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L'extraordinaire témoignage des convertis

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D' sur le site du Figaro Vox :

«J'espère que des non croyants liront ce livre, et pourront y puiser une obole de lumière et d'espérance»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - La journaliste Alexia Vidot témoigne de sa conversion au catholicisme à 20 ans, en mêlant sa voix à celle de grands auteurs chrétiens.

«Certaines conversions peuvent sembler fulgurantes – c'est ce que j'ai vécu».
«Certaines conversions peuvent sembler fulgurantes – c'est ce que j'ai vécu». Adobe Stock
Alexia Vidot est journaliste à La Vie, responsable des Essentiels, le cahier central du magazine. Elle publie Comme des cœurs brûlants, L'extraordinaire témoignage des convertis (Artège, 2021, 248 p., 17,90€).
 

FIGAROVOX. - Dans ce livre, Comme des cœurs brûlants , vous témoignez de votre conversion au catholicisme à l'âge de 20 ans et dressez le portrait de sept hommes et femmes du XXe siècle, également convertis. Au cœur de la conversion, est-ce toujours la même mécanique qui est à l'œuvre ?

Alexia VIDOT. - Dans ce livre j'ai tenté d'approcher la céleste mécanique à l'œuvre dans le cœur des hommes, même si en réalité aucune conversion ne se ressemble.

Certaines conversions peuvent sembler fulgurantes – c'est ce que j'ai vécu.

D'autres, sont plus lentes ou diffuses, plus intellectuelles ou le fruit d'une quête spirituelle consciente, d'une recherche inlassable de la vérité. C'est le cas du japonais Takashi Nagaï, que rien pourtant ne destinait à mourir croix sur le cœur et chapelet à la main. Il a lu Pascal, étudié les écrits bibliques et la catéchèse. C'est aussi le cas des époux Maritain, alors jeune couple d'étudiants à la Sorbonne, où sévissaient un scientisme conquérant et un rationalisme étroit. Ils ont été particulièrement influencés par Léon Bloy et nourris à l'étude de Saint Thomas d'Aquin.

En réalité, je pense qu'aucune conversion n'est brutale, mais le fruit d'une patiente maturation, d'un long corps à corps avec Dieu. Si Saint Paul est tombé de son cheval sur le chemin de Damas, il a d'abord été au contact de la Thora et a lui-même assisté et participé au martyre de chrétiens. Toutes ces choses ont préparé sa rencontre avec le Christ.

Les histoires que je narre sont saisissantes, mais une constante demeure : lorsque l'homme se laisse regarder par Dieu, il se découvre infiniment aimé et aimable, objet d'un amour unique et singulier, personnel. Il est révélé à lui-même comme pécheur pardonné. Benoît XVI le dit mieux que moi : « Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l'évolution. Chacun de nous est le fruit d'une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire. Il n'y a rien de plus beau que d'être rejoints, surpris par l'Évangile, par le Christ ». Dieu fait preuve d'ingéniosité, de délicatesse, de patience, car si tous les chemins ne mènent pas à Lui, Il les emprunte tous pour rejoindre l'homme. Son talent d'imprésario est invraisemblable !

« Les convertis parlent beaucoup, parlent énormément de leur conversion, un peu à la manière de ces malades guéris qui ne vous font grâce d'aucun des détails de leur ancienne maladie », écrit Bernanos, que vous citez. A-t-il été difficile de coucher sur le papier une expérience aussi intime ?

En douze ans, j'ai pu relire ma conversion en la mettant en contact avec les Écritures et avec le témoignage de nombreux autres convertis qui m'ont précédée – de saint Augustin à Madeleine Delbrêl, en passant par Péguy ou Claudel. Mais la rencontre avec Dieu est une vérité intime cachée au converti lui-même, un mystère qu'il ne pourra jamais comprendre pleinement. Au départ, j'étais donc réticente à l'idée de parler de moi, par crainte de faire injure à Dieu en mettant des mots trop humains sur ce qu'Il m'avait donné de vivre.

 

J'ai compris que mon histoire ne m'appartenait pas. J'avais reçu un immense cadeau, ce trésor de la foi, comment pouvais-je le garder pour moi ? « Tout ce qui n'est pas donné est perdu », disait le jésuite Pierre Ceyrac.

Alexia Vidot

Puis j'ai compris que mon histoire ne m'appartenait pas. J'avais reçu un immense cadeau, ce trésor de la foi, comment pouvais-je le garder pour moi ? « Tout ce qui n'est pas donné est perdu », disait le jésuite Pierre Ceyrac. La responsabilité de tout chrétien, et a fortiori du converti, est de témoigner de ce Dieu qui le fait vivre. La mission est dans son ADN. Et cela n'est en rien une atteinte à la laïcité ou du prosélytisme. Il s'agit non seulement d'un droit garanti par la liberté religieuse, mais aussi d'une condition de celle-ci : si tout homme a la liberté de ne pas croire, il l'a aussi de croire. Or, comment pourrait-il croire si personne ne lui annonce l'Évangile ? Voilà pourquoi dans Comme des cœurs brûlants, j'ai décidé d'oser le « je ». Je me mouille en levant un coin du voile. Toutefois, ce n'est pas tant mon histoire personnelle que ce mystère de la conversion en lui-même que j'ai voulu aborder.

Votre conversion a-t-elle comblé un vide dans votre vie ? Avez-vous changé ?

Quand j'ai voulu expliquer ma conversion à ma famille, je me suis appuyée sur cette parole de Benoît XVI qui décrit le phénomène à merveille : « À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » Donc, oui, tout a changé, car j'ai été propulsée dans une nouvelle dimension ! Et, en même temps, je suis restée la même – une version peut-être plus accomplie de moi-même, du moins c'est tout l'enjeu. Car la conversion ne consiste pas à passer d'un camp à l'autre, encore moins d'un camp contre l'autre, mais à retrouver son vrai visage, à revenir à sa singularité radicale. « Ne restons pas ce que nous sommes, mais devenons qui nous étions », écrivait le théologien-poète Grégoire de Nazianze.

J'ai gardé le même caractère. J'étais un peu rebelle, idéaliste, insatisfaite, face à un monde que je jugeais cupide et sans hauteur ni profondeur, mais je n'étais pas du tout dans une recherche spirituelle ni même de sens au moment où j'ai été cueillie. Ces quelques jours dans un monastère devaient simplement être un bon plan pour partir en vacances à la montagne ! Mais lorsque la prieure m'a invitée à écouter mon cœur profond, j'ai entendu gémir un manque, et même une perte, une insatisfaction douloureuse. Après coup, je me suis rendu compte que je vivotais, sans trop penser, sans trop me risquer. Ma conversion m'a donné la volonté de ne plus vivre au seuil de moi-même et de la vie, de ne plus survivre collée au sol et à ses contingences. Elle m'a donné l'impulsion de mener ma propre quête, de me lancer dans cette aventure de la liberté où le but est d'avancer, pas à pas, dans une connaissance de soi toujours plus fine jusqu'à trouver son point de vérité ultime.

En demandant le baptême à 20 ans, je n'ai pas signé au bas d'une longue liste de préceptes et d'interdits, de dogmes et de principes, je n'ai pas adhéré à des valeurs ni adopté une sagesse. J'ai simplement choisi de m'engager dans une relation sérieuse avec cette Personne – Dieu.

Alexia Vidot

Après la « fulgurance » et le « choc » de la conversion, vous témoignez de la « nostalgie » de ce moment et de la difficulté de continuer à tracer un chemin de foi…

Le contrecoup du choc de la rencontre se fait ressentir aujourd'hui encore ! Le christianisme n'est pas la religion d'un livre, encore moins d'une loi, mais d'un Dieu personnel et vivant, d'une présence. En demandant le baptême à 20 ans, je n'ai pas signé au bas d'une longue liste de préceptes et d'interdits, de dogmes et de principes, je n'ai pas adhéré à des valeurs ni adopté une sagesse. J'ai simplement choisi de m'engager dans une relation sérieuse avec cette Personne – Dieu – dont j'étais tombée amoureuse en l'espace de trois jours. Or, dans toute relation, il y a des hauts et des bas, des moments d'intimité plus ou moins grande.

La foi est vraiment comme une relation amoureuse. Tu peux tomber follement amoureuse, mais la suite de l'histoire n'est pas toujours simple. Il faut réussir à transformer la passion en amour vrai. La conversion, c'est le coup de foudre, le point de départ et non d'arrivée d'un chemin d'épines plus que de roses. Tout reste à faire et à construire.

Plusieurs fois, gagnée par le découragement ou par la lassitude, rattrapée par mon vieil homme qui s'était décloué de la croix et reprenait de la vigueur, je me disais comme le prophète Jérémie : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom. » C'est un tiraillement terrible, mais comme Jérémie, je finissais toujours par arriver à ce constat : « C'était en mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os. Je m'épuisais à le contenir, mais je n'ai pas pu » (Jr 20,9).

Notre monde est tellement satisfait de lui-même, fier de ses conquêtes techniques, scientifiques et technologiques, imbu de son pouvoir, de ses richesses, de ses prouesses, qu'il voudrait dispenser l'homme d'affronter les interrogations les plus profondes.

Alexia Vidot

Comment peut-on vivre comme chrétien aujourd'hui, dans la société qui est la nôtre ?

Dès 1947, Bernanos accusait la civilisation moderne d'être une « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Notre monde est tellement satisfait de lui-même, fier de ses conquêtes techniques, scientifiques et technologiques, imbu de son pouvoir, de ses richesses, de ses prouesses, qu'il voudrait dispenser l'homme d'affronter les interrogations les plus profondes.

La foi chrétienne n'est pas une aventure solitaire. Nous ne pouvons comprendre la mécanique à l'œuvre dans l'âme du converti si nous restons prisonniers d'une conception individualiste de la personne. L'incroyant des Grands Cimetières sous la lune de Bernanos dit ceci : « Il est vain de vous prévaloir des mérites de vos saints puisque vous n'êtes d'abord que les intendants de ces biens. Nous entendons souvent les meilleurs d'entre vous proclamer avec fierté qu'ils ne doivent rien à personne. De telles paroles n'ont absolument aucun sens dans votre bouche, car vous devez littéralement à tout le monde, à chacun de nous, à moi-même. »

La vie chrétienne – la vie tout court – est une aventure qui nous lie à tous les hommes. Sur cette Terre comme au Ciel, nous sommes tous liés par une communauté de destin. Le moindre acte bon à des répercussions infinies. Et les « extravagances », les « prodigieuses libertés » de l'Esprit saint – selon les expressions de Bernanos – passent aussi à travers ceux qui ne sont pas chrétiens.

Qu'espérez-vous de ce livre ?

Dans une France déchristianisée, sécularisée, désenchantée, voire désespérée, je veux montrer que personne ne peut se croire à l'abri d'une irruption de Dieu dans sa vie. Dieu est vivant, et il continue de parcourir les routes de ce monde, de se manifester dans tous les milieux, et dans toutes les situations, même les plus désespérées. Il ne cesse jamais l'œuvre de ses mains, et rien ne l'arrête.

Je veux montrer que tout homme peut trouver cette lumière, cette joie, ce feu d'amour s'il se laisse saisir par Dieu.

Alexia Vidot

Que ce soit à travers l'exemple de Sergei Kourdakov, l'agent du KGB et persécuteur des religiozniki, qui devient martyr chrétien ; d'Alex Rzewuski, l'aristocrate russo-polonais devenu prêtre dominicain ; de la journaliste américaine Dorothy Day qui a connu une vie de bohème, le divorce et l'avortement avant de fonder le mouvement Catholic Worker ; je veux montrer que tout homme peut trouver cette lumière, cette joie, ce feu d'amour s'il se laisse saisir par Dieu.

J'espère que des non croyants liront ce livre, et pourront y puiser une obole de lumière et d'espérance. Quant aux catholiques endormis, quant à ceux qui pensent être passés du bon côté de la barrière, puissent-ils entendre à nouveau cette voix intérieure qui crie jusqu'à leur dernier souffle : « Aujourd'hui, convertis-toi ! » Car rien n'est plus mensonger, ni plus dangereux, que la satisfaction, que cette tiédeur spirituelle qui faisait dire à Péguy : « Il y a bien pire qu'une âme en mauvais état, c'est une âme toute faite. Il y a bien pire qu'une âme même perverse, c'est une âme habituée. »

Comme des cœurs brûlants, L'extraordinaire témoignage des convertis, Alexia Vidot, Artège, 248 p., 17,90€ Artège

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