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Doctrine

  • Léon XIV : Le commencement des adieux ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Le début des adieux ?

    Le discours prononcé la semaine dernière par Léon XIV devant les participants à la session plénière du Dicastère pour la Doctrine de la Foi était très attendu . Après que Léon XIV eut accepté de finaliser les documents laissés en suspens par le pape François, on ignorait si ce dernier maintiendrait la position du dicastère ou y apporterait une modification.

    Le discours de Léon XIV, d'un ton calme et posé, évoqua les documents récemment publiés et souligna l'œuvre remarquable du dicastère. Le pape se félicita ensuite que la session plénière fût consacrée à la transmission de la foi.

    Ce discours semblait, à certains égards, marquer la fin d'une époque. La liste des derniers documents importants commence par la note Gestis verbisque sur la validité des sacrements, datant de février 2024. En commençant par ce document, Léon a pu exclure la très controversée Fiducia supplicans sur la bénédiction des couples irréguliers, publiée par DDF en décembre 2023. Le document plus récent sur les titres mariaux, lui aussi controversé, a quant à lui été retenu.

    Le pape, indirectement, marque une rupture dans le travail du dicastère par un choix qui semble particulièrement significatif. Ce discours a, d'une certaine manière, conclu un cheminement entamé avec le pape François et achevé avec la publication des derniers documents. Léon XIV orientera vraisemblablement le Dicastère pour la doctrine de la foi dans une direction différente.

    Cela signifie-t-il que le préfet va changer ?

    Tout le monde s'attend à ce que le cardinal Victor Manuel Fernandez , ami personnel et principal conseiller du pape François, prenne sa retraite très prochainement. Le discours du pape révèle cependant un changement de méthode, certainement pas de la part d'un préfet.

    Il semble en effet peu probable que le pape remplace un préfet, aussi dissident soit-il, lorsque des raisons pratiques l'obligent à procéder à un important renouvellement générationnel. Les cardinaux Michael Czerny (qui aura 80 ans en juillet) , Marcello Semeraro, Arthur Roche, Kurt Koch et Kevin Farrell ont déjà 75 ans. Lazarus You Heung-sik , préfet du Dicastère pour le clergé, aura lui aussi 75 ans.

    Dans ce vaste renouvellement générationnel, il est peu probable que le pape s'en prenne aux responsables des dicastères dont le mandat n'arrive pas à échéance et où cela n'est pas nécessaire. Il lui est toutefois plus aisé de donner des orientations, une ligne directrice claire, et c'est précisément ce qu'il fait actuellement, par ses paroles et ses omissions.

    La ligne que Léon a commencé à tracer pour la DDF marque assurément une rupture, aussi soigneusement et délicatement formulée soit-elle. Elle s'écarte d'une position franchement agressive encouragée, voire inaugurée, par le pape François. Elle s'inscrit également dans le cadre des préparatifs d'une transition générationnelle nécessaire entre la Curie de l'ère François et la nouvelle Curie léonine.

    Il est cependant extrêmement difficile de comprendre qui sont les hommes de Léon XIV, et peut-être la vérité est-elle qu'ils n'existent tout simplement pas.

    Le choix de Mgr Filippo Iannone comme préfet du Dicastère des évêques ne reposait pas sur une amitié personnelle, mais sur la connaissance de ses compétences et de son tempérament : un homme courtois, habitué à résoudre les problèmes avec rigueur et discipline. Quant à Mgr Redaelli, nommé secrétaire du Dicastère du Clergé en sa qualité d’archevêque de Gorizia, il n’appartenait pas au cercle du pape.

    Même le deuxième secrétaire du pape, Marco Billeri, ne figurait pas parmi les amis de Léon XIV . Il était originaire du diocèse de San Miniato, dirigé par l'évêque Giovanni Paccosi , avec lequel le pape avait été missionnaire au Pérou.

    L'une des raisons pour lesquelles il est si difficile de repérer les hommes de Léon XIV est que Prévost ne formait pas de disciples. Il cherchait à vivre en communauté et traitait donc tout le monde comme des amis. Parmi les nouveaux collaborateurs, le seul qui appartienne véritablement à l'entourage de Léon XIV est peut-être son secrétaire, Monseigneur Edgard Rimcauyna.

    Et puis il y a les amis du pape, qui, pour l'instant, restent en dehors des fonctions gouvernementales.

    Ils sont le point d'ancrage du Pape, son regard tourné vers le monde extérieur, le souvenir de son choix, avant tout, de devenir moine . Ce sont ses amis augustins de toujours, qui, toutefois, n'abusent pas de sa proximité, gardant le secret qui les entoure. Ou bien ce sont les Péruviens, car Léon XIV resta profondément attaché au Pérou. Et, de fait, la première langue qu'il utilisa après l'italien, une fois élu pape, ne fut pas son anglais natal, mais l'espagnol qu'il avait adopté, lorsqu'il s'adressait au diocèse dont il avait été l'évêque.

    En effet, lorsque le Pape doit se tourner vers le cœur, il se tourne vers le Pérou. Ce n'est pas un hasard si son chef cuisinier est péruvien. Ce n'est pas un hasard non plus si, le 29 janvier dernier, il s'est présenté à l'improviste au déjeuner des évêques péruviens lors de leur visite ad limina , s'asseyant à leur table comme l'un d'eux, comme il le faisait lorsqu'il était véritablement l'un des leurs.

    En résumé, les hommes de Léon XIV sont inconnus, et il est donc difficile de faire des prédictions. Chacun attend avec impatience la nomination des nouveaux chefs de département et tente de comprendre si le pape agira comme lors du pontificat précédent, confirmant ou infirmant ses décisions par de longues et soudaines communications.

    Il semble toutefois plus probable que le pape, jusqu'à la nomination des nouveaux chefs de dicastères, laisse la situation en l'état, sans confirmations ni annonces de départs. Une longue période d'étude, pourrait-on dire, se mue en de longs adieux.

    Il reste à voir si le pape changera d'abord les mentalités, puis les individus, ou l'inverse. Au final, tout cela s'inscrit dans la grande transition que chacun attend, une transition qui, à l'instar de Godot, se fait plus difficile à atteindre que l'attente . Mais peut-être n'arrivera-t-elle jamais. Peut-être devons-nous simplement espérer un retour à la normale. C'est d'ailleurs pour cela, en fin de compte, que le pape a été choisi.

  • Les principales affirmations des catholiques traditionalistes sont confirmées par un acteur clé du concile Vatican II

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    Via Le Forum Catholique :

    Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 27 janvier 2026 sur The Remnant sous le titre : « Traditional Catholicism’s Key Claims Are Confirmed by a Pro-Vatican II Insider ».
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    Le prêtre norbertin Boniface Luykx n'était pas un catholique traditionaliste, mais in acteur clé du concile Vatican II, impliqué dans presque toutes les phases de son élaboration et de sa mise en œuvre. Ses réflexions rejoignent trois affirmations essentielles des catholiques traditionalistes : les mises en garde des conservateurs étaient justifiées ; certains documents de Vatican II étaient anthropocentriques et dangereusement ambigus ; et la messe du Novus Ordo contrevient aux exigences fondamentales de Vatican II.

    « Simplifions encore une fois le tableau. Le cœur de cette crise consiste à déplacer le centre de l’être de Dieu à l’homme, du vertical à l’horizontal. » (Archimandrite Boniface Luykx, Une vision plus large de Vatican II : Souvenirs et analyse d’un consulteur du Concile, p. 143)

    Dans son récent entretien avec Michael Matt, Mgr Athanasius Schneider a recommandé « Une vision plus large de Vatican II : Souvenirs et analyse d’un consulteur concile », un ouvrage de l’archimandrite Boniface Luykx. L’archimandrite Luykx n’était pas un catholique traditionaliste, mais ses réflexions nous sont aujourd’hui d’une valeur inestimable, car il aimait profondément la foi catholique et fut un acteur majeur du Concile Vatican II, impliqué dans presque toutes les phases d’élaboration et de mise en œuvre de la Constitution sur la liturgie sacrée (CSL), Sacrosanctum Concilium . Comme nous le verrons plus loin, son diagnostic de la crise de l’Église est précieux non seulement pour sa fine analyse des problèmes liés à la messe du Novus Ordo, mais aussi parce qu’il a formulé ces critiques en toute confiance dans le Concile et ses fruits.

    Avant d'aborder les diverses observations profondes que l'archimandrite Luykx a formulées sur la crise, il convient de souligner un concept essentiel qui imprègne tout l'ouvrage :

    « Ce livre appliquera constamment le principe aristotélicien de cause à effet, démontrant comment des actes particuliers engendrent nécessairement des effets particuliers irrésistibles dans ce drame post-conciliaire.» (p. 13)

    De manière générale, l'ouvrage respecte effectivement ce principe de cause à effet. Si cela peut paraître anodin, sa véritable importance réside dans le fait qu'il a perçu les problèmes de Vatican II alors même qu'il considérait ce concile comme « véritablement le fruit d'une croissance spirituelle au sein de l'Église, à un moment où elle était mûre pour cela » (p. 42). Grâce à sa lucidité et à son courage d'affirmer ce qu'il voyait, ses réflexions rejoignent trois affirmations clés des catholiques traditionalistes : les mises en garde des conservateurs étaient justifiées ; certains documents de Vatican II étaient anthropocentriques et dangereusement ambigus ; et la messe du Novus Ordo contrevient aux exigences fondamentales du concile Vatican II.

    Les mises en garde des conservateurs étaient justifiées

    Pour comprendre combien il a dû être difficile pour l'archimandrite Luykx de reconnaître la justesse des mises en garde des conservateurs concernant le Concile, on peut considérer la manière dont il a fait l'éloge de certains théologiens qui comptaient parmi les plus farouches adversaires du catholicisme traditionnel :

    « En France, le mouvement liturgique s'est développé en parallèle du mouvement théologique, inspiré par de grands théologiens tels que Jean Daniélou, s.j., Henri de Lubac, s.j., et Yves Congar, o.p., qui ont orienté le renouveau vers un retour aux sources.» (p. 28)

    Pour les catholiques traditionnels, le « principe aristotélicien de cause à effet » nous apprend que les problèmes découlant du Concile sont précisément dus au fait que des hommes comme Daniélou, de Lubac et Congar ont contribué à façonner les idées contenues dans ses documents. Il est intéressant de noter que l'archimandrite Luykx a même reconnu que Congar avait été censuré avant le Concile :

    « Certains théologiens ont commis des excès dans certains domaines tout en restant globalement orthodoxes. Rome a été contrainte de censurer certains écrits de ces hommes – on pense notamment à l'ouvrage d'Yves Congar [Vraie et la Fausse Réforme dans l'Église] et aux propos de Teilhard de Chardin – sans pour autant rejeter l'intégralité de leur œuvre.» (p. 41)

    Bien qu'il ait mentionné cette censure de l'ouvrage de Congar – le même que celui cité par François dans son introduction au Synode sur la synodalité comme une tentative de créer une « Église différente »  – l'archimandrite Luykx n'a pas fait mention de l'encyclique Humani Generis de Pie XII, qui condamnait les idées de de Lubac et de Congar (sans les nommer). Là encore, cela n'a rien de surprenant, mais cela révèle une difficulté pour ceux qui sont moins enclins à accorder une réelle importance aux avertissements des papes antérieurs à Vatican II. Après tout, une grande partie de l'œuvre importante de ces papes a consisté à enseigner aux catholiques que des erreurs telles que le libéralisme et le modernisme engendreraient les effets néfastes que nous constatons aujourd'hui. Par conséquent, si nous ne comprenons pas les avertissements de Pie XII et de ses prédécesseurs, il est peu probable que nous saisissions les véritables causes des maux qui nous entourent aujourd'hui.

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  • Le pape Léon XIV affirme que l'Église catholique ne peut pas « relativiser » son enseignement sur le mariage

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    De Charles Collins sur Crux :

    Le pape Léon XIV affirme que l'Église catholique ne peut pas « relativiser » son enseignement sur le mariage.

    S'adressant lundi aux membres du Tribunal apostolique de la Rote romaine, le pape Léon XIV a mis en garde contre « une dangereuse relativisation de la vérité » en ce qui concerne l'enseignement de l'Église sur l'indissolubilité du sacrement de mariage.

    L'une des principales fonctions de la Rote romaine est de traiter les appels en matière de nullité de mariage au sein de l'Église catholique. Contrairement au divorce, qui met fin au mariage, une déclaration de nullité – souvent appelée « annulation » – peut être prononcée après qu'une procédure légale a établi qu'aucun mariage valide n'a réellement eu lieu.

    Si l'une des parties à un mariage présumé avait en réalité déjà été mariée et n'avait pas obtenu d'annulation, par exemple, l'Église déclarera le second mariage nul.

    Il existe de nombreuses autres raisons pour lesquelles un mariage peut être nul, toutes énumérées dans le Code de droit canonique de l'Église, et les cas d'annulation peuvent être plus ou moins difficiles à prouver.

    Lundi, Léon XIV a déclaré aux membres de la Rote – qui sont tous des prêtres – qu’il souhaitait parler du lien étroit entre la « vérité de la justice » et la « vertu de la charité ».

    « Il ne s’agit pas de deux principes opposés, ni de valeurs à équilibrer selon des critères purement pragmatiques, mais de deux dimensions intrinsèquement unies qui trouvent leur harmonie la plus profonde dans le mystère même de Dieu, qui est Amour et Vérité », a déclaré le pape Léon XIV.

    Il a déclaré que cette corrélation exige une exégèse critique constante et rigoureuse, « car, dans l’exercice de l’activité judiciaire, une tension dialectique surgit souvent entre les exigences de la vérité objective et les préoccupations de la charité ».

    « Il existe parfois un risque qu’une identification excessive aux vicissitudes souvent tourmentées des fidèles conduise à une dangereuse relativisation de la vérité », a déclaré le pontife.

    « En réalité, une compassion mal comprise, même si elle semble motivée par un zèle pastoral, risque d’occulter la dimension nécessaire à la recherche de la vérité propre à la fonction judiciaire. Cela peut se produire non seulement dans les cas de nullité de mariage – où cela pourrait conduire à des décisions pastorales dépourvues de fondement objectif solide – mais aussi dans tout type de procédure, compromettant ainsi sa rigueur et son équité », a-t-il ajouté.

    Dès le début de son pontificat, le pape François a simplifié la procédure d'annulation de mariage au sein de l'Église locale : en donnant plus de pouvoir aux évêques, en accélérant le processus et en veillant à ce que les fidèles n'aient pas à payer pour être entendus.

    Léon XIV a cependant déclaré aux juges de la Rote que l'objectif de son prédécesseur en rationalisant la procédure de nullité n'était pas d'affaiblir la réalité de l'indissolubilité du mariage sacramentel.

    Il a déclaré que, dans le cadre de la procédure plus courte d'annulation de mariage devant l'évêque diocésain, « la nature prima facie du motif d'annulation qui la rend possible doit être jugée avec beaucoup de soin, sans oublier que c'est la procédure elle-même, dûment mise en œuvre, qui confirme l'existence de l'annulation ou détermine la nécessité de recourir à la procédure ordinaire. »

    « Il est donc essentiel de continuer à étudier et à appliquer le droit canonique du mariage avec rigueur scientifique et fidélité au Magistère », a déclaré le pape Léon XIV.

    Il a déclaré à la Rote romaine que certains aspects des procédures canoniques peuvent être envisagés dans le contexte de la vérité dans la charité.

    « Avant tout, les actions des différents protagonistes de ce processus doivent être entièrement marquées par une volonté sincère de contribuer à faire la lumière sur le jugement juste à rendre, avec une honnêteté intellectuelle rigoureuse, une compétence technique et une conscience irréprochable », a-t-il déclaré.

    Léon a rappelé aux juges que leur rôle principal est la recherche de la vérité, « qui ne se réduit pas à l'accomplissement professionnel, mais doit être comprise comme une expression directe de responsabilité morale ».

    « Cette démarche est motivée avant tout par la charité, mais elle va au-delà des seules exigences de la justice, servant autant que possible le bien intégral des personnes, sans dénaturer sa fonction, mais en l’exerçant avec un plein sens de l’ecclésialité », a-t-il déclaré.

    « Les procédures canoniques doivent inspirer la confiance qui découle du sérieux professionnel, d’un travail intense et réfléchi, et d’un engagement sincère envers ce qui peut et doit être perçu comme une véritable vocation professionnelle. Les fidèles et toute la communauté ecclésiale ont droit à l’exercice juste et opportun des fonctions procédurales, car il s’agit d’un cheminement qui touche les consciences et les vies », a déclaré le pape.

    Le discours de lundi était la deuxième fois que le pape Léon XIV s'adressait à la Rote romaine depuis son élection.

    Le 21 novembre 2025, le pontife nouvellement élu s'est adressé à eux après une journée d'études.

    Il y a deux mois, Léon a rappelé aux juges du Saint-Siège que le jugement humain sur la nullité du mariage « ne peut toutefois pas être manipulé par une fausse miséricorde ».

    Il a déclaré à la Rote que l'Église devait se souvenir que les efforts visant à promouvoir la réconciliation entre époux étaient très importants, « y compris, lorsque cela est possible, par la validation du mariage ».

  • Une nouvelle revue de théologie à ne pas manquer; elle s’intitule « Fidei Communio »

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Une nouvelle revue de théologie à ne pas manquer. Elle s’intitule « Fidei Communio »

    Difficile d’imaginer un nom plus aligné sur la vision du pape Léon pour une nouvelle revue de théologie que « Fidei Communio ». Et pourtant, cette revue a été imaginée et est née avant l’élection de Robert Francis Prevost sur la chaire de saint Pierre. Avec dans l’esprit de ses promoteurs la conviction que « si la ‘communion’ était le principal défi postconciliaire, la crise de la foi était l’urgence en matière d’horizon actuel de la pensée ecclésiale ». Exactement comme dans la devise augustinienne du pape actuel : « In Illo uno unum », tous unis dans l’unique Christ.

    Deux épais numéros de « Fidei Communio » sont déjà sortis, à un rythme semestriel, grâce au travail d’un éditeur italien spécialisé, Nerbini, qui est basé à Florence. Mais il a des ambitions internationales, et le contenu des articles est intégralement disponible sur le web pour les lecteurs du monde entier.

    Cette nouvelle revue a vu le jour en 2025, exactement cinquante ans après la parution d’une autre célèbre revue de théologie presque homonyme, « Communio », fondée en 1975 par les éminents théologiens qu’étaient Hans Urs von Balthasar, Henri de Lubac, Joseph Ratzinger et Louis Bouyer. Leur intention était alors de proposer à l’Église une réflexion théologique s’inscrivant dans le sillage de Vatican II, à travers l’interprétation correcte d’une « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet Église » — comme allait le déclarer le pape Ratzinger – et non pas sous le prisme d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » prôné par la revue concurrente de l’époque, « Concilium », encore publiée en plusieurs langues à l’heure actuelle.

    La revue « Communio » est toujours publiée encore dans une douzaine de pays, mais plus en Italie ni en Espagne depuis une dizaine d’années. Alors que cette nouvelle revue a précisément vu le jour grâce à la fine fleur des théologiens italiens et espagnols des générations ayant suivi la fondation de la revue originale.

    Comme rédacteur en chef de « Fidei Communio », on retrouve Alessandro Clemenzia, de la Faculté Théologique d’Italie Centrale, à Florence. Tandis que le comité de direction se compose de deux professeurs de la Faculté de théologie Saint Isidore de Séville, Miguel Ángel Núñez Aguilera et Manuel Palma Ramírez, de Nicola Salato de la Pontifica Facoltà Teologica dell’Italia Meridionale, à Naples, et de Roberto Regoli, professeur à l’Université grégorienne de Rome.

    Notons au passage que le professeur Regoli, qui est un éminent historien de l’Église, n’est pas le seul auteur de la revue à ne pas être théologien, même s’il est plutôt doué en la matière, si l’on en juge par la manière dont il a su mettre ces deux compétences à profit dans l’analyse la plus fouillée à ce jour du pontificat de Benoît XVI, parue aux éditions Lindau en 2016 sous le titre « Oltre la crisi della Chiesa ».

    Et en effet, « Fidei Communio » entend donner de l’espace aux « religious studies », elle veut faire dialoguer la théologie avec d’autres milieux de la connaissance tels que l’histoire, le droit, la sociologie, la politologie, la littérature et les arts.

    On retrouve par exemple, dans le premier numéro de « Fidei Communio », des articles de la sociologue Cecilia Costa, de l’Université de Rome Trois, et du philosophe Paul Gilbert, de la Grégorienne, respectivement sur la religiosité catholique dans la culture contemporaine et sur l’intelligence artificielle. Tandis que le théologien José Granados compare la christologie avec l’anthropologie actuellement dominante.

    Dans ce premier numéro, on trouve également un « Forum » avec un débat sur les écrits d’ecclésiologie de Ratzinger entre le directeur de la revue et les historiens Regoli et Andrea Riccardi. Le professeur Regoli met directement le doigt sur la principale controverse qui divise aujourd’hui l’Église catholique, tiraillée entre une évolution sur le mode démocratique d’une part, à grand renfort de votes à la majorité sur les dogmes de la foi, et d’autre part la thèse de Ratzinger – partagée par Regoli – selon laquelle « la vérité ne peut pas être mise au vote », ni dans un concile, ni dans un synode, et encore moins dans une conférence épiscopale.

    On retrouve également ce thème très sérieux touchant directement à la vie de l’Église d’aujourd’hui, aggravé par la dérive du « chemin synodal » allemand, dans le second numéro de « Fidei Communio », avec un article de son rédacteur en chef Clemenzia sur « Sinodalità e riforma della Chiesa : alcuni spunti in dialogo con Joseph Ratzinger » et dans un « Forum » opposant le théologien Vito Impelizzeri et la célèbre canoniste Geraldina Boni sur le cri d’alarme lancé par un autre canoniste, Carlo Fantappié, face au processus confus vers une « Église synodale » lancé par le pape François.

    Mais le second numéro de « Fidei Communio » traite également un autre thème d’une brûlante actualité. Il s’agit du sens de l’histoire, entendue comme « histoire de l’Église », abordé par Regoli dans un article au titre en apparence paradoxal : « L’inutilità della storia della Chiesa. Ovvero la sua necessità » ; autant comme « théologie de l’histoire », telle que la retrace le théologien français Jean-Robert Armogathe – qui est également le coordinateur international de « Communio » — dans un article qui s’intitule « De la nécessité d’une théologie de l’histoire », dans lequel il expose les multiples lectures du « mystère de l’histoire » , à travers un prisme existentiel comme chez Rudolf Bultmann, à travers un prisme eschatologique comme chez Jean Daniélou, à travers la dialectique entre le « déjà là » du salut apporté par le Christ et le « pas encore » de son accomplissement définitif, pour conclure que dans tous les cas, « une théologie de l’histoire est la condition nécessaire d’une authentique théologie chrétienne » : une affirmation sans doute partagée par le pape Léon, avec sa vision augustinienne de la coexistence de la cité de Dieu et de la cité terrestre.

    Autant de thèmes engagés abordés par la revue « Fidei Communio ». Ajoutons cependant qu’ils sont délibérément exposés de manière claire et compréhensible même par des non-initiés, et de façon captivante sous certains aspects. Mais toujours avec une précision scientifique irréprochable, puisque chaque article passe au préalable par le crible d’un examen par les pairs.

    Sans négliger non plus un autre parallèle entre la naissance de « Fidei Communio » et du pape Léon, qui a lancé le 7 janvier un nouveau cycle de catéchèse du mercredi consacrée à une relecture du Concile Vatican II à travers ses documents. Autrement dit, du véritable concile, et pas de celui des médias.

    (Sur la couverture reproduite ci-dessus du premier numéro de « Fidei Communio », un détail de « Saint Augustin dans son étude », attribué au Caravage).

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

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    De sur le CWR :

    Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

    Philosophe thomiste très respecté qui, en tant que cardinal, résista à l'occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, il était également connu pour ses efforts œcuméniques et ses pétitions en faveur d'une définition dogmatique de Marie comme Médiatrice de toutes les grâces.

    Statue du cardinal Désiré-Joseph Mercier (1851-1926) par Égide Rombaux, devant la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule de Bruxelles. (Image : Wikipédia)
    Cette année marque le centenaire de la mort du cardinal Désiré-Joseph Mercier de Belgique, décédé le 23 janvier 1926.

    Prêtre, archevêque, cardinal

    Né en 1851 dans le Brabant, région francophone de Belgique, Mercier entre au séminaire diocésain en 1868 et est ordonné prêtre en 1874. Après des études supérieures à l'Université catholique de Louvain, il commence à enseigner la philosophie au petit séminaire de Malines en 1877. L'encyclique  Aeterni Patris du pape Léon XIII, publiée en 1879, apporte le soutien pontifical au renouveau du thomisme, et en 1882, Mercier est nommé professeur de philosophie thomiste à l'Université catholique de Louvain. Avec l'appui de Léon XIII, il fonde l'Institut supérieur de philosophie de Louvain et, en 1894, il lance la revue Néo-scolastique , qui vise à rapprocher la philosophie scolastique des sciences et de la pensée modernes. Figure majeure du renouveau néo-thomiste, Mercier est l'auteur d'ouvrages de métaphysique, de logique, de psychologie et d'épistémologie.

    En 1906, Pie X nomma Mercier archevêque de Malines (Malines, en Flandre), en Belgique. Par cette nomination, il devint primat de Belgique et pasteur d'environ 2,3 millions de catholiques et 3 000 prêtres. En termes d'effectifs, l'archidiocèse de Malines était alors le deuxième plus important au monde après celui de Milan.

    En 1907, Mercier fut nommé cardinal et rejoignit rapidement Pie X dans sa lutte contre le modernisme catholique. Bien qu'opposé aux modernistes, il restait ouvert au dialogue avec des penseurs accusés de modernisme, tels que Maurice Blondel et Marie-Joseph Lagrange, OP. Il prit également contact avec le prêtre jésuite moderniste et suspendu, George Tyrrell. Mercier invita Tyrrell dans son archidiocèse à condition qu'il accepte de soumettre tous ses écrits à son examen et à son approbation. Tyrrell rejeta cette condition et critiqua le cardinal belge, le qualifiant de représentant d'une conception « ultramontaine » dépassée qui étouffait le débat théologique.

    Durant la Première Guerre mondiale, Mercier résista à l'occupation allemande de la Belgique et fut finalement assigné à résidence. Sa lettre pastorale de Noël 1914,  Patriotisme et Endurance, fut accueillie avec enthousiasme non seulement en Belgique, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, en France et dans d'autres pays. Les évêques allemands, mécontents, accusèrent Mercier de violer la position de neutralité du Vatican. Benoît XV, cependant, admirait Mercier et soutint la libération de la Belgique comme condition à la paix. Après la guerre, Mercier reçut de nombreuses distinctions pour sa résistance héroïque à l'occupation allemande. Considéré comme le « pape du Nord », il accepta des invitations à donner des conférences en France, en Espagne, en Autriche, en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Il reçut des doctorats honoris causa, notamment de Harvard, de Princeton et de Yale, et participa au défilé de la victoire de 1919 à New York aux côtés du roi Albert de Belgique.

    Mercier est également resté dans les mémoires pour son soutien aux discussions œcuméniques avec les anglicans, connues sous le nom de Conversations de Malines. Soutenues par Lord Halifax d'Angleterre, ces discussions théologiques se déroulèrent à la résidence du cardinal Mercier entre 1921 et 1925. Bien que ces échanges se soient déroulés dans un climat amical, aucun accord ne put être trouvé sur la signification de la primauté papale ni sur d'autres questions. Le pape Benoît XV (r. 1914-1922) était au courant des Conversations de Malines. Il ne les critiqua jamais, mais ne les approuva jamais non plus. Pie XI (r. 1922-1939) était également informé de ces discussions œcuméniques. Admiratif pour Mercier, il attendit la mort du cardinal en 1926 pour y mettre un terme. Dans son encyclique de 1928,  Mortalium Animos, Pie XI réaffirma la conception catholique de la primauté papale et mit en garde contre les discussions œcuméniques susceptibles de relativiser la doctrine catholique.

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  • Saint François de Sales, "gentilhomme de Dieu", évoqué sur CNEWS

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    Sur CNEWS, dans l'émission consacrée aux "belles figures de l'histoire" du 22 janvier, Aymeric Pourbaix et ses invités Véronique Jacquier et le Père Jean-François Thomas, jésuite, évoquent la grande figure de saint François de Sales.

  • Le Christ, Médiateur et plénitude de toute la Révélation

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Salle Paul VI
    Mercredi 21 janvier 2026

    Catéchèse. Les documents du Concile vatican II I. La Constitution dogmatique Dei Verbum 2. Jésus-Christ, révélateur du Père

    Chers frères et sœurs, bonjour, et bienvenue !

    Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d'alliance, dans lequel il s'adresse à nous comme à des amis. Il s'agit donc d'une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L'accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C'est ce qui s'est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).

    Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes [...] peuvent se présenter au Père dans l'Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l'action de l'Esprit. L'évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu'il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).

    Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s'est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l'image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l'adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).

    Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C'est précisément parce qu'il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité: « C'est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l'on enlève quelque chose à l'humain, tout comme l'intégrité de l'humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C'est l'humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).

    Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s'incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l'Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d'habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu'eux ? » (Mt 6, 26).

    Frères et sœurs, en suivant jusqu'au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, [...] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s'abandonne à lui avec confiance.

  • C’est seulement en Jésus-Christ que l’Église peut être le sacrement du salut pour le monde

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    De kath.net/news :

    « Le pape Léon XIV place toujours Jésus-Christ au centre de tous ses sermons et discours. »

    22 janvier 2026

    « Car le Fils de Dieu, par sa croix et sa résurrection, est l’unique espérance pour tout homme, dans la vie comme dans la mort. Et c’est seulement en Jésus-Christ que l’Église peut être le sacrement du salut pour le monde. » Prédication du cardinal Gerhard Müller

    Rome (kath.net) kath.net publie l'intégralité du sermon du cardinal Gerhard Ludwig Müller prononcé à l'occasion de la fête de sainte Agnès 2026 dans son église titulaire Sant'Agnese in Agone à Rome et remercie Son Excellence pour l'aimable autorisation de le republier :

    Le pape Léon XIV a toujours placé Jésus-Christ au centre de ses sermons et de ses discours. Car le Fils de Dieu, par sa croix et sa résurrection, est l'unique espérance pour tout homme, dans la vie comme dans la mort. Et c'est seulement en Jésus-Christ que l'Église peut être le sacrement du salut pour le monde. C'est seulement en lui qu'elle acquiert son identité propre, distincte de toutes les doctrines du salut, idéologies, programmes et projets conçus et créés par les hommes. 

    Notre Saint-Père possède non seulement la volonté de défendre la vérité dogmatique, mais aussi le courage de s'exprimer politiquement avec clarté devant les dirigeants du monde. Dans son message de Nouvel An au Corps diplomatique du Saint-Siège, il a déclaré ouvertement que 380 millions de chrétiens dans le monde sont victimes de persécution, de discrimination et de violence. L'organisation humanitaire internationale Portes Ouvertes a calculé que près de 5 000 chrétiens ont été assassinés en 2024. 

    Quand on se penche sur l'histoire des 4 000 dernières années, on constate que le judaïsme et le christianisme ont été persécutés sans relâche. La raison profonde de cette haine féroce envers le peuple de Dieu des Ancien et Nouveau Testaments réside dans l'incapacité des puissants et des sages de ce monde à croire au seul vrai Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Car ils aspirent à être Dieu eux-mêmes, à régner sur la vie et la mort, à se complaire dans un culte de la personnalité narcissique. Or, le principe chrétien qui enjoint d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (Actes 5, 29) démasque leur prétention à une omniscience et une omnipotence quasi divines comme la ridicule arrogance de simples mortels. Et à l'heure de la chute de tous les tyrans, autocrates et dirigeants, leur véritable nature misérable se révèle. 

    Dès le début, les chrétiens de l'Empire romain furent considérés avec suspicion, mépris et persécutés : que ce soit par la populace païenne ou par les philosophes, pour qui l'incarnation de Dieu et sa mort sanglante sur la croix apparaissaient comme une perversion irrationnelle, contrastant avec leur conception hautement spéculative d'un Dieu pur esprit, sans aucun contact avec la matière et l'humanité terrestre. Leur idéal était la libération de l'âme de la prison du corps, non la résurrection des corps. Enfin, ceux qui détenaient le pouvoir politique absolu ne pouvaient et ne peuvent toujours pas tolérer que les chrétiens limitent le rôle de l'empereur et de l'État au bien-être temporel, tout en reconnaissant en conscience et en foi le Christ seul comme leur Seigneur et Roi. 

    Sainte Agnès, dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire sur le lieu de son martyre, était une jeune fille fragile, à peine âgée de douze ans, qui, malgré toutes les menaces et les tentations, resta fidèle au Christ jusqu'à sa mort violente par décapitation, selon le rite d'immolation des agneaux de l'époque. Ce faisant, elle nous renvoie sans cesse au Christ, immolé sur l'autel de la croix, Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Et combien de milliers de jeunes sont restés fermes face à la persécution, refusant de s'incliner ou de se prosterner devant Baal, l'idole de ce monde (Osée 2, 8-13), « à cause de leur témoignage de Jésus et de la parole de Dieu » (Apocalypse 20, 4). Des êtres misérables s'érigent en sauveurs du monde et se laissent glorifier comme des idoles par les masses trompées. Mais comment mouraient les persécuteurs des chrétiens ? Néron se suicida, l'empereur Valérien tomba aux mains de ses ennemis, et les Parthes, à la honte de l'empire, envoyèrent sa peau écorchée à Rome. Hitler, dans le Führerbunker, gémissait comme un chien battu, incapable de comprendre que son tour était venu, lui qui avait impitoyablement envoyé des millions d'innocents à la mort. Et Staline, athée convaincu, dans sa datcha, tel un charlatan, essaya toutes sortes de remèdes censés lui garantir une immortalité terrestre, celle dont rêvent tous les oligarques et autocrates, la considérant comme une bénédiction irremplaçable pour l'humanité. En réalité, il mourut misérablement dans sa crasse, les yeux emplis de peur, de haine et d'une rage impuissante, avant que le diable ne l'emporte.

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  • La seule chose que nous ayons à craindre, c'est une théologie qui n'ose plus croire ce qu'elle a autrefois proclamé

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    De Rob Mutsaerts (lien), évêque auxiliaire de Bois-le-Duc (Pays-Bas), sur son blog « Paarse Pepers » :

    Les barbares ne sont pas le problème.

    Hillaire Belloc a écrit ces mots célèbres : il ne craignait pas « les barbares qui frappent aux portes », mais le danger venant de l'intérieur. C'est une déclaration qui peut facilement être mal comprise. Belloc ne voulait pas dire que les menaces extérieures sont inoffensives, mais que les civilisations meurent rarement à cause d'ennemis extérieurs. Elles meurent lorsqu'elles cessent de croire en ce qui nous a autrefois amenés à la foi.

    Je m'adresse maintenant aux théologiens et aux croyants libéraux. Non pas pour les accuser, mais pour les inviter à réfléchir. Car si Belloc avait raison, et s'il s'adressait à nous aujourd'hui, il dirait peut-être : le christianisme en Europe n'est pas seulement menacé par la sécularisation, mais aussi par une théologie qui ne croit plus en ses propres fondements.

    Prenons l'exemple de la situation en Allemagne. Les « barbares » ne sont pas le problème. Le problème vient de l'intérieur. Les évêques allemands ont publié un document (« Segen gibt der Liebe Kraft ») qui fournit des directives pastorales aux prêtres et aux collaborateurs pastoraux pour la bénédiction des couples vivant dans des unions que l'Église qualifie de « désordonnées ». Les bénédictions sont présentées comme un moyen de placer l'amour et l'espoir des personnes sous la bénédiction de Dieu. Les processus synodaux allemands ont déjà adopté des documents qui plaident en faveur d'une révision de la doctrine sur l'homosexualité, d'une place pour la diversité de genre et l'inclusion des personnes transgenres et intersexuées, et de discussions sur le célibat. Tout cela sous le couvert de la pastorale.

    Mais le fait est que, dans la théologie catholique, l'action pastorale ne peut jamais être dissociée de la vérité. L'Église fait la distinction entre l'ordre moral objectif (ce qui est bon ou péché) et la culpabilité subjective (le degré de responsabilité personnelle d'une personne). L'Église peut se montrer indulgente envers la culpabilité, accompagner la formation de la conscience et guider les personnes pas à pas, mais elle ne peut déclarer que quelque chose est moralement bon alors qu'elle l'a toujours considéré comme intrinsèquement désordonné. Lorsqu'une conférence épiscopale bénit des relations qui, selon la doctrine, sont objectivement pécheresses sans appeler clairement à la conversion ou à un changement de vie, la norme morale est en fait révisée, même si cela n'est pas dit formellement. C'est pourquoi Rome a déjà déclaré explicitement en 2021 sous le pape François : « Dieu ne peut bénir le péché. »

    L'Église universelle a toujours fait une distinction cruciale entre l'acte et l'auteur, entre la personne (qui est toujours aimée de Dieu) et ses actions ou son état de vie. Rappelez-vous les célèbres paroles d'Augustin : « Haïssez le péché, aimez le pécheur. » Si vous justifiez le péché, vous accompagnez le pécheur vers l'abîme. C'est tout à fait contraire à la pastorale. Si les situations pécheresses sont systématiquement bénies sans que l'on parle clairement de conversion, de croix, d'ascèse ou de croissance morale, alors le péché est minimisé et réduit à une « imperfection ». Cela peut sembler pastoral, mais là où il n'y a plus de péché, il n'y a plus de raison de se convertir et le sacrifice de Jésus sur la croix est déclaré superflu. Et toute bénédiction est alors dénuée de sens. Et non, ce n'est pas pastoral. L'amour sans vérité est sans amour.

    Les plus grands défis de notre époque – progrès scientifique, pluralisme, diversité religieuse, critique historique – ne sont pas barbares. Ils ne sont pas les ennemis de la foi. Au contraire, ils sont souvent issus d'une civilisation chrétienne qui prenait la vérité tellement au sérieux qu'elle osait l'examiner. Mais que se passe-t-il lorsque les évêques, les prêtres et les théologiens s'efforcent tellement de défendre le christianisme de manière à ce que l'environnement séculier ne soit plus offensé par ses opinions contraires ? N'ont-ils pas alors cessé de défendre le christianisme ? Quand la résurrection de Jésus est réduite à « l'histoire continue » plutôt qu'à la résurrection réelle de Jésus hors du tombeau ; quand Jésus n'est plus le Sauveur, mais surtout un exemple moral ; quand le péché est remplacé par la « fragilité » sans culpabilité, et la grâce par l'affirmation sans conversion ? Il ne reste alors qu'un quasi-christianisme vague, poli et respectable, dans lequel plus rien n'est en jeu et qui ne se distingue en rien des opinions séculières. 

    Le libéralisme part souvent d'une noble motivation : comment rendre la foi chrétienne compréhensible pour l'homme moderne ? Mais si cela conduit à une simple confirmation - lorsque le christianisme s'adapte trop à l'esprit du temps - il perd précisément ce qui le rend pertinent. Et devient donc totalement superflu. On se retrouve d'ailleurs avec de nouveaux dogmes à la place : le dogme de l'autonomie, le dogme de l'authenticité sans vérité et le dogme de l'inclusivité sans distinction. Ce ne sont pas des systèmes de croyances moins stricts, mais ils aboutissent à une vision tragique de l'être humain.

    La théologie libérale met à juste titre l'accent sur la dignité humaine, mais elle a souvent du mal à accepter le péché radical, non pas comme un échec moral, mais comme une distorsion existentielle. La grande tragédie est que lorsque le péché disparaît, le pardon perd également tout son sens. Et sans pardon, la grâce devient un mot vide de sens. Tout comme la bénédiction. Il ne reste alors qu'un christianisme qui ne sauve plus les hommes, mais se contente de les accompagner. Vers l'abîme.

    La question centrale n'est finalement pas « Que signifie le Christ pour moi ? », mais « Qui est le Christ, indépendamment de mon interprétation ? ». Le Christ n'est pas un symbole de valeurs universelles, mais une présence historique, concrète et perturbatrice de Dieu lui-même. Une théologie qui rend le Christ « sûr » pour l'homme moderne le rend méconnaissable pour l'Évangile.

    La question n'est pas de savoir si nous pensons de manière critique, mais où s'arrête notre critique. Peut-être que le véritable défi pour la théologie libérale aujourd'hui est le suivant : 1. Osons-nous croire à nouveau que le christianisme est vrai, et pas seulement précieux ? 2. Osons-nous accepter que l'Évangile nous juge avant de nous libérer ? 3. Osons-nous à nouveau parler de conversion, de sacrifice, de rédemption, sans nous excuser ? Non pas parce que les barbares sont aux portes, mais parce que l'Église risque de se vider.

    Belloc ne craignait pas les barbares aux portes, mais la civilisation qui a oublié son âme. Il ne craignait pas la raison, mais la raison sans foi. Il ne craignait pas la modernité, mais l'homme qui a oublié qu'il a besoin de pardon. La seule chose que nous ayons à craindre, c'est une théologie qui n'ose plus croire ce qu'elle a autrefois proclamé.

  • Le concile Vatican II : une étoile polaire pour l'Église ?

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    De sur le CWR :

    Le concile Vatican II : une étoile polaire pour l'Église ?

    Réflexions sur les récentes remarques du pape Léon XIV concernant la place et l'importance du concile Vatican II.

    Le pape Jean XXIII préside la messe d'ouverture du concile Vatican II. (Image : Lothar Wolleh/Wikipedia)
    Dans son encyclique  Aeterni Patris, qui appelait à un regain d'étude de la philosophie de saint Thomas d'Aquin, le pape Léon XIII comparait la foi à une « étoile amie » pour les philosophes. Par cette métaphore, il entendait que le dogme catholique devait servir de point de repère constant, de sorte que toute thèse philosophique contredisant la foi était nécessairement erronée.

    Le pape Léon XIV a déclaré que le Magistère du Concile Vatican II constitue aujourd'hui l'« étoile qui guide » l'Église. Lors de son audience générale du 7 janvier, il a encouragé les fidèles à lire les documents de Vatican II, affirmant qu'« il est important de se familiariser à nouveau avec le Concile, non pas par le biais de rumeurs ou d'interprétations, mais en relisant ses documents et en réfléchissant à leur contenu ».

    L'encyclique Aeterni Patris connut un grand succès. Elle suscita un regain d'intérêt pour la pensée de saint Thomas d'Aquin et le mouvement néo-thomiste du XXe siècle, qui révéla des figures philosophiques majeures telles que Jacques Maritain et Étienne Gilson. L'exhortation de Léon XIV produira-t-elle des résultats similaires ? Ceux qui imputent les erreurs et les travers des années 1960 et 1970 au Concile lui-même sont peu susceptibles de le croire. Ils adhèrent à la logique douteuse du post hoc ergo propter hoc  (après quoi, donc à cause de quoi).

    Cependant, on ne trouve dans les enseignements spécifiques de Vatican II aucune justification aux mauvaises liturgies, à la doctrine morale déformée, à la dissidence flagrante et aux autres abus qui ont eu lieu après la conclusion du Concile.

    Les progressistes pourraient également contester le projet du pape Léon XIV, car une réflexion sur le contenu de ces documents révèle que le concile n'était pas aussi révolutionnaire qu'on nous l'a fait croire. Certains théologiens, généralement attachés aux doctrines progressistes, lisent ces documents pour comprendre « l'esprit » du concile, estimant que le fond importe moins que la manière dont les choses ont été dites.

    Ainsi, ils préfèrent se concentrer sur ce qui était « non dit » dans ces documents magistériels, mais qui, d'une manière ou d'une autre, s'est néanmoins manifesté. Or, si Vatican II se veut un guide fiable pour l'Église universelle, il est essentiel de privilégier la lettre sur l'esprit, l'objectif sur le subjectif. Chercher à découvrir ce que les documents n'ont pas dit explicitement, mais qu'ils auraient transmis par allusion, ton et style, risque de faire de la théologie une affaire totalement subjective et arbitraire.

    Si les fidèles lisent ces documents pour comprendre le véritable message du Concile, ils seront surpris. Cette affirmation ne signifie pas que les enseignements du Concile soient exempts d'ambiguïtés ou d'autres problèmes. Ratzinger a d'ailleurs critiqué certains passages de Gaudium et Spes, les jugeant « délibérément pélagiens ». Mais, dans l'ensemble, le contenu doctrinal des documents de Vatican II est pleinement conforme à l'Écriture Sainte et aux traditions établies par les Conciles précédents.

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  • Un schisme à Berlin ? Une partie à haut risque pour Léon XIV

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    De Nico Spuntoni sur Il Giornale :

    Un schisme à Berlin, un match crucial pour Léon

    17 janvier 2026

    Le dossier le plus brûlant que Léon XIV a hérité de François est en allemand. L'année du Jubilé et du conclave n'a pas arrêté ce que le cardinal Gehrard Müller a qualifié de « processus de protestantisation » de l'Église catholique en Allemagne. Et si jusqu'à présent Rome a pris son temps face aux progrès continus outre-Rhin, les nœuds sont en train de se dénouer. Dans les prochaines heures, le pape devrait recevoir Mgr Nikola Eterovic, nonce apostolique à Berlin. Il est inévitable que la conversation sera monopolisée par le vote imminent de la Conférence épiscopale allemande sur le statut de la conférence synodale.

    Il s'agit d'un projet, déjà approuvé par le très puissant Comité central des catholiques allemands, qui donnera naissance à un organe permanent dans lequel les laïcs seront mis sur un pied d'égalité avec les évêques. Cette Conférence synodale aura un pouvoir décisionnel et pourra introduire des modifications à la doctrine à la majorité, obligeant ceux qui sont en désaccord à fournir une justification publique. En outre, la Conférence prendra en charge la gestion des ressources financières de la très riche Église allemande.

    Tout ce que le Saint-Siège redoutait s'est produit en 2019, lorsque le controversé Chemin synodal a été lancé en Allemagne et que l'actuel préfet du dicastère pour les évêques, Mgr Filippo Iannone, a écrit à l'ancien président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Reinhard Marx, pour l'avertir que des questions telles que les ministères ordonnés pour les femmes, la séparation des pouvoirs entre laïcs et ecclésiastiques et le célibat des prêtres « ne concernent pas l'Église en Allemagne mais l'Église universelle et, à quelques exceptions près, ne peuvent faire l'objet de délibérations ou de décisions d'une Église particulière ».

    Au cours de ces dernières années, les évêques allemands ont ignoré à plusieurs reprises les appels de Rome. Leur objectif semble toutefois aller plus loin et consister à déclencher une « contagion » allemande au reste de l'Église. En témoigne le récent consistoire au Vatican au cours duquel, comme nous pouvons vous le révéler, le cardinal Marx est intervenu pour souhaiter que le diaconat féminin soit rapidement mis en place. Le cardinal est le grand artisan du processus synodal allemand et a conservé son leadership même après avoir été remplacé à la tête de la Conférence épiscopale. 

    Aujourd'hui, Il Giornale peut révéler un épisode inédit dont Marx est le protagoniste : en 2021, Benoît XVI s'est en effet manifesté auprès de son successeur à l'archevêché de Munich et Freising pour lui faire part de sa « grande inquiétude » concernant le processus synodal en Allemagne. Des sources vaticanes nous confirment que ces dernières années, Ratzinger était très sceptique quant à la direction prise par l'Église allemande et était convaincu que « ce chemin fera du mal et finira mal s'il n'est pas arrêté ». Marx a ignoré l'appel du pape émérite qui, quelques mois plus tard, a été fortement discrédité dans son pays natal à cause d'un rapport sur les abus commandé par l'archidiocèse de Munich, sans être défendu par son successeur en fonction.

    C'est maintenant au tour de Léon XIV. Il reçoit l'aide du cardinal Mario Grech dans son rapport au consistoire, où l'on peut lire qu'« il appartient toujours à l'évêque de Rome de suspendre le processus synodal si nécessaire ».

    Le pape Prevost partage les doutes de Benoît XVI, mais s'il n'a pas la force de dire non au projet de Conférence synodale, le risque est que le glissement de terrain allemand devienne pour l'Église universelle une avalanche appelée schisme.

  • Catéchèses du pape : Léon XIV va-t-il réviser Vatican II dans le sens de la tradition ?

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    De Jeanne Smits sur Réinformation TV :

    Léon Vatican Seigneur Eglise

    Les catéchèses de Léon XIV sur Vatican II, annoncées au Consistoire qui vient d’avoir lieu à Rome, ont commencé mercredi à l’audience générale avec une courte présentation de la Constitution dogmatique Dei Verbum. Sans nul doute, ces présentations par le pape qui entre en quelque sorte dans son pontificat après avoir consacré l’essentiel de ses premiers mois à exécuter ce qui était déjà prévu pour 2025 sous François, vont fortement attirer l’attention car c’est sans doute là que l’on trouvera les propos véritablement programmatiques du « pape Prevost ».

    Pour l’heure, le pape en est resté à des propos introductifs où, ayant cité les paroles de Jésus-Christ : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître », Léon XIV cite son cher saint Augustin :

    « Dans son commentaire sur ce passage du quatrième Evangile, (il) insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l’Evangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l’amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous, nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils. »

    Léon XIV va-t-il réviser Vatican II dans le sens de la tradition ?

    Pas d’amitié avec Dieu sans grâce, en somme, et – comme le pape le rappelle plus loin – il appartient à l’homme de l’entretenir.

    Le pape poursuit :

    « C’est pourquoi, comme nous pouvons le voir dans toute l’Ecriture, il y a dans l’Alliance un premier moment de distance, dans la mesure où le pacte entre Dieu et l’homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; mais, avec la venue du Fils dans la chair humaine, l’Alliance s’ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. Notre ressemblance avec Dieu ne s’obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Eve (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme. »

    Léon XIV insiste beaucoup sur le « dialogue avec Dieu » qui est au cœur de Dei Verbum, d’abord dans le jardin de l’Eden, où il est interrompu par le péché. Puis :

    « Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s’incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l’Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l’amitié et, comme dans l’expérience de l’amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l’échange de paroles vraies. »

    Les premières catéchèses de Léon XIV sur Vatican II évoquent le péché et la grâce

    Il en déduit la nécessité de répondre à Dieu :

    « D’où la nécessité de la prière, dans laquelle nous sommes appelés à vivre et à cultiver l’amitié avec le Seigneur. Cela se réalise tout d’abord dans la prière liturgique et communautaire, où ce n’est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c’est Lui-même qui nous parle à travers l’Eglise ; cela se réalise également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l’intimité du cœur et de l’esprit. Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n’est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui. »

    Au-delà de ce conseil de vie chrétienne on notera les propos du pape sur la liturgie : Dieu nous parle d’abord à travers l’Eglise, c’est par elle qu’Il nous atteint… et la liturgie n’est pas un choix personnel et subjectif de l’homme.

    Léon XIV conclut, loin de l’idée que la foi en la parole de Dieu suffit, en montrant que l’homme, lui, peut rompre l’alliance :

    « Notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d’un geste spectaculaire de rupture, ou d’une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu’à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c’est précisément l’amitié avec Dieu qui est notre salut. »