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Structures ecclésiastiques

  • La direction de la Fraternité Saint-Pie X contre les Écritures et la Tradition

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    De George Weigel sur le NCR :

    La direction de la Fraternité Saint-Pie X contre les Écritures et la Tradition

    COMMENTAIRE : Même si la Fraternité Saint-Pie X freine in extremis et ne commet pas d’actes schismatiques formels, le grave problème posé par la Fraternité Saint-Pie X persistera.

    17 juin 2026

    Le Saint-Siège a déclaré que, si la Fraternité Saint-Pie X (FSPX) procède à l’ordination d’évêques en juillet sans mandat papal, les personnes impliquées dans ces ordinations illicites seront automatiquement (latae sententiae) excommuniées — c’est-à-dire excommuniées de plein droit.  

    On peut, et on doit même espérer, que l’on n’en arrive pas là. Mais même si la FSSPX freine in extremis et ne commet pas formellement d’actes schismatiques, le grave problème posé par la FSSPX persistera. 

    Cela a été clairement mis en évidence par la « Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV » du 14 mai, dans laquelle la direction de la FSSPX déclare, consciemment ou non, qu’elle ne partage pas la foi de l’Église catholique. 

    Prenons la toute première phrase de la Déclaration, dans laquelle la Fraternité Saint-Pie X affirme que « Notre Seigneur Jésus-Christ […] a définitivement abrogé l’Ancienne Alliance ». Cela aurait choqué saint Paul qui, aux prises avec la question complexe de la relation entre l’élection d’Israël et la Nouvelle Alliance intégrant les païens dans le plan de salut de Dieu, a écrit, sous l’inspiration divine : « Ce sont eux les Israélites, et c’est à eux qu’appartiennent la filiation, la gloire, les alliances, la loi, le culte et les promesses » (Romains 9, 4). Non pas « appartenaient », mais « appartiennent ».  

    Deux chapitres plus loin, Paul insiste sur le fait que « quant à l’élection, ils [le peuple juif] sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 28-29). Dieu ne se repent pas de ses promesses, et l’Ancien et le Nouveau Testament forment une unité, comme l’Église l’affirme sans relâche depuis deux millénaires. La Déclaration de la FSSPX nie cela.  

    La Déclaration poursuit en affirmant que « tout homme doit être membre de l’Église catholique pour sauver son âme, et il n’y a qu’un seul baptême comme moyen d’y être incorporé. Cette nécessité concerne l’humanité tout entière sans exception et englobe sans distinction les chrétiens, les juifs, les musulmans, les païens et les athées. » L’enfer de la FSSPX est donc bien peuplé, et y figurent vos amis et proches luthériens, anglicans, juifs, musulmans et non-croyants.  

    Il s’agit là, cependant, précisément de la déformation extrême de l’ancienne maxime « extra ecclesiam nulla salus » (pas de salut en dehors de l’Église), pour laquelle le père Leonard Feeney fut excommunié en 1953, le fondement théologique de cette sanction ayant été établi par une déclaration du Saint-Office de 1949 approuvée par le pape Pie XII.   

    Ironiquement, la Déclaration de la FSSPX affirme que « le déni d’une seule vérité de la foi détruit la foi elle-même et rend radicalement impossible toute communion avec l’Église catholique ». Or, c’est précisément ce que fait la FSSPX en déclarant « définitivement nulles et non avenues » les promesses de Dieu au peuple juif et en donnant l’interprétation la plus extrême qui soit à l’expression « extra ecclesiam nulla salus ». La FSSPX contredit ainsi l’enseignement de géants tels que saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, les condamnations papales du jansénisme, ainsi que l’enseignement du bienheureux Pie IX dans *Quanto Conficiamur Moerore* sur la disponibilité de la grâce en dehors des sacrements.   

    Il est évident depuis longtemps que le mouvement lancé par l’archevêque Marcel Lefebvre, qui se poursuit aujourd’hui au sein de la Fraternité Saint-Pie X (FSPX), ne trouvait pas simplement son origine dans le rejet par l’archevêque de la liturgie postconciliaire, mais dans un rejet de l’enseignement du Concile Vatican II sur l’Église, le salut, la liberté religieuse, les relations entre l’Église et l’État, ainsi que les relations de l’Église avec les autres religions. À cet égard, il convient de rappeler que Mgr Lefebvre était un partisan du maréchal Pétain et du régime collaborationniste de Vichy en France pendant la Seconde Guerre mondiale : un régime qui rejetait la modernité de fond en comble. Certains éléments du régime de Vichy ont fini par sombrer dans un antisémitisme meurtrier qui trouvait en partie son origine dans le rejet des chapitres 9 à 11 de l’Épître aux Romains, que la Déclaration de la Fraternité Saint-Pie X rejette également. Faire résonner ne serait-ce que le plus faible écho de cette histoire sordide au milieu des scandales antisémites d’aujourd’hui relève, pour employer un euphémisme, d’une obtusité effrayante. 

    En mai, un éminent historien italien a fait remarquer, à propos des ordinations épiscopales que la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) a l’intention de célébrer et des excommunications qui s’ensuivront automatiquement, que « ce qui va se passer en juillet ne sera pas la construction d’un pont, mais la création d’un nouveau fossé entre [le monde de la SSPX] et le Saint-Siège ». C’est tout à fait vrai. Cela ne se produira toutefois que si les plus de 700 prêtres, les plus de 200 séminaristes et les centaines de milliers de laïcs impliqués dans la FSSPX continuent d’accepter, à la manière d’une secte, l’hétérodoxie des dirigeants de la FSSPX, dont la prétention d’être les seuls vrais catholiques est ce qui fera voler en éclats les ponts ecclésiaux et créera les tristes fossés qui s’ensuivront. Les personnes qui trouvent une nourriture spirituelle dans les centres de messe de la FSSPX méritent mieux que cela. 

    George Weigel est éminent chercheur senior et titulaire de la chaire William E. Simon d’études catholiques à l’Ethics and Public Policy Center de Washington.

  • Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

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    De Mgr Livio Melina sur la NBQ :

    Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

    La suppression de l'Institut Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille était une opération idéologique aux graves conséquences pour l'Église tout entière. Voici la réponse de Mgr Melina, président de l'institut de 2006 à 2016, à Mgr Paglia, qui soutient cette décision. 

    - ARCHIVES : L'attaque contre l'Institut Jean-Paul II

    20/06/2026

    Dans un entretien accordé à Settimana News le 21 mai 2026, Mgr Vincenzo Paglia a réaffirmé son rôle déterminant dans la suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille et son remplacement par une nouvelle entité académique, ainsi que dans la transformation radicale de l’Académie pontificale pour la vie. Il a également expliqué que ces interventions visaient un changement de paradigme radical, reconnu pour la première fois non seulement au niveau pastoral, mais aussi au niveau doctrinal.

    Cette réforme « très profonde », selon Mgr Paglia, impliquait avant tout de repenser le concept même de « droit naturel ». Celui-ci ne pouvait plus se fonder sur des principes immuables permettant de déduire des normes, mais devait s’appuyer sur un discernement historique continu de l’expérience subjective et culturelle. Il s’agissait donc de proposer une « théologie dans l’histoire et dans la vie des hommes », dépassant ainsi la « théologie de salon ».

    Il convient tout d'abord de se demander si cette critique correspond aux travaux menés par l'Institut Jean-Paul II. Ensuite, il faut examiner la pertinence des nouvelles propositions doctrinales de Paglia. Ce n'est qu'alors que nous pourrons comprendre la véritable raison de la suppression de cet institut universitaire.

    1. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de partir de l’intention initiale de Jean-Paul II et d’examiner dans quelle mesure l’Institut qu’il a créé le 13 mai 1981, à la suite du premier synode sur la famille et à la veille de Familiaris consortio , s’est développé .

    Commençons par l’intention première de Jean-Paul II. L’étude approfondie de sa correspondance avec Paul VI, menée par Paweł Gałuszka dans les archives de l’archidiocèse de Cracovie, a démontré son influence profonde sur la préparation et la réception de l’encyclique Humanae Vitae . Saint Jean-Paul II était profondément convaincu que la question de la morale conjugale et familiale constituait un défi décisif pour l’Église. Mais il estimait également que la structure de la théologie morale enseignée dans les manuels catholiques était inadéquate pour y répondre. Ni le droit naturel traditionnel et l’approche légaliste, ni le caractère unilatéral d’un personnalisme de la conscience détaché de la nature, ne rendaient compte de la valeur positive de la sexualité conjugale et de la nature personnaliste de la procréation.

    L’archevêque Wojtyła ressentait le besoin d’une anthropologie à la hauteur de l’expérience de l’amour et d’une théologie du corps. Ce qu’il avait suggéré à Paul VI, il put le réaliser une fois devenu pape. Avec ses Catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin (1979-1984), il illustra la grandeur de la vocation à l’amour, au don de soi, à la communion entre les personnes et à la collaboration avec Dieu pour engendrer des vies nouvelles.

    Dans le même temps, le pape polonais prit rapidement conscience que les résistances et les contestations de l'encyclique de Paul VI n'étaient plus seulement partielles et ponctuelles, mais se muaient en une remise en question globale et systématique de la « saine doctrine morale » de l'Église. Ainsi, dans l'encyclique Veritatis Splendor, il put ouvrir la voie à une resémantisation personnaliste du droit naturel. Le droit naturel se comprend à travers le langage du don de soi, que le Créateur a inscrit dans le corps humain, langage que nous pouvons découvrir à la lumière de la raison et grâce au soutien de la vertu (cf. n° 48). Le droit naturel naît de la capacité de la raison à saisir, « à la lumière de la dignité de la personne », « la valeur morale spécifique de certains biens » auxquels la personne est naturellement encline. Ainsi, les « biens pour la personne », objet des inclinations naturelles, acquièrent une pertinence morale du point de vue du « bien de la personne » en tant que tel (ibid.).

    Dans la constitution apostolique Magnum Matrimonii Sacramentum du 7 octobre 1982, qui a conféré une forme juridique définitive à l'Institut d'études sur le mariage et la famille, le pape polonais a explicitement cité Humanae Vitae. Il a également indiqué comme objet d'étude « le dessein de Dieu pour le mariage et la famille », dont la pleine vérité doit être recherchée par une approche interdisciplinaire. Ainsi, deux grands axes de recherche théologique ont émergé : d'une part, l'anthropologie théologique ; d'autre part, la théologie morale.

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  • L'abbé Christophe Cossement sera doyen de Tournai

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    Du site du diocèse de Tournai :

    Un nouveau doyen pour Tournai

    En septembre prochain, l’abbé Christophe Cossement quittera ses fonctions de curé des unités pastorales de Frameries-Quévy et Colfontaine pour devenir Doyen de Tournai.

    L’abbé Cossement remplacera l’abbé Michel Decarpentrie, qui vient d’atteindre ses 75 ans, l’âge auquel les prêtres renoncent à leur charge.

    Cela faisait huit ans que Christophe Cossement avait la charge de ces deux UP boraines. À bientôt 58 ans, il a derrière lui un beau parcours: physicien de formation, ordonné prêtre en 1997, il a été vicaire à Louvain-la-Neuve, directeur de l’Institut Supérieur de Théologie de Tournai et responsable du Service Pastoral des Jeunes du diocèse.

    Voilà une première nomination décidée par Mgr Rossignol. À son arrivée fin de l’année passée, notre nouvel évêque avait annoncé qu’il se donnait quelques mois de réflexion avant de procéder aux différentes nominations. Comme par exemple à Mons, où le doyen André Minet a atteint ses 75 ans en septembre 2024 et attend le nom d’un successeur. Dans le doyenné du Centre-Soignies, où l’abbé Fröhlich est actuellement doyen f.f., un doyen est également attendu depuis le décès de l’abbé Christian Dubois.

    Belgicatho met régulièrement en ligne de belles homélies de l'abbé Christophe Cossement qui nous y a autorisés, ce pour quoi nous le remercions à nouveau.

    Lire également :  Christophe Cossement : « Trop souvent, l’Église n’ose pas : elle ne croit pas assez dans la beauté de son message »

  • Le testament spirituel du cardinal Ruini révèle un « malaise » face à la direction prise par le pape François pour l'Église

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    Du substack de Diane Montagna :

    Le testament spirituel du cardinal Ruini révèle un « malaise » face à la direction prise par le pape François pour l'Église.

    Texte intégral du testament spirituel du cardinal Camillo Ruini.

     
    18 juin


    (Cardinal Camillo Ruini)

    ROME, 18 juin 2026  Ci-dessous figure la traduction anglaise du testament spirituel du cardinal Camillo Ruini, prélat italien influent et collaborateur de confiance des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, décédé à Rome mardi à l'âge de 95 ans.

    Figure marquante de la vie de l'Église catholique en Italie sous le pontificat de Jean-Paul II, le cardinal Ruini a présidé la Conférence épiscopale italienne et a été vicaire du pape pour le diocèse de Rome pendant une grande partie des années 1990 et 2000. Dans une nécrologie publiée cette semaine, Edward Pentin, journaliste vaticaniste chevronné, décrit le cardinal comme un prélat qui a souvent pris des positions fortes et influentes sur les questions sociales et morales, contribuant ainsi à façonner le débat ecclésiastique et politique en Italie.

    Le texte original italien du testament du cardinal Ruini, daté du 3 juin 2016, a été publié en exclusivité et dans son intégralité ce soir par le site web italien Messa in Latino, qui affirme avoir obtenu le document de sources très bien informées.

    Pour expliquer sa décision de publier le texte intégral, MiL a déclaré : « Nous le faisons afin de garantir qu'il ne paraisse pas sous une forme abrégée ou altérée ; une fois que vous l'aurez lu, vous comprendrez pourquoi. »

    Cette remarque semblait faire référence, au moins en partie, à un passage concernant le pape François. Dans son testament, le cardinal Ruini écrivait :

    « Lorsque le pape François a été élu, je me suis réjoui et, dans la mesure du possible, je l’ai immédiatement soutenu. Aujourd’hui encore, je me réjouis et le remercie de son extraordinaire zèle missionnaire et évangélisateur. Pourtant, je dois avouer que je ressens un certain malaise – non pour des raisons personnelles, assurément, mais parce que j’ai du mal à comprendre certaines orientations qui me semblent rouvrir des blessures qui, après le Concile, n’avaient été que difficilement cicatrisées. Je prie humblement le Seigneur de me convaincre intérieurement que l’Église lui appartient et qu’il prend soin d’elle, au-delà de notre compréhension humaine. »

    Le pape Léon XIV a cité plusieurs passages du testament spirituel dans son homélie lors de la messe de funérailles des cardinaux en la basilique Saint-Pierre plus tôt dans la journée, mais le Saint-Siège n'a pas, à l'heure où nous écrivons ces lignes, publié le texte intégral.


    Testament spirituel de Camillo Ruini

    Action de grâce et demande de pardon à Dieu et à mes frères

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

    Je te remercie, Seigneur, pour la longue vie que tu m'as donnée, pour m'avoir fait chrétien, pour m'avoir appelé au sacerdoce et pour mes nombreuses années de sacerdoce puis d'évêque. Je te remercie d'avoir été, et d'être encore, si profondément aimé : par mes parents Francesco et Iolanda ; par ma sœur Donata ; par mes grands-parents Idelberto et Maria et par mon oncle Guido, chez qui j'ai vécu. Leur affection m'a donné force et confiance tout au long de ma vie. Je te remercie pour mon autre grand-mère, Emma ; pour mon oncle et ma tante Riccardo et Tina ; pour mon cousin Carlo et son épouse Carla ; et pour tous mes autres proches. Je te remercie d'avoir été aimé et choyé avec une telle dévotion par ma très fidèle Pierina ; aimé et choyé avec une grande générosité par mon secrétaire, Don Mauro, aujourd'hui évêque de Tivoli ; par Mara, qui a souhaité rester à mes côtés même après la fin de mon mandat de cardinal vicaire ; par Don Nicola, Angela, Claudia de la Conférence épiscopale italienne, et par tant d'autres collaborateurs. Et, dans ma vie familiale, par Palmizia, Sergio et Raffaella.

    Je te remercie, Seigneur, pour mes amis de Sassuolo ; pour mon curé, Monseigneur Zelindo Pelluti ; et pour Don Dino Carretti, qui m’a guidé et accompagné dans ma vocation sacerdotale. Je te remercie pour mes années de formation au Collège Capranica et à l’Université Grégorienne ; pour les supérieurs, les professeurs, les compagnons et les amis que j’y ai rencontrés, en particulier feu Don Osvaldo Ronzon, Don Valerio Massucci, Don Nicola Battarelli et Don Nicolino Barra. Je te remercie pour mon ministère de prêtre et d’enseignant à Reggio Emilia ; pour mes évêques, Beniamino Socche et surtout Gilberto Baroni, de qui j’ai tant reçu et tant appris ; et pour les nombreux prêtres et laïcs de plusieurs générations, en particulier ceux qui me sont encore très proches aujourd’hui. D’eux, j’ai reçu autant que j’ai cherché à donner. Je vous remercie pour le Concile Vatican II, d'en avoir fait l'expérience et d'avoir contribué à faire vivre son esprit à Reggio Emilia, et aussi de m'avoir accordé la lucidité et la force de m'opposer aux distorsions qui ont suivi le Concile.

    Seigneur, alors qu'une certaine lassitude menaçait d'alourdir mon sacerdoce, tu as eu pitié de moi et, à ma grande surprise et à mon grand désarroi, tu m'as appelé à l'épiscopat. Ce fut une grâce aussi grande qu'imméritée, un renouveau et un renforcement de ma vocation. Dès lors, le nombre de ceux qui priaient pour moi et pour mes intentions s'est multiplié, compensant la pauvreté de ma propre prière. Dès lors, en très peu de temps, je suis devenu une personnalité publique, bien que j'aie toujours essayé de rester un homme simple – en ce sens, de rester celui que j'avais toujours été.

    Jean-Paul II fut pour moi une grâce tout à fait particulière. Dès le début de son ministère, j'ai vu en lui incarné ce que je pressentais en moi-même et ce que Paul VI avait déjà laissé entrevoir malgré les nombreuses résistances et incompréhensions. Jamais, cependant, je n'aurais imaginé devenir l'un de ses collaborateurs directs, comme je le fus pendant plus de vingt ans, de l'automne 1984, alors que se préparaient les festivités du Congrès de Lorette, jusqu'à sa mort. En Jean-Paul II, j'ai ressenti ta présence, Seigneur. J'ai pu toucher de mes propres mains l'union de la prière, l'indissociabilité de la prière, de la vie et de l'apostolat ; le courage de la foi qui guide l'histoire ; et la capacité d'aimer et de pardonner. Par ma propre faute, Seigneur, j'ai cherché à suivre son exemple dans ce qui correspondait à mes inclinations naturelles, mais bien moins dans ce qui aurait remédié à mes plus graves manquements.

    Concrètement, durant les vingt-deux années de mon ministère à Rome, à la Conférence épiscopale italienne et au Vicariat, j'espère, Seigneur, avoir œuvré non par intérêt personnel, mais pour les objectifs qui m'avaient été confiés et que je partageais de tout cœur. Ce faisant, j'ai surmonté une forte résistance et une grande hostilité, surtout au début, tant au sein de la Conférence que du Vicariat. Je reconnais et confesse cependant avoir parfois agi avec une grande dureté, même si, le plus souvent – ​​mais pas toujours –, sous couvert de courtoisie. Je demande pardon au Seigneur et à tous ceux, vivants et défunts, que j'ai pu blesser. Mais je dois te remercier, Seigneur, pour les personnes avec lesquelles j'ai eu la joie de collaborer : en particulier Monseigneur Giovanni Battista Re et Monseigneur Stanisław Dziwisz ; les secrétaires de la Conférence épiscopale italienne, Monseigneur Dionigi Tettamanzi, Monseigneur Ennio Antonelli et Monseigneur Giuseppe Betori ; Les vicaires de Rome, Monseigneur Remigio Ragonesi, Monseigneur Cesare Nosiglia et Monseigneur Luigi Moretti ; Annick Johnson, Dino Boffo, Sergio Belardinelli, Vittorio Sozzi, feu Monseigneur Giuseppe Cacciari, le cardinal Angelo Scola, et bien d’autres encore, notamment les curés de Rome et les directeurs des bureaux de la Conférence épiscopale italienne et du Vicariat. J’ai entretenu des liens étroits avec plusieurs d’entre eux.

    Voilà maintenant huit ans que je suis émérite, et je Te remercie, Seigneur, de m'avoir accordé tout ce temps pour me préparer à la rencontre suprême avec Toi. Je Te demande aussi pardon de ne l'avoir que si peu employé à cette fin. En vérité, jusqu'à présent, j'ai été un émérite très occupé, en raison des diverses responsabilités qui m'ont été confiées et, surtout, parce que je me suis consacré à la passion pour l'étude née en moi à l'adolescence et qui ne m'a jamais quitté. Les sujets que j'ai choisis – Dieu et la vie après la mort – disposent par essence à la rencontre avec Toi, et les deux ouvrages dans lesquels j'ai condensé mes réflexions se voulaient une modeste contribution, aussi petite soit-elle, à l'évangélisation. En réalité, cependant, ce travail d'écriture n'a pas favorisé la liberté d'esprit nécessaire à la prière.

    Pourtant, les principales causes de ce manque de liberté sont mes péchés et la faiblesse de ma réponse à l’amour du Seigneur. Voilà ce que je voudrais confesser, espérant ne scandaliser personne, mais plutôt encourager les autres à prier pour moi et à faire mieux que moi. Avant tout, je confesse la pauvreté de ma foi. Dès mon enfance, j’ai reçu le don de la foi et j’ai appris à prier. La foi m’a accompagné et soutenu tout au long de ma vie, en particulier lors de ma réponse à l’appel au sacerdoce. Je me suis consacré à la défense de la foi dès le lycée, sans timidité ni crainte. Par l’étude, j’ai cherché à approfondir son contenu et ses fondements, et à la présenter et la défendre avec passion et conviction. Pourtant, malgré tout cela, au plus profond de mon cœur, j’ai toujours été tenté, précisément au sujet de la foi, même si, par la grâce de Dieu, je ne crois pas avoir jamais cédé à cette tentation. Concrètement, ma foi était, et demeure, trop faible pour soutenir et animer une vie qui devrait être entièrement consacrée à Dieu et à mes frères et sœurs. Seigneur, aie pitié de moi et fortifie ma foi en cette étape finale et décisive de mon voyage terrestre.

    Vierge Marie, notre douce Mère, intercédez pour que l'amour de Dieu emplisse mon cœur et m'accorde la vraie liberté. « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » (Actes 20, 35) : cette parole de Jésus m'a toujours paru presque évidente et a correspondu à une inclination naturelle en moi, favorisée par le fait que je n'ai jamais connu le véritable dénuement. Ainsi, grâce à la grande générosité de mes parents et de ma sœur, j'ai pu, durant toutes les années où j'étais prêtre à Reggio, travailler pratiquement sans rémunération. Plus tard, j'ai reçu des sommes d'argent considérables, mais je n'ai pas accru le patrimoine familial, utilisant le surplus pour aider les nécessiteux. Pourtant, là encore, je n'ai pas mis en pratique l'invitation du Seigneur à tout quitter pour le suivre, ni renoncé à un mode de vie qui, bien que simple, demeurait confortable.

    J'ai toujours été dévoué au Pape, et j'en remercie le Seigneur et mes maîtres, en particulier les professeurs de l'Université pontificale grégorienne. Après Jean-Paul II, j'ai travaillé trois ans avec Benoît XVI, et je le remercie de tout cœur, notamment pour l'affection qu'il continue de me témoigner. Lorsque le pape François a été élu, je me suis réjoui et, dans la mesure du possible, je l'ai immédiatement soutenu. Aujourd'hui encore, je me réjouis et le remercie de son extraordinaire zèle missionnaire et évangélisateur. Pourtant, je dois avouer que je ressens un certain malaise – non pour des raisons personnelles, assurément, mais parce que j'ai du mal à comprendre certaines orientations qui me semblent rouvrir des blessures qui, après le Concile, n'avaient été que difficilement cicatrisées. Je prie humblement le Seigneur de me convaincre intérieurement que l'Église lui appartient et qu'il prend soin d'elle, au-delà de notre compréhension humaine.

    Seigneur, aide-moi à accepter la légère croix de mon déclin – physique pour l’instant – et la diminution progressive de mon rôle. C’est la grâce que tu m’accordes maintenant afin que je puisse mieux me préparer à ta rencontre.

    Seigneur, toi seul sais pourquoi tu m'as appelé. Ton amour est totalement gratuit, immérité et créateur. Fais que je ne le rejette pas ; pardonne-moi aussi de l'avoir trop souvent fui et déçu. Seigneur, Dieu fidèle, ne te lasse jamais de m'aimer, de m'appeler et de me convertir. Père riche en miséricorde, accorde-moi, ainsi qu'à tous mes frères en humanité, la grâce de la persévérance finale.

    Rome, le 3 juin 2016

    Solennité du Sacré-Cœur de Jésus

    Camillo Cardinal Ruini

  • Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

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    Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

    La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres comme évêques le 1er juillet sans l'autorisation du pape Léon XIV.

    CASTEL GANDOLFO, Italie — Le pape Léon XIV a averti que l'ordination prévue d'évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) pourrait pousser le groupe vers le schisme, les exhortant une fois de plus à s'arrêter et à rester en communion avec l'Église.

    « Nous les avons invités, et j'envisage encore de lancer un nouvel appel, pour leur dire : “Ne faites pas cela. Essayons de vivre la communion dans l'Église.” Mais c'est leur choix. Ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux et pour l'Église », a déclaré le pape, répondant aux questions des journalistes devant la Villa Barberini à Castel Gandolfo le 16 juin.

    La Fraternité Saint-Pie-X a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres évêques le 1er juillet, sans l'autorisation du pape Léon XIV. Le Vatican avait averti le 13 mai qu'une telle décision, prise sans mandat papal, constituerait un acte schismatique passible d'excommunication. Les consécrations auront lieu au séminaire de la FSSPX à Écône, en Suisse.

    « Certes, la division entre chrétiens est toujours une chose douloureuse », a déclaré le pape. « Mais ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par divers points du concile Vatican II. Et s’ils persistent dans ces choix, je le regrette. Mais nous devons aller de l’avant. »

    La FSSPX célèbre exclusivement la messe traditionnelle en latin et a rejeté certains enseignements et réformes du concile Vatican II, notamment en ce qui concerne la liberté religieuse et l'approche de l'Église vis-à-vis des autres confessions.

    Le pape a également répondu à des questions sur la diplomatie du G7, ses futurs voyages en France et au Pérou, et sur la réponse chrétienne aux migrations qui appelle à reconnaître les raisons pour lesquelles les gens doivent quitter leur pays, telles que la violence et la guerre.

    Commentaire sur InfoVaticana :

    À quoi faut-il adhérer pour être catholique ? Les doutes soulevés par la déclaration du pape

    Car l’expression « divers points du Concile » constitue une limite qu’il convient de définir clairement. L’Église distingue entre les dogmes, les doctrines définitives et les enseignements du Magistère authentique. S’il existe un cadre doctrinal complet visant à clarifier les exigences de chaque enseignement, il semble raisonnable d’exiger qu’il soit appliqué avec précision lorsqu’il s’agit de déterminer si l’on demeure dans la communion ecclésiale ou non.

    Dès lors, je pose la question : dois-je croire en Lumen Gentium de la même manière que je crois en la divinité du Christ ? Dois-je croire en Dignitatis Humanae avec la même adhésion qu’à l’Immaculée Conception ? La liberté religieuse relève-t-elle du dépôt de la vérité révélée ou d’une formulation prudentielle appliquée à des circonstances historiques particulières ? Et si la réponse est la première, à quel moment a-t-elle été définie comme une vérité révélée par Dieu et proposée comme telle par l’Église ?

    Par ailleurs, dois-je m’en tenir uniquement au texte conciliaire ou également à une interprétation particulière de celui-ci ? Car l’expérience des soixante dernières années semble indiquer que la controverse porte moins sur les mots écrits eux-mêmes que sur la manière de les lire. S’il est obligatoire d’adopter une herméneutique particulière, il serait utile de savoir laquelle, qui la définit et avec quel degré d’autorité elle s’impose.

    Benoît XVI a jugé nécessaire de consacrer un discours célèbre à l'explication de ce qu'on appelle « l'herméneutique de la continuité ». Mais si un document requiert une théorie interprétative complète pour démontrer qu'il ne contredit pas les formulations antérieures du Magistère, il est difficile de soutenir en même temps que son sens est si évident qu'il puisse servir de critère immédiat pour déterminer qui demeure pleinement en communion avec l'Église.

    La même question se pose concernant la liturgie. Est-il obligatoire de considérer la réforme liturgique issue du Concile comme l'expression la plus aboutie de l'Église dans son histoire ? Dois-je croire que les nouvelles prières eucharistiques de Bugnini constituent un progrès par rapport au Canon romain en vigueur depuis des siècles ? Dois-je affirmer que l'offertoire introduit après la réforme exprime plus pleinement la théologie de la messe que les formules traditionnelles ? Est-ce une question de foi ou un sujet ouvert à un débat légitime ?

    La tradition catholique a toujours considéré que le Credo et les dogmes définissent la foi. Cependant, dans la pratique contemporaine, une logique semble gagner du terrain selon laquelle Vatican II ne serait plus simplement un concile œcuménique à recevoir en fonction de la nature de ses enseignements, mais une sorte de métacritère ou de super-dogme capable de déterminer rétrospectivement toute l'orthodoxie catholique.

    Je ne cherche pas à savoir ce qui définit le progressisme ou le conservatisme, ni quelle interprétation privilégient certains théologiens ou papes. Ma question est bien plus fondamentale : que dois-je croire précisément pour rester catholique ? Que signifie exactement pour le pape ces « éléments fondamentaux de l’Église » énoncés lors du concile Vatican II, auxquels nous devons nécessairement adhérer pour être en communion ?

  • La mort du cardinal Ruini, le cardinal qui a fidèlement accompagné le pontificat de Jean-Paul II

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    La mort du cardinal Ruini, interprète de l'époque wojtylienne

    Président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), vicaire du pape pour le diocèse de Rome et président du Projet culturel de l'Église italienne, le cardinal Camillo Ruini a fidèlement accompagné le pontificat de Jean-Paul II, concluant par le « choix religieux » et incitant l'Église italienne à jouer un rôle plus actif dans la société.

    17 juin 2026

    Dans le numéro récemment paru de la revue Il Mulino, l'historien Guido Formigoni parle de « l'ère Wojtyla-Ruini » comme d'un tout unitaire, caractérisé par une dynamique précise de la politique ecclésiastique et une vision de la manière de guider indirectement la politique.

    Suite au décès hier du cardinal Camillo Ruini, on peut affirmer que ce cadre d'interprétation est pertinent. Chronologiquement, les récits concordent parfaitement et l'expression « ère Wojtyla-Ruini » est pleinement justifiée. De 1991 jusqu'au décès de Jean-Paul II, le cardinal Ruini fut vicaire du pape pour le diocèse de Rome, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et du Latium, ainsi que président du Projet culturel de l'Église italienne. À ce titre, il a également accompagné Benoît XVI pendant plusieurs années, convaincu de poursuivre dans la même voie. L'affirmation de Formigoni mérite d'être soutenue, non seulement par la concordance des dates, mais aussi par son contenu.

    Les années 1990 ont été marquées par deux grands phénomènes de changement qui ont affecté à la fois l'Église et la société italienne, et, naturellement, leurs relations réciproques. Du côté de l'Église, le projet de Jean-Paul II de relancer la doctrine sociale de l'Église portait ses fruits, notamment avec l'encyclique Centesimus annus (1991), consacrée au tournant historique de l'effondrement du communisme en Europe de l'Est. Quant à l'Église italienne, ce renouveau avait préparé le terrain pour le changement de cap exprimé par Jean-Paul II lors du Congrès ecclésial de Lorette en 1985 : l'Église avait une contribution propre à apporter à la société italienne, y compris sur les plans culturel et politique, dépassant ainsi la position antérieure d'un « choix religieux » qui n'était plus engagé dans le jugement de la réalité.

    Parallèlement à ces bouleversements au sein de l'Église, la société italienne traversait une crise du système partisan, marquée par la fin de la Démocratie chrétienne comme catalyseur du vote catholique, la dispersion politique croissante des catholiques, la résurgence du Parti populaire et sa marginalisation. Un nouveau cadre s'imposait, conçu en accord avec les encycliques de Wojtyla, qui visaient à restaurer l'unité de la mission d'évangélisation de l'Église, notamment par sa présence publique. Figure clé de cette période complexe, le cardinal Ruini s'efforça d'organiser cette nouvelle présence selon les principes et les programmes du pape polonais, sans toutefois provoquer de troubles majeurs, mais en préservant au contraire l'unité. Il était pleinement conscient de l'existence de nombreux dissidents, tant au sein de l'Église que parmi les hommes politiques catholiques du camp démocrate.

    En 1991, le cardinal Ruini signa la préface du Directoire pour la pastorale sociale, « Évangéliser le social », dont la structure et le contenu étaient pleinement inspirés par Wojty. Ce Directoire donnait des instructions précises sur la manière dont chaque membre de l'Église, de l'évêque au laïc, devait agir au service de la doctrine sociale de l'Église : chose presque impensable aujourd'hui. Dans ce contexte de regain d'enthousiasme pour les nouveaux défis, l'Église italienne finança le Centre d'études de la doctrine sociale de l'Église à l'Université catholique de Milan, encouragea la création des Écoles de formation à l'engagement social et politique (EFIPS) dans chaque diocèse et favorisa la création de nouvelles organisations laïques actives dans le lobbying, telles que le Forum national des associations familiales, longtemps dirigé par Luisa Santolini. Puis, sous la présidence du cardinal Ruini lui-même, l'Église créa et finança le Projet culturel de l'Église italienne. Comme on peut le constater, la renaissance de la doctrine sociale et la conviction que l'Église devait jouer un rôle qui ne se limitait pas à l'animation ont inspiré cette époque ruinienne, malgré les difficultés prévisibles.

    Parmi eux, on se souvient de ceux qui adhéraient à la ligne alternative du cardinal Martini, ou de ceux qui accusaient cette nouvelle « présence » d’abandonner l’esprit du Concile, comme le père Bartolomeo Sorge. Malgré les nouveaux enseignements, certains continuaient de considérer comme idéologique l’affirmation d’une doctrine catholique unifiée qui devait guider la pastorale et non l’inverse. Il faut reconnaître au cardinal Ruini le mérite d’avoir mené le navire à travers la tempête, d’avoir partagé la vision de Jean-Paul II et de s’être battu pour la mettre en œuvre dans notre pays. Peut-être aurait-il pu éviter de chercher à maintenir l’unité avec tous. Si l’on examine l’organisation des nombreuses conférences du Projet pastoral ou les initiatives qu’il a promues, on constate que toutes n’ont pas suivi fidèlement la ligne du cardinal.  

    En matière de relations politiques, le cardinal Ruini a usé de nombreux atouts. Il envisageait d'influencer la politique indirectement par le biais d'hommes politiques catholiques présents dans tous les partis. Ces hommes, aux opinions politiques diverses, étaient unis par ce qui allait devenir les « principes non négociables ». L'idée, en elle-même, s'inscrivait bien dans le renouveau de la doctrine sociale de l'Église, mais son développement demeurait inégal, une forte résistance persistait et sa présence dans tous les partis politiques favorisait une divergence, même sur les valeurs à défendre. Sa dernière tentative en la matière fut son appel à l'abstention lors du référendum de 2004 sur l'insémination artificielle. Ce fut un succès immédiat, mais le cardinal fut également accusé d'avoir outrepassé les limites permises à un membre du clergé. Cet événement illustra néanmoins clairement sa conception d'une présence catholique indirecte.

    Le cardinal Ruini se sentait également à l'aise avec Benoît XVI, il a soutenu sa ligne et, avec le Projet culturel, il a organisé la conférence qui est devenue plus tard un livre, « Avec Dieu ou sans Dieu, tout change », une voie qui a également intéressé de nombreux penseurs laïques – alors appelés péjorativement « dévots » – intéressés par un discours renouvelé sur la vérité.

    Il semble toutefois que notre cardinal, désormais « à la retraite », n'ait pas été pleinement satisfait du pontificat de François. À sa mort, au printemps 2025, il a formulé quatre conditions que le nouveau pape devait posséder : une doctrine solide, des qualités de chef, un esprit de communion et la consolidation de la foi. Nombreux sont ceux qui ont perçu ces souhaits comme des exigences contraires aux principes incarnés par le pontificat qui venait de s'achever.

  • Prochain consistoire : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine à l'ordre du jour

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    De George Weigel sur le CWR :

    Liens consistoraux importants

    La défense et la promotion de l'idée biblique de « Qui sommes-nous ? » constituent le lien entre les trois principaux sujets du consistoire.

    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire du 7 janvier 2026, au Vatican. (Crédit : Vatican Media)
    Plusieurs sujets seront abordés lors du consistoire des cardinaux convoqué par le pape Léon XIV du 26 au 29 juin : la situation internationale et ses effets sur les Églises locales ; les thèmes clés de l’encyclique Magnifica Humanitas ; les prochaines étapes du Synode sur la synodalité.

    À première vue, ces trois points à l'ordre du jour peuvent sembler quelque peu déconnectés. En réalité, ils sont étroitement liés par ce que le Pape a justement identifié dans son encyclique comme la crise civilisationnelle du moment : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine.

    Bien qu'elle soit aujourd'hui considérée comme « l'encyclique de l'IA », Magnifica Humanitas nous invite avec pertinence à une profonde réflexion sur la question posée à l'âge du bronze par le Psaume 8 : « Qu'est-ce que l'homme… ? » (Ps 8,4). Car c'est là la question ultime que soulève le développement de l'intelligence artificielle : qui sommes-nous ? Sommes-nous de simples algorithmes ambulants, sur le point d'être surpassés en termes de puissance de calcul, puis de capacités cognitives, puis de prise de décision par d'autres algorithmes ? Nos capacités d'amour, de regret, de honte, d'altruisme, de méchanceté, de compassion, de pensée spéculative et d'apprentissage de nos erreurs ne sont-elles qu'une fonction des connexions neuronales de notre cerveau que nous avons, pendant des millénaires, confondues à tort avec la « conscience » – des connexions qui peuvent être reproduites, voire améliorées, par le développement de ce que l'on appelle l'intelligence artificielle générale ?

    La réponse que la religion biblique apporte à cette question est celle sous-entendue par le paragraphe clé, le n° 99, de Magnifica Humanitas : les algorithmes, aussi perfectionnés soient-ils, n’ont pas et ne peuvent pas avoir d’âme, et l’âme immortelle, créée par Dieu, est ce qui distingue l’être humain de toute autre créature. C’est cette « âme » qui est la raison ultime pour laquelle nous pouvons discerner le bien du mal, distinguer le noble du vil, éprouver de la honte lorsque nous choisissons ce qui dégrade autrui et nous-mêmes, nous repentir et nous relever de nos erreurs pour tenter de faire mieux à l’avenir avec le secours de la grâce.

    La défense et la promotion de cette idée biblique de Qui nous sommes constituent donc le lien entre les trois sujets du consistoire.

    Le lien est particulièrement flagrant sur la scène internationale, car les principaux agresseurs des conflits actuels sèment la terreur en raison d'une conception déformée de la personne humaine. Pour les djihadistes meurtriers et kidnappeurs, les chrétiens qu'ils persécutent sont dépourvus de dignité humaine parce qu'ils refusent de scander « Allahu Akbar ! ». Pour Vladimir Poutine, les soldats russes sont de la chair à canon, bons à sacrifier au nom du nouvel impérialisme russe. Pour l'Iran et ses alliés, le Hezbollah et le Hamas, les Juifs sont des sous-hommes à exterminer (dans le cas du Hamas, après avoir été violés et torturés, leurs sévices filmés par des iPhones). Pour Xi Jinping, le peuple chinois (et, à l'avenir, le peuple taïwanais) n'est que de l'argile à modeler selon le moule communiste souhaité par des systèmes de surveillance omniprésents qui déterminent qui est digne d'éducation et de prospérité.

    Il existe également un lien étroit entre la défense de la dignité de la personne humaine enseignée par Magnifica Humanitas et l'avenir du Synode sur la synodalité.

    Récemment, une controverse internationale a éclaté au sujet du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, qui a diffamé Courage International, organisation caritative américaine venant en aide aux personnes attirées par le même sexe et souhaitant vivre dans la chasteté selon la conception catholique. Cette rupture de la solidarité ecclésiale a été rendue possible en partie par ce que le secrétaire général du Synode a qualifié de « précieux travail » du Groupe d'étude – une caractérisation de la théologie du rapport qui mérite un examen approfondi et qui pourrait entraîner une contestation sérieuse, voire un rejet, lors du prochain consistoire.

    Peu après la publication du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, un ami avisé, parfaitement au courant des points positifs des synodes de 2023 et 2024, m'a écrit que le passage biblique qui lui revenait sans cesse à l'esprit à la lecture de ce rapport était : « Les brebis ne suivront pas l'étranger ; elles s'enfuiront loin de lui, parce qu'elles ne reconnaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10,5). Le discours tenu dans ce rapport, poursuivait-il, « n'a rien de chrétien. Le contenu est certes déplorable, mais même avant cela, il y a quelque chose d'étranger dans la façon dont [le rapport] parle de la foi. »

    La raison en est, à mon avis, que le rapport du Groupe d'étude synodal n° 9 s'inscrit dans la continuité de la campagne menée contre l'encyclique Veritatis Splendor du pape saint Jean-Paul II, publiée en 1993. Cette campagne est menée depuis la parution de l'encyclique par des factions agressives au sein de la communauté théologique catholique et de certaines conférences épiscopales (notamment en Allemagne et en Belgique). Elle s'est intensifiée sous le pontificat précédent, et l'attaque contre Veritatis Splendor bénéficie désormais d'une quasi-approbation officielle, puisque le rapport du Groupe d'étude n° 9 a été publié par le Secrétariat général du Synode (dont le papier à en-tête officiel ne fait d'ailleurs aucune mention d'un Synode des évêques ).

    Veritatis Splendor défendait avec vigueur la conception catholique classique selon laquelle certains actes sont intrinsèquement mauvais et ne peuvent jamais être justifiés moralement par quelque calcul que ce soit des intentions et des conséquences. Cette défense s'inscrivait dans le contexte plus large de l'appel de Jean-Paul II à un renouveau de la théologie morale catholique, centré sur les Béatitudes et les vertus, un appel qui reflétait l'influence du Père Servais Pinckaers, OP, et de son œuvre majeure, Les Sources de l'éthique chrétienne , sur l'élaboration de Veritatis Splendor .

    Pour en venir au fait, Veritatis Splendor défendait la dignité de la personne humaine, dignité incarnée dans notre capacité à distinguer le bien du mal et dans notre aptitude, sous l'effet de la grâce, à choisir le bien. Dans la perspective du personnalisme chrétien de Jean-Paul II, nier l'existence d'actes intrinsèquement mauvais – actes tels que le viol et la torture qui, par eux-mêmes, dégradent et avilissent l'humanité tant de l'auteur que de la victime – revient à vider la vie morale de son drame inhérent, voire de son humanité même.

    Pourquoi les membres de la confrérie des théologiens, voire les évêques, nieraient-ils ce que toute personne dotée d'une sensibilité morale normale comprend instinctivement : que le viol et la torture sont toujours condamnables ? On peut certes s'enliser dans les méandres de l'épistémologie post-kantienne pour y trouver ce qui est parfois présenté comme les raisons de repenser la notion d'actes intrinsèquement mauvais. Mais de tels jeux philosophiques relèvent davantage du prétexte que de la cause : un prétexte qui vise à masquer la volonté de déclarer aujourd'hui intenable l'éthique catholique de l'amour humain, et notamment sa conception de la contraception et des relations homosexuelles.

    Le rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal se trouve donc en contradiction irrémédiable avec l'enseignement sur la dignité humaine issu de l'encyclique Magnifica Humanitas. Cela soulève de sérieuses questions quant à l'avenir du processus synodal entamé en 2021, il y a cinq ans et des dizaines de millions de dollars.

    Ce processus a produit de bons résultats – comme la prise de conscience, même dans les parties les plus cléricales de l’Église, que tous les baptisés ont reçu le Grand Mandat de Matthieu 28.19 et sont donc appelés à la mission évangélique – et ces résultats doivent absolument être salués et mis en œuvre.

    Mais si, comme le montre clairement le rapport du Groupe d'étude synodal n°9, le processus synodal a également été l'occasion de remettre en question, inutilement, des questions établies de foi catholique et de pratique pastorale, créant ainsi le genre d'ambiguïté qui rend l'évangélisation difficile, voire impossible, alors une question difficile devrait être posée lors du consistoire de juin : pourquoi ce processus synodal extrêmement coûteux et chronophage doit-il être poursuivi ?

    Et si la réponse à cette question est qu’il est nécessaire de donner la parole aux voix inaudibles, la réponse à cela, franchement, est « Bof ».

    Ce n'est pas que les voix qui semblent avoir largement influencé le contenu du rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal étaient auparavant inaudibles. Ces voix se faisaient entendre depuis des décennies. Mais lorsque l'autorité doctrinale de l'Église s'y est opposée, des théologiens radicaux et certaines Églises locales ont refusé d'accepter la correction et l'appel à un authentique renouveau théologique et pastoral formulés dans Veritatis Splendor : d'une part, parce qu'ils insistaient sur le fait que l'éthique de l'amour humain prônée par l'Église était un obstacle à l'évangélisation, ce qui n'est manifestement pas le cas dans les régions vivantes de l'Église universelle ; d'autre part, par soumission passive à l' esprit culturel occidental.

    J'espère que certains cardinaux courageux aborderont ces points communs lors des discussions du consistoire qui auront lieu plus tard ce mois-ci. Cela pourrait dynamiser des échanges trop souvent monotones et attirer l'attention sur le message urgent de Magnifica Humanitas , qui est la défense de la dignité humaine.

     

    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • Léon XIV : quelle sera sa stratégie de communication ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : quelle sera sa stratégie de communication ?

    8 juin 2026

    La nomination de Montse Alvarado au poste de préfète du Dicastère pour la communication du Vatican en dit long sur la manière dont Léon XIV entend gérer la Curie romaine et sur sa conception de ses différents services.

    Elle offre peut-être aussi un aperçu d’une éventuelle nouvelle réforme de la Curie romaine.

    Jusqu’à présent, Léon XIV a procédé à des nominations plutôt institutionnelles au sein de la Curie, choisissant des profils peu médiatisés, mais fonctionnels et travailleurs, tous issus, de surcroît, du monde conservateur.

    Certes, la petite réforme concernant la suspension des supérieurs religieux dans les diocèses semblait renforcer le pouvoir de la seule femme préfète, sœur Simona Brambilla. Cependant, le maintien d’une femme au poste de préfète, ainsi que celui de Sœur Raffaella Petrini à la présidence du gouvernorat du Vatican, semblait constituer une exception au sein d’une Curie romaine fermement entre les mains des hommes.

    La nomination de Montse Alvarado semble donc sortir des sentiers battus, ou du moins de ceux auxquels nous nous étions habitués sous Léon XIV. Et pourtant, ce n’est une nomination surprenante que jusqu’à un certain point.

    Sous le couvert d’un pragmatisme typiquement américain, Léon XIV semble considérer le département de la communication du Vatican non pas tant comme un organe de la Curie, mais plutôt comme une sorte de « service des relations avec les médias », une interface entre le pape et le monde. Il n’a rencontré le préfet sortant, Paolo Ruffini, qu’une seule fois, sans pour autant élaborer avec lui une véritable stratégie de communication.

    À la place de Ruffini, Léon XIV a nommé une figure de proue du paysage médiatique catholique américain, jusqu’à présent directrice générale d’EWTN, la chaîne de télévision de Mère Angélique, que le pape François lui-même avait qualifiée, pendant son pontificat, d’« œuvre du diable ».

    Le but, cependant, était simple : le pape a fait venir au Vatican un gestionnaire expérimenté, tout en tendant la main au monde conservateur américain, avec tous ses donateurs, empruntant une expérience cruciale pour tenter de faire fonctionner la machine de communication du Vatican.

    Son profil n’est pas celui d’une journaliste, mais celui d’une gestionnaire qui a passé trois ans à la tête de la plus grande entreprise de médias catholiques au monde, et qui apporte donc non seulement une expérience spécifique, mais aussi au pontificat le poids de millions de fidèles qui se rassemblent chaque jour sur EWTN.

    Il s'agit là d'un coup de maître de la part de Léon XIV, qui démontre qu'il considère la communication du Vatican comme un atout et n'a pas l'intention d'en faire un handicap, avec tout ce que cela implique. Et il est probable que d'autres réformes du département de la communication soient envisagées, du moins en ce qui concerne la répartition des fonctions.

    En tentant de tout regrouper, le Dicastère pour la communication s’est retrouvé à gérer un mastodonte qui englobe tous les médias du Vatican, la maison d’édition, mais aussi le Bureau de presse du Saint-Siège et la Maison d’édition du Vatican, ainsi que l’Imprimerie et le Service photographique.

    Cela fait du dicastère de la Communication l’organisme disposant du plus gros budget de la Curie romaine.

    Dans le cadre d’une éventuelle réorganisation, l’imprimerie, la Maison d’édition du Vatican et le Service photographique seraient intégrés au budget du Gouvernorat, sous la rubrique « services commerciaux ».

    Le Dicastère de la Communication reprendrait son rôle pastoral, et la gestion des médias pourrait être assurée de manière plus managériale, avec une autonomie qui permettrait également de recevoir des dons spécifiques.

    Le Bureau de presse du Saint-Siège pourrait également avoir bientôt un nouveau directeur, et à ce moment-là, il sera clair si le Pape souhaite placer le Bureau de presse directement sous la tutelle de la Secrétairerie d’État, avec une meilleure coordination de la communication, ou maintenir la réforme de la communication telle qu’elle est actuellement.

    Tels sont les principaux défis auxquels Alvarado devra faire face, alors qu’elle hérite d’une organisation en proie à une bureaucratisation soudaine et, dans certains cas, imposée.

    En effet, la communication du Vatican a toujours fonctionné non pas grâce à son organisation, mais grâce à la coordination entre les hommes qui dirigeaient les différents dicastères (cumulant parfois plusieurs fonctions, comme le père Federico Lombardi, qui fut à un moment donné directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, de Radio Vatican et du Centre de télévision du Vatican) et grâce à un système d’information non bureaucratique, mais bien structuré, fidèle à l’institution.

    Léon XIV montre toutefois qu’il accorde à chaque dicastère un poids spécifique différent. En effet, la réforme de la Curie doit encore être affinée, et qui sait si l’approche de Léon XIV deviendra la norme pour d’autres dicastères qui ne nécessitent pas nécessairement un archevêque ou un cardinal à leur tête, car ils n’ont pas besoin d’être en collégialité avec le Pape.

    Cette décision du pape démontre toutefois qu’il est très difficile de définir les situations au sein du Vatican en polarisant les opinions. Jusqu’à présent, EWTN avait été présentée comme la chaîne anti-papale en raison de quelques commentaires critiques sur le pontificat de François, au milieu d’une multitude d’émissions principalement consacrées à la dévotion, à l’actualité du monde catholique et à la vie catholique.

    Pourtant, la qualité des reportages de ses agences, ainsi que de ses émissions télévisées et du travail de ses filiales, a toujours su préserver un équilibre sain et respecter des normes journalistiques rigoureuses, qu’Alvarado a soutenues et encouragées pendant son mandat de directrice des opérations chez EWTN.

    Aujourd’hui, cet équilibre est largement reconnu par certains secteurs de la « gauche catholique » qui, tout en reconnaissant une honnêteté intellectuelle malgré la diversité des points de vue, n’ont pas hésité par le passé à attaquer EWTN pour certaines positions, parfois simplement en refusant d’accepter la critique.

    L’auteur de cette chronique doit toutefois admettre qu’il existe un parti pris dans cette communication, ayant été collaborateur d’EWTN pendant 13 ans, et ayant néanmoins pu s’exprimer librement sur tous les sujets, sans épargner les opinions critiques, mais aussi sans censure.

    Ce changement de discours a été favorisé par Léon XIV, lui-même un pape qui s’est montré allergique à la polarisation, tandis que l’un des promoteurs d’Alvarado aurait été le cardinal Michael Czerny, qui a en effet confié à EWTN la production de la vidéo promotionnelle de l’encyclique Magnifica Humanitas. Et Czerny ne peut certainement pas être considéré comme un champion du monde anti-Pape François.

    À tout le moins, Léon XIV a démontré par cette décision que le temps de la polarisation au sein de l’Église est révolu.

    De cette manière aussi, le pape œuvre pour l’unité de l’Église. Alors que les articles mettent l’accent sur la nécessité de rendre la communication du Vatican plus efficace — sous-estimant parfois le nombre de professionnels travaillant dans les médias du Vatican —, la nomination d’Alvarado en dit bien plus long.

    Il indique que l’époque des conflits idéologiques est révolue, que le pape souhaite une communication efficace et qu’il réformera peut-être davantage la Curie afin de séparer les relations publiques, le commerce et l’administration, et que même la Curie romaine doit désormais être comprise d’une nouvelle manière.

  • Prochain consistoire : la liturgie n'est pas au programme mais est-ce un mal ?

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Nouveau programme au consistoire, pas de liturgie, mais ce n'est pas plus mal.

    Le Collège sacré se réunira fin juin avec un ordre du jour modifié : la situation internationale,  Magnifica Humanitas  et le Synode. La question liturgique, précédemment reportée, n’y figure plus, et de ce fait, l’intervention du cardinal Roche, empreinte d’hostilité envers le rite ancien, est mise de côté. 

    5/06/2026

    Photo Vatican Media/LaPresse 08 janvier 2026 - Cité du Vatican, Actualités - Pape Léon XIV lors du Consistoire extraordinaire - Troisième session. DIFFUSION GRATUITE - INTERDIT À LA VENTE

    La situation internationale,  Magnifica Humanitas et le Synode : tels sont les sujets que Léon XIV a assignés aux cardinaux en vue du consistoire extraordinaire des 26, 27 et 29 juin. Dans une lettre publiée par Messainlatino, Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, a recommandé aux cardinaux de « se préparer convenablement à la réunion ».

    Cela marque un changement d'ordre du jour par rapport au premier consistoire de janvier, lors duquel les cardinaux avaient voté à une large majorité pour aborder les thèmes du « Synode et de la synodalité » et de « L'évangélisation et la nature missionnaire dans l'Église à la lumière de la lecture d' Evangelii Gaudium », reportant à une date ultérieure  la discussion de Praedicate Evangelium et de la liturgie. Il va sans dire que ce dernier sujet demeure un sujet brûlant parmi les experts, car il touche à la position à adopter vis-à-vis de la messe tridentine.

    Les partisans d'une ligne tolérante envers l'ancien rite, cependant, n'ont guère de raisons de s'en inquiéter. Lors du dernier consistoire, la décision de la majorité des cardinaux de ne pas débattre de la liturgie avait en effet épargné à tous la lecture du discours du cardinal Arthur Roche. Dans ce discours, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements osait rejeter Benoît XVI et son motu proprio Summorum Pontificum , déclarant qu'il n'est pas possible de « revenir à cette forme rituelle que les Pères conciliaires, cum Petro et sub Petro , ont jugé nécessaire de réformer, approuvant, sous l'inspiration de l'Esprit et selon leur conscience de pasteurs, les principes dont est née la réforme ». Roche citait la très controversée  Traditionis custodes  , que le pape François affirmait avoir écrite « afin que l'Église puisse élever, dans la diversité des langues, une prière unique et identique, capable d'exprimer son unité ».

    Léon XIV réfuta cette affirmation quelques mois plus tard dans une lettre aux évêques français, les exhortant à trouver « des solutions concrètes permettant l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo, conformément aux directives établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ». Bien que la ligne de tolérance envers la forme extraordinaire du rite romain soit probablement devenue majoritaire au sein du Sacré Collège, il n’aurait certainement pas été judicieux d’engager un débat sur la base d’un texte aussi hostile que celui de Roche.

    Et si la liturgie était restée l’un des sujets abordés lors des sessions consistoriales,Il est probable que, cette fois encore, l'introduction aurait été confiée au cardinal britannique. Tant mieux. Le doyen Re écrivait à ses confrères cardinaux qu'en vue du consistoire, « la contribution de chaque cardinal est d'autant plus fructueuse qu'elle naît d'un contact direct avec le Peuple de Dieu, ses espoirs, ses interrogations et même ses luttes ». Ce conseil pourrait s'avérer utile au cardinal Roche s'il décidait d'écouter les espoirs, les interrogations et les luttes des plus de 20 000 jeunes fidèles, fervents admirateurs de la messe tridentine, qui ont animé le pèlerinage Paris-Chartres. Ce serait la preuve de cette « nouvelle manière de se regarder, avec une meilleure compréhension des sensibilités mutuelles », souhaitée par Léon XIV dans sa lettre aux évêques français. 

  • Léon XIV nomme une femme, laïque, préfète du dicastère pour la Communication

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    De Vatican News :

    Léon XIV nomme une femme, laïque, préfète du dicastère pour la Communication

    Actuellement présidente et directrice des opérations d'EWTN News, Maria Montserrat Alvarado succédera à Paolo Ruffini en novembre prochain, poursuivant ainsi le parcours de réforme et de renouvellement initiés par le Pape François.

    Le Pape Léon XIV a nommé Maria Montserrat Alvarado, actuellement présidente et directrice des opérations d'EWTN News, préfète du dicastère pour la Communication, à partir du 1er novembre 2026.

    Née à Mexico, Maria Montserrat Alvarado est diplômée de l'Université internationale de Floride et de l'Université George Washington. De 2009 à 2023, elle a occupé des postes à responsabilité au sein du Fonds Becket pour la liberté religieuse, participant à des initiatives consacrées à la défense de la liberté religieuse et à la promotion de la dignité humaine. Depuis 2023, elle est présidente et directrice des opérations d'EWTN News, la division éditoriale d’Eternal Word Television Network, supervisant des plateformes médiatiques internationales produisant des contenus en sept langues pour la télévision, la radio, la presse écrite, les médias numériques et les réseaux sociaux.

    Avec la nomination de Maria Montserrat Alvarado, le Pape Léon XIV poursuit le processus de réforme et de renouvellement de la Curie romaine initié par le Pape François, qui a confié à des fidèles laïcs, hommes et femmes, des rôles et des responsabilités de premier plan au service de l'Église universelle. Maria Montserrat Alvarado est la première femme non religieuse à être nommée préfète d'un dicastère du Saint-Siège.

    Institué par le Pape François le 27 juin 2015 dans le cadre de la réforme de la Curie romaine, le dicastère pour la Communication supervise les systèmes de communication du Saint-Siège, notamment Vatican News, Radio Vatican, L'Osservatore Romano, Vatican Media (services photo, audio et vidéo), la Salle de presse du Saint-Siège, les Éditions du Vatican (LEV), la typographie et la Cinémathèque vaticanes. Outre les fonctions opérationnelles et technologiques qui lui sont assignées, le dicastère explore et développe également les aspects spécifiquement théologiques et pastoraux de l'activité de l'Église dans le domaine de la communication. Maria Montserrat Alvarado succédera à Paolo Ruffini, nommé en 2018 par le Pape François premier préfet laïc d'un dicastère de la Curie romaine, et qui fêtera ses 70 ans en octobre prochain.

    Paolo Ruffini a adressé une lettre aux employés du dicastère pour la Communication, déclarant: «Le dicastère a inscrit dans son ADN le devoir de rester constamment en phase avec le monde de la communication, en rapide évolution. Depuis la naissance de notre institution, notre étoile polaire a été et demeure celle-ci: ne jamais s’arrêter, passer le relais tout en continuant à courir, être présents ici et maintenant, à cet instant précis, comme la pierre angulaire d’une communication qui est un instrument de communion grandissant avec le temps. Je suis entré dans la dernière ligne droite de ma course, avant le moment – ​dans le long voyage qu’est notre vie professionnelle– où, ayant atteint 70 ans, l’âge prévu de la retraite, je passerai le relais à Maria Montserrat Alvarado, la prochaine préfète. Nous nous connaissons bien. Et dans les mois à venir, nous travaillerons en étroite collaboration, dans l’esprit de communion qui nous unit dans l’Église.»

    «Je suis reconnaissant à la grande famille du dicastère», ajoute Paolo Ruffini, «pour le chemin parcouru ensemble durant ces huit années. Nous entamons maintenant, au cours des prochains mois, un processus de transition harmonieuse, afin de permettre au dicastère de poursuivre son développement au service du Saint-Père et dans sa mission de servir dans un esprit d'unité et d'ouverture.»

    Michael P. Warsaw, président du conseil d'administration et administrateur délégué d'EWTN, a déclaré que Maria Montserrat Alvarado avait gagné «la confiance et le respect de tous ceux qui ont eu le privilège de travailler à ses côtés» durant ses années à la station. Et d’ajouter: «Nous lui offrons nos prières, nos encouragements et le soutien total de la famille d’EWTN alors qu'elle entreprend cette importante mission au service du Pape Léon XIV et de son pontificat.

    Sur la NBQ, Nico Spuntoni commente :

    Communications du Vatican : Le pape Léon initie la révolution

    À compter du 1er novembre, la préfète du Dicastère pour la Communication sera Maria Montserrat Alvarado, présidente d' EWTN News, succédant à Paolo Ruffini. Bien que le mandat de ce dernier touche à sa fin, la rupture est manifeste, d'autant plus que le pape François avait accusé EWTN de comploter contre lui.

    3/06/2026

    Dans cinq mois, Paolo Ruffini quittera son poste. Léon XIV préparait depuis longtemps la succession du préfet du Dicastère pour la Communication. Et hier, la nomination a été officialisée : à compter du 1er novembre, la nouvelle préfète sera Maria Montserrat Alvarado, actuellement présidente et directrice générale du géant multimédia EWTN News .

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  • Le second consistoire de Léon XIV : une méthode de gouvernement ?

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    D'Andrea Gaglarducci sur le NCR :

    Le second consistoire de Léon XIV : une méthode de gouvernement ?

    ANALYSE : Le consistoire extraordinaire peut inclure la création de nouveaux cardinaux, mais il peut aussi être un consistoire de discussion.

    1er juin 2026

    Le second consistoire du pape Léon XIV, qui s'est tenu le 31 mai, n'a pas procédé à la création de nouveaux cardinaux, comme cela a été confirmé. Cela n'a rien de surprenant, car les nominations de nouveaux cardinaux sont généralement annoncées au moins un mois avant le consistoire afin de leur laisser le temps de se préparer. Il était donc fort improbable que le pape ait créé de nouveaux cardinaux lors de cette réunion.

    Le pape François a laissé derrière lui un collège de cardinaux important. À sa mort, 135 cardinaux auraient pu voter au conclave, soit 15 de plus que la limite de 120 fixée par Paul VI. Aujourd'hui, on compte 117 cardinaux électeurs, ou 118 si l'on inclut le cardinal Angelo Becciu, dont la situation n'est pas encore clarifiée. En 2027, 13 cardinaux atteindront l'âge de 80 ans et ne seront donc plus éligibles au conclave. Par conséquent, fin 2027, il pourrait y avoir 104 cardinaux électeurs, et Léon XIV disposerait ainsi de 16 places pour nommer de nouveaux cardinaux, s'il souhaite respecter la limite fixée par Paul VI.

    En résumé, Léon XIV a le temps de choisir les prochains cardinaux de l'Église catholique romaine. Selon certaines rumeurs vaticanes non confirmées, il pourrait s'agir d'un mini-consistoire chargé de créer les cardinaux, avec un ou deux nouveaux cardinaux tout au plus, à commencer par l'archevêque Filippo Iannone, choisi par Léon XIV pour lui succéder à la tête du Dicastère pour les évêques. Cependant, ces rumeurs restent à confirmer.

    Contrairement aux autres papes, dont le premier consistoire était toujours destiné à la création de nouveaux cardinaux, Léon XIV a décidé d'utiliser ses premières assemblées avant tout comme des réunions de cardinaux, occasions de discuter du présent et de l'avenir de l'Église.

    Le Code de droit canonique prévoit deux types de consistoires : le consistoire ordinaire et le consistoire extraordinaire. Le consistoire extraordinaire est convoqué dans des cas exceptionnels, et tous les cardinaux y sont réunis. Le consistoire ordinaire, quant à lui, se tient lorsque le pape a besoin de consulter les cardinaux sur une question importante mais courante ou pour accomplir des actes solennels.

    Le consistoire extraordinaire peut inclure la création de nouveaux cardinaux, mais il peut également servir de lieu de discussion. Léon XIV souhaitait que la convocation du consistoire extraordinaire de discussion soit un événement bisannuel. Le premier s'est tenu les 7 et 8 janvier 2026, et le prochain aura lieu les 26 et 27 juin 2026.

    La méthode de travail du prochain consistoire n'a pas encore été définie. En janvier, le consistoire s'est tenu par groupes linguistiques, chacun désigné par un rapporteur. On ignore si ce modèle sera reconduit pour le consistoire de juin. Toutefois, ce modèle dit « synodal » est mal vu par plusieurs cardinaux. Ces derniers n'apprécient guère que leurs opinions et leurs analyses soient intégrées à un résumé final établi par le rapporteur et le groupe, préférant assumer la responsabilité de leurs propres déclarations. Cette question a été soulevée, et il reste à voir si Léon XIV acceptera de modifier les modalités.

    On sait toutefois que le thème portera principalement sur la mission de l’Église. Dans une lettre adressée aux cardinaux le 12 avril , Léon XIV rappelait que la mission est « intégrale » et « allie proclamation explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple préservation ou expansion institutionnelle. Même lorsqu’elle se reconnaît comme minoritaire, l’Église est appelée à vivre sans complexes, comme un petit troupeau porteur d’espérance pour tous, se souvenant que le but de la mission n’est pas sa propre survie, mais la communication de l’amour dont Dieu aime le monde. »

    Le Pape a également noté que les discussions du consistoire de janvier 2026 avaient mis en évidence « la nécessité de relancer Evangelii Gaudium afin d’évaluer honnêtement ce qui, après toutes ces années, a été reçu et ce qui demeure inconnu et inappliqué. Il convient notamment de porter une attention particulière à la réforme nécessaire des parcours d’initiation chrétienne ; il faut également veiller à valoriser les visites apostoliques et pastorales comme d’authentiques occasions kérygmatiques et de croissance dans la qualité des relations ; ainsi qu’à repenser l’efficacité de la communication ecclésiale, même au niveau du Saint-Siège, dans une perspective plus résolument missionnaire. »

    En résumé, le débat ne portera pas sur la gouvernance de l'Église, mais plutôt sur des indications concernant son avenir. C'est la volonté de Léon XIV, qui souhaitait laisser suffisamment de temps à la discussion et offrir à tous la possibilité d'explorer les thèmes de la foi.

    Avec son deuxième consistoire extraordinaire de discussion, Léon XIV a déjà presque surpassé le pape François. Ce dernier a convoqué dix consistoires pour la création de cardinaux durant son pontificat, mais n'a décidé de tenir une discussion préalable qu'à trois reprises : en 2014, lors de la discussion sur la famille et le célèbre rapport du cardinal Walter Kasper ; en 2015, lorsque les travaux ont porté sur une possible réforme de la Curie ; et en 2022, lors de la discussion sur la réforme de la Curie récemment promulguée.

    Mais Léon XIV fait également preuve d'une certaine précision dans ses formes de gouvernement. Le pape convoque les dicastères ou leurs dirigeants pour les décisions « politiques » – si l'on peut dire – et invite les cardinaux à débattre et à définir le rôle de l'Église dans le monde actuel. De plus, Léon XIV n'a pas institué de « Conseil des cardinaux », contrairement au pape François.

    Le conseil (appelé « C9 » car il était composé de neuf cardinaux) était une sorte de conseil consultatif auprès du pape. Cependant, le pape François ne l'avait pas inclus dans le Praedicate Evangelium ; par conséquent, il n'était considéré ni comme un organe de la Curie romaine, ni comme un organe permanent. Il s'agissait d'un groupe de consultants nommés à la discrétion du pape.

    Là aussi, Léon XIV privilégie une approche plus collégiale, convoquant tous les cardinaux et tentant de les impliquer dans une large discussion.

    Est-ce là que la méthode de gouvernement de Léon XIV entre en jeu ? Peut-être. Par ailleurs, on se demande si le pape nommera des cardinaux prochainement. Ces derniers, cependant, se préparent déjà au débat. Il sera intéressant de voir quelle position ils adopteront.

  • Quand l'évêque de Liège innove...

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    Faut-il se féliciter de cette initiative qui donne naissance à une sorte d'hybrides ni vraiment clercs ni vraiment laïcs ? Et vous, qu'en pensez-vous?

    De Luc Mathues sur cathobel :

    Une première historique : cinq laïcs institués ministres à Liège

    En ce dimanche de la Sainte Trinité, la cathédrale Saint-Paul de Liège a accueilli près de 400 fidèles pour un moment historique : trois femmes et deux hommes du diocèse ont reçu un ministère institué des mains de Mgr Jean-Pierre Delville. Le diocèse de Liège devient ainsi le premier de Belgique à procéder à ces institutions.

    Ce 31 mai 2026, le diocèse de Liège a franchi une étape majeure de son histoire. Pour la première fois, Mgr Jean-Pierre Delville a institué cinq fidèles baptisés comme ministres institués, conformément aux statuts diocésains du 17 septembre 2024 et dans la lignée des motu proprio Spiritus Domini et Antiquum Ministerium du pape François.

    La coïncidence liturgique n'a pas échappé à l'évêque. Dans son homélie, Mgr Delville a rappelé que la fête de la Trinité avait été promue par Étienne, évêque de Liège, en l'an 920 : « Lui aussi fut un pionnier, en matière de liturgie et de doctrine. » Puis, s'adressant à l'assemblée, il a médité sur le mystère trinitaire : « Dieu-Trinité, c'est le mystère de Dieu qui se donne. C'est Dieu qui a trois visages, trois manières d'être, pour mieux se communiquer et se donner à nous. C'est Dieu qui se fait de plus en plus proche : Père, frère, Esprit. »

    Trois personnes divines, trois ministères institués : le symbole est saisissant. Et c'est devant une cathédrale Saint-Paul comble, avec près de quatre cents fidèles, que l'évêque a appelé chacun des cinq candidats par son nom, les a bénis individuellement et leur a confié une mission concrète au service de l'Église de Liège.

    Mgr Delville lors de la célébration d'institution en la cathédrale Saint-Paul. © Dominique Servais« Vous êtes envoyés par l'Église »

    S'adressant directement aux cinq candidats, Mgr Delville a posé les mots qui définissent la nature même des ministères institués : « Les ministères que vous recevez sont conférés aux laïcs et s'appellent ministères institués, pour les différencier des ministères ordonnés, que sont ceux du diacre, du prêtre et de l'évêque. Les ministères institués vous permettent d'exercer, en tant que laïcs, une mission au nom de l'Église. Vous êtes envoyés par l'Église. En même temps, vous vivez chacun une vocation personnelle, qui relève de votre foi et de votre spiritualité. »

    L'évêque a également précisé la portée de cet engagement : « Vous vous engagez pour la vie, mais allez recevoir une mission précise limitée dans le temps, mission que je préciserai en fin de célébration au moment de l'envoi. » Cette distinction entre le ministère (conféré à vie) et la mission (limitée dans le temps, renouvelable) est au cœur du dispositif diocésain.

    « C'est une joie pour moi de voir que le diocèse de Liège peut bénéficier de l'apport de ces ministères. Nous sommes le premier diocèse de Belgique qui procède à ces institutions. Nous sommes pionniers en la matière. Ces ministères contribuent à construire la communauté chrétienne et l'ancrer davantage dans la foi. »

    Mgr Jean-Pierre Delville, homélie du 31 mai 2026

    Trois ministères au service de l'Église de Liège

    Les ministères institués sont des services stables et reconnus officiellement par l'Église, confiés à des fidèles baptisés (hommes et femmes) pour répondre aux besoins de la communauté ecclésiale. Comme l'a rappelé l'évêque dans son homélie : « Grâce à vous, nous découvrons la pluri-ministérialité de l'Église. Les ministres de la Parole de Dieu nous aident à lire et comprendre l'Écriture sainte. Les ministres de la prière communautaire nous aident à prier ensemble. Et les ministres de l'évangélisation annoncent l'Évangile jusqu'aux périphéries de la société. »

    Trois ministères ont été retenus pour le diocèse de Liège. Le ministère de la Parole de Dieu (lectorat) vise à annoncer la Parole dans sa diversité, créer des groupes bibliques, promouvoir la lectio divina, former les catéchistes et animer des partages auprès de publics variés. Le ministère de la prière communautaire (acolytat) consiste à accompagner les fidèles dans leur vie de prière, animer des veillées et des temps d'adoration, porter la communion aux malades et présider certaines célébrations. Le ministère de l'évangélisation (catéchiste) appelle à aller à la rencontre des périphéries, accompagner le catéchuménat, coordonner la pastorale locale et être artisan d'une Église en sortie.

    Comme l'a ajouté l'évêque, citant saint Paul : « Dans l'édification du Corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l'Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l'Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services. » (cf. 1 Co 12, 11)

    (...)

    Pour aller plus loin

    Les ministères institués sont des services conférés à vie, enracinés dans le sacrement du baptême. Le statut diocésain a été promulgué par Mgr Delville le 17 septembre 2024. La formation et le suivi des candidats sont assurés par Delphine Mirgaux (canoniste), que l'évêque a chaleureusement remerciée lors de la célébration.

    Cahier de route (PDF)

    Homélie de Mgr Delville (PDF)

    ▶ Voir la célébration sur YouTube