Une amie nous adresse ce message :
"Bonjour,
Je me permets de vous partager ci-dessous la réponse que j’avais transmise quelques jours à La Libre, espérant ainsi pouvoir répondre à l’opinion que Cécile Jacquerye-Heusers dans son propre écrit : L’opinion de C. Jacquerye-Heusers: https://www.lalibre.be/debats/
L’objectif était de montrer que la voix de Myriam Tonus et de Mme Jacquerye ne représentent pas toute l’Eglise. Cependant, malgré mon étonnement, La Libre a souhaité que cette réponse ne soit citée que par quelques extraits dans sa rubrique « Courrier des lecteurs ». J’ai trouvé cela assez fort… et fort mesquin.
Ceci démontre clairement qu’une seule voix est privilégiée : la voix progressiste, et pas question de proposer autre chose. Je vous partage ci-dessous ma réponse. Si vous souhaitez la publier, elle est désormais à vous… bien que je crois que les lecteurs de Belgicatho soient déjà acquis à la cause.
Merci pour votre engagement et bonne continuation. Bien à vous, A. L.
« Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6,67)
Le cri de la théologienne Myriam Tonus, suivi d’un claquement de porte alors qu’elle venait de quitter l’Eglise catholique pour l'Église Protestante Unie de Belgique, a trouvé son écho dans la voix de Cécile Jacquerye-Heusers (« Je suis en colère contre l'Église catholique qui n'évolue pas! », le 20 janvier entre les pages de la Libre).
Sans retenir Myriam Tonus par la manche, Cécile Jacquerye-Heusers en brandit pourtant un large pan, happé au vol. Elle soutient que les femmes sont décidément les grandes oubliées dans la distribution des rôles d’une Eglise qu’elle dépeint comme une entreprise démocratique, ou comme une scène théâtrale en laquelle chacun et chacune aurait droit à sa part de reconnaissance.
Avec raison, elle regrette que certains internautes aient éclaboussé les réseaux sociaux d’un « bon débarras ! ». Je me refuse à être de ceux-là. Chaque départ d’un catholique est un échec, une blessure qui fait suinter le corps du Christ une nouvelle fois. Pour ne pas lui ajouter davantage de coups, ne cédons ni à la tentation du jugement, ni à celle d’une lecture à fleur d’émotion, mais prenons du recul vis-à-vis du discours de nos deux dames. Ce recul nous permet de reconnaître une musique devenue lancinante au sein d’une part de notre Eglise.
Ce discours qui fait primer l’authenticité sur la vérité, faisant grise mine face au Magistère, à l’enseignement bimillénaire de l’Eglise et, de façon générale, à toute forme de repère stable, de fidélité et de constance — au profit d’un « bougisme » à tout vent. « La passion réformiste dans l’Eglise, écrivait le Cardinal de Lubac, est généralement en proportion inverse de la vie surnaturelle. Voilà pourquoi ce n’est presque jamais d’elle que procèdent les réformes authentiques et bienfaisantes ». Lorsqu’une mère offre la solidité d’une cuisine composée de son amour et de l’héritage d’une expérience, il arrive que l’adolescent boude le plat : l’expérience ne suffit plus — il veut le goût, et uniquement le goût. Cette Eglise désertée par les enfants qu’elle avait enfantés par sa Parole et par le pain nourrissant de sa doctrine, à travers la voix de ses Évêques et de ses prêtres (certes imparfaits, tout comme le sont les laïcs), n’est-ce pas le Christ qui, à travers elle, est amputé de ses membres et de sa chair même ? Que nul ne s’en étonne : comme dans toute relation, lorsque la confiance s’étiole, le lien n’est bientôt plus nourri, et c’est l’alliance qui se rompt tôt ou tard.
Croire que l’on peut réinventer l’Eglise sur la subjectivité des sondages et des micro-trottoirs en s’affranchissant de toute autorité, est une idéologie empruntée au monde actuel, qui rêve d’abolir toute identité (ce simple terme soulevant déjà la suspicion) qu’elle soit religieuse, nationale ou sexuelle, au profit d’une déconstruction de tout repère. Le relativisme y est devenu la norme. Mais « le commun des mortels a besoin d’une demeure », nous rappelle Mathieu Bock-Côté. Quand l’homme ne sait plus qui il est ni d’où il vient, il bascule dans la névrose.
Non, Madame Jacquerye-Heusers, l’Eglise n’a pas besoin d’être sauvée. S’il faut un salut, il viendra de notre conversion personnelle ; et il n’est pas de conversion personnelle sans humilité. Si nous nous réclamons d’un Christ qui nous indique qu’être grand suppose de se faire serviteur, alors un véritable choix s’impose : sommes-nous prêts à assumer l’impopularité de l’Eglise crucifiée parce qu’elle n’adoptera jamais les idées ni le mode de fonctionnement du monde ? Ou choisirons-nous le confort de la mondanité ? Rester ou partir : c’est notre liberté. C’est la Vérité qui rend libre (Jn 8:32), mais il est vrai que le Christ nous laisse ce choix."
Commentaires
Madame Madame Jacquerye-Heusers devrait reconnaître que l'Église "MacDo" à laquelle elle rêve pour se mettre en avant n'est pas l'Église telle que le Christ l'a voulue et à laquelle il a donné une structure sacramentelle qui garantit son identité et sa fonction première : la sanctification de toutes les personnes et non l'ordination sacerdotale des femmes.
Espérer encore, de la part de LLB, quoi que ce soit de bienveillant envers le catholicisme ou les valeurs chrétiennes traditionnelles, c'est faire preuve de naïveté, voire d'aveuglement.
Notamment, l'ouverture de leurs pages "Opinions" aux points de vue les plus anticléricaux lève tout doute à ce sujet. Pour ne prendre que deux exemples très récents, on a pu y trouver une diatribe contre les restrictions, par les USA, du financement international de l'avortement et des épanchements paranoïaques causés par la subsistance, dans la population, d'inclinations conservatrices dont la propension à faire quelques enfants.
L'absorption prévue d'IPM par Rossel montre, s'il en était encore besoin, qu'il n'y a plus un chouïa distinguant l'ancienne "vieille dame" du boulevard Jacqmain des laïcards de la rue Royale.
Et après, ces journaux (je pense à la Libre et à l'Avenir) s'étonnent dans toutes les langues que les lecteurs les ont désertés.
Sans remettre un instant en question leurs orientations éditoriales!
Une chose me semble claire: Myriam Tonus a eu l'honnêteté de tirer les conclusions de son désaccord avec la foi catholique. Cela dit, combien de clercs qui ne croient plus aux dogmes ni aux sacrements de l'Eglise n'ont pas cette honnêteté! Plutôt que de rejoindre le protestantisme libéral dans lequel ils seraient bien plus à l'aise, ils persistent à rester à l'intérieur d'une religion à laquelle ils ne croient plus. Pourquoi? Pour mieux la miner? Par intérêt financier? Parce que nos évêques ne leur disent jamais rien? Parce que cela ne les gêne pas de trahir la doctrine à laquelle ils devraient souscrire et qu'ils se sentent libres de propager leurs propres idées et des liturgies qu'ils inventent et qui ne représentent qu'eux-mêmes? Au vu de leurs hérésies soixante-huitardes, pas étonnant de voir que nos églises se vident...
En ce qui me concerne, je n'ai jamais eu de difficultés à faire publier mes tribunes dans LLB, y compris des points de vue conservateurs et catholiques. C'est méritant d'avoir écrit cette réponse à Mme Jacquerye, mais il peut y avoir plein de motifs pour ne pas publier une tribune, on ne peut déduire d'un refus de publication d'un seul texte une démonstration du caractère progressiste de la ligne éditoriale.
L'expérience dont vous témoignez est intéressante, mais ce que vous rapportez manque de précision. Combien de points de vue « conservateurs et catholiques » avez-vous publiés dans ce quotidien, disons depuis deux ou trois ans ? Question subsidiaire (si cela vous est possible d'y répondre), combien de points de vue « conservateurs et catholiques », outre les vôtres, ont été publiés depuis deux ou trois ans ?
Il est classique, dans le monde médiatique, d'exposer un produit soi-disant pluraliste, mais concocté comme un pâté de cheval et d'alouette. Dans un tel mélange, la part anecdotique d'un ingrédient sert d'alibi à la surreprésentation d'un autre. Tout cela pour dire que des tribunes conservatrices, il peut même arriver que l'on en trouve au Soir, mais, comme dirait l'autre, ce n'est pas la majorité du genre.
Je vous rejoins sur le point suivant : l'orientation des contributions externes n'est pas le seul critère permettant de définir la ligne politique d'un journal. Les éditos maison sont également significatifs. Distinguer du catholicisme conservateur dans ceux de LLB demande un gros effort d'imagination.
Je n'en ai en effet guère publié ces derniers 2-3 ans, principalement parce que je ne leur ai rien proposé, consacrant le plus clair de mon temps à l'éducation de contributeurs futurs. A l'époque où je publiais régulièrement, je n'ai cependant pas l'impression d'avoir servi d'alibi.
Les journalistes composent aussi avec le peu de contenu de qualité qui leur est proposé, et avec l'image qu'ils se font de l'opinion publique ou de leur lectorat. A supposer que j'aie le temps de faire des statistiques sur l'orientation des éditos pour trouver des raisons de me plaindre, je l'emploierais bien plus utilement à écrire quelque chose... qui je l'espère serait publié (ou serait du moins d'une qualité suffisante pour y prétendre). Cela serait autrement plus efficace pour convaincre La Libre d'adopter une ligne conservatrice que de me plaindre dans les commentaires.
Ecrire quelque chose à LLB, c'est précisément ce qu'a voulu faire l'auteur de l'article ci-dessus. Ce ne serait pas très respectueux de suggérer que son texte était d'une qualité insuffisante et que seul un groupe autodésigné a le niveau nécessaire pour prétendre être publié.
Faire connaître des opinions de simple citoyen à des organes de presse n'est pas une pratique récente et cela n'interdit pas à ceux qui s'y livrent d'émettre un avis argumenté concernant tel journal. Il est donc vain d'opposer une forme d'expression à une autre et la condescendance ne devrait pas avoir sa place ici.
Par ailleurs, il n'est pas question de se plaindre (en tout cas de ma part), mais de transmettre à cette occasion un constat lucide aux lecteurs de ce blog, en vue d'attirer l'attention de ceux qui sont prêts, pour s'informer, à payer des centaines d'euros d'abonnement annuel. Il doit y avoir moyen d'allouer ces ressources à des media où sont davantage représentées nos convictions. Il est d'autant plus justifié de réfléchir à cela qu'un quotidien comme LLB est déjà arrosé de millions par les pouvoirs publics, ce qui ne manque pas d'interroger sur son indépendance d'esprit.
Vous avez raison de critiquer La Libre, votre critique m’a cependant semblé quelque peu excessive, d’où la nuance que j’ai cherché à apporter. Il est important de soutenir des médias catholiques, cependant il ne faut pas négliger non plus les grands médias institutionnels, qui ont de gros défauts mais permettent encore de toucher bcp de gens, il faut tenter d'y rester présents. Pour le reste, l’investissement médiatique le plus “rentable” se trouve certainement du côté des influenceurs catholiques, qu’il faut aider à monter en puissance et qualité.
Je ne permets pas de juger de la qualité de la contribution de L,, qui est plutôt bien écrite et même exigeante pour un public non averti. Elle peut avoir été refusée pour d'autres raisons, et la Libre a voulu publier des extraits, ce n'est pas si mal que cela. Je l'ai moi-même refusé au moins un fois, et du coup n'ai pas été publié du tout, je serais donc mal avisé de juger du choix de L. de ne pas l'accepter.
J'aurai adopté une approche différente et été beaucoup plus sarcastique envers Tonus et Jacquerye et suggéré qu'il n'y a plus que des homos pour vouloir se marier à l'église, des divorcés-remariés pour communier et des femmes d’âge mûr pour vouloir être ordonnées). Cela aurait rabaissé le niveau du message, mais ça aurait peut être marché, et aurait atteint le camp moderniste en plein coeur en exposant leur ringardise. Mais je suis certainement beaucoup moins charitable que L.