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  • Prière à saint Michel en musique

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    Lu et entendu ce 29 septembre, en la fête de l’archange saint Michel, sur le site web « aleteia » : 

    Le Chœur St Michel à Paris, chœur de jeunes hommes chrétiens, a mis en musique la prière d’exorcisme à St Michel de Léon XIII, prière qu’ils chantent à chaque répétition : « saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la perfidie et les embûches du démon ; que Dieu étende sur lui son empire, nous le demandons en suppliant.
    Et vous, prince de la Milice céleste, refoulez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

    Prière composée par le pape Léon XIII (1878-1903), à la suite d’une extase durant laquelle il aurait entendu Satan demander à Jésus-Christ de lui laisser un siècle pour parvenir à détruire l’Église catholique romaine, ce que Jésus lui accorda. Elle a été récitée à la fin de chaque messe basse jusqu’à Vatican II, et demandée par le pape François en octobre 2018.

     Ref. Prière à saint Michel en musique

  • Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

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    Léon XIV en France : quand le catholicisme sort du bois

    Ils avaient pris l'habitude de parler du catholicisme au passé. Léon XIV les a obligés à employer le présent.

    Pendant quatre jours, la France aura vu ce qu'elle ne voit plus guère dans son paysage médiatique ordinaire : une Église catholique visible, assumée et mobilisée. Des centaines de milliers de personnes à Paris, 80 000 jeunes au Stade de France, des foules à Lourdes et à Metz. Et, surtout, une jeunesse catholique qui ne semblait ni honteuse de sa foi ni désireuse de la dissimuler.

    Ce n'est évidemment pas le retour statistique de la France chrétienne d'autrefois. Il serait absurde de transformer quelques jours exceptionnels en retournement démographique. Mais quelque chose s'est produit : le catholicisme a réoccupé l'espace public sans demander pardon d'y être.

    Et c'est peut-être cela qui a le plus dérangé.

    Une Église qui n'a pas demandé la permission de parler

    Léon XIV avait annoncé la couleur dès l'avion qui le conduisait à Paris. Il n'est pas venu comme un diplomate en visite, ni comme une personnalité culturelle venue célébrer le patrimoine français.

    « Je me rends avant tout en France […] en tant que disciple de Jésus-Christ désireux de proclamer la paix, la paix du Christ », déclarait-il aux journalistes.

    Tout est là.

    Il est venu comme pape.

    Il a donc parlé de Dieu, de la foi, de la vie, de la dignité humaine, de la famille, de la paix, de l'avenir de l'Europe. Bref, de tout ce qu'une certaine conception aseptisée de la laïcité voudrait parfois reléguer derrière les portes des églises.

    À Paris, devant les autorités françaises, Léon XIV n'a pas davantage contourné les questions qui fâchent. Et à Lourdes, il a formulé sans détour une critique de la logique de la mort programmée :

    « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral. »

    Puis il a ajouté :

    « Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

    Difficile d'être plus clair.

    Et il ne s'est pas arrêté à la fin de vie. À Paris, à l'UNESCO, il a replacé la question de la vie humaine dans une réflexion beaucoup plus large : que devient une civilisation lorsque la vie cesse d'être reçue comme un don pour devenir un objet que l'on produit, sélectionne ou exploite ?

    « La vie n'est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise », avertissait-il.

    Voilà donc un pape qui, en France, ne s'est pas contenté de célébrer Notre-Dame ou de saluer le patrimoine chrétien.

    Il a posé des questions de civilisation.

    Et puis il y eut le Stade de France

    Mais le moment le plus révélateur n'a peut-être pas été politique.

    Il a été ecclésial.

    80 000 jeunes au Stade de France.

    Pas pour un concert.

    Pas pour une manifestation politique.

    Pas pour une vedette du sport.

    Pour une veillée de prière avec le pape.

    Et Léon XIV leur a dit quelque chose que notre époque peine à entendre : « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    Pas « l'Église de demain ».

    Pas « l'Église si vous voulez bien vous engager ».

    L'Église d'aujourd'hui.

    Puis, à Paris, il les a exhortés à ne pas garder leur foi pour eux-mêmes :

    « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. »

    Voilà qui devrait rassurer ceux qui craignent une résurgence du catholicisme dans l'espace public : le pape n'a effectivement pas demandé aux catholiques de rester tranquillement chez eux.

    Il leur a demandé exactement l'inverse.

    Sortez. Témoignez. Transmettez. Servez.

    Et les jeunes semblent avoir répondu présents.

    Le catholicisme n'est pas une pièce de musée

    C'est ici que le débat sur la laïcité devient intéressant.

    La France est laïque. Elle doit le rester.

    Mais la laïcité ne signifie pas que les religions doivent être invisibles. Elle signifie que l'État ne se confond pas avec une religion et garantit la liberté de conscience et de culte.

    Le problème commence lorsque certains semblent confondre neutralité de l'État et neutralisation du religieux.

    Un christianisme patrimonial ne dérange personne.

    Une abbaye transformée en hôtel ? Très bien.

    Une cathédrale visitée par des touristes ? Magnifique.

    Un saint présenté comme une figure historique ? Très bien.

    Mais des catholiques qui prient ?

    Des jeunes qui parlent de Jésus-Christ ?

    Un pape qui affirme publiquement que la vie humaine possède une dignité qui ne dépend ni de son âge, ni de son état de santé, ni de son utilité ?

    Alors soudain, certains découvrent les vertus de la discrétion.

    Le catholicisme est parfaitement accepté à condition de ne plus être vraiment catholique.

    C'est précisément cette logique que le voyage de Léon XIV vient contredire.

    Une parole qui assume les racines chrétiennes

    À Metz, le pape a porté le débat encore plus loin.

    Dans la ville de Robert Schuman, il a parlé des « racines de l'Europe », de paix et d'unité. Et il a appelé les jeunes Européens à ne pas avoir peur de l'avenir :

    « Aimez la vie à chaque instant, et n'ayez pas peur de l'avenir ! »

    Puis cette exhortation, particulièrement forte dans une Europe vieillissante :

    « N'ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu'à son dernier souffle. »

    Il faudrait mesurer la portée de ces mots.

    Dans une société où l'enfant à naître est souvent présenté sous l'angle du droit de disposer de soi, où la fin de vie est de plus en plus pensée en termes d'autonomie et où la famille est devenue l'objet de profondes recompositions, Léon XIV réintroduit une autre logique :

    la dignité précède l'utilité.

    La vie n'est pas digne parce qu'elle est performante.

    La personne n'est pas digne parce qu'elle est autonome.

    L'homme n'a pas de valeur parce qu'il est rentable.

    Et la fragilité n'abolit pas la dignité.

    Voilà une parole chrétienne.

    Et voilà précisément pourquoi elle ne pouvait que rencontrer quelques résistances.

    L'« urticaire » des laïcards ?

    Il faut ici éviter une facilité : tous les défenseurs de la laïcité ne sont évidemment pas hostiles au catholicisme. Et les interrogations sur la place de la religion dans l'espace public sont parfaitement légitimes.

    Mais le voyage aura aussi révélé une réaction plus curieuse : l'impossibilité, pour certains, d'accepter que la visibilité catholique soit simplement... catholique.

    Pourquoi faudrait-il que le croyant s'excuse de croire ?

    Pourquoi faudrait-il qu'une messe publique soit suspecte ?

    Pourquoi faudrait-il qu'un pape, lorsqu'il parle de bioéthique, de famille ou de vie humaine, soit immédiatement sommé de rester dans les limites d'un discours religieux privé ?

    Une société pluraliste doit accepter quelque chose de beaucoup plus exigeant que la simple coexistence des opinions : elle doit accepter que des convictions profondes continuent d'exister publiquement, y compris lorsqu'elles contredisent l'air du temps.

    C'est cela, la liberté.

    Le vrai succès du voyage

    Le véritable résultat de ce voyage n'est donc pas de savoir si la France est redevenue catholique. Elle ne l'est manifestement pas.

    Le résultat est plus modeste — et peut-être plus important.

    On ne peut plus faire comme si le catholicisme n'était qu'un souvenir.

    Il y a encore des catholiques.

    Il y a encore des jeunes catholiques.

    Il y a encore des familles catholiques.

    Il y a encore des vocations.

    Il y a encore des convertis.

    Il y a encore des gens qui veulent transmettre.

    Et, surtout, il y a encore une Église capable de proposer autre chose que l'adaptation permanente aux dernières évolutions culturelles.

    Léon XIV n'est pas venu demander à la France de renoncer à la République.

    Il n'est pas venu abolir la laïcité.

    Il est venu rappeler que la foi chrétienne possède encore quelque chose à dire sur l'homme et sur la société.

    Et il l'a dit sans agressivité, mais sans complexe.

    À ceux qui s'inquiètent de cette visibilité retrouvée, il faudrait finalement rappeler une chose assez simple.

    Une démocratie n'est pas menacée par des citoyens qui prient.

    Elle serait plutôt menacée par une conception de la liberté qui ne tolérerait certaines convictions qu'à condition qu'elles restent silencieuses.

    Le voyage de Léon XIV aura donc produit un paradoxe.

    Ce pape venu proclamer « la paix du Christ » aura réveillé une petite guerre culturelle.

    Mais cette fois, les catholiques étaient là.

    Ils étaient 80 000 au Stade de France.

    Ils étaient des centaines de milliers à Paris.

    Ils étaient à Lourdes.

    Ils étaient à Metz.

    Ils chantaient, priaient, écoutaient.

    Et Léon XIV leur a simplement dit :

    « Vous êtes l'Église d'aujourd'hui. »

    C'est peut-être cela, finalement, qui aura le plus déconcerté.

    Ils avaient enterré le catholicisme.
    Lui leur a simplement montré qu'il respirait encore.

    (avec l'IA)

  • A Metz et dans l'avion du retour, le Pape a confirmé et précisé les propos des jours précédents

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    Ce qui ressort de la journée de Metz, puis surtout de la conférence de presse dans l’avion de retour vers Rome, c’est une réelle continuité avec les prises de position exprimées par Léon XIV pendant son voyage. Il n'a pas cherché, au retour, à édulcorer ses propos sur la vie humaine, la paix, le réarmement, le rôle public de l’Église ou encore les abus sexuels.

    1. À Metz : l'Europe ne peut pas renier ses racines

    À Metz, Léon XIV a développé une idée forte : l'Europe ne peut comprendre son identité et construire son avenir en faisant abstraction du christianisme.

    Il rappelle notamment le rôle de saint Benoît :

    « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. »

    Et il affirme explicitement :

    « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. »

    Mais le pape ne propose pas pour autant une Europe confessionnelle. Il établit plutôt un lien entre les racines chrétiennes et les valeurs qui fondent aujourd'hui la coexistence européenne : dignité de la personne, liberté, démocratie, égalité et État de droit. Il rappelle également que la laïcité suppose « une véritable collaboration » et le respect de la liberté de l'Église.

    2. La paix : pas simplement l'absence de guerre

    À Metz, son discours devient particulièrement incisif lorsqu'il aborde la guerre et le réarmement.

    Léon XIV reprend à son compte l'avertissement contre « l’illusion du réarmement » et demande aux responsables politiques d'avoir « le courage dans la négociation » et d'être prêts à « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ».

    Il ne s'agit donc pas, précise-t-il, d'un « irénisme naïf ». La paix exige au contraire des « efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».

    Et il lance aux jeunes une exhortation qui résume assez bien son message français :

    « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »

    Cette phrase est particulièrement importante : la défense de la vie est intégrée par Léon XIV à son discours sur l'avenir de l'Europe, et non traitée comme une question marginale ou strictement confessionnelle.

    3. Dans l'avion : « Nous ne faisons pas de politique, nous appliquons l'Évangile »

    C'est sans doute l'un des passages les plus significatifs de la conférence de presse.

    Interrogé sur la défense de la vie et notamment sur l'euthanasie, Léon XIV refuse très clairement l'idée que l'Église devrait se taire dès lors qu'une question devient politique.

    Il déclare :

    « Lorsque l’Église parle de la défense de la vie ou de questions de doctrine sociale, elle ne fait pas de politique, mais applique l’Évangile à la vie des personnes. »

    C'est une précision importante. Léon XIV confirme ainsi à bord de l'avion ce qu'il avait dit en France : la défense de la vie humaine appartient à la mission propre de l'Église.

    Autrement dit, le pape ne considère pas que parler publiquement de l'avortement, de l'euthanasie, de la dignité humaine ou de la famille constitue en soi une intrusion dans le domaine politique.

    4. Sur les abus sexuels : une précision importante

    La conférence de presse lui permet également de préciser ses propos tenus après sa rencontre avec des victimes à Lourdes.

    Il refuse de reprendre sans nuance l'expression « système d'abus » :

    « Beaucoup d’entre elles ont parlé d’abus systémique. Personnellement, je préfère l’exprimer autrement. »

    Il reconnaît cependant que certaines organisations de l'Église ont pu, dans certaines circonstances, fonctionner « de manière abusive comme un système ».

    Mais il replace surtout la question dans une perspective plus fondamentale :

    « L’abus sexuel est avant tout un problème humain. Lorsqu’il se produit au sein de l’Église, il prend en réalité une autre dimension, car la vie de foi des personnes est profondément blessée et parfois même détruite. »

    Il ajoute que l'Église a « une responsabilité particulière » envers les victimes et doit les accompagner sur le chemin de la guérison.

    Cette nuance est intéressante dans le contexte du voyage : Léon XIV ne minimise absolument pas les abus, mais il refuse également que l'expression « systémique » devienne une catégorie explicative universelle.

    5. Guerre et réarmement : le pape confirme et durcit même son propos

    La question de la guerre Russie-Ukraine lui donne l'occasion de revenir sur son discours de Metz.

    Il insiste sur la responsabilité de l'Église de rappeler la dignité humaine et le caractère sacré de la vie :

    « L’Église a une responsabilité de promouvoir ces valeurs. »

    Et surtout :

    « Il faut continuer à inviter des dirigeants comme ceux de la Russie et de l’Ukraine [...] à venir, à s’asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans continuer ces guerres qui n’ont plus de sens. »

    Il dénonce également les intérêts économiques liés à l'industrie de l'armement :

    « Quelques-uns s’enrichissent énormément grâce à une industrie qui promeut la guerre. »

    Et il oppose à ces dépenses les besoins fondamentaux de l'humanité :

    « Avec ces milliards d’euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes comme la faim dans le monde, le logement, les situations de chômage. »

     

    6. Le fil rouge du voyage

    Si l'on met bout à bout Lourdes, Paris et Metz, puis les réponses données dans l'avion, on voit apparaître un discours assez cohérent :

    • la vie humaine doit être protégée, de son commencement à sa fin naturelle ;
    • l'Église a le droit et le devoir de parler publiquement de ces questions ;
    • la famille et la natalité ne doivent pas être considérées comme des réalités dépassées ;
    • l'Europe doit assumer ses racines chrétiennes, sans devenir pour autant un État confessionnel ;
    • la paix ne se construit pas seulement par le rapport de forces et le réarmement, mais par la négociation ;
    • les abus sexuels doivent être pris au sérieux, avec une attention prioritaire aux victimes, mais sans réduire toute la réalité ecclésiale à la catégorie du « systémique » ;
    • enfin, le christianisme demeure pour lui une force capable de contribuer à l'avenir de l'Europe, et non simplement un héritage historique.

    C'est probablement ce qui donne au voyage sa cohérence : Léon XIV ne s'est pas contenté de tenir un discours pastoral sur l'Église ; il a proposé une certaine conception de l'homme et de la société, fondée sur la dignité humaine, la vie, la famille, la liberté, la paix et les racines chrétiennes de l'Europe.

    Et surtout, la conférence de presse dans l'avion a confirmé que ces déclarations n'étaient ni des improvisations ni des maladresses de circonstance : interrogé directement par les journalistes, le pape les a précisées, assumées et, sur plusieurs points, développées.

    (avec l'IA)

  • Le dicours du Pape lors de la rencontre " Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité " à Metz

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX ET L’UNITÉ »

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    Centre des Congrès Robert Schuman de Metz
    Lundì, 28 settembre 2026

    ___________________________________

    Monsieur le Président,

    Monsieur le Cardinal,
    Distinguées Autorités civiles et religieuses,
    Mesdames et Messieurs,

    je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

    Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

    Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

    Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

    L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

    Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par  saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

    On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

    Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

    Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

    À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

    Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

    Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

    Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

    Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

    L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

    Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

    Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

    C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

    Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

    Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

    Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

    L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

    L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

    Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

    Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

    En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

    Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

    Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

    Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

    N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

    N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

    Soyez des bâtisseurs de communautés !

    Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

    Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

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    [1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

    [2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

    [3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

    [4] Ibid.

    [5] Ibid.

    [6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

    [7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

    [8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

    [9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

    [10] Ibid.

    [11] Ibid.

    [12] Ibid.

    [13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.