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Médias

  • Face à l'IA, préserver les voix et les visages humains; le message du pape pour la 60e journée des communications internationales

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    MESSAGE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    À L'OCCASION DE LA 60E JOURNÉE MONDIALE DES COMMUNICATIONS INTERNATIONALES

    source

    _______________________

    Préserver les voix et les visages humains

    Chers frères et sœurs !

    Le visage et la voix sont des traits uniques et distinctifs de chaque personne ; ils manifestent son identité irremplaçable et constituent l'élément fondamental de toute rencontre. Les Anciens le savaient bien. Ainsi, pour définir la personne humaine, les Grecs anciens utilisaient le mot « visage » ( prósōpon ), qui, étymologiquement, désigne ce qui se trouve devant le regard, le lieu de la présence et de la relation. Le terme latin persona (de per-sonare ), quant à lui, inclut le son : non pas n'importe quel son, mais la voix si particulière d'une personne.

    Le visage et la voix sont sacrés. Ils nous ont été donnés par Dieu, qui nous a créés à son image et à sa ressemblance, nous appelant à la vie par la Parole qu’il nous a lui-même adressée ; une Parole qui a d’abord résonné à travers les siècles dans la voix des prophètes, puis s’est faite chair dans la plénitude des temps. Cette Parole – cette communication que Dieu fait de lui-même – nous avons aussi pu l’entendre et la voir directement (cf. 1 Jn 1, 1-3), car elle s’est révélée dans la voix et le visage de Jésus, le Fils de Dieu.

    Dès sa création, Dieu a voulu l’homme pour interlocuteur et, comme le dit saint Grégoire de Nysse [1], il a imprimé sur son visage le reflet de l’amour divin, afin qu’il puisse vivre pleinement son humanité par l’amour. Préserver les visages et les voix humaines, c’est donc préserver cette marque, ce reflet indélébile de l’amour de Dieu. Nous ne sommes pas une espèce constituée d’algorithmes biochimiques, définis d’avance. Chacun de nous a une vocation irremplaçable et inimitable qui émerge de la vie et se manifeste précisément dans la communication avec autrui.

    Si nous ne parvenons pas à nous en protéger, les technologies numériques risquent de bouleverser radicalement certains piliers fondamentaux de la civilisation humaine, que nous tenons parfois pour acquis. En simulant les voix et les visages humains, la sagesse et le savoir, la conscience et la responsabilité, l'empathie et l'amitié, les systèmes que l'on appelle intelligence artificielle perturbent non seulement les écosystèmes informationnels, mais s'immiscent également au niveau le plus profond de la communication : celui des relations interpersonnelles.

    Le défi n’est donc pas technologique, mais anthropologique. Protéger les visages et les voix, c’est en fin de compte se protéger soi-même. Saisir les opportunités offertes par le numérique et l’intelligence artificielle avec courage, détermination et discernement ne signifie pas se voiler la face face aux problèmes critiques, aux zones d’ombre et aux risques.  

    N'abandonnez pas votre propre pensée

    Il existe depuis longtemps de nombreuses preuves que les algorithmes conçus pour maximiser l'engagement sur les réseaux sociaux — ce qui est profitable aux plateformes — privilégient les émotions impulsives et pénalisent les expressions humaines plus réfléchies, comme l'effort de compréhension et de réflexion. En enfermant des groupes de personnes dans des bulles de consensus et d'indignation faciles, ces algorithmes affaiblissent la capacité d'écoute et de pensée critique, et accentuent la polarisation sociale.

    À cela s'ajoute une confiance naïve et aveugle en l'intelligence artificielle, perçue comme un « ami » omniscient, dispensateur de toutes les informations, dépositaire de tous les souvenirs, « oracle » de tous les conseils. Tout cela risque d'éroder davantage notre capacité à penser de manière analytique et créative, à comprendre le sens et à distinguer la syntaxe de la sémantique.

    Bien que l'IA puisse apporter un soutien et une assistance dans la gestion des tâches de communication, le fait de se soustraire à l'effort de notre propre réflexion et de se contenter d'une compilation statistique artificielle risque d'éroder nos capacités cognitives, émotionnelles et de communication à long terme.

    Ces dernières années, les systèmes d'intelligence artificielle ont pris une place de plus en plus importante dans la production de textes, de musique et de vidéos. Une grande partie du secteur créatif humain risque ainsi d'être démantelée et remplacée par l'étiquette « Propulsé par l'IA », transformant les individus en simples consommateurs passifs de pensées irréfléchies, de produits anonymes, non autorisés et délaissés. Parallèlement, les chefs-d'œuvre du génie humain en musique, en art et en littérature sont réduits à de simples terrains d'entraînement pour les machines.

    La question qui nous importe, cependant, n'est pas ce que la machine peut ou pourra faire, mais ce que nous pouvons et pourrons faire, en progressant en humanité et en connaissance, grâce à l'utilisation judicieuse de ces puissants outils à notre service. L'être humain a toujours été tenté de s'approprier les fruits du savoir sans effort d'implication, de recherche et de responsabilité personnelle. Renoncer au processus créatif et confier nos fonctions mentales et notre imagination aux machines, c'est pourtant enterrer les talents que nous avons reçus pour grandir en tant qu'êtres humains, dans notre relation à Dieu et aux autres. C'est se cacher et faire taire sa voix.

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  • 1RCF Belgique arrête sa diffusion le dimanche 25 janvier 2026

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    1RCF Belgique arrête sa diffusion le dimanche 25 janvier 2026

    Un article rédigé par La rédaction - 1RCF Belgique, le 22 janvier 2026

    Chers amis auditeurs,

    Nous sommes tristes de vous annoncer que la diffusion de 1RCF Belgique s'arrêtera, partout en Belgique en DAB+ et en streaming internet, à partir de ce dimanche 25 janvier vers 19h00, juste après la messe radiodiffusée depuis Notre-Dame de Paris à 18h00.

    1RCF1RCF

    Ce qu'il faut retenir :

    • 1RCF Belgique arrête sa diffusion ce 25 janvier soir
    • Merci pour votre fidélité depuis 2019
    • Soutenez les médias chrétiens

    Cette décision des évêques belges francophones a été communiquée le 5 décembre 2025 sur cathobel.be, le site de l'Eglise catholique de Belgique. Elle a fait l'objet d'articles dans les médias et d'une lettre que nous avons écrite aux amis de 1RCF le 9 décembre.

    En résumé, cet arrêt s’inscrit dans un recadrage économique et stratégique voulu par les évêques. Ils ont soutenu la création et le développement de la radio nationale 1RCF Belgique depuis 2019. Ils ont contribué pour environ 27% des fonds collectés, combinés aux 73% apportés par les donateurs et mécènes. Il ne fut malheureusement pas possible de fédérer les radios RCF locales autour d'un projet national. Maintenant, l'enjeu est de réaliser des économies et concentrer plus de moyens pour les canaux numériques et les jeunes, sous la direction de CathoBel.

    Depuis six années, vous avez été de plus en plus nombreux à nous écouter en DAB+ ou par internet.  Ensemble, nous avons réfléchi sur notre monde, nous avons partagé l'espérance et nous avons prié. A notre micro, nous avons reçu plus de 10.000 acteurs et porteurs de projets belges. Nous vous avons proposé une radio proche, vivante et à l'écoute.

    Nous savons combien cette annonce touche celles et ceux qui ont fait de 1RCF Belgique un compagnon quotidien.

    Merci pour votre fidélité, vos très nombreux messages de soutien, vos encouragements. Votre présence sur nos ondes a fait grandir un beau projet au service de l’Évangile.

    Même si la diffusion DAB+ et internet s’arrête, toute notre archive de podcasts inspirants reste accessible : 

    Retrouvez les émissions et podcasts déjà en ligne sur : www.rcf.fr/1rcf-belgique

    Ce fut un vrai privilège de vous accompagner.
    Créons, osons prendre des risques, entreprenons, à l’image de la parabole des talents (Mt 25, 14).

    Avec toute notre gratitude,
    L’équipe de 1RCF Belgique

    On ne peut que déplorer ce triste dénouement. 1RCF Belgique était globalement bien orientée. Peut-on en dire autant des autres médias catholiques belges ?

  • Saint François de Sales, "gentilhomme de Dieu", évoqué sur CNEWS

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    Sur CNEWS, dans l'émission consacrée aux "belles figures de l'histoire" du 22 janvier, Aymeric Pourbaix et ses invités Véronique Jacquier et le Père Jean-François Thomas, jésuite, évoquent la grande figure de saint François de Sales.

  • Saint François de Sales (24 janvier)

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    Saint_francois_de_sales.jpgLors de l'audience générale du mercredi 2 mars 2011, Benoît XVI évoquait la figure de François de Sales que l'on fête aujourd'hui :

    Chers frères et sœurs,

    «Dieu est le Dieu du cœur humain» (Traité de l’Amour de Dieu, I, XV): dans ces paroles apparemment simples, nous percevons l’empreinte de la spiritualité d’un grand maître, dont je voudrais vous parler aujourd’hui, saint François de Sale, évêque et docteur de l’Eglise. Né en 1567 dans une région frontalière de France, il était le fils du Seigneur de Boisy, antique et noble famille de Savoie. Ayant vécu à cheval entre deux siècles, le XVIe et le XVIIe, il rassemblait en lui le meilleur des enseignements et des conquêtes culturelles du siècle qui s’achevait, réconciliant l’héritage de l’humanisme et la tension vers l’absolu propre aux courants mystiques. Sa formation fut très complète; à Paris, il suivit ses études supérieures, se consacrant également à la théologie, et à l’Université de Padoue celles de droit, suivant le désir de son père, qu’il conclut brillamment par une maîtrise in utroque iure, droit canonique et droit civil. Dans sa jeunesse équilibrée, réfléchissant sur la pensée de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin, il traversa une crise profonde qui le conduisit à s’interroger sur son salut éternel et sur la prédestination de Dieu à son égard, vivant avec souffrance comme un véritable drame spirituel les questions théologiques de son époque. Il priait intensément, mais le doute le tourmenta si fort que pendant plusieurs semaines, il ne réussit presque plus à manger et à dormir. Au comble de l’épreuve, il se rendit dans l’église des dominicains à Paris, ouvrit son cœur et pria ainsi: «Quoi qu’il advienne, Seigneur, toi qui détiens tout entre tes mains, et dont les voies sont justice et vérité; quoi que tu aies établi à mon égard...; toi qui es toujours un juge équitable et un Père miséricordieux, je t’aimerai Seigneur (...) je j’aimerai ici, ô mon Dieu, et j’espérerai toujours en ta miséricorde, et je répéterai toujours tes louanges... O Seigneur Jésus, tu seras toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants» (I Proc. Canon., vol. I, art. 4). François, âgé de vingt ans, trouva la paix dans la réalité radicale et libératrice de l’amour de Dieu: l’aimer sans rien attendre en retour et placer sa confiance dans l’amour divin; ne plus demander ce que Dieu fera de moi: moi je l’aime simplement, indépendamment de ce qu’il me donne ou pas. Ainsi, il trouva la paix, et la question de la prédestination — sur laquelle on débattait à cette époque — s’en trouva résolue, car il ne cherchait pas plus que ce qu’il pouvait avoir de Dieu; il l’aimait simplement, il s’abandonnait à sa bonté. Et cela sera le secret de sa vie, qui transparaîtra dans son œuvre principale: le Traité de l’amour de Dieu.

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  • Lorsque des intérêts économiques sont en jeu, la persécution des chrétiens passe au second plan

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    De Sina Hartert sur le Tagespost :

    Les droits de l'homme en court-circuit

    Lorsque des intérêts économiques sont en jeu, la persécution des chrétiens passe au second plan.

    14 janvier 2026

    Suite au rapport sur la liberté religieuse publié fin 2025 par l'Aide à l'Église en Détresse, l'organisation interconfessionnelle chrétienne d'aide aux chrétiens Portes Ouvertes, dont la Liste de surveillance mondiale a été publiée aujourd'hui, confirme que la persécution des chrétiens s'est intensifiée dans le monde par rapport au précédent rapport. Les chiffres de Portes Ouvertes indiquent que plus de 388 millions de chrétiens sont victimes de persécutions et de discriminations intenses en raison de leur foi. Cela représente environ un chrétien sur sept dans le monde.

    Bien que le Nigéria n'occupe « que » la 7e place, il reste le pays le plus meurtrier pour les chrétiens dans le monde – sur les 4 849 victimes documentées de violences antichrétiennes, 3 490 sont mortes au Nigéria, selon Portes Ouvertes.

    Pas un mot sur l'état catastrophique de la liberté religieuse en Inde.

    Compte tenu des liens économiques actifs entre les pays de l'UE et des États persécuteurs comme le Nigéria, le Pakistan et l'Inde, il est clair que les déclarations politiques en faveur des droits de l'homme n'ont que peu d'effet concret.

    Par exemple, le Nigéria est l'un des principaux partenaires commerciaux de l'UE en Afrique, notamment dans les secteurs des matières premières et de l'énergie, et l'Inde est l'un des principaux partenaires commerciaux de l'UE à l'échelle mondiale, avec d'importants échanges de biens, de services et d'investissements. Lors de la visite officielle du chancelier Friedrich Merz en Inde, pas un mot n'a été prononcé sur la situation catastrophique concernant la liberté religieuse dans le pays. On peut supposer que cela a considérablement affecté le Premier ministre Modi, ce qui est d'autant plus regrettable qu'il souhaite conclure rapidement un accord de libre-échange UE-Inde.

    L’organisation d’aide papale « Aide à l’Église en Détresse », qui parle d’une « persécution hybride » dans le cas de l’Inde, se manifestant par une combinaison d’oppression d’État et de foules violentes, et où les structures administratives cimentent le statut des minorités comme citoyens de seconde zone, appelle la chancelière allemande dans son dernier communiqué de presse à « lier les accords de coopération prévus avec l’Inde à l’exigence du respect des droits fondamentaux de la personne ».

    La liberté de religion comme « premier de tous les droits de l'homme »

    Dans son remarquable discours du Nouvel An aux diplomates, le 9 janvier, le pape Léon XIV a rappelé que Benoît XVI avait souligné que la liberté religieuse était « le premier de tous les droits de l'homme », car elle exprime « la réalité la plus fondamentale de l'homme ». Il a déploré que, dans de nombreux contextes, la liberté religieuse soit perçue davantage comme un « privilège » ou une concession que comme un droit humain fondamental.

    Son intuition quant à un véritable « court-circuit » des droits humains dans le contexte actuel est très pertinente : « Le droit à la liberté d’expression, à la liberté de conscience, à la liberté de religion, et même le droit à la vie sont restreints au nom d’autres prétendus nouveaux droits, ce qui conduit à l’affaiblissement du système des droits humains lui-même et ouvre la voie à la violence et à l’oppression. Cela se produit lorsque chaque droit individuel devient autoréférentiel et surtout lorsqu’il perd son lien avec la réalité des choses, leur nature et la vérité. »

    Il est donc primordial pour les chrétiens de prier pour que les hommes politiques prennent leurs décisions selon leur conscience – et, si possible, avec révérence pour Dieu – au lieu d’être guidés uniquement par des intérêts économiques ou des calculs de pouvoir.

  • La béatification de Fulton Sheen sera bientôt annoncée

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    Du Pillar :

    « De retour à l’antenne » : la béatification de Fulton Sheen sera annoncée.

    Le Vatican devrait annoncer la béatification de Sheen en 2026.

    L'archevêque Fulton Sheen
    L'archevêque Fulton Sheen. Domaine public.

    Sheen, qui était à trois semaines d'une béatification prévue en 2019, devrait être officiellement béatifié en septembre, selon des sources proches du processus.

    L’annonce de la béatification interviendra après que le diocèse de Rochester aura résolu son processus de faillite de six ans et mis en place un fonds d’indemnisation de plus de 250 millions de dollars pour les victimes d’abus.


    La béatification de Sheen, initialement prévue en décembre 2019, a été reportée après que l'évêque de Rochester, Salvatore Matano, a demandé au Vatican de reporter le processus, craignant que Sheen — qui a été évêque diocésain de Rochester de 1966 à 1969 — ne soit accusé de mauvaise gestion des cas d'abus sexuels ou d'inconduite.

    Le cas précis concernait Gerard Guli, un ancien prêtre de Rochester, accusé d'avoir abusé d'adultes au début des années 1960 — avant l'arrivée de Sheen dans le diocèse — et qui aurait demandé à Sheen une mission en 1967.

    Mgr James Kruse, alors directeur des affaires canoniques du diocèse de Peoria, a déclaré à l'agence de presse catholique en 2019 que Sheen n'avait jamais affecté Guli à un ministère, même si son successeur, l'évêque Joseph Hogan, l'avait fait.

    « Les documents montrent clairement que le successeur de Sheen, l'évêque Hogan, a nommé Guli, et c'est dans le cadre de cette mission que Guli a de nouveau commis une infraction », a déclaré Kruse en 2019.

    Kruse a ajouté qu'il avait parlé avec Guli — qui vivait encore en 2019 — et que ce dernier lui avait confirmé que Sheen ne lui avait pas confié de mission.

    « C’est [l’évêque] Hogan qui a nommé Guli aux paroisses des villes de Campbell et de Bradford où Guli a commis des actes répréhensibles, et c’est en partie ce qui a conduit à sa destitution et à sa laïcisation, ainsi qu’à d’autres problèmes », a déclaré Kruse.

    En 1989 — dix ans après la mort de Sheen — Guli a été arrêté pour un cas de maltraitance impliquant une femme âgée, et a finalement été réduit à l'état laïc.

    Outre l'affaire Guli, certains responsables craignaient également que de nouvelles accusations ne soient portées à New York contre Sheen durant la période de procédure prévue par la loi sur les victimes d'abus sexuels sur mineurs, désormais close. The Pillar a confirmé qu'aucune accusation n'avait été déposée contre Sheen durant cette période.

    Il était également possible que Sheen soit visé par des accusations dans le cadre d'une enquête du procureur général sur la gestion des cas d'abus sexuels par les diocèses de New York. Cette enquête, ouverte en 2018, est depuis lors au point mort, et des sources proches de l'enquête ont indiqué à The Pillar qu'aucun élément nouveau ou non résolu concernant Sheen ne figure dans les dossiers du procureur général.

    Selon certaines sources, le règlement de la procédure de faillite de Rochester et l'approbation, en septembre 2025, d'un accord d'une valeur d'environ 250 millions de dollars ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase avant que le Siège apostolique ne reprenne le processus de béatification de Sheen.

    En mai dernier, l'évêque de Peoria, dans l'Illinois, où Sheen a été ordonné prêtre en 1919, a déclaré aux journalistes locaux qu'il espérait que le pape Léon XIV, nouvellement élu, « irait de l'avant et surmonterait la pause… pour béatifier Fulton Sheen ».

    « Nous croyons qu'un jour l'Église finira par reconnaître le cas de Fulton Sheen, c'est-à-dire qu'elle le canonisera », a ajouté l'évêque Louis Tylka lors d'une interview accordée à la chaîne WMBD-TV de Peoria.


    En juillet 2019, le pape François a approuvé un miracle attribué à Sheen et a fixé au 21 décembre 2019 la date de la canonisation potentielle de l'évêque.

    Le miracle, selon le Dicastère pour les causes des saints du Vatican, est la résurrection inattendue d'un bébé mort-né en 2010, après que ses parents ont prié pour que Sheen intercède en faveur de leur fils.

    Sheen fut ordonné prêtre en 1919, devint professeur à l'Université catholique d'Amérique, puis animateur de radio, présentant « The Catholic Hour » sur NBC Radio de 1930 à 1950. Il fut nommé évêque auxiliaire de New York en 1951 et se tourna peu après vers la télévision, présentant « Life is Worth Living » de 1952 à 1957 et « The Fulton Sheen Program » de 1961 à 1968.

    Sheen a remporté un Emmy Award pour son travail à la télévision.

    Il devint évêque de Rochester en 1966 et resta en fonction jusqu'en 1969. Après sa retraite, le pape Paul VI le nomma archevêque titulaire.

    Sheen est décédé en 1979 et a d'abord été inhumé à la cathédrale Saint-Patrick de New York. Après une longue bataille juridique, sa dépouille a été transférée à Peoria.

    Le diocèse de Peoria a ouvert la cause de canonisation de Sheen en 2002. L'évêque de Peoria, Tylka, devrait jouer un rôle clé dans la liturgie au cours de laquelle Sheen sera officiellement béatifié.

    Des sources proches du dossier Sheen ont indiqué au journal The Pillar que l'annonce de la date de la béatification de Sheen devrait intervenir avant le départ à la retraite du cardinal Christophe Pierre, nonce apostolique aux États-Unis, qui aura 80 ans — et la fin prévue de son mandat — fin janvier.

  • Le pape Léon XIV, une icône de la mode ?

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    Le pape Léon, une icône de la mode ?

    Il semblerait qu'un magazine de mode puisse être sensible au faste et aux circonstances propres à la papauté.

    Anecdote amusante : le pape Léon XIV a été classé par le magazine Vogue parmi les 55 personnes les mieux habillées de 2025. Le port de la chasuble et de la mozzetta pourrait-il devenir à la mode ?

    Il est amusant de constater que Léon XIV se retrouve aux côtés de Rihanna et Jennifer Lawrence dans ce classement. Qui l'eût cru ? 

    Mais le plus intéressant, c'est la motivation qui sous-tend la décision de ce grand magazine de mode international. Le magazine américain, fondé en 1892, souligne dans son classement annuel que Léon XIV a rompu « avec les goûts modestes de son prédécesseur », le pape François, en préservant « l'héritage papal des vêtements liturgiques d'une confection impeccable ».

    Comme « meilleure tenue de 2025 », le magazine a choisi l' ensemble de la tenue choisie pour sa première apparition en tant que pape le 8 mai dans la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre : une mozzetta en satin rouge et une étole couleur vin, brodée d'or et ornée d'une croix pectorale maintenue en place par un cordon de soie dorée.

    Pour les non-initiés — moi y compris jusqu'à récemment, je dois l'avouer, car les vêtements pontificaux ne sont pas mon domaine de prédilection —, la mozzetta est une cape qui descend des épaules jusqu'aux coudes et se porte comme signe d'autorité. La chasuble est le vêtement liturgique extérieur porté par-dessus l'aube et l'étole, dont la couleur varie selon le temps liturgique. 

    Après son élection en 2013, le pape François a choisi de ne plus porter ces vêtements liturgiques, par souci de « simplicité ». Paradoxalement, cette simplicité et ce désir de discrétion l'ont fait sortir du lot. L'essentiel n'était plus la fonction papale, mais le choix personnel d'un certain M. Bergoglio. Cette fois, l'approche est différente. Le pape Léon XIV a choisi de renouer avec la grande tradition, et les observateurs extérieurs, y compris les non-croyants, ne se sont pas trompés, peut-être malgré eux : ils ont senti qu'un enjeu infiniment plus important que les préférences vestimentaires d'un certain M. Prevost était en jeu. 

    En incluant le pape dans sa liste de lauréats, Vogue a fait un choix inhabituel. Aujourd'hui, les tenues des « célébrités » attirent l'attention des médias lorsqu'elles choquent, provoquent ou suscitent le débat. Avec ou sans fourrure ? Production éthique ou production de masse chinoise ? Décolletés plongeants et robes fluides, désir de « transgresser les règles » : tels sont les critères qui justifient généralement l'intérêt des médias. Rien de tel cette fois-ci. Et pourtant, cela n'a pas empêché la chroniqueuse de Vogue d'être touchée par la grâce et de s'incliner devant ce qui compte vraiment. La cérémonie classique est belle, et la beauté élève et impressionne. Et paradoxalement, c'est lorsque la cérémonie classique est respectée dans toute sa pompe qu'elle est la plus humble.  

    Il y a quelques jours, des photos du pape Léon XIV bénissant les fidèles circulaient sur internet, associées à de magnifiques sculptures baroques et à des peintures représentant d'anciens pontifes dans toute leur splendeur. Ce qui frappe lorsqu'on regarde ces photos, c'est la majesté du geste, où l'intemporalité de la fonction prime sur l'homme – alors que les choix de François se sont malheureusement résumés à sa seule personne.

    Certains pourraient penser que tout cela n'est qu'une question de chiffons. Exactement. C'est parce que nous avons pris l'habitude d'oublier l'utilité de ces chiffons que tout part en vrille. Merci au pape Léon XIV — et à Vogue — de nous le rappeler.

    Hélène de Lauzun est la correspondante parisienne du European Conservative. Elle a étudié à l'École normale supérieure de Paris, où elle a enseigné la littérature et la civilisation françaises à Harvard. Docteure en histoire de la Sorbonne, elle est l'auteure de * Histoire de l'Autriche*  (Perrin, 2021).
  • Les audiences du pape François : une baisse constante du nombre de fidèles

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Chiffres en baisse
    Que nous révèlent les chiffres décevants du pontificat social de Bergoglio ?

    Les chiffres publiés par la Maison pontificale sur les audiences du pape Bergoglio indiquent une baisse constante du nombre de fidèles. Pourtant, le pontificat de François a été très présent sur les réseaux sociaux et surexposé dans les médias. Quelques réflexions. 

    12_1_2026

    La Préfecture de la Maison pontificale a publié les données relatives à la participation des fidèles aux audiences pontificales sous François de 2017 à 2025. Il s'agit des audiences générales, des audiences spéciales, des célébrations liturgiques et des Angelus. La Maison pontificale ne les diffuse qu'aujourd'hui car, sur ordre de François lui-même, elles n'ont plus été communiquées au cours de ces huit années, la fréquentation des fidèles étant en chute libre. Cela n'aurait pas été une bonne publicité pour le pape. Bien sûr, la version officielle est autre : tout à coup, ces données n'auraient plus été fiables.

    Le blog Messainlatino résume bien la chute de popularité du pape François : « En 2013, année de l'élection du pape Bergoglio, le nombre total de ces présences était de près de 7 millions, mais en 2014, il est passé à un peu plus de 6 600 000. En 2015, il a chuté à 3 210 860. Une hémorragie qui s'est poursuivie en 2017 avec une nouvelle baisse : 2,7 millions. À partir de ce moment, Santa Marta a mis un terme à cette situation. Les deux dernières années du pontificat enregistrent un record négatif : en 2023 et 2024, environ 1,7 million de fidèles.

    La comparaison avec Benoît XVI, moins médiatisé : 3,2 millions de fidèles en 2006, plus de 2,8 millions en 2007, puis entre 2,2 et 2,5 millions. Bien au-dessus de la fréquentation d'un pape capable d'intervenir même au Festival de Sanremo. Aujourd'hui, les chiffres sont à nouveau en hausse. En somme, l'invitation répétée de François aux catholiques de ne pas faire de prosélytisme a été scrupuleusement suivie par les fidèles eux-mêmes.

    Blague à part, ces chiffres peuvent nous apprendre certaines choses. Tout d'abord, être pop ne signifie pas nécessairement être populaire. L'approche simpliste de François, très marquée par les slogans, la banalisation de phénomènes complexes, la sympathie d'un charcutier de confiance, l'emporte à court terme, mais perd à long terme. La forme sans contenu peut séduire, mais ne convainc pas. Les publicitaires le savent bien : devant vendre même le superflu, ils ne peuvent que se jeter sur la nouveauté.

    Pour maintenir l'intérêt du client, il faut sans cesse se renouveler, car seule la nouveauté attire l'attention. C'est l'une des raisons pour lesquelles François insistait beaucoup sur le renouveau, pastoral mais aussi doctrinal. L'accent mis sur la nouveauté aurait dû remplir la place Saint-Pierre et les églises. Mais cela n'a pas été le cas et il ne pouvait en être autrement. Seul le Christ est la nouveauté éternelle, seul Lui rend toutes choses nouvelles. Évangéliser signifie donc apporter le Christ authentique aux autres, et non faire la publicité d'un substitut personnalisé, adapté aux besoins du fidèle consommateur. Le pape François n'évangélisait pas, il donnait des conseils d'achat. Tout au plus jouait-il le rôle d'influenceur. Mais, comme on le sait, les followers sont moins fidèles que les disciples.

    Le pape qui a dépensé des sommes énormes pour promouvoir sa propre personne, qui était présent sur les réseaux sociaux, qui s'est connecté avec Fazio pour promouvoir son livre, puis avec le Festival de Sanremo pour saluer, qui allait chez l'opticien romain, qui se déplaçait à bord d'une Fiat 500L, qui portait lui-même sa mallette comme s'il était un simple employé du cadastre du Vatican se rendant au travail, n'a pas réussi à toucher le cœur des gens, malgré ce qu'en dit la vulgate médiatique.

    Cela s'est produit parce que si la substance fait défaut, c'est-à-dire s'il manque des paroles et des gestes imprégnés d'infini, de transcendance, de sens ultime, des paroles pleines d'un vertige salutaire, le cœur des fidèles reste déçu parce qu'il a soif de Dieu. Une nourriture faite de fragilités humaines à excuser sans cesse, d'homosexualité à bénir, d'accueil des migrants, de biosphères, de soin de la maison commune, de climatiseurs à utiliser le moins possible, finit par lasser. Car ce sont des mots et des gestes éphémères, aussi précaires que notre existence qui tend plutôt vers ce qui est définitif, ultime, éternel.

    Il y a des mots qui choquent, qui divisent parce qu'ils sont exigeants. Des mots impopulaires. « Ce langage est dur ; qui peut le comprendre ? [...] Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent et ne l'accompagnèrent plus », nous informe l'Évangile (Jn 6, 60-66). Mais il y a aussi des mots durs parce qu'ils sont fermes, voire rances ou insipides. Ceux-ci aussi éloignent, car l'homme, par nature, est à la recherche de la Vérité, et non de sa version entry level, accommodante, aux angles arrondis, ergonomique, bien polie et prête pour toutes les saisons et toutes les religions.

    La popularité chrétienne, quant à elle, est la suivante : « J'attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). Le Christ l'a dit cloué sur une croix, pas depuis la scène de l'Ariston. Le catholique propose aux autres d'atteindre le bonheur éternel, mais en escaladant une voie ferrée où, si tout va bien, vous vous écorcherez les mains. Si vous ne parlez que de joie, mais que vous n'indiquez pas la recette nécessaire pour goûter à cette joie, tôt ou tard, les gens seront déçus parce qu'ils continueront à être malheureux, un malheur stérile car il ne les mènera nulle part. Et ils ne vous chercheront plus.

    La sérénité du croyant née de l'offrande de la souffrance est bien différente. Souffrants, mais sereins et non malheureux. Voici pourquoi le pape François a perdu en popularité : il n'a pas parlé de sujets impopulaires tels que la croix, la souffrance endurée et offerte, l'intolérance du monde envers les croyants, l'humiliation patiemment supportée, les devoirs qui exigent parfois du sang et des larmes pour être accomplis, la lutte épuisante contre ses propres misères, les ténèbres de notre époque, l'obscurité du péché qui peut nous damner pour toujours, la terreur de finir en enfer. Dans la stratégie marketing de François, ces thèmes étaient inacceptables car ils auraient vidé sa place et ses paroisses. C'est exactement le contraire qui s'est produit, et il ne pouvait en être autrement.

    De plus, le pape François a payé le prix de la surexposition médiatique. Les marques de mode prestigieuses luttent de toutes leurs forces contre la contrefaçon, non pas parce qu'elle leur vole des clients potentiels dans leurs boutiques – celui qui achète un sac Gucci contrefait à 100 euros ne pourra généralement jamais s'offrir l'original à 1 800 euros –, mais parce que la diffusion de marchandises contrefaites dévalorise l'original. Si vous vous exposez trop, vous ne devenez pas populaire, mais banal, normal. Et ce qui est banal et normal ne se remarque plus. Le pape François n'avait pas l'aura de mystère qui devrait entourer le vicaire du Christ (titre qu'il a d'ailleurs supprimé de l'Annuaire pontifical). Le pontife est le pont qui relie l'humain au divin et, en tant que tel, il doit rester au moins en partie caché, inaccessible, hiératique, noble et non plébéien, plus composé de matière céleste que de boue humaine, plus enclin à sentir l'esprit angélique qu'à puer comme un mouton. Saint, justement.

    Entendons-nous bien. Nous ne voulons pas ici accepter de manière aveugle et absolue le critère de la popularité comme critère permettant de distinguer un pontificat réussi, c'est-à-dire conforme à l'enseignement du Christ, d'un pontificat raté. Laissons les sirènes des réseaux sociaux chanter leurs louanges sans nous laisser envoûter. Les chiffres ne font pas tout, mais ils ont tout de même leur importance. Nous voulons donc dire que ces données peuvent être, avec d'autres critères bien plus solides, un test décisif pour comprendre la validité de l'exercice pétrinien d'un pontife par rapport à la vérité à annoncer. Un signal à prendre en considération par l'Église qui est appelée à devenir, plus que populaire, universelle. C'est-à-dire catholique.

  • L'Église : une ONG spirituelle au service de l'État libéral ?

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    De sur le CWR :

    Le visage souriant de l'effacement 

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    J'ai récemment été interviewé sur CTV, la chaîne de télévision nationale canadienne, au sujet des débuts du pontificat de Léon XIV. L'intervieweur m'a posé une question qui m'a été posée dans d'innombrables interviews concernant le pontificat de Léon XIV ou de François : « Parviendra-t-il enfin à moderniser l'Église ? »

    Lorsque les recruteurs posent cette question, ils ne cherchent pas à savoir si l'Église utilisera les derniers smartphones, l'intelligence artificielle ou TikTok pour l'évangélisation. Ils n'entendent pas par là une modernisation technologique, ni une modernisation organisationnelle, ni l'adoption des dernières idées en matière de leadership ou d'efficacité managériale.

    Non, ce qu'ils veulent dire, et ce qu'ils ont toujours voulu dire lorsqu'ils ont évoqué la modernisation depuis plus de 150 ans, c'est simplement ceci : « L'Église va-t-elle commencer à nous ressembler davantage, à adopter nos valeurs et nos principes ? »

    Le mot « nous » est ici essentiel. Car ceux qui posent cette question – qu’il s’agisse de représentants de la presse, d’universitaires ou de journalistes – sont attachés à des valeurs et des principes fondamentaux qu’ils partagent. Ce sont, selon eux, les valeurs fondamentales de l’Occident moderne. L’inclusion est une bonne chose ; l’exclusion, une mauvaise. Le passé est suspect car il a exclu des groupes, et ces groupes, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes homosexuelles, doivent désormais être inclus. La tradition, dès lors, est suspecte car elle n’est qu’un vestige poussiéreux de cette époque répressive. La démocratie, comme le savent tous les gens sensés, est une bonne chose ; et le fait que tous les catholiques de nom ne votent pas pour leurs dirigeants est antidémocratique, et donc mauvais.

    Je pourrais m'étendre sur le sujet, mais nous connaissons tous ces valeurs. Elles sont omniprésentes dans les cours universitaires, les films de série Z, les séries télévisées, la publicité et les articles de presse. Ce sont les valeurs du libéralisme, pour être précis, ou tout simplement de « bonnes valeurs » si l'on est tellement imprégné de culture occidentale qu'on ignore leur caractère simpliste et discutable. Elles ne sont pas présentées comme une option parmi d'autres, mais comme le aboutissement neutre et inévitable de l'histoire.

    Ainsi, la question de la « modernisation » de l’Église, au XIXe siècle comme aujourd’hui, est une question d’absorption de l’Église par la « modernité » ou le libéralisme. Lorsque le pape Pie IX fut pressé de se réconcilier avec le « progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » dans les années 1860, on lui demandait précisément de faire ce que les experts exigent du pape aujourd’hui. Cette exigence est constante car le projet de modernité est totalisant.

    L'histoire de l'Occident moderne est celle d'institutions et de groupes qui, les uns après les autres, fusionnent avec cette idéologie. Des monarchies aux gouvernements, des nations aux instances sportives, des universités aux médias, des entreprises à l'ensemble de la population, la modernité est un processus d'effacement des différences et des spécificités au nom du « progrès ». C'est un processus inexorable où tous sont convertis à ces principes. Les médias et les universités font office d'évangélistes et de prêtres ; ils sont les missionnaires de première ligne.

    Surtout, ils ne se considèrent pas comme des colonisateurs ; ils croient simplement œuvrer pour le progrès, la justice ou le bien commun. Ce sont des religieux fervents, dénués de tout doute. Ils cherchent à effacer l'identité d'autrui au nom de la justice, du progrès, et même pour le bien de ceux qu'ils tentent de convertir. Il ne s'agit pas de l'impérialisme violent des canonnières, mais de l'impérialisme insidieux des services des ressources humaines, des comités d'attribution des subventions et des normes de radiodiffusion. Il conquiert non pas en détruisant le corps, mais en réécrivant l'âme.

    Quand on m’interroge sur la modernisation de l’Église, on me demande en réalité si elle est prête à être colonisée. Est-elle prête à accepter la réalité et à se soumettre à l’idéologie dominante, ou à persévérer dans le combat, telle une soldate japonaise fanatique sur une île du Pacifique, ignorant que la guerre est terminée depuis longtemps ?

    Bien que ce discours de colonisation et de combat puisse paraître rhétorique, il est important de comprendre que les groupes qui se « modernisent » ne sont pas de simples groupes qui se relookent. Ils ne se contentent pas d'adopter l'apparence d'appartenir à la même « marque » que le libéralisme moderne tout en conservant leur nature et leur identité. Certes, les instances sportives continuent de se consacrer au sport tout en se faisant les porte-parole de l'idéologie dominante, arborant des drapeaux arc-en-ciel et portant des lacets multicolores. Apple peut toujours vendre des iPhones et Disney peut toujours produire des films tout en diffusant des idées à travers ses fonds d'écran ou ses contenus.

    Lorsqu'elles se modernisent, elles peuvent conserver en grande partie leur mission principale. De même que les pays colonisés pouvaient garder la quasi-totalité de leurs revenus, ne versant qu'une faible part d'impôts à l'Empire, ils pouvaient mener leurs propres conflits la plupart du temps et n'avaient besoin d'envoyer leurs soldats en renfort au pays colonisateur que ponctuellement. La colonisation n'entraîne pas toujours la disparition complète d'une fonction ; souvent, elle se traduit simplement par un réalignement des allégeances.

    Mais l'Église se concentre sur la pensée et l'action, la foi et les œuvres. Elle s'attache à définir comment vivre, ce qu'il faut croire et les biens et vérités auxquels nous devons nous rattacher pour nous conformer à ce bien et à cette vérité. Que ce soit dans les médias, les entreprises ou le monde universitaire, l'idéologie moderne qui les unit porte également sur ce qu'il faut croire (concernant l'inclusion et l'exclusion), sur les biens et vérités auxquels adhérer (concernant la liberté et l'émancipation) et sur la manière de vivre (jusqu'aux conceptions de la sexualité).

    Par conséquent, pour l'Église, la colonisation par l'idéologie de l'Occident moderne ne serait pas partielle, mais totale. L'Église ne vend pas un produit que l'on pourrait emballer dans un drapeau arc-en-ciel ; l'Église  est un mode de vie qui exige une allégeance absolue. Si un comptable musulman peut se convertir au christianisme et continuer d'exercer sa profession, un imam musulman ne peut se convertir tout en restant imam. Microsoft peut continuer à vendre des logiciels, tant que les utilisateurs peuvent choisir des thèmes de couleurs « pride » dans Outlook, tout en adhérant à la vérité de l'Occident moderne. Mais les Églises, elles, ne le peuvent pas.

    Dès l'instant où une Église admet que le bien suprême est « l'inclusion » plutôt que la « sainteté », ou « l'autonomie » plutôt que « l'obéissance », elle cesse d'être une Église et devient une ONG spirituelle au service de l'État libéral.

    Les Églises qui s'y essaient deviennent rapidement l'avant-garde évangélique des valeurs libérales modernes. Elles cessent d'annoncer l'Évangile et se transforment en prédicateurs de ces mêmes valeurs. On le constate chez les principales dénominations protestantes qui ont embrassé tous les préceptes de la révolution sexuelle ; leurs bancs sont vides, mais leurs communiqués de presse sont d'une orthodoxie irréprochable, selon les critères du New York Times . Elles prêchent avec ferveur religieuse les valeurs qui nous définissent, nous autres Occidentaux laïcs modernes.

    Il y a ici une psychologie particulière à l'œuvre. Si Paul n'avait été qu'un fabricant de tentes, il aurait pu se convertir du judaïsme au christianisme et continuer à fabriquer des tentes. Mais Paul, le prédicateur zélé, était un prédicateur zélé du christianisme. Les Églises qui se « modernisent » deviennent des évangélistes zélés du libéralisme. Souvent, le converti est plus fanatique que celui qui est né dans la foi. Le chrétien « modernisé » est souvent plus désireux de prouver sa loyauté au nouveau régime que le laïc qui la considère comme allant de soi. Ils deviennent les inquisiteurs du nouvel ordre, traquant les éléments « rétrogrades » de leur propre tradition pour les offrir en sacrifice aux nouveaux dieux du progrès.

    Nous avons déjà vu ce processus. Le paganisme qui a jadis prospéré dans le monde antique s'est modernisé sous l'effet du christianisme. Des chercheurs attentifs peuvent encore en déceler des vestiges dans certaines pratiques chrétiennes actuelles, mais il n'en reste plus grand-chose. Il en va de même avec l'essor de l'islam. Les chrétiens d'Afrique du Nord et de la Méditerranée orientale se sont modernisés sur plusieurs siècles, adoptant souvent une synthèse entre leur foi chrétienne et la nouvelle foi qui commençait à être appelée islam. En quelques siècles, ils ont complètement disparu. Certains esprits extrémistes, comme Jean Damascène, théologien et moine de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle, les qualifiaient encore d'hérétiques chrétiens, mais les vestiges de leur christianisme étaient de plus en plus difficiles à déceler sous la nouvelle idéologie qu'ils avaient adoptée. Ils pensaient s'adapter pour survivre ; en réalité, ils s'adaptaient pour disparaître.

    L'intervieweur qui m'a posé cette question, comme ceux qui m'avaient posé des questions similaires auparavant, était un homme sympathique. Il est peut-être même chrétien, ou plus probablement, ses parents ou grands-parents l'étaient. Et je comprends pourquoi il a posé cette question. Il représente une idéologie mondiale dominante et souhaite que l'Église catholique s'y rallie et devienne partie intégrante de son mouvement ; qu'elle cesse d'être cette institution à part depuis 2 000 ans et qu'elle se fonde, au contraire, dans le monde glorieux où il vit.

    Il ne pose pas cette question par malice. Il la pose par perplexité face à notre choix de rester à l'écart du consensus. Mais ce n'est qu'en comprenant, nous autres catholiques, que cette question relève de la colonisation, de l'anéantissement par une idéologie dominante, que nous pourrons saisir pleinement les enjeux. C'est le sourire de l'effacement, porteur de l'espoir de notre disparition.

    David Deane est professeur agrégé de théologie à l'Atlantic School of Theology. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont *Nietzsche and Theology* et *The Tyranny of the Banal: On the Renewal of Catholic Moral Theology* . On peut le retrouver en ligne sur le site Good Theology .

  • Affaire Gaël Giraud : les jésuites s’expliquent après les révélations de La Vie

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    De Camille Meyer sur RCF - Radio Notre-Dame :

    Affaire Gaël Giraud : les jésuites s’expliquent après les révélations de La Vie

    18 décembre 2025

    Accusations contre Gaël Giraud : réaction des jésuites en France

    Face aux révélations visant Gaël Giraud, la Compagnie de Jésus sort du silence. Invité à s’exprimer, le père Grégoire Le Bel, adjoint du Provincial, reconnait la gravité des témoignages tout en expliquant les choix opérés par les jésuites dans la gestion de cette affaire sensible. Il était l'invité de la matinale. 

    Au lendemain des révélations de La Vie mettant en cause le jésuite et économiste Gaël Giraud pour des faits d’emprise spirituelle et psychologique ayant conduit à des abus sexuels, la Compagnie de Jésus a pris la parole. Invité à réagir sur notre antenne, le père Grégoire Le Bel, jésuite et adjoint du Provincial pour la province Europe-Occidentale francophone, a d’abord tenu à redire sa pensée pour les personnes ayant témoigné.

    Soulignant le "courage de briser le mur de la peur, de la honte et du mépris", évoquant des récits  "extrêmement graves", le père Le Bel estime que la Compagnie de Jésus "a toujours essayé de réagir en fonction des témoignages reçus ", alors même que Gaël Giraud conteste formellement l’ensemble des accusations portées contre lui, qu’il qualifie d’allégations.

    Affaire Gaël Giraud : une première alerte dès 2021

    Retraçant la chronologie de l’affaire Gaël Giraud, le père Grégoire Le Bel rappelle qu’en 2021, les jésuites reçoivent le témoignage d’une première femme signalant une relation amoureuse consentie.

    En 2024, une relation sexuelle est évoquée, conduisant au retrait de Gaël Giraud de la vie publique et à une période de probation de près de deux ans, assortie de mesures restrictives strictes. À l’automne 2025, une plaignante requalifie les faits en agressions sexuelles. Quelques jours plus tard, la Compagnie de Jésus effectue un signalement auprès du procureur de la République et ouvre une enquête canonique préliminaire confiée à un enquêteur externe. Aujourd’hui, Gaël Giraud n’exerce plus aucune mission pastorale.

    Pourquoi ne pas avoir pris de mesures plus contraignantes dès 2024 ? "À chaque étape, nous avons pris des mesures proportionnées aux faits qui nous étaient connus", explique le père Grégoire Le Bel, soulignant la nécessité de respecter le rythme des personnes victimes, dont les récits peuvent évoluer dans le temps. Interrogé sur la fin des mesures conservatoires avant la requalification des faits en agression sexuelle, il assume une position de prudence, rappelant que l’Église ne peut ni précipiter ni forcer la parole.

    Gaël Giraud, entre “face brillante” et “face sombre”

    Le responsable jésuite reconnaît la difficulté particulière liée à la personnalité de Gaël Giraud, figure intellectuelle très exposée dans l’espace public. Il évoque une possible "dualité" entre une "face brillante" et une "face sombre", aujourd’hui révélée par l’enquête de La Vie. "C’est un compagnon, un membre de ma famille. Mais en même temps, c’est quelqu’un qui, visiblement, a fait beaucoup de mal", confie-t-il, non sans émotion, tout en reconnaissant la gravité des faits rapportés.

    Violences sexuelles dans l’Église : une responsabilité institutionnelle en question

    Réagissant en fin d’émission, Matthieu Poupard, cofondateur d’Agir pour notre Église et accompagnateur de plusieurs victimes, propose une lecture plus large. Selon lui, "tout récit d’abus est un récit collectif", révélateur de responsabilités institutionnelles.

    Au-delà des personnes mises en cause, ce sont les structures elles-mêmes qui, selon lui, rendent possibles les situations d’emprise et de silence.

  • Quand le vicaire du Christ prend part à la mêlée médiatique

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Quand le vicaire du Christ se joint à la mêlée médiatique

    COMMENTAIRE : Quels sont les avantages, les dangers et les conséquences indésirables des échanges informels du pape Léon XIV avec la presse mardi soir à Castel Gandolfo ?

    C'est devenu une nouvelle convention papale.

    Chaque mardi soir, après sa journée de repos désormais habituelle à la résidence d'été papale de Castel Gandolfo, située juste à l'extérieur de Rome, le pape Léon XIV quitte la ville pour le Vatican, s'arrêtant pour discuter avec la presse. 

    Les journalistes interrogent le Saint-Père sur l'actualité, généralement liée à la politique internationale ou à l'Église catholique, et le pape répond spontanément, sans préparation. Ce format rappelle les points presse improvisés, fréquents lors des rencontres entre personnalités politiques et célébrités et médias. 

    Pour un pape, c'est toutefois une première. Aucun souverain pontife, pas même le pape François, pourtant friand d'interviews en tant que pape, ne s'était jamais adressé à la presse de manière aussi spontanée . Les conférences de presse papales en vol, instaurées par saint Jean-Paul II, sont similaires, mais plus rares et encadrées. 

    Les motivations du pape Léon XIV quant à cette approche médiatique restent floues. Il a inauguré cette pratique en juin, lorsque le journaliste Ignazio Ingrao, de la RAI, la chaîne de télévision publique italienne, l'a interpellé à sa sortie du territoire de Radio Vatican, près de Rome. 

    Le Saint-Père semblait à l'aise pour répondre aux questions d'Ingrao, d'autant plus qu'elles portaient sur des sujets qui le passionnent : le développement durable, l'environnement et les menaces qui pèsent sur la paix mondiale. Mais cet échange était frappant en ce que, pour la première fois en dehors d'un voyage papal, il abolissait une certaine distance, pourtant reconnue, que le pape entretient naturellement en tant que Vicaire du Christ.

    Certains apprécient l'aspect terre-à-terre, spontané et convivial de ces échanges ; d'autres estiment que ces rencontres informelles risquent d'estomper la frontière entre le bureau de Petrine et une célébrité politique, même si elles offrent des avantages en termes de relations publiques et d'image.

    Leur atout réside dans leur capacité à rendre le Pape moins distant, plus accessible, plus humain et plus responsable envers les fidèles, à l'ère de la démocratie, de l'exigence de transparence et de l'information en continu. Ils répondent à l'insatiable soif contemporaine de transparence en toutes choses, devenue particulièrement criante au Vatican suite aux scandales d'abus sexuels commis par des membres du clergé, de malversations financières et de mauvaise gouvernance. 

    La franchise inhérente à ces échanges peut permettre aux fidèles de mieux connaître Léon, encore méconnu et quelque peu énigmatique. Le Saint-Père peut également saisir cette occasion pour enseigner, toucher un public plus large qui n'aurait peut-être pas accès à ses messages déjà publiés, et appliquer son enseignement aux problématiques actuelles les plus brûlantes. 

    Pourtant, les qualités mêmes qui justifient cette pratique engendrent aussi de nouveaux risques. Depuis que le pape a commencé à accorder ces interviews « à domicile » à Castel Gandolfo début septembre, les médias l'ont amené à commenter spontanément des questions politiques et des problèmes de société, ce qui a provoqué de nombreuses polémiques indésirables et, de l'avis de certains, évitables. 

    L'exemple le plus significatif remonte à octobre, lorsqu'un collègue d'EWTN a interrogé Léon XIV au sujet de la distinction décernée par le cardinal Blase Cupich de Chicago au sénateur démocrate Dick Durbin de l'Illinois, partisan du droit à l'avortement, pour l'ensemble de son œuvre. En réponse, le pape Léon a présenté le débat comme une éthique « pro-vie » unifiée, semblant ainsi contredire les évêques américains qui s'étaient majoritairement opposés à cette distinction. Léon a également affirmé que quiconque s'oppose à l'avortement mais soutient la peine de mort ou le « traitement inhumain des immigrants » ne peut être véritablement qualifié de pro-vie – une critique claire de la politique de l'administration Trump. 

    Le pape a introduit son propos en déclarant qu'il n'était « pas très au fait » de l'affaire du prix Durbin – une remarque qui, de l' avis des observateurs, aurait dû le dissuader de s'exprimer davantage. Au lieu de cela, en répondant de cette manière, Léon XIV s'est livré à une rare incursion papale dans une affaire particulière de séparation de l'Église et de l'État. Bien que Durbin ait décliné le prix peu après, les propos du pape ont contribué à exacerber les divisions entre les différents camps. 

    Lors d'autres points de presse à Castel Gandolfo, Léon s'est immiscé dans la politique d'immigration américaine et a critiqué la politique étrangère des États-Unis, exhortant le président Trump à ne pas lancer d'invasion militaire du Venezuela . 

    Plus récemment, il a déclaré préférer ne pas commenter le plan de paix américain visant à mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, car il ne l'avait pas lu en entier. Il a néanmoins affirmé que certains passages représentaient, « malheureusement », un « changement radical dans ce qui fut, pendant de très nombreuses années, une véritable alliance entre l'Europe et les États-Unis ». Sans le nommer, Léon XIV a déclaré que les récentes déclarations du président Trump concernant l'Europe visaient à « briser ce qui, à mon avis, doit être une alliance essentielle aujourd'hui et pour l'avenir ». Les médias ont interprété ses propos comme une rare réprimande papale à l'encontre d'un président américain en exercice. 

    Est-il donc prudent et nécessaire pour un pape de participer à ces échanges ?  

    Un pape n'est ni un homme politique ni un technocrate supranational, mais le vicaire du Christ, oint comme son représentant suprême pour guider les âmes vers le Ciel. Ses déclarations exigent donc non seulement une mûre réflexion et une profonde considération, mais aussi une attention particulière aux réalités transcendantes et éternelles. Sa priorité est de former les consciences, d'affirmer la foi et de préserver l'unité, plutôt que de donner des directives détaillées sur la politique et les affaires temporelles, qui pourraient être instrumentalisées à des fins partisanes. Certains pourraient également prendre ces propos tenus lors d'une interview pour des déclarations magistérielles, alors que ce titre est réservé aux annonces officielles du pape.

    Le pape saint Jean-Paul II, ainsi que les papes Benoît XVI et surtout Pie XII, l’avaient bien compris. Ce dernier se montra extrêmement prudent, évitant les confrontations médiatiques qui auraient pu être perçues comme un acte de partisanerie manifeste.

    Jean-Paul II et Benoît XVI abordaient avec habileté (mais pas toujours) les questions d'actualité brûlantes, selon leur propre perspective et généralement en termes généraux. Ils réagissaient aux événements récents en se référant à la doctrine de l'Église, notamment à son enseignement moral et social, et laissaient aux journalistes le soin d'établir un lien entre cette doctrine et l'actualité du jour. Ce faisant, ils respectaient le principe catholique de subsidiarité, laissant ainsi aux évêques d'un pays ou aux responsables vaticans compétents, tels que le secrétaire d'État, le soin de répondre aux spécificités de ces questions s'ils le souhaitaient.

    Ils respectaient également la distance nécessaire et établie de longue date entre le pape et le peuple. Il ne s'agissait pas d'un motif clérical ni d'une volonté de se croire supérieur aux autres, mais bien du fait que, comme tout prêtre ordonné, il est mis à part, participant à l'autorité et à la médiation du Christ d'une manière que les fidèles ne connaissent pas. Un pape ne doit pas non plus être inaccessible, distant ou physiquement éloigné des gens, mais, par sa certaine distance et son détachement vis-à-vis des affaires temporelles, il reflète l'essence de la sainteté et la dignité de l'office pétrinien. 

    Cette séparation renforce également le mystère qui entoure la fonction papale, consolidant sans doute l'autorité papale – une qualité qui semble aller de soi chez les monarques. Une partie du charme de la reine Élisabeth II résidait dans le fait qu'elle accordait très rarement des interviews aux médias et que, de par son rôle constitutionnel, elle laissait rarement transparaître ses opinions politiques. Cela contribuait à rehausser son aura royale, que les papes possèdent également de par la nature monarchique de leur fonction.

    Enfin, mis à part les journalistes en quête d'un sujet, personne n'exige que le pape Léon XIV partage son point de vue sur une question de politique intérieure particulière avec autant de détails, ni sur aucun autre sujet d'actualité d'ailleurs. Le Saint-Père n'a de comptes à rendre à aucun électorat ; son seul juge est Dieu. Il est également libre de pontifier comme il l'entend, quand et comment, et dispose de nombreuses occasions de le faire, que ce soit dans ses homélies, ses messages ou ses documents magistériels. 

    À l'inverse, ces entretiens spontanés « à domicile » se déroulent selon les conditions d'autrui et exigent une réponse immédiate et non réfléchie, le rendant ainsi vulnérable à la controverse et à la commission d'erreurs doctrinales qui seront probablement interprétées comme magistrales. 

    Compte tenu des problèmes, des risques et des écueils que présentent ces rencontres avec les médias, il serait prudent que le pape Léon XIV et ses conseillers en reconsidèrent le recours. Ils pourraient instaurer des garde-fous et des règles de communication internes. Ou, vu leur faible utilité, les supprimer purement et simplement, ainsi que les conférences de presse en vol. 

    Le silence est d'or. Et à l'ère agitée, versatile et querelleuse des réseaux sociaux, plus que jamais.

  • La radio chrétienne nationale belge, 1RCF Belgique, va prochainement arrêter de diffuser en DAB+

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    Lettre aux amis de 1RCF Belgique : arrêt du DAB+ et renforcement des moyens de CathoBel

    9 décembre 2025

    La radio chrétienne nationale belge, 1RCF Belgique, va prochainement arrêter de diffuser en DAB+. Cette décision des évêques accompagne un recentrage sur ses missions médiatiques dans le numérique avec une priorité vers les jeunes.

    1RCF arrete le dabplus

    LETTRE AUX AMIS DE 1RCF BELGIQUE

    Wavre, le 9 décembre 2025

    Chers auditeurs, donateurs et invités de la radio 1RCF Belgique,

    Comme vous l’avez sans doute appris par les médias, la Conférence des évêques de Belgique francophone a décidé de mettre un terme à son soutien à la radio nationale 1RCF Belgique, après sept années de développement et d’accompagnement fidèle. Ce fut un long débat.

    Lancée en 2019, 1RCF Belgique assurait une couverture de l’ensemble de la Belgique francophone en DAB+ et sur internet. Les moyens de 1RCF Belgique (RCF FWB srl) seront transférés au cours du premier semestre 2026 à CathoBel, son actionnaire majoritaire à hauteur de 80 %, afin de contribuer à de nouveaux projets numériques, dont certains spécifiquement destinés aux jeunes.

    Cette décision a surpris l’équipe et a fait l’objet d’un communiqué de presse des évêques le vendredi 4 novembre 2025 sur le site cathobel.be, https://www.cathobel.be/2025/12/leglise-de-belgique-investit-dans-le-numerique-avec-le-souhait-de-toucher-davantage-les-jeunes-et-integre-1rcf-au-sein-de-cathobel/ 

    Gratitude

    Avant de décrypter les principales raisons ayant conduit à cette décision, nous souhaitons, au nom de toute l’équipe des permanents et des bénévoles, ainsi que de nos dizaines de milliers d’auditeurs et de followers, exprimer notre profonde gratitude à la Conférence des évêques pour son soutien constant au projet de média numérique 1RCF, depuis le dépôt de candidature au CSA au début de l’année 2019. Lancer un média à partir d’une page blanche, quelques mois avant le début du confinement, restera un souvenir particulièrement marquant.

    Notre reconnaissance s’adresse également aux nombreux donateurs et mécènes qui ont permis de financer 73% des frais de fonctionnement, soit 1,3 million d’euros depuis 2019. Enfin, nous remercions chaleureusement toutes celles et ceux — bénévoles et permanents — qui ont produit ensemble plus de 9 000 heures de contenus inspirants et accueilli autant d’invités belges.
    Le communiqué sus-mentionné relaie aussi la gratitude exprimée par les évêques pour l’ensemble du travail accompli. 

    Les principales raisons

    La radio FM perd chaque jour des auditeurs et ne représente plus aujourd’hui que 45 % du volume total d’écoute, contre 24 % pour le DAB+, 24 % pour internet et 7 % pour la radio filmée. La transition complète ne s’étalera probablement pas sur 10 mais sur 15 ans, jusqu’aux alentours de 2033 selon certains experts. L’avenir de la radio sera hybride : DAB+ et internet, avec une présence accrue en podcasts et sur les réseaux sociaux. Pour réussir cette mutation, il faut disposer d’une solidité financière suffisante, dans un contexte où les Big Tech renforcent leur emprise sur l’audience et où le nombre de producteurs de contenus numériques augmente, y compris dans le monde chrétien.

    Depuis 2019, 1RCF diffuse simultanément en DAB+ et sur internet et bénéficie d’une forte présence sur les réseaux sociaux. Toutefois, les moins de 35 ans écoutent de moins en moins la radio au profit des plateformes musicales internationales.

    Le coût annuel de la diffusion sur les 34 antennes DAB+ de la RTBF représente 35 % du budget de la radio, soit plus de 100 000 euros par an. Bien que le DAB+ coûte quatre fois moins cher que la FM, cette charge reste très lourde pour une petite structure comme la nôtre, d’autant plus que nous n’avons pas pu obtenir de la RTBF - opérateur unique nommé par le gouvernement - un tarif adapté aux radios qui émettent exclusivement en DAB+. 1RCF paie donc le même prix que les grands réseaux commerciaux (Nostalgie, Bel RTL, etc) et publics (RTBF), ce qui alourdit encore les coûts liés à une transition trop longue.

    Comme beaucoup d’organisations, le budget de l’Église catholique est lui aussi sous pression. Le temps est aux économies, aux synergies et à la clarification des priorités dans sa mission médiatique, notamment pour rejoindre les jeunes générations.

    Notre audience reste modeste et difficile à mesurer avec précision, à l’image de la plupart des médias de niche, y compris catholiques. La concurrence entre médias chrétiens pour attirer l’audience et les dons s’intensifie, même depuis la France, tandis que le nombre de donateurs diminue. Il existe également une confusion entre les radios locales RCF (Bruxelles, Liège et Namur) et la radio nationale 1RCF, chacune devant assurer son autonomie financière et produire une majorité de contenus propres conformément à la réglementation.

    L’idée de lancer un réseau radio national est né en 2018. Initiateur du projet, Jacques Galloy se souvient: “C’est lorsque j’étais président de RCF Liège que je ne concevais plus de dépenser autant pour couvrir seulement la moitié du diocèse de Liège, un si petit bassin de population, donc d’audience. Avec un budget légèrement supérieur, il était devenu possible de monter une radio capable de couvrir tous les francophones de Belgique en DAB+ ou internet, le format successeur de la FM qui est en train de disparaître progressivement. Comme pour Vivacité, la fréquence DAB+ permet des décrochages régionaux. Toutefois, fédérer est un défi humain qui demande de l’humilité et une vision partagée par tout le monde.”

    Après six années de bénévolat à mi-temps, Jacques Galloy souhaitait transmettre la direction opérationnelle de 1RCF. Or, début 2025, la nouvelle direction a été contrainte d’entamer un long traitement médical. Le fondateur a donc prolongé son engagement tout en recherchant une solution durable, notamment à travers un rapprochement avec CathoBel.

    Ces raisons sont compréhensibles. Il s’agit d’un choix stratégique, mais aussi d’un pari sur l’avenir. 

    Le verre à moitié plein

    La création de 1RCF a permis de rejoindre de nouveaux publics de chrétiens et de chercheurs de sens. Le nombre d’auditeurs comme celui des donateurs a progressé de manière continue, avec une croissance moyenne de 15 % par an.

    Sur les 1,8 million d’euros collectés en six années, 27 % provenaient de subventions de la Conférence épiscopale et 73 % de dons et de revenus diversifiés. La radio n'a reçu aucune subvention publique, hormis celle du COVID, et les dons n'étaient pas déductibles ficalement. Ceci sans tenir compte de la valeur des mécénats de compétence.

    Comment ne pas se souvenir de la traversée des 18 mois de confinement, quelques mois seulement après le lancement de la radio, alors que l’équipe permanente ne comptait que trois personnes ?
    En 2025, les contenus de 1RCF ont été vus plus de 3 000 000 de fois sur les réseaux sociaux, touchant notamment de nombreux jeunes en couvrant beaucoup d’évènements “jeunes”. 1RCF Belgique a su combiner une diffusion radio en DAB+ et sur internet pour les plus de 35 ans, avec une forte production de podcasts et une présence dynamique sur les réseaux pour rejoindre les moins de 35 ans.

    Afin de soutenir la longue transition FM/DAB+, le CSA a accordé à 1RCF une réduction exceptionnelle du quota de production propre, de 70 % à 45 % l’été dernier. Cette mesure a permis de réduire les coûts et d’enrichir l’offre.

    La qualité du programme n’a cessé de progresser, en particulier depuis la rentrée de septembre 2025, grâce à l’engagement de l’équipe professionnelle. Bravo à toutes et tous pour ce travail collectif: nous pouvons être fiers du chemin parcouru. 

    Cap sur 2026

    Parce que l’union fait la force, les compétences audio et numériques de 1RCF sont appelées à renforcer l’offre globale de CathoBel. Les modalités de cette intégration restent encore à définir.
    Les initiatives de 1RCF ont largement semé. Nous sommes convaincus qu’elles ont permis l’émergence d’un nouveau relais de croissance pour son actionnaire CathoBel, éditeur de l’hebdomadaire Dimanche, producteur d’émissions radio et TV pour la RTBF et les RCF, ainsi que gestionnaire du site cathobel.be.

    La date de l’arrêt de la diffusion DAB+ doit encore être précisée. Toutefois, l’annonce de l’arrêt prochain du DAB+, en pleine campagne de dons de fin d’année, risque d’impacter les moyens financiers disponibles début 2026.

    Les nouveaux bureaux et studios en construction à Wavre accueilleront la nouvelle organisation unifiée sous la bannière CathoBel autour de l’été 2026.

    Si l’équipe de 1RCF Belgique est naturellement affectée par cette annonce, elle regarde néanmoins l’avenir avec espérance car le numérique demeure une opportunité formidable pour partager la joie de l’Évangile.

    Créons, osons prendre des risques, entreprenons, à l’image de la parabole des talents (Mt 25, 14).

    Merci et à très bientôt pour vivre la nouvelle année avec la rencontre annuelle de Taizé à Paris,

    L’équipe 1RCF Belgique