De John Pepino, docteur en philosophie sur le CWR :
A Liberal Revolution : une chronique magistrale de la confusion et du déclin post-conciliaires
Le nouveau livre de Hanael Bianchi, fruit d’une décennie de recherches, est un compte rendu équilibré et minutieux de la manière dont Vatican II a été mis en œuvre dans l’archidiocèse de Baltimore.
Il y a des livres que l’on lit d’une traite, l’index tremblant d’impatience de tourner la page suivante.
A Liberal Revolution de Hanael Bianchi est de ceux-là.
Pour les catholiques qui ont subi la liturgie et la catéchèse des années 1970, tout en apercevant autour d’eux des lueurs de la façon dont les choses étaient avant le naufrage, tout ouvrage qui aide à répondre à la question « que s’est-il passé ici ? » comble un besoin. On veut savoir comment une période aussi catastrophique dans la vie de l’Église a pu advenir. Pendant la plus grande partie des années 1980 et 1990, on nous a dit que les conciles mettent du temps à porter leurs fruits et qu’il fallait être patients. Plus de soixante ans plus tard, l’argument conserve ses partisans, tout comme la margarine Parkay et le Sanka maintiennent leur emprise sur la même génération.
Pour ceux qui préfèrent le beurre véritable et le café, cependant, Bianchi, dans sa reconstruction minutieuse des étapes précises prises pour mettre en œuvre Vatican II dans l’archidiocèse de Baltimore, rejoint la cohorte de chercheurs qui ont étudié les causes de l’effondrement et la manière dont il s’est déroulé dans des secteurs spécifiques de l’Église : Stephen Bullivant sur les États-Unis et le Royaume-Uni ; le P. Joseph Becker sur les jésuites ; le P. Mitchell sur la perte du consensus catholique à l’Université catholique d’Amérique (l’« affaire Curran ») ; Guillaume Cuchet sur l’effondrement de la pratique de la foi en France. On pourrait y ajouter l’acte d’accusation par statistiques de Kenneth Jones sur la chute soudaine et saisissante de tous les indicateurs majeurs de la vie catholique aux États-Unis.
Tous s’accordent à dire que cela a commencé durant les derniers mois de Vatican II, et que cela s’est produit en son nom ; il ne reste plus qu’à expliquer qui l’a fait et comment.
Bianchi partage explicitement leur agenda historiographique lorsqu’il déclare : « La question urgente pour les chercheurs… est de savoir pourquoi ce déclin s’est produit si rapidement dans les années qui ont suivi le Concile » (p. 4). Bianchi et ces autres chercheurs n’invoquent pas allègrement « les modernistes » ou « les francs-maçons » : ils nomment des noms, fournissent les dates et les lieux des réunions où les décisions ont été prises, et suivent les baisses inévitables de fréquentation des sacrements, la crise des vocations, les départs du sacerdoce et de la vie religieuse – toute la litanie douloureuse.
Le livre de Bianchi se concentre sur l’archidiocèse de Baltimore sous l’archevêque Lawrence Shehan (1961-1974). Comme de nombreux évêques conciliaires, il fut finalement trahi par la machine réformatrice même qu’il avait naïvement mise en mouvement. Bien que cette Église locale et son pasteur présentent (comme tout lieu) leurs particularités propres, les catholiques de n’importe quel diocèse de l’Occident reconnaîtront ici la mentalité des réformateurs enthousiastes et les mesures qu’ils ont prises pour mettre en œuvre leur vision. Ce fut, de façon remarquable et triste, la même chose partout : une avant-garde de jeunes prêtres prit le contrôle et imposa son empreinte à l’Église (particulièrement à la liturgie), sans jamais attribuer les dégâts qu’ils causaient à leur propre programme.
Comme les autres auteurs mentionnés ci-dessus, Bianchi est équitable. Il rapporte qu’au début, de nombreux fidèles accueillirent positivement les réformes les plus évidentes qui suivirent Vatican II, en particulier l’usage de la langue vernaculaire à la messe (p. 76). Il cite l’optimisme de l’archevêque Shehan dès la première page : « Le second Concile du Vatican est à la fois le symbole et la cause de notre présent espoir particulier » (p. 1). Il suit également l’ennui et la confusion généralisée qui se répandirent une fois que la nouveauté du passage à l’anglais (et des autres changements menant à un nouveau Missel en 1969) se fut estompée.
Il en va de même pour les premières tentatives de ce que nous appellerions aujourd’hui la « synodalité ». À l’époque, cela se manifestait par la prolifération de « conseils » (conseils paroissiaux, conseils de zone, Conseil des hommes catholiques, Conseil pastoral archidiocésain, Conseil pastoral national, etc.). Ceux-ci finirent par désaffectionner les laïcs et ne servirent plus que d’hôtes à la conférence parasitique et révolutionnaire « Call to Action » de 1976.
Il y aura d’autres livres de ce genre pour couvrir d’autres régions ecclésiastiques dans ce pays et ailleurs ; Bianchi voit son travail comme faisant partie d’un effort visant à fournir une « étude exhaustive » pour retracer « le déclin de l’Église américaine à travers des sources locales » (p. 5). Il se trouve simplement qu’il a commencé par Baltimore. Il convient de dire que son accès à du matériel d’archives protégé enrichit son livre de preuves granulaires qu’il sera difficile d’ignorer. Les lecteurs ne seront pas surpris d’apprendre (de sources externes) que le Dr Bianchi a passé dix ans à rechercher A Liberal Revolution.




