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Histoire

  • La vie de saint Pacôme le Grand, Fondateur de la vie monastique communautaire(cénobitique) 292-346

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    De Xavier Lecoeur sur le site du journal La Croix :

    UN SAINT, UNE VIE

    Saint Pacôme le Grand, ensemble vers Dieu

    Qu'y a-t-il de plus fécond qu'une attitude réellement évangélique? C'est parce qu'il avait été touché de la bonté manifestée par des chrétiens à l'égard de conscrits maltraités que Pacôme (ou Pachôme), un Égyptien païen enrôlé de force dans l'armée romaine, décida à son tour de se convertir au Christ.

    Après avoir été relâché, il reçut le baptême vers l'an 313, puis se forma auprès d'un ermite nommé Palamon. Depuis quelques décennies, en effet, nombreux étaient les chrétiens qui, à l'exemple de saint Antoine le Grand, se retiraient au désert afin d'y mener une vie ascétique, dans un face-à-face intégral avec Dieu.

    Tout en vivant seuls, ces anachorètes (ermites) ressentaient souvent le désir de se placer sous la conduite spirituelle d'un ancien, pour bénéficier de son enseignement et de ses conseils. Après l'avoir expérimenté auprès de Palamon, Pacôme devint lui-même un guide pour plusieurs disciples. Mais ayant étudié les Écritures en profondeur, Pacôme avait la nostalgie de l'Église primitive de Jérusalem dans laquelle tous « étaient unis et mettaient tout en commun » (Ac 2, 44). Il eut donc l'idée de rassembler ceux qui venaient à lui en une communauté organisée et fonda, vers l'an 320, un premier monastère à Tabennèse, en Haute-Égypte. Le cénobitisme (du grec koinos bios qui signifie « vie commune ») était né!

    Pour que tous ces hommes réussissent à vivre ensemble et à ne former qu'« un seul esprit et un seul corps », Pacôme rédigea ce qui constitue la première règle monastique chrétienne: il y exhorte les moines non seulement à la chasteté et à la pauvreté déjà pratiquées par les anachorètes, mais aussi à l'obéissance envers leur supérieur. Pacôme prône une ascèse extrêmement rigoureuse, fondée sur le jeûne et les veilles; toutefois, en homme sage et doué de discernement, il proportionne ses exigences aux forces de chacun. Pacôme invite surtout les moines à faire preuve de charité fraternelle dans la vie commune et à méditer continuellement la Parole de Dieu.

    À sa mort, en 346, Pacôme était à la tête de neuf monastères, regroupant plusieurs centaines de moines. Il avait aussi fondé deux monastères de moniales, dont l'un avait été placé sous la direction de sa sœur Marie. Au début du siècle suivant, la règle pacômienne fut traduite en latin par saint Jérôme, ce qui lui permit de se répandre en Occident et d'inspirer de nombreux autres textes, dont la célèbre règle bénédictine. Avec saint Antoine le Grand, saint Pacôme est honoré comme l'un des pères du monachisme, « arbre géant qui a porté des fruits abondants et magnifiques dans le monde entier » (Benoît XVI).

  • Ces dix-neuf martyrs d’Algérie (8 mai), si chers au pape Léon XIV

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Ces dix-neuf martyrs d’Algérie, si chers au pape Léon

    Le meeting que Communion et Libération organise fin août à Rimini, cette année sous le thème « Dans les lieux déserts nous construirons avec des briques neuves », se distingue cette année par une exposition consacrée aux martyrs d’Algérie, par ailleurs évoqués dans un livre qui sortira prochainement à la Libraire éditrice du Vatican.

    Très peu savent que le 8 mai, jour de l’élection du pape Léon, était le jour de la mémoire liturgique propre de ces martyrs et que c’est en Numidie, l’Algérie actuelle, qu’Augustin est né et a vécu, lui dont Léon se définit comme étant son « fils ».

    Et en effet, dans le message qu’il a adressé aux organisateurs de ce meeting, signée par le cardinal-secrétaire d’État Pietro Parolin, il a tenu à mettre cette proximité en lumière :

    « Le Saint-Père a apprécié que l’une des expositions qui caractérisent le meeting de cette année soit consacrée au témoignage des martyrs de l’Algérie. En eux resplendit la vocation de l’Église à habiter le désert en profonde communion avec toute l’humanité, en surmontant les murs de la méfiance qui opposent les religions et les cultures, dans l’imitation intégrale du mouvement d’incardination et de don de soi du Fils de Dieu. C’est ce chemin de présence et de simplicité, de connaissance et de ‘dialogue de la vie’ qui est la véritable voie de la mission. Non pas une exhibition de soi, dans l’opposition des identités, mais le don de soi jusqu’au martyre de ceux qui adorent, jour et nuit, dans la joie et dans les tribulations, Jésus comme seul Seigneur ».

    Les martyrs d’Algérie dont on célèbre la mémoire sont les dix-neuf personnes représentées sur l’icône reproduite ci-dessus, peinte par sœur Odile, une religieuse des Petites Sœurs de Nazareth, tous massacrés entre 1994 et 1996, au plus fort de la « décennie noire » de la guerre civile qui fit 150 000 morts en Algérie.

    Il y avait parmi eux un évêque, Pierre-Lucien Claverie, un Dominicain pied-noir, c’est-à-dire un Français né en Algérie, du diocèse d’Oran, abattu le 1er août 1996 en compagnie de son ami et chauffeur musulman Mohamed Bouchikhi, représenté lui aussi sur l’icône, le seul sans auréole.

    Parmi ces dix-neuf martyrs, il y les plus connus : les sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, sur les contreforts de l’Atlas, enlevés avec leur prieur Christian de Chergé la nuit du 26 au 26 mars 1996 et déclarés morts le 21 mai suivant quand leurs corps décapités furent retrouvés près de Médéa. Leur histoire a été retracée dans le film « Des hommes et des dieux » réalisé par Xavier Beauvois, primé au festival de Cannes en 2010 et à présent projeté au meeting de Rimini.

    Mais la mémoire et la vénération s’adresse également aux quatre « pères blancs » — ces missionnaires d’Afrique fondés aux XIXe siècle par l’évêque et cardinal d’Alger Charles Lavigerie – tués à Tizi Ouzou ; aux deux sœurs vêtues de blanc missionnaires de Notre-Dame des Apôtres ; aux deux sœurs missionnaires augustiniennes tuées en compagnie d’une Petite Sœur de Charles de Foucauld ; et enfin au frère mariste gardien d’une bibliothèque et à la religieuse des Petites Sœurs de l’Assomption abattue avec lui, représentée à genoux sur l’icône.

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  • Centesimus Annus à 35 ans

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    De George Weigel sur le CWR :

    Centesimus Annus à 35 ans

    Jean-Paul II a utilisé  Rerum Novarum et la tradition encyclique sociale papale qu'elle a inspirée comme base intellectuelle pour envisager l'avenir.

    Le pape Jean-Paul II lors d'une audience papale en juillet 1985 sur la place Saint-Pierre. (© James G. Howes/Wikipedia)
    Il y a trente-cinq ans, le pape Jean-Paul II publiait son encyclique sociale la plus aboutie,  Centesimus Annus ; son titre signalait l'intention de l'auteur d'honorer le centenaire de l'encyclique de Léon XIII de 1891,  Rerum Novarum , qui a inauguré le magistère social papal moderne.

    Pourtant  , Centesimus Annus , tout en rendant un hommage appuyé aux réflexions toujours pertinentes de Léon XIII, était bien plus qu'une simple digression nostalgique du pape. Jean-Paul II s'est appuyé sur  Rerum Novarum et la tradition des encycliques sociales papales qu'elle a inspirées comme socle intellectuel pour envisager l'avenir, proposant ainsi certains prérequis moraux et culturels à la société libre et vertueuse du XXIe siècle.

    Centesimus Annus invitait à repenser la liberté politique et économique – la démocratie et le marché – comme bien plus que de simples mécanismes. La démocratie et le marché, insistait le pape, ne sont pas des machines qui fonctionnent d'elles-mêmes. En l'absence de citoyens vertueux, avertissait-il, la liberté politique et économique se décomposerait en diverses formes de licence et d'excès, entravant ainsi le bon fonctionnement de la gouvernance démocratique et du marché libre.

    Jean-Paul II concevait ainsi la société libre de demain comme un ensemble de trois composantes interdépendantes, et non de deux seulement. Une culture morale publique dynamique, inculquant et soutenant les vertus qui permettent de bien vivre la liberté, était essentielle pour guider le fonctionnement de la politique et de l'économie libres. Il incombait à l'Église de façonner cette culture morale publique par son enseignement et son témoignage.

    En 1991, il semblait que la tradition séculaire de la doctrine sociale papale se poursuivrait au-delà de  Centesimus Annus, en approfondissant les intuitions de Jean-Paul II à la lumière des réalités du XXIe siècle. Ce fut en partie le cas : Benoît XVI a judicieusement enrichi le vocabulaire de la doctrine sociale de l’Église catholique en y intégrant la notion d’« écologie humaine » – un environnement public propice à l’épanouissement personnel et à la solidarité sociale. Ce faisant, il a approfondi l’enseignement de Jean-Paul II sur la priorité de la culture dans la construction de communautés politiques et de systèmes économiques où la liberté peut être vécue dignement et non grossièrement.

    Cependant, dans l'ensemble, les enseignements sociaux de Benoît XVI et de François étaient plus ponctuels ; ils ne s'appuyaient pas sur ce que l'on pourrait considérer comme « l'échafaudage intellectuel » qui avait été érigé, couche par couche, de  Rerum Novarum à Centesimus Annus en passant par Quadragesimo Anno de Pie XI (écrit pour le quarantième anniversaire de l'encyclique de Léon XIII) .

    Ainsi, avec le recul de trente-cinq ans, Centesimus Annus apparaît moins comme l'ouverture d'un nouveau chapitre dans un magistère social papal en évolution, construit selon la même architecture de principes, et plus comme le chapitre final de la doctrine sociale catholique dans sa forme classique.

    Quelle que soit l'évolution future de la tradition de la doctrine sociale papale, cette évolution ferait bien de prendre au sérieux l'une des vérités immuables de Centesimus Annus : l'analyse incisive de Jean-Paul II sur les raisons de l'effondrement du projet communiste lors de la révolution de 1989.

    Le communisme a échoué pour de nombreuses raisons, bien sûr. Il reposait sur une économie absurde. Il a engendré des formes politiques cruelles, voire mortelles. La culture communiste était laide, voire banale. Mais surtout, le communisme a mal interprété la nature humaine : Marx, Engels, Lénine et toute cette triste bande ont mal compris qui nous sommes, d’où nous venons, comment construire d’authentiques communautés solidaires et quel est notre destin ultime. Ces quatre erreurs découlent de l’athéisme du communisme. Comme l’écrivait Jean-Paul II au paragraphe 22 de  Centesimus Annus :

    …la véritable cause [de l’effondrement du communisme] était le vide spirituel engendré par l’athéisme, qui [ne pouvait satisfaire]… le désir de bonté, de vérité et de vie présent dans chaque cœur humain… Le marxisme avait promis d’extirper le besoin de Dieu du cœur humain, mais les résultats ont montré qu’il est impossible d’y parvenir sans plonger le cœur lui-même dans le chaos.

    La tentative de créer une utopie sans Dieu a abouti à la profanation de l'homme et à un massacre humain sans précédent. Ce qui signifie qu'il ne peut y avoir d'authentique « écologie humaine » capable de soutenir des sociétés de liberté sans reconnaître ce qu'écrivait saint Augustin lorsqu'il résumait sa propre quête de la vérité, il y a dix-sept siècles : « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. »

    Ce désir ardent de rencontrer le divin est inscrit dans la condition humaine.  Centesimus Annus l'a proclamé avec audace , tandis que Jean-Paul II analysait les signes des temps à la fin du XXe siècle. Il doit être proclamé avec la même audace aujourd'hui.


    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • Des chercheurs polonais clarifient et défendent le bilan du cardinal Karol Wojtyła en matière d'abus sexuels commis par des membres du clergé.

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    De Filip Mazurczak sur le CWR :

    Des chercheurs polonais clarifient et défendent le bilan du cardinal Karol Wojtyła en matière d'abus sexuels commis par des membres du clergé.

    « Comparée à la plupart des autres évêques de la Pologne communiste et probablement à une grande partie du monde de l'époque, la réaction de Wojtyła face aux abus sexuels a été exemplaire », déclare le journaliste et canoniste Tomasz Krzyżak.

    Au fil des années, des accusations récurrentes ont été formulées dans les médias en Pologne et ailleurs selon lesquelles le cardinal Karol Wojtyła, le futur pape Jean-Paul II, aurait couvert des cas d'abus sexuels commis par des membres du clergé et aurait même transféré des prêtres accusés d'une paroisse à l'autre.

    Mais Tomasz Krzyżak, expert en droit canonique et journaliste ayant mené des recherches à l'Institut polonais de la mémoire nationale et dans les archives récemment ouvertes de l'archidiocèse de Cracovie, conteste ces affirmations. Il affirme que le futur pape saint Jean-Paul II « a traité les abus sexuels avec sérieux, a appliqué les dispositions du droit canonique et n'a jamais rien dissimulé ».

    Krzyżak prépare un doctorat en droit canonique à l'Université Cardinal Stefan Wyszyński de Varsovie. Depuis 2024, il préside la Commission pour l'explication et la résolution des problèmes sensibles, notamment les abus sexuels, au sein du diocèse de Sosnowiec. Il est également rédacteur du supplément  hebdomadaire Plus-Minus du  quotidien Rzeczpospolita .

    Le cardinal Karol Wojtyła a été archevêque de Cracovie de 1964 à 1978. Krzyżak et son collègue Piotr Litka ont étudié la réaction de Wojtyła face à plusieurs prêtres de son diocèse accusés d'abus sexuels sur mineurs ; des articles basés sur leurs recherches ont été publiés ces dernières années dans Plus-Minus .

    L'un de ces cas concernait le père Eugeniusz Surgent, originaire du diocèse de Lubaczów mais exerçant dans l'archidiocèse de Cracovie. La curie de Wojtyła fut informée pour la première fois des accusations d'abus à son encontre en 1969, à la réception d'une lettre anonyme.

    « À l'époque, les lettres anonymes adressées aux évêques étaient jetées à la poubelle », raconte Krzyżak. Pourtant, la curie de Cracovie lut celle-ci, et Wojtyła envoya Surgent se faire examiner par un psychiatre. Une telle réaction était « extraordinaire », affirme Krzyżak. L'évaluation du psychiatre ne mentionna rien de l'orientation sexuelle de Surgent, mais évoqua sa personnalité psychopathique et manipulatrice ; aucune autre accusation d'attentat à la pudeur ne fut portée à ce moment-là. Deux ans plus tard, Surgent devint curé de la paroisse rurale de Sól-Kiczora. Après une visite pastorale, l'évêque auxiliaire Albin Małysiak revint à Cracovie avec un rapport élogieux.

    Suite à des plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs commises par Surgent, l'archidiocèse de Cracovie a ouvert une enquête en 1973. À la suite de ces plaintes, Wojtyła a démis Surgent de ses fonctions à Sól-Kiczora et lui a interdit d'entendre les confessions ; cinq jours plus tard, il a été expulsé de l'archidiocèse.

    Surgent fut arrêté par la suite. Après sa libération, le cardinal Wojtyła lui interdit d'exercer son ministère sacerdotal dans son archidiocèse. En réponse à une carte de Noël envoyée par l'agresseur, le cardinal Wojtyła lui adressa une lettre lui rappelant les sanctions et diffusa une circulaire aux vicaires et recteurs des paroisses de Cracovie, les implorant de « ne pas permettre à [Surgent] d'exercer ses fonctions sacerdotales ».

    En 1975, l'évêque Marian Rechowicz, administrateur apostolique de Lubaczów, écrivit à Wojtyła pour lui demander d'imposer de nouvelles sanctions à Surgent. Le cardinal envoya le prêtre pénitent dans un monastère à Gostyń. Là, Surgent ne pouvait ni administrer les sacrements ni exercer la fonction de catéchiste, mais devait se consacrer aux travaux manuels du monastère.

    En 1978, quelques mois avant l'élection de Wojtyła comme pape, les Oratoriens de Gostyń écrivirent que le comportement de Surgent était « bon » et demandèrent au cardinal l'autorisation de prêcher la Parole de Dieu et d'entendre les confessions. Wojtyła y consentit. « Avec le recul, nous savons que c'était une erreur », déclare Krzyżak. « À l'époque, cependant, même les psychologues n'avaient pas conscience de l'ampleur du traumatisme vécu par les victimes d'abus ni de la difficulté à soigner de tels troubles sexuels. »

    Un autre coupable au sein de l'archidiocèse de Wojtyła était le père Józef Loranc. En 1970, lorsque Wojtyła apprit que le prêtre avait abusé de jeunes filles mineures, le futur pape convoqua Loranc à la curie. Loranc avoua sa culpabilité, et Wojtyła le suspendit et l'envoya dans un monastère pour une retraite pénitentielle. Quelques jours plus tard, Loranc fut arrêté.

    À sa sortie de prison, le tribunal ecclésiastique de Cracovie décida, conformément au droit canonique, de ne pas infliger de peine supplémentaire à Loranc, celui-ci ayant déjà été condamné par le droit civil. Pourtant, dans une lettre adressée à Loranc, Wojtyła écrivit que la décision du tribunal « n'efface ni votre crime ni votre culpabilité ». En 1971, le chancelier de la curie de Cracovie écrivit à la Cour suprême de Pologne qu'après sa libération, Loranc « ne pourrait plus exercer son ministère sacerdotal » et que « son emploi comme catéchiste ne serait jamais envisagé ».

    En 1971, Wojtyła envoya Loranc dans un monastère de Zakopane, où il recopia des manuscrits liturgiques. Le prêtre fut interdit d'administrer les sacrements et d'enseigner la religion. Finalement, après avoir fait preuve d'une conduite exemplaire pendant plusieurs années, il fut autorisé à entendre les confessions, à célébrer la messe et devint même aumônier d'hôpital à Chrzanów, mais il ne fut jamais autorisé à travailler auprès des jeunes comme catéchiste.

    Krzyżak relève les lacunes du droit canonique, qui a permis de telles mesures, mais souligne que, en tant que pape, Jean-Paul II a promulgué un nouveau code de droit canonique en 1983. Il note que le code de 1917 autorisait la destitution des prêtres pour diverses infractions, mais qu'aucune n'était liée aux abus sexuels.

    Par ailleurs, le Code 1395 §2 du code révisé de Jean-Paul II stipule que les prêtres qui commettent des « infractions contre le sixième commandement » avec des mineurs de moins de seize ans doivent « être punis de justes peines, n’excluant pas la destitution de l’état clérical ».

    Krzyżka met également en lumière le document historique de Jean-Paul II de 2001, Sacramentorum sanctitatis tutela , rédigé en étroite collaboration avec le cardinal Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI et alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

    Ses normes procédurales ont étendu le délai de prescription et porté à dix-huit ans l'âge de la majorité pénale pour le crime canonique d'abus sexuel sur mineur. Peu après la publication de ce document, la Congrégation a reçu l'autorisation de suspendre le délai de prescription dans certains cas, ce qui est impossible en droit civil.

    Les recherches de Tomasz Krzyżak montrent clairement que le cardinal Wojtyła n'a jamais ignoré les abus sexuels dans son diocèse et a toujours puni les prêtres coupables, même si certaines décisions étaient imparfaites au regard des connaissances psychologiques de l'époque. De plus, durant son pontificat, il a renforcé les procédures de l'Église afin de mieux protéger les victimes.

    « Comparée à la plupart des autres évêques de la Pologne communiste et probablement à une grande partie du monde de l'époque, la réaction de Wojtyła face aux abus sexuels a été exemplaire », conclut Krzyżak.

     
    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l' European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • La communauté des jésuites de Liège bientôt fermée

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    Après Mons, Charleroi, Verviers..., c'est à présent la communauté jésuite de Liège qui va fermer ses portes. Cette page qui se tourne ne devrait pas laisser indifférents tous ceux qui ont été formés par les "bons pères" au Collège Saint-Servais. C'est sans doute une fatalité à laquelle on a du mal à se résigner mais la réalité est là avec des vocations qui se raréfient et des effectifs qui vieillissent... On ne peut pourtant que déplorer l'extinction de ces communautés dont l'enseignement a produit tant de fruits chez de nombreuses générations d'élèves mais qui ont aussi participé à la vie intellectuelle et culturelle des cités où elles étaient établies. Faut-il considérer que leur disparition est aussi un des fruits du "nouveau printemps de l'Eglise" ?

    De Vincent Delcorps sur cathobel :

    Les jésuites s’apprêtent à fermer une nouvelle communauté en Belgique…

    Les communautés jésuites belges francophones appartiennent à la Province d'Europe Occidentale Francophone (EOF). Le provincial, le Belge Thierry Dobbelstein, a pris la décision de fermer la communauté de Liège. "Mais la tradition pédagogique jésuite continue", insiste-t-on.

    Le 13 juin prochain sera une date importante pour la Compagnie de Jésus: ce jour-là, un temps d'action de grâce se tiendra pour rendre hommage aux jésuites qui, au fil des siècles, ont assuré une présence dans la ville de Liège. Dans la foulée, la communauté de Liège sera fermée.

    Une présence séculaire

    C'est loin dans le passé qu'il faut se plonger pour trouver trace des premiers jésuites dans la Cité ardente. "Pierre Canisius [religieux néerlandais, l'un des premiers membres de la Compagnie de Jésus, ndlr] y résida un certain temps et un collège fonctionnait en 1582"relit André Moreau, actuel supérieur de la communauté. "En 1616, les jésuites anglais en exil y fondèrent le 'Collège des Anglais'. Saint Servais, premier évêque de la principauté de Liège, fut choisi comme patron d’un collège que les jésuites reprirent en 1838. En 1892, fut créé le collège Saint-Louis, avec une église riche en fresques de saints jésuites."

    Au fil des siècles, et jusqu'à aujourd'hui, la mission des jésuites dans la ville s'est particulièrement exprimée dans trois types d'engagement : l'éducation (en particulier à travers l'Institut Gramme et le Centre scolaire Saint-Benoît-Saint-Servais), la mission spirituelle et l'engagement social.

    Un temps d'action de grâce

    Le 13 juin, l'invitation est large: élèves, anciens élèves, membres du corps enseignant, habitués de l’espace Loyola et fidèles de la chapelle Saint-Joseph... Tous sont invités à rendre grâce. A 18h, une messe d'action de grâce se tiendra en l'église Saint-Christophe. S'ensuivra une séance académique ("L’éducation jésuite d’hier à demain – Plus de 450 ans d’histoire à Liège") au 104 de la Rue Saint-Gilles.

    Si les jésuites s'apprêtent à quitter Liège, "la tradition pédagogique jésuite continue", insiste-t-on dans les rangs de la Province EOF.

    Encore six communautés

    La fermeture de la communauté jésuite de Liège intervient cinq ans après la fermeture de la communauté jésuite de Charleroi. Les jésuites restent toutefois encore bien implantés en Belgique francophone. Ils seront ainsi encore présents à Bruxelles (Saint-Michel, La Viale et La Colombière), Namur (Communauté Notre-Dame de la Paix), Wépion (La Pairelle), et Louvain-la-Neuve.

  • Quarante-deux pages des Lettres de saint Paul retrouvées; « Une découverte tout simplement monumentale »

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    D'Anne van Merris sur zenit.org :

    L'imagerie multispectrale a été utilisée pour reconstituer les 42 pages des Lettres de saint Paul © emelibrary.org

    L'imagerie multispectrale a été utilisée pour reconstituer les 42 pages des lettres de saint Paul © Emelibrary.Org

    42 pages des Lettres de saint Paul retrouvées « Une découverte tout simplement monumentale »

    5 mai 2026

    Une équipe internationale de chercheurs, conduite par l’université de Glasgow, en Écosse, a annoncé ce 24 avril 2026 avoir réussi à reconstruire 42 pages perdues d’un ancien manuscrit grec du Nouveau Testament, le Codex H.

    Ce manuscrit est une copie des Lettres de saint Paul de Tarse datant du 6e siècle. Il a été démantelé au 13e siècle dans le monastère de la Grande Laure, sur le mont Athos, en Grèce. Les textes ont alors été réécrits à l’encre et les pages réutilisées comme matériau de reliure et de feuillets de garde pour de nombreux autres manuscrits. Puis des fragments ont été dispersés dans des bibliothèques en Italie, en Grèce, en Russie, en Ukraine et en France.

    Les Lettres de saint Paul étaient originellement organisées différemment © AED gla.ac.uk / Damianos Kasotakis

    Les Lettres de saint Paul étaient originellement organisées différemment © gla.ac.uk / Damianos Kasotakis

    Pour le professeur Garrick Allen, qui a supervisé l’équipe de scientifiques, cette découverte « est née d’un élément essentiel : nous savions qu’à un moment donné, le manuscrit avait été réécrit à l’encre. Les produits chimiques contenus dans la nouvelle encre ont provoqué des dommages par décalage sur les pages en vis-à-vis, créant ainsi une image en miroir du texte sur la feuille opposée – laissant parfois des traces sur plusieurs pages, à peine visibles à l’œil nu, mais très nettes grâce aux techniques d’imagerie les plus récentes ».

    Les chercheurs ont donc utilisé l’imagerie multispectrale afin de reconstituer le texte « fantôme », qui n’existe plus physiquement. Pour garantir l’exactitude historique, ils ont collaboré avec des experts français et ont pu effectuer une datation au radiocarbone, confirmant l’origine exacte de ce parchemin du 6e siècle.

    Le professeur Allen poursuit : « Étant donné que le Codex H est un témoin si important pour notre compréhension des Écritures chrétiennes, la découverte de nouvelles preuves – et a fortiori d’une telle quantité – de son apparence originale est tout simplement monumentale. »

    Ces textes nouvellement dévoilés offrent ainsi des données précieuses sur la façon dont les premiers chrétiens lisaient et transmettaient les Écritures. Ils révèlent également que l’organisation originelle des Lettres de saint Paul diffère de leur division actuelle.

    Une nouvelle édition imprimée du Codex H paraîtra prochainement, et une édition numérique est disponible gratuitement en anglais, rendant ces pages accessibles au public et aux chercheurs pour la première fois depuis des siècles.

    42 pages des Lettres de saint Paul retrouvées | ZENIT - Français

  • Saint Pierre Nolasque (6 mai) et Notre-Dame de la Merci

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    456px-10.jpgNotre-Dame de la Merci  (missel.free.fr)

    Historique

    Dans l’expression Notre-Dame de la Merci, le mot Merci traduit l’espagnol merced qui signifie grâce, ou le latin merces qui signifie rançon. A l’origine de l’Ordre des Mercédaires[1] qui s’occupèrent de racheter les chrétiens captifs des musulmans, Notre-Dame apparut à saint Pierre Nolasque[2], à saint Raymond de Penyafort[3] et au roi Jacques I° d’Aragon[4].

    Au milieu de la nuit du 1° août 1218, alors que l’Eglise célébrait la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, la vierge Marie, accompagnée d’anges et de saints, apparut à saint Pierre Nolasque et lui dit : Mon fils, je suis la Mère du Fils de Dieu qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l’exemple de mon Fils, donner leur vie pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C’est un sacrifice qui lui sera très agréable. Je désire donc que l’on fonde en mon honneur un Ordre dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s’il est nécessaire, pour ceux qu’ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l’oraison tu me priais avec des larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils qui, pour ta consolation et pour l’établissement de cet Ordre sous mon nom, m’a envoyée du ciel vers toi. Saint Pierre Nolasque répondit : Je crois d’une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile au milieu des ennemis de votre divin Fils et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ? Et Notre-Dame de lui répondre : Me crains rien, Pierre, je t’assisterai dans toute cette affaire et, pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l’exécution de ce que je t’ai annoncé et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue. En disant cela, la Vierge disparut.

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  • ESPAGNE - « Je ne crains rien. Tu es avec moi » : le documentaire sur les carmélites martyres de Guadalajara et leur témoignage de foi

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    ESPAGNE - « Je ne crains rien. Tu es avec moi » : le documentaire sur les carmélites martyres de Guadalajara et leur témoignage de foi

    3 mai 2026  
     

    Guadalajara (Agence Fides) – « Je ne crains rien. Tu es avec moi » : telle est la devise qui donne son titre au documentaire « Tu es avec moi : les martyres carmélites de Guadalajara », présenté samedi 2 mai sur la chaîne YouTube de HM Televisión.

    La date choisie coïncide avec l’anniversaire de l’entrée, le 2 mai 1925, de la bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus et de Saint Jean de la Croix au monastère de San José de Guadalajara. La religieuse fut assassinée le 24 juillet 1936 avec les bienheureuses María Pilar de San Francisco de Borgia et María Ángeles de San José, dans le contexte de la persécution religieuse au début de la guerre civile espagnole.

    Le documentaire présente le témoignage de vie et de foi des trois carmélites déchaussées, considérées comme des exemples de sainteté, de fidélité et de pardon. D’après les recherches menées, la cause de leur mort fut clairement la haine envers la foi.

    La vidéo rassemble les interventions de plusieurs experts. Don Fernando Moral Acha, vice-directeur du Bureau des causes des saints de la Conférence épiscopale espagnole, souligne : « Les martyrs ne sont pas seulement une vie, une mort, une chronologie de faits, mais un véritable témoignage de vie ». De son côté, Don Jorge López Teulón, postulateur des causes des martyrs de la persécution religieuse de 1934-1939, met en évidence l’ampleur de ces événements : « Ce qui s’est passé en Espagne a été la plus grande persécution de l’histoire de l’Église sur la plus courte période : en seulement six mois, douze évêques, un administrateur apostolique, plus de 4 000 prêtres et plus de 3 000 religieux ont perdu la vie de manière violente ». Par ailleurs, Antonio Benéitez Domínguez, OCD, prieur du couvent de San Benito el Real à Valladolid, présente ces trois femmes comme « un modèle de réponse à l’appel de Dieu » ; enfin, sœur Humildad Blanco Ortega, Carmélite servante de la Sainte Famille, rappelle que « la vie d’un martyr ne s’improvise pas, mais se prépare jour après jour ».

    On y trouve également des témoignages liés au monastère de Guadalajara, notamment celui d’une carmélite déchaussée de la communauté et de proches des bienheureuses. Parmi les témoignages les plus marquants figure également le récit de la conversion de l’un des responsables du martyre des religieuses.

    Les trois religieuses font partie du groupe des martyrs tués lors des vagues de violence qui se sont abattues sur les communautés catholiques en Espagne dans les années 1930. Elles furent les premières victimes de cette période à être béatifiées par le pape Jean-Paul II le 29 mars 1987. Dans le même esprit, le 27 avril dernier, le Souverain Pontife a autorisé de nouveaux décrets sur le martyre de Stanislao Ortega García et de 48 compagnons, ainsi que du prêtre Emanuele Berenguer Clusella, eux aussi tués en 1936 par haine de la foi. (Agence Fides 03/5/2026)

  • Quand Léon XIV reconnaît 49 nouveaux martyrs catholiques de la guerre civile espagnole

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    De Rafael Pinto Borges sur The European Conservative :

    Léon XIV reconnaît 49 nouveaux martyrs catholiques de la guerre civile espagnole

    Le moment choisi pour ces nouvelles reconnaissances suggère que Leo suit de près ce qui se passe en Espagne — et signale que ni les exactions anticatholiques du passé ni celles du présent ne seront ignorées.

    Derrière ce mur de romantisme de gauche se cachait une réalité bien plus amère. La République n'était pas une démocratie sans défense ravagée par les loups du fascisme ; c'était un régime brutal, contrôlé par les communistes, qui avait volé les élections législatives de 1936 à la droite et perpétré ce qui a été décrit comme « le plus grand bain de sang anticlérical que l'Europe ait jamais connu ». En effet, comme l'explique Mary Vincent dans * The Splintering of Spain: Cultural History and the Spanish Civil War, 1936-1939 *, « cette violence extraordinaire a coûté la vie à 4 184 prêtres et séminaristes, dont douze évêques, 2 365 moines et frères et 283 religieuses… Après à peine deux mois de guerre civile, 3 400 prêtres, moines et religieuses avaient été assassinés. »

    L'Église n'a jamais oublié les horreurs de la « Terreur rouge » en Espagne ni les montagnes d'ossements de chrétiens laissées par les communistes. Le processus de béatification des milliers de martyrs catholiques victimes de la persécution républicaine a débuté sous le pape Jean-Paul II en 1987. En décembre dernier, quelque 2 255 martyrs espagnols avaient été béatifiés. Environ 2 000 autres sont en cours d'examen et, espérons-le, en passe d'être béatifiés. 

    Mais la décision du pape Léon XIV de béatifier ces 49 derniers Espagnols intervient à un moment délicat dans les relations entre le gouvernement socialiste de Madrid et le Saint-Siège. En tant que Premier ministre, Pedro Sánchez s’est donné pour mission personnelle de purger la mémoire historique espagnole des Nacionales, la coalition de droite qui a renversé la République tyrannique et philocommuniste en 1939. En 2019, Sánchez a fait exhumer le corps de Francisco Franco Bahamonde, chef des Nacionales et vainqueur de 1939, de sa tombe dans l’imposante basilique du Valle de los Caídos, dans la Sierra de Guadarrama. 

    L'argument avancé à l'époque était que Franco lui-même n'avait pas péri pendant la guerre et que le monument – ​​conçu par le Généralissime comme un symbole de réconciliation nationale et abritant les dépouilles de quelque 34 000 victimes du conflit – ne devait accueillir que les corps des victimes directes de la guerre. Bien entendu, il s'agissait d'un prétexte fallacieux : en 2023, Sánchez a fait retirer de la même manière le corps de José António Primo de Rivera du site. Primo de Rivera, chef de la Phalange espagnole des JONS (Famille espagnole des soldats), mouvement d'extrême droite, a été assassiné par les Républicains le 20 novembre 1936. Il était, incontestablement, une victime de la guerre.

    Mais Sánchez n’en a pas encore fini avec sa mesquine vengeance. Il en veut toujours plus. Depuis quelques années, il se consacre à la « redéfinition » de la Vallée des morts en un grand monument à l’antifascisme. Il a fait changer son nom en Vallée de Cuelgamuros et a fait tout ce qui était en son pouvoir pour expulser les moines qui occupent encore une abbaye bénédictine sur le site. Les projets du gouvernement visant à transformer la Vallée entraîneraient la destruction d’une partie importante de celle-ci, y compris de magnifiques œuvres d’art.

    La seule raison pour laquelle les plans de Sánchez visant à s’emparer de l’abbaye n’ont pas encore abouti est le courage admirable de l’Église espagnole, qui s’est jusqu’à présent battue bec et ongles contre les intentions du gouvernement de « désacraliser » la Vallée. Malgré ce courage, il est désormais clair que Sánchez est un cynique au cœur de tyran ; rien ne l’arrêtera pour satisfaire ses désirs. C’est pourquoi l’ONG conservatrice Hazte Oir, qui a qualifié les projets de Sánchez pour le site de « terrifiants », supplie le pape d’intervenir directement pour défendre l’abbaye, ses moines et la Vallée elle-même, consciente que seul le pouvoir de la papauté peut véritablement arrêter Sánchez.

    Il reste à voir si Rome, en fin de compte, soutiendra les moines martyrs de la Vallée. Sánchez lui-même semble croire que le pape se battra. En 2023, Mgr Erik Varden, considéré comme proche de Léon XIV, s'est rendu à l'abbaye. Par ailleurs, le gouvernement a fixé la visite papale de juin comme date butoir pour présenter officiellement ses plans de désacralisation et de transformation de la Vallée, cherchant manifestement à mettre Léon XIV devant le fait accompli. Le calendrier de ces nouvelles reconnaissances de martyre suggère que Léon XIV suit de près la situation en Espagne et indique clairement qu'il ne passera sous silence ni les abus anti-catholiques du passé ni ceux du présent.

    Rafael Pinto Borges est le fondateur et président de Nova Portugalidade, un think tank conservateur et patriotique basé à Lisbonne. Politologue et historien, il a collaboré à de nombreuses publications nationales et internationales. Vous pouvez le retrouver sur X sous le pseudo @rpintoborges.
  • Les mystères de L'Imitation de Jésus-Christ

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    De sur le CWR :

    Les mystères de L'Imitation de Jésus-Christ

    Pourquoi  L'Imitation de Jésus-Christ est  -elle restée si populaire pendant des siècles ? Pourquoi les saints l'ont-ils recommandée ? Et qui l'a écrite ?

    Détail de « Thomas à Kempis sur le mont Sainte-Agnès » (1569), d'un artiste inconnu. (Image : Wikipédia)
    Hormis la Bible,  l'Imitation de Jésus-Christ est considérée comme l'ouvrage de dévotion le plus lu au monde. Sa popularité est restée remarquable depuis sa première publication aux Pays-Bas il y a cinq siècles, et elle a été traduite dans presque autant de langues que la Bible elle-même. (...).

    Pourquoi  L'Imitation de Jésus-Christ est-elle restée si populaire pendant des siècles ? Pourquoi les saints l'ont-ils recommandée ? Et qui l'a écrite ?

    Qui était Thomas à Kempis ?

    Initialement publiée anonymement, l'Imitation de Thomas a Kempis fut longtemps considérée comme son auteur . Cependant, au XVIIe siècle, un vif débat opposa divers érudits, qui proposèrent d'en attribuer la paternité à des auteurs spirituels français, allemands et italiens. Finalement, s'appuyant sur les témoignages de plusieurs personnes crédibles¹ et sur un manuscrit contemporain portant le nom de Kempis², les érudits conclurent que Thomas a Kempis était bien le véritable auteur de  l'Imitation.

    Thomas à Kempis naquit à Kempen, en Allemagne, en 1380. Son père était forgeron et sa mère institutrice. À l'âge de douze ans, il accompagna son frère aîné Johann à Deventer, aux Pays-Bas, pour y étudier.

    À Deventer, Thomas rencontra des membres des Frères de la Vie Commune, une communauté religieuse fondée par un prédicateur populaire du nom de Gerard Groote. Diacre, Groote insistait sur la dévotion personnelle et encourageait une approche pratique de la spiritualité. Il fonda des communautés pour hommes et pour femmes. Les membres travaillaient pour subvenir à leurs besoins, vivaient en communauté et s'efforçaient de mener une vie de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Chaque communauté suivait un emploi du temps quotidien de prière et de travail, semblable à celui des monastères, bien que les membres ne prononçaient pas de vœux formels.

    Les disciples de Groote avaient fondé une communauté à Zwolle. Ils suivaient la structure des chanoines réguliers augustins, mais aussi la règle de vie des Frères de la Vie Commune. Johann, le frère aîné de Thomas, était membre de cette congrégation et prieur à Zwolle. Aussi, lorsque Thomas, âgé de dix-neuf ans, eut terminé ses études, il alla lui rendre visite et décida de les rejoindre.

    Comme les autres membres de sa communauté, Thomas se vit confier la tâche fastidieuse mais essentielle de copier des livres. De son vivant, il copia la Bible en entier à quatre reprises. Il devint chanoine régulier augustinien peu après son arrivée dans la communauté, mais dix ans s'écoulèrent avant son ordination sacerdotale. Il exerça la fonction de sous-prieur de sa communauté à Zwolle pendant de nombreuses décennies.

    Thomas mourut vers l'âge de quatre-vingt-dix ans, le 1er mai 1471. La légende raconte que sa cause de canonisation est bloquée depuis des siècles car son corps, exhumé, portait des traces indiquant qu'il avait été enterré vivant et qu'il avait tenté de s'échapper de son cercueil. On suppose qu'il aurait alors désespéré de la miséricorde divine.

    Cela paraît peu probable, car les personnes de quatre-vingt-dix ans sont généralement conscientes de l'inéluctable passage de la mort. Que cette légende concernant Thomas ait ou non un fondement réel, elle constitue un prétexte peu convaincant pour retarder la canonisation d'un homme considéré comme un saint homme de son vivant. Une explication plus plausible de ce retard est présentée ci-dessous.

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  • Athanase, un évêque dans la tourmente (2 mai)

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    (Source) Athanase, né vers 295, connut dans son enfance les dernières persécutions. Il était sans doute déjà diacre de l'évêque Alexandre d'Alexandrie lorsqu'il écrivit le « Contra gentes et de incarnatione Verbi » qui est à la fois une apologie contre les païens et un exposé des motifs de l'Incarnation. Diacre, il accompagna au concile de Nicée (325) son évêque auquel il succéda en juin 328.

    Énergique, intelligent et instruit, il visita entièrement tout son diocèse fort agité par les hérétiques ariens et mélétiens. Après avoir deux fois refusé à l'empereur Constantin de recevoir Arius, il dut se disculper des accusations des mélétiens à Nicomédie (332) et à Césarée de Palestine (333). Refusant une troisième fois de réconcilier Arius, Athanase fut cité à comparaître devant le concile de Tyr (335) d'où, n'ayant trouvé que des ennemis, il s'enfuit à Constantinople pour plaider sa cause devant l'Empereur qui le condamna à l'exil.

    Pendant qu'Athanase, déposé par le concile de Tyr, était en exil à Trêves, les troubles étaient si forts à Alexandrie qu'on n'osa pas lui nommer un successeur. Après la mort de Constantin Ier (22 mai 337), Constantin II le rendit à son diocèse (17 juin 337) où il arriva le 23 novembre 337. Les ariens élurent Grégoire de Cappadoce qui, avec l'appui du préfet d'Égypte, s'empara des églises d'Alexandrie qu'Athanase dut quitter (mars 339).

    Réfugié à Rome, il fut réhabilité par un concile réuni sous le pape Jules Ier mais il dut attendre la mort de son compétiteur et l'amnistie de l'empereur Constance pour rentrer dans son diocèse (21 octobre 346). Constance reprit les hostilités contre Athanase qui fut de nouveau chassé d'Alexandrie (356) et dut se réfugier dans la campagne égyptienne jusqu'à la mort de l'Empereur dont le successeur, Julien, rappela immédiatement les exilés (361).

    Rentré le 21 février 362, Athanase fut encore condamné à l'exil le 23 octobre 362 mais Julien ayant été tué dans la guerre contre les Perses (26 juin 363), son successeur, Jovien, vrai catholique, le rappela. Jovien mourut accidentellement (février 364) et son successeur, Valens, arien, chassa de nouveau Athanase d'Alexandrie le 5 octobre 365 où il l'autorisera à revenir le 1er février 366. Athanase mourut dans la nuit du 2 au 3 mai 373.

    Pour approfondir, lire la Catéchèse du Pape Benoît XVI : w2.vatican.va/…/hf_ben-xvi_aud_…

    Et aussi : Saint Athanase, défenseur de la divinité de Jésus

  • Saint Athanase d'Alexandrie, pourfendeur de l'arianisme (2 mai)

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    2880570-4074744.jpgLors de l'audience générale du mercredi 20 juin 2007, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à ce grand maître de l'Eglise des premiers temps : saint Athanase :

    Chers frères et sœurs,

    En poursuivant notre évocation des grands Maîtres de l'Eglise antique, nous voulons aujourd'hui tourner notre  attention  vers  saint Athanase d'Alexandrie. Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme "la colonne de l'Eglise" par le grand théologien et Evêque de Constantinople Grégroire de Nazianze (Discours 21, 26),  et il a toujours été considéré  comme un modèle d'orthodoxie, aussi bien en Orient qu'en Occident. Ce n'est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l'Eglise orientale et occidentale - avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre.

    Athanase a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l'incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui - comme le dit le prologue du quatrième Evangile - "se fit chair et vint habiter parmi nous" (Jn 1, 14). C'est précisément pour cette raison qu'Athanase fut également l'adversaire le plus important et le plus tenace de l'hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature "intermédiaire" entre Dieu et l'homme, selon une tendance récurrente dans l'histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd'hui  aussi. Probablement né à Alexandrie vers l'an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l'Evêque de la métropole égyptienne, Alexandre. Proche collaborateur de son Evêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l'empereur Constantin en mai 325 pour assurer l'unité de l'Eglise. Les Pères nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.

    Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l'authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n'était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être "intermédiaire" entre Dieu et l'homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous. Les Evêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le "Symbole de la foi" qui, complété plus tard par le premier Concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental - qui exprime la foi de l'Eglise indivise, et que nous répétons aujourd'hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique - figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis:  celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est "de la même substance" que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

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