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Histoire

  • Sainte Agnès (21 janvier), les agneaux et les pallium

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    Aujourd’hui nous célébrons la mémoire de Sainte Agnès. Adolescente et vierge romaine, Agnès a été martyrisée au temps de la persécution de l'empereur Dèce, au IIIe siècle : une persécution si violente que de nombreux baptisés reniaient leur foi devant la menace de mort.

    Le martyre de sainte Agnès a été rapporté par saint Damase, par saint Ambroise et par Prudence. Elle périt à l'aube du IVe s., en 303 vers l'âge de treize ans.

    La jeune martyre est souvent représentée par un agneau, à cause de son prénom agnès qui rappelle le mot agneau, ou accompagnée d'un agneau blanc, en main la palme du martyre. Elle est une des saintes protectrices des jeunes et on l'invoque pour obtenir la vertu de chasteté.

    A Rome, Agnès est spécialement honorée, en la basilique Sainte-Agnès-hors-les-Murs, qui abrite sa tombe, et a été construite au-dessus des catacombes du même nom.

    A côté de l'église médiévale - une des « sept églises » du pèlerinage de saint Philippe Néri -, on peut encore voir les ruines de l'imposante basilique construite par l’Empereur Constantin.

    L'église romaine de Sainte-Agnès-in-Agone, place Navone, et spécialement dédiée par le diocèse de Rome aux rencontres de jeunes, a été reconstruite sous la direction de Borromini. Elle se dresse à l'emplacement de l'ancien stade de Domitien, au lieu même de son martyr.

    Comme c'est la tradition chaque année en la fête de sainte Agnès, vierge et martyre, le 21 janvier, le pape bénit deux agneaux dont la laine servira à tisser les pallium que le pape remet le 29 juin aux archevêques métropolites nommés dans l'année, en signe de leur communion avec le Successeur de Pierre. Mais aussi en signe de la sollicitude pastorale du bon pasteur qui porte la brebis sur ses épaules.

    La cérémonie a lieu traditionnellement en la chapelle Urbain VIII du palais apostolique. Ces deux petits agneaux sont élevés par les religieuses de San Lorenzo in Panisperna et ils sont présentés au pape par les Chanoines réguliers du Latran qui desservent la basilique Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

    Symbole de la brebis perdue, recherchée, sauvée et placée par le Bon Pasteur sur ses épaules, l'agneau est aussi celui du Christ crucifié, selon le titre donné au Christ par saint Jean Baptiste.

    Leur laine sera utilisée par les Bénédictines du monastère romain de Sainte-Cécile pour tisser les palliums de 5 centimètres de large, qui seront ornés de 6 petites croix de soie noire, symbole des plaies du Christ, et de broches d'or gemmé, autrefois utilisées pour fermer le pallium sur le cœur, le dos et l'épaule droite.

    Anciennement, le mot « pallium » désignait un manteau de laine exclusivement attribué au souverain pontife, puis il devint un signe liturgique d'honneur, symbole d'un lien de communion particulier avec le successeur de Pierre pour les évêques à la tête de juridictions métropolitaines.

    Une fois terminés, les palliums sont placés dans une urne de bronze placée dans une niche, juste au dessus de la tombe de l'apôtre, jusqu'au 29 juin, en la solennité des saints Pierre et Paul, saints patrons de l'Église de Rome et colonnes de l’Église.

    Le récit le plus ancien de la remise du pallium par le pape à un évêque est le récit de la remise du pallium à Saint Césaire d'Arles par le pape Symmaque, il y a plus de 1500 ans.

  • Louis XVI, victime d’une conjuration hostile au christianisme catholique

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    Le 21 janvier est la date anniversaire de l'exécution du roi Louis XVI.

    Du site "Le rouge et le noir" :

    Abbé Iborra : Louis XVI a été la victime d’une conjuration hostile au christianisme catholique

    archive du 21 janvier 2020

    REQUIEM POUR LOUIS XVI Sermon donné le 20 janvier 2020 en l’église Saint-Roch par l’abbé Éric Iborra

    Une fois de plus, nous venons d’entendre le texte si pathétique du testament de Louis XVI. Testament d’un prince, testament surtout d’un chrétien, conscient d’avoir à paraître bientôt, dans des conditions tragiques, devant son Créateur, son Juge et son Sauveur. Testament auquel devait se référer quelques mois plus tard, devant les cardinaux assemblés en consistoire, une autre victime de la Révolution française, le pape Pie VI : « Ce que Nous ne saurions surtout pas passer sous silence, c’est l’opinion universelle que le Roi a donnée de sa vertu par son testament, écrit de sa main, émané du fond de son âme, imprimé et répandu dans toute l’Europe. Quelle haute idée on y conçoit de sa vertu ! Quel zèle pour la religion catholique ! Quel caractère d’une piété véritable envers Dieu ! (…) Qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? » Celui qui allait devenir confesseur de la foi, à Valence, reconnaissait au roi supplicié place de la Concorde la qualité de martyr. Avec perspicacité, il souligne, je le cite, que « le principal reproche qu’on ait élevé contre lui portait sur l’inaltérable fermeté avec laquelle il refusa d’approuver et de sanctionner le décret de déportation des prêtres et la lettre qu’il écrivit à l’évêque de Clermont pour lui annoncer qu’il était bien résolu de rétablir en France, dès qu’il le pourrait, le culte catholique ». Et le Pape concluait : « Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut martyr ? » Certes, objecte-t-il, il a apposé sa signature à cette Constitution du clergé que lui-même devait ultérieurement condamner. Mais ne l’a-t-il pas fait contraint et forcé, comme il le dit dans son testament, induit peut-être même en erreur par ses conseillers, ajoute le Pape ? Il sait que les accusations portées contre le roi sont fallacieuses et font partie d’un plan destiné à éradiquer la foi en commençant par abattre les piliers sur lesquels elle s’appuie dans la société. « L’indignation redouble encore, écrit-il, de ce que le caractère de ce Prince était naturellement doux et bienfaisant ; que sa clémence, sa patience, son amour pour son peuple furent toujours inaltérables ». Et sur ce point, l’historiographie contemporaine n’a fait que confirmer l’impression qui se dégage à la lecture du testament. Louis de France, comme le bienheureux Charles d’Autriche, a certes été la victime des circonstances historiques, mais plus encore d’une conjuration hostile au christianisme catholique. Pour Pie VI ce moment de faiblesse ne retire rien à la grandeur d’âme de la victime et à son profond attachement à l’Église. C’est pourquoi il invite les cardinaux à assister au service solennel qu’il s’apprête à célébrer pour le repos de l’âme du Roi, ajoutant même que « les prières funèbres peuvent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre puisque S. Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières ».

    Rassemblés aujourd’hui, comme les cardinaux il y a deux siècles, et dans une église qui comptait sur son territoire des monastères ou des couvents dont les noms évoquent le terrible engrenage d’une Révolution qui dévorait ses enfants – les Feuillants, les Jacobins, par exemple – nous prions donc pour le repos de l’âme du Roi tout en ne pouvant nous empêcher d’espérer qu’il intercède déjà pour nous, quoi qu’il en soit des vicissitudes qu’a connues sa cause de béatification. Cela ne signifie pas pour autant que le Roi ait été en tout exemplaire, comme l’a bien souligné le regretté Pr. Jean de Viguerie. Je ne relèverai qu’un point, qu’il reconnaît lui-même lorsqu’il écrit, avec une pointe de douleur et de regret, « qu’un Roi ne peut faire respecter les lois et faire le bien qui est dans son cœur qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile ». Le drame de Louis XVI, ce fut probablement d’avoir été trop débonnaire, de ne pas avoir suffisamment intégré l’autorité à la bonté. Un Frédéric de Prusse, ce vieux cynique, ne se serait certainement pas fait ravir son trône de cette manière !

    C’est aussi que la conception chrétienne de la royauté établit un lien pour ainsi dire charnel entre le prince et son peuple. Un lien paternel d’un côté, filial de l’autre. Qui d’entre nous ne se sent pas en quelque sorte orphelin, même deux siècles après l’événement ? Qui d’entre nous n’a pas le sentiment qu’un parricide a été commis, parricide dont notre société française n’a pas fini de payer le prix ? Le 21 janvier 1793 a constitué une fracture certainement plus considérable que le 30 janvier 1649 en Angleterre. La preuve, c’est qu’elle est toujours ouverte, alors que nos voisins ont su, semble-t-il, pragmatiquement réduire la leur. Ce qui leur vaut aujourd’hui de vivre réconciliés avec leur passé, ce qui n’est pas le cas chez nous.

    Un peuple réconcilié avec son passé, c’est aussi, vous le savez, un peuple confiant en son avenir. Je n’insiste pas. Je voudrais juste vous faire part de quelques réflexions que je porte depuis mes lointaines études de droit, et que la fréquentation de la philosophie et de la théologie n’a fait que confirmer. À l’occasion de la fête de la S. Famille, je disais que la famille est la seule institution humaine qui trouve son archétype en Dieu. Lorsque la Genèse dit que Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, qu’il le créa homme et femme, c’est déjà au mystère de la Trinité qu’il est fait allusion. De même que l’amour mutuel du Père et du Fils est ressaisi dans l’unité par le Saint Esprit, de même l’amour mutuel de l’homme et de la femme trouve son unité dans l’enfant qu’ils engendrent. La famille est ainsi à l’image de la Trinité. Elle est aussi, de la sorte, la cellule matricielle de la société, « antérieure à l’Etat » comme l’a souligné à maintes reprises le Magistère. Et la société elle-même, la nation, apparaît comme une famille de familles. Quoi de plus naturel alors qu’une famille normale pour symboliquement la représenter ? Et je dis cela justement au lendemain de la manifestation qui défend la conception traditionnelle de la famille. Il n’y a pas en effet de roi sans famille royale, même quand celle-ci déçoit en certains de ses membres comme on s’en rend compte ces temps-ci en Angleterre. C’est l’hérédité en effet qui donne au roi sa concrétude. En cela le principe royal renoue avec deux dimensions philosophiques que la pensée contemporaine a redécouvertes alors que l’époque moderne les avait occultées : celle de l’enracinement dans le temps et celle de la corporéité. Parce que le roi est un être de chair qui s’enracine dans une histoire, il est mieux à même de toucher l’homme en profondeur, jusque dans sa dimension affective. Le roi est un être concret alors que la république, par exemple, est une réalité abstraite, symbolisée dans la France post-révolutionnaire par un buste de plâtre, une tête sans corps, une idée, encline à ne mobiliser que l’intellect et à donc dégénérer en idéologie. Je ne me risquerai pas plus loin dans ce parallèle. Mais je suis tout de même frappé par le sentiment de responsabilité en même temps que d’affection qu’ont montré les grands rois envers leur peuple, sentiment qui s’exprime sur un mode tragique avec celui qui nous rassemble ce soir. Cela ne rend que plus douloureuse l’ingratitude de ces mêmes peuples et plus mortel le venin de ceux qui prétendent les gouverner. Laissons l’infortuné Pie VI conclure :

    «  Ah, France ! Toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le Siège Apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion ! Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! Et cependant tu ne peux pas ignorer, quand même tu le voudrais, que la religion est la gardienne la plus sûre et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également les abus d’autorité dans les puissances qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Et c’est pour cela que les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir et s’efforcent d’amener d’abord le renoncement à la foi catholique. Ah, encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les Lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fut pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner ! (…) Ô jour de triomphe pour Louis XVI à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de son supplice ! Nous avons la confiance qu’il a heureusement échangé une couronne royale toujours fragile et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les anges ont tissé de lys immortels ! »

  • Quatorze prêtres guillotinés le 21 janvier 1794

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    D'Evangile au Quotidien :

    BBX Jean-Baptiste Curpin du Cormier
    et treize compagnons
    Prêtres et martyrs à Laval († 21 janvier 1794)

    Jean-Baptiste Curpin du Cormier et treize compagnons, le 21 janvier 1794, juste un an après Louis XVI, furent guillotinés à Laval puis jetés dans une fosse commune à "La Croix Bataille".

    En Octobre 1792, quatorze prêtres lavallois réfractaires (qui refusaient de prêter serment à la Constitution civile du clergé) sont emprisonnés au couvent de Patience où ils ne bénéficient que de deux heures de visite par mois. Ne sont admis à les voir que les frères et sœurs obligatoirement assistés par le concierge du lieu.

    Le 13 décembre 1793, la guillotine est installée à Laval, place du Blé (actuelle place de la Trémoille) près du Tribunal révolutionnaire.

    À partir du 9 janvier 1794, tous les cultes sont interdits en France. L’église de la Trinité de Laval est transformée en "étable et magasin de fourrage" pour l’armée, puis, plus tard, en Temple de la Raison.
    Le 21 janvier 1794, à 8h30, les quatorze prêtres franchissent le seuil du tribunal où ils vont être jugés par la Commission révolutionnaire. Dix marchent péniblement et quatre sont dans une charrette ; cinq d’entre eux ont plus de 70 ans.

    Entre le 5 janvier et le 2 novembre 1794, en 150 audiences, cette Commission prononcera 328 peines de mort.
    L’accusateur public, Volcler, un ancien prêtre apostat, leur demande une dernière fois de prêter serment. « Aidé de la grâce de Dieu, je ne salirai pas ma vieillesse », lui répond le Père Philippot, 78 ans.
    « Quoi, c'est toi Volcler qui demande ma mort ? Toi que j'ai accueilli dans ma maison, admis à ma table, que j'ai tendrement aimé...», ajoute le père Migoret.
    Ils sont exécutés après avoir été empêchés par leurs gardiens de chanter ensemble un dernier "Salve Regina". Ils seront suivis de 5 vendéens qui comparaissaient eux aussi en tant qu’ennemis de la République.
    Les 4 juges, dont 2 prêtres renégats, qui assistent à l’exécution de la fenêtre d’un immeuble voisin, boivent un verre de vin rouge à chaque tête qui tombe et encouragent la foule à crier avec eux: «Vive la République, à bas la tête des calotins ! ».

    Les corps des 14 prêtres, tout comme les défunts du moment, sont jetés dans une fosse commune, à Avesnières, dans une lande nommée "La Croix Bataille" sur la route d’Entrammes.
    Dès le jour de leur exécution, les prêtres sont vénérés comme des martyrs ; on envoie des enfants tremper des mouchoirs dans leur sang.

    En 1803, un rapport de gendarmerie signale des pèlerinages, allant de 50 à 600 personnes, à "La Croix Bataille", près de la fosse commune où ils ont été ensevelis.

    Le 6 août 1816, suite aux démarches du curé d’Avesnières, les corps des 14 martyrs sont exhumés et déposés dans la chapelle Saint Roch du cimetière paroissial d’Avesnières.

    Le 9 août, ils sont transférés dans le transept sud de l'église d'Avesnières, au pied d'un monument. Une chapelle expiatoire est dressée à "La Croix Bataille" à la mémoire du prince de Talmont et des autres victimes de la Révolution. Le bâtiment est détruit en 1869.

    En 1945, Max Ingrand dessine un vitrail pour la basilique. Les 14 prêtres y sont symbolisés par 14 palmes.

    Le 19 juin 1955, le Vénérable Pie XII (Eugenio Pacelli, 1939-1958) béatifie les 14 prêtres ainsi qu’un curé et quatre religieuses également guillotinés en 1794. Les corps sont transférés dans le chœur de la basilique.

    Les quatorze prêtres guillotinés le 21 janvier 1794 :

    - Jean-Baptiste Turpin du Cormier, 64 ans, curé de la Trinité, reconnu comme le responsable, sera exécuté le dernier à la demande de Volcler, l’accusateur public.
    - Six curés : Jacques André, 50 ans, André Dulion, 66 ans, Louis Gastineau, 66 ans, François Migoret-Lamberdière, 65 ans, Julien Moulé, 77 ans et Augustin-Emmanuel Philippot, 77 ans.
    - Quatre aumôniers : Pierre Thomas, 75 ans, chez les Augustines de Château-Gontier, Jean-Marie Gallot, 46 ans, chez les Bénédictines, Joseph Pelé, 74 ans, chez les Clarisses, et Jean-Baptiste Triquerie, 57 ans, diverses maisons franciscaines.
    - Trois hors ministères : René-Louis Ambroise, 74 ans, Julien-François Morin de la Girardière, 64 ans, et François Duchesne, 58 ans.

    Lire également : Des couronnes pour les prêtres martyrs de Laval

  • France : quelles sont les origines du principal promoteur de l’euthanasie et du suicide assisté ?

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    De Grégor Puppinck sur le site de l'ECLJ :

    Aux origines de l’ADMD : eugénisme anglo-saxon et « internationale humaniste »

    18 Janvier 2026

    L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) est le principal promoteur de l’euthanasie et du suicide assisté en France depuis plus de 40 ans, mais son histoire est peu connue. C’est ce voile que nous allons lever quelque peu, pour montrer que loin de l’image lisse et consensuelle qu’elle cherche à imposer aujourd’hui, l’ADMD est directement issue des mouvements euthanasistes et eugénistes anglo-saxons, ainsi que de l’internationale « humaniste ». Cet article remonte dans le temps pour tracer l’histoire du mouvement pro-euthanasie, puis présente ses traductions politiques. Cet article résume une étude approfondie de l'histoire de La promotion de l'euthanasie au XXe sicècle disponible ici.

    L’ADMD : un « produit d’importation » (1979-1980)

    On ignore généralement que l’ADMD est un produit d’importation. Elle a été fondée en 1980 par un américain, Michel Lee Landa, après que celui-ci a publié dans Le Monde une tribune faisant l’apologie de « l’auto-délivrance »[i] en prenant d’ailleurs pour exemple la pratique américaine. Il publia cette tribune de retour d’un congrès tenu à Londres. D’emblée l’ADMD adopte le logo de l’association euthanasiste britannique Exit représentant la chaine brisée de la vie, marquée par la mort. L’acronyme ADMD figure à l’emplacement de cette brisure, c’est-à-dire de la mort. Le choix du nom « ADMD » est aussi emprunté à l’association américaine pour la légalisation de l’euthanasie qui a adopté le nom « Society for the Right to Die » en 1974. Le programme de l’ADMD est aussi copié des associations britanniques et américaines. Il consistait initialement en la promotion des « testaments de vie » (ancêtre des « directives anticipées »), dont la diffusion a été initiée aux États-Unis dans les années 1970, puis en la traduction et diffusion en France du « Guide de l’auto-délivrance » publié d’abord par Exit au Royaume-Uni, et qui donna la matière au fameux livre Suicide, mode d’emploi publié en 1982.

    L’ADMD-France s’inscrit ainsi complètement dans cette filiation anglo-saxonne ; celle-ci s’ajoute à sa filiation humaniste ou franc-maçonne qui est, elle, beaucoup plus connue. En effet, il est de notoriété publique que les principaux fondateurs de l’ADMD sont fortement engagés dans la franc-maçonnerie. C’est le cas en particulier du sénateur Henri Caillavet et de Pierre Simon.

    Les premières propositions de loi en faveur de l'euthanasie (1969-1978)

    Au Royaume-Uni, la British Humanist Association s’engagea formellement en 1968 à œuvrer pour la légalisation de l’euthanasie. De même, la National Secular Society adopta une résolution reconnaissant « le droit naturel des individus à demander l’euthanasie pour eux-mêmes lorsque leur vie est devenue intolérable, et pour leurs médecins de pouvoir les aider sans risquer d’être poursuivis pour crime »[ii]. C’est ainsi toute la mouvance de la libre-pensée britannique qui s’engagea publiquement en faveur de l’euthanasie. Cet engagement conduisit à l’introduction, à partir de 1969, d’une série de propositions de loi par des membres de cette école de pensée ; mais sans succès.

    En juillet 1974, l’American Humanist Association (AHA) publia un manifeste[iii] en faveur de l’euthanasie cosigné par les présidents des associations humanistes américaine et britannique, ainsi que par trois prix Nobel. Ce manifeste fut traduit et publié le même jour par Le Figaro, donnant le coup d’envoi de la campagne pour l’euthanasie en France. Il s’ensuivit une série de livres et de publications favorables à l’euthanasie, ainsi que le dépôt par les sénateurs Henri Caillavet et Jacques Mezard d’une proposition de loi visant à obtenir la reconnaissance légale de « testaments de vie », en 1978. Ce n’est qu’après l’échec de cette proposition de loi que l’ADMD fut fondée en France, à une époque où le mouvement euthanasiste anglo-saxon entreprit de se diffuser dans le monde.

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  • 20 janvier 1842 : la conversion d'Alphonse Marie Ratisbonne

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    La vie d'Alphonse Marie Ratisbonne après sa conversion

    Le 20 janvier 1842, dans l'église romaine de Sant'Andrea delle Fratte, Ratisbonne, qui avait reçu une célèbre apparition de la Vierge Marie, se convertit. Dès lors, sa vie changea radicalement : il devint prêtre et fonda une congrégation.

    20/1/2026

    Une conversion : un homme entre dans une église. Français d'origine juive, il se moque de tous ceux qui croient en la Vierge Marie et en l'Église catholique. Il entre dans cette église et en ressort catholique. Un éclair, un instant qui change sa vie à jamais. Ces quelques lignes pourraient résumer, de manière concise et sans fioritures, l'histoire d'Alphonse Marie Ratisbonne (1814-1884), qui, ce fameux 20 janvier 1842, en entrant dans l'église romaine de Sant'Andrea delle Fratte, changea radicalement sa vie. À jamais. Il rencontra la Vierge Marie. Jusque-là, une histoire que nous connaissons tous un peu. Mais ce jour-là ne fut pas qu'une simple conversion. Quelque chose de plus radical se produisit : le début d'un cheminement spirituel qui le mena à la prêtrise et même à la fondation d'une congrégation. Les fruits de cette apparition furent donc abondants. Mais revenons sur les étapes de ce voyage qui a commencé précisément dans l'église romaine de Sant'Andrea delle Fratte le 20 janvier 1842.

    Il faut se rappeler qu'au moment de l'apparition, Alphonse était fiancé (et sur le point de se marier) à une jeune fille nommée Flore. Elle était juive, cela va de soi. Et c'est à elle qu'il pensa peu après l'apparition de la Vierge. Il commençait à comprendre que le Seigneur l'appelait à autre chose. Flore était déterminée à ne pas suivre le jeune converti : elle ne voulait pas renoncer à sa foi juive. Ainsi, les deux se trouvèrent contraints de rompre leurs fiançailles. C'est à ce moment qu'Alphonse commença une vie de prière plus intense. Le 12 avril 1842, il écrivit ces mots au curé de Notre-Dame des Victoires à Paris : « Les lettres de ma famille m'ont rendu toute liberté ; je consacre cette liberté à Dieu et la lui offre désormais de toute ma vie pour servir l'Église et mes frères sous la protection de Marie. » Le 20 juin 1842, il entra au noviciat jésuite de Toulouse. Son cheminement spirituel se radicalisa progressivement, le menant à son ordination sacerdotale le 24 septembre 1848. Le nom qu'il choisit, en plus de celui d'Alphonse, fut Marie. Le père Alphonse Marie Ratisbonne était né.

    Le père Alphonse Marie passa une dizaine d'années dans la Compagnie de Jésus. Mais avant de prononcer ses vœux perpétuels, il était en proie à un dilemme : devait-il poursuivre sa mission au sein de la Compagnie de Jésus ou chercher à servir le peuple d'Israël d'une manière qui lui restait encore floue ? C'est alors qu'Alponse eut une révélation. Son frère Théodore, lui aussi converti au catholicisme par le baptême en 1827, quinze ans avant la conversion de son frère, avait fondé la Congrégation des Religieuses de Notre-Dame de Sion. Alphonse commença alors à songer à fonder une branche masculine. C'est ainsi que, le 30 décembre 1852 (près de onze ans après l'apparition de Sant'Andrea delle Fratte), il quitta les Jésuites pour mieux discerner la volonté de Dieu.

    Entre-temps, la société sacerdotale « Saint-Pierre » avait été fondée, germe de la Société des Prêtres Missionnaires de Notre-Dame de Sion, approuvée par l’archevêque de Paris en 1855. Mais la capitale française ne suffisait pas à Alphonse : son ambition était plus vaste. Il pensait à la Terre sainte. Cette destination tant désirée : là où Jésus-Christ était né, mort et ressuscité. Et le Seigneur n’attendit pas sa réponse. Toujours en 1855, le père Jules Level, recteur de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome, devait se rendre en Terre sainte avec son frère Nestor. Cependant, ce dernier mourut subitement le 4 janvier 1855. C’est alors qu’Alphonse partit à sa place. Le 13 septembre 1855, Alphonse écrivait : « Toute ma vie, j’ai ressenti une irrésistible attirance pour Jérusalem ; mais à partir de ce moment, je me suis senti à jamais cloué, prisonnier, comme enchaîné. » Ainsi en fut-il : dès lors, Alphonse associa son nom à la Terre Sainte. Il convient de rappeler que son œuvre missionnaire s'inscrivait pleinement dans la continuité de celle de son frère aîné, Théodore. En 1856, les premières Sœurs de Notre-Dame de Sion arrivèrent en Terre Sainte. D'où la nécessité de construire le couvent « Ecce Homo » dans la Vieille Ville de Jérusalem. À cette occasion, des fouilles furent entreprises, qui mirent au jour de nombreuses reliques précieuses, datant d'avant et d'après Jésus-Christ. Parallèlement au couvent, un projet de plusieurs écoles pour enfants fut également mis en œuvre : en 1881, près de 200 enfants étaient inscrits à Ecce Homo. Un autre pensionnat fut également fondé, celui d'Ein Karem : en 1883, il accueillait une centaine d'enfants.

    Ce n'est toutefois qu'après la mort de Théodore et d'Alphonse que la société sacerdotale approuvée par l'archevêque de Paris en 1855 devint une véritable congrégation. En 1893, elle prit le nom de Congrégation des Prêtres Missionnaires de Notre-Dame de Sion, puis, après la Seconde Guerre mondiale, celui de Congrégation des Religieuses de Notre-Dame de Sion. Aujourd'hui, elle est présente au Brésil, en Israël et en France.

    La Vierge Mariefille de Sion : la Vierge apparue à Ratisbonne et qui le convertit au christianisme. Sion, un nom qui s’est « présenté » à Ratisbonne non seulement comme une apparition, mais aussi comme un projet de vie.

  • Comment l'année de Georges Lemaître à Cambridge a mené au Big Bang

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    De Samuel McKee sur le Catholic Herald :

    Comment l'année de Georges Lemaître à Cambridge a mené au Big Bang


     
    17 janvier 2026

    Il y a un siècle, un Georges Lemaître alors inconnu arrivait en Grande-Bretagne, porteur d'une formidable opportunité. Après avoir étudié la physique mathématique en Belgique et obtenu sa maîtrise, ce domaine n'était pas exploitable hors de son pays natal. Ayant obtenu l'autorisation et le financement nécessaires, il fut admis au St Edmunds College de l'Université de Cambridge pour préparer un doctorat sous la direction du légendaire physicien mathématicien Sir Arthur Eddington.

    Eddington était alors un scientifique de grande renommée, ayant contribué à la célébrité mondiale d'Einstein grâce à sa démonstration phénoménale de la théorie de la relativité du physicien allemand. Il avait photographié l'éclipse de 1919 depuis la minuscule île africaine de Principe. La lumière des étoiles entourant le soleil, déviée par la gravité solaire, est l'une des photos les plus célèbres de l'histoire des sciences. Pour Lemaître, avoir l'opportunité de travailler sous sa direction était un immense privilège, mais il était recommandé par ses pairs et avait déjà publié des travaux de qualité en Belgique. Eddington, lui-quaker, était même suffisamment ouvert d'esprit pour accueillir le prêtre-physicien et était réputé pour sa gentillesse et sa disponibilité envers ses étudiants. Après tout, Eddington avait été parmi les premiers à promouvoir les femmes en astronomie et était un véritable internationaliste.

    À son arrivée, Lemaître fut logé à St Edmunds House, où les archives de son séjour sont encore conservées et précieuses pour l'Université. Il y a rencontré deux autres catholiques afin d'assister à la messe quotidienne. Le Dr Simon Mitton, membre à vie du St Edmunds College de l'Université de Cambridge, catholique fervent, membre de la Royal Astronomical Society et éminent historien de l'astronomie, a retrouvé l'ancien fauteuil de Lemaître, qui porte désormais son nom. Il est conservé à la chapelle catholique du collège en souvenir de son passage.

    Prévu pour un séjour d'un an seulement, Lemaître a poursuivit ses travaux sur l'application des équations d'Einstein au cosmos. Il était l'un des rares, à l'époque, à posséder le savoir-faire mathématique nécessaire pour relever un tel défi. Il ne tarda pas à constater (à l'instar d'Alexandr Friedmann à travers l'Europe) la conclusion surprenante qui découlait essentiellement des équations d'Einstein : l'univers devait avoir émergé d'un état primordial. Cette « singularité » correspondait à un instant précis du passé fini. À la fin de son séjour à Cambridge, Lemaître avait tissé des liens étroits avec Eddington et les deux hommes continuèrent de collaborer.

    Einstein lui-même était notoirement révulsé par l'idée d'un commencement de l'univers. Dans ce qu'il appela plus tard sa « plus grande erreur », il manqua la théorie du Big Bang en introduisant un facteur d'ajustement, permettant ainsi à Lemaître et Friedmann de la résoudre indépendamment. Lorsque Lemaître contacta Einstein pour lui faire part de ses travaux mathématiques, il lança à l'Allemand, sur le ton de la plaisanterie : « On dirait que vous avez inventé un jour sans hier. » Einstein resta sceptique jusqu'à ce que les travaux d'Edwin Hubble à l'observatoire du Mont Wilson, aux États-Unis, sur le décalage vers le rouge de la lumière provenant de galaxies lointaines, prouvent que l'univers était bel et bien en expansion. Il n'était désormais plus possible de truquer les chiffres. L'observation avait bel et bien confirmé la théorie.

    C’est là que la relation que Lemaître avait nouée avec Eddington lors de son année à Cambridge s’avéra extrêmement fructueuse. Tandis qu’Eddington appliquait la relativité à l’astronomie à sa manière, Lemaître prit l’initiative de lui faire part de ses propres découvertes. Ils dialoguèrent pendant des semaines lors d’une traversée transatlantique, au cours de laquelle Lemaître lui révéla ses travaux. Eddington fut stupéfait d’apprendre qu’ils n’avaient pas été publiés lorsque Lemaître lui expliqua qu’ils l’avaient été, en réalité, des années auparavant – dans une obscure revue belge. Eddington s’empressa alors de les faire traduire en anglais et publier dans les actes de la Royal Astronomical Society.

    À peine un an plus tard, le premier symposium consacré à ce qui allait devenir le « Big Bang » était organisé par Sir Fred Hoyle. Einstein, Eddington et Lemaître étaient tous présents, et la physique devait une fois de plus composer avec des découvertes révolutionnaires, marquant une véritable révolution scientifique depuis la Première Guerre mondiale. Après la relativité et la physique quantique, l'univers connaissait désormais un commencement. En 1931, Eddington publia la première explication vulgarisée du Big Bang en langue anglaise dans son ouvrage * The Expanding Universe* . Il y rend un vibrant hommage à Lemaître, tout en exprimant son propre malaise face à l'idée même de « Big Bang ».

    Ce qui suivit fut une véritable révolution miniature, où Lemaître dut composer avec les tentatives de l'Église de concilier son œuvre avec une lecture littérale de la Genèse. Ce ne fut pas toujours chose aisée pour ce prêtre-physicien, qui se sentait le plus heureux auprès de ses étudiants à Louvain. Après la mort d'Eddington en 1944, Lemaître devint le premier récipiendaire de la médaille Eddington en astronomie pour ses travaux.

    Nous pouvons nous réjouir, d'un point de vue historique, qu'il y a un siècle, Monseigneur Georges Lemaître ait rejoint le St Edmunds College de l'Université de Cambridge. Le hasard fit en sorte qu'il côtoie l'astrophysicien le plus influent et le plus ouvert d'esprit de son temps, dont l'aisance et la simplicité, caractéristiques de l'époque britannique, permirent d'établir une excellente collaboration. Nous ne pouvons que spéculer sur ce qu'il en aurait été autrement, mais à l'approche du centenaire de la publication de son article le plus célèbre, il s'agit sans aucun doute d'une victoire pour la science.

  • Le Mexique commémore le centenaire de la guerre des Cristeros

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    De kath.net/news :

    Le Mexique commémore le centenaire de la guerre des Cristeros

    19 janvier 2026

    Les lois contre l'Église, votées par le président Calles en 1926, ont poussé les croyants à prendre les armes – un grand rassemblement de jeunes et un congrès rappellent un conflit qui n'a guère été abordé jusqu'à présent.

    Il y a près de cent ans, le 14 juin 1926, la « Ley Calles » était promulguée au Mexique. Cet ensemble de lois, édicté par le président Plutarco Elias Calles (1877-1945), restreignait sévèrement la pratique publique du culte et plaçait l'Église sous le contrôle de l'État, engendrant des années d'insécurité généralisée, de persécution et de fortes tensions entre l'État et l'Église. Les croyants opposèrent alors une résistance armée lors d'un conflit qui, selon la Conférence épiscopale nationale, fit 200 000 morts et est entré dans l'histoire sous le nom de « Guerre des Cristeros ». D'après les historiens, les répercussions de ce conflit continuent de façonner la société mexicaine et l'Église jusqu'à nos jours.

    Aujourd'hui, la Ley Calles est considérée comme le fruit d'une stratégie anticléricale de longue haleine menée par l'État mexicain, dont les racines remontent au XIXe siècle. Les réformes libérales et les idéologies laïques, influencées par les modèles européens et les mouvements américains, visaient à limiter l'influence de l'Église catholique. Après la Révolution mexicaine (1910-1920) et l'échec, en 1925, de la création d'une Église d'État catholique distincte au Mexique, indépendante de Rome, le président Calles appliqua avec une sévérité particulière les dispositions constitutionnelles anti-Église déjà en vigueur. Pour une grande partie de la population, majoritairement catholique, cela se traduisit par une profonde intrusion dans leurs pratiques et leur identité religieuses, contribuant à l'escalade du conflit.

    La réglementation de 1926 excluait en grande partie l'Église catholique de la sphère publique. L'instruction religieuse était interdite, de même que les symboles et les processions religieuses. Toutes les autres activités de l'Église furent placées sous le contrôle de l'État, le culte public fut sévèrement restreint et l'Église fut privée de sa personnalité juridique et de ses droits de propriété. Les prêtres étaient tenus de s'enregistrer, devaient être d'origine mexicaine et leur nombre était limité par État. De plus, il leur était interdit de critiquer l'État. Les infractions étaient passibles de lourdes amendes ou d'emprisonnement. En outre, les autorités étatiques étaient habilitées à fermer ou à confisquer les églises, les monastères, les écoles ou les maisons paroissiales.

    Suspension des offices religieux publics :
    En réponse, le 31 juillet 1926, les évêques mexicains suspendirent les messes publiques dans tout le pays. Des appels au boycott des lois et des produits des entreprises liées à l'État se firent entendre, ainsi qu'une large solidarité avec les victimes. Le gouvernement intensifia la répression par des arrestations massives, des expulsions et des actions militaires contre la population civile, ce qui mena à une escalade du conflit : les « Cristeros » — laïcs, populations rurales et communautés villageoises entières — se soulevèrent contre l'intervention de l'État ; des prêtres participèrent également au soulèvement. Leur nom provient du cri « ¡Viva Cristo Rey! » (Vive le Christ Roi !), né lors d'interrogatoires où les prisonniers, contraints de prêter allégeance à l'État, affirmaient leur appartenance religieuse.

    Le gouvernement, militairement et technologiquement supérieur, répliqua par de nombreuses exécutions. Des dizaines de victimes ont par la suite été béatifiées ou canonisées par l'Église catholique, parmi lesquelles des personnalités telles que les prêtres Miguel Agustín Pro et Mateo Elias Nieves Castillo, ainsi que le laïc Anacleto González Flores. Le pape François a canonisé José Sánchez del Río à Rome en 2016. Ce dernier avait rejoint les rebelles et servi comme courrier et messager pour eux ; il fut exécuté à l'âge de 14 ans seulement après avoir subi de terribles tortures.

    Le conflit armé prit officiellement fin en 1929 avec un accord entre le gouvernement mexicain et les évêques, conclu sous d'intenses pressions diplomatiques et grâce à la médiation de l'ambassadeur américain Dwight W. Morrow. Cet accord permit la reprise des offices religieux publics et abrogea de fait les mesures les plus sévères des Ley Calles. Malgré la fin officielle du conflit, les violences et la répression locales, notamment la persécution et le meurtre de Cristeros désarmés, persistèrent pendant des années. Ce n'est qu'avec la réforme législative de 1992 que l'Église catholique au Mexique recouvra la pleine souveraineté.

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  • Le regretté George Pell et ses ennemis, deuxième partie

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    De sur le CWR :

    Le regretté George Pell et ses ennemis, deuxième partie

    Le défunt cardinal Pell a été vilipendé par des médias australiens anti-catholiques et il se pourrait qu'il ait été piégé par des employés avides du Vatican pour l'éliminer.

    Vous pouvez lire la première partie de cette chronique ici .

    En 2014, le pape François, nouvellement élu, décida d'assainir les finances du Vatican. Il nomma le cardinal australien George Pell (1941-2023) premier préfet de son nouveau Secrétariat pour l'Économie. Pell était perçu comme un cardinal pragmatique, rigoureux et intelligent, capable de mobiliser ses pairs et de les inciter à redresser la situation.

    Pell a ordonné des audits, établi des directives et lancé une enquête sur les finances des différents services du Vatican. On pourrait croire qu'une simple tentative d'instaurer la transparence dans les finances du Vatican ne susciterait aucune controverse. Ce serait une erreur.

    Alors même que Pell commençait à mettre au jour des problèmes, une série d'accusations d'abus sexuels sur mineurs ont été portées contre lui en Australie en 2017. Alors qu'il aurait pu rester à Rome et éviter le procès comme  d'autres  l'ont fait, il a choisi de retourner dans son pays natal pour laver son nom.

    La police de Victoria n'a apparemment ménagé aucune dépense pour tenter de dénicher des informations compromettantes sur George Pell — et lui seul — remontant à 2013. Elle a présenté des dizaines de témoins devant le tribunal en 2018, mais ces prétendus témoins n'ont pu fournir que des accusations et des témoignages flous, ce qui explique pourquoi le jury n'a pas pu parvenir à un verdict.

    Leur indécision n'est pas surprenante, car les deux accusations les plus graves portées contre Pell paraissent ridicules à quiconque assiste régulièrement à la messe catholique. Deux garçons ont affirmé que Pell s'était exhibé devant eux après la messe, dans la sacristie de la cathédrale. Mais comment Pell aurait-il pu raisonnablement faire cela, alors qu'il portait ses habits liturgiques ? Pourquoi ne se serait-il pas trouvé à l'extérieur de l'église, comme tous les autres prêtres après la messe du dimanche (y compris Pell lui-même), en train de discuter avec ses paroissiens ? Où étaient les autres prêtres qui accompagnent habituellement l'évêque à la messe ? Et n'aurait-il pas été incroyablement stupide pour un prêtre de s'exhiber dans un lieu public comme la sacristie, où un paroissien pouvait arriver à tout moment pour demander la bénédiction d'un nouveau chapelet ?

    Malgré le caractère absurde des accusations, Pell a été reconnu coupable lors d'un nouveau procès. Condamné à la prison en 2019, il y a passé 404 jours, presque entièrement à l'isolement, privé même du droit de célébrer la messe.

    Mais Pell a fait appel de cette décision devant la Haute Cour d'Australie, et celle-ci a cassé son jugement en 2020. Après sa libération, il a publié ses  journaux de prison  pour financer les frais de sa défense.

    Pell souffrait de problèmes cardiaques depuis 2010, en partie à cause de son travail épuisant et de ses nombreux déplacements. Bien que ces problèmes cardiaques rendaient toute intervention chirurgicale dangereuse, il décida de se faire poser une deuxième prothèse de hanche en raison de douleurs constantes. Il craignait également que la santé déclinante du pape François n'entraîne prochainement un nouveau conclave et « était déterminé à faire entendre sa voix » ¹  alors que les cardinaux se réunissaient en amont. Le décès de Pell fut inattendu car il semblait se porter bien immédiatement après l'opération, mais sa mort fut attribuée à son état cardiaque.

    Avec le recul, il est aisé de constater qu'une série de coïncidences fascinantes s'est produite durant le mandat de Pell comme préfet du Secrétariat à l'Économie. Au moment même où il enquêtait sur des irrégularités financières au Vatican, il fut contraint de quitter Rome et de comparaître devant un tribunal pour des accusations si fragiles qu'elles en sont à peine crédibles. Durant cette même période, plusieurs personnes au sein du Secrétariat d'État, dont un cardinal, furent impliquées dans un système financier de détournement de fonds et d'extorsion, ce qui entraîna leur condamnation  (bien qu'ils aient fait appel) en 2023. Après sa libération, Pell découvrit qu'en 2019 – alors qu'il était lui-même en procès – une personne au Vatican avait transféré 2 millions de dollars à un individu en Australie, apparemment sur ordre de ce même cardinal. En 2021,  Pell demanda publiquement au cardinal de s'expliquer sur l'identité du destinataire de ces 2 millions de dollars et sur les raisons de ce transfert. Le monde attend toujours une réponse convaincante.

    Il est clair que le cardinal George Pell avait de nombreux ennemis. Il a été diffamé par des médias australiens anti-catholiques et il est possible qu'il ait été piégé par des employés du Vatican avides de pouvoir pour l'éliminer. Au fil des ans, des manifestants anti-catholiques (dont certains offensés par ses propos sur l'homosexualité) ont organisé des piquets de grève devant ses messes, l'ont menacé et ont tagué sa cathédrale d'attaques personnelles.

    Nous pouvons éprouver plus de sympathie pour un groupe de personnes qui se sont publiquement opposées à Pell. Les Australiens victimes d'abus sexuels (ou leurs proches) ont peut-être cru, à tort, que la condamnation de Pell leur permettrait de se venger de leurs agresseurs. Bien que les abus sexuels soient notoirement difficiles à prouver de manière concluante, des affaires récentes très médiatisées   ont montré que lorsqu'une victime confronte publiquement les véritables agresseurs, d'autres victimes se sentent souvent libres de témoigner également, révélant ainsi l'existence d'un comportement criminel récurrent, et non d'un incident isolé ou non vérifiable. Aucune autre victime ne s'est manifestée pendant ou après les procès publics intentés à George Pell.

    Mais Dieu connaît la vérité sur George Pell, non seulement sur sa culpabilité ou son innocence concernant ces accusations, mais aussi sur le fait qu'il soit désormais un saint au Ciel.

    On pourrait certes contester la sainteté de Pell, car il se montrait parfois brusque lorsqu'il était attaqué verbalement et s'exprimait avec une franchise qui pouvait heurter la sensibilité de beaucoup. Mais il était aussi disposé à s'excuser, à rectifier ses propos et à reconnaître ses erreurs. Il n'a jamais manifesté d'animosité envers ceux qui l'avaient accusé et condamné à tort, allant même jusqu'à plaisanter avec ses amis en disant qu'être en prison, c'était comme être « en retraite spirituelle » .

    Au lieu de cela, il a obéi au commandement de notre Seigneur : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. »  Ses journaux de prison évoquent également les réflexions d'un prêtre catholique lors d'un moment de solitude paisible avec Jésus-Christ, et non celles d'un homme âgé, coupable et confiné à l'isolement, qui sait qu'il finira probablement ses jours en prison. Cela aurait pu arriver à Pell.

    Si certains saints ont été facilement identifiés comme des hommes et des femmes saints de leur vivant — seuls quelques athées étaient perplexes quant à la sainteté de Mère Teresa de Calcutta, par exemple —, ce n'est pas toujours le cas.

    À la mort de saint Jean de la Croix en 1591, deux prêtres répandirent de diffamation à son sujet à travers l'Espagne, et malheureusement, on les crut. Un siècle plus tard, leurs mensonges furent démentis, ses écrits examinés en détail, des miracles se produisirent par son intercession, et Jean fut canonisé. On pourrait raconter des histoires similaires concernant saint Gérard Majella, la bienheureuse Anne Catherine Emmerich et d'autres saints, ainsi que de nombreux martyrs.

    En mars 2025, un garçon de dix-huit mois est tombé dans une piscine et a cessé de respirer pendant cinquante-deux minutes. Il aurait dû mourir ou, à tout le moins, subir de graves lésions cérébrales, cardiaques ou pulmonaires. Ses parents, qui avaient rencontré le cardinal Pell en 2021, ont prié sans relâche pour son intercession afin de sauver leur enfant pendant cette période où il était, littéralement, en danger de mort. Contre toute attente, le bébé a survécu, a été débranché de l'assistance respiratoire et n'a présenté aucune séquelle.

    Est-ce un miracle ? Dieu accordera-t-il des grâces surnaturelles à ceux qui implorent l’intercession de George Pell, ne serait-ce que pour nous convaincre de l’injustice subie par ce prêtre catholique fidèle et dévoué ? L’avenir nous le dira.

    Quoi qu’il en soit, nous pouvons espérer que ceux qui considéraient George Pell comme leur ennemi réfléchiront à leurs propres erreurs passées, demanderont pardon et prieront pour ceux qui leur ont fait du mal. Car c’est précisément ce que le cardinal George Pell, à l’exemple de Jésus-Christ, a fait pour eux.

    Notes de fin : 

    1  Tess Livingstone,  George Cardinal Pell : Pax Invictis  (San Francisco : Ignatius Press, 2024), 27.

    2  Ibid., 465.

    3  Matthieu 5:44

  • Le huitième centenaire de la cathédrale des saints Michel et Gudule

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    De Bérengère de Portzamparc sur aleteia.org :

    Bruxelles fête les 800 ans de sa cathédrale

    Obraz poglądowy artykułu Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles

    A Bruxelles, l’année 2026 sera ponctuée d'événements religieux et culturels autour de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule qui fête les 800 ans de pose de sa première pierre, en 1226.

    10/01/26

    La cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles fête ce dimanche 11 janvier les 800 ans de la pose de sa première pierre. Pour l'occasion, une messe y est célébrée ce jour-là en présence du cardinal Pietro Parolin  qui représentera le Pape. La cathédrale est un lieu emblématique de la vie des Belges et accueille notamment  tous les grands événements royaux. 

    Fêter les 800 ans d’une cathédrale, ce n’est pas rien ! Et c'est pourquoi à Bruxelles, l’année 2026 sera ponctuée d'événements religieux et culturels autour de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule qui fête les 800 ans de pose de sa première pierre, en 1226. 

    Lire la suite sur aleteia.org

  • Le regretté George Pell et ses ennemis, première partie

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    De Dawn Beutner sur le Catholic World Report :

    Le regretté George Pell et ses ennemis, première partie

    Comment, dans les années 1990, l'archevêque Pell est devenu le bouc émissaire public de tous les crimes commis par les prêtres et les évêques catholiques en Australie.

    Le 10 janvier 2023, George Pell, cardinal-prêtre de l'Église catholique et ancien archevêque de Sydney et de Melbourne, est décédé subitement le lendemain d'une opération de la hanche. Il avait 81 ans.

    Il peut paraître étrange qu'un cardinal ait des ennemis, mais il est indéniable que George Pell en avait. La couverture médiatique laïque de sa carrière, avant comme après sa mort, était ponctuée de rappels constants au public qu'il était ce qu'il y a de pire qui soit : un prêtre catholique orthodoxe et conservateur.

    Mais pourquoi ces ennemis autoproclamés, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Église, le haïssaient-ils autant ?

    George Pell est né à Ballarat, dans l'État de Victoria, en Australie, en 1941. Son père, ancien champion de boxe poids lourd, était un membre peu pratiquant de l'Église d'Angleterre, tandis que sa mère, fervente catholique, veillait à ce que ses trois enfants assistent à la messe tous les dimanches et récitent le chapelet à la maison. Pendant la majeure partie de la jeunesse de George, ses parents ont tenu un hôtel. Un ancien camarade de classe se souvenait l'avoir vu servir des boissons aux employés du pub de l'hôtel le samedi.

    George a fait ses études dans des écoles catholiques et s'est forgé une réputation d'excellent élève et d'athlète de haut niveau. À dix-huit ans, il avait décidé de devenir médecin et avait signé un contrat pour jouer professionnellement dans la Ligue australienne de football.

    Mais alors, « un petit nuage », un  sentiment persistant d'insatisfaction, le poussa à franchir la porte de l'aumônier de son école. Bien que l'aumônier se soit déjà dit que George avait l'étoffe d'un prêtre, George lui-même n'en était pas si sûr. Le père de George était déçu qu'il veuille renoncer à une carrière sportive, mais il lui dit de prendre sa propre décision.

    George choisit d'entrer au séminaire, où il fit rapidement preuve de qualités de meneur. Certains de ses camarades le trouvaient trop agressif, notamment sur le terrain de football, ce qui n'avait rien d'étonnant pour un athlète entraîné. Mais le personnel du séminaire savait comment tirer profit d'un leader né, qui inspirait le respect et possédait un esprit vif : l'envoyer terminer ses études à l'Université pontificale urbanienne de Rome.

    George fut ordonné prêtre à la basilique Saint-Pierre, obtint une licence en théologie sacrée à Rome et un doctorat en histoire de l'Église à Oxford. Peut-être pour inculquer à ce jeune prêtre brillant un peu d'humilité, il fut d'abord envoyé comme vicaire dans une paroisse isolée, où personne ne s'intéressait à ses nombreux diplômes (voire même n'en avait connaissance). Mais il s'y intégra parfaitement. Pendant les vingt années suivantes, il exerça son ministère comme curé, obtint une maîtrise en éducation, dirigea des instituts d'enseignement catholique, fut rédacteur en chef du journal diocésain et recteur de séminaire.

    Tout cela s'est déroulé dans l'Australie des années 1970 et 1980, à une époque où les dévotions catholiques traditionnelles et les enseignements moraux étaient largement délaissés, tandis que l'expérimentation liturgique et l'éthique situationnelle étaient très en vogue. Cela n'a pas empêché George d'exposer les croyances de l'Église.

    Lorsque George, en tant que recteur, tenta de rétablir quelques pratiques dévotionnelles simples dans son séminaire, comme la prière du chapelet en commun et une fréquentation de la messe plus régulière que le seul dimanche, la réaction de son personnel fut si hostile qu'on aurait cru qu'il prônait le martyre. Il s'attira également les foudres des catholiques libéraux par ses nombreux articles en faveur de la morale catholique traditionnelle.

    Intellectuel, George était davantage historien que théologien. Prédicateur, il n'hésitait pas à aborder des sujets difficiles, allant jusqu'à rappeler aux étudiants, lors d'une messe pour les jeunes, le taux élevé de chlamydiose en Australie² afin de souligner que la luxure n'est pas l'amour. Fait intéressant, il intégrait souvent de la poésie à ses homélies, témoignant ainsi de son amour personnel pour la littérature.

    Mais la caractéristique la plus marquante de ses sermons, discours et écrits était sa volonté de parler franchement des questions de foi et de morale, sans pour autant manifester d'animosité. Cette habitude ne changea pas lorsqu'il devint archevêque de Melbourne en 1996, archevêque de Sydney en 2001, puis cardinal en 2003.

    Malheureusement, la plupart des articles consacrés au mandat de George Pell comme archevêque s'attardent non pas sur ses nombreux accomplissements pour ses archidiocèses, mais sur la question des abus sexuels. Bien qu'un nombre alarmant de prêtres australiens aient été accusés de manière crédible d'abus sexuels sur mineurs – comme c'est le cas partout dans le monde touché par la révolution sexuelle –, rien ne prouve que George Pell puisse être considéré comme l'un d'eux.

    En 1996, six ans avant la crise des abus sexuels survenue aux États-Unis durant le Carême prolongé de 2002, l'archevêque Pell a instauré le « Protocole de Melbourne » afin de répondre aux allégations d'abus sexuels sur mineurs dans son archidiocèse. Si les pratiques qu'il a mises en place ne sont pas considérées comme exhaustives selon les normes actuelles, il convient de rappeler qu'il fut le premier évêque du XXe siècle au monde à s'attaquer de front à ce problème.

    Il est également reproché au jeune père Pell d'avoir été complice, car il exerçait son ministère dans la même paroisse que Gerald Ridsdale, un prêtre australien finalement condamné pour de multiples agressions sexuelles sur mineurs et réduit à l'état laïc. En tant qu'évêque auxiliaire, Pell s'est même présenté au tribunal pour soutenir Ridsdale à une occasion, mais apparemment uniquement par obéissance à son archevêque. Comme rien ne prouve que Pell ait jamais eu connaissance des agissements de Ridsdale durant les douze mois qu'ils ont passés dans la même paroisse, il est raisonnable de supposer que Pell n'était qu'une victime parmi tant d'autres. Après tout, quiconque parvient à impunément abuser d'au moins soixante-cinq enfants doit être un maître de la manipulation. Ridsdale est décédé en 2025 à l'âge de quatre-vingt-dix ans, alors qu'il était toujours en prison.

    Pour toutes ces raisons, de nombreux groupes nourrissaient une vive hostilité envers le cardinal George Pell. Sa volonté de s'attaquer aux cas d'abus sexuels sur mineurs au sein de l'Église en Australie a fait de lui la cible de nombreuses critiques, tandis que d'autres évêques préféraient fermer les yeux. Les médias avaient véhiculé l'idée qu'il était proche d'un prêtre pédophile condamné. Son engagement en faveur de la doctrine morale catholique, allant jusqu'à refuser la communion à des militants homosexuels qui exprimaient leurs convictions pendant la messe, a provoqué de vives protestations.

    Avec l'aide de la presse australienne, Pell est devenu le bouc émissaire public de tous les crimes commis par les prêtres et les évêques catholiques du pays.

    Puis vint l'année 2014, où l'obéissance de Pell au pape entraîna une persécution encore plus grande.

    (La deuxième partie de cet essai sera publiée demain.)

    Notes de fin :

    1  Tess Livingstone,  George Cardinal Pell : Pax Invictis  (San Francisco : Ignatius Press, 2024), p. 83.

    2  George Pell,  Test Everything: Hold Fast to What is Good  (San Francisco: Ignatius Press, 2015), 299.

    3  Tess Livingstone,  George Cardinal Pell : Pax Invictis  (San Francisco : Ignatius Press, 2024), 312.


    Dawn Beutner  est l'éditrice d'un nouvel ouvrage intitulé « Tout est possible : Écrits choisis de Mère Cabrini » (Ignatius Press, 2025). Elle est également l'auteure de « Le Levain des Saints : Apporter le Christ dans un monde déchu » (Ignatius Press, 2023) et de « Saints : Devenir une image du Christ chaque jour de l'année », également publiés chez Ignatius Press. Elle tient un blog à l'adresse dawnbeutner.com et s'engage depuis plus de trente ans dans divers ministères pro-vie.

  • C'est l'incroyant moderne qui est finalement dépourvu de joie, et la société incrédule moderne qui est sans espoir

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    Le défi que Pierre Manent lance à l'Occident est complexe, affranchi de toute simple nostalgie.

    Dans son ouvrage « Challenging Modern Atheism and Indifference: Pascal's Defense of the Christian Proposition », Manent affirme que c'est l'incroyant moderne qui est finalement dépourvu de joie, et la société incrédule moderne qui est sans espoir.

    Au milieu du XVIIe siècle, Blaise Pascal n'était pas le seul à s'inquiéter du fait que sa nation et son continent n'étaient plus suffisamment chrétiens. Aujourd'hui, l'idée d'une société chrétienne est bien plus éloignée de la réalité qu'à l'époque de Pascal, et pourtant, comme l'écrivait T.S. Eliot dans son introduction à l'édition de poche de 1958 des  Pensées de Pascal chez Dutton, le monde moderne compte encore un nombre non négligeable de personnes pour qui « le christianisme, et le christianisme catholique, expliquent le mieux le monde et surtout le monde moral intérieur ».

    L’œuvre de Pascal nous offre une sagesse précieuse pour réfléchir non seulement à la manière d’être des chrétiens authentiques à chaque génération, mais aussi à la façon de reconstruire aujourd’hui la société occidentale sur la base de la foi qui l’a longtemps définie. Pierre Manent, figure emblématique de la philosophie politique française, réinterprète Pascal pour notre temps, ravivant l’espoir d’un avenir fidèle à la foi.

    Dans son nouvel ouvrage publié aux Presses de l'Université de Notre Dame,  *Challenging Modern Atheism and Indifference: Pascal's Defense of the Christian Proposition*  ( traduit par Paul Seaton ), Manent commence par un constat sans détour de l'état spirituel actuel de son continent : « L'Europe n'aborde pas la question de Dieu, si ce n'est pour la tenir à distance. Elle ne fait que l'effleurer afin de ne pas en être affectée. » En Europe aujourd'hui, et sans doute aussi aux États-Unis, on ne sait guère par où commencer pour examiner ce qu'est le christianisme, ce qu'il devrait être, ou ce qu'il devrait apporter à l'individu. Plus important encore, rares sont ceux qui osent même s'interroger sur la possibilité d'être un  peuple chrétien . Comme le souligne Manent dans un ouvrage précédent, *  Beyond Radical Secularism* ( 2015 ), la société chrétienne est devenue presque du jour au lendemain « un monde aussi éloigné de nous que les Grecs et les Romains ».

    C'était une anomalie dans le système séculier ; aussi, lorsque des foules de jeunes adultes, chapelets à la main, ont encerclé la cathédrale Notre-Dame de Paris, menacée par les flammes, le 15 avril 2019, implorant qu'on l'épargne, ce jour-là, tandis que le père Jean-Marc Fournier se précipitait à l'intérieur pour sauver la relique de la couronne d'épines du Christ, c'était comme si les plus hautes valeurs d'une époque révolue avaient fait irruption dans le relativisme établi de l'ère post-chrétienne. Une église, et par extension l'  Église, semblait de nouveau primordiale aux yeux du monde. Ou peut-être un géant endormi s'était-il brièvement réveillé.

    Dans ces moments-là, l'indifférence envers le christianisme, ancrée dans ce qu'Eliot décrit comme le « point de vue incrédule » de Voltaire, paraît absurde. Nous comprenons que tout n'est pas perdu. Il reste encore un territoire religieux intact, et un travail de restauration passionnant nous attend, nous qui croyons. Comme l'écrit Daniel J. Mahoney dans sa préface minutieuse à  *Challenging Modern Atheism and Indifference* , « l'Europe ne peut échapper à l'influence du christianisme ».

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  • Alors que les barbares se tenaient autrefois aux portes, aujourd'hui, ils s'installent à l'intérieur...

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    Du sur le CWR :

    Retrouver le fil d'or de la civilisation occidentale

    Alors que les barbares se tenaient habituellement à l'extérieur des portes, constituant une menace visible, aujourd'hui ils se tiennent fermement à l'intérieur.

    À quoi ressemblerait l'effondrement de la civilisation ?

    On pourrait immédiatement penser aux coupures d'électricité, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, à la violence urbaine et au dysfonctionnement de l'État. Certes, ces éléments peuvent témoigner du fonctionnement d'une société moderne, mais ils ne constituent pas l'essence même de la civilisation. Une personne civilisée ne se contente pas de vivre en ville (la « civitas » , qui donne son nom à la civilisation), mais se conforme à un idéal culturel. Un barbare vit au gré de ses besoins et désirs immédiats, tandis qu'une personne civilisée pense et agit selon des principes plus élevés de décence et de noblesse, reconnaissant des valeurs supérieures au sein de l'âme et de la société.

    Les grandes civilisations se sont fixé des objectifs qui transcendent les préoccupations quotidiennes, tels que le perfectionnement de l'esprit, la culture des arts et la promotion d'une vie vertueuse. Le barbare ne peut saisir l'essence ni la finalité de ces fins, les jugeant impraticables ou vaines, ce qui explique pourquoi il était souvent connu pour détruire les acquis de la civilisation. Ceux qui œuvraient à bâtir un héritage culturel en comprenaient généralement la fragilité et la nécessité constante de le transmettre et de le défendre.

    Alors que les barbares se tenaient autrefois aux portes, menaçants et invisibles, aujourd'hui, ils s'y installent. Nous sommes les barbares. Nous avons peu à peu sapé les acquis des deux mille cinq cents dernières années, les rejetant sans les transmettre à nos enfants. Notre façon de parler, de nous habiller, de penser, d'agir et, surtout peut-être, de nous divertir, témoigne d'un manque d'âme civilisée. Et cette corruption intérieure s'est déjà manifestée extérieurement : nous méprisons la vie humaine, corrompons les enfants par l'idéologie à l'école et laissons les foules semer le chaos.

    La civilisation occidentale a été menacée d'extinction à maintes reprises. Lors de l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, envahi par une succession de tribus germaniques, l'œuvre de Boèce et de Cassiodore a assuré la survie du savoir classique grâce à leurs manuels et traductions, copiés par des générations de scribes monastiques. Lorsque ces populations barbares se convertirent enfin au catholicisme et commencèrent à rétablir l'ordre sous Charlemagne, une nouvelle vague d'invasions détruisit une grande partie de ce qui avait été accompli. Alfred le Grand, combattant la Grande Armée païenne, entreprit personnellement de traduire des ouvrages importants du latin en vieil anglais afin de préserver la culture de son royaume assiégé.

    À l'époque moderne, Dom Prosper Guéranger a rétabli la vie bénédictine en France après la fermeture des monastères par Napoléon, faisant de son monastère de Solesmes un symbole de la renaissance chrétienne en tant que centre de collecte de manuscrits qui a stimulé l'étude des Pères de l'Église et un renouveau du chant grégorien.

    « L’Occident a échoué », déclara Denethor, désespéré, dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien . Même si l’Occident a sombré dans la barbarie à bien des égards, nous ne sommes nullement condamnés à y demeurer. Il sera toutefois difficile de recouvrer l’héritage de notre civilisation si nous restons dans l’ignorance. Nous avons besoin d’une meilleure connaissance des actes, des œuvres et des idéaux de la civilisation occidentale pour former nos esprits et inspirer la renaissance d’une société civilisée. Pour ceux qui débutent, il est utile de se procurer un guide de voyage, conçu pour nous orienter et nous permettre de découvrir par nous-mêmes le riche héritage de l’Occident.

    Un nouvel ouvrage en deux volumes vise précisément cet objectif : *Le Fil d’or : Histoire de la tradition occidentale* , écrit par les éminents chercheurs Allen Guelzo et James Hankins (Golden Thread Academics est une collection d’Encounter Books). Ce travail colossal, qui retrace l’histoire de l’Occident de la Grèce antique au XXe siècle, compte plus de deux mille pages au total (de quoi me donner des crampes à la main pendant ma lecture !).

    L'ouvrage est magnifiquement réalisé, richement illustré d'œuvres d'art, de portraits, de frises chronologiques et de nombreuses cartes. Il comprend également de courts extraits de sources primaires et des « fils narratifs » qui offrent un contexte et une perspective supplémentaires sur les œuvres culturelles. J'apprécie son approche interdisciplinaire qui, bien qu'à dominante historique, accorde une attention particulière à la philosophie, à l'art, à la religion, au droit, à la littérature et aux sciences.

    Et, contrairement à beaucoup d'autres ouvrages, il ne survole pas la chrétienté médiévale ; au contraire, il consacre une large place à l'essor de la Rome chrétienne et au développement d'une culture spécifiquement chrétienne en Occident.

    Nous nous sommes peut-être égarés, mais nous n'avons pas encore échoué. Nous pouvons retrouver notre chemin, en renouant avec le fil d'or de notre tradition. L'image du fil d'or remonte à Thésée, qui s'en servit pour se repérer dans le labyrinthe lors de sa quête pour terrasser le Minotaure. Si cette bête mythique représentait une obscurité destructrice tapie sous la surface de la civilisation, elle a refait surface sous une nouvelle forme technologique. Notre propre création menace de nous submerger, et il est hors de question de s'enliser dans le doute existentiel.

    Pour relever ce défi, nous devons réfléchir davantage, et non moins, redécouvrir la beauté de l'amour sacrificiel et devenir des créateurs culturels plutôt que de sombrer dans la passivité.

    Il est temps de renouer avec le fil d'or de l'Occident afin de perpétuer cette grande et noble tradition, en puisant dans ses profondeurs pour surmonter notre superficialité et réparer sa partie brisée en la transmettant à la génération suivante.