zone est censée être dirigée par un évêque auxiliaire de Rome, agissant en qualité de vicaire épiscopal. Les évêques auxiliaires constituent le conseil épiscopal du vicariat, ou diocèse, de Rome, aux côtés du cardinal vicaire de Rome – nommé par le pape pour diriger le diocèse – et du vice-gérant, qui sont les deuxième et troisième personnages les plus importants du diocèse, après le pape lui-même.

    Bien que le motu proprio ne constitue pas un renversement absolu de la réforme de François, il apporte des changements significatifs.

    Avant l'encyclique In Ecclesiarum Communione , le cardinal vicaire exerçait une large autorité par procuration dans le gouvernement du diocèse de Rome. Bien que le pape demeurât évêque de Rome et conservât la pleine autorité d'intervention, le cardinal vicaire pouvait prendre la plupart des décisions diocésaines importantes sans l'approbation explicite du concile épiscopal ni du pape, ce qui signifiait qu'en pratique, il agissait comme l'ordinaire local du diocèse au quotidien.

    Cependant, la réforme de François a considérablement réduit le pouvoir du cardinal vicaire et accru celui du vice-gérant et du conseil épiscopal.

    Par exemple, l’article 10 de l’ encyclique In Ecclesiarum Communione promulguée par François stipule que le cardinal vicaire « est un auxiliaire et vicaire général [du diocèse de Rome]… En mon nom et par mon mandat, avec l’assistance de mes autres évêques auxiliaires, parmi lesquels je choisis le vice-gérant, il exercera le ministère épiscopal d’enseignement, de sanctification et de gouvernance pastorale pour le diocèse de Rome avec le pouvoir vicaire ordinaire selon les termes que j’ai établis. »

    L'article est désormais simplifié sous Léon, la mention du cardinal vicaire comme « auxiliaire et vicaire général » étant supprimée, et il est désormais indiqué que le cardinal vicaire a « la haute et effective direction du vicariat » et le vice-gérant n'est mentionné brièvement qu'à la fin de l'article.

    L'article 14.2 de la constitution apostolique stipulait que le vicaire « dirige les offices qui composent le Service du Secrétariat général du vicariat… Le vicaire est chargé de superviser les offices du vicariat dans l'exercice de leurs fonctions, de convoquer une réunion mensuelle des directeurs de tous les offices du vicariat, d'établir les critères de la bonne application du principe de communication unique dans les relations entre le vicariat et les autres autorités, et de veiller à ce que les employés du vicariat exécutent fidèlement les tâches qui leur sont confiées. »

    Cette partie de l'article a entièrement disparu lors de la réforme de Léon.

    La réforme de Léon introduit en revanche le rôle de modérateur de la curie, qui assume désormais certaines des responsabilités auparavant dévolues au vice-gérant.

    Le modérateur est proposé par le cardinal vicaire et nommé par le pape pour un mandat unique de cinq ans. Conformément à l’article 19, « le modérateur de la curie assiste le cardinal vicaire dans l’exercice de ses fonctions… Il coordonne les activités du vicariat en vue de la mise en œuvre des directives du cardinal vicaire. »

    Une autre limite importante imposée à l'autorité du cardinal vicaire par In Ecclesiarum Communione concernait le Conseil épiscopal, que la constitution définissait comme le « principal organe de synodalité » du diocèse et son principal forum « pour les décisions pastorales et administratives ». Le texte exigeait également que le conseil se réunisse trois fois par mois, le pape présidant personnellement ou déléguant le cardinal vicaire pour diriger les sessions.

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  • FSSPX : le schisme est consommé; selon le cardinal Müller, une hérésie dans la pratique est le fait de la Fraternité

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    D'Andrea Zanbrano sur la NBQ :

    Le schisme est consommé, Müller : « Une hérésie dans la pratique émane de la Fraternité »

    Le schisme de la Fraternité Saint-Pie X est consommé. Entretien avec le cardinal Müller : « Je demande une réponse théologique aux erreurs qui dénotent une hérésie dans la pratique » ; « Accueillir ceux qui partiront, supprimer l’Ecclesia Dei était une erreur » ; « Il y a de l’idéologie dans Traditionis custodes, la tradition a besoin de sollicitude pastorale ».

    2/07/2026

    « C’est plus qu’un schisme, c’est une hérésie dans la pratique. Il faudra désormais répondre de manière systématique à ces erreurs et se préparer à accueillir ceux qui quitteront la Fraternité Saint-Pie X ». Le cardinal Gerhard Ludwig Müller lève les yeux et regarde par la fenêtre de son bureau, qui donne justement sur le Palais apostolique. Le schisme lefebvrien vient de se concrétiser en cette matinée caniculaire, tandis que les touristes grouillent dehors, inconscients de la blessure que cet acte représente pour l’Église. Pourtant, Müller sait qu’il s’agit là d’un point de non-retour.

    Éminence, la consécration des quatre évêques de la FSSPX sans mandat pontifical a commencé par un contresens. À la question « avez-vous le mandat ? », la réponse a été une non-réponse. 

    Une blessure, sans aucun doute. On se souvient des donatistes, qui se croyaient supérieurs, pensaient avoir le droit de juger le Magistère et de décider de ce qui était catholique et de ce qui ne l’était pas.

    Votre intervention au Consistoire a eu le mérite de porter cette question devant le Pape. Comment les cardinaux ont-ils réagi ?

    J’ai été surpris par le nombre de confrères qui ont accueilli favorablement mes propositions. Il incombe à nous, cardinaux de la Sainte Église romaine, de défendre l’orthodoxie. Saint Irénée disait déjà que toutes les Églises doivent s’accorder avec l’Église de Pierre et Paul. Et il l’a dit contre les gnostiques. D’ailleurs, la gnose est à la base de toute rébellion. C’est lorsque la raison de l’homme veut se poser au-dessus de la raison de Dieu. Derrière toutes les hérésies se cache le gnosticisme, car il présuppose d’avoir une conception supérieure à la révélation présentée dans l’Église visible.

    Et dans la Fraternité, y a-t-il davantage d’hérésie ou davantage de gnosticisme ?

    Il y a une hérésie dans la pratique. Ici, on ne peut pas faire la distinction entre schisme et hérésie. La négation du primat du Pape dans la pratique, qu’ils acceptent pourtant en théorie, est une forme pratique d’hérésie. Cela rappelle les libéraux et les francs-maçons du XIXe siècle en Allemagne, qui n’auraient accepté l’absolutisme du roi que si celui-ci avait accepté leurs propositions.

    Comment le pape Léon a-t-il réagi à vos propositions ?

    Il n’a pas réagi directement, mais il connaît ma position.

    Venons-en aux propositions. Quelle ligne faut-il suivre sur le plan doctrinal ?

    Il faut répondre sans tarder. Je pense à une réponse structurée et systématique.

    Comment pourrait-elle s’articuler ?

    Je pense à une commission théologique internationale, qui répondrait à toutes les erreurs de la Fraternité afin d’en dégager le principe même de leur opposition. Il est désormais indispensable d’apporter une réponse théologique de nature scientifique, qui permette ensuite à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de parvenir à une clarification définitive.

    Certaines voix au sein du monde catholique ont rassuré les fidèles en affirmant qu’au fond, l’autorisation du Pape n’est qu’une question de légalisme…

    Ce n’est pas du légalisme. C’est très grave de qualifier cela de légalisme, c’est une question fondamentale pour l’Église. La Fraternité parle sans cesse de la primauté du pape telle que définie par Vatican I, mais elle n’accepte pas cette doctrine ; ses membres veulent être catholiques sans respecter le rôle fondamental du pape. Je leur ferais lire ce que saint Thomas disait sur la primauté du pape. C’est le même comportement que celui de Luther, qui disait qu’il aurait embrassé la pantoufle du pape si celui-ci avait accepté son interprétation de l’Évangile. C’est inacceptable.

    Pourquoi ?

    Parce que l’acte d’ordination d’un évêque est un acte de l’Église ; en son absence, on tombe dans la secte. Personne ne peut dire : « J’ai le droit de me faire ordonner évêque ». La doctrine de la primauté est évangélique ; prétendre qu’il ne s’agit que de légalisme revient à rompre avec le Pape et à détruire la structure sacramentelle de l’Église. Luther l’a fait lui aussi. Ils veulent être des « super-catholiques » avec une herméneutique protestante. À l’instar d’Henri VIII qui disait : « Je suis plus catholique que le pape ».

    Comment répondez-vous à l’objection d’Écône qui prétend agir pour le salut des âmes ?

    Je réponds avec saint Augustin qui répliquait aux sectes donatistes, qui se proclamaient la seule Église pure face à l’Église pécheresse : l’Église est un corpus permixtum où les pécheurs cohabitent avec les saints. Nous sommes tous pécheurs et nous sommes tous saints. Ce sont plutôt les fidèles qui se laissent séduire par cette prétention qui mettent leur âme en danger.

    Une autre objection concerne l’état de nécessité, c’est-à-dire la dérogation à certaines lois de l’Église si une situation de danger l’impose.

    Mais l’état de nécessité ne peut vous autoriser à aller à l’encontre de ce que Jésus-Christ a établi ! La sagesse divine n’avait-elle pas déjà prévu cela aussi ? La vérité, c’est que l’état de nécessité est mal compris. Il n’existe que dans leur imagination.

    Mais il est évident que l’Église subit des influences hétérodoxes et des doctrines trompeuses, ainsi qu’une protestantisation et une sécularisation excessives…

    Il n’y a pas d’erreurs de l’Église, c’est a priori impossible. Il y a des erreurs dans l’Église, mais pas de l’Église. Ne savent-ils pas que l’Église est indestructible et infaillible ? Même à l’époque des Ariens, il y avait des erreurs dans l’Église, mais pas de l’Église. L’argument de l’état de nécessité est une auto-justification idéologique par laquelle chacun veut se définir comme le critère ultime.

    Vous avez été préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Comment avez-vous géré l’affaire des lefebvristes ?

    Si je peux utiliser une image, je dirais qu’ils tournaient autour du problème de la liberté religieuse. Mais ce que j’ai eu l’impression de percevoir, c’est qu’ils n’acceptent pas que Dieu nous laisse la liberté même s’il existe des consciences erronées. L’État ne peut imposer une religion, mais devant Dieu, nous sommes tenus d’obéir à la révélation.

    Venons-en à la deuxième proposition : la création d’une structure à l’image de l’Ecclesia Dei, capable d’accueillir les futurs dissidents de la Fraternité désormais schismatique…

    La suppression de l’Ecclesia Dei a été une erreur, car cela a entraîné un morcellement des compétences et des domaines d’intervention. Il faudrait au contraire une entité unique chargée des aspects liturgiques et dogmatiques, destinée à ceux qui, dès demain, voudront revenir dans l’Église, afin de les aider à distinguer les questions proprement liturgiques de celles qui relèvent exclusivement de la doctrine ou de la bonne compréhension de la mission du pape et des évêques. Et encore : apprendre à distinguer les erreurs dans l’Église des erreurs de l’Église, ce qui, comme nous l’avons dit, est impossible.

    Une nouvelle structure au sein du Dicastère pour la doctrine de la foi ?

    Pas nécessairement. Sous son égide, mais sans nécessairement en émaner. Elle doit disposer d’une certaine indépendance et d’une certaine autonomie pour s’occuper exclusivement de ces personnes.

    L’ancienne Ecclesia Dei a eu le mérite de favoriser la réconciliation de nombreuses réalités avec l’Église.

    C’est vrai. J’en ai moi-même vu les fruits. Samedi, je serai à Courtlain, en France, pour l’ordination de sept diacres et prêtres de l’Institut du Bon Pasteur. À Wigratzbad, il y a la Fraternité Saint-Pierre, qui dispose d’un séminaire très dynamique. Ce sont des réalités fructueuses, qui ont des vocations, une foi solide, et qui ont besoin d’un accompagnement que je leur apporte volontiers.

    Célébrerez-vous la messe selon l’ancien rite ?

    Oui. Je ne suis pas un fervent partisan de la messe selon l’ancien rite, mais c’est une préoccupation pastorale que j’assume volontiers, car il s’agit à tous égards d’un patrimoine de l’Église qui ne doit pas disparaître.

    Que pensez-vous de la proposition de créer un ordinariat qui réglemente toutes ces réalités qui souhaitent vivre la tradition au sein de l’Église ?

    Canoniquement, c’est possible ; il existe déjà des expériences de ce type pour le monde dit « traditionnel », mais aussi pour les anciens anglicans. Je n’ai pas d’a priori, je pense qu’on peut réfléchir à cette issue possible.

    Mais il y a l’obstacle du *Traditionis custodes*, le *motu proprio* du pape François qui réglemente de manière restrictive la liturgie ancienne, réduisant à néant l’effort du *Summorum Pontificum*, qui avait au contraire constitué un « printemps » de redécouverte de la tradition…

    L’approche adoptée dans *Traditionis custodes* était idéologique ; on n’a pas pris conscience que si les fidèles recherchent la messe selon le *Vetus Ordo*, c’est aussi parce qu’ils ont assisté pendant trop d’années aux abus commis lors de la messe selon le *Novus Ordo*. Il est vrai que l’on parlait d’abus dans le rite renouvelé, mais on n’a pas réagi. En revanche, il y a deux semaines, on est intervenu pour mettre fin à la tentative, en Allemagne, de confier l’homélie à un fidèle laïc. C’est Vatican II lui-même qui affirme que le prêtre est le seul ministre du culte et de la Parole. De la même manière, il faudrait également intervenir face aux autres abus, mais les évêques eux-mêmes doivent et peuvent le faire dans leurs propres diocèses. Ils en ont le pouvoir et la faculté légitime.

    Quels sont, selon vous, les abus les plus graves dans la forme ordinaire de la messe ?

    Je dirais le refus d’admettre que l’essence de la liturgie est l’adoration de Dieu. Certains l’interprètent comme un divertissement, comme un spectacle. Et cela conduit au protagonisme du prêtre qui est certes ministre de Jésus, mais pas l’acteur principal.

    Dans certains milieux traditionalistes qui font un clin d’œil à Écône, on avance cette justification : comment cela se fait-il ? On excommunie les lefebvristes qui sont fidèles à la tradition, mais pas les Allemands qui sont désormais protestants ?

    C’est une objection que je peux comprendre d’un point de vue humain. Les tendances hétérodoxes au sein de l’Église, par exemple celles qui visent à bénir les couples homosexuels, constituent une grave erreur et doivent être combattues en tant que telles. Mais cette objection ne correspond pas à la réalité théologique. La Fraternité Saint-Pie X n’est pas sanctionnée parce qu’elle est « orthodoxe », mais parce qu’elle a procédé à l’ordination d’évêques en sortant de la communion avec Pierre, ce qui est une condition nécessaire. On ne peut excuser un mal par un autre mal.

  • Le Vatican excommunie même les membres laïcs de la FSSPX, une mesure d'une sévérité sans précédent dans l'histoire récente

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    D'InfoVaticana :

    La réaction de Rome fut rapide et la plus sévère depuis près de quarante ans. Moins de 24 heures après les consécrations épiscopales célébrées la veille à Écône par la Fraternité Saint-Pie-X, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi publie le 2 juillet une Note Explicative, signée par le cardinal Víctor Manuel Fernández, déclarant le crime de schisme consommé et étendant ses conséquences canoniques non seulement aux évêques et prêtres de la Fraternité, mais aussi – et c’est là le développement le plus grave – aux fidèles laïcs.

    Le document, daté du Palais du Dicastère et signé par le préfet, Monseigneur Armando Matteo (secrétaire de la Section Doctrinale) et l'archevêque John J. Kennedy (secrétaire de la Section Disciplinaire), déclare que « les multiples tentatives pour ramener les adeptes du mouvement initié par Monseigneur Marcel Lefebvre en pleine communion avec l'Église catholique se sont avérées vaines » et que les consécrations « sans mandat pontifical, contre la volonté du Saint-Père » ont « constitué le crime de schisme ».

    Trois coups dans un seul document

    La Note établit trois points d'une force sans précédent :

    Premièrement : tous les ministres sacrés de la FSSPX « sont en schisme et doivent donc être considérés comme schismatiques », demeurant « soumis à l’excommunication prescrite par le droit canonique » (can. 1364 § 1). Cette déclaration ne vise plus seulement les quatre évêques consacrés hier et le consécrateur : elle s’étend aux plus de sept cents prêtres de la Fraternité dans le monde entier.

    Deuxièmement : les fidèles laïcs « qui adhèrent formellement » à la Fraternité « doivent être considérés comme schismatiques et excommuniés », selon les conditions établies par la Note explicative du Conseil pontifical pour les textes législatifs de 1996, que le Dicastère déclare « toujours en vigueur » et « adopte comme sienne ».

    Troisièmement : le peuple de Dieu est averti que les ministres de la Fraternité « administrent illégalement les sacrements » et que « le sacrement de pénitence qu’ils administrent et le mariage qu’ils célèbrent sont invalides ».

    Plus dur que Jean-Paul II en 1988

    La comparaison avec le précédent historique est inévitable, et le constat est accablant : cette Note va au-delà de ce qui a été établi par le motu proprio Ecclesia Dei de 1988. À cette époque, Jean-Paul II avait prononcé l’ excommunication latae sententiae de Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro Mayer et des quatre évêques consacrés. Les prêtres et les fidèles avaient été avertis du risque, mais l’excommunication prononcée ne concernait alors que six personnes. Aujourd’hui, en revanche, le Dicastère déclare excommuniés l’ensemble du clergé de la Fraternité et, pour la première fois explicitement dans un document émanant de cette autorité, les laïcs qui y adhèrent formellement.

    Un détail non négligeable pour les canonistes : le document porte le numéro de protocole 99/2009 . Autrement dit, il a été versé au dossier de l’affaire ouverte l’année où Benoît XVI, par décret du 21 janvier 2009, levait l’excommunication des quatre évêques, en signe de miséricorde pour promouvoir l’unité. Dix-sept ans plus tard, ce même dossier sert à l’action inverse.

    Adieu aux concessions de François

    La déclaration d'invalidité des confessions et des mariages annule de fait les concessions accordées par le pontificat précédent . Lors du Jubilé de la Miséricorde en 2015, François avait conféré aux prêtres de la Fraternité la faculté d'absoudre validement les péchés, l'avait rendue permanente dans la lettre apostolique Misericordia et misera (n° 12), et, en 2017, par l'intermédiaire de la Commission Ecclesia Dei , avait établi un dispositif pour la célébration valide des mariages officiés par ses prêtres. Tout cela est désormais effacé d'un trait de plume, sans aucune mention de ces actes pontificaux ni des centaines de milliers de fidèles qui, pendant une décennie, ont reçu la confession et se sont mariés sous leur protection.

    Une rigueur réservée à la tradition

    On pourrait se demander – et de nombreux fidèles se le demanderont aujourd’hui – s’il existe un autre groupe au sein de l’Église auquel Rome ait jamais appliqué une telle rigueur. Le prétendu Chemin synodal allemand a approuvé des résolutions ouvertement contraires au Magistère sans qu’aucun évêque ne soit déclaré schismatique. Des théologiens, des congrégations et des communautés entières remettent publiquement en question des doctrines établies sans que le Dicastère n’ait invalidé leurs sacrements ni excommunié leurs fidèles. L’excommunication explicite de laïcs pour leur simple adhésion à une réalité ecclésiale est sans précédent dans la pratique récente du Saint-Siège. Une fois encore, la norme n’atteint son maximum que lorsqu’elle se réfère à la tradition.

    Le document se conclut par une formule maternelle habituelle : « L’Église, telle une mère attentive, accueillera avec une affection sincère » ceux qui souhaitent revenir, et par une exhortation aux fidèles à « s’abstenir de participer aux célébrations et activités organisées » par la Fraternité. Les nonces apostoliques mettront en place des procédures pour les différents cas de retour.

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    DÉCRET

    Nonobstant les avertissements adressés au Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Monseigneur Alfonso de Galarreta, ayant accompli un acte de nature schismatique par la consécration épiscopale de quatre prêtres, sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife, a encouru *ipso facto* les peines prévues par le can. 1387 et le can. 1364 § 1 CIC 2021.

    Je déclare donc à tous effets juridiques que tant ledit Monseigneur Alfonso de Galarreta que Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier ont encouru *ipso facto* l'excommunication *latae sententiae* réservée au Siège Apostolique.

    Je déclare en outre que Monseigneur Bernard Fellay, ayant participé directement à la célébration liturgique en qualité de co-consécrateur, ayant ainsi adhéré publiquement à l'acte schismatique, a encouru l'excommunication latae sententiae prévue par le can. 1364 § 1 CIC 2021.

    Les clercs et les fidèles laïcs sont avertis de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, sous peine d'encourir ipso facto la peine de l'excommunication latae sententiae.

    Du Palais du Dicastère, le 2 juillet 2026

    Víctor M. Card. Fernández
    Préfet

    Note explicative du Dicastère pour la Doctrine de la Foi – 2 juillet 2026

    Prot. n° 99/2009


    NOTE EXPLICATIVE

    Depuis l'époque de saint Paul VI jusqu'aux derniers entretiens, qui se sont tenus récemment auprès de ce Dicastère, les nombreuses tentatives visant à ramener à la pleine communion avec l'Église catholique les membres du mouvement initié par Mgr Marcel Lefebvre se sont révélées vaines. Cette situation s'est encore aggravée à la suite des récentes consécrations épiscopales célébrées sans mandat pontifical, contre la volonté du Saint-Père, en violation manifeste du droit canonique. C'est pourquoi ce Dicastère, dans le fidèle exercice des fonctions qui lui sont confiées, estime nécessaire de constater que cet acte a constitué le délit de schisme, avec les conséquences canoniques qui en découlent pour les ministres sacrés et les fidèles laïcs concernés. En effet, comme cela avait déjà été déclaré en 1988, « cette désobéissance, qui comporte en elle-même un refus pratique de la primauté romaine, constitue un acte schismatique » (cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Ecclesia Dei, n° 3).

    À cet égard, désormais :

    1. Les ministres sacrés appartenant à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sont dans le schisme et doivent, par conséquent, être considérés comme schismatiques (cf. Ecclesia Dei, n° 5 c ; Conseil pontifical pour les textes législatifs, Note explicative sur l'excommunication pour schisme encourue par les adhérents au mouvement de Mgr Marcel Lefebvre, 24 août 1996, nos 5-6). Ils sont donc soumis à l'excommunication prévue par le droit (can. 1364 § 1 du Code de droit canonique).

    2. En ce qui concerne les fidèles laïcs, doivent être considérés comme schismatiques et excommuniés ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, selon les conditions établies par la Note explicative du Conseil pontifical pour les textes législatifs de 1996 (cf. ibid., n° 7), toujours en vigueur et que ce Dicastère fait sienne.

    3. Enfin, le saint Peuple de Dieu est averti que les ministres sacrés de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X administrent illicitement les sacrements et que le sacrement de pénitence qu'ils administrent ainsi que les mariages auxquels ils assistent sont invalides.

    L'Église, comme une mère pleine de sollicitude, accueillera avec une affection sincère et une vive bienveillance tous ceux qui souhaiteront revenir à la pleine communion. Les Nonces apostoliques mettront à la disposition des Ordinaires les procédures qu'ils pourront utiliser selon les différents cas.

    Enfin, tous les fidèles sont exhortés à demeurer fermes dans la communion avec le Pontife romain, avec les évêques en communion avec lui et avec toute l'Église (cf. Lumen gentium, n° 22 ; can. 751 du Code de droit canonique), et à s'abstenir de participer aux célébrations et aux activités organisées par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

    Du Palais du Dicastère, le 2 juillet 2026.

    Víctor Manuel Cardinal Fernández
    Préfet

    Mgr Armando Matteo
    Secrétaire de la Section doctrinale

    John J. Kennedy
    Archevêque titulaire d'Ossero
    Secrétaire de la Section disciplinaire

  • Fraternité Saint-Pie X : "une immense tristesse" (Christophe Geffroy sur La Nef)

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    L'éditorial de Christophe Geffroy sur La Nef ( n°393 Juillet-Août 2026):

    Fraternité Saint-Pie X : une immense tristesse

    Au moment où vous lirez ces lignes, écrites fin juin, sauf bouleversement très improbable, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) aura passé outre l’exhortation du pape, et les évêques consécrateurs ainsi que les quatre nouveaux évêques auront été excommuniés latae sententiae (c’est-à-dire automatiquement, ils se sont eux-mêmes excommuniés) le 1er juillet 2026. C’est une immense tristesse pour tout catholique de voir ainsi une déchirure non seulement persister, mais s’aggraver. Tristesse également de constater l’impossibilité d’un dialogue apaisé entre frères censés professer la même foi. Nul doute que les membres et fidèles de la FSSPX aiment profondément le Christ et estiment, subjectivement, ainsi servir l’Église. Nous savons combien une telle déchirure touche bien des âmes partagées entre leur attachement à cette Fraternité et leur souci de fidélité à l’Église, combien elle divise des familles et des catholiques qui, dans un monde où le christianisme est devenu minoritaire, déplorent d’autant plus ces querelles intestines souvent mal appréhendées.

    Un risque de schisme

    Et pourtant, la réalité est là, la dissidence de la FSSPX est d’une extrême gravité puisqu’elle est de nature schismatique, ainsi que l’avait souligné Jean-Paul II dès 1988. Il ne s’agit pas de divergences secondaires ou « tactiques » qui autoriseraient des points de vue différents, tous légitimes, sur une question ouverte ; non, il s’agit de positions doctrinales – conception de la Tradition, rejet profond du concile Vatican II (liberté religieuse et œcuménisme tout particulièrement) et de la messe réformée par saint Paul VI – et d’une attitude ecclésiale de rébellion susceptibles de conduire à un schisme dans l’Église : qui prétendrait que cela est secondaire ? Au regard de cette réalité, les bonnes intentions des dirigeants de la FSSPX ne suffisent pas et ne peuvent rendre bon et licite un acte dont l’objet ne l’est pas – sauf à tomber dans un pur subjectivisme étranger au catholicisme.

    Certes, « il y a des demeures nombreuses dans la maison de mon Père » (Jn 14, 2), enseigne le Christ. L’Église n’est pas uniformité et il est heureux que des différences puissent s’affirmer en son sein. Mais l’Église n’est pas non plus une « auberge espagnole » devant tout accepter, et il y a des limites largement franchies par la FSSPX depuis bien longtemps. Les prêtres et fidèles qui la soutiennent sont tellement enracinés dans un esprit de combat contre la hiérarchie ecclésiale pour la défense de la « messe de toujours » et de « l’Église de toujours », qu’ils en ont perdu le sensus Ecclesiae, leur combat étant devenu plus important que la communion ecclésiale.

    Un contexte de crise à ne pas oublier

    N’oublions pas, cependant, que tous les torts ne sont pas d’un seul côté. La FSSPX n’est pas tombée du ciel. Elle n’a existé et ne s’est développée qu’en raison d’un contexte de crise très grave dans l’Église dont la hiérarchie a sa part de responsabilité. Méditons ces fortes paroles du sage Benoît XVI : « En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions ont réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau » (Lettre aux évêques, 7 juillet 2007).

    Dans ce contexte, il faut rendre hommage aux communautés attachées à l’ancien missel qui sont demeurées fidèles à Rome : elles sont d’ailleurs la preuve vivante qu’il est possible de vivre l’attachement à cette liturgie en pleine communion avec le pape et l’Église, rendant caduc l’argument sur « l’état de nécessité » invoqué par la FSSPX. Le cas de cette Fraternité montre combien le fait d’absolutiser le rite liturgique ou tel aspect du magistère conduit à une rigidité et une fermeture d’esprit qui finissent par obstruer l’intelligence et le discernement. C’est un exemple à méditer, notamment pour ceux qui ne sont pas gênés par une certaine porosité avec la FSSPX.

    Après ces ordinations épiscopales sans mandat pontifical, il faut sans doute maintenant laisser les choses reposer. Il convient néanmoins de garder l’esprit ouvert, de ne jamais se satisfaire d’une telle rupture et de toujours essayer de conserver le contact, le dialogue, une main tendue pour le retour dans le bercail de la brebis égarée la plus proche. C’est une intention de prière qui demeure.

  • Un consistoire trop court et trop structuré ?

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Trop court, trop structuré ? Les cardinaux reviennent sur le consistoire synodal

    Les participants soulignent les avantages des échanges entre collègues, mais se demandent si ce format permet réellement et efficacement de transmettre des conseils au Pape.

    Les cardinaux se réunissent pour la messe avec le pape Léon XIII à la basilique Saint-Pierre le 26 juin 2026, lors de leur consistoire.
    Les cardinaux se réunissent pour la messe avec le pape Léon XIII à la basilique Saint-Pierre le 26 juin 2026, lors de leur consistoire. (Photo : Simone Risoluti / Vatican Media)

    CITÉ DU VATICAN — Les cardinaux qui ont assisté au deuxième consistoire extraordinaire du pape Léon XIV ont déclaré avoir apprécié certains aspects de la réunion, mais l'ont trouvée trop brève, insuffisamment axée sur les questions internes urgentes de l'Église et trop structurée pour permettre une discussion libre suffisante.

    Organisée au Vatican les 26 et 27 juin, cette réunion a rassemblé 178 cardinaux du monde entier. Il s'agissait de la deuxième réunion de ce type convoquée par le pape Léon XIII après une interruption de douze ans sous le pontificat du pape François.

    Structuré selon des principes « synodaux », le consistoire a divisé les participants en petits groupes linguistiques pour discuter de thèmes prédéfinis, notamment la première encyclique du pape Léon, Magnifica Humanitas , la promotion du bien commun et la mise en œuvre du Synode sur la synodalité de 2023-2024.

    Les préoccupations mondiales plus larges telles que la guerre, la pauvreté, la fragmentation sociale et un sentiment croissant de solitude et de perte de sens ont été largement abordées, tandis que les questions internes à l'Église ont été largement omises et reléguées à une brève session plénière finale.

    Plusieurs cardinaux ont fait part au Register de leur satisfaction générale quant à la réunion. « C’était très agréable d’avoir l’occasion de partager nos expériences », a déclaré le cardinal Tarcisio Kikuchi de Tokyo . « C’était comme un synode, une continuation du synode. »

    Le cardinal Antoine Kimbanda de Kigali (Rwanda) a déclaré que le consistoire était « merveilleux », car il était « empreint d'un esprit de synodalité, d'écoute mutuelle et de cheminement commun, à l'image du Synode sur la synodalité ». Il a ajouté que, d'après lui, ses confrères cardinaux africains étaient « tous satisfaits » de la réunion, précisant que le consistoire leur avait permis de mieux se connaître, notamment les cardinaux émérites, « qui ont une plus grande expérience ». Cela leur a permis de « s'écouter, d'apprendre les uns des autres et de cheminer ensemble », a-t-il conclu.

    Le cardinal Jaime Spengler de Porto Alegre, au Brésil, a lui aussi décrit le consistoire comme « un véritable espace et un véritable temps de communion, de fraternité et, en même temps, d'une grande transparence ». « Ce fut un réel plaisir », a-t-il déclaré, « de pouvoir partager un peu de la situation, non seulement de l'Église dans le monde, mais aussi de ressentir le moment historique que nous traversons, marqué par les guerres, la polarisation et les inégalités, qui sont un scandale. »

    Selon le cardinal Spengler, « non seulement chacun pouvait s'exprimer, mais il devait le faire », et « personne ne pouvait dire : “Cette situation ou celle-ci ne me concerne pas” ». Il s'est dit « profondément marqué » par le discours de clôture du pape Léon XIII , le qualifiant de « résumé fantastique » de ce qui « s'est réellement passé durant ces deux jours ».

    Le cardinal Raymond Burke , préfet émérite de la Signature apostolique, a déclaré que les cardinaux étaient « très reconnaissants » au pape d’avoir convoqué à nouveau de telles réunions, et il a noté qu’ils échangeaient davantage entre eux. « Nous apprenons à mieux nous connaître, et c’est un fruit très positif », a-t-il affirmé.

    Le cardinal Gerhard Müller , préfet émérite du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, s'est félicité que le consistoire « ait redonné au Collège des cardinaux son rôle légitime : conseiller le Pape et être son premier conseiller ». Il a déclaré que le pape Léon XIII est un homme instruit et bien informé, mais « ni autocrate ni au-dessus des autres, mais un être humain comme les autres ». Cela signifie qu'il doit « toujours être en contact et en dialogue avec tous ses frères engagés dans la même mission ».

    Préoccupations concernant la structure synodale

    Cependant, des inquiétudes ont été soulevées quant à la brièveté du consistoire et à sa structure « synodale », qui, selon certains participants, avait étouffé les discussions sur les questions urgentes, notamment au sein de l'Église.

    Le cardinal Burke a déclaré que, contrairement aux consistoires d'il y a plus de dix ans, où les cardinaux pouvaient librement exprimer leurs préoccupations au pape en séances plénières, on leur a indiqué que le consistoire devait désormais être « conforme à la synodalité ». Il ne s'agissait plus d'un débat ouvert, a-t-il précisé, mais de discussions organisées autour de tables restreintes, suivant « un système de questions proposé ».

    « Nous n'approfondissons pas les sujets en profondeur », a-t-il déclaré au Register le 29 juin, ajoutant que les rapports « ne font que refléter ce sur quoi tous les cardinaux se sont accordés ». Ainsi, si un cardinal soulève un sujet avec lequel d'autres ne sont pas d'accord, mais qui « pourrait être très juste et important à entendre pour le pape, cela ne lui est pas rapporté », a-t-il précisé.

    Le cardinal Müller partageait ces critiques quant à la structure, affirmant que les tables rondes, dans un format synodal, relevaient davantage d'une « forme d'éducation moderne pour les jeunes » ou convenaient mieux aux Jésuites ou aux Augustins qu'aux consistoires. Il rappelait qu'autrefois, tous les cardinaux pouvaient s'exprimer en plénière « que chacun pouvait entendre et partager ».

    « L’essentiel, c’est la séance plénière », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il préférait « des déclarations préparées, réfléchies et écrites, formulées des semaines à l’avance, et non des mots qui surgissent uniquement sous l’effet de la situation ».

    « Nous pouvons servir et aider le Pape par nos propres réflexions, et non par des propos manipulés et contrôlés à l'avance », a déclaré le cardinal Müller. « Je n'ai pas besoin d'un "guide" pour préparer mon discours. Dans notre société actuelle, ce genre de pensée est trop répandu : d'autres prétendent nous diriger et dicter nos paroles. »

    Pour le cardinal, il faut trouver une « meilleure solution », une solution dans laquelle la synodalité n’est pas « exagérée comme solution à tout ».

    Contrairement au premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIII en janvier, la réunion de juin comprenait bien une heure de « discussion libre » à la fin, mais chaque cardinal ne disposait que de trois minutes au lieu des cinq ou six minutes habituelles. Le cardinal Müller a fait remarquer que les formules de politesse et les salutations avaient déjà absorbé une partie de ce temps, laissant très peu de place aux interventions de fond, et le cardinal Burke a déclaré ne pas avoir eu suffisamment de temps pour prononcer son discours préparé.

    Consistoire trop court

    Le cardinal Kikuchi a déclaré au Register que le fait de diviser les cardinaux en petits groupes linguistiques avait « en réalité limité » leurs discussions car, en tant que cardinal d'Asie, il n'avait pas pu avoir un aperçu direct de la situation de l'Église en Amérique latine. Il a également jugé la durée totale trop courte. « On a suggéré que, l'année prochaine, nous devrions avoir au moins quatre jours », a-t-il dit. « Peut-être que la prochaine fois, nous aurons plus de temps. »

    Plusieurs cardinaux ont déploré que les questions internes urgentes de l'Église n'aient guère été abordées. Le Register a appris qu'un seul cardinal a évoqué la question de la Fraternité Saint-Pie-X et son acte imminent, probablement schismatique, de consacrer des évêques sans mandat papal – et ce, uniquement parce qu'il a saisi une occasion propice. Le sujet n'a pas été inscrit à l'ordre du jour et, hormis cette unique intervention, la question de la FSSPX n'a ​​pas été soulevée du tout. De même, durant le reste du consistoire, d'autres questions cruciales, telles que le très controversé Chemin synodal allemand ou les interrogations sur ce que certains cardinaux considèrent comme l'influence d'un prétendu lobby homosexuel au sein de l'Église, n'ont pas été abordées.

    Le cardinal Burke a qualifié la question de la FSSPX de « sujet tabou » et a déclaré qu'il estimait que les cardinaux « devraient donner au Saint-Père leurs meilleurs conseils sur la marche à suivre ». Mais lui et d'autres ont fait valoir que le format synodal, ainsi que le temps limité, empêchaient de tels conseils approfondis.

    Le cardinal Kikuchi a fait remarquer que si les cardinaux avaient entamé la discussion sur la FSSPX ou d'autres questions internes délicates sans préparation adéquate, le débat aurait facilement pu dégénérer en une confrontation sur les positions de certains cardinaux. Or, la question de la FSSPX, a-t-il souligné, « ne repose pas sur des sentiments », mais sur des considérations théologiques et canoniques qui exigent un examen approfondi. Les cardinaux, a-t-il précisé, « ne souhaitent pas donner l'impression d'être un groupe de pression », cherchant à influencer le Pape dans sa conduite, au lieu de lui offrir un avis raisonné.

    Le cardinal Spengler a déclaré que les problèmes internes à l'Église, notamment les abus sexuels commis par des membres du clergé et les questions liturgiques – qui avaient été inscrits à l'ordre du jour des deux consistoires mais qui ont finalement été omis – ainsi que d'autres problèmes internes, sont des « situations qui nous préoccupent » et peuvent être scandaleuses. Il a toutefois préféré souligner le « témoignage extraordinaire » des fidèles qui servent les pauvres et les vulnérables, affirmant : « Ces hommes et ces femmes sont de véritables saints. »

    Le cardinal Burke s'est interrogé plus largement sur la pertinence du concept de « synodalité » pour aborder les problèmes de l'Église, que ce soit au sein des consistoires ou dans la vie ecclésiale en général. Lui et le cardinal Müller ont tous deux constaté l'absence de définition solide et consensuelle de ce terme. Lors du consistoire, un cardinal a fait remarquer que la synodalité tend à privilégier la situation contemporaine – la dimension « synchronique » – au détriment de la dimension « diachronique », c'est-à-dire son contexte historique et ses liens avec le modernisme et le libéralisme.

    « Je suis convaincu que Notre Seigneur protégera l’Église », a déclaré le cardinal Burke au Register, « mais nous devons faire notre part et dire : “Non, ce concept de synodalité, même s’il peut avoir une bonne intention en ce sens qu’il veut adapter la foi à l’époque contemporaine, est fondamentalement erroné.” »

    Deux interventions

    Dans son intervention publiée dans le Register, le cardinal Burke a dénoncé le récent rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, y voyant une tentative de normaliser les relations homosexuelles au sein de l'Église et une calomnie, selon lui et d'autres, à l'encontre de Courage International et de son apostolat auprès des personnes attirées par le même sexe. Affirmant que le rapport s'écartait de l'enseignement moral constant de l'Église et discréditait injustement Courage, le cardinal Burke a mis en garde ses confrères cardinaux contre une telle approche, qui semait la confusion, la division et ce qu'il considérait comme une manœuvre politique incompatible avec la structure doctrinale et hiérarchique de l'Église. Il a appelé à un retour aux fondements théologiques légitimes du synode, ancrés dans la vérité morale objective, l'autorité épiscopale et l'enseignement constant de l'Église, réaffirmé dans Veritatis Splendor .

    Dans son intervention, le cardinal Müller a exprimé les mêmes préoccupations concernant la formule du consistoire que celles qu'il avait partagées avec le Register, tout en évoquant la FSSPX et la question du schisme. Il a fermement rejeté les accusations de déviation de l'Église par rapport à la foi, a demandé une clarification du statut canonique de la FSSPX et a proposé la création d'une commission chargée de faciliter son retour en pleine communion sous l'autorité du pape.

  • La lettre du Pape au Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (mise à jour)

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    LETTRE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    AU RÉVÉREND PÈRE DAVIDE PAGLIARANI
    SUPÉRIEUR GÉNERAL DE LA FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT-PIE X

     

    Au Révérend Pere Davide Pagliarani
    Supérieur Géneral
    de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

    C’est avec paternité que je souhaite m’adresser à vous et, à travers vous, aux évêques, aux prêtres, aux séminaristes et aux fidèles liés à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, conscient de la responsabilité que le Seigneur m’a confiée en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre.

    L’Église reconnaît l’attachement à la vie liturgique, l’engagement dans la formation sacerdotale, le zèle apostolique et le désir de fidélité à la Tradition qui caractérisent de nombreuses personnes et communautés liées à cette Fraternité. Cela a motivé l’attitude d’attention et de bienveillance que mes Prédécesseurs vous ont constamment manifestée.

    Dans cet esprit, et rempli d’affection chrétienne, je vous demande et vous prie de tout mon cœur : revenez sur vos pas ! Je vous exhorte à considérer avec attention le bien spirituel des fidèles car l’acte schismatique que vous avez l’intention d’accomplir les priverait de la réception licite, voire dans certains cas valide, des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification.

    L’Église est ouverte à un chemin de dialogue et d’entente que le Saint-Esprit peut rendre possible et fécond.

    Je prie pour vous car déchirer la Tunique sans coutures du Christ est un péché d’une extrême gravité. Que le Seigneur éclaire vos consciences et réveille vos cœurs. En vertu de l’autorité que j’ai reçue du Christ, c’est le cœur attristé, mais encore rempli d’espoir, que je me sens le devoir de vous demander de renoncer à votre projet. Je confie ces intentions au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil.

    Du Vatican, le 29 juin 2026

    Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul

    LÉON PP. XIV

    Réagissant à cette lettre du Pape, le Supérieur général de la FSSPX lui a adressé cette Lettre du Supérieur général en réponse à Sa Sainteté le Pape Léon XIV

  • A propos du droit divin et des sacres contre la volonté du pape

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    De l'abbé Hilaire Vernier de la Fraternité Saint-Pierre sur Claves.org :

    Droit divin et sacres contre la volonté du pape

    On trouvera un ensemble de références et explications détaillé dans la vidéo qui accompagne cet article, dans sa description, dans son commentaire épinglé et de manière plus complète encore ici : Références théologiques par argument exposé dans la deuxième partie de la conférence

    La perspective des sacres épiscopaux annoncés par la FSSPX pour le 1er juillet prochain, très probablement conférés contre la volonté du pape, ne peut laisser indifférents les catholiques attachés à la Tradition de l’Église dans son intégralité.

    De tels sacres posent une difficulté grave, non seulement en eux-mêmes, mais aussi dans les justifications avancées par la FSSPX.

    En eux-mêmes, des sacres conférés contre la volonté du pape sont contraires au droit divin, à en croire le magistère constant de l’Église, tel que rappelé et explicité par Pie XII dans Ad Apostolorum principis du 29 juin 1958 : « …c’est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents. Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu’il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l’aptitude d’un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission épiscopales et qu’il revient au Pontife romain de nommer librement les évêques. »

    À l’appui de cet enseignement, qui se fonde explicitement sur le droit divin[1] et concerne tant la réception de l’éventuelle mission épiscopale (par laquelle sont communiqués les pouvoirs de juridiction et de magistère) que celle de la dignité épiscopale[2] (reçue par le sacre et impliquant l’accord au moins tacite du pape), nous voudrions exposer trois arguments théologiques résultant de la nature même de l’épiscopat catholique.

    Premièrement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la transmission d’un pouvoir de régence, compris par l’ensemble des théologiens, comme impliquant au moins une aptitude et un titre à recevoir les pouvoirs de juridiction et de magistère du Christ par le pape, constituant le consacré comme prince de l’Église[3]. Il ne s’agit pas ici de confondre ce pouvoir de régence (participation à la dignité royale du Christ, conférée par la consécration épiscopale[4]) avec le pouvoir de juridiction ni d’affirmer que celui-ci est communiqué par le sacre, mais il s’agit de ne pas réduire la distinction entre l’épiscopat et le presbytérat aux seuls pouvoirs de sanctification[5].

    Autrement dit, tout sacre valide confère en lui-même une dignité et un statut princier, de soi inaliénables, qui rendent compte des pouvoirs de sanctification réservés (consacrer les huiles, les calices…) ou propres (ordonner, confirmer) à l’évêque, impliquant d’ailleurs toujours une juridiction (au moins déléguée) pour être exercés légitimement.

    Affirmer le contraire reviendrait à soutenir qu’il ne serait pas contraire au droit divin que tous les diocèses puissent être habituellement gouvernés par des prêtres (non destinés à recevoir la consécration épiscopale), ou que le pouvoir de magistère puisse être détenu par des prêtres. De telles affirmations sont évidemment contraires au lien voulu par le Christ entre, d’une part, l’appartenance à l’Église enseignante et l’épiscopat, et, d’autre part, la détention d’une juridiction ordinaire sur des Églises particulières et l’épiscopat.

    Deuxièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de la participation à l’apostolicité formelle de l’Églisecomprise comme la réception légitime du pouvoir d’ordre épiscopal, c’est-à-dire dans la communion hiérarchique[6] avec le successeur de Pierre, Prince des apôtres.

    Quel évêque catholique, même sans juridiction (ou sans diocèse à gouverner), ne serait pas formellement[7] successeur des apôtres, au moins au sens large[8] ? À moins de soutenir qu’un évêque catholique sans juridiction puisse être successeur des apôtres au même titre qu’un évêque orthodoxe, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.

    Troisièmement, on ne peut pas séparer la réception de l’épiscopat catholique de l’appartenance au corps épiscopal dont le pape est la tête, et ce de droit divin, comme le rappelle le père Victor-Alain Berto : « Au contraire un Évêque Sacré dans l’unité de l’Église, même s’il n’a actuellement aucune juridiction de pasteur ordinaire particulier, soit qu’il soit sacré comme évêque titulaire, soit qu’il se soit démis de son siège ou ait été déposé (pour une autre cause que de crime), fait partie du Corps épiscopal, parce que rien en lui ne contrarie la « vocation » des Prêtres du premier rang au gouvernement du peuple chrétien.[9] »

    Il n’est pas question ici de collège épiscopal[10], mais bien du corps dont un évêque ne peut être séparé que par le schisme. À moins de dire que l’on puisse être membre du corps épiscopal contre sa tête, ou que l’on puisse être évêque de l’Église catholique sans subordination au pape, on est tenu d’affirmer cette inséparabilité.

    Ces raisons expliquent que l’on ne trouve aucune référence magistérielle ou théologique antérieure au dernier concile affirmant qu’il ne serait pas contraire au droit divin de sacrer un évêque contre la volonté du pape, quand bien même aucune juridiction ne lui serait conférée. Elles expliquent également que le magistère ne distingue généralement pas le cas des évêques sacrés avec ou sans octroi de juridiction lorsqu’il affirme la nécessité qu’ils le soient toujours en communion avec le Siège apostolique[11].

    Enfin, les motifs invoqués pour justifier ces sacres impliquent non seulement la subversion d’un principe canonique concernant l’interprétation des lois purement ecclésiastiques, mais aussi celle d’un dogme.

    La loi suprême de l’Église, le salut des âmes[12] est comprise comme « nécessité fait loi », et ce, même contre la loi divine interdisant tout sacre contre la volonté du pape. Ce qui revient à affirmer non seulement qu’une règle d’interprétation du droit canon puisse l’annuler en certaines circonstances mais surtout que le salut des âmes puisse exiger de commettre un péché.

    Le dogme « Hors de l’Église, point de salut » semble, quant à lui, devenu : « hors des sacrements reçus par les prêtres de la FSSPX, point de salut ». Or cela est faux pour deux raisons. 

    Premièrement, si la FSSPX disparaissait, les sacrements validement célébrés — même selon le rite traditionnel — demeureraient dans l’Église. 

    Deuxièmement, si l’appartenance au corps de l’Église, au moins désirée implicitement, est toujours et pour tous nécessaire au salut, la réception des sacrements ne l’est pas tout autant, surtout pour des personnes qui en seraient privées malgré elles. Ajoutons à cela que, dans l’absolu, il vaut mieux appartenir à l’Église sans pouvoir recevoir les sacrements que de recevoir les sacrements sans appartenir à l’Église, à moins de considérer que les sacrements puissent être reçus fructueusement par des personnes coupables de péchés graves, comme ceux d’hérésie, de schisme ou de grave désobéissance.

    Puissent ces considérations être reçues sans parti pris ni passion ni esprit de polémique, mais dans un souci de cohérence avec l’attachement inconditionnel à la totalité de la Révélation, telle que transmise et interprétée par le magistère constant de l’Église, valable à toute époque, même en temps de crise ; temps qui n’ont pas échappé à la connaissance du Christ fondant son Église et la régissant selon des principes immuables.

    Pour un exposé plus approfondi de ces arguments concluant à l’impossibilité de sacrer un évêque contre la volonté du pape, en raison du droit divin, une conférence donnée le 8 avril dernier à Paris est accessible ici[13] :

    Références

    Références
    1 Les « sacrés canons » se référant explicitement à ce qui précède : « la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur », indiquent clairement qu’ils sont ici l’expression du droit divin.
    2 Si les deux références canoniques mentionnées dans ce passage se réfèrent à des évêques destinés à recevoir une juridiction, plus loin Pie XII fait référence en note au canon 953 qui parle bien de consécration épiscopale sans distinguer entre celle de l’évêque titulaire (sans juridiction) et celle de l’évêque résidentiel (avec juridiction) : « La consécration épiscopale est réservée au pontife romain, de sorte qu’il n’est permis à aucun évêque de consacrer quelqu’un évêque, sans qu’il ait d’abord connaissance du mandat apostolique l’y autorisant. » (can 953)
    3 Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ : « ils (les évêques) sont cependant véritablement princes dans la hiérarchie ecclésiastique »
    4 Ch. V. Héris o.p., Le Mystère du Christ, Desclée, Paris 1928, p.329. Il y a chez l’évêque, à la différence du prêtre, du fait même de son pouvoir d’ordre qui lui « confère une dignité royale, qui le fait prince de l’Église… une aptitude radicale à gouverner et à enseigner le peuple chrétien. »
    5 « L’évêque en effet a un ordre par rapport au corps mystique du Christ qui est l’Église, dont il reçoit la charge principale et pour ainsi dire royale. Mais par rapport au corps réel du Christ, contenu dans le sacrement, il n’a pas d’ordre supérieur au prêtre. » (Saint Thomas d’Aquin, opuscule XVIII, Vers la perfection de la vie spirituelle, chapitre 24).
    6 Cette communion peut se définir comme : « la légitimité de l’ordre reçu et l’introduction de celui qui en est revêtu dans la hiérarchie légitime, et par suite dans l’Église universelle. » (Dom Adrien Gréa, L’Église et sa divine constitution, Casterman, 1965, p. 113)
    7 Sont successeurs des apôtres matériellement, tous ceux qui ont reçu validement la consécration épiscopale, comme les évêques orthodoxes qui détiennent véritablement, bien qu’illégitimement, la plénitude du pouvoir d’ordre.
    8 Au sens strict, seuls les évêques résidentiels sont formellement successeurs des apôtres, étant dotés, en plus de la réception légitime de la plénitude du pouvoir d’ordre, d’un pouvoir de juridiction ordinaire, habituel et immédiat sur une Église particulière ou un diocèse.
    9

    Cet extrait cité du livre Pour la sainte Église romaine (p. 243-244) du père Victor-Alain Berto, théologien de Mgr Lefebvre durant Vatican II, est précédé immédiatement par ce passage : « Quel est donc celui de ces deux pouvoirs [de l’Ordre ou de la juridiction] qui opère formellement dans celui qui en est pourvu, l’agrégation au Corps épiscopal ? Nous pensons que c’est le pouvoir de gouvernement, non actuel, mais en tant qu’il est normalement associé au Sacre, en tant que le Sacre y donne « vocation » et que cette « vocation » n’est pas contrariée par le schisme, et dans la mesure où rien n’annule cette vocation. Évêque est celui qui a reçu le Sacre, fut-ce au sein du schisme, fut-ce schismatiquement en se faisant sacrer sans mandat Apostolique ; mais alors il est Évêque sans être du Corps Episcopal ; il a « vocation » pour en être en vertu de son sacre épiscopal, il n’en est pas à cause de son schisme, il n’en sera jamais aussi longtemps qu’il demeurera dans le schisme, parce que le schisme annule la vocation. »

    10 Le collège épiscopal, distingué du corps épiscopal, signifie l’épiscopat uni et subordonné au pape (corps) mais en tant qu’il constitue un seul sujet moral (collège), ce qui arrive ponctuellement et toujours sur demande du pape, comme lorsqu’il convoque un concile œcuménique.
    11 Ainsi, Pie VI enseigne : « C’est à ce Siège (apostolique) absolument et sans exception qu’il appartient de confirmer ou d’infirmer la consécration tant des métropolitains que des autres évêques ». (Constitution Super soliditate 24 novembre 1786)
    12 Ainsi, on peut lire dans le code de droit canon en vigueur, au canon 1752 : « Dans les causes de transfert, les dispositions du can.1747 seront appliquées, en observant l’équité canonique et sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême. »
    13 On trouvera un ensemble de références et explications détaillées dans la vidéo et ici :

    Pie VI, Caritas du 13 avril 1791 : « Si ces évêques étrangers à sa métropole ont pu lui imprimer avec une hardiesse sacrilège le caractère épiscopal, ils n’ont pu du moins l’investir d’une juridiction qu’ils n’ont pas eux-mêmes d’après la discipline de tous les temps. »

    Pie IX, Quartus supra, du 6 janvier 1873 : « …nous avons dû veiller à ce que le pouvoir d’instituer des évêques fût rendu tout entier au Siège apostolique d’où il procède (…) Quant à Notre droit de choisir un sujet en dehors des trois candidats proposés, Nous n’avons pas cru devoir le passer sous silence, afin que dans l’avenir le Siège Apostolique ne fût jamais forcé de recourir à l’exercice de ce droit. Du reste, n’en aurions-Nous pas parlé, que ce droit et ce devoir seraient restés dans toute leur intégrité à la chaire de Saint-Pierre.

    En effet, les droits et les privilèges accordés à cette chaire par Jésus-Christ lui-même peuvent être attaqués, mais ne sauraient jamais lui être enlevés, et il n’est pas au pouvoir d’un homme de renoncer à un droit divin qu’il peut être parfois obligé d’exercer par la volonté de Dieu même. »

    Pie IX, Et si multa luctuosa, du 21 novembre 1873 : « Or, la doctrine catholique la plus élémentaire nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde ; et sans contredit « c’est à Pierre que le Seigneur a parlé, à un seul afin de fonder sur un seul l’unité ».

    Pie XII, Ad Apostolorum Principis, 29 juin 1958 : « …c’est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents. Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu’il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l’aptitude d’un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission épiscopales et qu’il revient au Pontife romain de nommer librement les évêques. »

  • Le deuxième consistoire de Léon XIV : un acte de gouvernement ou une simple consultation ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    À propos du deuxième consistoire de Léon XIV : une forme de gouvernement ou une consultation ?

    29 juin 2026

    Le deuxième consistoire de Léon XIV a montré, dans un certain sens, que la transition d’un pontificat à l’autre est en cours, mais qu’elle n’est pas encore achevée.

    Il n’est pas certain qu’elle le soit un jour.

    Pour Léon XIV, les réunions du consistoire semblent davantage relever d’une vaste consultation que d’un instrument de gouvernance, une forme de consultation très différente de celle privilégiée par le pape François, à savoir le Synode des évêques.

    À l’issue du consistoire, Léon XIV a déclaré : « Peu à peu, nous redécouvrons le véritable sens du consistoire : le rassemblement du Collège des cardinaux autour du Successeur de Pierre afin que, par l’écoute mutuelle et le discernement partagé, le Saint-Esprit aide le pape à guider l’Église. Ce n’est ni un parlement, ni un congrès où prévalent les opinions ou les intérêts, mais une expérience de communion au service de la mission ».

    Reste à voir si et comment les consistoires annuels réguliers que Léon XIV a l’intention de convoquer auront un impact sur le Synode des évêques et sur la manière dont celui-ci est actuellement géré.

    Dès le début de son pontificat, Léon XIV a déclaré que son objectif était l’unité dans l’Église, et son premier consistoire, convoqué immédiatement après l’Année Sainte proclamée par le pape François, a marqué un premier pas dans cette direction.

    Après avoir clôturé l’Année Sainte avec tous les événements prévus par le pape François, y compris un voyage et une exhortation apostolique, Léon XIV a convoqué tous les cardinaux, les a rassemblés autour du grand thème d’*Evangelii Gaudium* et leur a demandé de repartir à zéro, précisément par l’évangélisation.

    C’est à cette occasion que Léon XIV a exprimé son souhait de convoquer un consistoire tous les six mois, afin de permettre une discussion générale entre les cardinaux, mais aussi de favoriser le débat. Et cette discussion ouverte constitue la grande différence par rapport au pontificat du pape François.

    Le pape François a abordé la question des réformes de l’Église en créant des commissions et en s’appuyant sur un Conseil des cardinaux, le « C9 » (également appelé C7 ou C6, selon les membres en fonction), sans toutefois conférer à ce Conseil un véritable pouvoir de décision.

    Les cardinaux ne se sont réunis en séance de travail que trois fois au cours du pontificat de François : lors des deux premiers consistoires consacrés à la création de cardinaux, puis lors du dernier, pour discuter de la réforme de la Curie qui avait déjà eu lieu.

    La réunion collégiale régulière de tous les cardinaux représente donc une transition fondamentale entre le pontificat du pape François et celui de Léon XIV. Il reste à voir ce que ce changement apportera.

    L’attente était grande parmi les cardinaux, car on espérait que ce consistoire donnerait lieu à une discussion ouverte, au cours de laquelle chaque cardinal pourrait s’exprimer. La manière dont s’est déroulé le premier consistoire de Léon n’a, disons-le, pas fait l’unanimité.

    Les cardinaux ont été répartis en groupes linguistiques et leurs interventions ont été confiées à la synthèse d’un modérateur.

    En général, les cardinaux préfèrent assumer la responsabilité de leurs propos, comme cela a toujours été le cas, et l’on espérait qu’il en serait de même lors du premier consistoire de Léon XIV. Cela n’a pas été le cas. La méthode est restée similaire. On espérait que les procédures changeraient également pour ce consistoire. Mais même dans ce cas, la méthode est restée « synodale », c’est-à-dire le travail en groupe.

    Ce n’est pas nécessairement une question idéologique. Il s’agit davantage d’une décision organisationnelle. Mais cela témoigne également d’une transition qui n’est pas encore achevée.

    Léon XIV est en fonction depuis plus d’un an maintenant, et il n’a toujours pas remplacé de nombreux responsables de dicastères au sein de la Curie.

    Le changement majeur au sein du Dicastère de la Communication ne prendra effet qu’en novembre, bien qu’il ait déjà été annoncé. D’autres postes de haut niveau changeront, mais avec des dates d’expiration, et un renouvellement important dû à l’âge est prévu tout au long de l’année.

    En réalité, les protagonistes de la grande ère du pape François n’ont donc pas changé, pas plus que les méthodes organisationnelles. Ce n’est pas une méthode que tout le monde apprécie, mais elle a fonctionné à certains égards, elle est bien connue et a été appréciée par certains.

    C’est pourquoi, au-delà des attentes, au-delà des lettres préliminaires qui mettaient en avant des thèmes spécifiques, l’organisation s’est depuis diluée pour devenir autre chose.

    Ce consistoire s’est transformé en un forum de discussion, abordant une série de questions qui, par leur formulation, ressemblaient davantage à des points de départ pour un dialogue pastoral qu’à des pistes de réflexion pour un débat sur la gouvernance.

    Et cela semble répondre au souhait de Léon XIV de permettre avant tout aux cardinaux d’être ensemble et de replacer la prière et la réflexion pastorale au centre. Ce n’est pas un hasard si *Evangelii Gaudium*, la première exhortation du pape François, reste le thème principal, ne serait-ce que parce qu’elle traite de l’évangélisation, qui est au cœur du pontificat.

    Ce n’est pas non plus un hasard si la liturgie, qui figurait parmi les sujets de discussion possibles lors du premier consistoire, a complètement disparu de la scène. Nous sommes à la veille de nouvelles ordinations épiscopales sans mandat papal par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, et les membres de cette fraternité ont également adressé une longue lettre à tous les cardinaux sur des questions doctrinales et les erreurs du Concile.

    Mais le pape n’abordera pas tout cela dans le cadre d’un débat général.

    Comme le pape agit avant tout en tant que garant de la foi, ces questions doivent être traitées en interne, et non dans le cadre d’un débat public. Face à un schisme potentiel, attiser un nouvel affrontement entre « conservateurs » et « progressistes » au sein du consistoire risquerait en effet de créer davantage de divisions.

    En résumé, la méthode synodale sert en quelque sorte à maintenir la continuité, à éviter les tensions et à atténuer le débat ; il reste à voir s’il s’agit là du mode de gouvernance de Léon XIV ou si celui-ci évoluera au fil du temps, avec la nouvelle direction de la Curie.

    La transition a donc commencé, mais elle n’est pas encore achevée – et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles les observateurs auraient tort d’accorder trop d’importance à la méthodologie des consistoires.

    Il en va ainsi, même s’il y a beaucoup à dire sur l’idée que le pontificat de Léon XIV a véritablement commencé avec son voyage en Espagne.

    Son pontificat public, l’empreinte qu’il a laissée sur la forme et le fond du message qu’il était venu délivrer, ont sans aucun doute été mis en évidence tout au long de son séjour en Espagne.

    Le pontificat de Léon XIV, en tant que pontificat de gouvernance, n’a pas encore pleinement commencé.