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Un pontificat houleux

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De Francesco Peloso sur domani.it,

2/12/2022

Les crises qui pèsent sur le pontificat de François

À quelques mois du dixième anniversaire de son élection, le pape François se retrouve à la tête d'une Église traversée par des motivations et des impulsions radicalement différentes. Des visions opposées sur l'avenir du catholicisme émergent parmi les évêques et les conférences épiscopales, la discussion se développe davantage par opposition que dans la recherche de médiations possibles. 

À cet aspect général s'ajoutent d'autres faits critiques dans la vie de la Curie romaine, comme le long procès pour le scandale concernant l'achat de la propriété londonienne de Sloane Avenue avec des fonds de la secrétairerie d'État. L'affaire, qui a entraîné une perte de plus de 100 millions d'euros pour le Vatican, a incité François et ses collaborateurs à accélérer certains chapitres de la réforme financière (la secrétairerie d'État, entre autres, ne pourra plus gérer seule les ressources économiques), mais elle a également mis en lumière un maquis de mauvaise gestion, d'amateurisme et de structures de pouvoir, grandes et petites, alors qu'après des dizaines d'audiences, on ne sait même pas quels types de crimes ont été commis et par qui. 

L'implication du cardinal Angelo Becciu, ancien substitut pour les affaires générales à la Secrétairerie d'État, dans divers volets de l'enquête n'a fait que nuire davantage à l'image d'une curie déjà sérieusement compromise par les scandales et les événements judiciaires du passé récent. En ce sens, la longueur de la procédure et la succession des révélations liées au procès sont des éléments qui ne semblent pas favoriser la résolution de l'affaire et la manifestation de la vérité.

Entre-temps, François a réussi à faire passer la réforme de la curie, ce qui n'est pas un mince exploit si l'on considère que cet objectif était à la base du mandat qu'il a reçu en conclave de la part de la grande majorité des cardinaux qui l'ont élu. La nouvelle constitution apostolique Praedicate evangelium n'est en vigueur que depuis quelques mois, et ses effets seront certainement visibles dans le temps. Il convient de noter, entre autres, que tous les éléments de la réforme financière promulguée ces dernières années par le pape au moyen d'un motu proprio, tels que la transparence des budgets, la fin de la discrétion absolue des dépenses des différents départements du Vatican, les règles d'embauche, la création d'organes de contrôle et de planification des investissements, le rôle des différents dicastères économiques, font désormais partie du nouveau cadre institutionnel. Les problèmes ne sont toutefois pas terminés, comme en témoigne la toute récente décision prise par François de commissionner Caritas Internationalis, l'organisme qui regroupe les plus de 160 organisations caritatives de l'Église catholique dispersées dans le monde et placées sous le contrôle du Vatican. Il s'agit d'une décision qui touche à la fois la capacité de gestion interne du personnel et l'organisation du travail, qui font manifestement défaut, et la nécessité de rendre l'organisme plus apte à intervenir de manière adéquate dans les nombreux scénarios de crises humanitaires qui s'ouvrent dans le monde. Il est un fait que le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, désormais ancien président de Caritas Internationalis et préfet du dicastère pour l'évangélisation, a également fait les frais de cette opération. Parallèlement, le rôle du cardinal jésuite canadien Michael Czerny, chef du dicastère pour le service du développement humain intégral - le super ministère pour les questions sociales et écologiques créé par le pape - " compétent en ce qui concerne Caritas Internationalis ", s'accroît. D'autre part, on ne peut passer sous silence le fait qu'un autre jésuite, Juan Antonio Guerrero Alves, préfet du Secrétariat à l'économie, a démissionné de son poste pour "raisons personnelles" le 30 novembre, et qu'à sa place a été nommé le secrétaire du même dicastère, le "Dr Maximino Caballero Ledo", c'est-à-dire un laïc, expert en gestion financière, espagnol de naissance et américain d'adoption. Et cela aussi est une petite révolution par rapport aux normes du Vatican ; un laïc à la tête des finances de l'Oltretevere, en effet, est un événement impensable il y a seulement quelques années.

Le synode sans fin

Dans ce contexte déjà peu simple, Bergoglio a convoqué un débat sans précédent au sein du monde catholique en appelant à un synode mondial sur le thème "Pour une église synodale : communion, participation et mission", ouvert à toutes les réalités ecclésiales, aux laïcs, aux paroisses, aux associations et aux mouvements, pour tenter d'amener l'ensemble du corps de l'Église catholique à se mesurer à la modernité. François n'a pas voulu imposer des changements d'en haut, il a plutôt cherché la voie d'un réformisme plus lent, plus laborieux, mais plus partagé par toutes les composantes ecclésiales. La phase finale du synode lancé en 2021 se déroulera en deux temps : elle se tiendra à Rome à l'automne 2023 et à l'automne 2024. Une prolongation souhaitée par le pontife lui-même pour faciliter la rencontre et éviter de graves dissensions. Et pourtant, ce gigantesque effort pour un débat interne basé sur la compréhension mutuelle met en évidence, pour l'instant, les divisions d'un monde catholique qui ne semble plus capable de se reconnaître dans une élaboration théologique, pastorale et doctrinale unitaire. Le rôle des laïcs, l'ordination des femmes, la reconnaissance des unions entre personnes de même sexe, l'ordination de "viri probati", c'est-à-dire de laïcs à la foi éprouvée et reconnue par leur communauté, pour faire face à la pénurie de prêtres dans de nombreuses régions du monde, sont quelques-uns des thèmes abordés. Celle qui pousse le plus à l'ouverture sur ces questions est l'Église allemande, promotrice d'une voie synodale qui inquiète tellement Rome que, lors de la récente visite "ad limina" des évêques allemands au Vatican, le cardinal canadien Marc Ouellet, préfet du dicastère pour les évêques, a demandé un "moratoire" pour le synode en cours en Allemagne, mais a reçu en réponse un refus clair de ses frères allemands. Ces derniers jours, les évêques belges ont soulevé les mêmes questions à Rome, bien qu'avec moins d'insistance. Et ce n'est pas tout : avec une approche plus problématique, ce sont les mêmes questions qui sont soulevées dans les documents de synthèse de plusieurs synodes nationaux.

Le drame des abus

Derrière ces nœuds non résolus qui émergent en surface se cachent toutefois des problèmes structurels. La conception catholique de la sexualité, en crise depuis quelque temps, s'est mêlée au grand "moloch" du scandale des abus sexuels qui balaie l'Église comme un cyclone depuis plus de vingt ans. Ainsi en Allemagne, mais aussi en Australie par exemple, la poussée de la réforme sur le célibat obligatoire et le rôle des laïcs a amplifié la demande d'une décléricalisation de l'institution, jugée trop fermée sur elle-même dans la défense de ses membres même par rapport à l'affaire des abus sur les enfants. Au contraire, aux États-Unis, l'épiscopat dans son ensemble est resté conservateur et opposé au pontificat bergoglien, non seulement et pas tant à cause des positions prises par le pape, mais à cause de l'idée même d'Eglise proposée par François, ouverte au dialogue, disposée à remettre en question ses propres certitudes granitiques, prête à accueillir tout le monde et surtout, il ne faut pas l'oublier, à se ranger en priorité du côté des pauvres et des exclus. C'est pourquoi le front conservateur des évêques des États-Unis, qui ont récemment élu à leur présidence même l'ordinaire militaire, Mgr Timothy Broglio, n'apprécie pas la position du pontife sur l'avortement. Bergoglio exprime en effet un jugement clairement négatif, dans la ligne du Magistère, sur l'interruption de grossesse, mais demande en même temps aux évêques de ne pas politiser la question, ce qu'une partie de l'Église américaine a fait sans relâche ces dernières années. C'est donc dans ce risque d'un double schisme entre la Réforme et le néo-traditionalisme, réel ou qui menace seulement, que l'église de François est entrée en crise, manifestant toute la difficulté de rester un corps unique, alors que des modèles alternatifs de christianisme apparaissent et se défient. 

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