Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Economie

  • Léon XIV : quelle normalité ?

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    21 septembre 2026

    Léon XIV : quelle normalité ?

    La nouvelle selon laquelle Léon XIV a décidé de rétablir le traitement des cardinaux tel qu’il était avant la réduction décidée par le pape François a eu un impact symbolique plus important qu’on ne pourrait l’imaginer.

    Pendant la pandémie de COVID-19 et la crise économique, le pape François avait réduit les traitements des cardinaux — ce que l’on appelait communément la « pension des cardinaux » — et cette mesure avait certainement fait grand bruit.

    Léon XIV rétablit donc une certaine normalité, et cette décision peut donner lieu à deux interprétations : soit le pape considère que la période d’urgence est terminée et qu’il convient de revenir à la normale ; soit il entend annuler les orientations du pontificat précédent et rétablir les privilèges des cardinaux.

    Ces deux lectures, cependant, n’expliquent probablement pas entièrement ce qui se passe aujourd’hui.

    Léon XIV n’est pas un homme de changements radicaux et il ne cherche certainement pas à se présenter comme un pape rompant avec ses prédécesseurs, et surtout pas avec son prédécesseur immédiat, François.

    Il se révèle toutefois être un pape pragmatique, qui entend « ajuster » certaines mesures.

    François, en effet, ne s’était pas contenté de réduire les traitements des cardinaux. Il avait également ordonné à tous de payer un loyer correspondant aux prix du marché pour les appartements qui leur étaient attribués en raison de leur fonction, manifestant ainsi sa volonté de supprimer les privilèges des cardinaux et de les rapprocher du peuple, jusque dans leurs conditions de vie.

    Bien que ces décisions aient eu un impact médiatique important, elles révélaient aussi la volonté de faire des responsables de l’Église les boucs émissaires de tous les maux.

    Le système du Vatican n’a pourtant pas été conçu pour enrichir les uns ou distribuer des privilèges. Il a été mis en place afin de permettre à tous ceux qui travaillent au Vatican de mener une vie digne. Les salaires du Vatican ne sont pas particulièrement élevés, et celui des cardinaux ne l’est pas davantage.

    Il s’élève à environ 5 000 euros par mois, mais cette somme comprend les frais de logement, la rémunération des personnes qui les aident à entretenir leur maison ainsi que les frais de déplacement officiels. Il s’agit, en somme, d’une sorte d’indemnité forfaitaire, et celle-ci n’est pas particulièrement élevée compte tenu de la fonction exercée par chaque cardinal.

    Le Vatican dispose d’un important patrimoine immobilier constitué au fil des années, principalement géré par l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) ou par le Dicastère pour l’Évangélisation, mais certains biens appartiennent également, par exemple, à la Maison pontificale.

    Ce patrimoine immobilier a été utilisé pour générer des revenus et pour être donné en location. Il a également été mis à la disposition des employés du Vatican à des loyers généralement inférieurs aux prix du marché. Cela permettait à des employés disposant de revenus modestes — même s’ils étaient exonérés d’impôts — de bénéficier d’un logement décent.

    Lorsqu’un prélat était appelé à Rome, un appartement de fonction lui était attribué gratuitement en raison de sa charge. Cela lui permettait de ne pas avoir à supporter des dépenses supplémentaires liées à une mission qu’il n’avait pas lui-même sollicitée, mais qui lui avait été confiée.

    Le système économique du Vatican est conçu pour permettre à chacun de vivre dignement. Le supermarché du Vatican, par exemple, avait été créé afin d’offrir aux employés un lieu où faire leurs achats à des prix abordables. Le centre commercial du Vatican, installé dans ce qui était autrefois la petite gare de la cité-État, répond au même objectif.

    En outre, le Vatican n’impose pas d’impôts.

    Les salaires sont donc versés nets, et les stations-service du Vatican bénéficient elles aussi de l’absence des taxes de l’État italien. Seuls les employés du Vatican peuvent cependant profiter de ces avantages ; ceux-ci ne créent donc pas de concurrence déloyale avec l’État italien. Ils offrent en revanche la possibilité de vivre dans de meilleures conditions et donnent davantage de sens à la présence au sein du Vatican.

    Sous le pontificat du pape François, ces « facilités » ont progressivement disparu. Le patrimoine immobilier a été davantage orienté vers la recherche de revenus et, dans certains cas, sa gestion a été confiée à des sociétés extérieures. Le supermarché du Vatican, l’Annona, a ainsi été externalisé au profit d’une chaîne italienne de grande distribution.

    Enfin, et ce n’est pas le moins important, François avait cherché à faire face à la crise en réduisant les indemnités des cardinaux, les désignant ainsi, en quelque sorte, comme des responsables à montrer du doigt.

    Léon XIV a commencé à inverser cette tendance, en commençant par rétablir les traitements. Il a également supprimé le gel des augmentations liées à l’ancienneté, mesure qui avait elle aussi été introduite sous le pape François.

    Mais la question des traitements est liée à un autre élément : les finances du Vatican ne seraient pas dans la situation aussi désastreuse que le laissaient entendre les derniers rapports financiers du pontificat de François.

    On parlait de 200 millions d’euros de dettes, alors que le déficit serait en réalité de 70 millions d’euros. Léon XIV a par ailleurs écarté la demande du pape François de ne réaliser les investissements que par l’intermédiaire de l’IOR — l’Institut pour les œuvres de religion, la « banque du Vatican » — et il a supprimé la Commission des dons créée par François, ne serait-ce que parce que le Saint-Siège dispose déjà de dicastères chargés de recueillir les dons.

    Ce retour à la normalité ne s’accompagne toutefois que de petits ajustements et non d’un changement de structure générale. Le Saint-Siège continue de recourir à l’externalisation. Ainsi, le Gouvernorat a confié à Consip la gestion des appels d’offres. L’APSA continue de chercher à accumuler des actifs immobiliers et, surtout, Léon XIV a décidé de ne pas modifier la politique économique, en laissant le cardinal Reinhard Marx à la tête du Conseil pour l’économie pour un troisième mandat.

    En résumé, Léon n’a lancé aucune révolution et il est probable qu’il n’en lancera pas.

    Il s’est simplement livré à un ajustement pragmatique, qui indique également au monde qu’en réalité le système du Vatican n’est pas mauvais et qu’il doit être défendu et soutenu, malgré les faiblesses humaines qui existent toujours. Les règles, en effet, n’éliminent jamais totalement la possibilité de corruption.

    Léon XIV envoie donc des signaux. Il procède à de petits ajustements, mais il n’a pas encore défini une orientation véritablement précise et définitive ; il n’a probablement pas non plus encore pleinement compris tous les rouages du Saint-Siège et de son administration.

    Léon XIV n’a pas encore constitué sa propre équipe. Il est peu probable qu’il remplace des personnes qui, de toute façon, ne sont pas arrivées au terme de leur mandat. Léon a servi pendant deux ans au sein de la Curie et a bénéficié de la courtoisie personnelle de chacun. Il est difficile de destituer quelqu’un qui s’est toujours comporté correctement, du moins dans les relations personnelles.

    Ses choix pourraient également signifier que le pape demande à tous ceux qui ont participé à l’époque de François d’assumer leurs responsabilités, de rembourser certaines dettes ou de corriger les erreurs commises sous l’administration précédente.

    En réalité, il n’y aura pas de véritable retour à la « normalité » — du moins si l’on entend par normalité un retour à la situation qui prévalait avant François. Léon n’interrompra pas non plus un processus déjà engagé, qu’il s’agisse des réformes financières évoquées plus haut ou de la réforme synodale, dont tout le monde parle constamment.

    Léon XIV se contentera d’ajuster son orientation, de dépasser certains choix populistes et de chercher à construire l’unité de l’Église.

    Ce ne sera pas facile.

  • Pourquoi, soudain, tout le monde a peur de l’intelligence artificielle

    IMPRIMER

    De Daniele Ciacci sur la NBQ :

    Pourquoi, soudain, tout le monde a peur de l’intelligence artificielle

    Pourquoi, tout à coup, tout le monde a-t-il peur des dangers de l’intelligence artificielle ? Pourquoi maintenant ? Derrière la nouvelle campagne de presse, née de quelques témoignages clés, se cachent d’autres intérêts, économiques et politiques. Et à la racine se trouve l’idéologie de l’Altruisme Efficace qui vise le risque zéro.

    16_09_2026

    Comme nous l’avons déjà évoqué ici sur la Nuova Bussola Quotidiana, Jacob Coxon, ingénieur qui vient de démissionner d’Anthropic, a écrit clairement sur X que quiconque développe l’intelligence artificielle a dans le cœur le doute que celle-ci pourrait nous exterminer « d’ici la fin de la décennie ». Evan Hubinger, également d’Anthropic, a confirmé une probabilité supérieure à 10 %. De là est, à juste titre, parti le tour médiatique, avec des titres de fin du monde partout, une nouvelle Guerre des mondes de Wells mais avec un ennemi local, alarme extinction imminente, et encore l’humanité à être bourreau d’elle-même (les algorithmes ne se sont pas faits tout seuls). Le livre d’Eliezer Yudkowsky et Nate Soares, If Anyone Builds It, Everyone Dies, sorti en septembre 2025, est entré dans le classement des livres les plus lus du New York Times avec une thèse assez linéaire sur la correspondance entre la création d’une superintelligence et la mort de l’humanité.

    Les voix ne sont pourtant pas des bavardages de café, mais viennent d’exponents du secteur, et cela ne peut pas ne pas peser. Cela fait cependant tordre le nez une vague aussi compacte et opportune. L’IA pose bien des risques réels, mais peut-être différents de la façon dont on les entend, et derrière ce catastrophisme on entrevoit au moins trois intérêts concrets et une idéologie d’ensemble qui en fait le cadre.

    Déjà en mai 2023, devant le Sénat américain, Sam Altman a demandé explicitement une nouvelle agence fédérale avec des pouvoirs de licence sur l’IA. Le sénateur Peter Welch et le témoin Gary Marcus ont immédiatement averti du risque de ce que l’on a appelé regulatory capture, qui consiste à établir des seuils de calcul et des exigences de sécurité calibrés sur des entreprises disposant de milliards de dollars, excluant de fait les concurrents plus petits et les producteurs open source, consolidant ainsi le duopole Microsoft / OpenAI. David Sacks, ancien responsable IA de la Maison Blanche, a déclaré sans crainte de démenti qu’Anthropic mènerait une technique stratégique de regulatory capture en s’appuyant sur l’alarmisme apocalyptique.

    Il y a ensuite le classique mantra du « pourvu qu’on en parle » si cher au monde de la publicité. Meredith Whittaker, présidente de Signal, a dit que les « narratifs sur le risque existentiel sont de fait de la publicité pour une technologie que seules quelques entreprises possèdent aujourd’hui ». Le journaliste Brian Merchant observe que déclarer un produit si puissant qu’il pourrait finir le monde signifie en déclarer une puissance démesurée : c’est une autre forme de marketing.

    L’AIpocalypse déplace le centre de l’attention sur un danger probable et non imminent, hors du débat public sur les vrais problèmes que l’IA devrait aujourd’hui mettre sous la loupe du débat public. Pendant que l’on discute d’extinction d’ici 2030, restent en marge des thèmes d’importance sociale comme les biais algorithmiques, la surveillance pervasive des données personnelles, l’exploitation du travail créatif derrière l’étiquetage des modèles, la consommation hydrique et énergétique des data centers. Ce sont des dommages mesurables, présents, non des hypothèses futuribles de roman de science-fiction. Concentrer l’attention collective sur un scénario apocalyptique et indéfini a le mérite, pour ceux qui l’alimentent, de reporter à un avenir lointain les comptes que nous devrions faire dans nos poches aujourd’hui.

    Il y a aussi une raison géopolitique derrière la course à la peur. Dario Amodei, à la CBS, a dit qu’à la base de la course vers l’Intelligence Artificielle Générative se trouve la peur face au développement parallèle chinois dans le même domaine. Trump a été tranchant en affirmant que celui qui gagne la course à l’IA gagne tout. Un rapport du FBI du 8 septembre accuse les laboratoires chinois d’avoir « distillé » des milliards de tokens des modèles américains pour combler le retard, réduit aujourd’hui à seulement 2,7 % selon Stanford. Celui qui demande de ralentir demande, en même temps, d’arrêter la Chine. La peur de l’extinction devrait voyager sur les rails de la course aux armements et de l’IA à usage militaire.

    Plus que de parler d’un véritable complot, il faut ici parler d’intérêts convergents. Il n’est pas besoin d’un dessein coordonné lorsque tout le monde mange à la même table. Il y a cependant une idéologie collective qui fait office de ciment, celle de l’Altruisme Efficace, qui imprègne aujourd’hui les laboratoires et les non-profit qui dictent l’agenda de la sécurité IA. Le mécanisme est très simple : si l’extinction est un résultat possible, toute mesure politique monopolistique devient modérée si l’objectif est de l’éviter. Demander une licence fédérale n’est plus une prévarication du marché mais de la prudence. Lancer l’alarme mondiale est un devoir moral, non une stratégie de marketing. Ignorer les dommages que l’intelligence artificielle crée aujourd’hui n’est pas de la négligence, mais c’est remettre les justes priorités par rapport au risque maximal de la mort de notre planète. En pratique, un cercle restreint revendique une vision correcte et privilégiée de l’avenir – une sorte de nouveau soviet – tandis que les postérités, au nom desquelles on parle, ne peuvent contester quoi que ce soit.

  • Léon a-t-il découvert une valeur cachée en revenant sur les politiques financières de François ?

    IMPRIMER

    D'Ed. Condon sur le Pillar :

    Léon a-t-il découvert une valeur cachée en revenant sur les politiques financières de François ?

    Qu’a le pape que n’avait pas son prédécesseur : de nouvelles informations, des résultats en amélioration, ou simplement une attitude différente ?

    14 septembre 2026

    Le pape Léon XIV a abrogé lundi l’une des politiques financières emblématiques du pape François, en revenant sur une série de baisses et de gels de salaires décidés en 2021 pour les hauts responsables du Vatican, y compris les cardinaux résidant à Rome.

    Dans un motu proprio daté du 1er septembre mais publié par le bureau de presse du Vatican le 14 septembre, Léon écrit que « Ces mesures de maîtrise des salaires adoptées par mon Prédécesseur [...] qui étaient aussi nécessaires pour faire face au défi exceptionnel de la pandémie [...] peuvent désormais être surmontées, dans la certitude que les institutions du Saint-Siège et de l’État de la Cité du Vatican continueront, par divers instruments, à s’engager pour garantir la viabilité économique. »

    Cette décision du pape, qui fait également référence à un précédent retour sur une autre mesure d’austérité de l’ère François (l’augmentation des loyers résidentiels dans la Cité du Vatican), constitue le dernier signal provenant du Palais apostolique : Léon se sent de plus en plus à l’aise avec la situation financière du Saint-Siège et confiant dans sa viabilité.

    Il s’agit d’un changement remarquable, tant dans la politique que dans l’état d’esprit, entre les deux papes.

    Les dernières années du pontificat de François avaient été marquées par des mises en garde de plus en plus alarmantes du pape sur l’état des finances du Vatican, ainsi que par de constants bouleversements de politique. En revanche, la première année et demie du pontificat léonin a représenté une libéralisation effective de la politique financière curiale et une manière nettement plus optimiste d’évoquer la santé financière du Saint-Siège.

    Mais, avec seulement des informations partielles sur l’état actuel des finances du Vatican, la question reste ouverte : ce changement résulte-t-il de nouvelles informations, de résultats en amélioration, ou simplement d’un changement d’attitude ?

    —

    L’annonce faite lundi par le Saint-Siège selon laquelle le pape Léon a annulé la baisse et le gel des salaires de 2021 pour les cardinaux de la Curie et les hauts responsables comporte deux contextualisations importantes.

    La première relie les baisses de salaires de 2021 aux retombées de la pandémie de coronavirus et au choc économique mondial qu’elle a déclenché. Mais il convient de noter que le motu proprio de Léon de ce mois-ci introduit un qualificatif en suspens — et avec lui une certaine ambiguïté. Le pape écrit que les baisses de 2021 étaient « aussi nécessaires » en raison du COVID-19. Mais il n’explique pas les conditions auxquelles se référait ce « aussi ».

    S’il est raisonnable et compréhensible que le Vatican, comme n’importe où ailleurs, tourne la page des mesures extraordinaires adoptées au lendemain de la pandémie il y a cinq ans, il faut rappeler que François lui-même avait déclaré à l’époque que la mesure était d’abord et avant tout motivée par « le déficit qui a caractérisé la gestion économique du Saint-Siège pendant plusieurs années » et « pour assurer la viabilité et l’équilibre entre recettes et dépenses dans la gestion économique et financière actuelle ».

    Selon le dernier état budgétaire publié par le Vatican, en novembre de l’année dernière, le déficit structurel du budget curial a presque été divisé par deux entre 2023 et 2024, passant de 83,5 millions d’euros à moins de 44,5 millions. Les dons extérieurs, la performance des investissements financiers et la génération de revenus opérationnels étaient tous en hausse sur la même période.

    Lire la suite

  • Bon pour l'âme (et la terre) : l'abbaye de Boulaur en France propose une recette originale pour le renouveau monastique

    IMPRIMER

    De Solène Tadié sur le NCR :

    Bon pour l'âme (et la terre) : l'abbaye de Boulaur en France propose une recette originale pour le renouveau monastique

    Après avoir lancé un projet agricole ambitieux qui privilégie à la fois la santé des sols et celle de l'âme, ces religieuses cisterciennes attirent des personnes de tous horizons vers un lieu de rencontre – inspiré par la nature – entre le cloître et le monde extérieur.

    Cette communauté de moniales cisterciennes du Gers, dans le sud-ouest de la France, puise son inspiration dans la nature.
    Cette communauté de moniales cisterciennes du Gers, dans le sud-ouest de la France, puise son inspiration dans la nature. (photo : Solène Tadié)

    Dans la nature, le périmètre d'une forêt ne s'interrompt pas brutalement, comme s'il était coupé par un trottoir ou un mur. Il s'éclaircit progressivement, s'ouvre et laisse pénétrer davantage de lumière jusqu'à atteindre une clairière, où se produit un phénomène inattendu. Cette zone de transition devient elle-même plus riche en végétation que la forêt ou le champ qu'elle borde. Il en va de même à l'embouchure d'une rivière ou à l'endroit où un récif corallien cède la place à la pleine mer. Les écologues appellent ces zones intermédiaires des « écotones ». Paradoxalement, ce sont parmi les milieux les plus densément peuplés du monde naturel et, dans des conditions favorables, ils peuvent contribuer au repeuplement des écosystèmes situés de part et d'autre.

    C’est ce concept inspiré par la nature qu’une communauté de moniales cisterciennes du Gers, dans le sud-ouest de la France, a choisi pour décrire sa vocation. Elle offre ainsi un exemple frappant de la manière dont cette réalité biologique peut se traduire dans la vie humaine et spirituelle.

    Abbaye de Boulaur
    La ferme de l'abbaye de Boulaur est devenue un véritable phénomène régional. (Photo : Solène Tadié)

    Bien que son histoire remonte à plusieurs siècles, la communauté de l'abbaye de Boulaur a commencé à attirer l'attention internationale en 2020, lorsqu'elle s'est lancée dans le projet ambitieux de reconstruire une grange cistercienne — une ferme monastique autosuffisante sur le modèle de celles qui parsemaient l'Europe d'entreprises florissantes à l'apogée de l'expansion médiévale de l'ordre cistercien.

    Depuis, la ferme est devenue une sorte de phénomène régional, attirant l'attention de chercheurs en nutrition, une vague de jeunes stagiaires en agriculture et en artisanat, et une petite armée d'artisans locaux qui comptent désormais autant sur elle qu'elle compte sur eux.

    Lire la suite

  • Léon XIV, un procrastinateur ?

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, un procrastinateur ?

    17 août 2026

    Parmi les nouvelles nominations au Conseil pour l’économie figurent deux jeunes femmes d’une trentaine d’années au parcours impressionnant : Gisela Liechtenstein et Elena Wettstein Principato. Toutes deux ont suscité une curiosité considérable. Elles ont même fait la une des journaux. L’attention qu’elles ont suscitée est essentiellement du même ordre que celle qui s’était manifestée en 2021, lorsque le pape François avait remanié le ministère des Finances du Vatican et y avait intégré une solide majorité de femmes.

    À l’époque comme aujourd’hui, la composition de l’organe économique du Vatican présente bien d’autres aspects dignes d’intérêt.

    Le Conseil pour l’économie est un organe composé de huit cardinaux et de sept membres laïcs. Il ressemble quelque peu au Conseil des Quinze – le « Conseil pour l’étude des questions économiques et organisationnelles du Saint-Siège » – qui a cessé d’exister lorsque François a créé le Conseil des cardinaux en 2014.

    Le Conseil pour l’économie a également repris certaines fonctions qui relevaient autrefois de la Préfecture pour les affaires économiques, laquelle était devenue sous Benoît XVI une sorte de « ministère des Finances » moderne.

    Ce n'est pas le moment de se pencher en détail sur la manière dont l'économie du Vatican a été réorganisée sous le pontificat du pape François. Il convient toutefois de noter deux choses : premièrement, l’économie du Saint-Siège a adopté une approche plus « technocratique » sous le dernier pape, s’appuyant davantage sur le professionnalisme et les compétences financières de ses dirigeants extérieurs au Vatican que sur l’expertise interne ; deuxièmement, ce changement a, d’une certaine manière, conduit à la perte – ou du moins à l’affaiblissement – du sentiment de souveraineté diplomatique du Saint-Siège.

    Si l’économie du Saint-Siège est traitée comme celle d’une entreprise, c’est le concept même d’État qui est menacé.

    Cette approche a également eu des répercussions sur la grande réforme économique du Vatican, a entraîné des conséquences difficiles à maîtriser (à savoir le procès Becciu) et nécessite désormais un rééquilibrage qui semble encore loin d’être atteint.

    C’est là que l’on constate que Léon XIV semble marquer le pas.

    Dès le départ, la priorité de Léon était, à juste titre, de maîtriser certains défis budgétaires majeurs. Si l’on examine les derniers rapports annuels de l’Institut pour les Œuvres de la Religion, de l’Administration du Patrimoine du Siège apostolique et du Denier de Saint-Pierre, on constate les efforts considérables déployés pour surmonter les prévisions pessimistes et redynamiser le secteur économique du Vatican, grâce à certaines décisions douloureuses qui ont, en effet, allégé une partie du fardeau du Saint-Siège.

    En résumé, une opération d’assainissement financier s’imposait, qui devait être suivie d’un véritable renouvellement générationnel qui, non seulement n’a pas eu lieu, mais a été reporté au niveau institutionnel.

    Le Conseil pour l’économie en est la preuve.

    Léon a confirmé l’archevêque émérite de Munich et de Freising, le cardinal Reinhard Marx, à la tête du Conseil, pour un troisième mandat exceptionnel de cinq ans. Je dis « exceptionnel » car, selon la constitution apostolique *Praedicate Evangelium* promulguée par le pape François, les postes de haut niveau ne peuvent être renouvelés qu’une seule fois.  Néanmoins, Léon XIV préfère maintenir Marx à son poste.

    Ainsi, les cardinaux suivants quittent le groupe des membres : Napier, âgé de plus de 80 ans ; Arborelius, qui prendra bientôt sa retraite ; Petrocchi, qui est également président de l’IOR et pourrait se trouver confronté à une certaine « incompatibilité » entre ces deux fonctions, ne serait-ce que parce que l’IOR est une autre institution financière ; et Erdö, dont l’état de santé ne lui permet pas de cumuler les fonctions.

    Ceux qui y entrent, en revanche, sont des cardinaux nés et formés sous l’égide du pape François : Grzegorz Ryś, archevêque de Cracovie (Pologne) ; Ladislav Nemet, SVD, archevêque de Belgrade (Serbie) ; Jean-Paul Vesco, OP, archevêque d’Alger (Algérie) ; Roberto Repole, archevêque de Turin et évêque de Suse (Italie).

    Aucun de ces noms ne peut être considéré comme marquant une rupture avec le pontificat précédent et ses choix, et aucune des personnes qui les portent ne peut orienter l’économie du Vatican vers une réforme (ni même l’éloigner de manière significative de la trajectoire suivie sous le pape François).

    Le cardinal Lacroix, le cardinal Tobin et le cardinal brésilien Odilo Pedro Scherer figurent toujours parmi les membres. Lorsque le pape François avait nommé Scherer, nombreux étaient ceux qui avaient été surpris par l’arrivée d’un membre de la « vieille garde » au sein du Conseil. Léon XIV a confirmé ce choix.

    Parmi les membres laïcs, il convient de noter la nomination de Paolo Nusiner, actuellement directeur général de la Direction des affaires générales du Dicastère pour la communication. L’appartenance au Conseil et celle à un dicastère ne sont pas en soi incompatibles, mais cette nomination laisse présager un remaniement majeur au sein du Dicastère pour l’économie dès que Montse Alvarado prendra ses fonctions de préfète au Dicastère pour la communication.

    En ce qui concerne les membres laïcs, Léon XIV affiche un nouvel équilibre des pouvoirs et une nouvelle répartition géographique.

    Les deux membres espagnols (Maria Concepción Oscar Garaicoechea et Eva Castillo Sanz) quittent le Conseil, tout comme l’une des membres anglaises (Ruth Mary Kelly) et l’une des membres allemandes (Marija Kolak). Un Français (Denis Duverne) et deux Italiens (Nusiner et Wettstein Principato) font leur entrée, ce qui montre que le pape cherche à établir un nouvel équilibre au sein du Conseil.

    Que révèlent essentiellement ces nominations ?

    Tout d’abord, Léon XIV fait preuve de temporisation et s’appuie sur la « vieille garde » du pape François. Il n’a aucun préjugé idéologique à leur égard, ni à l’égard de leur travail, même lorsque celui-ci a été remis en cause. Le pape ne dispose probablement pas encore de tous les dossiers et attend donc avant de prendre une décision définitive.

    Deuxièmement, sur le plan financier, la coalition qui s’était resserrée autour de François a continué à fonctionner même sous Léon XIV. Il suffit de dire qu’après le départ de Jean-Baptiste de Franssu de la présidence de l’IOR, François Pauly, membre du Conseil de surveillance, a été choisi comme président, adhérant pleinement à la ligne de conduite de de Franssu. Au cours des douze années de présidence de de Franssu, l’IOR a connu des résultats financiers mitigés, à l’image de ses notations internationales. Les rapports de Moneyval du Conseil de l’Europe, par exemple, présentaient des aspects positifs et négatifs. Cependant, l’IOR s’est forgé un discours solide qui s’est poursuivi sous la nouvelle présidence, imputant tous ses échecs à l’administration précédente.

    Mais s’agit-il vraiment d’une voie qui portera ses fruits ?

    Troisièmement, Léon XIV semble avoir d’autres priorités que l’organisation financière. En effet, même l’Autorité d’information et de surveillance financières a été de fait démantelée, perdant sa fonction initiale pour devenir un simple service de la Curie, et le pape a approuvé cette décision.

    Au final, ceux qui s’attendaient à un renforcement institutionnel rapide du Saint-Siège ont été déçus. Léon XIV corrige certains excès du pape François, et le dernier de ces ajustements concerne la loi fondamentale de l’État de la Cité du Vatican, où la référence au munus petrinum légitimant le pouvoir du pape en tant que chef de ce petit État-ville a été supprimée. Mais dans le même temps, il n’a pas encore pris de décisions institutionnelles majeures et, dans certaines situations, il se contente d’assurer la continuité, sans faire de choix difficiles.

    Dans d’autres, il a entamé une petite révolution, mais il reste à voir quelles sont réellement ses priorités.

    La gouvernance est aujourd’hui un sujet brûlant concernant le pontificat de Léon XIV. Le pape s’écartera-t-il de la voie tracée par le pontificat de François, ou poursuivra-t-il sur cette voie, avec toutes les conséquences que cela implique ?

    Le remaniement du Conseil pour l’économie suggère que le pape maintiendra sa position pour l’instant. Et cela indique en fin de compte que cette décision pourrait également s’appliquer à d’autres domaines. En effet, cela s’est déjà produit, si l’on considère la nomination de la préfète et du pro-préfet du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral (Sœur Alessandra Smerilli, ancienne secrétaire, et le cardinal Fabio Baggio, ancien sous-secrétaire).

    Non, Léon XIV n’est pas François II, et pourtant il continue de s’appuyer sur les hommes de François. Il ne pourra pas ignorer indéfiniment les réformes de son prédécesseur, mais on peut légitimement se demander s’il sera capable de s’y attaquer tant que les hommes de ce dernier resteront en place.

    On se demande de plus en plus s’il a l’intention de le faire – et, le cas échéant, quand.

  • L'offensive chinoise à l'exportation transforme l'Europe en décharge

    IMPRIMER

    De Marco Respinti sur Bitter Winter :

    L'offensive chinoise à l'exportation transforme l'Europe en décharge.

    5 août 2026

    Un déséquilibre commercial abyssal, la manipulation des devises et des subventions massives révèlent comment Pékin contourne les règles internationales tout en ignorant les préoccupations européennes en matière d'équité, de sécurité et de droits de l'homme.

    Un déséquilibre de plus en plus intolérable. Généré par l'IA.
    Un déséquilibre de plus en plus intolérable. Généré par l'IA.

    Les violations des droits de l'homme et les violations des règles commerciales équitables sont profondément liées, et toutes deux révèlent la nature d'un régime qui bafoue systématiquement le droit international.

    La deuxième édition de la Conférence UE-Chine, qui s'est tenue à Pékin le 12 mai, a offert une plateforme de dialogue constructif et ouvert entre les acteurs de l'Union européenne et de la Chine sur les relations commerciales, permettant de réduire les divergences de points de vue et d'attentes. Le dialogue a été présenté comme la seule voie possible pour garantir des relations commerciales justes et équilibrées entre la Chine et les pays de l'UE.

    Pourtant, face à un déficit commercial de l'UE avec la Chine qui devrait atteindre environ 400 milliards d'euros en 2025, il est apparu clairement lors de la conférence que les relations UE-Chine étaient tendues et que les surmonter, « au-delà du point de non-retour », thème central de la conférence, ne serait pas chose aisée. Au contraire, l'UE et la Chine pourraient bien se diriger vers une guerre commerciale dans les prochains jours.

    Le déficit commercial important de l'UE avec la Chine n'est pas dû à un manque de compétitivité globale de l'UE. Avec le reste du monde, l'excédent commercial global de l'UE s'élevait à 164,6 milliards d'euros en 2025. Alors, où réside le problème avec la Chine ? Dans la politique agressive de croissance tirée par les exportations menée par Pékin. Deux facteurs ont conduit la Chine à adopter cette stratégie : la faiblesse de la demande intérieure, que le gouvernement communiste n'est pas parvenu à relancer, et la protection du marché américain par des droits de douane sur les exportations chinoises. La Chine a désormais trouvé en l'UE un débouché idéal pour ses excédents de production.

    Le Parti communiste chinois ( PCC ), au pouvoir, devra à tout prix accélérer la croissance de la Chine. En l'absence d'élections, la légitimité de son régime repose sur le maintien d'une forte croissance économique. Après avoir atteint des chiffres à deux chiffres à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, le taux de croissance de l'économie chinoise a chuté à moins de 5 % cette année. Le PCC devra donc poursuivre une politique de croissance tirée par les exportations, même si, comme l'a averti la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 13 février, l'excédent commercial chinois de 1 200 milliards de dollars risque de déclencher de nouvelles mesures protectionnistes à l'échelle mondiale.

    En réponse à la chute du dollar au premier semestre 2025, Pékin a également dévalué le renminbi de plus de 8 % par rapport à l'euro. Logiquement, le renminbi aurait dû être réévalué compte tenu de l'excédent commercial considérable et croissant de la Chine. Or, les exportateurs chinois continuent de bénéficier d'un avantage concurrentiel significatif en termes de prix.

    L'Europe risque donc de perdre son industrie au profit de la Chine. C'est le cœur de la zone euro – l'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et l'Autriche – qui subit de plein fouet la concurrence chinoise dans ses secteurs industriels clés : automobile, machines et technologies vertes. La politique industrielle chinoise, caractérisée par d'importantes subventions, a déjà quasiment anéanti l'industrie européenne des panneaux solaires, qui dominait les marchés mondiaux il y a quinze ans. Les producteurs chinois occupent désormais la première place. Le même scénario, amplifié par les politiques industrielles chinoises et la dévaluation de la monnaie, se dessine dans le secteur des voitures électriques et d'autres industries vertes.

    Une guerre commerciale entre l'UE et la Chine est la seule issue probable d'un tel scénario, et les premiers signes de cette éventualité étaient perceptibles lors de la conférence de Pékin du 12 mai. Selon les informations recueillies, des tensions sont apparues lors de cette conférence, où diplomates, fonctionnaires et experts européens et chinois se sont affrontés sur la question de l'aggravation de leurs différends commerciaux. Les intervenants chinois ont été accusés de minimiser les griefs répétés de l'Europe et d'ignorer la dure réalité économique d'une relation commerciale de plus en plus déséquilibrée. Du côté chinois, les orateurs ont, quant à eux, accusé les diplomates européens de « harcèlement » et qualifié les politiques de l'UE de mesures « protectionnistes » visant à se découpler de la Chine.

    Image de la conférence UE-Chine du 12 mai.
    Image de la conférence UE-Chine du 12 mai.

    Alors que les intervenants du côté chinois ont rejeté l'accusation selon laquelle les hommes d'affaires chinois bénéficiaient d'un avantage indu grâce aux subventions et ont fait valoir que les avantages de la Chine découlaient de facteurs de marché tels que la taille du marché, les capacités d'innovation et les coûts de production, l'ambassadeur de l'UE en Chine, Jorge Toledo, a clairement indiqué dans son discours d'ouverture que la relation de l'Europe avec la Chine dépendrait de la manière dont Pékin prendrait au sérieux les préoccupations européennes concernant l'accès au marché, les subventions, les capacités industrielles, les matières premières critiques, la sécurité et les droits de l'homme .

    Le refus des sinophones d'admettre que l'Europe restait tout aussi ouverte aux produits chinois a exaspéré les dirigeants et observateurs européens. Finalement, Jens Eskelund, président de la Chambre de commerce de l'UE en Chine, a résumé la nature des relations commerciales entre la Chine et l'UE : « Ce n'est ni un navire qui coule, ni un partenariat. C'est un porte-conteneurs géant de 400 mètres de long, chargé de 24 000 conteneurs, qui part pour l'Europe et revient presque vide. »

    La Chine parvient à contenir ses importations tout en stimulant ses exportations grâce à trois distorsions concomitantes. Premièrement, la demande intérieure est faible en raison de la chute des prix de l'immobilier. De ce fait, la demande de produits importés est également faible. Deuxièmement, dans des secteurs prioritaires tels que les semi-conducteurs, les machines, l'automobile et l'aéronautique, l'octroi de subventions publiques directes, la gratuité des terrains, la mise à disposition de machines à bas prix et les prêts garantis par l'État ont fortement accru l'offre, que la faible demande intérieure ne peut absorber. Les fabricants chinois bénéficient de subventions trois à neuf fois supérieures à celles des économies avancées, ce qui leur permet de conquérir des marchés à l'étranger. Troisièmement, la Chine profite d'un taux de change sous-évalué. Avec un excédent commercial considérable, le renminbi devrait s'apprécier. Or, face à la pression exercée par l'augmentation de cet excédent commercial, les banques d'État chinoises achètent des dollars pour freiner l'appréciation de la monnaie nationale. Le FMI estime que le renminbi pourrait actuellement être sous-évalué de 16 %.

    Des pays comme l'Inde subissent également les conséquences de la politique chinoise visant à maintenir la valeur du renminbi à un niveau bas. New Delhi doit impérativement contenir la dépréciation de la roupie indienne, faute de quoi les marchés indiens seront inondés de produits chinois bon marché. De toute évidence, l'excédent commercial record de la Chine ne sera pas viable, car le reste du monde ne peut l'absorber. Des experts ont suggéré à l'UE d'imposer un droit de douane général supplémentaire de 20 % sur les importations en provenance de Chine.


  • Il y a cinquante ans, Pierre Chaunu, historien visionnaire, annonçait notre présent

    IMPRIMER

    Pierre Chaunu (1923-2009) est de ces historiens qu’on a trop souvent lu en diagonale, ou seulement pour ses travaux monumentaux sur Séville et l’Atlantique et l’histoire quantitative, alors qu’il avait une profondeur anthropologique, démographique et civilisationnelle particulièrement aiguë, surtout dans ses derniers livres et ses interventions publiques.

    Il insistait beaucoup sur :

    • La continuité comme essence de l’histoire (« l’essentiel s’appelle permanence ») face à l’écume du changement perpétuel.
    • La démographie comme révélateur ultime du moral d’une civilisation (il parlait très tôt de « déchristianisation » et de « suicide démographique » de l’Europe).
    • Le rôle central du christianisme dans la genèse de l’Occident moderne, et le vide spirituel et anthropologique qu’a laissé son recul.
    • Une vision tragique mais lucide de l’Histoire : l’homme n’est pas maître absolu de son destin, les structures profondes (démographie, croyances, cadres mentaux) pèsent lourdement.

    Beaucoup de ses mises en garde des années 70-90 sur la dénatalité, la perte de sens, le rapport au temps long, sonnent aujourd’hui avec une force presque prophétique.

    Pour lui, la démographie n’est pas un simple indicateur économique ou statistique parmi d’autres : elle constitue le révélateur ultime du moral d’une civilisation, de sa vitalité profonde, de son rapport à la vie, à l’avenir et à la transcendance. Contrairement aux événements spectaculaires (guerres, crises), le déclin de la natalité est insidieux : il ne fait pas de « cadavres visibles », il est un « refus de la vie » silencieux.

    Contexte historique et comparaison

    Chaunu arrive à cette conviction par son travail sur l’Amérique espagnole (surtout Séville et l’Atlantique). Il observe le choc démographique colossal post-Conquête : la population amérindienne s’effondre (estimations très débattues, de ~80 millions à une fraction en quelques décennies), en grande partie à cause des maladies, mais aussi des ruptures culturelles et spirituelles. Cela lui montre que les civilisations peuvent mourir par implosion démographique, pas seulement par conquête extérieure.

    En Europe, il contraste cela avec la vitalité médiévale : le « monde plein » du XIIIe siècle, avec une forte densité, des défrichements massifs, des clochers partout. L’Église y joue un rôle ambivalent : elle promeut le mariage tardif pour réguler la pression sur les ressources, ce qui finit par internaliser une certaine méfiance vis-à-vis de la chair et du plaisir, selon lui.

    La « peste blanche » et le suicide démographique

    Dans Le Refus de la vie (1975) et surtout La Peste blanche : comment éviter le suicide de l’Occident (1976, avec Georges Suffert), Chaunu alerte sur le retournement brutal de la fécondité européenne après le baby-boom. Il parle explicitement de « suicide » parce que :

    • C’est un choix collectif inconscient, porté par l’individualisme hédoniste, la société de consommation, la sécularisation.
    • La pilule (1960) et la légalisation de l’avortement (1975 en France) accélèrent le phénomène.
    • Le « refus de l’enfant » révèle un rapport altéré au temps et à la mort : l’enfant incarne l’avenir et rappelle la finitude. Une société qui ne veut plus d’enfants est une société qui ne veut plus se projeter au-delà d’elle-même.

    Citation emblématique :

    « La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l’ordre du destin. [...] La peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas. »

    Lien avec la déchristianisation

    Chaunu, protestant engagé, voit une corrélation profonde entre le recul du christianisme et ce suicide démographique. Le christianisme avait fourni :

    • Une sacralisation de la vie et de la famille.
    • Un « transfert eschatologique » vers les valeurs laïques (Lumières, République) qui avait maintenu un temps la vitalité.
    • Une vision de l’homme comme créature responsable devant Dieu et l’avenir.

    Avec la déchristianisation (qu’il observe déjà dans les mentalités du XVIIIe siècle, via les travaux comme ceux de Vovelle qu’il a encadrés), ce cadre s’effondre. La société devient « stérile » spirituellement et biologiquement : culte de l’adolescent/consommateur immédiat, rejet de la transmission, égoïsme temporel. Il note que « le racisme est une fleur qui pousse dans la famille trop réduite » — les sociétés vieillissantes et atomisées deviennent plus craintives face à l’Autre.

    Actualité de Chaunu

    Dès les années 1970, il prédit l’« hiver démographique » européen, la pyramide des âges inversée, les tensions migratoires et identitaires qui en découlent. Il ne cesse de répéter que la démographie est la prospective par excellence : plus fiable que les indicateurs économiques.

    Ses analyses restent discutées (certains lui reprochent un ton alarmiste ou une lecture trop « civilisationniste »), mais les chiffres lui donnent rétrospectivement raison sur l’ampleur du déclin de la fécondité autochtone en Europe.

    La Peste blanche (1976).

    Ce livre est un dialogue entre Pierre Chaunu (l’historien) et Georges Suffert (le journaliste). Il s’inscrit dans la continuité de Le Refus de la vie (1975) et prend la forme d’une enquête vive, alerte, parfois prophétique. Il ne s’agit pas d’un traité académique lourd mais d’un cri d’alarme accessible, structuré autour du contraste entre le passé vital de l’Occident et son présent suicidaire.

    Le concept central : la « peste blanche »

    Chaunu oppose deux fléaux :

    • Les pestes traditionnelles (Noire, etc.) : visibles, bruyantes, dramatiques, avec cadavres, cloches, quarantaines. Elles tuent brutalement mais laissent des survivants qui reconstruisent.
    • La peste blanche : invisible, indolore, silencieuse. Elle ne fait pas de « morts visibles » immédiatement. C’est le refus de la vie, le déclin volontaire de la natalité, l’indifférence à la transmission.

    Citation clé (extraite des présentations du livre) :

    « Lorsque autrefois la peste s’abattait sur une ville […], chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux […]. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d’autrefois. »

    Qu’est-ce que cette peste ?

    • La désespérance (perte de sens et d’avenir).
    • L’indifférence à la vie et à la postérité.
    • Le culte du bonheur immédiat (hédonisme consumériste).
    • Le mépris de l’histoire et de l’avenir (présentisme).

    Conséquence directe : le suicide démographique de l’Occident.

    Analyse historique et causes

    Chaunu mobilise son expertise (notamment sur l’Amérique latine post-Conquête) pour montrer que les civilisations peuvent s’effondrer par implosion interne plus que par choc externe. Il relie cela à :

    • La déchristianisation progressive : le christianisme avait sacralisé la vie, la famille, la transmission. Son recul laisse un vide anthropologique.
    • L’individualisme moderne et la société de consommation qui font de l’enfant un « coût » plutôt qu’une bénédiction et un projet.
    • Les évolutions techniques (pilule, avortement) qui accélèrent un mouvement déjà entamé dans les mentalités.
    • Un rapport altéré au temps : l’Occident, qui avait inventé le progrès et la projection dans l’avenir, se replie sur l’instant.

    Il parle d’un « refus de la vie » collectif, inconscient, qui n’est pas perçu comme tel par les individus (« pour un homme quelconque, la dénatalité est […] de l’ordre du destin. […] Le refus de la vie ne fait rien. Les premiers [peste/guerre] se voient, le second ne se voit pas »).

    Structure et ton

    Le livre alterne :

    • Diagnostic historique (« jadis », « naguère »).
    • Analyse du présent (« aujourd’hui »).
    • Perspectives d’« avenir retrouvé » (propositions pour inverser la tendance).

    Chaunu et Suffert sont décrits comme optimistes par tempérament, mais lucides. Ils ne se contentent pas de déplorer : ils cherchent des voies de redressement (retour à un certain sens du sacré, valorisation de la famille, prise de conscience collective).

    Actualité en 2026

    Écrit il y a cinquante ans, le livre a vu ses prédictions confirmées de manière spectaculaire : fécondité européenne durablement sous le seuil de remplacement, vieillissement accéléré, dépendance migratoire croissante, tensions identitaires et économiques liées à la pyramide des âges inversée. Chaunu y voyait déjà le risque d’une « résignation anticipée devant les asservissements possibles ».

  • Thomas More : patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques

    IMPRIMER

    saint-thomas-more-00.jpg

    22 juin : fête de saint Thomas More

    LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE MOTU PROPRIO
    POUR LA PROCLAMATION DE SAINT THOMAS MORE
    COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT
    ET DES HOMMES POLITIQUES

    JEAN-PAUL II
    EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE

    http://www.vatican.va/ 

    1. De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside «le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime» (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.

    Lire la suite

  • L'effondrement démographique de l'Europe n'intéresse personne

    IMPRIMER

    De Luca Volontè sur la NBQ :

    L'effondrement démographique de l'Europe n'intéresse personne

    Le déclin démographique, ignoré par le G7 et le Conseil européen, touche non seulement l'Italie et l'Espagne, mais aussi les grandes puissances européennes : la France et l'Allemagne. Même l'arrivée d'immigrants ne compensera pas la baisse des naissances.

    19 juin 2026

    Le temps dont dispose l'Europe pour s'attaquer au défi prioritaire du déclin rapide de la natalité est de plus en plus court. Face aux prévisions statistiques alarmantes publiées dans plusieurs pays, ni le G7 ni le Conseil européen n'ont réfléchi à des mesures urgentes et coûteuses, ni même proposé d'actions concrètes pour lutter contre cette désertification du capital humain et de la démocratie que nous constatons. Tout continue comme si de rien n'était. Pourtant, cette « explosion démographique » ne peut qu'entraîner un appauvrissement économique, social et démocratique. Les données très récentes en provenance de France, d'Allemagne et d'Espagne sont sans équivoque et décourageantes. Chaque pays, pris individuellement, ne peut faire que peu de choses, comme le démontre l'Italie qui, malgré son engagement d'atteindre le 31 mars 2026 , a enregistré 83 000 naissances au cours des trois premiers mois, soulignant une nouvelle baisse du taux de natalité (-2,4 % par rapport à la même période en 2025). 

    D'après une étude sur les tendances démographiques récemment publiée par l'INSEE, l'Institut national de la statistique et des études économiques, si les tendances démographiques actuelles se maintiennent, la France comptera 65,9 millions d'habitants en 2070, soit 3,2 millions de moins qu'en 2026. La population augmentera légèrement jusqu'en 2037, pour atteindre 69,8 millions. Cette croissance démographique sera due exclusivement au solde migratoire, l'accroissement naturel étant négatif à partir de 2025. Dès 2037, cependant, le solde migratoire ne compensera plus le déclin naturel, et la population commencera donc à diminuer. Par ailleurs, d'ici 2070, le nombre de personnes de moins de 45 ans devrait diminuer de 8,9 millions, tandis que le nombre de personnes âgées de 45 à 64 ans devrait rester relativement stable et le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus devrait augmenter de 5,8 millions. L'augmentation du nombre de personnes âgées sera principalement due à la hausse du nombre de personnes de 80 ans et plus (+4,6 millions), tandis que le nombre de centenaires pourrait quadrupler. En 2040, on compterait 49 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans, contre 40 en 2026. La solution des gouvernements libéraux de Macron ? Davantage d'avortements et d'euthanasies ; la recette de la gauche, en revanche, est un flux constant et continu d'immigrants sans intégration.  

    L'Espagne se dirige vers un déclin tout aussi profond . Dans 50 ans, sa population pourrait dépasser les 50 millions d'habitants et même atteindre 53,8 millions, une croissance démographique alimentée uniquement par l'immigration, comme le confirme l'Institut national de la statistique (INE) dans ses « Projections démographiques 2026-2076 », publiées le mercredi 17 juin. Si les tendances démographiques actuelles se maintiennent, l'Espagne connaîtra une augmentation de plus de quatre millions d'habitants au cours des 15 prochaines années et de près de 3,4 millions d'ici 2076. Même dans ce scénario numériquement optimiste, la part des personnes nées en Espagne diminuerait pour atteindre 59,6 % dans 50 ans, contre 79,8 % aujourd'hui. Si, en revanche, le flux migratoire venait à diminuer, contrairement à la régularisation massive de 1,5 million d'immigrants encouragée par le gouvernement socialiste communiste de Pedro Sánchez, la population espagnole chuterait à 31,7 millions d'habitants. Ces projections indiquent que, dans tous les cas, un solde démographique négatif sera enregistré en raison de l'augmentation des décès parmi les Espagnols de souche, qui dépassera le nombre de naissances au cours des 50 prochaines années. 

    La tendance des prévisions démographiques allemandes est similaire. Selon un rapport publié mardi par l'office statistique gouvernemental Destatis, la population allemande devrait diminuer d'environ 110 000 personnes en 2025, soit la première baisse annuelle depuis 2020. Fin 2025, le pays comptait 83,5 millions d'habitants. Cela représente une baisse d'un peu plus de 0,13 %. La réduction du solde migratoire, avec 235 000 arrivées de plus que de départs, n'a pas suffi à compenser le fait que 352 000 personnes de plus sont décédées en Allemagne qu'il n'y a eu de naissances en 2025. L'année dernière, le taux de natalité en Allemagne a également atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, le plus bas depuis 1946, avec un taux de remplacement de 1,35 enfant par femme, un niveau historiquement bas et bien inférieur au seuil de 2,1 nécessaire au maintien d'une population stable. Le taux de déclin démographique a été considérablement plus rapide dans les anciens Länder de l'Est, à 0,5 % (57 000 personnes au total), contre 0,1 % (68 000 personnes) dans les anciens Länder de l'Ouest, où vivent moins d'immigrants. La population a continué de vieillir et la tranche d'âge des 60-79 ans a continué de croître, atteignant 358 000 personnes. Commençons par le niveau européen avec les propositions de l'ancien président de l'ISTAT, Gian Carlo Blangiardo : « Pour inverser cette tendance, des interventions structurelles axées sur les quatre piliers de son modèle de soutien aux familles sont nécessaires : Coût, Soins, Conciliation et Culture. » 

  • Pourquoi le nouvel ordre mondial déteste la vie et la famille

    IMPRIMER

    De Maria Bigazzi sur la NBQ :

    « Je vais vous expliquer pourquoi le nouvel ordre mondial déteste la vie et la famille »

    Les conséquences de la société pandémique, le néo-malthusianisme, le déclin des nations occidentales, l’abandon de la loi naturelle, l’immigration, le nouvel ordre mondial et sa haine de la vie et de la famille. La Bussola interviewe Ettore Gotti Tedeschi, auteur de *Ainsi ne parlait pas Zarathoustra*.

    18/06/2026

    Nous vivons dans une société malade, nous nous sentons perdus et privés de notre identité. Nous en avons parlé avec Ettore Gotti Tedeschi, auteur du livre *Così non parlò Zarathustra* (Cantagalli), qui précise que la société est tombée malade depuis qu’elle a nié le « libre arbitre » et l’a progressivement remplacé par le « déterminisme scientifique ». On a oublié l’enseignement de Socrate, d’Aristote, de saint Thomas, tandis que l’on connaît et partage la pensée de Nietzsche et de Sartre, en se limitant à tenter de résoudre les effets et en perdant ainsi la capacité de rechercher et de comprendre les « causes » de toute chose, le sens de la vie, les valeurs essentielles.

    Pandémie et situation d’urgence : quelles sont les conséquences de la société pandémique et dans quelle mesure influencent-elles la crise économique ?

    Le confinement, considéré comme la solution à une « pandémie », outre les problèmes déjà bien connus d’ordre social, psychologique, etc., a eu un résultat vraiment considérable : accélérer le processus de numérisation (notamment grâce au télétravail) d’au moins 10 à 15 ans, voire 20 selon certains. Je me contenterai de résumer : la numérisation est un outil fondamental pour être compétitif dans un monde globalisé, où les anciens pays émergents (aujourd’hui les BRICS) représentent près de 50 % de la population mondiale et 50 % du PIB mondial. Le problème est complexe : l’Occident ne sait plus aujourd’hui comment rivaliser, il doit inventer un avantage concurrentiel. Une découverte technologique, cependant, dans un monde globalisé, se répercute sur son utilisation au sein du marché, qui détermine les modèles économiques à adopter, car marché mondial rime avec concurrence mondiale. Soit on sait être compétitif, soit on fait autre chose. L’interdépendance entre les pays du monde est extrêmement forte, tout comme la concentration des nouvelles matières premières (pensons à l’énergie), mais aussi des produits de haute technologie (pensons aux puces électroniques). Aucun pays n’est plus autonome et ne peut se passer des autres. Je pose donc la question : une forme de « souverainisme » est-elle possible aujourd’hui ?

    Le surhomme aujourd’hui : entre néo-malthusianisme, écologisme et syncrétisme religieux. Pouvez-vous nous en faire une analyse ?

    Le surhomme de Nietzsche devrait aujourd’hui se concrétiser grâce aux technologies et à l’intelligence artificielle, ou bien à l’aide de certaines substances psychotropes. En pratique, il s’agit de l’amélioration des facultés humaines grâce à la technologie. Pour moi, la véritable amélioration réside dans la prière et dans la grâce que Dieu m’accorde, mais il est évident que si l’homme se prend lui-même pour Dieu, il ne s’estimera qu’à l’aune de ses découvertes scientifiques, réduisant ainsi lui-même sa dignité d’enfant de Dieu. Nietzsche avait prophétisé la fin de la civilisation occidentale parce qu’elle était chrétienne, tout comme le fait que très bientôt, l’homme considérerait le péché non plus comme un péché envers Dieu, mais envers la Terre et l’environnement. Il a ainsi convaincu ses disciples d’accélérer le processus d’écologisme, seule raison certaine de redécouvrir le malthusianisme nécessaire pour réduire la population. Aujourd’hui, les néo-malthusiens « érudits » et « responsables » ont établi que la population mondiale doit être réduite pour « sauver la planète ». Le syncrétisme religieux est quant à lui une grande découverte faite par les secrétaires de l’ONU pour assurer le succès du soi-disant nouvel ordre mondial, en encourageant les migrations – inutiles et contre-productives d’un point de vue économique (et non humanitaire) – vers des pays à religion dogmatique afin de polluer les « croyances superstitieuses dogmatiques », les valeurs non négociables, la crédibilité de l’autorité morale, etc. Et il y a eu un pape [François, ndlr] qui a même applaudi.

    Déclin des nations occidentales, nouvel ordre mondial (mondialisation et immigration) et crise de l’Europe : quelles en sont les causes et quel rôle joue l’abandon de la loi naturelle et du sens moral ?

    Giacomo Leopardi attribuait au progrès des Lumières la perte du sens moral. Les Lumières avaient également réduit l’homme à de la « matière », entraînant ainsi une ignorance des lois naturelles. Il ne fait aucun doute que l’anthropocentrisme, où l’homme se substitue à Dieu (théocentrisme), né à l’époque humaniste et de la Renaissance, a contribué à convaincre l’homme de satisfaire ses propres besoins, grâce à une recherche technique appropriée et à un consumérisme toujours plus grand. Cette forme de matérialisme a entraîné une sécularisation progressive, très immanente et peu transcendante. De la métaphysique, l’homme passe à l’utilitarisme technocratique et individualiste, peut-être même encouragé par certains théologiens qui, pour ne pas perdre leur popularité dans le monde, ont même réussi à concilier l’évolution biologique avec l’évolution morale nécessaire. Personne ne parle plus de métaphysique ni d’utilitarisme. Comment prétendre qu’un relativisme éthique niant les valeurs objectives ne s’affirme pas de plus en plus ? L’immigration, qui est une contradiction absolue, ne sert qu’à effacer les racines de la civilisation chrétienne, tout comme cela a été le cas pour le nouveau « bio-droit », qui, avec le président Obama et l’OMS, a remplacé la bioéthique, notamment en matière d’avortement, d’euthanasie, etc. Combien ont aujourd’hui le courage d’aller à contre-courant sans crainte ?

    Le nombre de naissances diminue, la population âgée augmente et, avec elle, les dépenses de santé publique. L’euthanasie devient alors la « solution » au problème… Quel est le lien entre l’euthanasie et la dénatalité ?

    Ce sont les deux faces d’une même médaille. La dénatalité est présentée comme une meilleure qualité de vie sans enfants, tandis que l’euthanasie apparaît comme la solution miséricordieuse à une vie indigne d’être vécue. L’absence d’enfants engendre la pauvreté et des risques indicibles de considérer la vie comme « sans valeur » ; l’euthanasie confirme que la valeur de la vie est toujours et uniquement « nulle ». Pour comprendre, nous devrions avoir le courage de reconnaître qui hait la vie humaine et pourquoi, sans en avoir honte. Je vous invite à lire ce qu’a écrit à ce sujet le grand Jérôme Lejeune. Dans une économie mature, avoir des enfants est synonyme de richesse, ne pas en avoir est synonyme de pauvreté. Dans le soi-disant monde occidental, pour devenir plus riche, il faut avoir plus d’enfants. Personnellement, j’ai étudié et affirmé cela dès 1975. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, je lis que le problème de la natalité (avec ses conséquences) a été découvert par tous. Auparavant, on l’a nié, en se moquant de moi. Mais ce qui s’est passé depuis 1975, rien que dans le monde occidental riche et cultivé, a coûté très cher. Et aujourd’hui, éliminer 70 % de la population mondiale pour préserver la Terre est un choix idéologique qui coûtera bien plus cher encore.

    Vous affirmez que la famille incarne la vérité humaine et sociale et qu’elle constitue le noyau social. Quelles conséquences entraîne la désagrégation de la famille au sein de la culture mondialiste-nihiliste ?

    La famille est autant haïe que la vie elle-même, car elle accomplit quelque chose d’intolérable : elle met au monde, élève et éduque ses enfants de manière subjective, non pas de façon homogène, mais en fonction des besoins, du caractère, des aptitudes, des forces et des faiblesses de chacun, individuellement. Permettez-moi de dire qu’on comprend tout de suite si un jeune a été élevé de cette manière par sa famille. Pourrait-on envisager de soutenir la famille, ne serait-ce que dans ce rôle, dans un monde globalisé qui prétend uniformiser les cultures, les comportements, les valeurs et les religions ? Ce n’est pas facile, d’autant plus que la famille est en concurrence avec l’État en matière d’investissements scolaires et professionnels. Elle s’occupe des membres de la famille malades, des personnes âgées, et elle le fait avec soin et affection. L’État ne semble pas beaucoup apprécier cette concurrence, peut-être selon le même principe qui a conduit à l’expulsion des religieuses infirmières des hôpitaux ou des religieuses enseignantes des écoles maternelles ?

  • Canada : tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

    IMPRIMER

    De Christian Rioux dans le Journal de Montréal via le site "Pour une école libre au Québec" :

    Tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

    Tout le monde se souvient de la terrible « découverte » faite à Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a cinq ans, près d’un pensionnat autochtone. Plusieurs médias ont souligné cette semaine le cinquième anniversaire de ce qui avait alors ému le monde entier.

    Sauf que, cinq ans plus tard, on n’a toujours pas trouvé la moindre trace de ces « charniers » ou « fosses communes » dont la presse internationale avait fait sa une. Pas le moindre petit bout d’os.

    Piscine du pensionnat de Kamloops vers 1960

    Un scandale mondial

    Le 27 mai 2021, le chef du Conseil de bande local, Rosanne Casimir, avait affirmé que les restes de 215 enfants reposaient dans l’ancien verger du pensionnat de la réserve. Ce pensionnat était l’une des 130 institutions créées par le gouvernement fédéral canadien à l’époque.

    En 24 heures, la nouvelle a fait le tour du monde. Du New York Times au Asahi Shimbun (Tokyo) en passant par Le Monde (Paris) et la Vanguardia (Barcelone), on annonça la découverte macabre sans lésiner sur les mots.

    Et pourtant, personne n’a jamais entrevu l’ombre d’une tombe. Grâce à des fouilles au radar, des experts avaient bien repéré des « anomalies de terrain » pouvant représenter des « sépultures probables ». Mais rien de plus. Sans attendre les fouilles ni l’exhumation des corps, Justin Trudeau mit les drapeaux en berne et dénonça « un chapitre sombre et honteux » de l’histoire du Canada.

    Or, ces fouilles n’ont jamais été faites et elles ne le seront probablement jamais. Dans les quelques pensionnats où elles furent entreprises, elles n’ont strictement rien donné. Et cela, malgré les 246,7 millions de dollars alloués par le gouvernement fédéral au Fonds de soutien communautaire aux enfants disparus des pensionnats, dont 12,1 millions à la seule communauté de Kamloops. Des millions pour l’instant dépensés en vain.

    « Révisionnisme »?

    On cherche encore les excuses et les erratums de ces médias, pourtant si prompts à dénoncer les fake news, qui ont contribué à cette gigantesque affabulation. Seuls quelques rares chroniqueurs et intellectuels ont eu le courage de braver les accusations de « révisionnisme ».

    Parmi eux, l’historien Jacques Rouillard est certainement celui qui a été le plus lucide. Il rappelle qu’avant 1993, personne ne s’était plaint des pensionnats. Les anciens élèves tenaient même des conventums où ils célébraient leurs années d’étude. Comment imaginer que, durant toutes ces années, ni les religieux ni les enseignants, souvent eux-mêmes autochtones, n’aient pu témoigner de ces supposés « meurtres »?

    Des représentants de l’Office du tourisme du Mexique ont assisté en 1963 à une représentation de la troupe de danse de Kamloops, très connue dans toute la Colombie-Britannique, et l’ont invitée au Mexique. Les filles ont lancé un appel à la population de Kamloops et ont récolté plus de 10 000 dollars en deux semaines. En juillet 1964, accompagnées de sœur Mary Leonita et du père G. P. Dunlop OMI, les filles se sont envolées pour Mexico où elles se sont produites au célèbre Palacio de Bellos Artes et à l’Arena Mexico devant un public de 5 000 personnes, dans le cadre d’une émission diffusée à la télévision mexicaine. Source : Indian Record, septembre 1964, p. 3.

    Il n’est évidemment pas question de nier les conditions difficiles subies par les Autochtones dans ces internats. Ni la souffrance et le déracinement culturel qu’ont connus au cours des siècles les populations autochtones. Mais en quoi cette reconnaissance exigerait-elle de perpétuer une légende ? Légende qui, n’en doutons pas, refera surface l’année prochaine...

    Voir aussi 

    «MMIWG2SLGBTQQIA+» : une députée canadienne raillée après l’usage d’un acronyme jugé «absurde» et «woke»

    Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

    L'utilité de la glorification des Premières Nations

    Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix (m à j)

    Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

    Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

    Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

    Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

    Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

    Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

    Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone  

    ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes 

    Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

    Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

    Pensionnats — Quels enfants disparus ?

  • Et si l'Église catholique se concentrait sur la mauvaise crise ?

    IMPRIMER

    De Gaetano Masciullo sur The European Conservative :

    L'Église catholique se concentre sur la mauvaise crise

    Toute tentative visant à corriger les inégalités par le biais d'une intervention politique ou d'une planification mondiale finit par détruire les mécanismes qui génèrent une véritable prospérité.

    17 mai 2026

    Le 27 avril, deux dicastères du Vatican — le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral et le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie — ont publié un document conjoint visant à sensibiliser les familles catholiques à une question qui, selon les dicastères eux-mêmes, représente une crise urgente tant pour le monde que pour l’Église elle-même.

    Cette crise urgente pour les dicastères du Vatican est la crise écologique. C’est pourquoi le texte va jusqu’à suggérer qu’une famille catholique, pour être véritablement telle, ne peut se soustraire à l’éducation de ses membres au respect de l’environnement. En effet, le concept même de spiritualité catholique inclut une conscience « écologique intégrale ». 

    Les auteurs, se référant au magistère environnementaliste du pape François — en particulier à l’encyclique-manifeste Laudato si’ et à l’exhortation Laudate Deum — ainsi qu’à la première exhortation apostolique du pape Léon XIV, Dilexi te, qui se présente comme un développement de celles-ci, soutiennent que la crise en question concerne non seulement l’environnement naturel, mais aussi l’environnement humain. Ils entendent par là la crise économique généralisée, c’est-à-dire la situation dramatique de pauvreté qui touche la majorité de l’humanité.

    Les estimations les plus récentes indiquent qu’environ deux milliards de personnes — concentrées principalement dans les pays du Nord — jouissent d’un bien-être relatif, tandis que les six milliards restants vivent dans la pauvreté, la maladie et l’ignorance ; parmi eux, environ un milliard vit dans l’extrême pauvreté. Cette asymétrie génère une pression migratoire structurelle du Sud vers le Nord, seulement en partie spontanée, alimentée par l’idée – plus idéologique que réelle – que l’entrée dans des sociétés économiquement prospères entraîne automatiquement une amélioration des conditions de vie.

    Ces dernières années, l’Église catholique semble avoir adopté cette vision. Pourtant, l’histoire de l’humanité montre que la simple intégration dans des structures sociales efficaces ne suffit pas à sortir les migrants pauvres de leur condition. La pauvreté est en effet un phénomène complexe et multidimensionnel : non seulement économique ou politique, mais surtout mental et culturel. 

    Ce dernier aspect reste un tabou, difficile à aborder sereinement – en Occident comme ailleurs – car il est considéré comme politiquement incorrect. Quiconque tente d’en discuter est souvent accusé d’affirmer, de manière simpliste, que les pauvres sont pauvres « par choix » et méritent donc de le rester. Mais cette simplification est trompeuse et empêche une analyse sérieuse du problème. 

    Malheureusement, cette objection fallacieuse semble s’être également immiscée dans le vocabulaire de l’Église catholique, si l’on en juge par ce qu’affirme le pape Léon XIV dans l’exhortation Dilexi te : « Pour la plupart d’entre eux, la pauvreté n’est pas non plus un choix. Pourtant, certains osent encore avancer cette affirmation, révélant ainsi leur propre aveuglement et leur cruauté. » 

    Pour comprendre la position actuelle de l’Église catholique sur la question, il est nécessaire de revenir sur les enseignements de François, qui a introduit dans le langage de l’Église des idées associées à l’environnementalisme et à la gouvernance internationale — des concepts largement développés au sein d’institutions telles que l’ONU et l’Union européenne.

    Lire la suite