Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Saint Philippe Neri, chantre de la joie et de l'amour : un modèle pour un temps de crise

IMPRIMER

De kath.net/news :

"Comme saint Philippe Néri en son temps, nous sommes aujourd'hui confrontés à une crise du christianisme"

27 mai 2022

Le pape François s'engage courageusement "pour la vie, le mariage et la famille, la dignité de l'être humain en tant qu'homme ou femme". Homélie solennelle à Vérone pour le 400e anniversaire de la canonisation de saint Philippe Neri. Par Gerhard Card. Müller

Vérone (kath.net) Personne n'a besoin de faire de la publicité pour saint Philippe Neri (1515-1595). Le petit Florentin a réussi à devenir le "deuxième apôtre de Rome" grâce à sa sérénité rayonnante et à son zèle apostolique. C'est un saint sympathique qui n'éveille même pas l'aversion des ennemis invétérés de l'Eglise.

Pourtant, il n'a pas du tout parlé aux hommes en fonction de leur bouche et flatté leur vanité. Mais il n'a pas non plus heurté les pauvres pécheurs ni offensé les athées imbus d'eux-mêmes. Avec son humour inné, il a su ouvrir les cœurs et faire réfléchir les gens.

Notre foi en Dieu et l'imitation du Christ ne sont pas de lourds poids qui nous rendent encore plus difficiles le fait de porter le poids de la vie et de supporter tant de souffrances, mais plutôt des ailes qui nous élèvent vers notre dignité et nous rapprochent du but glorieux de la vie.

Si saint Philippe Neri s'est gravé dans la mémoire de l'Église comme un saint sympathique qui, par le biais des affects, a ouvert les cœurs des hommes à Dieu, il me vient à l'esprit saint Thomas d'Aquin, que notre "Pippo buono" a tant apprécié.

Dans sa Somme contre les païens, ce maître angélique, Doctor angelicus, évoque les affects et les passions de Dieu et nous éclaire sur les malentendus évidents sur lesquels nous pourrions trébucher.

En effet, nous avons souvent des problèmes lorsque nous lisons dans les Écritures que Dieu s'est "mis en colère" à cause de l'apostasie de son peuple, qu'il s'est "repenti" d'avoir créé les hommes, qu'il s'est "attristé" à cause des pécheurs perdus.

Il est clair pour tout croyant qui réfléchit que ces attributs ne peuvent être que métaphoriques, car Dieu "est esprit et vérité" (Jn 4, 24). Il ne faut pas le confondre avec un homme surdimensionné que notre imagination imagine se trouvant dans le ciel comme dans un espace tridimensionnel.

Au sens propre, métaphysique, il n'y a en Dieu que deux affects qui coïncident avec son essence et qui, dans l'acte de création, débordent directement sur les créatures douées d'esprit et les imprègnent de l'intérieur.

L'un de ces attributs est l'amour (amor, caritas), qui fonde et soutient toute chose. L'autre qualité est la joie (gaudium, delectatio), que Dieu est dans sa vie trinitaire et dont il nous remplit.

Par opposition, la colère, le repentir, la tristesse ne sont que les effets de son amour et de sa joie, qui surviennent quand et où l'homme s'oppose à Dieu, s'éloignant ainsi lui-même douloureusement de Dieu. Inversement, nous disons au sens propre qu'il y a de la joie au ciel pour un pécheur qui se convertit. Car l'amour de Dieu est notre origine et la plénitude de sens de notre existence. La joie, en revanche, c'est Dieu lui-même en tant que fin et plénitude de notre vie impérissable (cf. Summa contra Gentiles I cap. 91).

La joie et l'amour sont les deux caractéristiques saillantes de la vie et de l'œuvre de saint Philippe Neri. Ce sont à la fois des dons naturels et des dons de la grâce. Grâce à ces charismes surnaturels, notre saint a fait rayonner l'amour et la joie de Dieu dans le monde de ses contemporains et, depuis les 400 ans qui ont suivi sa canonisation le 14 mai 1622, dans le cœur des hommes. Nous nous recommandons à sa prière et nous nous orientons à l'exemple de sa vie chrétienne et de son activité sacerdotale.

La société du 16e siècle n'est éloignée de nous que dans le temps. La condition humaine, avec ses hauts et ses bas, ses ombres et ses lumières, ses oscillations entre le bien et le mal, est la même que celle de tous nos ancêtres. L'existence de l'homme dans le monde nous met à l'épreuve de la même manière.

En raison de la sécularisation de l'Église et de la papauté à la Renaissance et de la confusion totale des hommes due à la division de la chrétienté occidentale suite à l'apparition de Martin Luther et de Jean Calvin, la tradition et la culture catholiques étaient également exposées à la désintégration en Italie. Mais de bons pasteurs et des pasteurs dévoués selon l'idéal épiscopal et sacerdotal du Concile de Trente rendirent à nouveau possible un renouveau de la foi personnelle de chaque individu et de la vie communautaire des prêtres, des religieux et des laïcs. Les saints ont conduit l'Église catholique à un nouvel épanouissement dans la liturgie, la piété populaire, la charité, la catéchèse, l'éducation et la formation scientifique et théologique.

L'idée directrice de l'Oratoire, dans lequel se sont rassemblées toutes les activités visant à renouveler l'Église dans les âmes des rachetés, était et reste le fil conducteur de l'action de saint Philippe Néri : sola caritas - la charité seule suffit.

Nous nous souvenons de la formule des réformateurs sola fide - la foi seule suffit à justifier le pécheur. Ils séparaient ainsi la grâce de Dieu et les bonnes œuvres des hommes. Ils opposaient vivement une justice fondée sur la foi à une prétendue justice personnelle fondée sur les œuvres d'amour.

Certes, tout commence par la grâce de Dieu et s'accomplit en elle. Mais Dieu fait aussi de nous une nouvelle créature. L'impératif nous est adressé "Revêtez l'homme nouveau, créé à l'image de Dieu, dans la vraie justice et la vraie sainteté". (Eph 4, 24).

Son honneur ne consiste pas à nous rabaisser en nous faisant prendre conscience que nous ne sommes que de pauvres pécheurs. Irénée, l'évêque de Lyon, le dit ainsi en 180 après Jésus-Christ : Gloria Dei est vivens homo. Vita hominis autem est visio Dei- La gloire de Dieu est l'homme vivant. La vie de l'homme, c'est la vision de Dieu face à face. (Adv. haer. IV 20, 7).

Dieu nous élève, nous les hommes, en Christ, afin que nous puissions faire les œuvres de Dieu. En cela, nous ressentons la joie de Dieu dans nos cœurs. Et en même temps, nous rayonnons son amour dans le monde en tant qu'amour du prochain. Oui, ce qui est inconcevable pour le calcul du "do ut des" et la logique du "comme toi, moi, toi", Dieu nous le donne. Par l'exemple de Jésus, qui a pardonné à ses ennemis du haut de la croix, Dieu nous donne, dans sa grâce débordante, la force d'aimer nos ennemis. Il nous permet de nous réconcilier avec nos ennemis. Nous prions : Notre Père qui es aux cieux, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

La foi seule nous justifie dans l'amour par la foi, comme l'apôtre Paul interprète le message de la justification du pécheur par la foi en Christ : "Nous attendons en esprit, par la foi, l'espérance de la justice. Car en Jésus-Christ, seule la foi opère le salut par la charité". (Gal 5, 6).

Comme saint Philippe Néri en son temps, nous sommes aujourd'hui confrontés à une crise du christianisme. Des politiciens puissants, des idéologues et des producteurs d'opinion, de l'Amérique à la Russie et à la Chine en passant par l'Union européenne, veulent remplacer l'homme en tant que créature et enfant de Dieu par la construction économique et technologique qui a été engendrée dans leur fantasme de toute-puissance d'un nouvel ordre mondial. Ce n'est pas l'homme qui est la créature de Dieu, mais l'homme qui est son propre créateur, maître et sauveur. L'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, dans son intégrité corporelle et sa dignité personnelle, son environnement naturel et sa communauté dans la famille, la culture et la langue, est leur ennemi.

L'Eglise catholique n'est à leurs yeux qu'une organisation créée par l'homme, qui doit se rendre utile par des œuvres caritatives et des offres spirituelles sans prétendre à une vérité révélée par Dieu. Les hommes politiques italiens sont également coupables de porter atteinte à l'identité catholique du pays le plus riche en culture de la planète et de sa capitale, où se trouvent les tombeaux des princes des apôtres Pierre et Paul, lorsqu'ils utilisent le pape à des fins de propagande pour le nouveau monde qu'ils se sont forgé. Mais lorsqu'ils défendent courageusement la vie, le mariage et la famille, la dignité de l'être humain en tant qu'homme ou femme, ils se réfèrent en revanche de manière totalitaire à l'État séculier, comme si l'État avait une quelconque autorité divine sur notre foi religieuse, notre conscience morale et sur la constitution de notre nature humaine. Tous les politiciens et intellectuels matérialistes de l'Occident et de l'Extrême-Orient, obnubilés par le pouvoir, n'ont pas réussi à protéger l'humanité d'un minuscule virus ou à l'empêcher de déclencher une guerre absolument insensée. Comment veulent-ils améliorer ou surpasser les œuvres de Dieu, qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et l'a racheté du péché, de la mort et du diable par le sang de son propre fils ?

De nombreux chrétiens craignent que le christianisme en Europe ne fonde et qu'il ne reste que quelques petites îles dans l'océan de l'incrédulité. D'autres voient le salut de l'Église dans son adaptation au "Meilleur des mondes" (Aldous Huxley) des familles recomposées, des orphelins du divorce, des bébés désirés génétiquement sur mesure, de l'idéologie du genre et du changement de sexe, du contrôle total et de l'uniformisation de nos pensées, de nos sentiments et de nos actions à la mesure du politiquement correct et du mainstreaming dans les nouvelles technologies et les géants pharmaceutiques. Même les évêques, auxquels est confiée la garde fidèle de la foi apostolique en tant que successeurs, se complaisent dans des prises de position stupides sur le célibat des prêtres, sur les femmes qu'ils peuvent imaginer comme prêtres ordonnés, sur l'abolition du sacerdoce ordonné, sur la bénédiction des soi-disant couples homos et sur l'idéologie LGBT, qu'ils placent au-dessus de la Parole de Dieu dans l'Écriture Sainte, la Tradition apostolique et la Divine Liturgie.

Face à tant de sagesse boursouflée des puissants de ce monde, on ne peut que se consoler avec l'humour de saint Philippe Néri en se disant que Dieu a décidé de sauver tous ceux qui croient par la folie de la prédication de la croix du Christ. "Car ce qui est fou en Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faible en Dieu est plus fort que les hommes". (1 Co 1, 25).

Ce dont l'Église et le monde ont besoin aujourd'hui, ce sont des chrétiens à la manière de saint Philippe Néri, qui démasquent avec humour la folie de l'homme sans Dieu et qui guident les pécheurs vers Dieu avec amour.

Car l'amour de Dieu pour nous est à l'origine de notre vie. Et sa joie pour nous est la source dont l'eau jaillit dans la béatitude éternelle.

Le seul sonnet de saint Philippe Neri qui nous soit parvenu se termine par ces mots :

"Quelle prison retient l'âme,
pour qu'elle ne puisse se séparer d'ici-bas,
pour mettre enfin les étoiles sous ses pieds
pour vivre en Dieu et mourir à elle-même" ?

Saint Philippe Neri, demande pour nous à Dieu les seules qualités qui nous aident à vivre et à mourir :
La joie et l'amour.
Amen.

Commentaires

  • La vie de saint Philippe Néri, le saint de la joie et de l’allégresse (1515-1595) (94 mn) (26 mai)
    https://youtu.be/waiTfWm2zP0
    Thèmes abordés : Le chemin du salut par la joie ; L’usage de l’humour ; L’usage de la musique.
    Ce saint si populaire est d'une sainteté si universellement reconnue qu'il deviendra, après saint Pierre, un second patron de Rome. Il présente cette étonnante combinaison d'une piété nourrie des Pères du Désert, avec un ministère actif, spécialement auprès de la jeunesse. Chez lui, la bonne humeur, voire l'hilarité, s'allie à l'évangélisme le plus limpide.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel