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Une opération de Sant'Egidio en vue du prochain conclave

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Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, traduit sur Diakonos.be :

11 octobre 2021

Conclave en vue, opération Sant’Egidio

Loin d’être un tabou, penser au futur conclave est quelque chose de typique de la physionomie de toutes les fins de pontificat. Cela a été le cas en 2002, lors du déclin physique de Jean-Paul II, quand ce blog avait découvert un « papabile » en bonne position, en celui qui était alors l’archevêque de Buenos Aires Jorge Mario Bergoglio, et qui a effectivement fini par monter sur la chaire de Pierre. C’est à nouveau le cas aujourd’hui, alors que les journaux démasquent chaque jour des prétendants à la succession d’un François toujours plus aux abois.

Jeudi dernier, le 7 octobre, les médias du Vatican ont atteint un sommet des plus scénographiques à Rome, avec le Colisée en arrière-plan, dans un appel collectif pour la paix entre les peuples et les religions lancé par le Pape François et par les plus grands leaders religieux du monde, avec au premier rang le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, tous bras dessus, bras dessous, précisément le jour de l’anniversaire de la bataille de Lépante.

On a pu assister à deux clous de la cérémonie : de la part d’Andrea Riccardi (photo), fondateur et monarque absolu de la communauté Sant-Egidio et, dans les faits, organisateur de l’événement, qui était comme chez lui, et de la chancelière allemande Angela Merkel en tant qu’invité d’honneur. Le 20 octobre 2020 déjà, lors de l’édition précédente des rencontres interreligieuses que la communauté organise chaque année dans la foulée de la première qui avait été convoquée en 1986 à Assise par Jean-Paul II, l’agenda avait assigné à Riccardi l’honneur de prononcer le discours d’ouverture, avec dans un second temps celui du Pape François.

Mais en plus, cette année, le programme fourni de la journée – dans un forum qui s’est tenu dans le nouveau et futuriste palais des Congrès de Rome appelé « La Nuvola » où défileront des intervenants célèbres tels que le grand rabbin Juif David Rosen et le Conseiller spécial des Nations Unies Jeffrey Sachs, un économiste malthusien qui fait désormais partie des meubles au Vatican -, il y avait également un cardinal, le seul cardinal avoir été invité à prendre la parole au cours de l’événement, l’archevêque de Bologne Matteo Zuppi (photo), celui-là même que Settimo Cielo pointait, dans une analyse du  le 13 juillet dernier, comme étant la tête de liste des prétendants actuels à la papauté.

Le jeu d’équipe est aussi raffiné que découvert. Le cardinal Zuppi est en en effet lui aussi, à l’ombre de Riccardi, l’un des fondateurs de la Communauté de Saint’Egidio, qui est indiscutablement le lobby catholique le plus puissant de ces dernières décennies au niveau mondial. Il sera d’autant plus influent, dans un futur conclave, que le collège des cardinaux électeurs – après les mauvais traitements subis de la part du Pape François aussi bien dans les nominations que dans l’absence de convocations des consistoires – est en désordre, que les sentiments sont incertains et qu’il sera donc d’autant plus sensible aux influences des pressions aussi bien internes qu’externes.

Zuppi est l’un des rares cardinaux à être connu non seulement de ses confrères à travers le monde – c’est le seul italien élu au Conseil intercontinental du synode des évêques – mais également au-delà des frontières de l’Église. Et ceci parce que, déjà à l’époque où il était assistant ecclésiastique général de la communauté de Sant’Egidio et curé jusqu’en 2010 de la basilique romaine de Santa Marie in Trastevere, en plus d’être depuis cette année évêque auxiliaire de Rome, il a toujours été tiré les fils d’un réseau de personnes et d’événements, aussi bien religieux que géopolitiques, à l’échelle planétaire. Des accords de paix au Mozambique au début des années quatre-vingt-dix au soutien actuel de l’accord secret entre le Saint-Siège et la Chine, en passant par les rencontres interreligieuses dans le sillage d’Assise et les « couloirs humanitaires » en Europe pour les migrants en provenance d’Afrique et d’Asie.

Aux conclaves de 1978, de 2005 et de 2013 déjà, les hommes de Sant’Egidio avaient tenté de téléguider les résultats. À chaque fois sans succès mais toujours avec ensuite la capacité caméléonesque de s’adapter parfaitement à chaque nouveau Pape, jusqu’à atteindre leur apogée sous le pontificat de François, qui a non seulement promu Zuppi archevêque de Bologne et cardinal mais qui a placé Vincenzo Paglia à la tête des instituts du Vatican pour la vie et la famille, qui a parachuté Matteo Bruni à la tête de la salle de presse et qui a dernièrement nommé vice-présidents de l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, tout juste refondé, les époux Agostino Giovagnoli et Milena Santerini, le premier des deux étant également un défenseur acharné de la désastreuse politique pontificale actuelle envers la Chine.

L’inclination de François pour la Communauté de Sant’Egidio est d’autant plus flagrant que son aversion d’un autre temps pour les autres mouvements et associations catholiques. Et pourtant, le passif de cette communauté ne semblerait pas aussi innocent au Pape s’il le connaissait un tant soit peu.

> Sant’Egidio story. Il grande bluff

En effet, l’histoire de Sant’Egidio contraste beaucoup avec la doctrine catholique de la vie et de la famille, que le Pape François a justement confiée à des personnalités issues de cette communauté. D’abord voués à une vie « célibataire pour le Royaume des Cieux », Riccardi et ses ouailles ont vite découvert, lors d’une retraite collecte en 1978, qu’au sein de la communauté, l’activité sexuelle était plutôt exubérante et multiforme. Et c’est à partir de là qu’ils ont donné le feu vert aux mariages entre eux, tout en les considérant que comme des « remèdes à la concupiscence », il s’agit de mariages plus souvent arrangés par les responsables que spontanés, comme cela est apparu au grand jour lors d’un procès en nullité auprès du tribunal diocésain de Rome documenté par Settimo Cielo :

> Venticinque anni nella comunità di Sant’Egidio. Un memoriale

La tactique des membres de Sant’Egidio, c’est de ne pas s’exposer publiquement sur des thèmes plus réellement controversés dans l’Église, surtout s’ils concernent des points fondamentaux de la doctrine, mais de naviguer en eaux tranquilles là où le bénéfice médiatique est assuré, comme dans les symposiums pour la paix et la mère terre ainsi que les activités caritatives pour les pauvres.

Quand en revanche, du fait de leur position, ils ne peuvent pas éviter de prendre position, ils ont pour règle de s’en tenir au terrain « pastoral », celui qui est si cher au Pape Bergoglio, qui leur permet de prêcher et d’essayer les solutions les plus diverses, surtout si elles se conforment à l’esprit du temps, tout en prétendant dans leurs discours que la doctrine reste toujours inchangée. Les déclarations confuses de Paglia sur l’euthanasie ne sont qu’un exemple parmi bien d’autres, tout comme la préface sibylline du cardinal Zuppi à l’édition italienne du livre « Building a bridge » du jésuite James Martin, très apprécié de François, en soutien à une nouvelle pastorale des homosexuels.

Ce n’est donc plus un mystère pour personne que Zuppi est bien ce « cardinal de la rue » – comme dans le documentaire sur lui qui circule déjà – que la Communauté de Sant’Egidio voudrait mener à la victoire dans le conclave à venir.

Mais il faut être conscient que s’il était élu, ce ne serait pas lui qui gouvernerait l’Église mais bien Andrea Riccardi, le tout-puissant fondateur et chef de cette communauté dans laquelle pas la moindre feuille ne tombe d’un arbre sans qu’il ne l’ait décidé.

Riccardi sait également que pour gagner la course à la succession de François, il doit prendre une certaine distance tactique avec le pape actuel, comme le requiert la physiologie de tout changement de pontificat. Et c’est ce qu’il a dék) fait dans son dernier livre d’analyse sur l’état actuel de l’Église, très critique déjà dans son titre, « La Chiesa brucia », comme pour appeler à un changement de trajectoire, tout en restant très vague sur la nouvelle route à suivre, comme pour ne contrarier personne.

Quant à présager du succès de l’opération, tout reste à voir. En fait, il y a peu de chances que cela fonctionne, une fois que les masques tomberont.

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