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Histoire

  • Notre-Dame des captifs

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    24 septembre : Notre-Dame de la Merci

    Historique (source : missel.free.fr)

    Dans l’expression Notre-Dame de la Merci, le mot Merci traduit l’espagnol merced qui signifie grâce, ou le latin merces qui signifie rançon. A l’origine de l’Ordre des Mercédaires[1] qui s’occupèrent de racheter les chrétiens captifs des musulmans, Notre-Dame apparut à saint Pierre Nolasque[2], à saint Raymond de Penyafort[3] et au roi Jacques I° d’Aragon[4].

    Au milieu de la nuit du 1° août 1218, alors que l’Eglise célébrait la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, la vierge Marie, accompagnée d’anges et de saints, apparut à saint Pierre Nolasque et lui dit : Mon fils, je suis la Mère du Fils de Dieu qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l’exemple de mon Fils, donner leur vie pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C’est un sacrifice qui lui sera très agréable. Je désire donc que l’on fonde en mon honneur un Ordre dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s’il est nécessaire, pour ceux qu’ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l’oraison tu me priais avec des larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils qui, pour ta consolation et pour l’établissement de cet Ordre sous mon nom, m’a envoyée du ciel vers toi. Saint Pierre Nolasque répondit : Je crois d’une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile au milieu des ennemis de votre divin Fils et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ? Et Notre-Dame de lui répondre : Me crains rien, Pierre, je t’assisterai dans toute cette affaire et, pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l’exécution de ce que je t’ai annoncé et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue. En disant cela, la Vierge disparut.Pierre Nolasque passa en prière le reste de la nuit puis rejoignit Raymond de Penyafort qui lui dit : J’ai eu cette nuit la même vision que vous : j’ai été aussi favorisé de la visite de la Reine des anges et j’ai entendu de sa bouche l’ordre qu’elle me donnait de travailler de toutes mes forces à l’établissement de cette religion et d’encourager dans mes sermons les catholiques fidèles à venir en aide à une œuvre de charité si parfaite.

    C’est pour remercier Dieu et la très sainte Vierge que j’étais venu si matin à la cathédrale. Le roi Jacques I° d’Aragon entra alors dans la cathédrale et leur dit : La glorieuse Reine des anges m’est apparue cette nuit, avec une beauté et une majesté incomparables, m’ordonnant d’instituer, pour la rédemption des captifs, un Ordre qui porterait le nom de Sainte-Marie de la Merci ou de la Miséricorde ; et, comme je connais en toi, Pierre Nolasque, un grand désir de racheter les esclaves, c’est toi que je charge de l’exécution de cette œuvre. Pour toi, Raymond, dont je sais la vertu et la science, tu seras le soutien de l’Ordre par tes prédications.


    [1] Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la Rédemption des captifs.

    [2] Issu de la noble famille des Nolasco, apparenté par sa mère aux comtes de Toulouse et aux rois d’Aragon, Pierre Nolasque, né vers 1189 au mas des Saintes-Puelles, dans l’ancien diocèse de Saint-Papoul, après avoir renoncé au mariage pour se consacrer à Dieu, rejoint les armées de Simon de Montfort. A la bataille de Muret où le roi Pierre d’Aragon est tué, son fils, Jacques, âgé de six ans, est fait prisonnier ; Simon de Monfort le met sous la garde de Pierre Nolasque puis les envoie tous deux en Espagne. Loin de la cour, Pierre Nolasque enseigne son royal élève et lui montre l’exemple de sa piété et de sa charité.

    [3] Né près de Barcelone, au le château familial de Villafranca de Penades (vers 1175), Raymond de Penyafort, parent des comtes de Barcelone et des rois d'Aragon, étudie à l'école cathédrale de Barcelone où il enseigne la rhétorique et la logique ; il étudie le droit à Bologne où, reçu docteur, il enseigne (1216). L'évêque de Barcelone le recrute pour le séminaire de son diocèse (1219). A Viterbe, saint Dominique leur donne quelques uns de ses frères. A Barcelone, chanoine de la cathédrale, prévôt du chapitre, archidiacre, grand vicaire et official (1220), il donne grande solennité à l'Ascension et travaille au soin des pauvres. Le Vendredi Saint 1222, il quitte le clergé séculier pour les Dominicains, sans perdre son influence sur l'évêque de Barcelone. A cette époque, il écrit la Summa de pænitentia, premier ouvrage du genre, qui rassemble les cas de conscience à l'usage des confesseurs. Lorsque Pierre Nolasque fonde l'Ordre de la Merci (1223), dans la cathédrale de Barcelone, en présence de l'évêque et de Jacques I° d'Aragon, il donne l'habit aux premiers mercédaires dont il rédige la règle pour quoi il obtient l'approbation de Grégoire IX (1235). En 1229, le cardinal de Sainte-Sabine, envoyé comme légat en Espagne pour prêcher la croisade contre les Maures et mettre en application les décrets du quatrième concile du Latran, s'adjoint Raymond de Penyafort qui fait si bien qu'on le charge de prêcher dans les provinces d'Arles et de Narbonne. En 1230, Grégoire IX en fait son confesseur et son chapelain ; nommé pénitencier, il instaure l'Inquisition en Aragon, révise les décrétales et en fait établir la nouvelle collection promulguée par la bulle Rex pacificus (5 septembre 1234). Il refuse l'archevêché de Tarragone et rentre en Aragon pour absoudre Jacques I° qui a malmené l'évêque élu de Saragosse ; il quitte Barcelone pour rejoindre, à Bologne, le chapitre général de son Ordre qui l'élit maître général (1238). Il fait établir de nouvelles constitutions dominicaines, en usage jusqu'en 1924. Il demande à saint Thomas d'Aquin de rédiger la Somme contre les gentils. Il se démet de sa charge (1240) et retourne au couvent de Barcelone d'où il partit souvent pour prêcher et pour conseiller Jacques I°. Pour former les missionnaires, il fonde des écoles de langues, comme l'école arabe de Tunis (1245) et l'école d'hébreu de Murcie (1266). Entre les rois d'Aragon et de Castille, il meurt à Barcelone le 6 janvier 1275 ; l'archevêque de Tarragone demande, dès 1297, sa canonisation qui ne sera faite par Clément VIII que le 29 avril 1601.

    [4] Jacques I° d’Aragon, dit le Conquérant, fils de Pierre II, né à Montpellier en 1206, est fait prisonnier à la bataille de Muret où mourut son père (1213) et remis par Simon de Montfort à Pierre Nolasque qui l’élève. Allié au roi de Castille dont il épouse la fille, Eléonore (1221), il conquiert une partie du royaume musulman de Valence (1225) qu’il prendra tout entier (1253). Il conquiert les Baléares (1229-1235). Au profit du comte Thibault de Champagne, il renonce au royaume de Navarre que lui a laissé Sanche VII. Au traité de Corbeil (1256), saint Louis renonce en sa faveur aux comtés de Barcelone et de Roussillon et à la seigneurie de Montpellier. En 1262, il partage ses Etats entre ses deux fils : Pierre obtient l’Aragon, la Catalogne et Valence ; Jacques obtient Majorque, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Il meurt en 1276.

  • Dix vérités essentielles sur Pie XII

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    De sur Where Peter is :

    Dix vérités essentielles sur Pie XII>

    Peu d'hommes ont été autant déformés que le pape Pie XII (Eugenio Pacelli), qui dirigea l'Église catholique de 1939 à 1958. Pie XII était un homme d'une foi, d'une vertu, d'un courage et d'une charité extraordinaires, qui proclama les vérités du catholicisme et les incarna dans sa vie. Pourtant, dans les débats houleux qui ont entouré la Seconde Guerre mondiale, sa personnalité et sa conduite ont été déformées au point d'être méconnaissables. Comme le déplorait Sir Owen Chadwick, éminent historien de l'Église des temps modernes :

    Beaucoup de gens croient encore que le pape Pie XII était un ami des nazis, ou qu'il n'a rien dit du tout contre les meurtres raciaux pendant la guerre… ou encore qu'il a arrangé des fonds du Vatican pour aider des monstres comme Eichmann à s'enfuir en Amérique du Sud.

    La bonne nouvelle, c'est que ces « légendes », comme les appelait Chadwick, sont de plus en plus contestées, et que l'histoire authentique gagne du terrain. Dans cette optique, voici dix vérités essentielles sur le pape Pie XII :

    1) Pie XII avait mis en garde contre Hitler bien avant que le dictateur nazi n'accède au pouvoir.
    En 1921, peu après la fondation du parti nazi – mais douze ans avant qu'Hitler ne devienne chancelier allemand – Pacelli, alors nonce apostolique à Munich, mit publiquement en garde les Bavarois contre le risque que la menace communiste ne les aveugle face aux atrocités du nazisme. Selon l'historien Charles Bracelen Flood , la seule autre personnalité importante en Allemagne à avoir tenu de tels propos à cette époque était le romancier Thomas Mann.

    En 1923, Pacelli alerta le Vatican de la menace grandissante du nazisme, nommant Hitler et soulignant son antisémitisme et son anticatholicisme virulents. L'année suivante, il écrivit à ses supérieurs à Rome, qualifiant le nazisme de « peut-être la plus grande hérésie » des temps modernes. Et en 1929, avant de quitter l'Allemagne pour devenir cardinal secrétaire d'État du pape Pie XI, Pacelli déclara à qui voulait l'entendre qu'Hitler était un fou « complètement obsédé », capable de tout détruire sur son passage, y compris de « piétiner des cadavres ».

    2) Pie XII n'a jamais rencontré Hitler 
    En raison de la légende qui entoure le pontificat de Pie XII, certains croient encore que le pape entretenait des relations étroites et professionnelles avec Hitler. En réalité, Pie XII n'a jamais rencontré Adolf Hitler. Le plus haut responsable allemand qu'il ait rencontré pendant la guerre – et une seule fois – était le ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, qu'il a sévèrement réprimandé après l'invasion nazie de la Pologne.

    Le 14 mars 1940, le New York Times a couvert la rencontre houleuse avec le titre : « Le pape insiste sur la nécessité d’une paix juste : les droits des Juifs défendus » , suivi d’un article qui disait :

    À deux reprises en deux jours, le pape Pie XII a tenu à parler de la nécessité de la justice autant que de la paix, et les cercles du Vatican interprètent cela comme une insistance sur sa demande ferme à Joachim von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, que l'Allemagne répare les injustices qu'elle a commises avant qu'il puisse y avoir la paix…

    On a également appris aujourd'hui pour la première fois que le pape, dans les paroles enflammées qu'il a adressées à M. von Ribbentrop au sujet de la persécution religieuse, a également pris la défense des Juifs d'Allemagne et de Pologne.

    Charles Pichon, correspondant de guerre de premier plan, a ajouté :

    Le pape ouvrit devant lui un grand registre et commença avec une froide sévérité l'énumération de tous les faits, lieux, dates et circonstances détaillées, dûment attestés par l'autorité ecclésiastique, concernant les tortures que l'envahisseur avait déjà commencé à infliger au peuple polonais.

    3) Pie XII n'est pas resté « silencieux » face à l'Holocauste.
    De toutes les erreurs reprochées à Pie XII, aucune n'est plus répandue que son prétendu refus de condamner l'Holocauste nazi, voire même de prononcer le mot « Juif » dans ses déclarations. En réalité, c'est Radio Vatican, autorisée et soutenue par Pie XII, qui a révélé les atrocités nazies en Pologne, dénonçant explicitement les attaques contre « catholiques et juifs ». Dans sa première encyclique, Somme pontificale , publiée peu après le début de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII a non seulement mentionné le mot « Juif », mais l'a fait en citant saint Paul : « Il n'y a plus ni Grec ni Juif… Mais le Christ est tout et en tous » (Colossiens 3, 10-11).

    Il s’agissait d’une déclaration catégorique sur l’unité du genre humain et d’une condamnation simultanée du racisme antisémite des nazis. Pie XII développa ces thèmes dans ses célèbres messages de Noël en temps de guerre qui, comme le notait Pichon, « rappelaient sans cesse au monde les lois morales que l’Axe triomphant violait chaque jour avec une brutalité croissante… ».

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  • Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

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    D'Olivier Bonnassies sur 1000 Raisons de Croire :

    Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

    Matthieu, aussi appelé Lévi dans l’Évangile ( Mt 9,9  ; 10,3 ), a été appelé par Jésus alors qu’il était assis à son bureau de collecteur d’impôt, et il a fait partie de la deuxième fournée de six apôtres « choisis » ( Jn 6,70 ), « institués » ( Mc 3,14 ) et « établis » ( Mc 3,16 ) par le Christ Jésus « pour être avec lui » ( Mc 3,14 ) et le connaître au long de ses trois années de vie publique, afin qu’ils puissent être ses fiables « témoins » ( Lc 24,48 ) et le fondement de l’Église. On dit même qu’il a été appelé le dernier, et que tous les autres étaient relativement choqués de devoir accueillir parmi eux un collecteur d’impôts qui avait une si mauvaise réputation, mais Matthieu avait pris la décision de quitter sa vie passée et de s’ouvrir totalement au Christ.

    Ensuite, après la Pentecôte, étant parmi les plus lettrés des apôtres, il sera, selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée, missionné par les Douze pour fixer par écrit, « dans la langue des Hébreux », c’est-à-dire dans sa langue maternelle, l'araméen , l’enseignement oral que les apôtres ont donné publiquement en Israël pour attester que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé par l’Écriture et les prophètes. Plus tard, sur les traces de la tribu de Lévi, il partira évangéliser sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie, avant d’être martyrisé, selon la tradition, en 61, à Naddarer, dans le sud de l’Égypte, non loin de la frontière, dans ce qui est aujourd’hui le nord du Soudan.


    Les raisons d'y croire

    • Le processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu est de mieux en mieux connu aujourd’hui, de même que le contexte culturel, économique, linguistique, intellectuel, matériel et liturgique d’Israël au 1er siècle, et tout cela conduit à confirmer la rapidité et la fiabilité de la genèse des textes du Nouveau Testament.
    • Comme pour tous les apôtres, le changement de comportement de Matthieu entre le moment de la Passion, où tous sauf Jean ont abandonné le Christ, et le moment de l’évangélisation où ils ont tout donné pour lui, qui ne peut s’expliquer que par les « nombreuses preuves » ( Ac 1,3 ) données par Jésus de sa Résurrection et par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte ( Ac 2,1-47 ), est une grande raison de croire.
    • Matthieu est ainsi devenu comme tous les autres un témoin intrépide du Christ, que rien ni personne n’a pu faire renier, et il a, lui aussi, scellé son témoignage par le martyre.
    • Son Évangile est un témoignage crédible, remarquable et véridique du Christ, rédigé à l'attention des juifs, qui montre tout particulièrement à quel point Jésus accomplit les prophéties et l’attente d’Israël.
    • Les restes et reliques de saint Matthieu sont aujourd’hui dans la basilique qui porte son nom, à Salerne, en Italie, et de nombreux miracles et guérisons sont attestés en ce lieu.

    En savoir plus

    Les Évangiles sont nés dans le contexte de la naissance de l’Église après la Pentecôte, c’est-à-dire dans le monde juif du 1er siècle. À l’époque, la culture mésopotamienne, la plus ancienne du monde, domine la région : c’est dans cette culture que sont nés l’écriture, le commerce et les premiers savoirs scientifiques (cf. numéro n° 99 de L’Histoire). La langue parlée en Israël au temps du Christ est l’araméen de l’empire parthe, la grande langue commerciale d’échange utilisée dans tout l’Orient, des bords de la Méditerranée à l’Inde, et sur toutes les routescommerciales de l’Antiquité.L’hébreu n’est qu’une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous), et le grec est une langue internationale, mais surtout en Méditerranée, de même que le latin et le phénicien, même si les conquêtes d’Alexandre l’ont fait connaître aussi en Orient.

    La vie de en Israël au temps du Christ est structurée autour de trois niveaux de la Torah : une pratique domestique quotidienne, comprenant des lectures et des prières ; la pratique à la synagogue où l’on se réunit surtout le jour du shabbat pour la prière, la lecture et les commentaires des Écritures (la Torah, divisée en 52 parties, permet une lecture continue tout le long des shabbat, de la Genèse au Deutéronome, en intégrant toutes les fêtes liturgiques juives) ; et une pratique liée au Temple, avec les six fêtes qui y sont célébrées sur le cycle d’hiver, d’octobre à juin, avec Rosh Hoshana, Yom Kippour, la fête des Tentes, la Dédicace du Temple, Pâques (Pessah) et Pentecôte (Shavouot), toutes liées aussi à des textes précis. Le cycle d’été, sans fête, est un peu l’équivalent de notre « temps ordinaire ». Chaque semaine, et pour chaque fête, une section de la Torah et un texte des prophètes sont proclamés. Il n’y a pas d’autres Écritures canoniques que la Torah, les prophètes et les psaumes.

    La prédication du Christ s’appuie sur la vie liturgique d’Israël parcourant la Torah. Il se positionne par rapport à ces textes de la Torah et des prophètes lus dans les synagogues ( Lc 4,15 ) et au Temple. Il les commente et leur donne un développement messianique, qui se met en place en lien avec des dates, des lieux et des événements significatifs et bien précis. Par exemple, le dernier jour de la fête des Tentes ( Jn 7,2 ), quand le Christ parle au Temple des « fleuves d’eau vive » qui couleront de son sein ( Jn 7,37-38 ), c’est un commentaire direct des textes de Zacharie ( Za 14,8 ) et Ezéchiel ( Ez 47,1-12 ) qui sont lus ce jour-là. Ou encore, à la Synagogue de Nazareth, « selon son habitude » Jésus fait la lecture du prophète Isaïe, et il commente avec un développement messianique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » ( Lc 4,16-21 ).

    Après Jésus, les apôtres prêchent la Nouvelle Alliance dans un contexte juif.Tous les protagonistes sont israélites : les apôtres, les disciples, les convertis, les opposants, et tous vont à la synagogue en semaine et au Temple pour les fêtes, en participant aux mêmes offices. Les apôtres sont interrogés au tribunal suprême, le Sanhédrin, où Pierre et Jean donnent un témoignage juridiquement valable, et ils prêchent également sous la colonnade de Salomon, au Temple, ou en privé, oralement, de maître à disciple, selon l’exemple du Christ. Ils se concentrent sur cette prédication, comme « témoins » ( Ac 1,8 ) de tout ce qu’ils ont vu et entendu « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus a été enlevé » ( Ac 1,22 ). En fonction des temps liturgiques, ils sont amenés naturellement à rappeler les enseignements du Christ qui correspondent, et c’est ainsi que se fixe très rapidement une catéchèse naturelle, orale, adossée aux lectures des Écritures saintes d’Israël, qui demeurent les seuls « écrits ».

    L’enseignement des apôtres se met donc naturellement en place sur le rythme du calendrier synagogal pour, chaque dimanche, après chaque shabbat, rappeler les faits et gestes que le Christ avait posés en correspondances avec les lectures sabbatiques. Récemment, des chercheurs ont dit avoir montré que les Évangiles de Matthieu et de Luc sont en correspondance avec les textes synagogaux des huit mois du cycle d’hiver – l’Évangile de Marc pouvant, semble-t-il, être mis en correspondance avec les textes des quatre mois du cycle d’été –, ce qui induirait que les Évangiles synoptiques se sont constitués à partir des lectionnaires de la première Église – l’Évangile de Jean, structuré sur les fêtes du Temple, étant un enseignement complémentaire, destiné aux auditeurs déjà initiés. Ainsi, de même que Jésus enseignait aux foules en paraboles et expliquait tout en particulier à ses disciples ( Mt 4,34 ), et que Paul distingue les commençants à qui il faut donner « du lait » et ceux qui sont plus avancés, qui peuvent prendre « de la nourriture solide » ( 1Co 3,1-2 ), il y avait aussi naturellement de la part des apôtres un enseignement public général et un enseignement plus approfondi coordonné avec celui-ci (beaucoup ont bien noté qu’il y a clairement une répartition des récits : les Évangiles synoptiques ne parlent par exemple pas de la résurrection de Lazare, qui était un événement majeur, et l’Évangile de Jean ne dit rien de l’institution de l’Eucharistie, pourtant au cœur des événements de la Cène, rapportée par Jean avec de nombreux détails, ce qui montre que les deux enseignements sont bien coordonnés).

    C’est ainsi que, selon le témoignage de saint Irénée, vers 180, « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église » (Contre les hérésies, III, 1,1). Eusèbe de Césarée (265 – 340) dans son Histoire ecclésiastique le confirme, ajoutant que, parmi les apôtres, « seuls Matthieu et Jean ont laissé des mémoires des enseignements du Seigneur. Et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité » (HE 3,24,5), c’est-à-dire que les apôtres privilégiaient l’enseignement oral, qui était la norme, mais que l’écrit pouvait suppléer en cas de nécessité (dispersion, départ en mission, persécution, etc.). « La Tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait . Alors qu’après cela Luc et Marc éditaient un Évangile par écrit pour les causes que nous avons dites précédemment (ils s’éloignaient de leur communauté), Jean, à ce que l’on dit, continuait sa prédication tout le temps sans mise par écrit. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois Évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication » (HE 3,24,8). Eusèbe de Césarée rapporte aussi qu’on dit qu’un certain Panthène, « allé jusqu’en Inde […] trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ. À ces gens-là, Barthélémy, l’un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé l’ouvrage de Matthieu écrit en lettres hébraïques, qu’eux auraient conservé jusqu’au temps où nous parlons » (HE 10,2) et il y a plusieurs autres témoignages comparables.

    L’Évangile de Matthieu qui s’adresse aux juifs est donc certainement le premier Évangile composé et diffusé, comme l’enseignait déjà, en 1911, la Commission biblique du Vatican, en se prononçant sur des questions liées à ce sujet : « Faut-il considérer comme suffisamment fondée par la voie de la tradition l’opinion selon laquelle Mathieu a précédé dans sa rédaction les autres évangélistes et qu’il a composé le premier Évangile dans la langue maternelle alors utilisée par les juifs de Palestine ? Réponse : "oui", pour les deux parties » (Denzinger n°3562) ; et « s’agissant de l’ordre chronologique des Évangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Mathieu qui, le premier de tous, composa son Évangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième. Ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième Évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Évangile ? Réponse : " non ", pour les deux parties ». La Commission précise aussi que l’Évangile de Matthieu « ne suit pas toujours l’ordre chronologique » (Denzinger n°3566), ce qui est logique caril est calé sur une seule année liturgique. Comme l’ont remarqué aussi plusieurs Pères de l’Église, il n’y a qu’une seule montée du Christ vers Pâques, alors qu’il y est allé bien sûr chaque année au cours des trois années de sa vie publique. Matthieu est aussi, naturellement l’Évangile qui s’adresse le plus aux juifs car, dans les premières années de la prédication, tous les protagonistes, apôtres, disciples, opposants, enseignants et auditeurs, sont tous juifs. Les apôtres suivent le commandement du Christ qui leur avait demandé d’être d’abord ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie » avant de l’être « jusqu’aux extrémités de la Terre » ( Ac 1,8 ).

    La meilleure compréhension que nous avons aujourd’hui du processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu donne de nouveaux arguments sur la fiabilité et la rapidité de la genèse de ces textes. Il est clair qu’à chaque fois qu’un miracle ou un événement marquant se produisait, les disciples et les témoins le racontaient des dizaines de fois : « Alors, il a pris cinq pains et deux poissons et… » et tous ceux qui ont fait l’expérience de ce genre de transmission savent que, dans ces conditions, les récits se précisent et se fixent très vite. C’est encore plus vrai dans une culture orale, qui est celle du monde juif après l’Exil, bénéficiant des techniques mésopotamiennes de composition et de mémorisation des textes. Et le Christ lui-même veillait avec toute l’attention, le savoir-faire d’organisation, et la méthode du peuple juif (cf. tout l’Ancien Testament) à ce que la prédication soit précise. Ensuite, les apôtres ont répété cent fois tous les faits et gestes de Jésus dont ils avaient été témoins, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » ( Ac 1,21-22 ), et tous ces enseignements ont donc été naturellement et définitivement fixés très tôt, dès les premières années de prédication, à Jérusalem et en Israël, dans les années 30. Il s’agissait au début de commenter les Écritures tout au long de l’année liturgique, et ces récits n’ont été écrits et diffusés sous forme d’Évangile que plus tard, en fonction des besoins et des nécessités, quand les persécutions et les missions ont conduit les apôtres à se disperser et s’éloigner.

    De son côté, Matthieu, qui était probablement de la tribu de Lévi, est, selon la tradition, parti prêcher sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie. Au temps du Christ, le peuple juif comptait, selon les estimations, entre 4 et 8 millions de personnes, qui se répartissaient en gros pour moitié en Israël et pour moitié dans une diaspora gigantesque et unique au monde, présente dans toutes les régions du monde antique, de la Chine à l’Angleterre, avec des communautés particulièrement importantes à Rome, en Égypte et en Mésopotamie. On estime que les Juifs représentaient entre 5 à 10 % de l’Empire romain, ce qui en faisait une communauté importante et influente. De grandes routes commerciales traversaient le monde antiqueautour d’Israël, qui occupe une position centrale sur les « routes de la soie » notamment, de la Méditerranée à la Chine, mais aussi sur les « routes de l’encens » vers la péninsule Arabique et l’Afrique, et sur la « route de l’étain » vers l’Espagne, l’Europe occidentale et l’Angleterre. Les Juifs en sont les principaux organisateurs : ils font fonctionner le commerce de la Chine à l’Espagne en s’appuyant sur leur diaspora. Leurs circuits commerciaux antiques étaient très organisés et permettaient l’échange et le commerce d’épices, de textiles, de pierres précieuses, de métaux précieux, de technologies et le partage d’idées religieuses et philosophiques, et les apôtres se servent de ces connexions pour la diffusion de l’Évangile.

    Finalement Matthieu donnera le témoignage du martyr, en 61, à Naddarer, au sud de l’Égypte. Selon la vénérable tradition que rapporte le martyrologe romain, les Virtutes Apostolorum (VIe siècle) et La Légende dorée (XIIIe siècle), il fut secondé en Éthiopie par l’eunuque de Candace, la reine d’Éthiopie, dont parlent les Actes des Apôtres ( Ac 8,26-39 ). Deux sorciers, Zaroès et Arfaxar, annoncèrent au roi qu’ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l’eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le sauver. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays. Le roi suivant, Hyrtaque, voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eut envoyé un de ses soldats passer l’apôtre au fil de l’épée. Son corps fut transféré à Salerne, en Italie, où une basilique qui porte son nom fut érigée autour de ses reliques : c’est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles et guérisons y sont recensés. En 2014, le pape François a ordonné une étude scientifique des reliques pour confirmer leur authenticité. Les résultats de l’étude n’ont pas été rendus publics, mais le pape François a confirmé que les reliques étaient bien authentiques.

    Matthieu a été célébré par le Caravage qui, dans son tableau très connu (cf. notre illustration), fait bien comprendre à quel point est surprenant le choix de Matthieu, le publicain, par le Christ pour être un de ses plus proches – un des Douze –, et c’est pourquoi le thème de la miséricorde est aussi si fort et si présent dans tout l’Évangile de Matthieu : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice." En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (cf. Mt 9,9-13 ).

    Olivier Bonnassies


    Au delà

    L’Évangile de Matthieu est, comme tous les Évangiles, à lire et à méditer car la parole de Dieu parle d’elle-même. Comme le dit le Christ, ses brebis « reconnaissent sa voix » ( Jn 10,26-27 ).


    Aller plus loin

    Le film Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, qui retrace magnifiquement le parcours du Christ à partir de l’Évangile de Matthieu notamment.


    En complément

  • La puissance évangélisatrice de Rome

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    De Jayd Henricks sur le CWR :

    La puissance évangélisatrice de Rome

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie.

    18 septembre 2026

    Au cours des siècles passés, les grands missionnaires de l’Église — dont beaucoup sont aujourd’hui canonisés — se rendaient aux confins du monde pour y porter le Christ à ceux que l’Église appelait autrefois les païens. Les dangers n’avaient rien d’exagéré. Il fallait des mois pour traverser les océans, avec un risque bien réel de naufrage, de maladie et de famine, risques qui étaient toujours possibles, voire probables. Et lorsqu’un missionnaire parvenait jusqu’à sa destination, la perspective d’un martyre atroce n’était jamais très éloignée. Survivre ne garantissait nullement le succès. Il fallait d’abord passer des années à apprendre une langue étrangère et à s’adapter à une culture inconnue ; ce n’est qu’une fois la confiance gagnée que l’œuvre d’évangélisation pouvait véritablement commencer.

    Les résultats furent contrastés. Saint François Xavier aurait baptisé des centaines de milliers de personnes, mais les pays qu’il évangélisa demeurèrent en grande partie non chrétiens. Les martyrs de l’Amérique du Nord ne connurent presque aucun fruit immédiat ; pourtant, leur sang devint une semence féconde pour des convertis ultérieurs tels que sainte Kateri Tekakwitha — des exceptions importantes, mais rares. Ailleurs, notamment dans une grande partie de l’Afrique, la foi finit par s’enraciner et devint la religion dominante des populations. Le Mexique et l’Amérique du Sud la reçurent eux aussi en masse, même si nous voyons aujourd’hui la sécularisation éroder ce qui avait été conquis.

    Ce qui poussait des hommes et des femmes à tout abandonner pour évangéliser un peuple étranger, c’était la conviction que la foi au Christ n’était pas un chemin parmi d’autres, mais le chemin nécessaire, qui valait tous les sacrifices. Le salut d’une seule âme justifiait le renoncement au confort terrestre, voire à la vie elle-même. Pour ces missionnaires, risquer tout pour avoir une chance de gagner une seule âme au Christ comptait parmi les vocations les plus élevées qu’une personne puisse recevoir.

    L’Église d’aujourd’hui, cependant, agit trop rarement comme si elle partageait cette conviction. Il y a peu d’urgence à conduire les non-chrétiens au Christ, et à peine davantage à catéchiser ceux qui sont déjà baptisés. Des prêtres suivis par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes enseignent de plus en plus que la loi morale est négociable, ou que la conversion au Christ constitue certes un bel idéal, mais guère une nécessité. Il ne fait aucun doute que d’autres continuent à poursuivre héroïquement l’évangélisation, parfois au prix de véritables risques personnels, y compris à travers les médias modernes. Les « pères Walter Ciszek » de notre époque ne sont généralement pas présents sur les réseaux sociaux, mais ils existent, et nous ferions bien de nous en souvenir. L’Église, quelles que soient les habitudes concrètes de ses membres, demeure par nature une Église évangélisatrice, et elle devrait agir comme telle avec davantage de constance.

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie. Depuis Jean-Paul II, le Saint-Siège n’a plus disposé d’une voix véritablement puissante, mondiale et évangélisatrice. La nouvelle préfète pour la communication du Vatican, Montse Alvarado, dispose d’une formidable occasion d’aligner les efforts médiatiques du Vatican sur la mission évangélisatrice de l’Église. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une nouvelle stratégie médiatique du Vatican pour le XXIe siècle. Cela demandera un travail considérable, mais une possibilité beaucoup plus simple et évidente se trouve sous nos yeux, une possibilité que l’Église néglige depuis très longtemps.

    Rome est constamment l’une des villes les plus visitées au monde, et l’année dernière l’a démontré de manière éclatante : les responsables du Vatican et de Rome estiment qu’environ 33,5 millions de pèlerins et de visiteurs ont traversé la ville au cours du seul Jubilé de 2025, un record pour une année — soit plus de 90 000 personnes par jour. À la différence des siècles passés, lorsque les grands missionnaires se rendaient aux confins de la terre à la recherche des âmes, au péril de leur vie, ce sont désormais des millions d’âmes qui arrivent d’elles-mêmes à la porte du Vatican. Imaginons que le Saint-Siège prenne cela au sérieux : non pas seulement comme une source de revenus grâce aux billets des Musées du Vatican, mais comme une occasion permanente d’enseigner et d’évangéliser. Ce ne serait pas difficile et cela permettrait peut-être à l’Église de remplir sa mission davantage que presque tout ce que fait aujourd’hui le Vatican.

    Si j’étais pape — exercice d’imagination comparable au fameux « si j’étais Spider-Man » — je ferais de cette question une priorité absolue : je confierais à une communauté religieuse la mission de former des historiens de l’Église et de l’art qui proposeraient ensuite des visites gratuites des principales églises et des grands sites historiques de Rome. Il faudrait plusieurs années pour former convenablement ces guides, mais certainement pas des décennies, comme c’est si souvent le cas pour les grandes initiatives.

    Ce n’est pas une utopie. Les parcs nationaux forment des gardes forestiers afin qu’ils proposent gratuitement aux visiteurs des visites historiques et pédagogiques, à des personnes qui n’avaient pas demandé de conférence et qui repartent pourtant reconnaissantes de l’avoir reçue. Gettysburg, par exemple, prend vie grâce à l’intervention d’un spécialiste de la guerre de Sécession. Des guides bénévoles accompagnent déjà les visiteurs à Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Canterbury, en expliquant les vitraux et l’architecture sans susciter de controverse. Après tout, c’est l’Église qui a inventé l’idée de communautés religieuses constituées autour d’une mission particulière : prêcher, enseigner ou prendre soin des pauvres. Rien n’empêcherait de créer une nouvelle communauté, ou de réorienter une communauté existante, afin qu’elle remplisse précisément cette mission : former des historiens et des catéchistes dont la vocation serait d’accompagner les pèlerins à travers Rome. La matière ne manque pas : elle est d’une extraordinaire richesse historique et théologique.

    Passez quinze minutes à Saint-Pierre, au Latran, au Panthéon ou dans n’importe lequel des hauts lieux touristiques de Rome, et écoutez les conversations. Le manque de connaissances et de compréhension dont témoignent des millions de visiteurs est profondément attristant. Ils savent qu’ils contemplent quelque chose d’important, mais ils ignorent ce que c’est et pourquoi cela l’est. Ils sont ouverts à une certaine forme d’éclairage, mais on ne leur en donne que des bribes. Plus probablement, ils se contentent de « cocher une case » entre une pizza et une glace, alors que leur curiosité pourrait ouvrir sur tellement davantage ! Ils regardent, mais ne voient pas.

    Je ne leur en fais pas le reproche. Ils savent que Rome est un lieu particulier et ont donc réservé un voyage coûteux dans la Ville éternelle. Malheureusement, la plupart repartent sans avoir véritablement compris ce qu’ils ont vu. Certains font appel à des guides touristiques laïques, mais ces visites sont largement dépourvues de profondeur spirituelle ou de toute véritable appréciation des sacrifices consentis pour faire de Rome le grand sanctuaire de la chrétienté, seulement dépassé par la Terre sainte elle-même.

    Les visiteurs n’apprennent rien du sang des martyrs des Ier, IIe et IIIe siècles, qui furent la semence de l’Église. Ils n’apprennent pas la signification théologique de l’architecture, qui exprime quelque chose de plus sublime que la seule beauté. Ils ne découvrent pas véritablement les saints, car on leur parle souvent davantage des génies artistiques ou des techniques employées dans les chefs-d’œuvre que de l’histoire des personnages représentés. Ils ignorent le scandale lié à la manière dont certains de ces édifices et de ces œuvres d’art ont été financés — un scandale que leurs commanditaires justifiaient précisément par le fait que ces œuvres étaient destinées à rendre sensible le divin. C’est pourtant là l’occasion d’une réflexion honnête sur la manière dont Dieu agit à travers notre faiblesse humaine.

    Ces touristes quittent probablement Rome sans véritablement comprendre ce que sont les clés du Royaume confiées à Pierre, ni la succession ininterrompue de ses successeurs jusqu’au pape Léon XIV aujourd’hui. Il n’est pas excessif de dire que Rome ne peut être comprise indépendamment de la papauté. Si la ville existe sous une forme proche de celle que nous lui connaissons aujourd’hui, c’est en raison de la mission confiée par le Christ à Pierre et du martyre de Pierre sur le lieu même où se dresse aujourd’hui la basilique Saint-Pierre. Combien de visiteurs de Rome comprennent tout cela ? Si Rome ne peut être comprise sans Pierre, pourquoi l’Église n’enseigne-t-elle pas à ceux qui viennent à Rome qui est Pierre, et qui est le Seigneur de Pierre ? Pourquoi n’utilise-t-elle pas les édifices et les œuvres d’art pour évangéliser ?

    Des siècles de sang, de sueur et de larmes ont été investis dans des dizaines de lieux saints, édifiés grâce au travail de pauvres catholiques croyants qui comprenaient l’importance de l’espace sacré et de l’art sacré. Ce trésor matériel et spirituel est aujourd’hui gaspillé par ce qui semble être un péché d’omission, c’est-à-dire le fait de ne pas accomplir le bien que l’on pourrait faire. Une seule âme vaut davantage que toutes les œuvres d’art du Vatican réunies, et pourtant on constate bien peu d’urgence à utiliser ce trésor pour la conversion des âmes.

    Les confessionnaux constituent un témoignage de la vie sacramentelle de l’Église, et ils sont accessibles parce que l’infrastructure existe déjà : il n’y a rien à construire, il suffit de les pourvoir en personnel. Heureusement, de nombreuses églises de Rome offrent chaque jour la confession, dans les confessionnaux traditionnels, visibles de tous — ce qui mériterait d’être imité chaque fois que de nouvelles églises sont construites. Le voyant rouge ou vert placé au-dessus de la « boîte » suscite certainement la curiosité des touristes, mais aucune catéchèse ne vient répondre à cette curiosité. Imaginons un simple dépliant ou un moine en habit présent sur place pour expliquer le sacrement à nos païens contemporains venus en touristes. Je soupçonne que le fruit d’une telle initiative serait éternel pour certains.

    Prenons encore la place Saint-Pierre, où passent chaque jour des dizaines de milliers de touristes largement dépourvus de catéchèse. Des religieux en habit pourraient proposer gratuitement d’expliquer la signification de la façade de la basilique et des saints qui dominent la place, l’histoire du lieu — du martyre de Pierre sous l’empire romain à la conversion de Constantin et à la construction de la basilique primitive, de la contribution de l’Église aux arts et aux sciences au Moyen Âge à la construction de la nouvelle basilique et aux controverses qui l’entourèrent, jusqu’à une présentation honnête du rôle du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale, et au-delà.

    Tout cela constitue une matière extraordinairement riche pour les esprits spirituellement curieux qui visitent le Vatican. Les Musées du Vatican eux-mêmes représentent, selon la même logique, une immense occasion manquée. Elizabeth Lev montre depuis des années qu’une visite guidée de la Rome chrétienne peut être substantielle, captivante et véritablement évangélisatrice ; ses visites prouvent qu’il existe à la fois une demande et une matière abondante. Mais ses visites sont payantes et ne touchent que ceux qui savent déjà qu’ils peuvent s’adresser à elle. Pourquoi ne pas reprendre ce qu’elle a déjà démontré comme efficace et en proposer gratuitement une version, par l’intermédiaire d’une communauté religieuse créée précisément à cette fin, aux millions de personnes qui se promènent dans le Vatican ?

    Des visites similaires pourraient être proposées dans les trois autres basiliques majeures, à la Chiesa Nuova, au Gesù, ou même sur des sites tels que le Panthéon et le Colisée — chacun de ces lieux constituant une occasion d’évangéliser le monde au moment même où celui-ci traverse la Ville éternelle.

    Rien de tout cela ne nécessite une approche autoritaire ou pesante. Un touriste présent place Saint-Pierre n’est pas venu écouter un sermon, et le traiter comme un public captif produirait l’effet inverse de celui recherché. Mais il existe un vaste espace entre le silence et la démarche commerciale agressive. Un guide bien formé qui se contente de dire la vérité sur la signification d’un édifice et sur les raisons de sa construction ne fait pas du prosélytisme. Il enseigne, et l’enseignement constitue en lui-même une forme de témoignage.

    Certains craindront que l’institutionnalisation d’une telle démarche ne banalise les lieux, transformant l’espace sacré en une étape touristique supplémentaire accompagnée d’un discours préfabriqué. Mais le risque inverse est précisément celui dans lequel nous vivons aujourd’hui : ces lieux fonctionnent déjà comme des produits de consommation, avec billets d’entrée, photographies et absence d’interprétation, ce qui constitue en soi une forme de banalisation. Expliquer ce que signifie un lieu ne le transforme pas en marchandise ; c’est le laisser muet qui le fait. De courts fascicules pourraient être proposés aux visiteurs, avec l’adresse d’un site Internet bien conçu pour ceux qui souhaiteraient approfondir, avant ou après leur voyage. Les possibilités de créativité sont presque infinies, et le coût, rapporté à ce que l’Église dépense déjà pour entretenir ces édifices, serait faible.

    Plutôt que de risquer leur vie et leur intégrité physique, les missionnaires de l’Église peuvent laisser le monde venir à eux. Trente-trois millions de personnes n’ont pas eu besoin d’être recherchées, poursuivies ou transportées à travers un océan au cours de cette seule année. Elles sont venues d’elles-mêmes, ont payé leur voyage et ont franchi la porte. Le moins que l’Église puisse faire est de les accueillir avec autre chose que le silence. Ce serait un effort digne d’être entrepris en hommage à ceux qui, autrefois, ont donné leur vie pour porter le message de Jésus à toutes les parties du monde.

    Mais, plus important encore, c’est la bonne chose à faire si nous croyons au Credo.

  • Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris

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    D' sur le site de France Catholique :

    Léon XIV pèlerin à la chapelle des Carmes

     
     

    Un raccourci saisissant. Le samedi 26 septembre au matin, au cours de son voyage en France, le pape Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris. Là, il se recueillera devant les reliques des 115 prêtres martyrs de la Révolution, à proximité de la tombe de Frédéric Ozanam qui, lui, a amplement contribué au renouveau de l’intelligence de la foi.

    Dans cette crypte de l’église, le Pape aura ainsi devant les yeux le pire et le meilleur. Le pire, c’est-à-dire une idéologie – celle initiée par les « Lumières » – qui avait « perverti les esprits et corrompu les mœurs, et rempli avant tout la France de meurtres et de ruines », comme le souligna le décret pontifical de 1926 actant le martyre des victimes de la Révolution, et donc leur béatification.

    Relèvement de la foi

    Le meilleur, c’est la surprenante fécondité de ce même martyre. Car à peine 50 ans après ce sanglant épisode, un brillant intellectuel, Frédéric Ozanam, reprend le flambeau de la foi qui semble alors moribonde. Prenant acte du rationalisme de la Sorbonne, Ozanam crée la première chaire de littérature comparée, et s’attache à y réconcilier foi et raison, en montrant l’apport du christianisme à la civilisation. Mais il veut également nourrir intellectuellement les catholiques, et les rendre fiers de leur histoire. Il lance les fameuses conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, qui ont un succès considérable ! Sa vision du combat culturel à mener est claire, et elle est résolument positive ! « J’apprends, écrit-il, à ne pas désespérer de mon siècle en voyant quels périls a traversés cette société chrétienne dont nous sommes des disciples, dont nous saurons au besoin être les soldats. » Et il joint le geste à la parole, devenant un apôtre de la charité et visitant les pauvres du quartier Mouffetard à Paris.

    En sera-t-il de même dans les années à venir, à observer le changement générationnel à l’œuvre chez les catholiques, avec certes une minorité – de celles qui changent le monde – de jeunes qui ont soif, et sont prêts à agir à contre-courant. Ce tournant pour l’Église en France serait-il un des enjeux sous-jacents de la venue de Léon XIV ?

    Pour cela, il faudra retenir une autre leçon d’Ozanam, celle qui lui faisait opposer « l’esprit de jouissance » à « l’esprit de sacrifice ». C’est une autre dimension du personnage, méconnue, celle qui lui faisait dire, lui qui fut fauché à 40 ans par la tuberculose : « Je pense souvent à la mort mais non plus pour en avoir peur. (…) Qu’est-ce qu’un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel ? » Ces mots, criants de vérité, sont d’un chrétien qui sait que son âme est immortelle !

    Et c’est la même inspiration qui guidait les martyrs de la Révolution, dont un des tortionnaires ne put s’empêcher de constater le courage : « Je m’abîme d’étonnement, vos prêtres allaient à la mort avec la même joie et la même allégresse que s’ils fussent allés aux noces. »

    Ainsi, lorsque le Pape, poursuivant son pèlerinage en France, se recueillera devant la Sainte Tunique d’Argenteuil au Stade de France, après avoir vénéré la Couronne d’épines à Notre-Dame, il pourra saisir quelque chose de cet esprit français dans ce qu’il a de meilleur, quand il ne se résout pas au défaitisme et au déclin !

  • 19 septembre : il y a 180 ans, à La Salette, la Vierge est apparue à Mélanie et Maximin

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    D'Aleteia.org :

    Il y a 180 ans, le 19 septembre 1846, Marie apparaissait à deux enfants, Mélanie et Maximin, sur la montagne de La Salette. Le véritable "secret" de la Vierge reste un mystère, l'Église ne reconnaissant pas son ton apocalyptique. On y parle de guerres, de tremblements de terre et de démons sur Terre.

    19 septembre 1846, sud-est de la France. Dans les alpages du petit village de La Salette, la Vierge Marie apparaît à deux enfants venus y faire paître leurs vaches : Mélanie Calvat (14 ans) et Maximin Giraud (11 ans). La Vierge est en pleurs, assise sur un gros caillou. Elle est habillée comme les femmes du village : une robe qui descend jusqu’aux pieds, un fichu sur les épaules, une coiffe sur la tête, et un tablier autour de la taille. La coiffe, le fichu et ses pieds sont ornés de guirlandes de roses. Près des roses du fichu, une lourde chaîne. La Vierge porte sur sa poitrine un crucifix avec, de chaque côté, une paire de tenailles et un marteau. Un halo de lumière émane du crucifix.

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  • Saint Lambert, patron du diocèse de Liège (17 septembre)

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    Buste-saint-Lambert.pngSa biographie par Godefroid Kurth (Biographie nationale T. IX pp. 143 et suiv., publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897). (source)

    LAMBERT (Saint), LANDBERTUS, LANTPERTUS, LANDEBERTUS, naquit à Maestricht pendant le second quart du VIIe siècle. Ses parents, qui étaient riches et chrétiens de longue date, semblent avoir fait partie de l'aristocratie de cette ville. Un remaniement de sa première biographie donne à son père le nom d'Aper, et à sa mère celui de Herisplendis ; mais le texte primitif de ce document ne nous a pas conservé leurs noms.

       Lorsqu'il eut atteint l'âge des études, son père le confia aux soins de saint Théodard, alors évêque de Maestricht, qui, comme tous les prélats de l'époque, dirigeait l'éducation des jeunes clercs de son diocèse. La cour royale siégeait parfois à Maestricht. Lambert eut l'occasion d'y vivre dans l'entourage du roi et d'y être remarqué de lui. On ne sait ce qu'il faut croire de l'assertion d'un écrivain du Xe siècle, d'après lequel son premier maître aurait été un prêtre romain du nom de Landoald (voir ce nom), qui aurait vécu quelque temps avec son disciple à Wintershoven, dans une ferme de ses parents, où des miracles auraient fait éclater les vertus de l'enfant. Ce qui est certain, c'est que, de bonne heure, Lambert paraît avoir eu un rang élevé dans le clergé de Maestricht, et y avoir rallié, grâce à sa famille et à ses qualités personnelles, un grand nombre, de sympathies. Lorsque, en 668 ou 669, saint Théodard périt assassiné dans le pays de Spire, ce fut Lambert qui, au dire de la Vita Theodardi, alla redemander ses ossements aux habitants de cette contrée.

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  • Hildegarde de Bingen, prophétesse et docteur de l'Eglise (17 septembre)

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    HILDEGARDE DE BINGEN, PROPHÉTESSE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE

    Hildegarde de Bingen, prophétesse et docteur de l’Église

    Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179) est une religieuse bénédictine allemande du Moyen Âge devenue Docteur de l’Église en 2012, notamment grâce à ses écrits dans lesquels elle raconte ses visions. Elle est aujourd’hui très connue pour ses connaissances exceptionnelles en matière d’alimentation et de médecine naturelle notamment.

    Sainte Hildegarde, sous la plume d’Emmanuelle Martin, responsable de l’école Sainte-Hildegarde à Fallais (Belgique) (source) :
     
    Une enfant extraordinaire. Je m’appelle Hildegarde. Je suis née à Bermersheim, en Rhénanie (Allemagne), le 16 septembre 1098 sous le Saint Empire romain germanique. Mes parents s’appelaient Hildebert et Mechtilde et j’étais leur dixième enfant. Ils me vouèrent à Dieu dès ma naissance, comme on offre la dîme à l’Église. Ils étaient nobles et ne manquaient pas de richesses, mais ce sont de richesses spirituelles que Dieu, à qui je fus vouée, me combla dès mon plus jeune âge. « Depuis mon enfance, lorsque mes os, mes nerfs et mes veines n’étaient pas encore développés (…) j’ai toujours dans mon âme le don de voir. Dans la vision, mon esprit, selon la volonté de Dieu, s’élève dans les hauteurs célestes porté par les différents courants… tout ce que j’ai vu ou appris dans ces visions, j’en garde le souvenir. Je vois, j’entends et je connais et j’apprends ce que je connais en un même instant. »[i] « Dans la 3e année de mon jeune âge, je vis une lumière tellement grande que mon âme en fut effrayée, mais à cause de mon jeune âge, je n’ai rien pu expliquer. » [ii] Mes parents se rendirent compte très tôt de ce que leur dernière petite fille avait des dons extraordinaires. Ainsi, lorsque j’avais 5 ans, je dis un jour à ma nourrice devant une vache prête à mettre bas : « Regarde, comme il est joli le petit veau, blanc et marqué de nombreuses taches sur le front, les pattes et le dos. »[iii] Le veau naquit comme je l’avais décrit. Je compris un jour que j’étais seule à voir tout cela après avoir posé des questions à ma nourrice qui me dit ne rien voir de ce que je voyais. Alors, je fus saisie d’une grande frayeur et je n’osais plus en parler à personne. Pendant longtemps, très longtemps, « jusqu’au moment où Dieu a voulu que par sa grâce cela fut manifesté, j’ai caché tout cela sous un paisible silence »[iv]. Ma santé était très fragile, j’étais une enfant chétive et je le restai toute ma vie. Dieu m’a expliqué plus tard qu’il voulait m’abaisser afin que je ne m’enorgueillisse pas de tous ces dons.

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  • Sainte Hildegarde de Bingen, une grande prophétesse (17 septembre)

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    Benoît XVI, lors des audiences générales des mercredis 1er et 8 septembre 2010, a consacré deux catéchèses à l'évocation de sainte Hildegarde de Bingen :

    Chers frères et sœurs,

    En 1988, à l’occasion de l’Année mariale, le vénérable Jean-Paul II a écrit une Lettre apostolique intitulée Mulieris dignitatem, traitant du rôle précieux que les femmes ont accompli et accomplissent dans la vie de l’Eglise. «L'Eglise — y lit-on — rend grâce pour toutes les manifestations du génie féminin apparues au cours de l'histoire, dans tous les peuples et dans toutes les nations; elle rend grâce pour tous les charismes dont l'Esprit Saint a doté les femmes dans l'histoire du Peuple de Dieu, pour toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à leur espérance et à leur amour: elle rend grâce pour tous les fruits de la sainteté féminine» (n. 31).

    Egalement, au cours des siècles de l’histoire que nous appelons habituellement Moyen Age, diverses figures de femmes se distinguent par la sainteté de leur vie et la richesse de leur enseignement. Aujourd’hui, je voudrais commencer à vous présenter l’une d’entre elles: sainte Hildegarde de Bingen, qui a vécu en Allemagne au XIIe siècle. Elle naquit en 1098 en Rhénanie, probablement à Bermersheim, près d’Alzey, et mourut en 1179, à l’âge de 81 ans, en dépit de ses conditions de santé depuis toujours fragiles. Hildegarde appartenait à une famille noble et nombreuse, et dès sa naissance, elle fut vouée par ses parents au service à Dieu. A l’âge de huit ans, elle fut offerte à l’état religieux (selon la Règle de saint Benoît, chap. 59) et, afin de recevoir une formation humaine et chrétienne appropriée, elle fut confiée aux soins de la veuve consacrée Uda de Göllheim puis de Judith de Spanheim, qui s’était retirée en clôture dans le monastère bénédictin Saint-Disibod. C’est ainsi que se forma un petit monastère féminin de clôture, qui suivait la Règle de saint Benoît. Hildegarde reçut le voile des mains de l’évêque Othon de Bamberg et en 1136, à la mort de mère Judith, devenuemagistra (Prieure) de la communauté, ses concours l’appelèrent à lui succéder. Elle accomplit cette charge en mettant à profit ses dons de femme cultivée, spirituellement élevée et capable d’affronter avec compétence les aspects liés à l’organisation de la vie de clôture. Quelques années plus tard, notamment en raison du nombre croissant de jeunes femmes qui frappaient à la porte du monastère, Hildegarde se sépara du monastère masculin dominant de Saint-Disibod avec la communauté à Bingen, dédiée à saint Rupert, où elle passa le reste de sa vie. Le style avec lequel elle exerçait le ministère de l’autorité est exemplaire pour toute communauté religieuse: celui-ci suscitait une sainte émulation dans la pratique du bien, au point que, comme il ressort des témoignages de l’époque, la mère et les filles rivalisaient de zèle dans l’estime et le service réciproque.

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  • Saint Cyprien de Carthage (14 septembre)

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    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 6 juin 2007 (source) : 

    Saint Cyprien

    Chers frères et sœurs,

    Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l'Eglise antique, nous arrivons aujourd'hui à un éminent Evêque du III siècle, saint Cyprien, qui "fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre". Sa réputation est également liée - comme l'atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie - à la production littéraire et à l'activité pastorale des treize années qui s'écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1; 1, 1). Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l'âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel:  "Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure", écrit-il quelques mois après son baptême, "il m'apparaissait extrêmement difficile et pénible d'accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait... J'étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m'en libérer, tant je secondais mes vices et j'encourageais mes mauvais penchants... Mais ensuite, avec l'aide de l'eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper... Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l'esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l'Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste" (A Donat, 3-4).

    Immédiatement après sa conversion, Cyprien - non sans être envié et en dépit des résistances - fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d'Evêque. Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l'Evêque dut s'engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n'avaient pas adopté une attitude correcte face à l'épreuve. Il s'agissait des lapsi - c'est-à-dire de ceux qui étaient "tombés" -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes. Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l'Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l'Evêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

    Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner:  il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l'Eglise africaine; il se démontra très humain et empli de l'esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles - qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres - que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde; il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l'avarice. "Il passait ainsi ses journées", raconte alors le diacre Pontius, "lorsque voilà que - sur ordre du proconsul - le chef de la police arriva à l'improviste dans sa villa" (Vie 15, 1). Le jour même, le saint Evêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.

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  • Le linceul de Turin: l'oeuvre d'un faussaire?

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    De Jean-Pierre Snyers :

    Le linceul de Turin: l'oeuvre d'un faussaire?
     
    Lorsque qu'on regarde le linceul (ou suaire) de Turin à l'oeil nu (lors de ses rares expositions), on voit qu'il est marqué par de grandes brûlures symétriques, des taches d'eau et de sang, ainsi que d'une légère coloration jaunâtre qui fait penser à une silhouette humaine comprenant une sorte de "visage" qui est très difficile à discerner. De plus, cette image n'est visible qu'à plusieurs mètres d'elle et cela suppose que, s'il s'agit d'une peinture, un faussaire aurait dû utiliser un pinceau de plusieurs mètres de long. Ce n'est qu'à partir de l'invention de l'appareil photographique (qui, au départ d'un négatif, donne une image en positif) qu'on a pu voir clairement qu'il s'agit du portrait d'un crucifié qui rappelle le corps du Christ tel qu'il est décrit dans les évangiles. . Par quel prodige et dans quel intérêt, un faussaire aurait-il pu réaliser ce qui (avant que n'existent les photos) était loin d'être une oeuvre d'art, tout en ne sachant absolument pas qu'elle ne livrerait ses secrets que des siècles plus tard?  
     
    Seulement voilà, depuis 1978, il est scientifiquement prouvé techniquement et chimiquement que cette image n'est PAS une peinture. Pour quelles raisons les scientifiques l'affirment-ils? Afin d'être bref, permettez-moi de n'en prendre que trois. 1) Parce qu'elle ne contient aucun pigment ni de liant. Les examens au microscope, en fluorescence ultraviolette et en spectométrie ont montré que si un liquide ou un liant avait été appliqué, il aurait pénétré par capillarité à l'intérieur des fibres. 2) Parce que l'empreinte présente les caractéristiques d'un négatif photographique naturel (les zones claires et sombres sont inversées par rapport à la réalité). Même le plus doué des artistes médiévaux aurait été dans l'incapacité de peindre une image en négatif, tout en respectant une superficialité des fibres, une absence totale de liant, une tridimensionnalité cachée (l'intensité de la coloration varie en fonction de la distance entre le corps et le tissu) et une absence totale de traces de pinceau. 3) Parce que les taches de sang sont celles d'un sang humain appartenant au groupe AB, prouvant ainsi que ces taches n'ont absolument pas été peintes. 
     
    Dès lors, puisqu'il ne s'agit pas d'une peinture, on pourrait imaginer qu'un faussaire a utilisé un cadavre ou un bas-relief sculpté. Mais s'il en est ainsi,, comment se fait-il que des indices grossiers (bavures, écrasements, déformations) qui devaient être présents, ne le soient pas sur le linceul (qui possède des propriétés tridimensionnelles)?  D'autre part, voici un "détail" important. Jusqu'à notre époque, absolument toutes les représentations de la crucifixion du Christ (basées sur ce que disent les évangiles) utilisaient uniquement les mains et non pas les poignets pour désigner l'emplacement des clous. Or, sur l'image du suaire, ce sont bel et bien les poignets qui marquent la présence des clous. Scientifiquement parlant, il est prouvé que seul les poignets (et non les mains) peuvent supporter le poids d'un corps. Contradiction avec les récits évangéliques? Pas si vite! A l'époque où ceux-ci ont été rédigés, seul le mot grec "cheir" existait et ce mot pouvait aussi bien signifier les mains que les poignets et même l'avant bras. Pas d'opposition donc. Précision notable: c'est la recherche historique, anatomique, archéologique et médico-légale qui a démontré seulement au 20è siècle que pour supporter le poids d'un corps sur une croix, il faut enfoncer les clous à travers les os du poignets et non pas dans les tissus fragiles de la paume. Inutile donc de préciser qu'un faussaire du Moyen Age était dans l'incapacité totale de le savoir?
     
    Jusqu'à présent, nous avons supposé que la datation au carbone 14 réalisée en 1988 montrerait que le tissu date de l'époque médiévale (entre 1260 et 1390). Est-ce vraiment le cas? Deux principaux éléments semblent bien indiquer que non. 1) La découverte de pollens provenant de plantes endémiques du Moyen Orient (notamment de la région de Jérusalem, de la vallée du Jourdain et des zones autour de la Mère Morte. 2) La datation  aux rayons X. Les analyses scientifiques (notamment celle du Conseil International Italien) ont montré un état de vieillissement tout à fait compatible avec une fabrication du tissu il y a environ 2000 ans. Alors que la datation au carbone 14 (développée à la fin des années 1940 et qui peut -être faussée par des siècles de pollutions organiques, des incendies ou des restaurations), celle aux rayons X fut développée à la fin 2010 et est particulièrement destinée à identifier des textiles composé et lin (tels que celui du linceul). De plus, si ce suaire est du 14è siècle, comment expliquer l'existence des évocations historiques le concernant bien avant cette époque? Exemples parmi d'autres: le Mandylion d'Edesse (6è siècle), le Codex de Pray (1195) et les textes liturgiques et récits de pèlerins (datant du 7è au 10è siècle).   
     
    Après ces considérations, il reste une question fondamentale qui est: "Comment et par quel phénomène l'image s'est-elle imprimée sur le linceul?". Pour tenter d'y répondre, permettez-moi d'abord de vous faire part d'un souvenir personnel. Il y a de nombreuses années, j'ai eu l'occasion d'interviewer longuement André Frossard, Qui est-il? Décédé aujourd'hui, il fut  écrivain et membre de l'Académie française. Jusqu'à l'âge de vingt ans, il était (comme des parents) athée et communiste et n'entrait jamais dans une église...jusqu'au jour où il le fit le 8 juillet 1935. Pourquoi? Simplement pour aller chercher un ami qui y était et qu'il attendait vainement et impatiemment dans sa voiture. Entré, soudainement il fut submergé par une expérience divine qu'il décrit sous la forme d'une clarté intellectuelle et spirituelle qu'il qualifie de lumière qui, sans discours ni images, était une inondation lumineuse de la Vérité qui s'est imposée à son esprit. De plus, en ne connaissant strictement rien du catholicisme jusqu'alors, il est ressorti ce cette église en connaissant tout ce qu'elle enseigne. Irruption d'un monde immatériel dans un monde matériel, de l'éternité dans le temps (comme le sont aussi les apparitions mariales les plus crédibles comme celles de Beauraing), cette conversion fulgurante n'est pas sans rappeler celle de saint Paul qui, le chemin de Damas, a vu et entendu le Christ. Me parlant de ce qu'il a vécu, André Frossard m'a aussi affirmé que dans les semaines qui ont suivi son expérience du divin, il n'osait plus s'appuyer contre les murs car tout ce qui compose notre monde matériel n'était plus pour lui que de la vapeur colorée par rapport à ce monde substantiel (beaucoup plus consistant et plus solide que le nôtre) auquel il avait gouté. 
     
    Au regard de cela, plutôt que de fournir une explication matérielle qui est loin d'être prouvée, ne pourrait-on pas dire que l'image qu'on trouve sur le linceul serait due elle aussi à l'immatériel et que le corps du Christ en se dématérialisant, en traversant la matière afin de devenir un corps substantiel et glorieux à l'instant même de sa résurrection, aurait libéré sorte d'énergie lumineuse qui expliquerait l'impression de son image sur le suaire?...  
  • Saint Jean Chrysostome, Père et Docteur de l'Eglise (13 septembre)

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    saintjeanchrysostome-e1302593197526.jpgJean Chrysostome est une des plus grandes figures de l'Eglise des premiers siècles. Les chrétiens d'Orient célèbrent la "Divine liturgie de Jean Chrysostome". Il est l'auteur d'une oeuvre considérable qui fait partie du patrimoine commun des chrétiens catholiques et orthodoxes. "Saint Jean Chrysostome, né à Antioche, est un contemporain de Saint Augustin, mais il est un Père éminent de l’Église grecque d’Orient et non pas de l’Église latine. Ce pasteur d’âme, apôtre du service des autres, est aujourd’hui unanimement salué comme docteur de l’Église ; on notera parmi ses œuvres très nombreuses, ses prédications et ses commentaires de livres bibliques. Grand orateur (d’où son nom qui signifie en grec « bouche d’or »), Chrysostome, qui mena une vie d’austérité et d’ascèse, devint patriarche et évêque de Constantinople. Il s’attaqua aux mœurs des prêtres et de la cour ; exilé une première fois par le pouvoir (impératrice Eudoxie), puis rappelé par la vox populi, chassé à nouveau, il mourra finalement en exil." (http://www.evangile-et-liberte.net/article_370_6-Jean-Chrysostome)

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