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Structures ecclésiastiques

  • Dans une lettre aux cardinaux, le pape Léon XIV donne le ton et définit l'ordre du jour

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    Du substack de Diane Montagna :

    Dans une lettre aux cardinaux, le pape Léon XIV partage les réflexions du consistoire de janvier

    Le Saint-Père évoque ce qui « est ressorti des groupes » au sujet de l’exhortation apostolique du pape François de 2013, Evangelii Gaudium.

    14 avril 2026

    CITÉ DU VATICAN, 14 avril 2026  Le pape Léon XIV a écrit aux membres du Sacré Collège, revenant sur ce qui « est ressorti des groupes » concernant l’un des principaux thèmes abordés lors du consistoire extraordinaire qu’il a convoqué en janvier.

    Dans une lettre datée du 12 avril, le Saint-Père note qu'après avoir déjà abordé, lors du Consistoire, certains éléments de synodalité qui sont ressortis des discussions de groupe, il se penche maintenant sur les réflexions des cardinaux concernant l'exhortation apostolique du pape François de 2013, Evangelii Gaudium (« La joie de l'Évangile »), notamment en ce qui concerne la mission et la transmission de la foi.

     

    Dans sa lettre de Noël aux cardinaux, le pape Léon XIV avait esquissé quatre thèmes de réflexion pour le consistoire à venir : Evangelii Gaudium et la vocation missionnaire de l’Église ; Praedicate Evangelium et la Curie romaine ; le synode et la synodalité ; et la liturgie. Cependant, à leur arrivée au consistoire, les cardinaux furent invités à voter par table sur deux sujets de discussion, choisissant le synode et la synodalité d’une part, et Evangelii Gaudium d’autre part .

    Le consistoire des 7 et 8 janvier s’est déroulé sur le modèle du « Synode sur la synodalité », les cardinaux étant réunis en petits groupes autour de tables rondes : neuf tables composées de cardinaux votants et onze de cardinaux non votants et de dignitaires de la Curie romaine. Des secrétaires désignés à l’avance ont préparé des rapports ; ceux des cardinaux votants ont été présentés à haute voix durant les travaux, tandis que les autres, par manque de temps, ont été soumis au Saint-Père.

    Publiée aujourd'hui par le Vatican, la lettre du Saint-Père fait suite à une communication envoyée le 13 avril aux membres du Sacré Collège par son doyen, le cardinal Giovanni Battista Re, annonçant que le prochain consistoire extraordinaire se tiendra les 26 et 27 juin, avant la solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin.

    Voici le texte de la lettre du pape.

    LETTRE DU PAPE LÉON XIV AUX CARDINAUX

    Éminence,

    en ce temps saint de Pâques, je désire vous adresser mes vœux cordiaux et fraternels, afin que la paix du Seigneur ressuscité soutienne et renouvelle notre monde qui souffre.

    Je profite volontiers de cette occasion pour vous renouveler ma gratitude pour votre participation au Consistoire de janvier dernier. J’ai beaucoup apprécié le travail accompli dans les groupes, qui a permis un échange libre, concret et spirituellement fécond, ainsi que la qualité des interventions en assemblée. Les contributions recueillies constituent un précieux patrimoine, que je désire continuer à préserver et à faire mûrir dans le discernement ecclésial.

    Dans le discours de conclusion de cette rencontre, j’ai déjà rappelé certains éléments qui sont apparus dans les groupes consacrés à la synodalité. Je désire à présent m’arrêter en particulier sur ce qui a mûri dans les groupes en ce qui concerne Evangelii gaudium, surtout en référence à la mission et à la transmission de la foi.

    Vos contributions font apparaître clairement que cette Exhortation continue de représenter un point de référence décisif: elle n’introduit pas simplement de nouveaux contenus, mais recentre tout sur le kérygme comme cœur de l’identité chrétienne et ecclésiale. Elle a été reconnue comme un véritable «souffle nouveau», capable de lancer des processus de conversion pastorale et missionnaire, plus que de produire des réformes structurelles immédiates, en orientant ainsi en profondeur le chemin de l’Église.

    Vous avez souligné que cette perspective interpelle l’Église à tous les niveaux. Au niveau personnel, elle appelle chaque baptisé à renouveler la rencontre avec le Christ, en passant d’une foi simplement reçue à une foi réellement vécue et exercée; sur ce chemin est évoquée également la qualité même de la vie spirituelle, dans le primat de la prière, dans le témoignage qui précède les paroles et dans la cohérence entre foi et vie. Au niveau communautaire, elle sollicite le passage d’une pastorale de conservation à une pastorale missionnaire, dans laquelle les communautés sont des sujets vivants de l’annonce: des communautés accueillantes, capables de langages compréhensibles, attentives à la qualité des relations et  en mesure d’offrir des espaces d’écoute, d’accompagnement et de guérison. Au niveau diocésain ressort clairement la responsabilité des pasteurs de soutenir résolument l’audace missionnaire, en veillant à ce qu’elle ne soit pas alourdie ou étouffée par une organisation excessive, et favorisant un discernement qui aide à reconnaître ce qui est essentiel.

    De tout cela découle une compréhension de la mission profondément unitaire: une mission christocentrique et kérygmatique qui naît d’une rencontre avec le Christ capable de transformer la vie et qui se diffuse par attraction plus que par conquête. Il s’agit d’une mission intégrale, qui allie annonce explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple conservation ou expansion institutionnelle. Même lorsqu’elle se reconnaît minoritaire, l’Église est appelée à vivre sans complexes, comme petit troupeau porteur d’espérance pour tous, en rappelant que la fin de la mission n’est pas sa propre survie, mais la communication de l’amour par lequel Dieu aime le monde.

    Parmi les indications spécifiques apparues, certaines méritent d’être accueillies et davantage méditées: la nécessité de relancer Evangelii gaudium  pour vérifier avec honnêteté, à distance de plusieurs années,  ce qui a été réellement intégré et ce qui reste encore méconnu et non réalisé; de façon particulière, il faut prêter attention à la réforme nécessaire des parcours d’initiation chrétienne; l’attention à valoriser également les visites apostoliques et pastorales comme d’authentiques occasions kérygmatiques et de croissance dans la qualité des relations; ainsi que l’exigence de reconsidérer l’efficacité de la communication ecclésiale, notamment au niveau du Saint-Siège, de façon plus clairement missionnaire.   

    Avec un esprit reconnaissant, je vous renouvelle mon remerciement pour votre service et pour la contribution offerte à la vie de l’Église. En vue du prochain Consistoire, qui aura lieu les 26 et 27 juin, une communication plus détaillée suivra pour en accompagner de façon adéquate la préparation.  

    Dans le Seigneur ressuscité, source de notre espérance, je vous envoie mes vœux de Pâques les plus cordiaux.

    Avec une estime fraternelle dans le Christ.

    Du Vatican, le 12 avril 2026

    Léo PP. XIV

  • De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

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    Du  Substack de Diane Montagna :

    EXCLUSIF : De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

    Les cardinaux se réuniront les 26 et 27 juin, selon une nouvelle lettre du doyen du Sacré Collège

    13 avril 2026

    ROME, 13 avril 2026 — De nouveaux détails ont été révélés concernant le consistoire extraordinaire des cardinaux que le pape Léon XIV prévoit de convoquer en juin.

    Dans une lettre datée du 13 avril, qui est envoyée aujourd’hui aux cardinaux, le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, informe les cardinaux que les réunions se tiendront le vendredi 26 et le samedi 27 juin, le matin et l’après-midi, à partir de 9 h. Cela représente un jour de plus que prévu initialement et permet de tenir deux journées complètes de sessions sans déborder sur le dimanche.

    Le dimanche 28 juin, le pape Léon XIV présidera la « concélébration » de la Sainte Messe avec les cardinaux, tandis que, comme annoncé précédemment, le lundi 29 juin, la Sainte Messe et la bénédiction du pallium sacré pour les nouveaux archevêques métropolitains seront célébrées à l'occasion de la solennité des saints Pierre et Paul.

    Le programme laisse ouverte la possibilité que le pape Léon XIV crée de nouveaux cardinaux le 28 juin, bien qu’aucun projet de ce type n’ait encore été annoncé.

    Le cardinal Re a ajouté que de plus amples détails seraient communiqués dès qu’ils seraient disponibles.

    Selon le Code de droit canonique, les consistoires extraordinaires sont des réunions spéciales de l’ensemble des cardinaux, convoquées par le pape pour discuter des « besoins particuliers de l’Église » ou de questions graves nécessitant une large consultation parmi les cardinaux du monde entier. Le pape Léon XIV a convoqué le premier consistoire extraordinaire de son pontificat les 7 et 8 janvier 2026, après que les cardinaux participant au conclave de cette année se furent plaints d’un manque de réunions et de collégialité sous le pontificat du pape François.

    Le consistoire extraordinaire des 20 et 21 février 2014, convoqué par le pape François, a réuni l’ensemble du Collège des cardinaux afin de réfléchir sur la famille et de jeter les bases théologiques des synodes sur la famille tenus en 2014 et 2015. Cette réunion s’est particulièrement distinguée par un discours controversé de Walter Kasper, dont la « proposition Kasper » suggérait une voie pastorale permettant à certains catholiques divorcés et remariés civilement de recevoir la Sainte Communion, suscitant un débat important et des critiques de la part d’autres cardinaux, tout en façonnant les discussions synodales ultérieures et en influençant l’exhortation Amoris Laetitia de 2016. Elle s’est également distinguée comme le dernier consistoire extraordinaire sous François au cours duquel les cardinaux ont été autorisés à s’exprimer librement sur n’importe quel sujet, alors que les rassemblements ultérieurs de 2015 et 2022 ont limité les interventions à des thèmes spécifiques.

    Voici ci-dessous la lettre du cardinal Re.

  • Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

    Le 28 mars, deux semaines après sa nomination au poste d’archevêque de Łódź, le cardinal Konrad Krajewski a pris possession de son siège épiscopal, tenant ainsi sa promesse de faire en sorte qu’un évêque dirige le diocèse avant Pâques.

    Une semaine après sa nomination au poste de secrétaire d'État adjoint, l'archevêque Paolo Rudelli s'est rapidement rendu au Vatican, où il a rencontré le personnel, présenté par nul autre que le secrétaire d'État lui-même, le cardinal Pietro Parolin.

    Léon XIV a nommé de nouveaux membres au Dicastère pour la communication — une décision attendue mais mûrement réfléchie. Les choix du pape ont envoyé un message clair : ses priorités et sa vision donneraient désormais le ton en matière de communication.

    Dans le même temps, un scandale international éclata lorsque le magazine par abonnement The Free Press révéla que l’ancien nonce aux États-Unis, le cardinal Pierre, avait été convoqué au Pentagone. Il rapportait que le sous-secrétaire catholique à la Défense avait laissé entendre que le Saint-Siège devrait s’aligner sur les États-Unis, établissant une comparaison avec la période d’Avignon où l’Église était sous l’influence des rois de France. Cet événement illustre encore davantage l’environnement complexe auquel sont confrontées les réformes de Léon XIV.

    Pour être honnête, cette interprétation a par la suite été démentie par le cardinal Pierre et le sous-secrétaire à la Défense, qui ont décrit une atmosphère cordiale et respectueuse. Il est très probable qu’il s’agissait d’une conversation informelle – notamment parce que le nonce n’est pas convoqué au « ministère de la Défense », mais bien au ministère des Affaires étrangères – et qu’elle a été rapportée avec une certaine agitation, ce qui a finalement conduit le journaliste à écrire ce qu’il a écrit.

    À première vue, ces quatre événements peuvent sembler sans rapport les uns avec les autres.

    Un examen plus attentif révèle un thème sous-jacent qui les relie : le style de leadership et les priorités du pape, tels qu’ils transparaissent à travers les réformes, les nominations, la stratégie de communication et l’engagement diplomatique. En examinant ces liens, nous pouvons mieux comprendre l’approche du pape.

    Tout d’abord, ces événements ont déterminé la rapidité avec laquelle le pape a mis en œuvre ses réformes. Il a mûrement réfléchi, écouté tout le monde, et a peut-être semblé lent à prendre une décision. Mais lorsqu’il s’est décidé, Léon XIV a pris sa décision sans relâche, sans hésitation, et s’attendait à ce que ses décisions soient mises en œuvre.

    La rapidité de cette décision et l’arrivée tout aussi rapide de Rudelli à la Secrétairerie d’État démontrent la volonté du pape d’opérer des changements rapides lorsque cela s’avère nécessaire. De plus, Rudelli possède une autre caractéristique chère au pape : le sens de l’institutionnalité. En effet, il a choisi d’occuper l’appartement du suppléant dans la Troisième Loge, renonçant à l’appartement isolé que son prédécesseur, Peña Parra, s’était choisi dans la Deuxième Loge, où se trouve le personnel diplomatique.

    Deuxièmement, ces événements montrent comment Léon XIV met en œuvre le renouvellement générationnel. Les nouveaux membres du Dicastère pour la communication étaient très attendus, car les dernières nominations remontaient à 2021 et les mandats de tous les membres avaient donc expiré.

    En choisissant les nouveaux membres, Léon XIV a fait un choix clair : il a inclus les deux pro-préfets du Dicastère pour l’évangélisation (le cardinal Luis Antonio Tagle et l’archevêque Rino Fisichella), ainsi que le prédicateur de la Maison pontificale, qui, de mémoire récente, n’avait jamais été inclus comme membre d’un dicastère. Il a également inclus plusieurs présidents d’organisations épiscopales continentales, mais il n’y a aucun Européen parmi les nouveaux membres. Il y a un cardinal, Cristobal Lopez, archevêque de Rabat, qui possède une solide expérience de journaliste mais qui est avant tout un missionnaire ayant mené une vie et un parcours missionnaires.

    En bref, Léon XIV semble considérer la communication du Saint-Siège comme quelque chose qui doit avant tout atteindre les confins de la terre. Ce n’est plus seulement la voix du pape, mais la voix du peuple. Avant tout, l’idée est de développer l’évangélisation.

    Cela pourrait également déboucher sur une réforme du Dicastère de la Communication du Vatican, qui assume actuellement des fonctions tant institutionnelles que pastorales, ainsi que la diffusion de l’information. Beaucoup espèrent que le Bureau de presse du Saint-Siège relèvera à nouveau directement de la Secrétairerie d’État, afin que les communications officielles soient directement rattachées au Secrétariat du Pape, sans bureaucratie excessive.

    Nous verrons bien.

    En attendant, Léon XIV devra nommer un nouveau préfet de la Communication d’ici la fin de l’année, le mandat de Paolo Ruffini arrivant à expiration. Le choix du successeur de Ruffini sera un signal supplémentaire : le pape choisira-t-il à nouveau un laïc, ou optera-t-il pour un ecclésiastique ?

    L’évangélisation façonne également la diplomatie de Léon XIV.

    Dans son message urbi et orbi de Pâques, il a rompu avec la tradition. Léon XIV s’est adressé sans détour aux dirigeants politiques, leur demandant de déposer les armes et d’ouvrir un dialogue direct. Lorsque le président Donald Trump a déclaré son intention de détruire une civilisation, Léon XIV a répondu avec fermeté, appelant les catholiques à se mobiliser pour la paix et omettant soigneusement de mentionner Trump par son nom.

    Son message était sans ambiguïté : le pape établit des principes ; les catholiques doivent agir avec conviction.

    La diplomatie de Léon XIV défend les principes et la responsabilité personnelle, s’élevant au-dessus des clivages partisans. La rencontre au Pentagone avec le cardinal Pierre en est un exemple révélateur : des discussions sur les positions américaines ont peut-être eu lieu, peut-être a-t-on fait référence à Avignon, mais interpréter cela comme une menace est erroné.

    La dialectique a changé. Les signaux envoyés sont différents.

    Léon XIV a appelé au désarmement, et c’est là un exemple où le langage doit être « désarmé » pour éviter tout conflit narratif. Le pontificat de Léon XIV, cependant, s’affirme sans équivoque, caractérisé par des réformes prudentes et réfléchies, la renaissance des symboles institutionnels et une clarté de communication sans faille. L’orientation du pape est « léonine ».

    Il est trop tôt pour porter un jugement définitif, mais la direction semble claire.

  • Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

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    De Claves (Site de formation et d’évangélisation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre​) :

    11 avril 2026

    Des sacres légitimes ?

    Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

    Œuvre d’un groupe de théologiens (Theologus), cet article a reçu un hommage appuyé du cardinal Sarah  :

    “Un immense merci pour ce texte lumineux. Il éclairera les âmes désireuses de vivre leur Foi dans la Vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans Son Église. Depuis 2001 je fais partie de ceux qui aident le Souverain Pontife à choisir les Candidats à l’Épiscopat, après une longue et minutieuse enquête sur chaque candidat. Je suis douloureusement surpris et choqué qu’une simple décision d’un Supérieur de Communauté décide d’ordonner des « Évêques véritablement catholiques ». Merci pour ce texte merveilleux, clair et bien étudié. Nous devons savoir que ce n’est pas nous qui sauvons les âmes. C’est le Christ Seul qui sauve. Nous, nous ne sommes que des instruments entre Ses Mains.
    Continuons à prier pour qu’on ne déchire pas de nouveau le Corps du Christ.”

    Cardinal Robert Sarah

    Quelle est l’argumentation fondamentale de la FSSPX en défense des sacres projetés pour le 1er juillet 2026 ?

     Elle est résumée de façon officielle dans une Annexe à la réponse de l’abbé Pagliarani au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 18 février 2026 :

    « Une consécration épiscopale non autorisée par le Saint-Siège, lorsqu’elle ne s’accompagne ni d’une intention schismatique, ni de la collation de la juridiction, ne constitue pas une rupture de la communion de l’Église. La constitution Lumen gentium sur l’Église énonce au chapitre III, au n° 21 [LG 21], que le pouvoir de juridiction est conféré par la consécration épiscopale. […]

    L’argumentation qui voudrait conclure que seraient schismatiques les consécrations épiscopales à venir au sein de la Fraternité, repose tout entière sur le postulat du Concile Vatican II selon lequel la consécration épiscopale donne à la fois le pouvoir d’ordre et celui de juridiction ».

    En quoi cette argumentation est-elle critiquable ?

    Elle comporte deux grosses erreurs : une sur ce qu’affirme le Concile ; une sur l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres.

    Que dit en fait le Concile ?

    Il n’affirme pas que la consécration épiscopale confère le pouvoir de juridiction.

    Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre […]. La consécration épiscopale, en même temps que la charge (ou fonction : munus) de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres (LG 21).

    Pour bien comprendre le texte de LG 21, il faut préciser qu’une Note (Nota explicativa prævia) a été ajoutée à Lumen gentium à la suite des demandes d’éclaircissements de pères conciliaires, dont ceux du groupe dont faisait partie Mgr Lefebvre, le Cœtus internationalis Patrum.

    Que dit la Note qui explique LG 21 ?

    « Dans la consécration épiscopale est donnée la participation ontologique aux fonctions (munera) sacrées comme il ressort de façon indubitable de la Tradition et aussi de la tradition liturgique. De propos délibéré on emploie le terme de fonctions (munera) et non pas celui de pouvoir (potestas), parce que ce dernier pourrait s’entendre d’un pouvoir apte à s’exercer en acte. Mais pour qu’un tel pouvoir apte à s’exercer existe, doit intervenir la détermination canonique ou juridique de la part de l’autorité hiérarchique. […] Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique. Il est évident que cette “communion” a été appliquée dans la vie de l’Église suivant les circonstances des temps avant d’avoir été comme codifiée dans le droit.

    C’est pourquoi on dit expressément qu’est requise la communion hiérarchique avec le chef et les membres de l’Église. La communion est une notion tenue en grand honneur dans l’ancienne Église (comme aujourd’hui encore, notamment en Orient). On ne l’entend pas de quelque vague sentiment, mais d’une réalité organique, qui exige une forme juridique et est animée en même temps par la charité. » (Nota prævia, n. 2).

    Y a-t-il ici une nouveauté erronée de Vatican II ?

    Contrairement à ce que soutient la FSSPX, selon Vatican II il n’est pas question, dans ce que confère la consécration épiscopale, du pouvoir de gouverner (de juridiction), mais de charges ou fonctions. La FSSPX affirme donc – sans le prouver – un « postulat de Vatican II » prétendument erroné. 

    D’ailleurs, un théologien « traditionaliste » reconnu, l’abbé Raymond Dulac, explique au contraire que dans le texte de LG 21, il n’y a pas de rupture avec la doctrine catholique antécédente : « Le sacre produit une destination innée, indélébile, inscrite dans le “caractère épiscopal” de gouverner une portion de l’Église, mais cette aptitude a besoin d’être réduite à l’acte par un vrai “pouvoir” de juridiction ». Et il parle « d’autorité radicale inscrite dans le sacre » (La collégialité épiscopale au deuxième concile du Vatican, Le Cèdre, 1979, pp. 119-120).

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres repose-t-elle toute entière, comme le dit la FSSPX, sur cette supposée « erreur » de Vatican II ?

    Non, car même si la FSSPX avait raison dans sa critique de Lumen gentium, ceux qui s’opposent à son raisonnement ne s’appuient pas sur cette question de la transmission du pouvoir de juridiction. 

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux sacres de la FSSPX repose sur la nature même de l’épiscopat catholique, dont l’essence comporte la communion hiérarchique.

    Comment préciser l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres ?

    Comme on vient de le dire, ce qui est en cause dans les futurs sacres, ce n’est pas la réception ou non d’un pouvoir de juridiction. C’est le fait que toutes les fonctions reçues dans le sacre – y compris celle de la sanctification des baptisés par la collation de la confirmation et de l’ordre – « ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres » ; et que ceci tient à « la nature même » de ces fonctions épiscopales.

    Cela vaut-il aussi pour un évêque sans juridiction, comme un évêque titulaire ou un évêque émérite ?

    Oui, un évêque qui n’a pas reçu de sujets à gouverner (évêque titulaire) ou qui est retiré (évêque émérite), ne confirme ou n’ordonne pas les sujets d’autres évêques dans l’Église, sans la permission de leurs Ordinaires propres. 

    L’évêque titulaire est bien sacré sans qu’on lui ait conféré de juridiction actuelle, mais il exerce toujours cependant, dans l’ordre de la sanctification, sa « grâce de chef » reçue dans le sacre (cf. saint Irénée, Adversus hæreses, III, 17, 2) dans la communion hiérarchique avec le pape et les autres évêques.

    Chaque fois qu’un évêque sans juridiction actuelle exerce son pouvoir sacramentel épiscopal, il le fait donc avec une mission reçue de ceux qui ont juridiction (évêques diocésains ou Supérieurs religieux).

    Une mission particulière est-elle reçue pour les futurs évêques de la FSSPX ?

    Non, ce n’est pas cela qui est envisagé pour les sacres de la FSSPX : « La situation présente, qui est celle d’une invasion généralisée et permanente du modernisme dans l’esprit des hommes d’Église, réclame, pour la sanctification et le salut des âmes, un épiscopat véritablement catholique et indemne des erreurs du concile Vatican II, tel qu’il ne saurait de fait se rencontrer en dehors de l’œuvre suscitée par Mgr Lefebvre » (Abbé Gleize, « Les sacres du 1er juillet 2026 », La Porte Latine, 11 février 2026). 

    Dans la présentation d’un livre en italien, la FSSPX affirme qu’est nécessaire « la consécration d’évêques intégralement catholiques pour l’ordination de prêtres intégralement catholiques qui continueront à transmettre sans altération le Dépôt de la foi » (AA. VV., Al servizio della Chiesa. Le consacrazioni episcopali della Fraternità San Pio X, Edizioni Piane, 2026).

    Il est donc envisagé que les futurs évêques de la FSSPX soient consacrés non seulement sans juridiction ni mission reçues mais aussi en-dehors de la communion hiérarchique catholique, puisque seule la FSSPX peut, à son avis, transmettre sans altération le Dépôt de la foi. 

    Le sacre en dehors de (et a fortiori contre) la communion hiérarchique est-il un acte intrinsèquement mauvais ?

    Oui, car un prêtre sacré sans recevoir de juridiction actuelle reçoit cependant toujours un pouvoir spirituel intrinsèquement ordonné au gouvernement de l’Église. Il ne peut recevoir, en dehors de toute injonction de ceux qui ont autorité dans l’Église (et a fortiori contre eux), une « grâce de chef », c’est-à-dire une puissance essentiellement ordonnée à un acte réservé, de droit divin, à ceux qui dans l’Église sont revêtus de l’autorité. 

    Un sacre en-dehors de la communion hiérarchique revêt donc une grave viciosité qui est, sinon schismatique, du moins dans la ligne même du schisme. Pie XII qualifie ainsi la consécration reçue sans l’institution apostolique de « très grave attentat à l’unité même de l’Église », et il qualifie de « gravement illicite et sacrilège » l’usage du pouvoir d’ordre par des évêques ainsi consacrés (Encyclique Ad apostolorum Principis, 29 juin 1958).

    Conférer ou recevoir l’épiscopat en-dehors de la communion hiérarchique est-il contraire au droit divin ?

    Oui, car le Christ n’a pas établi les apôtres, ni les apôtres institué les évêques, leurs successeurs, comme des entités autonomes, sans lien entre elles. Parlant de la détermination requise pour la communion hiérarchique, la Nota Prævia dit bien : « Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique » (n. 2).

    La réception de l’épiscopat par des prêtres de la FSSPX le 1er juillet se ferait donc de façon autonome et sans aucun lien avec le reste de l’épiscopat catholique. Elle s’opposerait au fait que rappelait l’abbé Berto, théologien (peritus) de Mgr Lefebvre durant le concile Vatican II : « De droit divin, les évêques, même dispersés, sont un corps constitué dans l’Église  » (Pour la Sainte Église Romaine, Éd. du Cèdre, 1976, p. 242).

    Et Pie XII souligne que les trois charges des évêques (y compris celle d’ordre) leur conviennent dans la subordination au Souverain Pontife : « par institution divine, vous appartient, à vous, successeurs des Apôtres, sous l’autorité du Pontife romain, en vertu d’une triple charge et prérogative (cf. can. 329), le magistère, le sacerdoce et le gouvernement (magisterium, sacerdotium, regimen) » (31 mai 1954, Allocution aux Cardinaux et évêques venus à Rome pour la canonisation de saint Pie X).

    De tels sacres sont-ils exempts, comme le soutiennent leurs défenseurs, d’« intention schismatique » ?

    Subjectivement, c’est possible. La grave et longue crise dans l’Église, notamment le fait que certains membres de la hiérarchie puissent parfois favoriser réellement l’erreur ou être complices de fauteurs d’erreurs, peut amener certains, de bonne foi, à perdre de vue des éléments essentiels de la doctrine catholique, comme la communion hiérarchique. Et l’intention subjective relève du jugement de Dieu. 

    Mais objectivement, l’épiscopat lefebvriste ne peut se constituer qu’en niant la qualité de catholiques aux autres évêques : la FSSPX le reconnaît lorsqu’elle affirme qu’il faut constituer « un épiscopat véritablement catholique » pour « le salut des âmes ».

    Comme l’a rappelé Mgr Marian Eleganti, « il ne s’agit pas principalement d’intentions, mais de faits et de comportements objectifs » (thecatholicherald.com, 9 mars 2026). Et Mgr Robert Mutsaerts a écrit : « La FSSPX dispose d’une hiérarchie parallèle (des évêques sans mandat pontifical), elle procède à des ordinations sans juridiction, et ignore souvent les évêques locaux » (lifesitenews.com, 12 mars 2026). 

    La notion de l’épiscopat, telle que la FSSPX la met en avant, est-elle orthodoxe ?

     Malheureusement la FSSPX forge de plus en plus clairement une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique. Elle prétend en effet faire des évêques qui n’ont pas de relation au gouvernement réel de l’Église, et qui ne sont pas de « vrais princes dans la hiérarchie ecclésiastique » (Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ, 10 janvier 1890). 

    A contrario, la notion catholique de l’épiscopat est bien affirmée par saint Thomas : « L’évêque a un ordre par rapport au Corps mystique du Christ, qui est l’Église, sur laquelle il reçoit une charge principale et quasi royale » (Traité de la perfectione de la vie spirituelle, chap. 24, 4).

    La Tradition s’exprime par ailleurs notamment dans les rites liturgiques et l’usage de l’Église, tant orientale qu’occidentale. Elle montre que, par les rites de la consécration épiscopale, les évêques, non seulement reçoivent un pouvoir d’ordre spécifique, mais tiennent la place du Christ comme Maître et Pasteur. Ainsi, le Pontifical romain traditionnel porte, pour tous les évêques, même ceux qui n’ont pas la charge d’un troupeau particulier : « Donnez-lui, Seigneur, une chaire épiscopale pour régir votre Église et le peuple qui lui est confié ». Et Benoît XIV invoque un autre texte du Pontifical : « Recevez l’Evangile, et allez l’annoncer au peuple qui vous est confié » (Lettre Apostolique au Cardinal delle Lanze, 4 août 1747).

    La FSXPX au contraire promeut un épiscopat réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre (ordonner des prêtres et confirmer des fidèles). Cela contredit le Concile de Trente, qui enseigne à deux reprises que « la prédication est la charge principale (præcipuum munus) des évêques » (Session 5, Decretum de reformatione, c. 2, et Session 24, Decretum de reformatione, c. 4 ; Mansi, 33, 30 et 159).

    Y a-t-il un danger de dérives vers l’hétérodoxie ?

    Oui. Pour la FSSPX, l’évêque est désigné par les supérieurs d’une société de vie apostolique particulière : la FSSPX. Un tel évêque n’est donc plus institué en union avec le pape et les autres évêques, il n’est plus membre d’un corps. 

    Il y a là une hérésie au moins dans la pratique : « La doctrine catholique la plus élémentaire, enseigne en effet Pie IX, nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime : 

    • s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, 
    • s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, 
    • s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde »

    (Lettre apostolique Etsi multa luctuosa, 21 novembre 1873).

     D’autre part, la notion de l’épiscopat formulée par la FSSPX est prétendument réduite à la fonction de distributeur des sacrements par les évêques sur l’injonction des supérieurs de la FSSPX.

    De tels évêques disent ne pas avoir de juridiction mais ils s’attribuent pourtant, pour confirmer et ordonner, une juridiction sur des sujets qui ne sont pas les leurs. Un des signes de l’insincérité de cette absence de juridiction, c’est précisément l’usage dans les cérémonies pontificales de la FSSPX de nombreux signes des pouvoir d’enseignement et de gouvernement : la mitre, la crosse, le trône, etc. Alors que de tels signes liturgiques ne sont absolument pas requis à la validité de l’usage du pouvoir d’ordre épiscopal.

    La conception d’un épiscopat réduit au pouvoir d’ordre s’oppose ainsi pratiquement à l’affirmation révélée selon laquelle les évêques sont « posés par le Saint-Esprit pour gouverner (paître, poimainein) l’Église de Dieu » (Ac 20, 28) .

  • Les premiers cardinaux de Léon XIV : si, quand et qui ? Et quid pour Mgr Terlinden ?

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Les premiers cardinaux de Léon XIV : si, quand et qui

    8 avril 2026

    En réalité, le nombre de cardinaux électeurs dans le monde est tombé à 121, soit un de plus seulement que la limite fixée par les normes édictées par le pape saint Jean-Paul II pour l'élection d'un pape. De plus, plusieurs cardinaux atteindront l'âge limite pour pouvoir voter au conclave dans les prochains mois.

    Bien que le nombre de 120 soit en théorie la limite supérieure du nombre de cardinaux électeurs au sein du Collège des cardinaux, les papes récents — en particulier François — ont eu tendance à le traiter davantage comme un idéal que comme une norme absolue, dépassant souvent cette limite dans leurs nominations de cardinaux, notamment lorsqu'ils cherchent à compenser la perspective imminente du vieillissement des cardinaux.

    Malgré le nombre actuel de cardinaux électeurs, les observateurs à Rome s'attendent de plus en plus à ce que Léon XIV nomme bientôt de nouveaux cardinaux — qu'en plus d'un consistoire ordinaire du collège des cardinaux déjà prévu pour fin juin, le pape convoquera également un consistoire extraordinaire, c'est-à-dire la création de nouveaux cardinaux.

    Et comme Léon XIV s'est forgé, dès sa première année de pontificat, la réputation de réorganiser discrètement les choses à Rome, notamment les relations entre le pape et la curie, les spéculations vont bon train quant à la composition du premier groupe de cardinaux qu'il nommera.

    Le pape François avait tendance à bouleverser les traditions entourant la nomination des nouveaux cardinaux. Il n'a pas nommé de cardinaux issus de sièges traditionnellement « cardinaux » comme Paris, Dublin ou Milan, préférant des pays qui n'avaient jamais eu de cardinal auparavant, tels que la Mongolie, les Tonga, le Laos, l'Algérie et le Maroc.

    Et dans les pays qui n'avaient habituellement qu'un seul cardinal, il nommait des cardinaux issus de diocèses autres que les sièges les plus importants ou primatiaux du pays, comme en Équateur et en Tanzanie, et même des évêques auxiliaires dans les diocèses où l'évêque ou l'archevêque ne portait pas de barrette rouge.

    Parallèlement, à Rome, François a élevé des sous-secrétaires de la Curie au rang de cardinal, comme le cardinal Fabio Baggio, CS, tout en laissant certains préfets sans la barrette rouge — notamment l'archevêque Filippo Iannone, O. Carm., alors préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

    On attend beaucoup de la manière dont le pape Léon XIV s'écartera de la tendance de son prédécesseur à remanier le Collège des cardinaux. Dans l'immédiat, beaucoup dépendra de son choix : optera-t-il pour un premier consistoire restreint, ne créant qu'une poignée de nouveaux cardinaux afin de maintenir le nombre optimal de 120, ou pour un consistoire plus important qui remplacera par anticipation ceux qui atteindront l'âge limite dans les deux prochaines années ?

    Si le pape Léon XIV décide de procéder à des nominations en juin pour « remplacer » ces cardinaux qui prendront leur retraite dans l'année, il nommera probablement entre huit et douze cardinaux cette année.

    Mais si le pape souhaite anticiper le nombre de cardinaux qui prendront leur retraite dans les deux ans à venir, un consistoire cette année pourrait créer 20, voire 25 nouveaux cardinaux en âge de voter.

    Alors, qui sont les potentiels nouveaux cardinaux ?

    La curie

    Même s'il peut feindre la surprise lors de l'annonce, on s'attend généralement à ce que l'archevêque Filippo Iannone soit créé cardinal lors du prochain consistoire extraordinaire, quelle que soit la date à laquelle il aura lieu, compte tenu de son rôle important au sein de la Curie en tant que préfet du Dicastère pour les évêques.

    Deux autres nominations au sein du dicastère de Léon seront particulièrement révélatrices. Nombreux sont ceux qui s'attendent à ce que l'archevêque australien Anthony Randazzo, récemment nommé préfet du dicastère pour les textes législatifs en remplacement d'Iannone, soit lui aussi élevé au rang de cardinal.

    Il convient toutefois de noter que certains de ses prédécesseurs n'ont pas été créés cardinaux durant leur mandat de préfet du même dicastère. Par exemple, Iannone n'a pas été nommé cardinal pendant son service au sein du dicastère, tandis que le cardinal Vincenzo Fagiolo ne l'a été par Jean-Paul II qu'à sa retraite en 1994, après un court mandat de quatre ans.

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  • Mgr Bonny a-t-il raison de promouvoir un projet d’ordination sacerdotale d’hommes mariés ?

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    L’évêque belge a-t-il raison de promouvoir un projet d’ordination sacerdotale d’hommes mariés ?

    L'évêque Johan Bonny d'Anvers a défendu son intention d'ordonner prêtres des hommes mariés selon le rite latin, affirmant que cette mesure bénéficie d'un large soutien parmi les évêques d'Europe occidentale et est connue au sein de la Curie romaine.

    Dans une interview publiée le 2 avril par Katholisch, l'évêque belge a déclaré : « Je connais beaucoup d'évêques, et presque tous – principalement d'Europe occidentale – me disent qu'ils souhaitent également ordonner des hommes mariés. » Il a ajouté : « Je n'ai encore jamais entendu un évêque catholique me dire : “Même si le pape m'en donne la possibilité, je n'ordonnerai pas d'hommes mariés.” C'est aussi ce que l'on sait à Rome. »

    Mgr Bonny, qui a travaillé au Vatican pendant onze ans, a déclaré bien connaître les différents points de vue au sein de la Curie et a laissé entendre que la situation en Europe occidentale était comprise. « À Rome, on comprend la situation ici, et je connais des évêques et des cardinaux qui soutiennent cette solution, du moins en Europe occidentale », a-t-il affirmé.

    Il a rejeté les insinuations selon lesquelles cette annonce aurait été faite à des fins d'effet, déclarant clairement : « Quand je dis que nous avons besoin de prêtres mariés aujourd'hui, il ne s'agit plus d'une question théorique ou théologique, mais d'une question pratique. »

    L'évêque a évoqué une grave pénurie de prêtres dans son diocèse, expliquant que les prêtres restants étaient de plus en plus incapables d'assurer le travail pastoral habituel. « Nous souffrons d'une telle pénurie de prêtres que les quelques prêtres qui restent passent leur temps en réunions, à s'occuper de tâches administratives, et ne célèbrent la messe que le dimanche », a-t-il déclaré. « Ils n'ont plus le temps pour l'accompagnement pastoral, ni pour être présents dans la communauté. »

    Il a replacé la situation dans le contexte d'un déclin marqué et persistant des effectifs. « Jusque dans les années 1960, un diocèse comme Anvers comptait près de 1 500 prêtres en activité et plusieurs centaines de retraités. Aujourd'hui, j'en ai moins de 100, dont la moitié sont étrangers », a-t-il déclaré, ajoutant que des régions entières du diocèse n'avaient plus aucun prêtre de moins de 75 ans.

    Expliquant le calendrier qu'il a fixé, l'évêque a déclaré que la question ne pouvait plus être reportée. « Quand un enfant a faim, on ne peut pas dire : “On y réfléchira et on trouvera peut-être une solution la semaine prochaine.” Non, l'enfant a faim, et il faut le nourrir maintenant », a-t-il affirmé. « Nous attendons davantage de prêtres depuis 30 ou 40 ans. »

    Il a lié cette proposition à la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité, soulignant qu'elle exigeait des actions concrètes au niveau diocésain. « Il ne s'agit plus de réfléchir ou d'étudier, mais d'agir », a-t-il déclaré, ajoutant : « L'inaction n'est plus envisageable. »

    Dans le même temps, il a reconnu que tout changement dépendrait en fin de compte de l’autorité papale. « Nous formons une seule Église, il y a un pape, et c’est lui qui, en dernier ressort, dit oui ou non », a-t-il déclaré, refusant de préciser comment il réagirait si l’autorisation était refusée. « C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre pour l’instant. Nous verrons en 2028. »

    Il a toutefois soutenu que la proposition ne touchait pas à l’essence même du sacerdoce. « L’essentiel, c’est le sacrement de l’ordination sacerdotale. Que la personne soit mariée ou non n’a aucune importance », a-t-il déclaré, soulignant que le clergé marié existe déjà dans d’autres parties de l’Église catholique. « Si nous avions un droit canonique proposant deux options, la question serait déjà résolue. »

    Bien que l’interview ait principalement porté sur l’ordination des hommes mariés, l’évêque a également été interrogé sur des questions plus larges soulevées dans sa lettre pastorale, notamment le rôle des femmes dans l’Église. Il a souligné que ces deux questions étaient distinctes et a déclaré qu’il ne souhaitait pas susciter de controverse. « La question des “viri probati” n’est pas provocatrice. C’est une grande nécessité », a-t-il déclaré.

    Abordant la question de l’ordination des femmes au diaconat, il a reconnu qu’aucune solution n’avait encore été trouvée à Rome. « Je comprends que Rome n’ait pas encore de réponse à la question des femmes. Mais quelle est donc la réponse ? L’alternative à l’ordination ne peut pas être le néant », a-t-il déclaré.

    L'évêque a d'abord exposé sa proposition dans une lettre pastorale de 11 pages publiée le 20 mars, dans laquelle il annonçait son intention d'ordonner des hommes mariés dans son diocèse d'ici 2028. Ce document s'inscrivait dans le cadre de sa réponse au récent Synode sur la synodalité et à sa mise en œuvre au niveau diocésain.

    Dans cette lettre, il écrivait : « La question n’est plus de savoir si l’Église peut ordonner des hommes mariés comme prêtres, mais quand elle le fera, et qui le fera. » Il a décrit cette initiative comme une nécessité pratique face à un déclin marqué et prolongé des vocations sacerdotales. « C’est une illusion de penser qu’un processus synodal et missionnaire sérieux en Occident a encore une chance de réussir sans ordonner également des hommes mariés comme prêtres », a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre d’hommes célibataires se présentant à l’ordination était « tombé à un niveau à peine supérieur à zéro ».

    Tout en reconnaissant la contribution du clergé étranger, Mgr Bonny a déclaré que le recours à ces derniers ne pouvait constituer une solution durable. Ils « viennent nous aider, pas nous remplacer », a-t-il précisé, avertissant qu’il serait injuste de dépendre indéfiniment de prêtres venus d’autres régions du monde pour soutenir l’Église en Europe.

    Il a déclaré avoir l’intention de poursuivre les préparatifs au niveau diocésain, affirmant : « Je mettrai tout en œuvre pour ordonner des hommes mariés comme prêtres dans notre diocèse d’ici 2028. » Les candidats potentiels seraient identifiés et contactés directement, et recevraient une formation théologique et pastorale comparable à celle dispensée aux séminaristes. Ce processus, a-t-il ajouté, se déroulerait « de manière transparente mais discrète, loin des projecteurs des médias ».

    L’évêque a également souligné ce qu’il a qualifié d’incohérence dans la pratique actuelle. Des membres du clergé mariés sont déjà présents au sein de l’Église catholique dans certaines circonstances, notamment les prêtres des Églises catholiques orientales et les ministres mariés issus d’autres traditions chrétiennes qui sont entrés en pleine communion. « Personne ne peut plus expliquer pourquoi l’ordination d’hommes mariés est possible pour les séminaristes catholiques orientaux ou pour les convertis catholiques, mais pas pour les vocations catholiques natives », a-t-il écrit, notant que de tels prêtres exercent déjà leur ministère dans un certain nombre de diocèses.

    La lettre établissait également un lien entre les questions concernant la structure et la vie du clergé et l’impact plus large de la crise des abus. Mgr Bonny a écrit que « les sous-cultures et les modes de vie cléricaux ont fait leur temps » et a déclaré que la confiance dans l’Église avait été gravement ébranlée au cours des dernières décennies.

    L'insistance renouvelée de Mgr Johan Bonny sur le fait que l'ordination des hommes mariés dans l'Église latine n'est plus une question de « si », mais de « quand », soulève des interrogations au regard de la conception même du sacerdoce telle qu'elle est formulée par l'Église. Les arguments de l’évêque belge s’inscrivent dans une perspective largement pratique, en référence à la forte baisse du nombre de membres du clergé. Si ce déclin des vocations en Europe occidentale est bien documenté, les synodes successifs ont reconnu cette tension, et la réponse constante du Magistère n’a pas été de traiter le célibat comme une mesure superflue.

    Même le décret Presbyterorum Ordinis du Concile Vatican II enseignait que le célibat est « un don » et « un signe et un stimulant de la charité pastorale », approuvant et confirmant explicitement sa place dans l’Église latine tout en reconnaissant les différentes disciplines de l’Orient. L’existence d’un clergé marié dans les Églises catholiques orientales est présentée comme la preuve que des traditions distinctes peuvent coexister au sein d’un cadre ecclésial unifié.

    Cette ligne a été développée de manière plus marquée au cours des décennies qui ont suivi. Sacerdotalis Caelibatus a reconnu que de « sérieuses questions » s’étaient posées quant à savoir si le lien entre le sacerdoce et le célibat devait être assoupli, mais y a répondu en réaffirmant la discipline et sa signification spirituelle.

    Cette conception a été réaffirmée par Sacramentum Caritatis , une exhortation apostolique de 2007 du pape Benoît XVI, qui rejetait toute lecture purement fonctionnelle du célibat et le décrivait comme « une manière particulière de se conformer à la manière de vivre du Christ », ajoutant qu’il « demeure obligatoire dans la tradition latine ».

    Ainsi, l’affirmation de Mgr Bonny selon laquelle « le fait qu’une personne soit mariée ou non est sans importance » s’accorde mal avec l’enseignement de l’Église. Le Magistère a toujours soutenu le contraire : le célibat n’est pas une discipline accessoire, mais une expression particulière et appropriée du don total de soi du prêtre à l’image du Christ. Mgr Bonny risque de présenter le sacerdoce sous un angle essentiellement fonctionnel.

    L'enseignement de *Pastores Dabo Vobis*, l'exhortation apostolique du pape saint Jean-Paul II publiée le 25 mars 1992, est encore plus explicite sur la question du clergé marié dans l'Église latine. Il y est indiqué que le Synode des évêques a souhaité ne laisser « aucun doute » quant à « la ferme volonté de l'Église de maintenir la loi exigeant le célibat perpétuel et librement choisi pour les candidats à la prêtrise dans le rite latin ». La raison invoquée n’est pas une question de commodité administrative, mais le fait que le célibat est lié à l’ordination sacrée d’une manière qui configure le prêtre au Christ, Chef et Époux de l’Église.

    Le commentaire d'Arnaud Dumouch :

    Que Monseigneur Bonny  relance la réflexion concernant l'ordination d'hommes mariés, cela est tout à fait autorisé par l'Église puisque la décision pastorale du célibat des prêtres ne date que du XIe siècle avec le grand pape Saint Grégoire VII. On a souvent dit que l'Église voulait ainsi récupérer l'héritage pécunier de ces prêtres. Mais c'est tout à fait faux : Les prêtres séculiers gardent entière disposition de leurs biens personnels. L'Église a voulu, suite à la terrible crise de la corruption de cette époque, trouver un moyen pour sortir de l'héritage les paroisses qui étaient devenus des territoires simoniaques transmis dans des lignées de prêtres.
     
    Par contre que Monseigneur Bonny annonce publiquement qu'il compte ordonner lui-même des hommes mariés sans se référer à une autorisation explicite du Vatican avant 2028, c'est un acte de provocation caractérisée.
     
    S'il passait à l'acte, il serait probablement excommunié latae Sentenciae selon le canon 1371, 2 :
    Sera puni d’une juste peine celui qui, en dehors du cas dont il s’agit au C.1364 § 1, n’obéit pas au Siège Apostolique, à l’Ordinaire ou au Supérieur lorsque légitimement il donne un ordre ou porte une défense, et qui, après monition, persiste dans la désobéissance.
     
    Évidemment je pense qu'il n'envisage pas cela et que sa manière d'agir était plutôt une forme de provocation à la réflexion.
  • Léon XIV : vers un tournant ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : vers un tournant ?

    30 mars 2026

    Par une déclaration avisée et réfléchie, Léon XIV a à la fois recentré et relativisé la question de l’usage du rite ancien.

    Dans un message adressé aux évêques français réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière périodique, le pape a exprimé son espoir que le Saint-Esprit incite les évêques à trouver « des solutions concrètes qui permettront l’inclusion généreuse de ceux qui adhèrent sincèrement au Vetus Ordo », c’est-à-dire aux rites anciens, « selon les lignes directrices établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».

    Il s’agit d’une déclaration habile pour plusieurs raisons, notamment parce qu’elle cite les lignes directrices de réforme établies par le Concile Vatican II, ce qui a permis aux évêques d’agir sans rompre avec les objectifs déclarés du pape François visant à restreindre la messe traditionnelle en latin en 2021, tout en omettant ostensiblement de mentionner le très impopulaire Traditionis custodes de François, le motu proprio par lequel il a restreint l’ancienne messe.

    Léon XIV a démontré son désir d’aller au-delà du pape François, en d’autres termes, en recherchant une « paix liturgique » qui serait d’un grand service à l’Église aujourd’hui. Léon a également reconnu – sans pour autant rejeter la faute sur quiconque – que le pape François, avec Traditionis custodes, avait créé une fracture qui serait très difficile à réparer.

    Léon XIV, confronté à une Église française qui s'interrogeait sur le nombre sans cesse croissant de baptêmes d'adultes dans un contexte de foi globalement traditionnelle, a souligné que non, les fidèles qui se sentent les plus proches de l'ancien rite ne peuvent être mis à l'écart.

    La démarche du pape est intéressante, car elle laisse entendre que le problème pourrait être surmonté. De plus, en France, même un évêque non traditionaliste comme le cardinal Jean-Marc Aveline, aujourd’hui président des évêques de France, a célébré selon l’ancien rite précisément pour éviter de perdre un groupe important de fidèles qui restent néanmoins dans le giron de la tradition catholique.

    Le sujet est vaste. Face à une sécularisation croissante, on observe un intérêt toujours plus grand pour la tradition de l’Église, qui se reflète également dans le recours au rite ancien. Ce retour à l’Église et à la foi s’observe aussi dans des pays comme la Suisse, où le portail épiscopal catt.ch a consacré une grande enquête au retour à la foi et à l’augmentation des baptêmes d’adultes.

    La réalisation de la paix liturgique serait une grande réussite pour Léon XIV et pour l’Église.

    Depuis le Concile Vatican II, le sujet de la liturgie a suscité de vives polémiques, créant des divisions et plaçant les chrétiens dans une situation de « avant et après », les rangeant d’un côté ou de l’autre. Léon XIV souhaite apaiser ces divisions et rétablir l’unité. Il entend le faire – comme le montre la lettre – en partant d’une perspective locale, en traitant chaque cas individuellement, sans modifier les dispositions du pape François, mais simplement en ne les appliquant pas pleinement. C’est une décision sage, qui marque également un tournant dans le pontificat.

    Léon XIV rencontre et écoute tout le monde. L’audience accordée à Gareth Gore, auteur d’un livre très critique sur l’Opus Dei, a fait sensation, mais s’inscrivait en réalité dans la « campagne d’écoute » de Léon et s’inscrivait dans la continuité de la pratique du pontife consistant à entretenir des contacts avec des journalistes qu’il connaissait au Pérou.

    C’est un pape attentif à l’opinion publique, mais pas pour autant esclave de celle-ci. Gore a demandé au pape de créer une commission d’enquête sur l’Opus Dei, mais il n’est pas certain que le pape donne suite à cette demande, d’autant plus que l’Église dispose des moyens nécessaires pour comprendre les situations au sein des organisations religieuses.

    Écouter ne signifie toutefois pas se soumettre. Le pape recueille des informations et les évalue avant de prendre des décisions.

    La question de la liturgie est cruciale, et le dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, lorsque celle-ci a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques sans mandat papal, a en effet constitué un premier test. Avant même cela, Léon XIV avait adressé un message au pèlerinage Paris-Chartres l’été dernier, ce qui était significatif, étant donné que ce pèlerinage avait été lancé par une association de fidèles de la messe tridentine.

    Dans l’ensemble, Léon XIV s’efforce d’harmoniser le gouvernement de l’Église.

    En ce sens, Léon XIV recherche des profils présentant des caractéristiques très spécifiques. La dernière nomination de la Curie est celle de l’évêque australien Anthony Randazzo au poste de préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

    Randazzo vient d’assez loin pour ne pas devenir esclave des procédures romaines, mais il a vécu à Rome assez longtemps pour comprendre le fonctionnement de la Curie. Randazzo a notamment été fonctionnaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet. Il apporte donc un état d’esprit traditionnel ancré dans les pratiques de la Curie de la fin des années 1990, ainsi que l’expérience pastorale d’un évêque venu de l’autre bout du monde et une certaine capacité à relever des défis majeurs sans trop de tapage ni de visibilité. C’est ce que recherche Léon XIV.

    Renzo Pegoraro, chancelier de l’Académie pontificale pour la vie, a occupé le devant de la scène. Léon XIV lui a conféré le titre d’archevêque, rétablissant ainsi le principe selon lequel les responsables des dicastères et des académies pontificales doivent être des archevêques, en collégialité avec le pape.

    Tous les regards sont désormais tournés vers le Dicastère de la Communication, d’autant plus qu’il serait logique de remplacer un laïc comme l’actuel préfet, Paolo Ruffini, par un ecclésiastique. Cela démontrerait que ce pontificat prend une direction claire : pas de rupture avec le pontificat précédent, mais un retour manifeste à un pontificat « romain » dans sa forme (avec tous les chefs de dicastères au moins archevêques, c'est-à-dire en collégialité avec le pape) et institutionnel dans ses méthodes.

    Dans le même temps, il semble que le pape s’apprête enfin à entamer le remaniement de la Secrétairerie d’État : selon les rumeurs, Mgr Edgar Pena Parra serait nommé nonce en Italie, Mgr Paolo Rudelli deviendrait le nouveau sostituto, et Mgr Petar Rajić serait le nouveau préfet de la Maison pontificale. Ces nominations pourraient prendre effet après Pâques, mais il est également possible que le pape promeuve l’archevêque Paul Richard Gallagher, actuellement « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, et nomme ensuite un nouveau ministre chargé des relations avec les États.

    En résumé, le pontificat de Léon XIV apparaît de plus en plus comme un pontificat qui ne cherche pas à marquer une rupture, mais plutôt à saisir l’occasion de conduire l’Église au cœur du XXIe siècle et au-delà.

    Pour Léon XIV, un renouveau générationnel s’impose. Mais avant tout, il faut ramener les gens à la foi et les y former. La paix liturgique y contribuera. Des ajustements institutionnels permettront au pape d’agir en tant que pape.

  • Le Vatican publie un nouveau document sur les ordinariats anglicans

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    Le Vatican publie un nouveau document sur les ordinariats anglicans

    26 mars 2026

    Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié un nouveau document sur le patrimoine de l'Ordinariat anglican au sein de l'Église catholique, signé d'une approbation à Rome.

    Le texte, intitulé Caractéristiques de l'héritage anglican tel qu'il a été dans vécu les ordinariats établis en vertu de la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus , fait suite aux discussions tenues au dicastère du 1er au 3 mars.

    Le contexte immédiat est important. Le 2 mars, le pape a reçu en audience Mgr David Waller et Mgr Steven Joseph Lopes, en présence du cardinal Fernández. Cette rencontre faisait suite à une réunion privée des évêques de l'Ordinariat, convoquée par le cardinal Victor Manuel Fernández, au cours de laquelle il leur avait été demandé d'expliquer concrètement comment le patrimoine anglican se vit au sein de la communion catholique.

    Le document qui en résulte moins d'une analyse théorique que d'une synthèse de cette expérience vécue. Il affirme que, malgré la vaste dispersion géographique des Ordinariats, « une identité commune fondamentale se manifeste bel et bien au sein des communautés ordinariatiennes, où qu'elles se trouvent ». Cette, poursuit-il, s'enracine dans « un cheminement commun à la suite du Christ identité qui les a conduites à la pleine communion avec l'Église catholique ». De plus, il est déclaré qu'il s'agit d'un « précieux patrimoine de piété et de coutumes » et il réaffirme son statut de « don précieux […] et de trésor à partager ».

    Ce qui ressort le plus clairement, c'est une volonté de situer les Ordinariats comme une expression particulière d'un principe ecclésiologique plus large. Le document s'appuie sur les remarques du cardinal Fernández lors de l'ordination épiscopale de Mgr Waller, citant son observation selon laquelle « l'existence de l'Ordinariat […] reflète une réalité profonde et belle concernant la nature de l'Église et l'inculturation de l'Évangile, en tant que riche héritage anglais ». Il poursuit par une affirmation plus développée : « Car l'Église est une, et l'Évangile est un, mais dans le processus d'inculturation, l'Évangile s'exprime dans une variété de cultures. De cette manière, l'Église acquiert un nouveau visage. » L'implication est claire. Les Ordinariats ne sont pas simplement présentés comme une disposition pastorale pour les anciens anglicans, mais comme un cas d'école illustrant comment l'unité et la diversité peuvent coexister au sein du catholicisme.

    Cette insistance est encore renforcée lorsque le document affirme que, dans le cas des Ordinariats, « la foi catholique s’inculture parmi ceux qui ont fait l’expérience de l’Évangile dans le contexte de la Communion anglicane ». Il ajoute, dans une phrase qui sera sans doute largement citée, que « lorsqu’ils sont entrés en pleine communion avec l’Église catholique, celle-ci s’est enrichie ». Un tel langage est conforme à la vision initialement exposée dans Anglicanorum Coetibus sous le pontificat de Benoît XVI, mais sa répétition aujourd’hui, et sous cette forme, suggère une volonté délibérée de réaffirmer cette vision à un moment où des questions relatives à l’identité et à la mission des Ordinariats ont régulièrement refait surface.

    Le document s’articule autour d’une série de caractéristiques identifiées par les évêques eux-mêmes. La première est décrite comme un « ethos ecclésial » particulier, marqué par « la large participation du clergé et des laïcs à la vie et à la gouvernance de l’Église ». Il ne s’agit pas d’une rupture avec les normes catholiques, mais d’une expression particulière de celles-ci, façonnée par l’expérience de la vie ecclésiale anglicane et désormais intégrée aux structures catholiques. L’accent mis sur la consultation et la collaboration s’accompagne d’une insistance sur la continuité, le texte soulignant un « sens vivant de la tradition qui cherche à rester fidèle à l’héritage reçu tout en reconnaissant la place du développement organique ».

    Un second thème, récurrent tout au long du document, est le rôle de la beauté dans l'évangélisation. Il est affirmé que la beauté est valorisée « non comme une fin en soi, mais dans la mesure où elle a le pouvoir de nous conduire à Dieu », ajoutant qu'elle possède donc « un pouvoir d'évangélisation intrinsèque ». Ceci s'applique directement à la liturgie, à la musique et à l'art, décrits à la fois comme expressions du culte et instruments de mission. Ce langage reflète une sensibilité anglo-catholique traditionnelle, mais son inclusion ici indique que ces sensibilités sont formellement reconnues comme faisant partie intégrante de l'arsenal missionnaire de l'Église.

    Les évêques soulignent également leur engagement à aller directement à la rencontre des pauvres, en le reliant explicitement à une théologie de l'incarnation. Le document note que dans les Ordinariats, « la beauté du culte et la sainteté de la vie se manifestent dans les réalités concrètes du voisinage », et cite l'exemple de John Henry Newman, rappelant que ceux qui s'étaient rassemblés à ses funérailles l'étaient « non seulement en raison de son érudition, mais aussi parce qu'il était le prêtre qui les avait servis dans le besoin ». L'idée principale est que le patrimoine ne se limite pas à l'esthétique liturgique, mais s'étend à la pratique pastorale.

    Étroitement liée à ce constat, la description d'une culture pastorale particulière, façonnée par un rythme liturgique que les évêques qualifient de « quasi monastique », en est un élément central. Au cœur de cette culture se trouve la prière communautaire de l'Office divin, comprise comme « la prière de tout le Peuple de Dieu ». Le document suggère que ce rythme de prière partagé a des conséquences concrètes sur la vie paroissiale, influençant la manière dont les communautés se forment et se perpétuent.

    La famille occupe une place prépondérante. Les évêques parlent du foyer comme d’« Église domestique » et soulignent le rôle primordial des parents dans l’éducation à la foi. La référence à Walsingham comme « Nazareth de l’Angleterre » n’est pas fortuite ; elle situe les Ordinariats dans un contexte spirituel spécifiquement anglais, tout en s’appuyant sur la symbolique universelle de Nazareth comme « école de l’Évangile ». L’idée sous-jacente est que la transmission de la foi est indissociable de la vie familiale et que les Ordinariats ont un rôle particulier à jouer à cet égard.

    Le document souligne également une forte tradition de prédication enracinée dans l’Écriture et éclairée par les Pères de l’Église. Il affirme que « nourrir intellectuellement les personnes fait partie intégrante de la nourriture de leur âme » et relie cela à la notion de beauté, en soutenant que la proclamation de la Parole et la célébration de la liturgie sont « deux dimensions d’une même rencontre ». Cette intégration de la vie intellectuelle et liturgique est présentée comme un autre attribut essentiel du patrimoine.

    Enfin, l’accent est mis sur l’accompagnement spirituel et le sacrement de pénitence, les évêques décrivant une approche qui privilégie « le temps consacré à chaque personne et l’accompagnement dans sa rencontre avec le Christ Bon Pasteur ». Là encore, l’accent est mis sur la pastorale personnalisée plutôt que sur des spécificités structurelles.

    Pris ensemble, ces éléments s’inscrivent dans une affirmation théologique plus large. Le document conclut qu’« on voit combien le mystère de l’Incarnation est central au patrimoine conservé dans les Ordinariats », reliant ainsi à cette source unique des thèmes tels que la dignité, la beauté, la liturgie et la sollicitude envers les pauvres. Il ajoute que ce patrimoine « est une réalité vivante, tournée vers l’avenir dans la transmission de la foi aux générations futures ».

    Dans une déclaration au Catholic Herald , Mgr David Waller a indiqué : « Ce document est issu d’une rencontre entre les évêques de l’Ordinariat et les supérieurs du Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Ces derniers ont longuement écouté les exposés sur la vie des Ordinariats dans leurs contextes locaux respectifs et, en particulier, sur les spécificités du patrimoine anglican et leur contribution à la transmission de la Foi. Ce document, à l’initiative du cardinal Victor Manuel Fernández, témoigne de la compréhension et de l’engagement du Saint-Siège envers le témoignage permanent des Ordinariats en tant qu’Églises particulières au sein de l’Église catholique. »

  • Comment les catholiques doivent-ils réagir à la nomination de Dame Sarah Mullally comme archevêque de Canterbury ?

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    De James Bradley sur le Pillar :

    Et après ? L'œcuménisme anglican-catholique, passé et avenir

    Comment les catholiques doivent-ils réagir à la nomination de Dame Sarah Mullally comme archevêque de Canterbury ?

    Dame Sarah Mullally est intronisée archevêque de Canterbury. Crédit : Église d’Angleterre.

    Pour comprendre dans quelle mesure cette évolution modifie la qualité des relations entre la Communion anglicane et l'Église catholique — et donc comment nous devons réagir —, il nous faut remonter près de 20 ans en arrière, aux débats entourant l'ordination des femmes comme évêques dans l'Église d'Angleterre.

    Alors que l'Église épiscopale des États-Unis a commencé à nommer des femmes évêques en 1989, l'Église d'Angleterre — toujours considérée aujourd'hui comme l'« Église mère » des anglicans du monde entier — a abordé la question avec beaucoup plus de prudence.

    Le Synode général, instance dirigeante de l'Église d'Angleterre, a finalement ouvert la voie à l'ordination des femmes en 1992. Mais ce n'est qu'en 2008 qu'il a autorisé leur nomination comme évêques. Ce vote – auquel j'assistais – fut parmi les plus traumatisants de l'histoire moderne de l'anglicanisme, notamment en raison de la fermeté avec laquelle il a également supprimé tout mécanisme permettant aux anglicans qui, en conscience, ne pouvaient accepter ces changements (à savoir, la présence d'« évêques itinérants »).

    Le feuilleton qui a suivi cette affaire s'est en réalité poursuivi pendant plusieurs années, une seconde proposition visant à enfin mettre en œuvre le changement étant rejetée de justesse par une poignée de voix seulement en 2012. Il a fallu encore deux ans avant que la situation ne se calme suffisamment pour que le synode adopte une loi, qui a conduit en décembre 2014 à la nomination de Libby Lane comme première femme évêque de l'Église d'Angleterre.

    Durant la période précédant ces événements, l'Église catholique était représentée dans ses principales relations œcuméniques par le cardinal Walter Kasper, alors président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.

    Dès 2006, le cardinal Kasper avait mis en garde le Synode général de l'Église d'Angleterre contre la poursuite de l'ordination des femmes comme évêques, signalant qu'une telle décision perturberait non seulement le dialogue œcuménique qui avait porté tant de fruits depuis les années 1960, mais compromettrait définitivement la possibilité d'une réconciliation future.

    Environ tous les dix ans, les évêques anglicans du monde entier se réunissent à Canterbury pour une conférence connue sous le nom de Conférence de Lambeth. Il se trouve que 2008, année du premier vote synodal, coïncidait avec l'une de ces conférences, et, en tant que partenaire œcuménique important, le cardinal Kasper fut invité à s'adresser aux quelque 650 évêques anglicans présents.

    Dans son discours, il a longuement souligné les progrès accomplis dans les relations entre les anglicans et l'Église catholique depuis le concile Vatican II. Le décret conjonctif sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio, reconnaissait une place particulière à l'anglicanisme parmi les communautés issues de la Réforme, en raison de certaines traditions et institutions qui, pour une partie, subsistaient.

    Depuis lors, comme l'a souligné le cardinal Kasper, plusieurs dialogues œcuméniques officiels ont vu le jour — des instances stables de dialogue entre l'Église catholique et la Communion anglicane sur les points communs et les divergences — qui ont produit des textes visant à promouvoir une meilleure compréhension et une plus grande harmonie.

    Il y avait également eu de nombreuses rencontres œcuméniques, notamment la rencontre entre le pape Paul VI et l'archevêque de Canterbury, le Dr Michael Ramsey, en 1966, et la visite du pape Jean-Paul II en Angleterre en 1982, qui ont établi des relations personnelles entre des personnalités clés, le tout dans la perspective de trouver un terrain d'entente.

    Abordant plus directement la question de l'ordination des femmes comme évêques, le cardinal Kasper a fait remarquer : « Cette décision d'ordonner des femmes implique un éloignement de la position commune de toutes les Églises du premier millénaire, c'est-à-dire non seulement l'Église catholique, mais aussi les Églises orthodoxes orientales et les Églises orthodoxes. Nous verrions la Communion anglicane se rapprocher considérablement des Églises protestantes du XVIe siècle, et adopter une position qu'elles n'ont adoptée que durant la seconde moitié du XXe siècle. »

    Autrement dit, avec l’ordination des femmes comme évêques, la « tension » historique inhérente à l’anglicanisme — produit de la Réforme protestante mais conservant certains éléments catholiques — serait (d’un point de vue catholique) définitivement résolue d’une manière qui adopterait une approche plus clairement protestante de la vie ecclésiale.

    Dans la mesure où le dialogue entre anglicans et catholiques s'était jusqu'alors appuyé sur cette ambiguïté, dans l'espoir qu'elle puisse être résolue en faveur de l'enseignement catholique, un tel dialogue cesserait d'être un moyen réaliste pour la réunion visible des anglicans et des catholiques.

    Le cardinal Kasper a exprimé ce point sans ambiguïté : « Bien que notre dialogue ait abouti à un accord significatif sur la conception du ministère, l’ordination des femmes à l’épiscopat bloque de fait et définitivement toute reconnaissance possible des ordres anglicans par l’Église catholique. »

    Ainsi, depuis que l'Église d'Angleterre a ordonné des femmes évêques en 2008, la possibilité d'une véritable réunification institutionnelle entre anglicans et catholiques est devenue impossible. Certes, dans la bonté divine, rien n'est véritablement impossible, mais concrètement, la reconnaissance mutuelle nécessaire des ordres et des sacrements n'a plus de perspective réaliste.

    C’est en partie pour cette raison que le pape Benoît XVI a tendu la main aux anglicans soucieux d’unité, quelque peu délaissés par leur propre Église après 2008, dans sa constitution apostolique Anglicanorum coetibus.

    Cela prévoyait la création d'ordinariats personnels – structures équivalentes à des diocèses – pour assurer la continuité de la vie et du culte des anciens anglicans, désormais pleinement intégrés à l'Église catholique. Aucun d'entre nous, ayant rejoint les ordinariats, n'est devenu catholique du seul fait de l'ordination de femmes comme évêques. Si vous nous interrogez, nous y voyons le symptôme d'un problème d'autorité plus fondamental.

    Mais, signe de la continuité qui existe entre cette évolution et les ordinariats, il est révélateur de constater que plusieurs d'entre nous qui étions présents lors de ce vote synodal en 2008 (dont l'actuel évêque David Waller de l'Ordinariat personnel Notre-Dame de Walsingham) sommes aujourd'hui membres du clergé et laïcs dans les ordinariats.

    Ce passage, représenté par Anglicanorum coetibus , d'un modèle destiné à faciliter la réunion entre Églises à un modèle plus ouvert au dialogue entre Églises et groupes, a également ouvert la possibilité de dialogues œcuméniques parallèles entre l'Église catholique, au niveau local et universel, et d'autres groupes dits « anglicans continuateurs ». Cela inclut les groupes qui ont quitté la Communion anglicane depuis les années 1970 et qui constituent désormais une part importante de ceux qui se réclament de l'ascendance anglicane, au sein d'organismes tels que la Global Fellowship of Confessing Anglicans (GAFCON).

    La tradition anglicane a sans aucun doute beaucoup à offrir à l'Église catholique, notamment dans les pays anglophones. Elle a profondément marqué notre culture et a donné naissance à de nombreux convertis héroïques, de saint Edmund Campion et saint John Henry Newman à sainte Elizabeth Ann Seton et au père Thomas Byles (qui a dirigé les prières lors du naufrage du Titanic).

    Comme pour appuyer ce point, deux jours après l'installation du nouvel archevêque de Canterbury, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi publia un nouveau document intitulé Caractéristiques de l'héritage anglican tel que vécu dans les ordinariats établis en vertu de la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus.

    Cela décrit les différentes manières dont ce riche patrimoine a déjà commencé à être vécu — au cours des quelques années seulement qui ont suivi la création des ordinariats en 2011/12 — par d'anciens anglicans, désormais heureux au sein de la pleine communion de l'Église catholique.

    Nombreux sont les hommes et les femmes de bonne volonté qui continuent de vivre leur foi chrétienne au sein de l'anglicanisme. Certains sont attachés à leur Église d'origine par un profond attachement à l'histoire ; d'autres par devoir envers les paroissiens. Face à cette nouvelle étape du dialogue œcuménique – qui dure depuis une dizaine d'années –, il incombe aux catholiques de se lier d'amitié avec eux, de prier avec ferveur et sincérité pour le retour de tous les chrétiens, et d'adopter une attitude de générosité et d'accueil, afin que (selon les mots immortels de saint John Henry Newman) « on trouve le moyen d'attirer à nous tant de personnes de bonne volonté qui, aujourd'hui, tremblent à nos portes ».

    Si vous voulez mon avis, c'est l'ordinariat.


    Le père James Bradley est prêtre de l'Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham et professeur adjoint de droit canonique à l'Université catholique d'Amérique à Washington, D.C.

  • Le cardinal Hollerich du Luxembourg affirme que l'ordination des femmes est essentielle à l'avenir de l'Église

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    D'Alexander Folz sur EWTN News :

    Le cardinal Hollerich du Luxembourg affirme que l'ordination des femmes est essentielle à l'avenir de l'Église.

    Lors d'un symposium intitulé « Synodalité et Évangile prédiqué » à l'Université de Bonn, le cardinal a déclaré qu'il était auparavant plus conservateur sur cette question, mais qu'il avait changé d'avis.

     
    Le cardinal Hollerich du Luxembourg affirme que l'ordination des femmes est essentielle à l'avenir de l'Église.
    Cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg. | Crédit : Daniel Ibáñez/EWTN News

    24 mars 2026

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich, SJ, ancien rapporteur général du Synode sur la synodalité, a publiquement plaidé en faveur de l'ordination des femmes, arguant que l'Église ne peut perdurer longtemps si la moitié du peuple de Dieu n'a pas accès au ministère ordonné.

    « Je ne peux pas imaginer comment, à long terme, une Église peut survivre si la moitié du peuple de Dieu souffre parce qu'elle n'a pas accès au ministère ordonné », a déclaré Hollerich jeudi lors d'un symposium sur la synodalité et Praedicate Evangelium à l'Université de Bonn, selon l'agence de presse KNA.

    L’archevêque de Luxembourg, qui se décrivait auparavant comme plus conservateur sur la question, a déclaré que son point de vue avait évolué. « J’ai également appris, en tant qu’évêque, qu’il ne s’agit pas seulement du désir de quelques associations féministes de gauche », a-t-il affirmé.

    Tout en appelant à la patience envers les autres cultures qui pourraient considérer le débat sur l'ordination comme un « problème artificiel », Hollerich a cité ce qu'il affirmait être un large soutien à l'ordination des femmes dans ses paroisses.

    « Lorsque je parle avec les femmes des paroisses, 90 % d’entre nous partagent le même avis », a-t-il déclaré, ajoutant que les évêques sont tenus d’écouter ces voix.

    L'enseignement définitif de l'Église

    Dans sa lettre apostolique de 1994, Ordinatio Sacerdotalis, le pape Jean-Paul II a déclaré de manière définitive que « l’Église n’a aucune autorité pour conférer l’ordination sacerdotale aux femmes et que ce jugement doit être définitivement adopté par tous les fidèles de l’Église ».

    Puisque l'ordination est un sacrement unique comportant trois degrés, cette règle s'applique également au diaconat et à l'épiscopat.

    Réforme de la Curie et succession papale

    Hollerich a également salué l'influence du défunt pape François sur la Curie romaine. Par sa constitution apostolique Praedicate Evangelium, François – qui a été pape de 2013 à sa mort en 2025 – a ouvert les postes à responsabilité au Vatican aux femmes. Hollerich a affirmé que cette évolution se poursuivrait sous le pontificat de Léon XIV. « Je souhaite ardemment que toute l'Église s'en réjouisse », a-t-il déclaré.

    Le symposium était organisé par le département de théologie morale de l'université de Bonn, sous la direction du théologien Jochen Sautermeister. Les cardinaux Óscar Rodríguez Maradiaga et Oswald Gracias, ainsi que les évêques Franz-Josef Overbeck d'Essen et Klaus Krämer de Rottenburg-Stuttgart, tous deux en Allemagne, y ont également pris la parole.

    Cet article a été initialement publié par CNA Deutsch, le service frère germanophone d'EWTN News.

  • La différence entre la voie synodale allemande et la réforme synodale apparaît comme une simple différence de rythme

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    De Gaetano Masciullo sur The European Conservative :

    La révolution « synodale » : de la hiérarchie divine à la démocratie humaine

    La différence entre la voie synodale allemande et la réforme synodale initiée par le défunt pape François apparaît aujourd'hui, plus que jamais, comme une simple différence de rythme.

     

    La crise de l'Église catholique est avant tout une crise d'autorité. L'autorité ne concerne pas seulement la sphère doctrinale et morale, mais surtout la forme et la manière dont le pouvoir s'exerce. Toute institution repose sur une structure de pouvoir qui assure son unité et sa continuité. Dans le cas de l'Église, cette structure est un régime mixte de droit divin : monarchique, car le pape exerce un pouvoir suprême, plein et immédiat sur toute l'Église, garantissant l'unité de la foi ; aristocratique, car les évêques – idéalement choisis parmi les « meilleurs » ( aristoi ) – gouvernent les diocèses avec une réelle autonomie, tout en restant en communion avec le pape ; et « républicain » (au sens classique du terme), car le pouvoir n'appartient pas à une dynastie ou à une caste comme dans l'hindouisme, mais peut être conféré, par élection ou nomination, à quiconque – indépendamment de son origine sociale – remplit les conditions requises pour accéder à la hiérarchie.

    De plus, il s'agit traditionnellement d'un régime subsidiaire : le niveau supérieur ne devrait intervenir que lorsque le niveau inférieur de la hiérarchie est incapable de subvenir à ses propres besoins ou pour des questions concernant l'Église dans son ensemble, de manière transversale et universelle. Par conséquent, les échelons supérieurs interviennent beaucoup moins que les échelons inférieurs.

    Au cours des dernières décennies, cependant, une approche différente s'est progressivement imposée, un véritable processus de subversion du régime traditionnel : d'un régime mixte à un régime de plus en plus démocratique et parlementaire, d'un régime subsidiaire à un régime centralisateur.

    Bergoglio, le « pape dictateur »

    Le pontificat de Jorge Mario Bergoglio – le pape François – a représenté une véritable « dictature de transition ». L’Église post-conciliaire présentait un modèle encore monarchique dans sa structure, mais dont la perception et l’exercice du pouvoir étaient radicalement différents ; elle évoluait vers une nouvelle configuration que beaucoup souhaitent instaurer dans un esprit démocratique. Comme c’est souvent le cas lors des transitions historiques de la monarchie à la démocratie, cette transition a été marquée par un vide de pouvoir, symboliquement et concrètement incarné par la démission de Benoît XVI en 2013. Ce vide a été comblé par François, qui a exercé une autorité fortement centralisée – une « dictature » au sens marxiste du terme, c’est-à-dire un pouvoir extraordinaire et direct, mais temporaire – pour guider l’Église d’un modèle à l’autre, démantelant de fait la structure précédente.

    De ce point de vue, Léon XIV ne s'oppose pas au pontificat de François, comme beaucoup continuent de l'affirmer, mais s'inscrit dans une continuité cohérente, sous forme de synthèse. Ce n'est pas un hasard si, dès le début de son pontificat, Léon a maintes fois exalté le rôle de la Curie – l'appareil administratif du Vatican – la présentant parfois comme de fait supérieure au pape lui-même ( « Les papes passent, la Curie demeure » ), sur lequel elle devrait exercer un pouvoir de type vicariat. Léon ne se perçoit pas comme une autorité placée au-dessus de la Curie, mais comme une figure insérée, presque « intégrée » et temporaire en son sein.

    L’un des principaux instruments de ce processus initié par le pape François a été le paradigme de la « synodalité ». Formellement, il se présente comme un retour aux pratiques anciennes de l’Église. En réalité, l’idée sous-jacente est que tout le peuple de Dieu – et non seulement le clergé ordonné – participe à la définition de la vie de l’Église, non seulement en matière pastorale ou disciplinaire, mais aussi sur les questions doctrinales et morales.

    La méthode employée reste toujours la même. On ne procède pas à une révision explicite de la doctrine, ce qui engendrerait des frictions difficiles à gérer. Au contraire, les principes traditionnels sont souvent réaffirmés verbalement. Parallèlement, des innovations sont introduites dans la pratique qui, avec le temps, finissent par normaliser des principes auparavant jugés inacceptables.

    La question des femmes n'est que la partie émergée de l'iceberg.

    Un exemple significatif concerne la question du diaconat féminin. Le 4 décembre 2025 , le pape a autorisé la publication d'une synthèse d'études commandée par François, qui affirme qu'une telle institution ne peut être admise actuellement dans l'Église. Toutefois, il a précisé que ce jugement « n'est pas définitif ». Cette formulation révèle une logique typique des processus révolutionnaires progressifs : une position est qualifiée de « non définitive » jusqu'à ce que le changement soit pleinement consolidé ou accepté par la majorité ; elle devient « définitive » lorsque la transformation est déjà accomplie et irréversible au niveau institutionnel.

    De nombreux signaux apparus ces derniers mois semblent confirmer cette dynamique. 

    Un élément parmi d'autres est constitué par les récentes déclarations du cardinal Reinhard Marx, promoteur du Chemin synodal allemand, qui propose d'étendre le modèle synodal allemand à l'Église universelle.

    Un autre signal concerne le débat théologique actuel sur la nature du pouvoir de gouvernance. En novembre 2025 , le cardinal Francesco Coccopalmerio, dans un ouvrage récent, suggérait de modifier le droit canonique afin de consolider une plus grande participation des laïcs à la gouvernance de l'Église. Le 16 février , le cardinal Marc Ouellet proposait de développer une vision plus « charismatique » de la gouvernance ecclésiale, selon laquelle le baptême – et non l'ordre – devrait permettre aux fidèles de participer pleinement et durablement à la gouvernance de l'Église. Cette perspective s'oppose à la conception traditionnelle, selon laquelle seul le sacrement de l'ordre confère la gouvernance, tandis que les laïcs ne peuvent exercer le pouvoir que par délégation – c'est-à-dire non pas de leur propre chef, mais comme une prérogative reçue, limitée dans le temps et dans son étendue.

    Récemment, plusieurs rapports de groupes d'étude commandés par le pape François et travaillant sur le Synode sur la synodalité ont été publiés. Ces rapports convergent vers la même orientation. Le rapport du Groupe d'étude 4, consacré à la formation sacerdotale et publié le 3 mars , propose une plus grande présence des femmes dans les parcours de formation et dans l'admission des candidats au sacerdoce. Le rapport du Groupe 5, publié le 10 mars , aborde explicitement la « question des femmes », qui, en réalité, agit comme un catalyseur pour le changement plus large évoqué précédemment. 

    Ce rapport, consacré au rôle des femmes dans la vie et la gouvernance de l’Église, évoque explicitement la nécessité de « dépasser les mentalités », affirmant que nombre de rôles dits de genre seraient des « constructions culturelles », historiquement modifiables. Poussée à l’extrême, une telle approche ne peut que dissoudre la complémentarité entre l’homme et la femme, la réduisant à une fonction purement biologique dépourvue de toute signification normative. Dans ce contexte, il deviendrait plus aisé de légitimer, au moins implicitement, la normalisation des relations non conventionnelles et les revendications des catholiques LGBT – un phénomène déjà observable au sein de l’Église catholique.

    Le bon évêque selon Léon : modéré ou progressiste ?

    Cette analyse est d'ailleurs confortée par les nominations épiscopales proposées par le pape Léon XIV ces derniers mois. Le vaticaniste Sandro Magister a récemment publié un article mettant en évidence une constante dans ces nominations. Selon lui, les évêques de Léon XIV sont apolitiques, missionnaires et conciliants. Cette analyse paraît toutefois excessivement optimiste, surtout si on la limite aux seuls cas présentés : Ronald A. Hicks (New York), Manuel de Jesus Rodriguez (Palm Beach) et Stanislav Pribyl (Prague).

    Cependant, même en analysant les profils de ces derniers et en ignorant beaucoup d'autres, des données intéressantes émergent, comme dans le cas du nouvel archevêque de Prague, Pribyl, qui semble parfaitement aligné sur le programme du pape François et qui, ce n'est pas un hasard, était présent lors de la consécration épiscopale de Josef Grünwidl , le nouvel archevêque de Vienne, ouvertement favorable aux révolutions synodales et démocratiques les plus radicales de l'Église, et dont le ministère est soutenu, ce n'est pas un hasard non plus, par des prêtres qui non seulement théorisent – ​​par exemple – la levée du célibat, mais la pratiquent déjà , au mépris de la discipline ecclésiastique. europeanconservative.com avait analysé cette nomination inquiétante à l'époque.

    Un autre élément crucial, notamment pour les récentes nominations épiscopales aux États-Unis, concerne la diffusion croissante de ce qu'on appelle « l'éthique de la vie cohérente ». Celle-ci tend à mettre sur le même plan des questions très différentes ; ainsi, il n'y aurait aucune différence entre défendre l'avortement ou l'euthanasie, d'une part, et réglementer l'immigration ou la pollution, d'autre part. Cette approche semble plus compatible avec une conception démocratique-parlementaire de l'Église, où les péchés sont principalement réinterprétés comme des « maux sociaux ».

    Par ailleurs, l'objection de nombreux observateurs selon laquelle, même si les évêques sont aujourd'hui majoritairement progressistes, tant qu'ils n'osent pas s'opposer ouvertement au pape, il n'y aurait rien à craindre, est peu convaincante. D'abord, parce qu'ils s'expriment de toute façon. Ensuite, parce que les nominations épiscopales ne concernent pas seulement le présent, mais déterminent la composition future du Collège des cardinaux et, par conséquent, les prochains conclaves. L'histoire récente est éloquente : des cardinaux considérés comme conservateurs sous le pontificat de Benoît XVI, tels qu'Ouellet et Odilo Scherer, se sont par la suite révélés nettement progressistes.

    À quoi faut-il s'attendre à court terme ?

    D'autres développements sont attendus lors des prochains consistoires extraordinaires convoqués par le pape Léon XIV, le prochain étant prévu pour fin juin 2026. Léon XIV a déjà indiqué que ces consistoires, bien qu'extraordinaires formellement, deviendront en réalité la norme de son pontificat. Parmi les sujets prévus figure également la relation entre le Saint-Siège et les Églises locales à la lumière de la constitution apostolique Praedicate Evangelium. Il s'agira essentiellement d'une discussion sur les structures de pouvoir au sein de l'Église, c'est-à-dire sur la manière dont l'autorité doit être répartie entre le centre et les périphéries. L'orientation est clairement définie.

    Les évêques et les cardinaux d'orientation plus conservatrice sont confrontés à une tâche délicate : non pas simplement s'opposer à des réformes individuelles, mais fournir des arguments théologiques et juridiques cohérents défendant la conception traditionnelle de l'autorité.

    La différence entre la voie synodale allemande et la réforme synodale initiée par François à un niveau plus universel apparaît aujourd'hui, plus que jamais, comme une simple différence de rythme . L'Allemagne avance plus rapidement, tandis que la Curie de Bergoglio adopte une approche plus prudente. Autrement, il serait difficile d'expliquer le silence significatif du Saint-Siège face aux initiatives allemandes – ouvertement contraires au droit canonique – alors que de graves (et bruyantes) menaces de sanctions sont proférées contre la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). C'est sur ce terrain institutionnel que se dessinera, dans les mois et les années à venir, la future configuration de l'Église catholique : une transformation progressive de sa constitution matérielle, qui pourrait s'opérer sans modification majeure de sa constitution juridique.

  • Mgr Bonny s'apprête-t-il à transgresser le droit canonique de l'Eglise ?

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    De Tyler Arnold sur le CWR

    Un évêque belge prévoit d'ordonner des hommes mariés d'ici 2028, en violation du droit canonique de l'Église.

    Un évêque catholique belge a rédigé une lettre pastorale de 11 pages qui comprenait un plan visant à ordonner des hommes mariés prêtres d'ici 2028, même si de telles actions violeraient le Code de droit canonique.

    Mgr Johan Bonny, évêque du diocèse d'Anvers depuis 2009, a rappelé que la question de l'ordination des hommes mariés avait été abordée lors du Synode sur la synodalité (2023-2024) au Vatican. Bien que le sujet ait été ouvertement débattu, ni le pape François ni les auteurs du document final n'ont autorisé l'ordination des hommes mariés ni recommandé de modifications du droit canonique en ce sens.

    Malgré cela, Bonny écrivait dans sa lettre pastorale que, lors de chaque discussion synodale, « la question de l’ordination des hommes mariés… à la prêtrise se pose ». Il affirmait que « le consensus sur cette question est quasi total… surtout parmi les plus fidèles et les plus pieux » et qu’il « existe depuis de nombreuses années ».

    « La question n’est plus de savoir si l’Église peut ordonner prêtres des hommes mariés, mais quand elle le fera et qui le fera », a déclaré l’évêque. « Tout retard est perçu comme un prétexte. »

    Contrairement à ce qui est généralement admis, le canon 1042 interdit l'ordination d'hommes mariés selon le rite latin, sauf circonstances exceptionnelles. Il stipule clairement que le seul ordre sacré auquel un homme marié peut prétendre est le diaconat permanent, et non la prêtrise. Un homme marié peut accéder au diaconat permanent avec le consentement de son épouse s'il est âgé d'au moins 35 ans, mais un diacre permanent veuf ne peut se remarier.

    Cette règle n'est pas totalement universelle au sein de l'Église catholique. Le Code des canons des Églises orientales autorise l'ordination d'hommes mariés dans les Églises catholiques de rite oriental, qui la pratiquent depuis longtemps.

    Il existe également des exceptions, certes limitées, dans le rite latin. Un prêtre anglican marié qui se convertit au catholicisme peut être ordonné prêtre catholique et rester marié. L'Église prévoit aussi quelques exceptions pour d'autres pasteurs protestants mariés qui souhaitent également se convertir au catholicisme et être ordonnés prêtres.

    Cependant, à de rares exceptions près, les hommes mariés ne sont pas autorisés à être ordonnés prêtres selon le rite latin.

    Bonny n'aborde pas les canons pertinents dans sa lettre. Il ne cite aucune approbation du Vatican et ne donne aucune indication quant à une éventuelle modification du droit canonique.

    L’évêque n’a pas précisé qu’il solliciterait d’abord une approbation avant les ordinations, mais il a déclaré qu’il veillerait à « la communication et aux dispositions nécessaires » avec le Vatican et la Conférence des évêques belges, « car nous pouvons tirer des enseignements de nos expériences et de nos points de vue respectifs ».

    « Je mettrai tout en œuvre pour ordonner prêtres des hommes mariés dans notre diocèse d’ici 2028 », a-t-il déclaré. « Je les contacterai personnellement et veillerai à ce qu’ils aient, d’ici là, la formation théologique et l’expérience pastorale nécessaires, comparables à celles des autres candidats à la prêtrise. Cette préparation se déroulera de manière transparente mais discrète, à l’abri des médias. »

    « Pour de nombreux évêques, l’ordination d’hommes mariés est devenue une question de conscience », a-t-il écrit. « À ce niveau également, la transparence, la responsabilité et l’évaluation sont importantes pour la crédibilité de l’Église. »

    Bonny avance plusieurs arguments pour justifier son intention d'ordonner des hommes mariés, notamment la « pénurie historique de prêtres locaux dans de nombreux diocèses ». Il a déclaré que de nombreux prêtres nés à l'étranger comblent actuellement ce manque, mais qu'« il ne serait pas juste de leur faire porter le fardeau de nos pénuries ».

    Il a noté que l'Église en Belgique travaille déjà « avec un certain nombre de prêtres catholiques mariés », citant les prêtres catholiques de rite oriental et les convertis qui relevaient des exceptions limitées.

    Bonny a également déclaré : « Il existe un ensemble d'expériences liées à la santé psychosociale des prêtres et à la transparence de leur mode de vie. » Il a ajouté : « La question des abus sexuels reste un sujet préoccupant » et « les sous-cultures et les modes de vie du clergé appartiennent désormais au passé. »

    « Le fait que presque aucun candidat local ne se présente à l’ordination me semble indubitablement lié à l’absence de discernement synodal dans le ministère pastoral classique », a poursuivi l’évêque. « Lors de mes visites dans les paroisses ou les unités pastorales, je rencontre régulièrement des personnes que la communauté considérerait comme de bons prêtres. De même, je connais moi-même plusieurs collègues qui seraient parfaitement aptes à l’ordination. »

    Tom Nash, apologiste du site Catholic Answers, a déclaré à EWTN News qu'il espérait que Bonny « soit docile envers le Saint-Père, le pape Léon XIV ».

    « C’est le pape seul, successeur de saint Pierre, qui détient la primauté divine pour enseigner définitivement la foi et la morale, ainsi que la primauté divine d’autorité pour lier et délier en matière de discipline ; il faut donc être très prudent avant d’agir d’une manière qui violerait gravement cette primauté papale de gouvernement instituée par Dieu », a-t-il déclaré.

    Nash a expliqué que des hommes mariés peuvent être validement ordonnés prêtres, comme on le constate dans le rite oriental et dans de rares exceptions du rite latin. Cependant, sans l'approbation du pape et une modification du droit canonique, de telles ordinations seraient « illicites » dans les circonstances évoquées par l'évêque dans sa lettre pastorale.

    Si Bonny ordonnait des hommes mariés prêtres, Nash a déclaré que la situation serait similaire à celle de la Fraternité Saint-Pie-X, qui a consacré illégalement des évêques en 1988 et menace de recommencer. De telles consécrations, a-t-il expliqué, sont « valides mais illicites ».

    Un prêtre ordonné validement mais illégalement serait un vrai prêtre et pourrait célébrer validement la messe, selon Nash. Cependant, de telles célébrations seraient illicites, contraires au Saint-Siège et donc pécheresses, a-t-il affirmé. D'autres facultés sacerdotales, en revanche, pourraient ne pas être valides, a-t-il ajouté.

    « Le simple fait que de tels prêtres ordonnés puissent célébrer la messe validement mais illicitement ne signifie pas qu'ils aient besoin des facultés sacerdotales déléguées par le pape pour absoudre validement les péchés au confessionnal et pour recevoir le consentement des parties lors du rite de mariage de l'Église, afin d'éviter un mariage invalide », a déclaré Nash.

    « Il sera intéressant de voir comment cette affaire évoluera au cours des deux prochaines années, et je prie pour que l’évêque Bonny soit docile envers le Saint-Père », a-t-il ajouté.

    David Long, directeur de l'Institut de recherche politique et d'études catholiques de l'Université catholique d'Amérique et canoniste, a déclaré à EWTN News que la question de l'ordination des hommes mariés « ne relève pas de l'autorité d'un évêque diocésain agissant de son propre chef ».

    « Tout changement de pratique actuel dans un diocèse latin nécessiterait une intervention du Saint-Siège et ne pourrait être réalisé par une décision unilatérale d'un évêque diocésain, quelles que soient les circonstances pastorales urgentes », a-t-il déclaré.