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Léon XIV : quelle normalité ?

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D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

21 septembre 2026

Léon XIV : quelle normalité ?

La nouvelle selon laquelle Léon XIV a décidé de rétablir le traitement des cardinaux tel qu’il était avant la réduction décidée par le pape François a eu un impact symbolique plus important qu’on ne pourrait l’imaginer.

Pendant la pandémie de COVID-19 et la crise économique, le pape François avait réduit les traitements des cardinaux — ce que l’on appelait communément la « pension des cardinaux » — et cette mesure avait certainement fait grand bruit.

Léon XIV rétablit donc une certaine normalité, et cette décision peut donner lieu à deux interprétations : soit le pape considère que la période d’urgence est terminée et qu’il convient de revenir à la normale ; soit il entend annuler les orientations du pontificat précédent et rétablir les privilèges des cardinaux.

Ces deux lectures, cependant, n’expliquent probablement pas entièrement ce qui se passe aujourd’hui.

Léon XIV n’est pas un homme de changements radicaux et il ne cherche certainement pas à se présenter comme un pape rompant avec ses prédécesseurs, et surtout pas avec son prédécesseur immédiat, François.

Il se révèle toutefois être un pape pragmatique, qui entend « ajuster » certaines mesures.

François, en effet, ne s’était pas contenté de réduire les traitements des cardinaux. Il avait également ordonné à tous de payer un loyer correspondant aux prix du marché pour les appartements qui leur étaient attribués en raison de leur fonction, manifestant ainsi sa volonté de supprimer les privilèges des cardinaux et de les rapprocher du peuple, jusque dans leurs conditions de vie.

Bien que ces décisions aient eu un impact médiatique important, elles révélaient aussi la volonté de faire des responsables de l’Église les boucs émissaires de tous les maux.

Le système du Vatican n’a pourtant pas été conçu pour enrichir les uns ou distribuer des privilèges. Il a été mis en place afin de permettre à tous ceux qui travaillent au Vatican de mener une vie digne. Les salaires du Vatican ne sont pas particulièrement élevés, et celui des cardinaux ne l’est pas davantage.

Il s’élève à environ 5 000 euros par mois, mais cette somme comprend les frais de logement, la rémunération des personnes qui les aident à entretenir leur maison ainsi que les frais de déplacement officiels. Il s’agit, en somme, d’une sorte d’indemnité forfaitaire, et celle-ci n’est pas particulièrement élevée compte tenu de la fonction exercée par chaque cardinal.

Le Vatican dispose d’un important patrimoine immobilier constitué au fil des années, principalement géré par l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) ou par le Dicastère pour l’Évangélisation, mais certains biens appartiennent également, par exemple, à la Maison pontificale.

Ce patrimoine immobilier a été utilisé pour générer des revenus et pour être donné en location. Il a également été mis à la disposition des employés du Vatican à des loyers généralement inférieurs aux prix du marché. Cela permettait à des employés disposant de revenus modestes — même s’ils étaient exonérés d’impôts — de bénéficier d’un logement décent.

Lorsqu’un prélat était appelé à Rome, un appartement de fonction lui était attribué gratuitement en raison de sa charge. Cela lui permettait de ne pas avoir à supporter des dépenses supplémentaires liées à une mission qu’il n’avait pas lui-même sollicitée, mais qui lui avait été confiée.

Le système économique du Vatican est conçu pour permettre à chacun de vivre dignement. Le supermarché du Vatican, par exemple, avait été créé afin d’offrir aux employés un lieu où faire leurs achats à des prix abordables. Le centre commercial du Vatican, installé dans ce qui était autrefois la petite gare de la cité-État, répond au même objectif.

En outre, le Vatican n’impose pas d’impôts.

Les salaires sont donc versés nets, et les stations-service du Vatican bénéficient elles aussi de l’absence des taxes de l’État italien. Seuls les employés du Vatican peuvent cependant profiter de ces avantages ; ceux-ci ne créent donc pas de concurrence déloyale avec l’État italien. Ils offrent en revanche la possibilité de vivre dans de meilleures conditions et donnent davantage de sens à la présence au sein du Vatican.

Sous le pontificat du pape François, ces « facilités » ont progressivement disparu. Le patrimoine immobilier a été davantage orienté vers la recherche de revenus et, dans certains cas, sa gestion a été confiée à des sociétés extérieures. Le supermarché du Vatican, l’Annona, a ainsi été externalisé au profit d’une chaîne italienne de grande distribution.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, François avait cherché à faire face à la crise en réduisant les indemnités des cardinaux, les désignant ainsi, en quelque sorte, comme des responsables à montrer du doigt.

Léon XIV a commencé à inverser cette tendance, en commençant par rétablir les traitements. Il a également supprimé le gel des augmentations liées à l’ancienneté, mesure qui avait elle aussi été introduite sous le pape François.

Mais la question des traitements est liée à un autre élément : les finances du Vatican ne seraient pas dans la situation aussi désastreuse que le laissaient entendre les derniers rapports financiers du pontificat de François.

On parlait de 200 millions d’euros de dettes, alors que le déficit serait en réalité de 70 millions d’euros. Léon XIV a par ailleurs écarté la demande du pape François de ne réaliser les investissements que par l’intermédiaire de l’IOR — l’Institut pour les œuvres de religion, la « banque du Vatican » — et il a supprimé la Commission des dons créée par François, ne serait-ce que parce que le Saint-Siège dispose déjà de dicastères chargés de recueillir les dons.

Ce retour à la normalité ne s’accompagne toutefois que de petits ajustements et non d’un changement de structure générale. Le Saint-Siège continue de recourir à l’externalisation. Ainsi, le Gouvernorat a confié à Consip la gestion des appels d’offres. L’APSA continue de chercher à accumuler des actifs immobiliers et, surtout, Léon XIV a décidé de ne pas modifier la politique économique, en laissant le cardinal Reinhard Marx à la tête du Conseil pour l’économie pour un troisième mandat.

En résumé, Léon n’a lancé aucune révolution et il est probable qu’il n’en lancera pas.

Il s’est simplement livré à un ajustement pragmatique, qui indique également au monde qu’en réalité le système du Vatican n’est pas mauvais et qu’il doit être défendu et soutenu, malgré les faiblesses humaines qui existent toujours. Les règles, en effet, n’éliminent jamais totalement la possibilité de corruption.

Léon XIV envoie donc des signaux. Il procède à de petits ajustements, mais il n’a pas encore défini une orientation véritablement précise et définitive ; il n’a probablement pas non plus encore pleinement compris tous les rouages du Saint-Siège et de son administration.

Léon XIV n’a pas encore constitué sa propre équipe. Il est peu probable qu’il remplace des personnes qui, de toute façon, ne sont pas arrivées au terme de leur mandat. Léon a servi pendant deux ans au sein de la Curie et a bénéficié de la courtoisie personnelle de chacun. Il est difficile de destituer quelqu’un qui s’est toujours comporté correctement, du moins dans les relations personnelles.

Ses choix pourraient également signifier que le pape demande à tous ceux qui ont participé à l’époque de François d’assumer leurs responsabilités, de rembourser certaines dettes ou de corriger les erreurs commises sous l’administration précédente.

En réalité, il n’y aura pas de véritable retour à la « normalité » — du moins si l’on entend par normalité un retour à la situation qui prévalait avant François. Léon n’interrompra pas non plus un processus déjà engagé, qu’il s’agisse des réformes financières évoquées plus haut ou de la réforme synodale, dont tout le monde parle constamment.

Léon XIV se contentera d’ajuster son orientation, de dépasser certains choix populistes et de chercher à construire l’unité de l’Église.

Ce ne sera pas facile.

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