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L'homélie de Mgr Delville, évêque de Liège, lors de la célébration solennelle de la Fête-Dieu en l'église du Saint-Sacrement

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Homélie de la Fête-Dieu

6 juin 2026

Liège, église du Saint-Sacrement

par Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

 Si vous êtes venus à la célébration de la Fête-Dieu à la basilique Saint-Martin ce 4 juin, vous aurez vu que la couleur liturgique était le rouge. Pourquoi ? Parce que le rouge rappelle le sang du Christ, qui est au cœur de la fête du Saint-Sacrement du Corps et du sang du Christ.

 La fête du Saint-Sacrement a commencé à grâce à une vision de sainte Julienne de Cornillon, qui voyait régulièrement dans le ciel la lune à laquelle il manquait une fraction. Elle comprit un jour que la lune signifiait l’Église à laquelle il manquait une fête. La lune à laquelle il manque une fraction fait penser à l’hostie de laquelle le prêtre prélève un fragment pour le mettre dans le vin consacré ; l’hostie, c’est le pain rompu par le Christ pour nous donner la vie ; ce pain rompu, c’est le corps du Christ, qui donne sa vie pour nous. C’est pourquoi sainte Julienne comprit que la fête manquant au calendrier liturgique, c’était la fête du corps et du sang du Christ. Quand Jésus rompit le pain à la dernière cène, il annonçait la rupture de son corps par la mort qu’il allait subir.

 La fraction du corps du Christ appelle le versement de son sang, dont Jésus parle à la fin du repas, en parlant de la coupe de son sang. Comme nous le raconte saint Paul dans sa 1e lettre aux Corinthiens (1 Cor 11, 23-26) : « Le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, prit du pain et rendant grâces, le rompit et dit : ‘Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi’. Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : ‘Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi’. » Cela nous rappelle l’action de Moïse, au pied du Sinaï (Ex 24, 7-8) : « Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : ‘Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons’. Moïse prit le sang des taureaux, en aspergea le peuple, et dit : ‘Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous’. » Il s’agit d’un sacrifice d’alliance, qui rappelle notre eucharistie : on lit le livre de l’Alliance, donc la Bible ; puis on entre dans l’alliance avec Dieu en étant aspergé du sang du sacrifice des taureaux. Lors de la dernière cène de Jésus, on lit aussi la Bible, mais c’est lui qui est la victime et qui donne son sang. On n’en est pas aspergé mais on boit le sacrement de son sang, le signe sacré de sa vie, sous les apparences du vin. Jésus fait le sacrifice de sa vie, alors que Moïse fait le sacrifice d’un taureau : mais dans les deux cas, c’est un sacrifice d’alliance. C’est le signe de notre alliance avec Dieu.

De plus, il faut savoir que, dans la culture de l’époque biblique, le sang, c’est la vie. Comme dit Dieu à Noé, avec la fin du Déluge (dans Gn 9, 5) : « Quant au sang, votre principe de vie, j’en demanderai compte à tout animal et j’en demanderai compte à tout homme ; à chacun, je demanderai compte de la vie de l’homme, son frère. Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image » (Gn 9, 5-6). C’est pourquoi, Dieu ajoute : « Vous ne devez pas manger la chair avec sa vie, c’est-à-dire avec son sang » (Gn 9, 4). Contrairement à ce précepte, Jésus, lui, dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 54). Mais Jésus parle du sacrement, c’est-à-dire du signe efficace, de son corps et de son sang. Par ce sacrement, Jésus nous donne sa vie, sa vie divine, symbolisée par son sang, alors qu’il a donné sa vie en l’offrant sur la croix.

Le corps et le sang du Christ représentent en même temps un partage de cette vie à chacun de nous et une démultiplication de ses effets. Jésus dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». Le corps et le sang du Christ, donnés en communion, nous associent aujourd’hui à sa vie, à sa mort et à sa résurrection. Notre pauvreté est dépassée, nous sommes rassasiés ; nous recevons une vie nouvelle, par notre communion à la pauvreté du Christ.

Dieu est dans ce partage de la pauvreté et nous communique sa divinité. Et c’est pourquoi, en abrégé, nous appelons « Fête-Dieu » la fête d’aujourd’hui. Nous la célébrons ici dans cette église du Saint-Sacrement d’une manière particulièrement solennelle, dans la forme ancienne du rite romain, parce qu’elle nous permet de garder la richesse de la liturgie, dans la beauté de ses gestes, de ses mots et de ses chants, qui évoquent le mystère d’amour de Dieu qui se donne à nous.

Frères et Sœurs, dans la communion au Christ nous trouvons la vraie vie, et dans la communion à celui qui souffre, nous trouvons la vraie joie. Ainsi la communion au Christ débouche dans une communion en Église.

Alors recevons avec foi le corps du Christ qui nous est donné en communion et soyons des témoins de la vraie vie dans notre monde !

Amen ! Alleluia !

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