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Histoire

  • Saint Pie V (30 avril)

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    saintPieV.jpgSaint Pie V, pape († 1572)(source)

    C'est précisément l'Église réorganisée par le concile de Trente que le pape saint Pie V réussit à promouvoir au cours d'une activité sans faille au service de la foi. En effet Michel Ghislieri - jusque-là professeur, maître des novices et prieur, inquisiteur provincial à Côme et à Bergame -, entre dans la grande machine ecclésiastique romaine comme Commissaire général de l'Inquisition en 1551. Son protecteur, le cardinal Carafa devenu Paul IV, le nomme en 1556 évêque de Nepi et Sutri, puis de Mondovi, tout en le faisant Inquisiteur général de la chrétienté.

    Il devient cardinal en 1557. Nicole Lemaître, sa récente biographe, montre qu'il commence à modifier l'image sociale du cardinalat. Jusqu'alors, dans un État temporel comme celui du Pape, les cardinaux restaient des princes. " Religieux mendiant, sans famille brillante [...] il pouvait se permettre de faire de sa vie un modèle. " Il limite ses dépenses à l'extrême, aux dépens peut-être du mécénat qui était alors attendu des gens de sa sorte.

    Le cardinal Ghislieri connaît des années un peu plus difficiles sous le pontificat de Pie IV qui réussit à terminer le concile de Trente à la fin de 1563. Deux ans après, il lui succède après une élection unanime. Pie V va alors s'employer à mettre en oeuvre les décisions du concile de Trente qui, comme celles de Latran V l'ayant précédé un demi-siècle, auraient pu rester lettre morte. On lui doit la promulgation du Catéchisme tridentin et surtout une refonte de la liturgie par le bréviaire et le missel. (...)

    Le pape Pie V est un des grands artisans de la Réforme catholique par la purification des moeurs, à la Curie, dans la ville de Rome et les États pontificaux. Il a voulu en donner l'exemple par une vie pieuse, sainte et désintéressée, ce qui l'a amené à renoncer à tous les avantages que sa famille pouvait attendre de son élévation. Pour sa famille religieuse, Pie V, tout en accordant une préséance aux prêcheurs sur les autres ordres, intervint pour les réformer en s'appuyant sur les maîtres de l'ordre.

    Un des grands succès de la politique de saint Pie V fut la bataille navale de Lépante contre les Turcs, le 7 octobre 1571. Attribuant cette victoire à la protection de la Vierge Marie, le Pape engagea les prêcheurs à célébrer chaque année une fête de Notre-Dame de la Victoire qui devint ensuite Notre-Dame du Rosaire. Pie V mourut le 1er mai 1572 et fut béatifié exactement un siècle après. (...) Pie V, avec ses limites, ses échecs et son immense travail, a surtout rendu à l'Église le service, après les turpitudes des papes de la Renaissance, de présenter la figure d'un pontife irréprochable, modèle des princes-serviteurs. (Source : Quilici, Alain; Bedouelle, Guy. Les frères prêcheurs autrement dits Dominicains. Le Sarment/Fayard, 1997)

  • Le cardinal Simoni, « martyr » vivant du communisme, présente une relique de martyrs albanais à Léon XIV.

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    De Victoria Cardiel sur EWTN News :

    Le cardinal Simoni, « martyr » vivant du communisme, présente une relique de martyrs albanais à Léon XIV.

    Le cardinal, qui a enduré de longues années d'emprisonnement et de travaux forcés pour sa fidélité au Christ, a rencontré le pape lors d'une audience privée. Il a été ordonné prêtre il y a 70 ans, le 7 avril 1956.Le cardinal Simoni, « martyr » vivant du communisme, présente une relique de martyrs albanais à Léon XIV.

    Le cardinal Ernest Simoni en compagnie du pape Léon XIV. | Crédit : Médias du Vatican
     
    28 avril 2026

    Le cardinal Ernest Simoni, 97 ans, considéré comme un « martyr vivant » de la sanglante persécution communiste en Albanie, a rencontré cette semaine au Vatican le pape Léon XIV lors d'une audience privée marquée par le souvenir du témoignage de foi de l'Église persécutée.

    Selon les médias vaticans, le cardinal a offert au pape une croix et une relique des martyrs albanais « qui ont donné leur vie par fidélité et par amour pour Jésus, et pour le salut du peuple albanais, afin que tous les hommes puissent contempler le sourire du ciel », a déclaré le cardinal au pape.

    La rencontre du 26 avril, à laquelle ont également assisté une quarantaine de proches du cardinal, s'est déroulée dans « une atmosphère de joie et d'espoir, les yeux fixés sur le visage du Saint-Père, qui représente le visage de Jésus, pour proclamer à toute l'humanité la bonne nouvelle du ciel, de paix, de fraternité et d'amour pour tous les peuples du monde », a déclaré Simoni aux médias du Vatican après la rencontre.

    Simoni sous le dictateur communiste Enver Hoxha

    Ordonné prêtre en 1956, douze ans après l'arrivée au pouvoir du régime du dictateur communiste Enver Hoxha, Simoni a subi la répression brutale de l'Église catholique dans le premier État officiellement athée au monde, où toute pratique religieuse était interdite.

    Le prêtre fut arrêté le jour de Noël 1963 et condamné à mort, mais sa peine fut commuée en travaux forcés. Il passa 18 ans en prison et fut libéré en 1981. Cependant, toujours considéré comme « ennemi du peuple », il fut ensuite contraint de travailler au nettoyage des égouts de la ville de Shkodër. Il exerça son ministère sacerdotal clandestinement jusqu'à la chute du régime en 1990.

    Malgré l'interdiction absolue de pratiquer un culte, il célébrait la messe quotidiennement durant son emprisonnement, usant de subterfuges ingénieux pour passer inaperçu. Comme il célébrait la messe en latin, ses geôliers le prirent pour un fou qui ne faisait que marmonner des paroles incompréhensibles.

    La visite du pape François en Albanie en 2014

    En 2014, lors de sa visite en Albanie, le pape François fut profondément ému par le témoignage de ce prêtre, alors âgé . En 2016, il le créa cardinal et le remercia publiquement pour sa vie de dévouement « au service de l’Église ».

    Le 7 avril dernier, le cardinal a célébré le 70e anniversaire de son ordination sacerdotale. Deux jours auparavant, le dimanche de Pâques, il avait accompagné Léon XIV lors du message « urbi et orbi » (« à la ville et au monde ») et de la bénédiction prononcés depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre.

    Simoni a décrit l'audience avec le pontife comme « une grâce spéciale du Saint-Esprit et aussi du Saint-Père : proclamer ensemble, à tous les peuples du monde, la paix qui vient du ciel, cette paix si douce, la joie spirituelle et la joie de la Résurrection. »

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, le service affilié hispanophone d'EWTN News.

  • Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques

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    Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques. Cette idée, relayée par Jean-Luc Mélenchon (notamment en 2011, puis en juin 2025 et mars 2026), relève d’une simplification militante et historique inexacte, comme l’explique l’historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans un entretien au Figaro Histoire (avril 2026).

    Les affirmations de Mélenchon

    Mélenchon a déclaré, entre autres : « S’il n’y avait pas eu Saladin, vous ne sauriez pas bâtir des cathédrales, parce que c’est lui qui vous a appris comment on faisait. C’est lui qui vous a appris comment on faisait les vitraux et qui vous a appris les maths. » Ou encore, à Bondy en mars 2026 : les bâtisseurs ont « profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux, parce qu’ils n’étaient pas au courant, ils n’y connaissaient rien ». Il moque aussi l’idée que « les Goths » auraient inventé les arcs brisés.

    Ces propos visent à souligner une dette supposée majeure de l’Europe chrétienne envers le monde islamique médiéval, dans un contexte politique où l’on insiste sur les « apports » de l’islam à la civilisation occidentale.

    La réponse de Gouguenheim

    Sylvain Gouguenheim, professeur émérite d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon et auteur notamment d’Aristote au Mont Saint-Michel (2008, sur les racines grecques directes de l’Europe chrétienne), qualifie ces affirmations d’« erronées ou très approximatives » :

    • Chronologie : L’architecture gothique naît en Île-de-France dans les années 1130-1140 (basilique de Saint-Denis sous Suger, puis cathédrales de Sens, Noyon, Laon, etc.). Saladin ne prend le pouvoir qu’en 1174 et son règne (1174-1193) est postérieur aux premiers chefs-d’œuvre gothiques. Le lien direct avec lui est anachronique.
    • Mathématiques : La construction des cathédrales reposait sur une géométrie appliquée pratique, héritée de l’époque romane (règles de proportion, équerre, compas, savoir-faire empirique des maîtres maçons transmis sur les chantiers). Elle n’exigeait ni la géométrie grecque théorique avancée ni les développements algébriques arabo-persans. Les bâtisseurs médiévaux occidentaux maîtrisaient déjà les outils nécessaires.
    • Techniques spécifiques (vitraux, arcs, voûtes) : Les vitraux colorés relèvent d’un savoir-faire occidental ancien (verrerie romaine et carolingienne), perfectionné au XIIe siècle sans recours à une « chimie » importée des croisades. L’arc brisé (ou ogival) existait dans l’Antiquité tardive et l’architecture romane ; il n’est pas une invention islamique transmise miraculeusement.

    Gouguenheim insiste : ces thèses relèvent d’un « contexte militant » et d’un raccourci rhétorique, pas d’une analyse historique rigoureuse.

    Contexte historique plus large

    • Origines du gothique : Le style gothique (voûtes sur croisée d’ogives, arcs-boutants, élévation verticale, grandes baies) est une innovation franco-picarde du XIIe siècle. Il synthétise des éléments antérieurs : voûtes d’ogives anglo-normandes (Durham, Lessay), arcs-boutants bourguignons (Cluny), murs fins des basiliques paléochrétiennes d’Île-de-France. C’est un laboratoire technique occidental, porté par la vitalité économique, démographique et spirituelle de l’Europe capétienne (foi chrétienne, concurrence entre évêques et abbés, essor urbain).
    • Influences et échanges : Il existait des contacts (commerce, croisades, Sicile, Espagne de la Reconquista). Certains motifs décoratifs (arabesques, polylobés) ou techniques mineures ont pu circuler, comme dans l’art roman (ex. : certaines églises du sud). Mais l’architecture gothique n’est pas une copie ou un emprunt structurel à l’architecture islamique (mosquées à arcs brisés, coupoles, iwans). Le gothique exprime une théologie chrétienne de la lumière (Dieu comme Lux) et une aspiration verticale vers le ciel, très différente de l’esthétique islamique.
    • Transmission des savoirs : Gouguenheim a montré dans ses travaux que l’héritage grec (Aristote notamment) est parvenu en Occident via des voies directes (Byzance, traductions latines dès le XIe-XIIe siècle à Mont-Saint-Michel ou ailleurs) autant que via le monde arabo-musulman (Tolède, etc.). Ce dernier a préservé et commenté des textes, mais n’a pas été l’unique ni le principal vecteur. L’idée d’un Occident « ignorant » sauvé par l’islam est une caricature orientaliste inversée.

    Des auteurs comme Diana Darke (Stealing from the Saracens) ou Christopher Wren (XVIIe siècle, qui parlait de « style sarrasin » pour le gothique) défendent une influence plus forte, souvent en insistant sur des similarités formelles ou des transferts via les croisés. Ces thèses sont contestées par de nombreux historiens de l’art médiéval, qui y voient une surinterprétation (confusion entre motifs décoratifs et structure porteuse, ignorance des évolutions internes à l’Occident). Des critiques universitaires (Byng, Kinsella) relativisent fortement ces claims.

    Pourquoi cette polémique ?

    Elle s’inscrit dans un débat plus vaste sur les « racines » de l’Europe et la place de l’islam dans son histoire. Minimiser le génie propre de la chrétienté médiévale occidentale (son dynamisme technique, théologique et social) au profit d’un narratif de dette exclusive sert parfois un agenda politique contemporain. L’histoire réelle est plus nuancée : l’Europe médiévale a assimilé, transformé et innové à partir de multiples héritages (gréco-romain, chrétien, germanique, byzantin), sans être une tabula rasa sauvée par Bagdad ou Cordoue.

    Les cathédrales de Chartres, Reims, Amiens ou Notre-Dame de Paris restent avant tout le fruit du savoir-faire, de la foi et de l’organisation des sociétés chrétiennes occidentales du XIIe-XIIIe siècle. Elles témoignent d’un élan créateur autonome, pas d’un simple transfert technologique depuis le monde islamique. Gouguenheim a raison de le rappeler face aux approximations militantes.

    Synthèse obtenue avec l'IA

  • Sainte Catherine de Sienne, co-patronne de l'Europe (29 avril) (catéchèse de Benoît XVI)

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    Sainte-Catherine-de-Sienne_theme_image.jpgLors de l'audience générale du 24 novembre 2010, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à sainte Catherine de Sienne que l'on fête aujourd'hui :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une femme qui a eu un rôle éminent dans l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de sainte Catherine de Sienne. Le siècle auquel elle vécut — le XIVe — fut une époque tourmentée pour la vie de l’Eglise et de tout le tissu social en Italie et en Europe. Toutefois, même dans les moments de grandes difficultés, le Seigneur ne cesse de bénir son peuple, suscitant des saints et des saintes qui secouent les esprits et les cœurs provoquant la conversion et le renouveau. Catherine est l’une de celles-ci et, aujourd’hui encore, elle nous parle et nous incite à marcher avec courage vers la sainteté pour être toujours plus pleinement disciples du Seigneur.

    Née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, poussée par une vision de saint Dominique, elle entra dans le Tiers Ordre dominicain, dans la branche féminine dite des Mantellate. En demeurant dans sa famille, elle confirma le vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était encore adolescente, et se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout au bénéfice des malades.

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  • Sainte Catherine de Sienne

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    1650767280.jpgSur ce blog, nous avons consacré plusieurs notes à cette grande sainte, docteur de l'Eglise et patronne de l'Italie :

    On accèdera ici :  http://jesusmarie.free.fr/catherine_de_sienne.html aux oeuvres de sainte Catherine.

    Prière faite par sainte Catherine, après le terrible accident qu’elle éprouva dans la nuit du lundi de la Septuagésime (1378), lorsque sa famille la pleura comme morte.

    1.- Dieu éternel, mon bon Maître, qui avez formé le vaisseau du corps de votre créature avec le limon de la terre ; ô très doux Amour, vous l’avez formé d’une chose si vile, et vous y avez mis un si grand trésor, l’âme faite à votre image et ressemblance, ô Dieu éternel! Oui, mon bon Maître, mon doux Amour, vous êtes le maître de faire et de refaire, de briser et de refondre ce vase fragile comme le voudra votre Bonté.

    2.- O Père, moi votre misérable servante, je vous offre de nouveau ma vie pour votre douce Epouse. Vous pouvez, toutes les fois que le voudra votre Bonté, me séparer de mes sens et m’y ramener toujours d’une manière de plus en plus douloureuse, pourvu que je voie la réformation de votre douce Épouse, la sainte Église.

  • Sainte Catherine de Sienne, docteur de l'Eglise (29 avril) (Arnaud Dumouch)

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  • Ce que Staline a initié à Lviv en 1946 — une tentative de liquidation de l'Église — se poursuit aujourd'hui dans la guerre que Poutine mène contre l'Ukraine

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    De George Weigel sur le NCR :

    « Ecclésiacide », hier et aujourd'hui

    COMMENTAIRE : Ce que Staline a initié à Lviv en 1946 — une tentative de liquidation de l'Église — se poursuit aujourd'hui dans la guerre que Poutine mène contre l'Ukraine.

    indéfini
    La cathédrale Saint-Georges de Lviv, en Ukraine, fut le théâtre d'un « sobor » organisé par les Soviétiques en mars 1946, visant à liquider l'Église gréco-catholique ukrainienne. (Photo : Wikipedia)

    Pardonnez-moi ce néologisme d'origine latine, mais si « parricide » convient pour le meurtre de son père et « régicide » pour l'élimination d'un roi, pourquoi pas « ecclésiacide » pour la tentative d'anéantissement d'une Église entière ?

    C’est ce qui s’est passé il y a environ 80 ans, du 8 au 10 mars 1946, à la cathédrale Saint-Georges de Lviv, en Ukraine. Là, ce qui était présenté comme un concile (ou sobor ) a voté l’annulation de l’ Union de Brest de 1596 et, par conséquent, la réunification de l’Église gréco-catholique ukrainienne (UGCC) avec l’Église orthodoxe russe (ROC) – un acte qu’un haut responsable orthodoxe russe m’a un jour affirmé être parfaitement légitime (pour ainsi dire) car « lorsque les uniates [catholiques orientaux en pleine communion avec Rome] retournent dans leur foyer [orthodoxe], c’est toujours légitime ».

    Or, nous savons maintenant avec certitude, grâce à des documents de première main conservés dans les archives d'État ukrainiennes, que le soi-disant « Sobor de Lviv » de 1946 a été orchestré par les services de sécurité soviétiques et n'avait pas plus de légitimité morale, spirituelle ou légale que n'importe quel autre acte commis sous la menace des armes.

    Certes, ce « Pseudo-Sobor » fut un échec stratégique, comme le reconnut peu après le ministère soviétique de la Sécurité d’État dans une directive adressée à ses agents dans ce qui est aujourd’hui l’ouest de l’Ukraine :

    La liquidation formelle de l'Église gréco-catholique uniate, résultant des résolutions du Sobor des 8-10 mars, et la réunification formelle avec l'Église orthodoxe russe ne constituent pas l'achèvement de la liquidation effective de ces aspirations hostiles dont le clergé gréco-catholique uniate était porteur.

    Une répression massive, souvent meurtrière, s'ensuivit. Pourtant, le résultat de cette tentative d'« ecclésiacide » fut la création du plus grand réseau religieux clandestin au monde. L'Église gréco-catholique ukrainienne survécut ainsi pendant 45 ans grâce à des offices religieux clandestins, un enseignement religieux clandestin, une formation sacerdotale clandestine et des consécrations épiscopales clandestines, avant de renaître de ses cendres en 1991, après l'effondrement de l'empire soviétique.

    Aujourd'hui, l'Église catholique ukrainienne (UGCC), dynamique et influente, voit son influence croître en nombre. Son premier dirigeant après la chute de l'Union soviétique, le cardinal Lioubomyr Husar, était l'autorité morale la plus respectée d'Ukraine. Son digne successeur, l'archevêque-major Sviatoslav Chevtchouk, est une source d'inspiration nationale depuis l'invasion russe de février 2022, tout en s'imposant sur la scène internationale comme modèle de l'évêque du XXIe siècle. L'UGCC gère l'établissement d'enseignement supérieur le plus prestigieux d'Ukraine, l'Université catholique ukrainienne, et ses nombreuses initiatives caritatives, éducatives, sociales et culturelles ont contribué à l'édification de la société civile ukrainienne qui soutient aujourd'hui la lutte politique, militaire et diplomatique du pays contre la barbarie du tsar Poutine.

    Le fait que le major-archevêque Chevtchouk figurât en bonne place sur la liste des dirigeants ukrainiens à assassiner si les troupes de Poutine avaient réussi à conquérir Kiev en trois ou quatre jours, indique que l'« ecclésiacide » de l'Église gréco-catholique ukrainienne demeure un objectif russe ; il en va de même pour la prise de contrôle par les Russes de l'église gréco-catholique des Saints-Apôtres Pierre et Paul à Zaporijia, le dimanche de Pâques de cette année. En 1946, la hiérarchie de l'Église orthodoxe russe, reconstituée par Staline en 1943 pour rallier le soutien populaire à la Grande Guerre patriotique contre l'Allemagne, a collaboré avec les services de sécurité soviétiques au sein du pseudo-Sobor de Lviv.

    Quatre-vingts ans plus tard, le patriarche Kirill de Moscou a tenté de justifier l'agression de Poutine par une interprétation religieuse, tout en déclarant de manière hérétique que tout soldat russe tué à la guerre est automatiquement pardonné de tous ses péchés et conduit immédiatement au paradis. Il est indéniable que Kirill, pour le moins proche du KGB dans sa jeunesse, se réjouirait de la dissolution de l'Église gréco-catholique ukrainienne ; comment expliquer autrement qu'il bénisse une guerre où des membres du clergé de l'Église gréco-catholique ukrainienne ont été tués, enlevés et torturés lors de leur capture par les forces russes ? Pourtant, malgré tout cela, les évêques, les prêtres et les diacres de l'Église gréco-catholique ukrainienne sont restés fidèles à leurs fidèles, risquant leur vie chaque jour.

    Une conférence organisée les 27 et 28 mars à l'Université catholique d'Amérique a exploré l'histoire de la tentative russe d'« ecclésiacide » ukrainien au milieu du XXe siècle – qui a en réalité débuté en septembre 1939 lorsque l'Union soviétique a occupé ce qui est aujourd'hui l'ouest de l'Ukraine grâce au tristement célèbre pacte Molotov-Ribbentrop – ainsi que la campagne anti-ukrainienne russe actuelle, menée sous couvert de reconstitution du Russkiy Mir , le « monde russe ». Cette conférence, d'un niveau académique élevé, a notamment été marquée par l'une des interventions les plus fascinantes du Dr Sergueï Chapnin, ancien responsable du Patriarcat de Moscou de l'Église orthodoxe russe, qui a expliqué comment l' idée du Russkiy Mir a été instrumentalisée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui : une idéologie théologico-politique dont l'un des objectifs demeure la liquidation de l'Église orthodoxe ukrainienne (et, de fait, la liquidation d'une nation ukrainienne distincte).

    Autrement dit, en ce qui concerne la Russie et l'Ukraine, rien n'a changé, 80 ans plus tard. Les hommes politiques et les diplomates qui pensent que les convictions religieuses, sincères ou perverties, n'ont aucune incidence sur les affaires internationales devraient y réfléchir à deux fois.

  • La vie de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, le docteur de la Vierge Marie (1673-1716)

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  • Saint Louis-Marie Grignion de Monfort (28 avril)

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    http://www.youtube.com/watch?v=9NKIP2dtKyk

    "Saint Louis-Marie Grignion de Montfort avait un caractère difficile qui irrita certains de ses contemporains, lesquels conçurent à son encontre une profonde inimitié et l'accablèrent d'opprobres sa vie durant. Bien au-delà de cette rigueur qui lui interdisait toute compromission, il ne respirait que dans les églises et croyait de toute son âme à l'amour de Dieu pour l'homme, ne pouvant pas de ce fait ne pas croire en l'homme. Ce programme nous conduit à marcher sur les pas d'un saint non conformiste qui choisit le chemin de la confiance en la Providence. Aussi inclassable après sa mort qu'il le fût de son vivant. Un intrépide missionnaire pour qui l'amour de Marie tenait lieu de passion dominante. L'apôtre infatigable de Jésus crucifié. Un film réalisé par Armand Isnard. Une coproduction CAT Productions et KTO - 2011. / Émission du 27/04/2011."

     
  • Saint Marc l'Evangéliste (25 avril)

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    Du Père Bernard Domini sur le site de la Famille Missionnaire de Notre-Dame :

    (archive du 25 avril 2017) St Marc (P. Bernard)

    Nous fêtons avec joie et reconnaissance,  en ce 25 avril, l’évangéliste Saint Marc, que Benoît XVI appelle « le collaborateur de Pierre». Le Père, avec énergie, nous a souvent rappelé que St Marc ne doit pas être confondu avec Jean-Marc, qui a accompagné Saint Paul et Saint Barnabé dans leur premier voyage apostolique. Pour la Bse Anne-Catherine Emmerich, il s’agit de deux hommes bien distincts.

    La Tradition ne nous a pas transmis beaucoup d’éléments sur la vie de Saint Marc. ACE dit qu’il habitait dans le Nord de la Terre Sainte et qu’il a été un disciple de Jésus mais qu’il n’était pas toujours avec Jésus. Il fut l’un de ceux qui se scandalisèrent lorsque Jésus dit qu’il fallait manger sa chair et boire son sang. Il se scandalisa aussi de la folie de Marie Magdeleine oignant Jésus avec un parfum très cher ! Il abandonna les disciples après l’arrestation de Jésus et ne revint qu’au moment de l’apparition de Jésus sur la montagne.

    Il accompagna souvent St Pierre ensuite puis mourut martyr à Alexandrie. Papias disait : Marc, qui avait été l'interprète de Pierre, écrivit exactement tout ce dont il se souvint, mais non dans l’ordre. Il ne se souciait que d'une chose : ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, et ne rien rapporter que de véritable. Saint Irénée écrit qu'après la mort de Pierre et de Paul, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce qui avait été prêché par Pierre (Contra haereses, Livre III, chapitre I, 1). Tertullien attribue à Pierre ce que Marc a écrit (Adversus Marcionem, Livre IV, chapitre V). St Clément d'Alexandrie et Origène soulignent le scrupule de St Marc d’écrire selon ce que Pierre lui avait enseigné. Le grand saint Jérôme parle de Marc, l’interprète de l'apôtre Pierre et le premier évêque d'Alexandrie. Le témoignage d’Eusèbe de Césarée est important : Pierre établit aussi les églises d'Egypte, avec celle d'Alexandrie, non pas en personne, mais par Marc, son disciple. Car lui-même pendant ce temps s'occupait de l'Italie et des nations environnantes ; il envoya don Marc, son disciple, destiné à devenir le docteur et le conquérant de l'Egypte.

    Pourquoi l’évangile selon Saint Marc est-il symbolisé par le lion ? Parce que, d’une part, le lion fait partie des quatre bêtes de la vision d’Ezechiel (1,10), et de Saint Jean (Ap 4,7-8) et que, d’autre part, l’évangile selon Saint Marc commence par la prédication de Jean-Baptiste dans le désert dont le lion est l'animal.

    En cette Fête de l’évangéliste Saint Marc, nous devons encore rappeler le primat du témoignage des évangélistes, qui est fondamental pour notre Foi. Comme nous l’Eglise le rappelle, en ce temps pascal, la Foi chrétienne ne se fonde pas sur une idéologie mais sur les faits réels de l’Histoire du Salut ! Le Père et Monsieur Gérard Soulages ont combattu les graves erreurs modernistes de notre temps, qui niaient l’historicité des évangiles. Benoît XVI a donné un enseignement lumineux dans son livre en trois tomes sur Jésus de Nazareth. L’historicité des évangiles ne devraient plus être remise en question, étant donné qu’un document dogmatique du Concile Vatican II, Dei Verbum, affirme avec autorité : « Notre sainte Mère l'Eglise a tenu et tient fermement et avec la plus grande constance, que ces quatre Evangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel… Les évangélistes sont des apôtres ou des hommes évangéliques (DV 18). Ils sont donc témoins oculaires et serviteurs de la Parole. Saint Marc n’est pas un apôtre, mais il est le témoin fidèle de Pierre, le chef des apôtres. Il n’a transmis scrupuleusement que ce que Pierre enseignait avec l’autorité du grand témoin qu’il était, selon ce que Dei Verbum enseigne : Que ce soit à partir de leur propre mémoire et de leurs souvenirs, ou à partir du témoignage de ceux qui "furent dès le début ", ils composèrent leurs écrits dans le but de nous faire éprouver la "solidité" des enseignements que nous avons reçus (DV19). A la suite du Père, soyons fidèles et fermes pour transmettre cet autre enseignement du Concile qu’aucun exégète ou théologien n’a le droit de contester : « Toujours et partout l'Eglise a tenu et tient l'origine apostolique des quatre Evangiles. Ce que les apôtres, en effet, sur l'ordre du Christ, ont prêché, par la suite eux-mêmes et des hommes apostoliques nous l'ont, sous l'inspiration divine de l'Esprit, transmis dans des écrits qui sont le fondement de la foi, à savoir, l'Evangile quadriforme selon Matthieu, Marc, Luc et Jean (DV 18).

    Concluons par la tradition conservée à Venise au sujet du corps de Saint Marc qui repose en cette ville : en 828, la ville de Venise en Italie se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pour la protéger et pour remplacer saint Théodore afin de rivaliser avec Rome et son grand saint patron saint Pierre. Deux marchands vénitiens ravirent ses reliques sacrées dans la petite chapelle où elle se trouvait depuis sa mort. La basilique Saint-Marc de Venise a été spécialement construite pour les accueillir. Saint Marc devint ainsi le Saint Patron de Venise avec son lion comme symbole de la ville. Marc était venu évangéliser la région par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à Venise. Un ange lui était alors apparu et lui avait dit ces mots :" Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos." Remercions Saint Marc et, avec lui, soyons rigoureux pour ne transmettre dans notre prédication que ce que Jésus a réellement dit, réellement fait et ce qu’Il a réellement été : Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme, le Sauveur.

  • Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie

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    De Diego Benedetto Panetta sur la NBQ :

    Léon XIV : la démocratie sans fondements mène à la tyrannie

    Dans son message à l’Académie pontificale des sciences sociales, le pape rappelle qu’en ignorant la loi morale naturelle, la démocratie peut dégénérer en tyrannie majoritaire ou servir de masque à la domination des élites . Ce risque est également manifeste sur le plan international.

    23/04/2026

    Loin d'être une simple procédure, la démocratie ne demeure saine que lorsqu'elle s'enracine dans la loi morale et une véritable conception de la personne humaine. Tels sont quelques-uns des mots que Léon XIV adressa  à l'Académie pontificale des sciences sociales, réunie en session plénière du 14 au 16 avril sur le thème : « Les usages du pouvoir : légitimité, démocratie et redéfinition de l' ordre international ».

    Lorsque le terme « légitimité » est associé à ceux de « démocratie » et d'« ordre international », la réaction de ceux qui en comprennent encore le sens est généralement l'étonnement, voire la dérision. L'image qui se forme dans l'esprit de la plupart des gens rappelle un célèbre tableau de Jean-Baptiste Isabey, représentant les ministres de divers royaumes européens (coiffés de perruques, conformément à la coutume de l'époque) débattant lors d'une session du Congrès de Vienne (1814-1815).

    Pourtant, au-delà des têtes couronnées à « restaurer », le principe de légitimité invoqué et habilement employé par le prince Klemens von Metternich visait à souligner un aspect fondamental d’une pertinence toujours actuelle : l’exercice du pouvoir doit d’abord être justifié, mais surtout, reposer sur une « véritable vision de la personne humaine », pour reprendre les termes du pape.

    « Pour les Pères de l’Église, […] la nature et la raison nous indiquent quels sont nos devoirs moraux », rappelait la Commission théologique internationale dans un document de 2009. « Dans sa quête du bien moral », lit-on, « la personne humaine s’écoute et prend conscience des inclinations fondamentales de sa nature, qui sont bien plus que de simples impulsions aveugles du désir. » Ces paroles méritent d’être réaffirmées sans cesse, particulièrement à notre époque post-1968, où l’on nous rappelle constamment la nécessité d’être « authentiques ». L’authenticité est en effet devenue synonyme d’action spontanée, sans trop d’inhibitions, sans trop de « pourquoi » qui compliquent et rigidifient la vie.

    À l’inverse, celui qui recherche le bien moral, « réalisant que les biens vers lesquels il tend naturellement sont nécessaires à son épanouissement moral, se formule, sous forme de commandements pratiques, le devoir moral de les mettre en œuvre dans sa propre vie. Il s’exprime un certain nombre de préceptes très généraux qu’il partage avec tous les êtres humains et qui constituent le contenu de ce qu’on appelle la loi naturelle » (n° 45).

    Cette redécouverte de la loi naturelle ne se limite pas à la sphère de la conscience individuelle, mais se projette directement dans l'espace public. C'est précisément à cette intersection entre morale et politique que trouve sa place dans l'intervention du Saint-Père. Le message que le Pontife a adressé à l'Académie pontificale des sciences sociales porte sur l'exercice du pouvoir et, en particulier, sur l'état de la démocratie à notre époque. Benoît XVI s'était déjà exprimé sur les limites de la démocratie moderne, perçue comme un simple rempart procédural et légaliste contre les atteintes à la loi . Comme l'a observé le pape Ratzinger , « il est évident que, sur les questions fondamentales de droit, où la dignité humaine est en jeu, le principe majoritaire ne suffit pas ».

    C'est dans cette perspective que se situe Léon XIV, ayant manifestement une compréhension claire de la distinction entre la démocratie classique, comprise comme une « forme de gouvernement », et la démocratie moderne, comprise comme le « fondement du gouvernement ». Contrairement à la première, la seconde, bien qu'elle garantisse la participation aux décisions politiques ainsi que la capacité d'élire et de contrôler les gouvernements, ignore la loi de vérité – c'est-à-dire ce qui est véritablement juste et peut devenir loi – s'exposant ainsi au risque de « devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque pour la domination des élites économiques et technologiques  », comme l'affirme Léon XIV.

    Ce risque menace non seulement la démocratie, mais aussi l'ordre international. La situation actuelle révèle l'échec du simple « équilibre des puissances », qui nous a fait croire à la possibilité de trouver un terrain d'entente entre les nations. Un équilibre qui se croit capable de se passer d'un fondement objectif, apte à dialoguer avec les personnes de toutes cultures et de toutes religions, est voué à l'échec dès le départ. L'invitation que le Pape a adressée à la délégation de responsables politiques français en août 2025 incite à proposer avec une vigueur renouvelée le droit naturel comme voie de dialogue et de salut. « Il ne faut donc pas craindre de le proposer et de le défendre avec conviction », a déclaré le Pontife à cette occasion. « C’est une doctrine du salut qui vise le bien de tout être humain, l’édification de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées. »

    Depuis lors, le Saint-Père n’a cessé d’étonner, comme lorsqu’à la fin du mois de mars, lors de sa visite en Principauté de Monaco, il a admiré la « souveraineté de Jésus » qui règne dans la cité-État monégasque (du moins sur le plan institutionnel), invitant à une compréhension plus profonde de la doctrine sociale de l’Église et, surtout, à en faire un engagement concret au quotidien.

    Foi, doctrine sociale de l’Église, droit naturel, ce sont là les moyens essentiels pour garantir que la paix, une paix authentique, s'installe et devienne de plus en plus visible : « La paix ne peut se réduire à un slogan », observait Léon XIV lors de sa visite au Cameroun, « elle doit s'incarner dans un style personnel et institutionnel qui rejette toute forme de violence. [...] La paix, en effet, ne se décrète pas : elle s'accueille et se vit. C'est un don de Dieu, qui se développe par un travail patient et collectif. C'est la responsabilité de tous, et avant tout des autorités civiles. »

  • Saint Georges (23 avril) : un martyr bien réel derrière la légende

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    © Alex Borland, CC0 Public Domain

    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    303

    Saint Georges : derrière la légende, un martyr bien réel

    Saint Georges de Lydda, aujourd’hui Lod en Israël, a été durant des siècles l’un des saints les plus populaires de la chrétienté, en Orient comme en Occident. À partir du XVIIIe siècle, cependant, sous l’influence des courants de déconstruction protestants, il devient de bon ton de remettre entièrement en cause son histoire. Comme les sources historiques pleinement fiables manquent, on en vient à prétendre que ce martyr militaire n’aurait jamais existé. Pourtant, de nombreux arguments militent en faveur de l’historicité et de la véracité des grandes lignes de sa biographie, notamment sa mise à mort en avril 303 pour sa fidélité au Christ.


    Les raisons d'y croire

    • Très tôt, l’Église a tenu pour inauthentique la Passio Sancti Georgi, qui est à l’évidence un récit à caractère légendaire. Cela montre qu’elle exerce un discernement critique et ne tient pas pour véridique tout ce qui présente une apparence de piété.
    • Toutefois, dans le même temps, l’Église a aussi toujours souligné que le culte rendu à saint Georges sur le lieu de son martyre, dès le IVe siècle, a été grand et constant. Or, la paix de l’Église ne s’applique vraiment en Orient qu’après la victoire de Constantin sur Licinius, dans les années 320. La dévotion pour saint Georges remonte donc à une époque où se dire chrétien n’était pas avantageux, et pouvait même s’avérer risqué. Cela renforce l’idée que ce culte s’appuie sur des témoignages proches des faits.
    • Georges est présenté comme un martyr militaire, c’est-à-dire comme un officier ou un soldat romain exécuté pour avoir refusé de renier le Christ. Or l’on sait que, dès le début des années 290 et jusque dans les années 320 en Orient, les empereurs ont mené une répression féroce pour expurger l’armée de ses éléments chrétiens, accusés d’être susceptibles de pactiser avec l’ennemi, perse notamment. Il est donc tout à fait plausible qu’un officier d’une unité de cavalerie cantonnée en Palestine romaine ait fait les frais de cette politique.
    • Georges, ou Giorgos, porte un prénom grec signifiant « paysan » ou « laboureur », ce qui n’a rien d’insolite dans la partie orientale de l’Empire, profondément hellénisée. Son histoire affirme qu’il est le fils d’un officier, originaire de Cappadoce, tué au combat alors que son fils est encore enfant. Cela correspond bien aux usages de l’époque, qui, pour assurer le recrutement des légions en un temps de dénatalité croissante, attachaient les fils à la profession paternelle, sous peine de lourdes amendes. Tout cela est historiquement cohérent.
    • Dans la région où Georges commande un escadron de cavalerie, entre la Palestine et le sud du Liban, certains historiens modernes, à partir de sources épigraphiques locales, évoquent l’existence d’une bande de voleurs commandée par un homme nommé « Nahr », nom signifiant « serpent » ou « dragon ». Georges l’aurait mis hors d’état de nuire. Cela permettrait de comprendre comment la légende se serait emparée de ce dragon symbolique pour en faire le monstre qu’il terrasse afin de délivrer une princesse identifiée à la foi persécutée.
    • En janvier 303, Dioclétien déclenche à Nicomédie une persécution générale contre les chrétiens. Les premières mesures ordonnent la fermeture des églises, la saisie de leurs biens et de leurs archives, puis l’arrestation du clergé. Mais de tels ordres ne se transmettent pas instantanément dans tout l’Empire. Il faut du temps pour qu’ils parviennent jusqu’en Palestine. De plus, certaines autorités locales, peu empressées de les appliquer, ont pu en retarder l’exécution. Que Georges ait été arrêté et martyrisé à Lydda quelques semaines plus tard, vers la fin mars ou en avril 303, est donc pleinement cohérent avec la chronologie de la Grande Persécution.
    • L’ordre lui est alors donné, en tant qu’officier, d’arrêter les chrétiens de la ville et de détruire leurs lieux de culte. Georges refuse. Conformément à la procédure en vigueur, qui prévoit d’emprisonner tous ceux qui se reconnaissent chrétiens et refusent de renier leur foi, il est lui-même arrêté et soumis à diverses tortures. Des cas comparables sont bien attestés, par exemple pour Blandine à Lyon en 177 ou pour Perpétue à Carthage en 204. Les détails juridiques, eux, sont plausibles.
    • Georges est finalement décapité le 23 avril 303 à Lydda. Il a environ vingt-deux ans. Un culte se développe aussitôt sur sa tombe, malgré la clandestinité, puis il est célébré au grand jour après la reconnaissance du christianisme, lorsqu’une église est bâtie sur son tombeau. Tout cela constitue un faisceau d’indices solide en faveur de l’existence réelle d’un martyr militaire nommé Georges, dont la mort a profondément marqué ses contemporains.
    • Le fait que son culte ne se soit jamais interrompu demeure une marque éminente de sa réputation de sainteté.

    En savoir plus

    Georges est l’un des grands héros de la chrétienté médiévale. Cette immense popularité lui a valu, à l’époque moderne, un certain discrédit. Sous l’influence de critiques rationalistes, on a souvent réduit son histoire à un pur récit légendaire. Le saint sauroctone – « tueur de dragon » – a été tourné en dérision. On a voulu voir dans sa légende une simple reprise christianisée de mythes antiques, comme celui de Persée délivrant Andromède du monstre marin, ou encore une image symbolique comparable aux récits d’évangélisateurs celtes, tels Pol Aurélien, triomphant de dragons, qui représentent le paganisme et les forces du mal.

    Cependant, il existe des hypothèses crédibles qui permettent de rendre compte de ces éléments sans les réduire à de pures inventions. Des historiens, notamment dans le monde orthodoxe, évoquent l’existence d’un brigand surnommé « le Dragon », qui aurait ravagé la région où Georges était en poste. Celui-ci l’aurait capturé ou mis hors d’état de nuire. La dépouille du monstre, parfois exhibée, aurait été en réalité un trophée de victoire. Cette lecture donne un fondement historique à un épisode que l’on a trop vite considéré comme une fable.

    En effet, Georges, en raison de son statut d’officier de cavalerie, aurait été envoyé commander un escadron chargé de missions de gendarmerie dans une région allant de la Palestine au sud du Liban. Il semble notamment avoir reçu la charge d’assurer la sécurité des routes et des échanges commerciaux dans cette zone côtière, exposée aux bandes de brigands. Là encore, rien ne contredit les connaissances historiques. Au contraire.

    Avant cela, à l’âge de l’enrôlement, entre seize et vingt ans, il se serait rendu à Nicomédie, alors capitale impériale, pour se présenter directement à l’empereur Dioclétien et lui rappeler qu’il est le fils d’un de ses anciens compagnons d’armes. Le détail peut paraître improbable aux esprits modernes. Il n’en est rien puisque Dioclétien était lui-même un ancien sous-officier sorti du rang, devenu chef du service de sécurité de son prédécesseur, et connu pour sa fidélité envers ses anciens frères d’armes. Cela signifie sans doute que le père de Georges était païen, comme l’empereur, mais qu’il avait épousé une chrétienne syrienne. Ce type de mariage mixte est fréquent et admis à l’époque, surtout en Orient, où les chrétiens sont alors en passe de devenir majoritaires.

    La popularité de saint Georges a été considérable dans toute la chrétienté. Il fut compté parmi les Quatorze saints auxiliaires, invoqués dans les besoins du quotidien, notamment en cas de maladie. Parce qu’il aurait subi le supplice des griffes de fer, qui lacéraient le corps jusqu’à mettre à nu les chairs, il a longtemps été prié pour la guérison des maladies de peau, ce qui lui a valu d’être regardé comme le patron des dermatologues.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Au delà

    C’est surtout comme officier de cavalerie que saint Georges a marqué l’imaginaire chrétien. Contrairement à l’archange Michel, représenté à pied lorsqu’il terrasse le démon, Georges est presque toujours figuré à cheval. Il est ainsi devenu le patron des cavaliers et, au Moyen Âge, celui de la chevalerie. En France, toutefois, ce rôle a été progressivement supplanté par saint Michel pendant la guerre de Cent Ans. Patron de l’Angleterre, saint Georges était alors suspecté de favoriser le camp adverse. Les Français ont donc préféré placer leur confiance sous une autre protection.


    Aller plus loin

    Jacques de Voragine, La Légende dorée, XIIIe siècle.


    En complément

    • Alexandre Machafer, Saint Georges, film biographique, SAJE Distribution, 2025.

    • La vidéo YouTube de Trisagion Films : Saint George the Great Martyr .