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L'absurdité des lieux de culte limités à 15 personnes se poursuit

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De Mathieu Tamigniau sur RTL Info :

Kévin trouve "complètement absurde" que les églises soient toujours limitées à 15 personnes: "On ne parle pas assez des lieux de culte"

5 février 2021

Oubliés, les lieux de culte ? C'est ce que pensent de nombreux pratiquants en Belgique. Le porte-parole des évêques confirme cette situation délicate, et réitère sa demande de modification de la règle. Pour l'instant, elle ne semble pas être sur la table des réunions du comité de concertation.

Depuis plusieurs semaines, nous évoquons régulièrement le désespoir du secteur de l'horeca ou des métiers de contact (coiffeurs, esthéticiennes). Les politiques répètent qu'ils ont entendu ce cri d'alerte, et pourraient ce vendredi, lors du nouveau comité de concertation, annoncer une réouverture progressive dans les prochaines semaines (voir les détails).

Mais d'autres domaines de notre vie sociale sont toujours impactés, depuis des mois, par des mesures qui semblent parfois irréfléchies ou disproportionnées. "Je suis troublé", nous a écrit Kévin. S'il comprend bien la détresse des milliers d'indépendants au bord du gouffre, il estime qu'on "ne parle pas assez des lieux de culte".

Catholique, Kévin rappelle que depuis le mois décembre, "dans les églises et tous les autres lieux de culte, nous ne pouvons pas accueillir plus de 15 personnes, qu’importe la surface du lieu". Une situation qu'il trouve "complètement absurde: on devrait faire comme cet été, adapter les mesures en fonction de la taille du lieu, et tout le monde sait que les églises sont suffisamment grandes que pour accueillir beaucoup de monde", poursuit-il, réclamant que l'on "remette le débat sur la table".

"De nombreuses paroisses sont fermées"

Tommy Scholtès est le porte-parole des évêques de Belgique, et la réaction de Kévin ne l'étonne pas. "On a eu des Noël avec 15 personnes par Eglise, et ça eu pour conséquence qu'énormément de paroisses n'ont même pas réouvert. C'est tellement difficile d'ouvrir une messe pour 15 personnes maximum. A l'Eglise des Jésuites à Saint-Michel, on a fait un système de réservation et les gens s'inscrivent. Comme on a beaucoup de prêtres dans la communauté, on peut se permettre de faire beaucoup de célébrations. Mais dans les paroisses où il y a un prêtre pour deux ou trois églises, c'est très difficile d'organiser, et c'est assez pénible de devoir renvoyer chez eux des gens qui veulent assister à une messe. Donc de nombreuses paroisses sont fermées". C'est le cas dans certains villages, "mais aussi à Bruxelles, en ce moment, à la Cathédrale, au Sablon, il n'y a pas de messe du tout".

Conséquence: "Je reçois beaucoup de messages de personnes très peinées, qui disent que la vie spirituelle est tout aussi essentielle, pour eux, que la culture ou d'autres choses. Tout le monde me demande que les cultes soient mentionnés dans les négociations en cours", poursuit le porte-parole des évêques.

"Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel"

Depuis le mois de mars, "on est passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel au niveau des règles: les mètres carrés proportionnels mais avec un maximum ; durant l'été on pouvait célébrer à l'extérieur, puis ça a été doublé ; puis on a refermé tout ; et depuis décembre, c'est la règle de 15".

Sa demande est la même que Kévin: "Le minimum serait d'arriver à une personne par 10 mètres carrés dans les lieux de culte. En France, c'est une rangée sur deux, et sur ces rangées, une chaise sur deux. Ça donne environ une occupation d'un tiers de l'église par rapport à la capacité normale".

Que peut faire l'Eglise ?

"Nous avons fait cette demande (1 personne par 10 mètres carrés) il y a environ trois semaines. Il y a eu une réunion des chefs de culte (catholique, musulman, juif, etc) avec le ministre de la Justice (qui est responsable des cultes), mais la ministre de l'Intérieur avait dit entretemps que le maximum absolu de 15 resterait la norme. Nous venons de réécrire, récemment, pour demander une extension, mais nous n'avons reçu qu'un accusé de réception", déplore Tommy Scholtès.

Aller plus loin consisterait à mobiliser tous les pratiquants de Belgique dans la rue. "Une manifestation autorisée d'une centaine de personnes a eu lieu il y a deux semaines environ, devant le ministère de la justice, pendant une heure". Elle n'a pas vraiment porté ses fruits. Le porte-parole des évêques rappelle que "nous travaillons davantage dans la négociation avec les ministères compétents".

Commentaires

  • L’épiscopat belge a fait preuve d’une soumission surprenante aux rigueurs sanitaires discriminatoires infligées aux célébrations publiques du culte, dédaignant du même coup toute velléité de protestation exprimée par ses ouailles : ce faisant, il s’est décrédibilisé comme interlocuteur, aux yeux des uns et des autres.
    Aujourd’hui, le culte n’a pas pour autant disparu : victime d’une jauge arbitraire, il s’est dispersé en conventicules qui se sont répandus spontanément à gauche et à droite avec le concours de fidèles et de prêtres laissés sans directives ecclésiales précises pour un temps imprécis.
    Mais la question reste sans réponse : après le déconfinement des salons de coiffure ou des parcs animaliers, à quand celui du culte ? sans doute en fin d’une liste encore longue au bout de laquelle on trouve les divertissements culturels dont la célébration de la messe est considérée comme un sous-produit sans importance.

  • Cette limite absolue de 15 personnes nous semble absurde. Elle ne cesse de l'être que si l'on admet que le pouvoir est tout simplement hostile au culte. De ce point de vue, la pandémie est une aubaine, elle sert de prétexte à des mesures liberticides.
    Quémander des discussions est dès lors inutile, il n'y a que le rapport de forces qui compte. L'habileté des gouvernants est d'avoir accompagné leurs abus d'une interdiction de toute manifestation significative les dénonçant.
    Provisoirement au moins, ceux qui sont attachés à la liberté se retrouvent devant un dilemme : la révolte ouverte ou la soumission totale. La première option ne peut évidemment venir d'évêques, trop de choses s'y opposent.

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