D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :
Les visions qui ont sorti sœur Colette de sa réclusion
En 1405 vit à Corbie, en Picardie, une jeune fille d’une vingtaine d’années, Nicolette Boëllet. À la mort de ses parents, pour répondre à sa soif d’absolu et à ses grandes exigences de pénitence, elle choisit de devenir recluse, c’est-à-dire de s’emmurer volontairement dans une étroite cellule contre le mur de l’église Notre-Dame, et d’y vivre le reste de ses jours dans la prière et l’enfermement. Pourtant, cette année-là, celle que l’on appelle sœur Colette, car elle appartient au tiers ordre franciscain, commence à être obsédée par des visions : celles de saint François et de sainte Claire, qui lui demandent de revenir dans le monde pour s’y consacrer entièrement à réformer les ordres qu’ils ont fondés afin qu’ils ne cèdent pas au relâchement et à la facilité.
Les raisons d'y croire
- Sainte Colette de Corbie est une personnalité majeure de l’Église du XVe siècle. Elle a tenu un rôle décisif, en son genre aussi improbable que celui de Jeanne d’Arc, dont elle est contemporaine. À ce titre, sa vie et son comportement ont été examinés et scrutés par les autorités ecclésiastiques avec le même degré de sérieux et de rigueur. Si la papauté lui a accordé son entière confiance, c’est seulement après s’être assurée qu’ellen’avait pas affaire à une folle, une illuminée, une mythomane.
- Sa biographie a été rédigée en 1450 – quelques mois seulement après sa mort, en 1447, à Gand – par un religieux de son entourage, Pierre de Vaux. Là encore, nous sommes assurés du sérieux et du bien-fondé de ces écrits, qui rapportent des faits véridiques et vérifiés.
- La vie de recluse implique de ne plus jamais quitter la petite pièce où l’on a demandé à être emmurée, de ne plus jamais voir le monde extérieur, le ciel, le soleil, de n’avoir de contact qu’avec son confesseur et avec ceux qui lui apportent de quoi vivre et la communion, ou qui réclament ses prières. Il faut un équilibre psychologique énorme pour y résister. Les évêques n’accordent cette permission qu’à des personnes très solides, ce qui est gage du sérieux de Colette.
- Ce choix mûrement réfléchi implique aussi une grande humilité et un absolu désir d’effacement ; on peut donc exclure que la jeune fille ait voulu attirer l’attention.
- Pendant les quatre années qu’elle passe emmurée, Colette a la révélation des souffrances du Christ durant la Passion, du peu de cas qu’en font les hommes et du fait que ces derniers se damnent, tombant en enfer comme flocons de neige en tempête hivernale ; c’est exactement ce que verront les enfants de Fatima, qui n’ont jamais entendu parler de sainte Colette, en 1917.
- En 1405, cependant, ces visions changent et Colette voit François et Claire d’Assise qui la réclament à Dieu afin qu’elle aille réformer les franciscains et les clarisses qui ne répondent plus à leur vocation ; or, le monde a besoin d’eux pour se sauver. L’ange gardien de Colette demande à Dieu de la laisser à sa solitude, conformément à ses souhaits. Notre Dame apparaît alors pour servir d’arbitre, et elle demande à la recluse d’obéir et de réclamer sa libération. Colette n’a pu inventer cela car elle ignore l’état des fondations franciscaines.
- Ayant reçu une excellente formation chrétienne, Colette a été souvent prévenue par ses confesseurs contre les pièges démoniaques et les prétendues visions que le diable peut susciter pour tenter et égarer les mystiques. Elle sait donc qu’il faut avant toute autre chose discerner pour savoir, comme dit saint Paul, si elles viennent vraiment de Dieu.
- Le fait qu’il existait des moyens plus simples d’être relevée de sa réclusion montre qu’elle n’a pas inventé ces visions pour s’y soustraire. D’ailleurs, la première réaction de Colette est de rejeter ce programme, qui lui semble invraisemblable. Comme elle refuse de demander à sortir, elle est soudain frappée de cécité et de mutisme, état dont elle ne sortira qu’en obéissant ; il ne s’agit pas là de phénomènes d’ordre « psychosomatique », ni « d’hystérie ».
- Colette, d’humble naissance, sans fortune ni appui, se sent incapable de remplir une pareille mission ; qu’elle le comprenne prouve sa parfaite lucidité. Tout comme Jeanne d’Arc, elle est alors miraculeusement instruite de ce qu’elle va devoir faire, des personnes qu’elle devra rencontrer, et elle est avertie qu’elle recevra l’aide nécessaire. Elle ne peut rien imaginer de semblable.
- Deux religieux, miraculeusement instruits de son existence et de sa mission, vont être prévenus de se rendre à Corbie, d’obtenir de l’évêque sa libération et de la conduire au pape Benoît XIII à Avignon, ce qui a lieu en 1406, de manière humainement inexplicable.
- Lui aussi convaincu par divers signes, le pape l’autorise alors à entreprendre sa mission de réformatrice et à prendre le voile des Pauvres Dames de Sainte-Claire.
- Colette a des extases et des lévitations publiques dont des centaines de gens sont témoins et qui accréditent sa mission, tout comme ses prophéties. Il ne s’agit pas de « contes à dormir debout », mais de réalités confirmées par exemple par l’amitié de saint Vincent Ferrier, ou encore par le rôle de conseillère qu’elle tient lors des conciles de Constance et de Bâle, ainsi qu’auprès du duc de Bourgogne ou du roi de France…
- Pendant les quarante ans qui lui restent à vivre, Colette parcourt la France en guerre pour réformer les deux ordres. Elle obtient le soutien et l’amitié de princes et de seigneurs. Elle va fonder ou relever dix-sept couvents en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas. Des milliers de vocations affluent quand ils retrouvent toute la rigueur de leur règle primitive. À sa mort, le 6 mars 1447, l’ordre des Franciscains compte près de 35 000 membres. Une pareille réussite dans un tel contexte ne s’explique pas sans l’intervention divine.


Deux leçons de la Transfiguration (source : http://missel.free.fr)