Du P. Robert B. Imbelli sur le Catholic World Report :
Les rectifications du pape Léon
La récente exégèse du pontife sur le chapitre II de *Lumen Gentium* contribue à dépoussiérer et à redonner tout son éclat à l’un des documents révolutionnaires du Concile.
15 mars 2026
Dans un récent essai publié ici même sur le CWR, j’ai commenté l’importance de la décision du pape Léon de consacrer ses audiences hebdomadaires, au cours de cette première année complète de son pontificat, au Concile Vatican II et à une relecture de ses documents. Sa décision découle de la conviction qu’il avait exprimée aux cardinaux réunis en consistoire en janvier : « Nous ne soulignerons jamais assez l’importance de poursuivre le cheminement qui a commencé avec le Concile… Et ce cheminement est un processus de vie, de conversion, de renouveau de toute l’Église. »
J’ai également souligné le fait que le premier document qu’il a examiné était Dei Verbum, la « Constitution dogmatique sur la révélation divine ». Bien qu’il ne s’agisse pas du premier document promulgué par le Concile, il est clairement à la base de tous les autres. Car si Dieu ne s’est pas révélé de manière définitive dans le Seigneur Jésus-Christ ressuscité, alors nous devons reconnaître, avec saint Paul, que la prédication chrétienne est vaine et que la foi chrétienne est vaine.
Après ses réflexions sur *Dei Verbum*, le pape Léon s’est maintenant tourné vers *Lumen Gentium*, la « Constitution dogmatique sur l’Église » du Concile. Une fois encore, il convient de souligner la perspicacité théologique de la démarche du pape. On ne peut parler de l’Église de manière significative que si on la considère à la lumière de la révélation divine en Christ. En effet, le titre même de la Constitution est résolument christologique : « Lumen gentium cum sit Christus » : « Puisque le Christ est la lumière des nations ».
L’Église n’a ni sens ni fonction en l’absence du Christ. Sans le Christ, l’Église n’est qu’un corps sans tête, un collectif sans âme.
De plus, la liturgie chrétienne n’assume sa pleine signification et sa pleine portée que lorsqu’elle s’inscrit dans la matrice de l’Église, à la fois l’Église sur terre et, bien que trop souvent négligée, tant sur le plan pastoral que théologique, l’assemblée céleste, qui est l’Église parvenue à sa pleine stature. Par conséquent, une liturgie véritablement catholique présuppose une ecclésiologie pleinement catholique.
Ce qui précède peut servir d’introduction à la splendide réflexion du pape Léon lors de son audience du 10 mars. Il y a examiné le chapitre deux de Lumen Gentium : l’Église en tant que « Peuple de Dieu ». À mon avis, il s’agit d’une réalisation magistrale : brève et substantielle. De plus, d’une manière mesurée mais incisive, elle corrige aussi implicitement ce que j’ai constaté être trois lectures tronquées, voire des interprétations erronées intentionnelles, dans la réception de Lumen Gentium depuis le Concile.
La première erreur d’interprétation consiste à ne pas rendre justice à l’identité propre de ce peuple : à savoir qu’il s’agit du peuple de Dieu. L’Église n’est pas une simple entreprise humaine, entièrement accessible aux études et aux analyses des sociologues. Elle est aussi, et plus fondamentalement, une réalité surnaturelle. L’unité ecclésiale se fonde sur une nouvelle identité et une nouvelle mission surnaturelles, rendues possibles par la foi en ce que Dieu a accompli en Jésus-Christ.
Ainsi, le Pape écrit : « C’est un peuple désormais composé de membres de toutes les nations ; il est uni par la foi en Christ, par l’adhésion à Lui, par le fait de vivre la même vie que Lui, animé par l’Esprit du Ressuscité. »
Cette citation du pape Léon introduit déjà la deuxième caractéristique de ce peuple qui a été indûment négligée — voire, pour certains, opposée à l’Église en tant que « peuple de Dieu ». À savoir que l’Église, le peuple de Dieu, est, dans son identité la plus profonde, le « corps du Christ ». Loin d’être opposées, les deux images de l’Église en tant que peuple de Dieu et corps du Christ sont toutes deux indispensables si nous voulons saisir quelque chose du mystère de l’Église (qui est, bien sûr, le sujet du premier chapitre de Lumen Gentium).
Le pape Léon unit harmonieusement ces deux images lorsqu’il s’exclame : « Voici l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ et qui est lui-même le corps du Christ. » Et il ajoute : « En effet, c’est le Christ qui, en donnant son Corps et son Sang, unit ce peuple en lui-même et de manière définitive. »



