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Doctrine

  • Le célibat est bien davantage qu’une obligation

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    Du site du diocèse de Namur (Olivier Collard) :

    Homélie de Mgr Warin à l’ordination de Boris Houengnissou : « Le célibat est bien davantage qu’une obligation »

    Dans l’Évangile, à celui qui dira : « je te suivrai Seigneur mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison », Jésus répondra : « quiconque met la main à la charrue puis regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu ».  À l’exemple de son maître, le disciple ne s’appartient plus. Il accepte de se donner, et de se donner sans compter.  Il fait sien le chemin du maître. Il prend avec lui le visage déterminé, la route de Jérusalem, conscient que le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête.

    Ce dimanche 26 juin, en cette église cathédrale, j’ordonne un prêtre. Un seul. Certains disent : « n’y aurait-il pas davantage de candidats si l’on renonçait au célibat. Ne faudrait-il pas un autre type de prêtre ? »  Permettez-moi de souligner que le célibat est bien davantage qu’une obligation.  Se consacrer pour toujours, et exclusivement, à la cause divine, n’est-ce pas la réponse qui convient plutôt quand le Seigneur vous appelle ainsi : « Viens, laisse tout et suis-moi » ?  Dans l’Évangile de Marc, au chapitre 10 verset 28, Pierre prend ainsi la parole : « Eh bien nous, nous avons tout laissé pour te suivre ! ». La radicalité est une caractéristique de la vocation des Douze. Il s’agit de s’en remettre en tout à Jésus. C’est ici que le célibat trouve ses racines évangéliques profondes.

    J’ai devant moi aujourd’hui Patrick et Justin qui viennent de recevoir un petit ministère ainsi que Boris qui, dans un instant, sera ordonné prêtre.  Je voudrais leur dire que le célibat consacré n’est pas un chemin facile.  Dans Pastores dabo vobis, l’exhortation apostolique du saint pape Jean-Paul II sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles, il note que le charisme du célibat, même authentique et éprouvé, laisse intacte les inclinations de l’affectivité et les pulsions de l’instinct.

    Cher amis futurs prêtres, ne vous effrayez pas si, à certaines heures, vous êtes tourmentés et si, à l’occasion, votre cœur saigne. Notre société, en même temps qu’elle la banalise, absolutise la relation amoureuse et sexuelle. Elle nous murmure : « impossible de vivre sans elle ! ». Nous vivons dans un monde très érotisé. Le célibat consacré, et il en va de même pour le mariage, implique une ascèse. On ne lit pas et on ne regarde pas n’importe quoi. Le prêtre doit éviter les apartés au clair de lune avec une jeune animatrice ou une maman catéchiste. Il doit s’arranger pour ne pas être là quand les enfants au camp se lavent, ou se changent. Il doit maintenir une saine distance, la distance d’une table, disait-on volontiers naguère. Des jeunes – ou des moins jeunes – vous balanceront peut-être un jour : « que vous soyez célibataire ou mariés, pour moi, cela ne change rien ». Il faut alors savoir s’accrocher mais ne croyez pas trop vite que le célibat n’est plus du tout un signe. Le célibat ne se comprend bien que dans la foi. Or, on assiste aujourd’hui à un crépuscule de la foi et de Dieu.

    Le chemin sur lequel s’engagent les mariés n’est pas non plus un chemin facile. Il m’est arrivé en célébrant un mariage, de dire : « vous réaliserez que, dans le mariage, il n’est pas possible de tout marier et vous aurez à en souffrir. Maintes fois, vous expérimenterez que le mariage est une concession à perpétuité ». Puis, tout de même, j’ai ajouté : « mais vous vérifierez surtout que, quand l’épreuve du temps fortifie l’union entre époux, le métal devient toujours plus précieux. Après les noces d’étain, ce sont les noces d’argent, ensuite les noces d’or, puis les noces de platine, après 70 ans de vie main dans la main ».

    Chers futurs prêtres, le célibat consacré n’est pas un chemin facile, mais il n’est en soi un chemin triste. Prêtre depuis bientôt 50 ans, je voudrais vous dire que le célibat est possible et que le chemin du célibat en lui-même n’est pas un chemin qui rend amer. Le célibat du prêtre est une forme d’amour qui engage toutes les énergies dans une relation personnelle avec le Christ et dans la charité pastorale à l’égard de tous. Or, l’amitié intense avec le Christ ainsi que l’amour oblatif, sont sources d’épanouissement profond. C’est cet épanouissement profond que je vous souhaite de tout cœur aujourd’hui.

  • La métaphysique et ses miroirs

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    Humbrecht-2022©DR-620x330.jpgSur le thème de l’existence de Dieu, deux scientifiques Olivier Bonassiés et Michel-Yves Bolloré, ont publié voici peu un best-seller : « Dieu, la science, les preuves », qui connait un franc succès de librairie, dont nous avons parlé ici : L’existence de Dieu prouvée par la science ?

    Coïncidence : sur un tout autre registre, un dominicain de la Province de Toulouse , Thierry-Dominique Humbrecht, docteur en philosophie et en théologie, professeur de philosophie à l’Institut Catholique de Toulouse, vient de publier une étude monumentale « Thomas d’Aquin, Dieu et la métaphysique » (1) qu’il relate dans une interview accordée au périodique "La Nef." (note JPSC) :

    « La Nef – Vous venez de faire paraître une monumentale étude : Thomas d’Aquin, Dieu et la métaphysique.

    T.-D. Humbrecht – Aïe, aïe, la frontière est mince entre un monument et ce qui n’est en effet que monumental… Ce livre affiche, selon un célèbre site de vente en ligne, 1,57 kg… Au poids, il est destiné à peser, mais pour le reste c’est autre chose. J’ai déjà reçu à ce sujet deux avis divergents : 1/ quelle horreur, il ne faut pas écrire de livres comme ça ! 2/ au contraire, le sujet l’imposait, y compris pour les débats actuels sur le statut de la métaphysique…

    Tentons de croire que ce match nul permet d’avancer sans trop se troubler.

    Pourquoi écrire un si gros livre de 1432 pages ?

    On peut visiter le Louvre en une heure ou bien en une semaine, et Thomas en un jour ou bien en une vie. Le résultat est à la hauteur : l’imprégnation n’est pas la même.

    Oh, si vous y tenez, tout peut être raconté en trois lignes : la métaphysique de Thomas d’Aquin entend se développer de façon autonome par rapport à la théologie, mais pas de façon indépendante. Il y a des interactions, et ce sont les interactions qui sont passionnantes. Elles respectent les différences de méthode, tout en les franchissant parfois aussi.

    J’en suis arrivé à constater que Thomas a différentes façons de faire de la métaphysique, en philosophie et aussi en théologie, jusqu’à cette expérimentation à nulle autre pareille qu’est la Somme contre les Gentils, qui entend manifester « la vérité de la foi catholique et réfuter les erreurs contraires », et cela avec des raisons : un luxe de raisons vraies, contre les raisons fausses des philosophes païens ou bien des hérétiques, surtout ceux des temps passés. Ni tout à fait théologie, ni pure philosophie : du jamais vu.

    La métaphysique de saint Thomas n’est-elle pas déjà archiconnue ?

    Bien sûr que si, et il n’y a pas de manuscrit retrouvé, comme parfois pour d’autres Médiévaux, mais il faut le lire avec fraîcheur. Bien des années passées dans les textes m’ont rendu hypersensible à sa façon de dire les choses, et donc aussi aux présentations courantes qui en sont faites, parfois pertinentes, souvent plaquées, parce que paradoxalement modernes.

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  • Quand le Vatican veut sortir de la morale de la « ligne rouge »

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    De Michel Janva sur le Salon beige :

    Remise en cause de la loi naturelle : après l’euthanasie, la bioéthique

    En ce 1er juillet, l’Académie pontificale pour la vie publie un imposant volume intitulé « Éthique théologique de la vie », qui contient les actes d’un séminaire organisé l’automne dernier, que certains n’hésitent pas à présenter comme la « mise à jour d’Evangelium vitae », le grand texte de Jean-Paul II sur la famille et la vie.

    Au fil des 500 pages, qui passent en revue tout le champ de la bioéthique, de la procréation à l’intelligence artificielle, la conscience apparaît comme le « lieu de la responsabilité morale », et non comme une simple instance ayant pour tâche d’appliquer les règles du mieux possible. On retrouve le jésuite Carlo Casalone, qui estime que

    « La norme est un point de référence, mais elle ne suffit pas à porter un jugement moral ».

    Ce théologien, également médecin, réfute toute fragilisation de l’édifice moral de l’Église catholique.

    « Cela peut paraître rassurant de penser que tout est écrit et qu’il suffit d’appliquer des normes toutes prêtes, mais c’est une fausse sécurité. La réalité n’est jamais celle-ci ».

    Ces théologiens n’ont visiblement pas assimilé la grande encyclique de Jean-Paul II, Veritatis Splendor, selon laquelle (n°32) :

    Une fois perdue l’idée d’une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine, la conception de la conscience est, elle aussi, inévitablement modifiée : la conscience n’est plus considérée dans sa réalité originelle, c’est-à-dire comme un acte de l’intelligence de la personne, qui a pour rôle d’appliquer la connaissance universelle du bien dans une situation déterminée et d’exprimer ainsi un jugement sur la juste conduite à choisir ici et maintenant ; on a tendance à attribuer à la conscience individuelle le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière autonome, et d’agir en conséquence. Cette vision ne fait qu’un avec une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres. Poussé dans ses conséquences extrêmes, l’individualisme débouche sur la négation de l’idée même de nature humaine. Ces différentes conceptions sont à l’origine des mouvements de pensée qui soutiennent l’antagonisme entre loi morale et conscience, entre nature et liberté.

    Et dans Evangelium vitae, Jean-Paul II dénonçait :

    Quand la conscience, cet œil lumineux de l’âme (cf. Mt 6, 22-23), appelle « bien le mal et mal le bien » (Is 5, 20), elle prend le chemin de la dégénérescence la plus inquiétante et de la cécité morale la plus ténébreuse.

    A ce sujet, on pourra lire également :

  • Liturgie : “Abandonnons nos polémiques”

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    Lu sur le site web « Riposte Catholique »

    francois_la_nacion.jpg« Le pape François vient de publier une lettre apostolique sur la formation liturgique, intitulée Desiderio Desideravi. Le pape commence par rappeler les restrictions concernant la messe traditionnelle :

    « Très chers frères et sœurs, par cette lettre, je désire vous rejoindre tous – après avoir déjà écrit uniquement aux évêques après la publication du Motu Proprio Traditionis custodes – et je vous écris pour partager avec vous quelques réflexions sur la liturgie, dimension fondamentale pour la vie de l’Église. Le sujet est vaste et mérite d’être examiné attentivement sous tous ses aspects : toutefois, dans cette lettre, je n’ai pas l’intention de traiter la question de manière exhaustive. Je souhaite plutôt offrir quelques pistes de réflexion qui puissent aider à la contemplation de la beauté et de la vérité de la célébration chrétienne. »

    Puis il termine sa longue lettre ainsi :

    « Abandonnons nos polémiques pour écouter ensemble ce que l’Esprit dit à l’Eglise. Sauvegardons notre communion. Continuons à nous émerveiller de la beauté de la liturgie. La Pâque nous a été donnée. Laissons-nous protéger par le désir que le Seigneur continue d’avoir de manger sa Pâque avec nous. Sous le regard de Marie, Mère de l’Eglise. »

    Après avoir lancé les persécutions romaines que l’on voit contre les traditionnalistes, c’est un peu facile d’appeler maintenant à abandonner les polémiques…

    Ref. “Abandonnons nos polémiques”

    Vous avez dit incohérences et excès sans avenir ?

     

    Lire également : Le pape François met au ban la «messe en latin»

  • La contagion du « chemin synodal » allemand, non maîtrisée par le Pape, va-t-elle contaminer le synode général sur la synodalité

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, en traduction française sur Diakonos.be :

    Le synode allemand contamine toute l’Église, sans que le Pape ne le freine

    Dans un récent entretien avec les directeurs des revues européennes de la Compagnie de Jésus, transcrit et publié par « La Civiltà Cattolica », le Pape François a dit ce qu’il pensait notamment du « chemin synodal » en Allemagne. Selon lui, « Le problème se pose lorsque la voie synodale vient des élites intellectuelles, théologiques, et est très influencée par des pressions extérieures », alors qu’en revanche, il faudrait le faire « avec les fidèles, avec le peuple ».

    Le souci, c’est que quand c’est ce qu’on fait, c’est-à-dire, quand on collecte les questions de la base ou que l’on sonde l’opinion des fidèles, les résultats sont pratiquement identiques à ceux dictés par les élites dominantes ou par les pressions extérieures, avec la sempiternelle litanie de demandes qui vont des prêtres mariés aux femmes prêtres, en passant par la nouvelle morale sexuelle et la démocratisation du gouvernement de l’Église.

    Ses craintes sur le synode d’Allemagne, le Pape François les a partagées dans une lettre de juin 2019 qu’il a « rédigée entièrement lui-même ». Mais ensuite, il l’a laissé suivre son cours sans plus chercher à le freiner ni faire mine ne fût-ce que d’écouter les cris d’alarmes lancés par le cardinal Walter Kasper, qui au début du pontificat était son théologien réformateur de référence, mais qui en ce qui au sujet du synode allemand – une « tentative de coup d’État », comme il l’a défini – doute même qu’il soit « vraiment catholique ».

    Et ce n’est pas tout. Le risque est toujours plus palpable que l’agenda du « chemin synodal » d’Allemagne ne finisse dans cet autre synode de l’Église universelle que le Pape a convoqué en 2021, le faisant partir, justement des périphéries et de la base, et qui culminera avec une session à Rome en octobre 2023.

    Au départ, la convocation de ce synode général n’a pas vraiment fait parler d’elle. Le thème que le Pape François lui avait assigné, la « synodalité », semblait à ce point abstrait et ennuyeux qu’il avait dissuadé les médias de s’y attarder.

    Mais ensuite, à peine les diocèses ont-ils commencé à sonder les avis des prêtres et des fidèles qu’on a tout de suite vu à quel genre de litanie de demandes on avait affaire. Avec pour résultat qu’à présent, les conférences épiscopales, dans leurs synthèses de la première phase décentralisée du synode, se retrouvent avec entre les mains une copie conforme du « chemin synodal » d’Allemagne, issu de leurs propres fidèles.

    La France est un cas d’école. À la mi-juin, la conférence épiscopale française s‘est réunie en session extraordinaire précisément pour élaborer une « Collecte des synthèses synodales » produites par les différents diocèses, et la transmettre à Rome. Au moment de voter le document, la Conférence épiscopale n’en a pas approuvé le contenu, se limitant à constater l’adhésion de milliers de prêtres et de fidèles interrogés à ces demandes. Mais les demandes envoyées à Rome incluent justement le dépassement du célibat du clergé, l’ordination des femmes au diaconat et à la prêtrise ou à tout le moins, « comme premier pas », le fait qu’on leur confie des homélies à la messe, une réforme radicale de la liturgie et de son langage « désormais irrecevables », l’admission généralisée aux sacrements des divorcés remariés et des couples homosexuels.

    En Irlande, c’est pareil. En plus des comptes-rendus des consultations dans chaque diocèse, les évêques se sont fendus d’un grand sondage d’opinions parmi les fidèles. Il en résulte que la quasi-totalité des catholiques irlandais veut des prêtres mariés et des femmes prêtres, 85% souhaitent le dépassement de condamnation des actes homosexuels, 70% veulent que les laïcs puissent également disposer du pouvoir de décision dans l’Église et d’autres encore voudraient qu’on en finisse à la messe avec les lectures « sanglantes » de l’Ancien Testament.

    Sœur Nathalie Becquart, la sous-secrétaire à Rome du synode sur la synodalité, qui était présente à la réunion de la Conférence épiscopale d’Irlande de la mi-juin, a déclaré qu’en deux mille ans d’histoire, c’était la première fois que l’Église donnait vie à une consultation aussi universelle, que le Pape François a voulu faire partir de la base. Personne ne sait où ce synode s’arrêtera, a-t-elle conclu, mais c’est justement pour cela qu’il faut être ouverts aux « surprises de l’Esprit Saint ».

    Sœur Becquart, qui aura le même droit de vote que les évêques au synode, fait partie du tiercé nettement progressiste que le Pape François a mis à la tête du synode sur la synodalité, tout comme le secrétaire général, le cardinal maltais Mario Grech et le rapporteur général, le cardinal luxembourgeois et jésuite Jean-Claude Hollerich.

    Et comme si cela ne suffisait pas, le Pape François a flanqué ces deux cardinaux d’un groupe de travail sur la manière de concilier le synode allemand avec celui de l’Église universelle. Cette information a été donnée par le président de la Conférence épiscopale d’Allemagne, l’évêque du Limbourg Georg Bätzing, dont les velléités révolutionnaires vont encore plus loin que celles, déjà très téméraires, de Mgr Hollerich lui-même, au point d’avouer qu’il était « déçu » des avancées trop lentes du Pape.

    C’est en vain que plusieurs évêques et cardinaux ont frappé à la porte du Dicastère pour la doctrine de la foi, en demandant que les thèses les plus hardies du cardinal Hollerich soient démenties, surtout celles qui renversent la doctrine sur la sexualité et l’homosexualité. Le dicastère se tait et tout le monde pense qu’elle est muselée par le Pape.

    Parmi les nouveaux cardinaux annoncés par le Pape François le dimanche de l’Ascension, au moins deux sont des paladins de cette révolution doctrinale : l’évêque de San Diego, Robert McElroy et l’archevêque de Manaus, Leonardo Ulrich Steiner.

    La politique de la carte blanche accordée par le Pape au « chemin synodal » allemand a pour conséquence que le nombre de ceux qui s’estiment autorisés à se comporter de la sorte ne cesse de grandir au sein de l’Église.

    En Allemagne, on parle encore de l’affaire de ces trois cents frères franciscains qui ont élu comme supérieur provincial Markus Fuhrmann, qui avait défrayé la chronique quelques semaines plus tôt pour avoir publiquement déclaré qu’il était homosexuel, en plus d’être un ardent promoteur des nouveautés les plus hardies en chantier dans le « chemin synodal » allemand.

    Et quelques jours plus tard, toujours en Allemagne, le numéro un de la hiérarchie allemande, le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et membre de premier plan de conseil restreint des cardinaux créé par le Pape pour l’assister dans le gouvernement de l’Église universelle, a réclamé pour la énième fois les mêmes nouveautés – y compris la bénédiction à l’église des unions homosexuelles, expressément interdite par le Vatican.

    En Suisse, dans le diocèse de Coire, l’évêque Joseph Marie Bonnemain a contraint les prêtres et les collaborateurs diocésains à signer une charte arc-en-ciel où ils s’engagent entre autres à « renoncer à tout jugement globalement négatif sur de prétendus comportements non bibliques en matière d’orientation sexuelle ».

    En Italie, dans l’archidiocèse de Bologne, ce 11 juin, un couple d’hommes s’est marié civilement à la commune et, immédiatement après, a célébré son union à l’église, à l’occasion d’une messe présidée par le responsable de la pastorale familiale de l’archidiocèse, don Gabriele Davalli. Un communiqué de l’archidiocèse a ensuite tant bien que mal tenté de justifier ce qui s’était passé, en prétendant qu’il ne s’agissait simplement – contre l’évidence des faits – d’une messe d’action de grâce pour le groupe catholique LGBT « In cammino », dont ces deux hommes font partie. Mais il n’a échappé à personne que l’archevêque de Bologne est le cardinal Matteo Zuppi, qui depuis un mois est le président, nommé par le pape, de la Conférence épiscopale italienne et le premier en lice des papables lors d’un futur conclave. On peut s’attendre à ce que cet épisode ruine ses chances de succéder à François, en lui faisant perdre les quelques votes qui aurait pu récolter auprès des cardinaux de tendance conservatrice.

    Bref, la contagion du « chemin synodal » d’Allemagne, non maîtrisée par le Pape, a désormais franchi les frontières et menace de conditionner le synode général sur la synodalité lui-même. La vibrante lettre ouverte envoyée aux évêques allemands le 11 avril par les cardinaux Francis Arinze, Raymond Burke, Wilfried Napier, George Pell, Camillo Ruini, Joseph Zen et par une centaine d’archevêques et d’évêques du monde entier n’aura servi à rien.

    Le cardinal Kasper dénonce également le risque que l’Église catholique ne se transforme en une sorte de synode permanent, à la demande de la base, c’est-à-dire de la culture dominante, qui en tirerait les ficelles.

    Quoi qu’il en soit, de l’avis d’un autre cardinal, l’italien Camillo Ruini, une bonne partie de l’Église a déjà franchi les limites de la doctrine catholique au moins sur un point : l’approbation des actes homosexuels. « Je ne nie pas qu’il y ait un risque de schisme », a-t-il déclaré dans une interview accordée à « Il Foglio » le 4 mai dernier. « Mais je garde confiance qu’avec l’aide de Dieu, on puisse le surmonter ».

  • Vers l’échec ? Pourquoi les jeunes catholiques sont les grands absents de la démarche synodale :

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    Chemin-Synodal-Synode.jpgDans la consultation synodale, les 20-45 ans ont manqué à l’appel. À l’issue de la rédaction de la synthèse synodale, ceux-ci beaucoup font part de leur déception quant aux propositions évoquées par leurs aînés. Le marqueur d’une fracture générationnelle dans l’Église de plus en plus visible. Lu sur le site web du magazine « La Vie », sous la signature de Youna Rivallain :

    Sur les pelouses des Invalides à Paris, une petite trentaine de jeunes de 20 à 30 ans s’est rassemblée autour d’une nappe à carreaux, de bières tièdes et de bâtonnets de carottes trempés dans le houmous. C’est la dernière soirée Even de Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, un groupe d’échange et d’approfondissement de la foi réunissant des jeunes du quartier. Étudiante en histoire de l’art, Victoire a un mouvement de recul lorsque nous abordons le sujet : « Synode ? C’est quoi ? C’est comme un concile ? »

    À l’issue de la phase diocésaine du synode sur la synodalité, qui s’est conclue mi-juin par une assemblée plénière exceptionnelle des évêques à Lyon et l’envoi à Rome de la synthèse des réflexions diocésaines, les évêques ont salué la participation de plus de 150 000 personnes en France. Pourtant, une bonne partie de l’Église manque à l’appel : la tranche des 20-45 ans. « Il faudra s’améliorer, reconnaissait Alexandre Joly, évêque de Troyes chargé du synode, lors de la conférence de presse à l’issue de l’assemblée plénière le 15 juin. Ceux qui ont une habitude de prise de parole dans l’Église y sont allés naturellement. Il a manqué la génération des 20-45 ans. Les paroles exprimées ne sont pas celles de toutes les sensibilités, de toutes les générations, mais c’est la parole d’un très grand nombre. »

    A lire aussi : Synode sur la synodalité : ce que les catholiques français ont dit

    Les conclusions des évêques se constatent sur le terrain. Sur la pelouse des Invalides, même si les 2/3 du groupe étaient au courant du synode en cours, seuls deux des 26 jeunes présents y ont participé. Victoire fait partie du tiers qui n’en avaient jamais entendu parler. Personne, pourtant, ne pourrait dire que ces jeunes ne sont pas engagés dans l’Église, ou restent dans leur canapé, pour reprendre l’expression consacrée du pape François. Tous les mardis soir, ce groupe de jeunes répartis en cinq petites équipes se réunit pour échanger sur des textes bibliques ou théologiques, approfondir leur foi, écouter un enseignement donné par le prêtre qui les accompagne, Alexandre Demidoff, qui fêtera bientôt son premier anniversaire d’ordination. « Ces jeunes sont engagés, aiment l’Église, sinon ils ne seraient pas là chaque semaine », rappelle le jeune prêtre.

    Contraintes d’agendas

    Pourtant, malgré leur investissement dans l’Église, le synode sur la synodalité n’a pas trouvé sa place dans leurs agendas… Comme dans celui de nombreux jeunes. Les raisons sont diverses, au sein du groupe Even et au-delà. Sur un total de 75 jeunes consultés, la majorité évoque des contraintes de temps, surtout chez les jeunes parents, pour assister à des réunions souvent en fin de journée. « Nous avons eu des propositions via la paroisse et le mouvement des Équipes Notre-Dame pour participer, explique une jeune maman de 30 ans habitant la capitale. Les groupes se sont formés à partir de la fin janvier et il fallait caser plusieurs réunions avant début avril… Entre nos trois enfants en bas âge, nos deux boulots assez loin de la maison, nous n’avons pas réussi à nous libérer suffisamment. Quand je vois les personnes qui étaient dans les groupes sur ma paroisse, quasi tous retraités, je ne suis pas surprise des résultats de la consultation. »

    A lire aussi : Synode sur la synodalité : les doléances et les silences de l’Église de France

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  • Faut-il qu'il y ait des hérésies ?

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    Du site de l'Homme Nouveau :

    Avons-nous besoin des hérésies ? La réponse du Club des Hommes en noir

    La phrase de Saint Paul "Opportet hereses esse" est-elle encore d'actualité ? Quels rôles ont joué dans l'histoire de l'Eglise les différentes hérésies, et ont-elles permis à l'Eglise de renforcer sa doctrine au fil du temps ? Enfin, certaines hérésies, autrefois condamnées, ne sont-elles pas en train de revenir au goût du jour ? Le Club des Hommes en noir composé des abbés Célier et Guelfucci, ainsi que de Jeanne Smits et du Docteur de Labriolle, sous la direction de Philippe Maxence, s'attelle à nous apporter quelques réponses dans ce dernier épisode de la saison 2022-2023.

                          

  • Vouloir aligner l'Eglise sur le monde c'est précipiter sa destruction

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    Du Père Luc de Bellescize en tribune sur le site de Famille Chrétienne :

    Père Luc de Bellescize : « Toute volonté d’aligner l’Église sur le monde aggravera sa destruction »

    C’était à Notre-Dame de Paris, le 30 mai 1981. Le Saint Père avait honoré la mission fondamentale du successeur de Pierre, reçue de la bouche même du Seigneur : affermir ses frères dans la foi (Lc 22, 32). Après les années troubles qui avaient suivi le concile, lesquelles avaient vu un départ important de prêtres qui ne croyaient plus en leur sacerdoce, Jean Paul II avait redonné à l’Église qui est en France, une conscience de sa grâce propre, de ses racines profondes, une joie de croire et de donner sa vie. Il n’avait pas accusé la laideur, mais révélé la beauté. La vocation ultime de la lumière est d’illuminer et d’embellir, non d’abord de dénoncer et d’enlaidir. La dénonciation ne peut être qu’un chemin passager, qui doit conduire à un surcroît de clarté et de confiance. Sa présence même était une source de paix et de consolation. Et les prêtres avaient relevé la tête. Je me souviens des JMJ de Paris en 1997, de celles de Rome au grand jubilé de l’an 2000, du cardinal Lustiger, de cette impression forte d’une clarté doctrinale, d’une intelligence de la foi, d’une amitié bienveillante entre ces deux hommes qui portaient l’Église dans notre pays comme de bons pasteurs.

    Flottement doctrinal et méfiance larvée

    Sans doute y avait-il des ombres aussi, des tensions et des petitesses, comme en toute vie. Le scandale de la pédophilie de certains clercs couvait sous la cendre des compromissions et des silences coupables. Benoît XVI a eu, le premier, la force de dénoncer résolument ces crimes. Que le Seigneur le bénisse pour sa lucidité et son courage, poursuivi avec détermination par le Pape François. Sans doute, comme le dit Saint Exupéry, « nous habillons les morts de leur sourire le plus clair », mais Jean Paul II était un saint, malgré les aveuglements, les erreurs de jugement et la part des ténèbres, et sa sainteté redonnait force et vigueur à nos mains défaillantes. C’était hier. J’ai l’impression pourtant que c’était un autre monde tant nous sommes aujourd’hui dans un flottement doctrinal, notamment sur la morale sexuelle et familiale, et dans une méfiance larvée envers notre engagement sacerdotal et notre célibat consacré.

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  • "On se marie parce qu'on veut fonder son mariage sur l'amour du Christ, qui est ferme comme le roc." (pape François)

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    Du pape François lors de son discours du 22 juin à la Xème Rencontre internationale des Familles à Rome (extraits) :

    (...)

    "Nous pouvons dire que lorsqu'un homme et une femme tombent amoureux, Dieu leur offre un cadeau : le mariage. Un don merveilleux, qui porte en lui la puissance de l'amour divin : fort, durable, fidèle, capable de se relever après chaque échec ou fragilité. Le mariage n'est pas une formalité à remplir. On ne se marie pas pour être catholique "avec étiquette", pour obéir à une règle, ou parce que l'Église le dit, ou pour faire une fête ; non, on se marie parce qu'on veut fonder son mariage sur l'amour du Christ, qui est ferme comme le roc. Dans le mariage, le Christ se donne à vous, afin que vous ayez la force de vous donner l'un à l'autre. Courage, donc, la vie de famille n'est pas une mission impossible ! Avec la grâce du sacrement, Dieu fait en sorte que ce soit un merveilleux voyage à faire ensemble avec Lui, jamais seul. La famille n'est pas un bel idéal, inatteignable dans la réalité. Dieu garantit sa présence dans le mariage et la famille, non seulement le jour du mariage mais tout au long de la vie. Et il vous soutient chaque jour dans votre voyage."

    (...)

    "Assister à l'éclatement d'une famille est un drame qui ne peut nous laisser indifférent. Le sourire des conjoints disparaît, les enfants sont perdus, la sérénité de chacun s'évanouit. Et la plupart du temps, on ne sait pas quoi faire."

    (...)

    "Le désir qui se trouve au fond du cœur de chacun est que l'amour ne se termine pas, que l'histoire construite avec l'être aimé ne s'achève pas, que les fruits qu'il a générés ne se perdent pas. Tout le monde a ce désir. Personne ne souhaite un amour "à court terme" ou "à durée déterminée". Et c'est pourquoi on souffre beaucoup lorsque les défaillances, les négligences et les péchés humains détruisent un mariage."

    (...)

    "Dans la famille, une dynamique d'acceptation est vécue, car tout d'abord les conjoints se sont accueillis mutuellement, comme ils se sont dit le jour de leur mariage : "Je t'accueille". Et puis, en mettant des enfants au monde, ils ont accueilli la vie de nouvelles créatures. Et si, dans les contextes anonymes, les plus faibles sont souvent rejetés, dans les familles, en revanche, il est naturel de les accueillir : un enfant handicapé, une personne âgée qui a besoin de soins, un parent en difficulté qui n'a personne... Et cela donne de l'espoir. Les familles sont des lieux d'accueil, et malheur à elles si elles venaient à manquer ! Malheur. Une société deviendrait froide et invivable sans familles accueillantes. Elles sont un peu la chaleur de la société, ces familles accueillantes et généreuses."

    (...)

  • La "voie synodale allemande" : une tentative de coup d'Etat d'après le cardinal Kasper

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    Lu sur kath.net/news :

    Le cardinal Kasper intensifie la critique du chemin synodal - "... il brise le cou de l'église"

    22 juin 2022

    D'un ton lancinant, le cardinal presque nonagénaire rappelle aux évêques allemands ce que « chaque évêque (a) publiquement promis lors de son ordination épiscopale. Nous devrons rendre compte de cela un jour.

    Quelques jours après que le cardinal Christoph Schönborn de Vienne se soit clairement distancié de la voie synodale allemande, le cardinal Walter Kasper, qui appartient également à l'aile réformatrice, a vivement critiqué l'approche allemande. Dans une contribution à l'initiative "Nouveau Commencement", l'ancien dirigeant œcuménique du Vatican a accusé les évêques allemands de détruire l'un des trois piliers sur lesquels repose l'Église - à savoir la fonction d'évêque. La fonction d'évêque est "à ce jour commune à toutes les églises du premier millénaire en Orient et en Occident ... Quiconque scie ce pilier brise le cou de l'église".

    Kasper fait référence à l'intention de certains évêques allemands de se soumettre en permanence à un conseil synodal. (...) « Les évêques », selon Kasper, « ne peuvent en effet plus exercer la tâche et l'autorité qui leur sont assignées, s'ils y renoncent volontairement dans un acte d'engagement et déclarent qu'ils suivront les décisions du synode ou du futur conseil synodal.»

    Kasper considère les engagements des évêques exigés par le chemin synodal comme un "truc paresseux". Aucun évêque ne peut pour lui-même (et certainement pas pour ses successeurs en fonction) renoncer à l'exercice de ses fonctions légales. « Imaginez un fonctionnaire qui se laisse nommer puis renonce à l'exercice de ses fonctions légales. Une procédure légale serait sans danger pour lui. » Kasper voit même la manœuvre stratégique avec les auto-engagements comme « un coup d'État, une tentative de coup d'État » dans l'Église au sens du droit constitutionnel. Kasper : "A terme, un tel engagement équivaudrait à une démission collective des évêques."

    D'un ton lancinant, le cardinal presque nonagénaire rappelle aux évêques allemands ce que « chaque évêque (a) publiquement promis lors de son ordination épiscopale. Il faudra en rendre compte un jour." Kasper supplie ses confrères : "On ne s'en tirera pas avec des points de vue purement tactiques." Aussi noble que clair sur le sujet, le chef d'église Kasper s'adresse au siège du jugement de Dieu uniquement en son propre nom : « Je ne juge pas les autres ; Je peux seulement dire que je ne vois pas comment je pourrais représenter des déclarations individuelles qui ont déjà été décidées (c'est-à-dire : sur le chemin synodal) comme compatibles avec l'évangile au jugement dernier.

  • Invoquer saint Thomas More, patron céleste des responsables de gouvernement et des hommes politiques (22 juin)

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    Saint Thomas More, la fidélité à l'Eglise au prix de la tête - Diocèse de  Versailles

    LETTRE APOSTOLIQUE
    EN FORME DE MOTU PROPRIO
    POUR LA PROCLAMATION DE SAINT THOMAS MORE
    COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT
    ET DES HOMMES POLITIQUES

    JEAN-PAUL II
    EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE

    1. De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside «le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime» (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.

    Certains Chefs d’État et de gouvernement, de nombreux responsables politiques, quelques Conférences épiscopales et des évêques individuellement m’ont récemment adressé des pétitions en faveur de la proclamation de saint Thomas More comme Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques. Parmi les signataires de la demande, on trouve des personnalités de diverses provenances politiques, culturelles et religieuses, ce qui témoigne d’un intérêt à la fois vif et très répandu pour la pensée et le comportement de cet insigne homme de gouvernement.

    2. Thomas More a connu une carrière politique extraordinaire dans son pays. Né à Londres en 1478 dans une famille respectable, il fut placé dès sa jeunesse au service de l’Archevêque de Cantorbéry, John Morton, Chancelier du Royaume. Il étudia ensuite le droit à Oxford et à Londres, élargissant ses centres d’intérêts à de vastes secteurs de la culture, de la théologie et de la littérature classique. Il apprit à fond le grec et il établit des rapports d’échanges et d’amitié avec d’importants protagonistes de la culture de la Renaissance, notamment Didier Érasme de Rotterdam.

    Sa sensibilité religieuse le conduisit à rechercher la vie vertueuse à travers une pratique ascétique assidue: il cultiva l’amitié avec les Frères mineurs de la stricte observance du couvent de Greenwich, et pendant un certain temps il logea à la Chartreuse de Londres, deux des principaux centres de ferveur religieuse dans le Royaume. Se sentant appelé au mariage, à la vie familiale et à l’engagement laïc, il épousa en 1505 Jane Colt, dont il eut quatre enfants. Jane mourut en 1511 et Thomas épousa en secondes noces Alice Middleton, qui était veuve et avait une fille. Durant toute sa vie, il fut un mari et un père affectueux et fidèle, veillant avec soin à l’éducation religieuse, morale et intellectuelle de ses enfants. Dans sa maison, il accueillait ses gendres, ses belles-filles et ses petits-enfants, et sa porte était ouverte à beaucoup de jeunes amis à la recherche de la vérité ou de leur vocation. D’autre part, la vie familiale faisait une large place à la prière commune et à la lectio divina, comme aussi à de saines formes de récréation. Thomas participait chaque jour à la messe dans l’église paroissiale, mais les pénitences austères auxquelles il se livrait n’étaient connues que de ses proches les plus intimes.

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  • Homélie Fête-Dieu 18 juin 2022 Liège, église du Saint-Sacrement Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

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    "Chers Frères et Sœurs,

    Vous savez peut-être que dans certaines églises du moyen âge, comme à la cathédrale de Chartres ou à celle de Cologne, un dallage représente un labyrinthe. C’est le signe du mystère de la foi et du chemin, parfois tortueux, qui nous mène à Dieu.

    Ce matin, j’ai eu l’occasion d’inaugurer devant la porte de l’église de Cornillon un autre dallage mystérieux : il représente un grand cercle en pierre de sable, de 8 mètres de diamètre, avec une échancrure, comme un morceau de tarte, en pierre calcaire grise. Vous l’avez compris, il s’agit d’une évocation de la vision qu’avait sainte Julienne de Cornillon, avant de promouvoir la fête du saint sacrement. Elle voyait la lune à laquelle il manquait une fraction. Après de nombreuses années, elle comprit que cette vision signifiait l’Église à laquelle il manquait une fête, la fête du S.-Sacrement du corps et du sang du Christ. La vision représentait l’hostie à laquelle il manquait une fraction. L’hostie évoquait la célébration de l’eucharistie et la communion au corps du Christ. Désormais à Cornillon l’esplanade créée devant la porte de l’église entraîne aussi notre contemplation : contemplation de la façade de l’église, contemplation du site du monastère et de la ville de Liège, contemplation du Christ et de l’humanité, grâce à la prière ou la rencontre.

    Ainsi, nous aussi comme sainte Julienne, nous sommes invités à contempler le Christ dans son humanité pour découvrir sa divinité. Le Christ partage sa vie, comme il a partagé le pain à la dernière Cène. Ce partage pourrait donner l’impression de faiblesse, car le Christ annonce le don de sa vie, la venue de sa passion, le corps brisé, le sang versé. Pourtant ce partage est une source de vie : comme le dit Jésus à la dernière Cène, « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. … Comme je vis par le Père, celui qui me mange vivra par moi » (Jn 6).

    Comme l’écrit le pape Urbain IV,  « ce pain n’est pas de même nature que le pain commun. On le prend, mais on ne le consume pas ; on le mange, mais il n’en reçoit point d’altération ; car il ne se transforme pas en celui qui l’a mangé; mais, au contraire, si on l’a reçu dignement, il transforme celui qui l’a reçu et il le rend semblable à Lui ». Donc notre communion au corps du Christ nous transforme intérieurement et nous convertit. Comme dit le Lauda Sion,  à la strophe 16, « Qu’un seul ou mille reçoivent ce pain, l’un y trouve autant que l’autre ; et, consommé, ce pain ne disparaît pas ».

    Le pain partagé est donc le mystère d’un don sans mesure et d’une joie sans mesure ! C’est pourquoi sainte Julienne a eu l’inspiration qu’il fallait une fête pour célébrer ce corps et ce sang du Christ, partagé à toute l’humanité. Ce mystère visible de tous comme la lune est visible de tous au même moment sur toute la terre ! Et ce soir, n’oubliez pas de regardez le ciel, vous verrez la lune à laquelle il manque un morceau, car nous après la pleine lune du dimanche de la Trinité, deux mois après la pleine lune de Pâques, nous fêtons la fête du S. Sacrement, avec la lune à laquelle il manque une portion, une fraction, le pain rompu pour un monde nouveau.

    Or ce fut la volonté de Jésus lui-même que de prolonger sa vie terrestre par un signe perpétuel. C’est le geste qu’il a fait à la dernière cène, comme nous le raconte saint Paul dans sa 1e lettre aux Corinthiens (1 Cor 11,23-26) : « Le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, prit du pain et rendant grâces, le rompit et dit : prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». Donc Jésus, face à la souffrance et à la mort, partage le pain et le vin, en tant que son corps et son sang. Face à la fragilité de sa vie, à l’échec apparent de sa mission, face à la pauvreté des disciples qui vont se sentir abandonnés, Jésus ne baisse pas les bras, il ne tombe pas dans la déprime, encore moins dans la fuite. Il partage cette nourriture essentielle d’un repas, que sont le pain et le vin, en disant qu’ils sont son corps et son sang. Ils représentent une vie fragile, une vie qui va être enlevée. Mais ils représentent en même temps un partage de cette vie et une démultiplication de ses effets : « faites ceci en mémoire de moi ». Le corps et le sang du Christ, donnés en communion, nous associent aujourd’hui à sa vie, à sa mort et à sa résurrection. Notre pauvreté est dépassée, nous sommes rassasiés ; nous recevons une vie nouvelle, par notre communion à la pauvreté du Christ.

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    Dieu est dans ce partage de la pauvreté et nous communique sa divinité. Et c’est pourquoi, en abrégé, nous appelons « Fête-Dieu » la fête d’aujourd’hui. Nous la célébrons ici dans cette église du Saint-Sacrement d’une manière particulièrement solennelle, dans la forme ancienne du rite romain, parce qu’elle nous permet de garder la richesse de la liturgie ancienne, dans la beauté de ses gestes, ses mots et de ses chants, qui évoquent le mystère d’amour de Dieu qui se donne à nous.

    Frères et Sœurs, dans la communion au Christ nous trouvons la vraie vie, et dans la communion à celui qui souffre, nous trouvons la vraie joie. Ainsi la communion au Christ débouche dans une communion en Église.

    Alors recevons avec foi le corps du Christ qui nous est donné en communion et soyons des témoins de la vraie vie dans notre monde !

    Amen ! Alleluia !"