De Matthieu Lavagna sur le site de La Nef :
Les degrés d’autorité du magistère
Beaucoup de catholiques n’ont pas une idée précise de ce que sont les différents degrés d’autorité du magistère dans l’Église. À l’heure où beaucoup le contestent, aussi bien du côté du chemin synodal allemand que de la Fraternité Saint-Pie X, il est utile de préciser quels sont ces degrés et l’adhésion que réclame le magistère.
Aujourd’hui, certains catholiques se trouvent parfois déconcertés et insuffisamment informés au sujet du magistère de l’Église et de ses degrés d’autorité. Ils s’interrogent notamment sur l’attitude que le fidèle doit adopter à son égard : quels en sont les différents degrés d’autorité ? Dans quels cas l’infaillibilité s’exerce-t-elle ? Est-il légitime de rejeter un enseignement du magistère qui n’est pas infaillible ? C’est à ces questions essentielles que nous nous proposons de répondre dans cet article.[1]
Degrés d’autorité du magistère suprême
Dans le magistère suprême, on distingue trois degrés d’autorité :
Niveau 1 : Engagement absolu, avec pleine assistance divine et donc infaillibilité.
Niveau 2 : Engagement avec autorité, mais partielle, jouissant d’une assistance divine non absolue ni infaillible. On parle alors de magistère « simplement authentique »
Niveau 3 : Engagement seulement pédagogique, non autoritaire.
* Les enseignements du niveau 1 concernent les vérités présentées comme révélées formellement de Dieu ou comme nécessairement connexes à ces vérités formellement révélées. Ils nécessitent un assentiment de Foi. Cet assentiment est certain et irrévocable. L’erreur est impossible même si la formulation peut être améliorée.
* Les enseignements du niveau 2 ne se présentent pas comme formellement révélés de Dieu mais nécessitent l’assentiment et de la volonté et de l’intelligence (Donum veritatis 23 ; LG 25 ; Note doctrinale CDF 29 juin 1998). Il s’agit là d’un jugement probable qui ne relève pas formellement de la Foi. L’erreur est improbable (mais non impossible).
* Le niveau 3 nécessite seulement une attention docile, sans que l’adhésion ne s’impose. En effet ce niveau fait souvent usage d’illustrations, images, exemples, argumentations, etc., il ne met pas proprement en œuvre l’assistance divine. Il exerce seulement son rôle pédagogique. C’est pourquoi, à ce niveau, le magistère authentique ne parle pas de façon autoritaire.
L’engagement du magistère varie dans un même document. Il est donc tout à fait inapproprié de demander si « cette encyclique », ou « ce concile » est infaillible : une réponse générale est impossible. Il faut analyser chaque partie du document et déterminer ce qui relève du niveau 1, 2 ou 3 et distinguer ce qui relève de la discipline ou de la pastorale et ce qui relève d’un réel enseignement doctrinal. Il faut aussi distinguer ce qui est directement visé et ce qui est utilisé à titre d’illustration, d’argumentation ou de commentaire. Seul ce qui est directement visé relève de l’autorité magistérielle à proprement parler. Pour le reste, les propos du magistère ne requièrent pas l’adhésion mais une simple docilité ou « prise en compte respectueuse ».