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Haut-Karabagh : quand tonnent les canons

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Du site de l'Aide à l'Eglise en Détresse (France) :

HAUT-KARABAGH : Les canons parlent

Publié le 29 septembre 2020

L’armée de l’Azerbaïdjan et les défenseurs de l’Artsakh (alias le Haut-Karabagh) s’affrontent avec des armes lourdes dans cette région contestée entre l’Arménie chrétienne et l’Azerbaïdjan musulman. Ils mettent fin à un statu quo vieux de trente ans. Décryptage.

Lors de l’Angélus prononcé depuis le palais apostolique au Vatican le 27 septembre 2020, le pape François faisait part de son inquiétude : « Je demande aux parties en conflit d’accomplir des gestes concrets de fraternité et de bonne volonté qui permettent de résoudre les problèmes non pas avec la force et les armes mais à travers le dialogue la négociation. Prions en silence pour la paix dans le Caucase ! »

TIRS D’ARTILLERIE, TANKS ET DRONES

La veille, samedi 26 septembre, des échanges de tirs y compris d’armes lourdes ont eu lieu au Haut-Karabagh région autonome contestée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Selon un bilan provisoire, au moins 24 personnes sont mortes, y compris des civils, et plus d’une centaine ont été blessées. Les belligérants sont d’une part l’Azerbaïdjan et de l’autre les défenseurs du Haut-Karabagh, appelé localement l’Artsakh. L’armée azérie a envoyé au combat des moyens lourds, tanks et artillerie, accompagnés de drones.

Devant l’ampleur de ces affrontements, tant les autorités arméniennes que la présidence de l’Artsakh ont décrété dimanche «la mobilisation générale » et la loi martiale. « J’exhorte tout le personnel à se présenter aux commissariats militaires », a déclaré sur Facebook le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Dans l’autre camp, le Président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev affirmait « Ceux qui tentent d’intimider l’Azerbaïdjan le regretteront ».

LA POUDRIÈRE DU CAUCASE

Le Haut-Karabagh concentre depuis 30 ans l’attention de deux voisins rivaux, l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Historiquement et démographiquement cette région montagneuse est arménienne, mais elle fut séparée du reste du pays par Staline en 1921. Il appliquait le précepte, cher aux tsars avant lui, de « diviser pour mieux régner ». Après la chute de l’URSS, en 1991, de violents conflits opposèrent Arméniens et Azéris, incluant des pogroms. La situation dégénéra en conflit ouvert, l’Azerbaïdjan recevant une aide militaire et des provisions de l’Iran, de la Turquie et de plusieurs États arabes. Plus nombreuse, mieux armée, l’armée azérie eut l’avantage dans la première phase du conflit, mais les Arméniens, défendant leurs montagnes et soutenus par la diaspora, ont fini par rejeter l’armée azérie hors de la région disputée. Depuis cette période, les lignes n’ont pas bougé, malgré des frictions continuelles.

L’ÉTINCELLE

« Il existe un fragile statu quo dans cette région, qui repose sur l’idée commune aux Azéris et aux Arméniens qu’ils n’ont pas intérêt à laisser des puissances extérieures s’immiscer dans leurs différents » explique Jean-Pierre Mahé, orientaliste français, philologue et historien du Caucase, spécialiste des études arméniennes. Vladimir Poutine, en particulier, ne demanderait pas mieux que de s’interposer dans cette région, mais il ne le ferait pas gratuitement, et risquerait d’en profiter pour prendre le contrôle de la situation. Alors, pourquoi cette explosion ?

D’une part, le président Azéri a besoin d’une victoire pour redorer son image sur le plan intérieur, explique Jean-Pierre Mahé. Ilham Aliyev est Président de la République d’Azerbaïdjan depuis le 31 octobre 2003, il a « hérité » de ce poste après le désistement de son père et ancien président Heydar Aliyev à l’élection présidentielle de 2003. Depuis ce temps, il impose son régime dictatorial grâce aux revenus du pétrole, qui constitue l’essentiel des exportations du pays. Or, avec la chute du baril, il ne peut plus verser avec la même générosité l’argent qu’il obtenait de cette manne. Contesté, il utilise l’ennemi arménien pour réunir sa population autour de lui.

D’autre part, il a le soutien du Président turc Erdogan, qui pour des raisons très similaires pousse au bellicisme sur tous les fronts. Il a pris fait et cause pour les Azéris dans une déclaration fracassante lundi 28 septembre : « Le temps est venu de mettre fin à l’occupation de l’Arménie, le temps de payer les factures. Sinon, l’Arménie continuera d’agir à sa guise. Elle doit quitter les terres occupées. Tout le monde sait que ce sont les terres de l’Azerbaïdjan », a déclaré Recep Tayyip Erdogan ce 28 septembre à Istanbul.

UN « ROC » CHRÉTIEN

Malgré la supériorité en nombre et en matériel de l’armée azérie, Jean-Pierre Mahé ne pense pas que le président Ilham Aliyev puisse emporter son dangereux pari. « Tant que les défenseurs de l’Artsakh campent sur leurs montagnes, ils sont à peu près inexpugnables. Enterrés dans de petits postes de défenses, ils exploitent un terrain montagneux qu’ils connaissent par cœur. Malgré toutes les invasions arabes, turques et russes, les Arméniens ont maintenu leur présence dans ces montagnes depuis le Ve siècle », rappelle-t-il. Actuellement, les habitants du Haut-Karabagh sont à plus de 99% Arméniens et appartiennent à l’Église apostolique arménienne autocéphale.

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