D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :
À propos du deuxième consistoire de Léon XIV : une forme de gouvernement ou une consultation ?
29 juin 2026
Le deuxième consistoire de Léon XIV a montré, dans un certain sens, que la transition d’un pontificat à l’autre est en cours, mais qu’elle n’est pas encore achevée.
Il n’est pas certain qu’elle le soit un jour.
Pour Léon XIV, les réunions du consistoire semblent davantage relever d’une vaste consultation que d’un instrument de gouvernance, une forme de consultation très différente de celle privilégiée par le pape François, à savoir le Synode des évêques.
À l’issue du consistoire, Léon XIV a déclaré : « Peu à peu, nous redécouvrons le véritable sens du consistoire : le rassemblement du Collège des cardinaux autour du Successeur de Pierre afin que, par l’écoute mutuelle et le discernement partagé, le Saint-Esprit aide le pape à guider l’Église. Ce n’est ni un parlement, ni un congrès où prévalent les opinions ou les intérêts, mais une expérience de communion au service de la mission ».
Reste à voir si et comment les consistoires annuels réguliers que Léon XIV a l’intention de convoquer auront un impact sur le Synode des évêques et sur la manière dont celui-ci est actuellement géré.
Dès le début de son pontificat, Léon XIV a déclaré que son objectif était l’unité dans l’Église, et son premier consistoire, convoqué immédiatement après l’Année Sainte proclamée par le pape François, a marqué un premier pas dans cette direction.
Après avoir clôturé l’Année Sainte avec tous les événements prévus par le pape François, y compris un voyage et une exhortation apostolique, Léon XIV a convoqué tous les cardinaux, les a rassemblés autour du grand thème d’*Evangelii Gaudium* et leur a demandé de repartir à zéro, précisément par l’évangélisation.
C’est à cette occasion que Léon XIV a exprimé son souhait de convoquer un consistoire tous les six mois, afin de permettre une discussion générale entre les cardinaux, mais aussi de favoriser le débat. Et cette discussion ouverte constitue la grande différence par rapport au pontificat du pape François.
Le pape François a abordé la question des réformes de l’Église en créant des commissions et en s’appuyant sur un Conseil des cardinaux, le « C9 » (également appelé C7 ou C6, selon les membres en fonction), sans toutefois conférer à ce Conseil un véritable pouvoir de décision.
Les cardinaux ne se sont réunis en séance de travail que trois fois au cours du pontificat de François : lors des deux premiers consistoires consacrés à la création de cardinaux, puis lors du dernier, pour discuter de la réforme de la Curie qui avait déjà eu lieu.
La réunion collégiale régulière de tous les cardinaux représente donc une transition fondamentale entre le pontificat du pape François et celui de Léon XIV. Il reste à voir ce que ce changement apportera.
L’attente était grande parmi les cardinaux, car on espérait que ce consistoire donnerait lieu à une discussion ouverte, au cours de laquelle chaque cardinal pourrait s’exprimer. La manière dont s’est déroulé le premier consistoire de Léon n’a, disons-le, pas fait l’unanimité.
Les cardinaux ont été répartis en groupes linguistiques et leurs interventions ont été confiées à la synthèse d’un modérateur.
En général, les cardinaux préfèrent assumer la responsabilité de leurs propos, comme cela a toujours été le cas, et l’on espérait qu’il en serait de même lors du premier consistoire de Léon XIV. Cela n’a pas été le cas. La méthode est restée similaire. On espérait que les procédures changeraient également pour ce consistoire. Mais même dans ce cas, la méthode est restée « synodale », c’est-à-dire le travail en groupe.
Ce n’est pas nécessairement une question idéologique. Il s’agit davantage d’une décision organisationnelle. Mais cela témoigne également d’une transition qui n’est pas encore achevée.
Léon XIV est en fonction depuis plus d’un an maintenant, et il n’a toujours pas remplacé de nombreux responsables de dicastères au sein de la Curie.
Le changement majeur au sein du Dicastère de la Communication ne prendra effet qu’en novembre, bien qu’il ait déjà été annoncé. D’autres postes de haut niveau changeront, mais avec des dates d’expiration, et un renouvellement important dû à l’âge est prévu tout au long de l’année.
En réalité, les protagonistes de la grande ère du pape François n’ont donc pas changé, pas plus que les méthodes organisationnelles. Ce n’est pas une méthode que tout le monde apprécie, mais elle a fonctionné à certains égards, elle est bien connue et a été appréciée par certains.
C’est pourquoi, au-delà des attentes, au-delà des lettres préliminaires qui mettaient en avant des thèmes spécifiques, l’organisation s’est depuis diluée pour devenir autre chose.
Ce consistoire s’est transformé en un forum de discussion, abordant une série de questions qui, par leur formulation, ressemblaient davantage à des points de départ pour un dialogue pastoral qu’à des pistes de réflexion pour un débat sur la gouvernance.
Et cela semble répondre au souhait de Léon XIV de permettre avant tout aux cardinaux d’être ensemble et de replacer la prière et la réflexion pastorale au centre. Ce n’est pas un hasard si *Evangelii Gaudium*, la première exhortation du pape François, reste le thème principal, ne serait-ce que parce qu’elle traite de l’évangélisation, qui est au cœur du pontificat.
Ce n’est pas non plus un hasard si la liturgie, qui figurait parmi les sujets de discussion possibles lors du premier consistoire, a complètement disparu de la scène. Nous sommes à la veille de nouvelles ordinations épiscopales sans mandat papal par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, et les membres de cette fraternité ont également adressé une longue lettre à tous les cardinaux sur des questions doctrinales et les erreurs du Concile.
Mais le pape n’abordera pas tout cela dans le cadre d’un débat général.
Comme le pape agit avant tout en tant que garant de la foi, ces questions doivent être traitées en interne, et non dans le cadre d’un débat public. Face à un schisme potentiel, attiser un nouvel affrontement entre « conservateurs » et « progressistes » au sein du consistoire risquerait en effet de créer davantage de divisions.
En résumé, la méthode synodale sert en quelque sorte à maintenir la continuité, à éviter les tensions et à atténuer le débat ; il reste à voir s’il s’agit là du mode de gouvernance de Léon XIV ou si celui-ci évoluera au fil du temps, avec la nouvelle direction de la Curie.
La transition a donc commencé, mais elle n’est pas encore achevée – et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles les observateurs auraient tort d’accorder trop d’importance à la méthodologie des consistoires.
Il en va ainsi, même s’il y a beaucoup à dire sur l’idée que le pontificat de Léon XIV a véritablement commencé avec son voyage en Espagne.
Son pontificat public, l’empreinte qu’il a laissée sur la forme et le fond du message qu’il était venu délivrer, ont sans aucun doute été mis en évidence tout au long de son séjour en Espagne.
Le pontificat de Léon XIV, en tant que pontificat de gouvernance, n’a pas encore pleinement commencé.