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Ce que les consistoires du pape Léon nous révèlent sur son style de gouvernance

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D'Éd. Condon sur le Pillar :

Ce que les consistoires du pape Léon nous révèlent sur son style de gouvernance

Que nous révèlent ses choix pour ces réunions sur la manière dont il compte faire appel au Collège ?

22 juin 2026

Le pape Léon XIV convoquera officiellement vendredi un consistoire extraordinaire du Collège des cardinaux, sa deuxième réunion avec ce groupe.

On s’attend à ce que Léon XIV réintègre le consistoire extraordinaire dans le calendrier romain annuel, offrant ainsi aux cardinaux du monde entier l’occasion de rencontrer le pape et de se retrouver entre eux.

Après des années durant lesquelles le pape François avait choisi de ne plus convoquer du tout le Collège pour des consistoires extraordinaires, se contentant de réunions ordinaires purement formelles pour élever officiellement de nouveaux cardinaux, Léon a, dans une certaine mesure, l’occasion de réinventer la roue.

Le pape étant libre de choisir son propre format pour les consistoires extraordinaires, ainsi que la manière et les sujets sur lesquels il souhaite consulter le Collège, que nous révèlent ses choix concernant ces réunions sur la façon dont il compte utiliser le Collège ?

L’ordre du jour officiel des deux journées de réunions suit globalement le format du dernier consistoire de janvier, les cardinaux se réunissant en groupes pour discuter de sujets choisis par le pape, articulés autour des thèmes phares qu’il a retenus : les affaires internationales et l’évangélisation.

Les thèmes retenus pour les quatre séances de travail — dont trois porteront sur la situation mondiale, deux s’appuyant sur des passages de l’encyclique Magnifica humanitas de Léon, suivies d’une dernière séance consacrée à la mise en œuvre du synode — sont définis de manière assez large, du moins dans l’ordre du jour qui a été diffusé.

Tous les groupes transmettront leurs commentaires par e-mail, et les groupes de cardinaux exerçant la fonction d’évêques diocésains présenteront leurs synthèses dans la salle à l’ensemble de l’assemblée, aux côtés de certains autres groupes de cardinaux non diocésains.

Les travaux du consistoire s’achèveront samedi par un « dialogue » entre les cardinaux et le pape, avant que l’assemblée ne se retire pour le dîner.

Mais même ce programme quelque peu sommaire du consistoire nous en dit long sur les résultats attendus par Léon de ces réunions — et, peut-être, sur la manière dont il souhaite utiliser le collège lui-même.

Pour commencer, la reprise des consistoires extraordinaires est en soi significative, bien sûr, surtout dans ce contexte.

François s’était montré parcimonieux dans la convocation des cardinaux du monde entier pour discuter de questions ou de thèmes particuliers, ne convoquant que trois consistoires extraordinaires au cours de son pontificat et limitant même les sessions ordinaires au strict minimum.

Lors des rares occasions où les cardinaux ont été convoqués à Rome pour débattre de sujets d’actualité — la famille et la réforme de la Curie romaine —, certains d’entre eux ont fait valoir qu’après une assemblée houleuse et instable en 2014, le nouveau format prévoyant des discussions en petits groupes, des ordres du jour restreints et des possibilités de participation strictement limitées rendait ces sessions dénuées de sens.

François semblait partager cet avis, puisqu’il a de fait mis fin à ces sessions. En comparaison, l’intention affichée publiquement par Léon de faire des consistoires des événements annuels constitue une sorte de monument à la collégialité.

Mais un autre élément contextuel crucial réside dans le fait que Léon a supprimé une autre institution cardinalice, le « Conseil des cardinaux conseillers » (C9), créé par François comme une sorte de « cabinet de réflexion » mondial alors qu’il supprimait les réunions de l’ensemble du collège.

Le bilan des changements léonins semble indiquer que le pape préfère et reconnaît la nécessité d’entendre l’ensemble du collège — et de leur donner la possibilité de se rencontrer et d’apprendre à se connaître, deux sujets qui avaient suscité une vive frustration lors des congrégations générales précédant le conclave de 2025.

Et, contrairement à François, Léon ne semble pas rechercher, ni s’intéresser à, une représentation triée sur le volet de l’ensemble du collège, que ce soit pour servir de caisse de résonance privée ou de sorte de cabinet para-curial.

Si le « modèle de discussion en petits groupes » reste inchangé, il convient de noter que la dernière séance du consistoire consiste en un « dialogue » ouvert de plusieurs heures entre les cardinaux et le pape — en réalité, une séance où le collège peut aborder librement avec Léon toutes les questions qu’il souhaite, ce qui suggère une nouvelle fois que le pape est sincèrement désireux d’entendre les réflexions des cardinaux.

Certains observateurs ont toutefois mis en doute la volonté réelle du pape d’écouter le collège, notamment au vu des thèmes abordés, tant pour cette semaine que lors de la précédente session en janvier.

On a beaucoup glosé, par exemple, sur l’absence du thème de la liturgie lors du dernier consistoire, et une ombre planera sans aucun doute sur la session de juin : la menace imminente d’un schisme de la part des dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X, dont les consécrations épiscopales illicites doivent avoir lieu dans les premiers jours de juillet.

Certains ont également noté que, bien que Léon ait largement axé les discussions de cette semaine sur le thème des conflits et des divisions mondiaux par opposition à la promotion du bien commun — en s’inspirant de passages de sa récente lettre encyclique —, l’une de ses déclarations les plus incisives et les plus remarquables — à savoir que la théorie de la guerre juste de l’Église est désormais dépassée — ne figure pas à l’ordre du jour.

Si certains observateurs peuvent avoir l’impression que Léon cherche à écarter les questions les plus controversées de l’ordre du jour du consistoire, une autre interprétation est que le pape se contente simplement de ne fixer que les limites les plus générales à leurs discussions.

Par exemple, lors des séances de la première journée, les cardinaux sont invités à discuter et à s’exprimer sur les « souffrances, tensions et questions qui touchent le plus profondément » leurs fidèles et leurs diocèses, sur les « signes d’espoir, de fidélité à l’Évangile et de réconciliation possible » qui devraient occuper une place plus importante au sein de l’Église, et à réfléchir à la manière dont « les tensions, les divisions et les conflits qui affectent le monde d’aujourd’hui touchent la vie de nos Églises et de nos peuples ».

Les séances de la deuxième journée invitent les cardinaux à discuter des points de division et de marginalisation locaux dans le contexte de la promotion du bien commun.

Il s’agit d’un ordre du jour vaste, mais en aucun cas d’un ensemble de sujets anodins — et on ne saurait d’ailleurs raisonnablement le qualifier de normatif. Pratiquement toute question préoccupant un cardinal en particulier pourrait trouver sa place sous l’une de ces rubriques, si l’un d’entre eux ressentait le besoin de l’évoquer.

Une autre question à se poser est de savoir ce que Léon souhaite réellement retirer de ces sessions du consistoire. À en juger par l’organisation et l’ordre du jour, qui se termine par une longue séance publique consacrée à un dialogue libre avec le pape, l’objectif premier de Léon semble être d’écouter tout ce qui a besoin d’être dit, et de le faire dans le cadre de l’ensemble du Collège des cardinaux, ce qui lui permet d’évaluer le consensus réel sur les différentes questions et priorités et d’identifier les sujets marginaux qui pourraient néanmoins présenter un intérêt.

Il convient également de souligner que l’absence de sujets spécifiques de l’ordre du jour officiel — comme la Fraternité Saint-Pie X ou la théorie de la guerre juste — pourrait indiquer que Léon n’est tout simplement pas intéressé par la consultation des opinions du Collège mondial sur des questions de détail, du moins à ce stade.

Chaque pape utilise le Collège à sa manière, selon ce qui convient le mieux à son style de gouvernance — François a supprimé les réunions générales pour privilégier les échanges avec le C9 sur des priorités et des projets spécifiques.

Léon, du moins pour l’instant, pourrait se préoccuper davantage de réorienter la fonction pétrinienne afin de recueillir des retours plus ouverts de la part des cardinaux du monde entier, plutôt que de leur demander de travailler — en tant que groupe ou via un petit comité quasi-exécutif — comme une sorte de groupe de réflexion sur des problèmes spécifiques.

Une première réaction instinctive serait d’y voir un affaiblissement de la collaboration, mais en réalité (et dans ce contexte), il serait peut-être plus juste d’y voir un retour à des mécanismes plus établis de gouvernance curiale.

Sous François, par exemple, le C9 semblait souvent quelque peu isolé tant du reste du Collège des cardinaux que de la Curie romaine, et le pape lui-même était souvent perçu comme entouré d’un cercle restreint très soudé qui, malgré le processus synodal engagé depuis plusieurs années, apparaissait souvent comme imprenable et quelque peu imprévisible aux yeux du reste de la hiérarchie.

Un peu plus d’un an après le début de son pontificat, il semble que Léon s’intéresse avant tout, pour l’instant, à aider l’ensemble du collège à se redécouvrir et à redéfinir son rôle propre, en tant que tout, et à écouter l’ensemble du corps collégial, un peu comme il l’avait fait avant et juste après son élection lors du conclave de l’année dernière.

Cela constitue en soi une conception très nouvelle — du moins en comparaison immédiate — de la collégialité.

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