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Histoire

  • Le génocide caché : la traite arabo-islamique

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    D'Anna Bono sur la NBQ :

    Le génocide caché : la traite arabo-islamique

    Le génocide voilé - 1

    Un véritable génocide occulté : pendant treize siècles, les colonisateurs arabo-islamiques d’Afrique ont déporté entre 12 et 18 millions d’habitants, les réduisant en esclavage. L’étude de l’anthropologue Tidiane N’Diaye paraît en Italie (parue en français précédemment). Un chapitre de l’histoire délibérément passé sous silence.

    29/08/2026

    On peut dire tout ce qu'on veut de mal sur notre civilisation en Italie, et même lorsque les accusations et les critiques sont infondées, ceux qui les formulent n'en subissent aucune conséquence, aucune responsabilité. Parler des défauts de l'Occident, en réalité, ouvre bien des portes. Critiquer d'autres cultures, en revanche, c'est comme s'aventurer en terrain miné. On risque des accusations, et des plaintes, de racisme, d'ethnocentrisme, d'islamophobie et, dans le cas du monde musulman, de fascisme. La délégitimation systématique de l'Occident, en cours depuis des décennies, exige que, par comparaison, nous ne parlions que positivement des autres cultures et sociétés, ou, si cela est impossible, que nous gardions le silence. 

    C’est pourquoi, par exemple, la traite négrière arabo-musulmane en Afrique est quasiment passée sous silence. L’éditeur Massari fait donc preuve de courage en décidant de publier l’ouvrage de Tidiane N’Diaye, « La traite négrière arabo-musulmane : treize siècles de racisme et d’extermination », paru ces dernières semaines. Cet éditeur courageux mérite nos remerciements, car c’est grâce à lui que l’Italie peut enfin prendre connaissance de ce chapitre profondément douloureux de l’histoire des peuples noirs et de l’humanité tout entière. 

    La traite négrière arabo-musulmane en Afrique s'est poursuivie sans interruption du VIIe au XXe siècle. Elle a réduit en esclavage et déporté entre 12 et 18 millions de personnes. Ce commerce s'effectuait selon deux routes : la route terrestre transsaharienne, acheminant les esclaves d'Afrique centrale et de l'Ouest vers l'Afrique du Nord, et la route maritime, des côtes de l'océan Indien vers le Moyen-Orient, la Perse et l'Inde.

    Cela a été rendu possible par un autre événement historique qui a été passé sous silence , voire nié : la colonisation arabo-musulmane du continent africain, qui a commencé peu après la mort du prophète Mahomet en 632. On croit généralement qu’il n’y a eu qu’une seule colonisation de l’Afrique, la colonisation européenne qui a eu lieu plusieurs siècles plus tard, et que la seule déportation d’Africains réduits en esclavage qui soit relatée et commémorée est la déportation transatlantique, qui a amené environ 12 millions d’Africains aux Amériques sur une période de quatre siècles, entre le XVIe et le XIXe siècle.

    En 2007, les Nations Unies ont institué la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique , célébrée chaque année le 25 mars. Pour marquer cette journée, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté cette année, par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, une résolution présentée par le Ghana reconnaissant la traite transatlantique comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Avant le vote, le président ghanéen John Mahama a déclaré : « Qu’il soit écrit pour l’avenir que nous avons agi conformément à la mémoire des millions de personnes qui ont subi l’indignité de la traite et de celles qui continuent de subir la discrimination raciale. L’adoption de cette résolution contribue à prévenir l’oubli et à lutter contre les séquelles persistantes de l’esclavage. »

    L’Assemblée générale a ainsi approuvé les demandes de réparation formulées par l’Union africaine et les pays des Caraïbes pour le préjudice causé par la traite des êtres humains, notamment la déportation de millions d’Africains, et pour les dommages qu’elle continue d’infliger, sous forme de racisme structurel, d’inégalités raciales et de sous-développement, aux Africains et aux personnes d’ascendance africaine dans le monde entier. La résolution de l’ONU exhorte les pays responsables à reconnaître leur culpabilité, à présenter des excuses officielles, à accorder une compensation financière aux populations touchées, à restituer les biens volés et à s’engager à ne plus jamais commettre de tels actes. 

    Rien de tel n'a jamais été fait concernant la traite négrière arabo-musulmane (ou islamique) des Africains, pour commémorer les victimes, dénoncer les responsables et exiger justice. Ce sujet n'est évidemment pas évoqué ni le 25 mars, ni le 23 août, Journée internationale de commémoration de la traite négrière et de son abolition , qui semble pourtant englober toute la traite des esclaves, partout et à toutes les époques. Or, cette commémoration a également été promue par l'UNESCO en 1997 afin d'« inscrire dans la mémoire de tous les peuples la tragédie » de la traite transatlantique et d'« offrir une occasion de réflexion collective sur les causes, les méthodes et les conséquences historiques de cette tragédie, ainsi que sur les interactions qu'elle a engendrées entre l'Afrique, l'Europe, les Amériques et les Caraïbes ». La date du 23 août a été choisie car, dans la nuit du 22 au 23 août 1791, une révolte d'esclaves a éclaté à Saint-Domingue, jouant un rôle décisif dans l'abolition de la traite transatlantique.

    Tidiane N'Diaye était un anthropologue sénégalais (décédé en octobre dernier). Il a publié en 2008 son ouvrage, désormais disponible en Italie, intitulé « Le génocide caché ». Dans la préface, il écrit : « Pendant treize siècles, les Arabes ont pillé l'Afrique subsaharienne sans interruption. La plupart des millions de personnes déportées ont disparu, victimes de traitements inhumains, aggravés par la pratique de la castration. Il est grand temps que la traite négrière arabo-musulmane, véritable génocide, soit examinée et intégrée au débat, au même titre que la traite transatlantique. En effet, bien qu'il n'existe pas de degrés d'horreur ni de monopole de la cruauté, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que la traite négrière arabo-musulmane et les djihads (guerres saintes) – menés par des prédateurs impitoyables pour se procurer des prisonniers – ont été bien plus dévastateurs pour l'Afrique noire que la traite transatlantique. »

    Dans les neuf chapitres suivants, Tidiane N'Diaye relate où, comment et pourquoi cela s'est produit : la conquête arabe de l'Afrique, puis l'islamisation progressive des territoires conquis, et les formes préexistantes d'asservissement que l'islam a transformées, passant d'institutions tribales imposées par ses ancêtres fondateurs à la volonté d'Allah. L'annexe contient des versets du Coran qui encouragent la réduction en esclavage des non-musulmans par les musulmans. Un chapitre important de l'ouvrage explique son titre original. Selon N'Diaye, les déportations ne servaient pas seulement à tirer profit du commerce d'êtres humains, répondant ainsi à la demande de main-d'œuvre. Elles constituaient également, affirme-t-il, « une entreprise véritablement planifiée d'extermination ethnique par castration de masse », mise en œuvre à partir de la conviction, comme l'écrivait l'historien Ibn Khaldoun, que « les seuls peuples qui acceptent l'esclavage sont les Noirs » en raison de « leur humanité se rapprochant du stade animal », et qu'il était donc nécessaire de les empêcher de se reproduire en terres arabo-musulmanes.

    L'ouvrage conclut en qualifiant l'éradication réussie du trafic d'êtres humains, mise en œuvre par des universitaires et intellectuels arabo-musulmans au nom de la « solidarité religieuse », de sorte de « syndrome de Stockholm ». Mais cela n'explique pas l'amnésie sélective qui touche tout autant d'universitaires et d'intellectuels occidentaux.

  • Catholicismes européens, Église catholique et sexualités : un colloque dont on peut craindre le pire

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    14-16/9/2026 : Catholicismes européens, Église catholique et sexualités. Plaidoyer pour une histoire croisée, de l’âge confessionnel au XXIe siècle

    " Du 14 au 16 septembre 2026, le groupe de recherche d'histoire des christianismes (GHB - RSCS) et l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) organisent un colloque à Louvain-la-Neuve : "Catholicismes européens, Église catholique et sexualités : plaidoyer pour une histoire croisée, de l’âge confessionnel au XXIe siècle. Le religieux, la norme et l’hégémonie, un réservoir de complicités et de subversions". " (programme détaillé)

    Le cadrage du colloque laisse clairement attendre une approche critique, souvent subversive par rapport à la doctrine et à la tradition morales catholiques classiques, plutôt qu’une défense ou une simple description interne de celle-ci.

    Le titre complet est révélateur : « Catholicismes européens, Église catholique et sexualités : plaidoyer pour une histoire croisée, de l’âge confessionnel au XXIe siècle. Le religieux, la norme et l’hégémonie, un réservoir de complicités et de subversions ». Il s’agit d’un colloque international coorganisé par le groupe d’histoire des christianismes de l’UCLouvain (RSCS) et l’EHESS, les 14-16 septembre 2026 à Louvain-la-Neuve. L’argumentaire souligne que les questions de genre et de sexualité dominent l’attention contemporaine, mais que leurs liens avec le religieux sont « occultés » en contexte de sécularisation, et que le dialogue entre histoire religieuse et histoire des sexualités reste « délicat ». Le colloque part d’un « postulat contraire » en étudiant les « dynamiques et évolutions réciproques » du catholique et des sexualités.

    Ce langage (« hégémonie », « complicités et subversions », « norme ») s’inscrit dans une historiographie influencée par les études de genre, les approches critiques de la norme et de l’hégémonie (souvent gramscïennes ou foucaldiennes), et l’histoire des sexualités. Il ne s’agit pas d’une approche théologique ou magistérielle interne (qui partirait de l’Écriture, de la Tradition, de la loi naturelle ou du Catéchisme), mais d’une lecture historico-sociale qui interroge le pouvoir normatif de l’Église, ses accommodements, ses résistances et les espaces de contestation ou de réinterprétation.

    Les organisateurs renforcent cette orientation :

    • Régis Schlagdenhauffen (EHESS) détient la chaire de socio-histoire des catégories sexuelles. Ses travaux portent sur l’histoire LGBT, la mémoire des victimes homosexuelles du nazisme, les condamnations pour « impudicité », les mouvements homosexuels et les normes sexuelles.
    • Jean-Pascal Gay (UCLouvain, histoire du christianisme moderne et contemporain) travaille sur les normativités catholiques, la théologie morale, la casuistique, et l’intersection religion/genre/sexualité. Il a publié sur la focalisation religieuse sur la sexualité à l’âge confessionnel.
    • Autres membres du comité : Camille Banse Wauty (doctorante UCLouvain, études de genre/histoire), Silvia Mostaccio (UCLouvain), Théo Hagenmuller (EHESS/UCLouvain). Le comité scientifique mentionné dans l’appel inclut des spécialistes d’histoire du genre et des sexualités (Céline Béraud, Sylvie Steinberg, etc.).

    L’appel à communications (ouvert jusqu’en mai 2026) et le programme détaillé (flyer PDF sur le site UCLouvain) confirment une invitation à des communications d’histoire croisée, pas de doctrine apologétique. Dans le contexte universitaire actuel (EHESS + UCLouvain post-sécularisation, forte présence des gender studies), il est raisonnable d’anticiper des communications qui :

    • historicisent et relativisent les normes sexuelles catholiques (mariage, chasteté, condamnation des actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés », contraception, etc.) ;
    • mettent en avant les « subversions » internes (pratiques déviantes, résistances, réinterprétations, complicité avec des évolutions sociales) ;
    • analysent l’Église comme productrice d’hégémonie normative plutôt que comme gardienne d’une vérité révélée immuable.

    Cela ne signifie pas que toutes les interventions seront polémiques ou militants anti-traditionnels : l’histoire académique sérieuse peut aussi documenter la continuité doctrinale, les pratiques pastorales ou les résistances. Mais le cadrage explicite (« réservoir de complicités et de subversions ») et le profil des organisateurs orientent fortement vers une lecture critique et déconstructive, loin d’une fidélité à la tradition magistérielle (Catéchisme §§ 2337-2359, Persona humana, Humanae vitae, etc.).

    En résumé : oui, on peut s’attendre à des discours qui, du point de vue de la tradition catholique classique, apparaîtront subversifs ou révisionnistes. C’est cohérent avec une grande partie de l’historiographie universitaire contemporaine sur le sujet.

  • Le meilleur film de tous les temps ?

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    De George Weigel sur le NCR :

    Le meilleur film de tous les temps ?

    Tout dans « Un homme pour l'éternité » semble parfaitement juste.


    1966 fut une année faste pour le cinéma et, six décennies plus tard, les cinq films nominés pour l'Oscar du « Meilleur film » lors de la 39e cérémonie des Oscars l'année suivante valent encore le détour : Alfie ; Un homme pour l'éternité ; Les Russes arrivent ! ; La Canonnière du Yang-Tsé ; et Qui a peur de Virginia Woolf ? 

    La cérémonie des Oscars de 1967 semble s'être déroulée sur une autre planète, à des années-lumière de la vulgarité et du militantisme qui règnent aujourd'hui. À l'époque, le spectacle était élégant, rythmé et magistralement animé par Bob Hope, vêtu d'un nœud papillon blanc.  

    Le moment le plus mémorable fut la remise de l'Oscar du « Meilleur film » par Audrey Hepburn , point d'orgue de la cérémonie annuelle qui célèbre le cinéma comme art. Après un bref échange de compliments avec Hope, Miss Hepburn énuméra les noms et les producteurs des films nommés, prit l'enveloppe, lut le message à l'intérieur, leva brièvement les yeux au ciel, puis, avec un sourire de satisfaction, comme si ses prières avaient été exaucées, annonça que le film primé était Un homme pour l'éternité .   

    J'ai récemment revu pour la sixième fois au moins l'adaptation cinématographique captivante de Fred Zinnemann de la pièce de Robert Bolt, et une pensée m'est venue à l'esprit : Un homme pour l'éternité est -il le film le plus parfait jamais réalisé ? Tout y semble absolument juste. 

    Le scénario de Bolt maintient un rythme soutenu, mettant en valeur les moments clés de l'histoire sans rien omettre d'essentiel du texte original. La distribution est formidable, de Paul Scofield (Thomas More) à Wendy Hiller (Alice More), en passant par Robert Shaw (Henri VIII, le jeune héros de la Renaissance, loin du débauché qu'il deviendra), Orson Welles (le cardinal Wolsey, incarnation d'une Église paralysée par son alliance avec le pouvoir d'État), Nigel Davenport (le duc de Norfolk, rustre et impétueux), Leo McKern (Thomas Cromwell, cynique et amoral) et John Hurt (Richard Rich, corrompu par l'arrogance intellectuelle et une ambition démesurée). Le bref caméo de Vanessa Redgrave (80 secondes), à la fois lascif et poignant, dans le rôle d'Anne Boleyn, laisse présager le triste sort réservé à celle pour qui le roi Henri a rompu avec l'Église de Rome.   

    La photographie de Ted Moore est à la fois magnifique et fidèle à l'histoire ; j'ai un jour contemplé la vue depuis la cellule de Moore à la Tour de Londres et j'ai été frappé par l'habileté avec laquelle Zinnemann et son chef opérateur ont exploité ce panorama des quais de la Tamise pour illustrer le passage des saisons durant la longue incarcération de Sir Thomas. La musique de Georges Delerue accompagne parfaitement le film et lui confère une authentique saveur Renaissance. 

    S'il y a quoi que ce soit qui cloche dans Un homme pour l'éternité, je ne l'ai pas remarqué.  

    J'ai souvent contesté la tentative de Bolt, dans la préface de l'édition de poche de sa pièce en 1962, de justifier auprès de ses pairs laïcs son admiration pour More, fervent catholique. Dans cette apologie, le dramaturge agnostique, voire athée, présentait Thomas More comme un héros proto-existentialiste : un homme mort en défendant « une conscience inébranlable de lui-même », dont la menace du roi Henri aurait figé « cet homme souple, plein d'humour, modeste et raffiné, [le] pétrifiant comme du fer et le saisissant d'une rigueur absolument primitive » – un homme « qu'on ne pouvait plus faire vaciller, pas plus qu'une falaise ».  

    Pourtant, dans son scénario, Bolt ne pouvait ignorer certains faits profondément catholiques : la famille More priait ensemble ; More, conseiller théologique avisé, aida Henri VIII à obtenir le titre de « Défenseur de la Foi » pour un ouvrage défendant les sept sacrements contre Martin Luther ; et More, lors de son procès, insista sur le caractère institué de la papauté par Dieu. Enfin, à la fin, le More de Bolt confesse mourir « bon serviteur du roi, mais avant tout de Dieu » – le Dieu « qui n’oppose pas de refus à celui qui s’approche si joyeusement de lui ».  

    Dans cette préface, Robert Bolt admet une admiration pour Albert Camus que je partage en partie. Mais il est impossible d'imaginer que les derniers mots de Camus aient fait écho à ceux de More, si l'écrivain existentialiste français était mort dans des circonstances similaires. En attribuant ces paroles à son héros du XVIe siècle sur l'échafaud, Bolt concède ainsi tacitement que More pensait mourir pour la vérité du Christ et de l'Évangile, et non parce que, en bon existentialiste doté d'une « conscience inébranlable de soi », il ne pouvait faire autrement.           

    Thomas More était un fonctionnaire d'une grande efficacité et d'une conscience professionnelle exemplaire. Cet aspect de sa vie est occulté dans Un homme pour l'éternité , où l'on voit More investi de la charge de Lord Chancelier d'Angleterre, mais sans qu'il n'exerce véritablement ses fonctions. Pourtant, il est essentiel de mettre en lumière l'exemple de More aujourd'hui, alors que la fonction publique se transforme trop souvent en spectacle (ou en mascarade). Ce qui laisse penser qu'Un homme pour l'éternité, qui fêtera ses 60 ans en décembre , devrait être un film incontournable pour tous ceux qui exercent une fonction publique en 2026.

  • Défendre la royauté sociale du Christ

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    De sur le Catholic Thing :

    Défendre la royauté sociale du Christ

    25 août 2026

    Peu de choses sont plus étrangères à l'imaginaire moderne que l'idée d'un roi chrétien. Nous sommes habitués à séparer le sacré du politique, la foi de la vie publique et l'Église de l'organisation de la société. Mais pendant une grande partie de l'histoire du christianisme, ces divisions auraient semblé presque impossibles.

    La fête du roi saint Louis IX de France (25 août) nous offre l'occasion de redécouvrir un joyau de la sagesse médiévale : l'idée que l'autorité politique puisse être véritablement orientée vers le Christ. Saint Louis IX, qui régna sur la France de 1226 à 1270, est considéré par beaucoup comme le plus grand roi du Moyen Âge et le seul véritable roi-saint de France. Son règne demeure un modèle durable de royauté chrétienne, à tel point que les générations suivantes de monarques français étaient censées l'imiter.

    On perçoit dans son règne une compréhension profonde et empreinte de sainteté, selon laquelle sa royauté appartenait au Christ.

    Dans son royaume, aucun État séculier ne se dissimulait sous les apparences religieuses, attendant d'en être séparé. Le royaume lui-même s'organisait autour des sacrements et de la vision de la foi concernant l'homme, la justice, l'autorité, la famille, le culte et le bien commun. Les catégories de « religieux » et de « séculier », qui nous sont si familières, ne structuraient pas la société médiévale.

    À l'inverse, le roi Louis IX gouverna en plaçant le salut des âmes de ses sujets au premier plan. Il gouverna pour la France, acquérant la Couronne d'épines, un fragment important de la Vraie Croix et la Sainte Lance, et commanda la construction de la magnifique Sainte-Chapelle à Paris pour abriter ces reliques. La Couronne d'épines devint le trésor sacré de la monarchie française, placée au cœur de la cour royale : ainsi, sa propre couronne était subordonnée à celle du Christ.

    Que signifie la royauté sociale du Christ ? En tant que catholiques, nous comprenons le Christ comme Prêtre, Prophète et Roi. Sa royauté s’étend sur les individus, les familles, les nations et les peuples. Le pape Pie XI l’a affirmé avec force dans  Quas Primas , son encyclique de 1925 instituant la fête du Christ Roi. Le Christ possède la royauté non seulement en sa divinité, mais aussi en tant qu’homme, ayant reçu du Père « puissance, gloire et royaume ».

    Le pape Pie XI a explicitement lié le salut des individus à l'organisation de la société, affirmant que la royauté du Christ ne saurait se limiter à la sphère privée. À la fin de l'encyclique  Quas Primas , il a exprimé l'espoir que la célébration annuelle du Christ Roi rappellerait aux souverains et aux princes qu'eux aussi doivent honneur et obéissance au Christ, et que l'État se doit de tenir compte des commandements de Dieu et des principes chrétiens dans l'élaboration des lois, l'administration de la justice et l'éducation de la jeunesse.

    Il ne s'agit pas d'un appel à ce que l'État force ses citoyens à se convertir, ni à imposer le catholicisme par la loi. Mais de reconnaître une évidence : les communautés politiques ne peuvent exister sans fondements moraux. Toute société repose sur des conceptions de la nature humaine, de la justice, des droits et devoirs de la famille, et du bien commun.

    Louis IX, dit Saint Louis, Roi de France (1215-1270) par Émile Signol, 1844 [Château de Versailles : source : Wikimedia Commons]

    Le christianisme catholique n'a jamais considéré l'autorité du Christ comme s'arrêtant aux portes de l'église. Pourtant, aujourd'hui, beaucoup se contentent de reléguer la foi à la sphère privée.

    La vie du roi Louis IX témoigne du sérieux avec lequel il assumait sa responsabilité première d'administrer la justice. Et parce que la justice est indissociable de l'amour, le souverain chrétien était appelé non seulement à gérer une bureaucratie, mais aussi à bâtir une société guidée par le bien.

    Sa sainteté était, elle aussi, indissociable de sa royauté.

    Louis était généreux envers les pauvres et les servait personnellement. Il se déguisait en mendiant et quittait le palais pour servir les plus démunis et rencontrer ses sujets. Époux et père dévoué de dix enfants, il prenait à cœur leur éducation dans la foi.

    Dans sa lettre à son fils Philippe III, il déclare : « Mon premier conseil est de tourner tout ton cœur vers Dieu et de l’aimer de toutes tes forces. » Sans cela, « nul ne peut être sauvé ni avoir la moindre valeur ». Ayant lui-même été élevé par une femme chrétienne fervente, saint Louis recommanda à son fils d’éviter le péché mortel, de se confesser fréquemment, d’aimer l’Église, de pratiquer la vertu, de rechercher la justice, d’éviter les guerres inutiles avec les autres chrétiens et de s’abstenir d’imposer un fardeau injuste à ses sujets.

    Pour lui, la sainteté personnelle et la justice du royaume étaient indissociables, et il ne voyait donc d'autre choix que de rechercher l'amour et la vertu. Saint Louis et les autres saints monarques d'Europe nous montrent comment le discernement peut s'appliquer concrètement au leadership, comment un chrétien peut gouverner avec magnanimité, bâtir, légiférer, administrer la justice, fonder une famille, servir les pauvres et rechercher la sainteté, le tout formant une vocation unique. Saint Louis mourut finalement lors de la huitième croisade, consacrant ses dernières années au service de la foi chrétienne qu'il avait défendue toute sa vie.

    Il existe aujourd'hui dans la sphère publique de bons chrétiens qui pressentent une perte, notamment dans la façon dont la politique est progressivement passée du déni de la suprématie spirituelle de l'Église à l'éloignement total des gouvernements de Dieu.

    La vision suffisamment vaste pour unifier ces préoccupations et proposer une solution est celle de la royauté sociale du Christ. Vision suprapolitique, elle transcende la politique tout en l'impliquant directement. Elle ne dépend d'aucun parti, élection, mouvement ou régime. Elle trouve son origine dans la nature même du Christ et peut se mettre en pratique car la royauté du Christ peut façonner concrètement les institutions et les personnes qui les composent.

    Et c’est peut-être là la plus grande leçon du roi Louis IX pour notre époque fracturée : le Christ ne cesse jamais d’être Roi, même si nos dirigeants élus ne le reconnaissent pas. Les chrétiens sont un peuple de miracles. Si nous recherchons une vision capable de renouveler l’âme de l’Europe, nous pourrions commencer par la conviction que le Christ est Roi dans tous les aspects de notre vie.

  • Saint Louis, roi de France

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    51HV2NMERAL._SS500_.jpgIl y a une quinzaine d'années, Jacques Le Goff a publié une biographie magistrale de saint Louis qui a été saluée par les spécialistes comme une oeuvre historique innovante et qui rendait justice à ce roi prisonnier de sa légende; en voici une présentation intelligente, due à Pierre Gendron, sur "Spiritualité 2000"

    "Sur la sainteté de saint Louis, comme fil conducteur possible, il y aurait beaucoup à dire. C'est une question sur laquelle Jacques Le Goff apporte un éclairage nouveau. Son travail fait ressortir toute l'actualité de saint Louis comme exemple de saint laïc. Dans ce but, l'auteur procède à l'examen d'un document produit par un contemporain de saint Louis qui a justement l'avantage de représenter le point de vue du laïc. Il s'agit d'un témoin exceptionnel, une figure remarquable de l'entourage du roi, qui fut à la fois grand sénéchal du royaume et dès sa jeunesse un ami: Joinville. (Louis IX, né en 1214 et mort en 1270, a été canonisé en 1297. Jean, sire de Joinville, est né en 1224; il est octogénaire quand il compose son ouvrage, terminé en 1309; et il meurt lui-même en 1317 à l'âge de 93 ans.)

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  • Les enseignements de Saint Louis IX, roi de France (25 août)

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    Les enseignements de saint Louis (1214-1270) à son fils (source)

    Cher fils, je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.

    Tu dois te garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses un péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu'avant de faire un péché mortel avec connaissance, que tu souffrirais que l'on te coupât les jambes et les bras et que l'on t'enlèvât la vie par le plus cruel martyre.

    Si Notre Seigneur t'envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l'en remercier et lui savoir bon gré, car il faut comprendre qu'il l'a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci (et encore plus s'il le voulait) parce que tu l'as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté.

    Si Notre Seigneur t'envoie prospérité, santé du corps ou autre chose, tu dois l'en remercier humblement, et puis prendre garde qu'à cause de cela il ne t'arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c'est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.

    Cher fils, je t'enseigne que tu entendes volontiers le service de la sainte Église, et quand tu seras à l'église, garde-toi de perdre ton temps et de parler vaines paroles. Dis tes oraisons avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement sois plus recueilli et plus attentif à l'oraison pendant que le corps de Notre Seigneur jésus Christ sera présent à la messe, et puis aussi pendant un petit moment avant.

    Cher fils, je t'enseigne que tu aies le cour compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considéreras comme souffrants ou de cour ou de corps ; et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d'aumônes.

    Prends garde que tu sois si bon en toutes choses qu'il soit évident tu reconnaisses les générosités et les honneurs que Notre Seigneur t'a faits de sorte que, s'il plaisait à Notre Seigneur que tu aies l'honneur de gouverner le royaume, tu sois digne de recevoir l'onction avec laquelle les rois de France sont sacrés.

    Cher fils, s'il advient que tu deviennes roi, prends soin d'avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c'est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu'il arrive, tu ne t'écartes de la justice. Et s'il advient qu'il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu'à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice.

    Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les gens de sainte Église ; défends qu'on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens.

    Cher fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévoué à l'Église de Rome et à notre saint-père le Pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.

    Mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre, c'est-à-dire les vilains serments et toute chose qui se fait ou se dit contre Dieu ou Notre-Dame ou les saints : péchés de corps, jeux de dés, tavernes ou autres péchés. Fais abattre tout ceci en ta terre sagement et en bonne manière.

    Cher fils, je te donne toute la bénédiction qu'un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ que, par grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et des anges et et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu'il te donne grâce de faire sa volonté afin qu'il soit servi et honoré par toi ; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité, qu'après cette mortelle vie nous puissions venir à lui pour la vie éternelle afin de le voir, aimer et louer sans fin. Amen.

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    Lire également : 

    Louis de France, les djihadistes du Levant et les idéologues d’Occident

  • Saint Louis, roi de France (25 août)

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    De KTO TV (archive 2014) :

    Le 25 avril 1214 : la naissance de saint Louis - BELGICATHO
     
    belgicatho.hautetfort.com/.../le-25-avril-1214-la-naissance-de-saint-louis....
     
    25 avr. 2014 - Le « siècle de Saint Louis » , c'était il y a 800 ans sur Herodote.net : ...

    Saint Louis IX, roi de France (25 août) - BELGICATHO 

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    25 août 2014 - Les enseignements de saint Louis (1214-1270) à son fils ( source ) Cher fils, je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton...
     
     
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    25 août 2011 - Il y a une quinzaine d'années, Jacques Le Goff a publié une biographie magistrale de saint Louis qui a été saluée par les spécialistes comme ...

  • Veronica O’Brien, confidente spirituelle du roi Baudouin, en route vers la béatification

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    De 7sur7.be :

    La conseillère spirituelle du roi Baudouin en route vers la béatification

    C’est par une célébration eucharistique dans la chapelle du grand séminaire de Malines que s’achèvera, le 8 septembre prochain, une première étape vers la béatification de Veronica O’Brien (1905-1988).

    Cette laïque irlandaise était une proche collaboratrice du cardinal Leo Suenens. Elle est surtout connue pour avoir contribué à la rencontre (et au mariage) entre le roi Baudouin et Fabiola, ainsi que pour avoir été la conseillère spirituelle du souverain jusqu’au décès de celui-ci.

    L’enquête diocésaine en vue de la béatification, ouverte en 2022 par le cardinal Jozef De Kesel, a été menée dans l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, Veronica O’Brien étant décédée à Wemmel et ayant longtemps vécu dans la région bruxelloise.

    Le cardinal De Kesel a constitué un tribunal qui a recueilli des témoignages sous le sceau du secret. En parallèle, une commission historique a travaillé à la collecte des sources, notamment en se rendant dans les lieux où O’Brien a vécu — en Irlande, en France et en Italie — et en rassemblant plusieurs mètres de documents d’archives.

    L’ensemble du matériel recueilli est scellé au sein de l’archidiocèse avant d’être envoyé à Rome, où une commission historique et des théologiens se pencheront sur le dossier.

    Le roi utilisait un nom de code pour la désigner

    L’Irlandaise Louise-Mary O’Brien est entrée en religion à Paris en 1924, où elle a pris le nom de Veronica. En 1935, avec l’autorisation de ses supérieurs, elle a quitté la vie religieuse pour devenir missionnaire laïque.

    En France, elle est devenue la promotrice de la Légion de Marie — fondée par son compatriote Frank Duff et axée sur l’évangélisation directe. Le 7 juillet 1947, elle a rencontré pour la première fois Leo Suenens, alors évêque auxiliaire de Malines, envoyé par le cardinal Van Roey pour découvrir la Légion de Marie. Ce fut le début d’une intense collaboration. En 1958, elle s’est établie à Bruxelles.

    Durant le concile Vatican II, elle a travaillé à Rome comme secrétaire particulière du cardinal Suenens, devenu entre-temps l’un des quatre modérateurs du Concile.

    Dans sa récente biographie de Baudouin, l’historien Vincent Dujardin confirme les événements déjà décrits par le cardinal Suenens en 1995: Veronica O’Brien a joué un rôle essentiel dans le rapprochement et le mariage entre Baudouin et Fabiola, en arrangeant une rencontre secrète à Lourdes. Pendant 33 ans, elle a assuré l’accompagnement spirituel du souverain. Dans ses journaux intimes et sa correspondance, le Roi utilisait pour la désigner le nom de code “Grace”.

  • Le bienheureux Findysz, premier martyr du communisme en Pologne

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    De Vatican News :

    Le bienheureux Findysz.Le bienheureux Findysz.  (©findysz.org)
    Le bienheureux Findysz, premier martyr du communisme en Pologne
    S’adressant aux Polonais rassemblés lors de l’audience générale, le Pape Léon XIV a évoqué le père Władysław Findysz, premier martyr béatifié de la persécution communiste en Pologne. Nous vous proposons de découvrir l’histoire de ce prêtre qui «nous rappelle qu’une civilisation de l’amour se construit en pardonnant et en surmontant le mal par le bien».

    Dorota Abdelmoula-Viet – Cité du Vatican

    L’histoire du bienheureux père Findysz révèle l’ampleur de l’hostilité des autorités communistes envers l’Église catholique. Accusé à tort d’avoir contraint des personnes à pratiquer leur religion, il a été condamné à deux ans et demi de prison. Pendant son incarcération, le père Findysz a subi des violences physiques et psychologiques, tandis que les autorités l’ont empêché de subir une opération prévue pour un cancer de l’œsophage. Libéré dans un état d’épuisement extrême, il est décédé quelques mois plus tard, considéré comme un homme de sainteté.

    Une vocation forgée par une enfance difficile

    Le père Findysz est né en 1907 à Krościenko Niżne, près de Krosno, dans le sud de la Pologne, alors sous domination autrichienne. Son enfance a été marquée par la pauvreté qui régnait dans la région et par une tragédie personnelle, puisqu’il a perdu sa mère alors qu’il n’avait pas encore cinq ans.

    Quelques années plus tard, après les ravages de la Première Guerre mondiale et 123 ans de partition, la Pologne a retrouvé sa place sur la carte de l’Europe en tant qu’État souverain. Le père Findysz a grandi dans l’ombre de l’expérience de la guerre, dont les conséquences ont également touché sa région natale. En 1927, après avoir terminé ses études secondaires, il décida de se consacrer à la prêtrise et entra au Grand Séminaire de Przemyśl. C’est là que commença un parcours au cours duquel il allait vivre héroïquement les paroles de saint Paul selon lesquelles rien «ne peut nous séparer de l’amour de Dieu».

    Un prêtre au milieu des blessures et des ruines de la guerre

    Après son ordination sacerdotale et son ministère dans plusieurs paroisses — notamment à Borysław et à Drohobych, sur le territoire de l’actuelle Ukraine, puisqu’une partie de l’ancien diocèse de Przemyśl se trouve aujourd’hui au-delà de la frontière orientale de la Pologne —, il fut affecté à Nowy Żmigród. Il n’aurait alors jamais pu imaginer que l’église paroissiale des Saints Pierre et Paul, où il exerçait la fonction de curé, deviendrait un jour un sanctuaire qui lui serait dédié.

    Ses paroissiens portaient en eux les blessures encore fraîches et profondes de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités allemandes ont déplacé de force tous les habitants de la ville, y compris le père Findysz, et la ville de Nowy Żmigród a été presque entièrement détruite. De retour le 23 janvier 1945, le prêtre s’est consacré à la reconstruction de la vie paroissiale et à l’aide aux habitants touchés par la guerre. Il allait bientôt devoir faire face à une nouvelle menace: la répression exercée par les autorités communistes et leur campagne systématique d’athéisation.

     

    «Il était né pour devenir prêtre»

    «En ces temps très difficiles, alors que ce pays était sous occupation», se souvient l’un de ses amis, Mieczysław Brożyna, «il essayait de nous donner de l’espérance, en nous disant que tout cela passerait et qu’un jour viendrait où les gens verraient la vie différemment. Il savait faire preuve d’empathie envers les autres et les réconforter. Il aidait les pauvres et les malades.»

    Le père Findysz a risqué sa vie pour venir en aide à des personnes persécutées ou en danger de mort, quelle que soit leur nationalité ou leur religion, y compris des Juifs qu’il a aidés à s’enfuir en Hongrie. «Il voulait conduire toute la paroisse vers Dieu. Il se sentait responsable de chaque personne et de chaque famille. Il aidait lui-même les gens et demandait aux autres d’aider ceux qui en avaient besoin. Je pense qu’il était né pour devenir prêtre.»

    Un apôtre de l’unité entre les peuples

    Le père Findysz avait compris que les difficiles années d’après-guerre risquaient d’aggraver les divisions au sein d’une nation qui avait tant souffert de la guerre et de l’occupation. Outre l’aide concrète qu’il apportait à ses paroissiens, il devint un défenseur de l’unité nationale et un prédicateur d’une espérance inébranlable dans tous les aspects de la vie. Il agissait ainsi en opposition aux politiques de l’État communiste d’après-guerre, qui cherchait à écarter Dieu de la vie publique et soumettait l’Église catholique et ses prêtres à la répression.

    Il était très apprécié des jeunes et respecté par ses paroissiens. Il devint rapidement une épine dans le pied des autorités communistes. Dès 1946, il fut placé sous surveillance par l’Office de sécurité (une police politique secrète utilisée par le régime pour écraser l’opposition et contrôler la population). En 1952, les autorités scolaires l’ont suspendu de ses fonctions d’enseignant de catéchisme au collège local. Par la suite, les autorités lui ont refusé à deux reprises l’autorisation de séjourner dans la zone frontalière, l’empêchant ainsi d’exercer son ministère pastoral dans une partie de la paroisse. Pourtant, la période où il a subi les persécutions les plus sévères a coïncidé avec les travaux du Concile Vatican II.

    L’«Action de bonté du Concile»

    Lorsque le Pape Jean XXIII, pendant le Concile, a appelé les fidèles à apporter un soutien spirituel par la prière et les «œuvres de bonté», le cardinal Stefan Wyszyński a répondu en lançant en Pologne une initiative connue sous le nom d’«Acte de bonté du Concile». Celle-ci encourageait les familles et les communautés polonaises à accomplir des actes concrets de charité et de prière afin de soutenir les efforts du Concile visant à renouveler la vie morale de l’Église.

    «L’esprit de pardon, de réconciliation et d’harmonie, le pardon des torts subis, qu’ils soient réels ou imaginaires, une main fraternelle tendue en signe d’amitié, un sourire et un regard bienveillant envers chacun — voilà la forme d’aide la meilleure et la plus efficace pour l’unité des chrétiens», écrivaient alors les évêques. Les «Actes de bonté du Concile» devinrent un élément important du programme pastoral polonais lié au Concile et constituèrent un phénomène d’une ampleur rarement observée dans l’Église universelle.

    Le père Findysz s’est également joint à cette initiative, encourageant ses paroissiens à y prendre part. Après avoir subi une opération de la thyroïde et connu des problèmes de voix, il a écrit plus d’une centaine de lettres à ses paroissiens, en signe personnel et discret de sollicitude à leur égard. Dans ces lettres, il les encourageait, entre autres, à cultiver leur vie sacramentelle, à se libérer de leurs dépendances et à rechercher la réconciliation et la fin des conflits au sein des familles et entre voisins.

    À ceux qui vivaient dans des relations qui n’étaient pas des mariages sacramentaux, il rappelait la nécessité de se réconcilier avec Dieu et de régulariser leur situation au sein de l’Église, en leur proposant de les aider à contracter un mariage sacramentel. Certains destinataires se sont sentis offensés par ces appels et ont porté plainte auprès des autorités communistes. Ces plaintes ont ensuite servi de base pour accuser le père Findysz de contraindre des citoyens à se livrer à des pratiques et rites religieux, ce qui a conduit à l’ouverture d’une procédure à son encontre et à un procès-spectacle.

    Emprisonné pour sa foi

    En 1963, il fut arrêté et incarcéré à la prison du château de Rzeszów. Les humiliations et les violences physiques et psychologiques qu’il subit en prison témoignaient clairement de la haine que lui portaient les autorités. Il fut notamment accusé d’avoir violé la Constitution et la conscience des gens, ainsi que d’avoir contraint des personnes à professer la foi catholique. À l’issue d’un procès-spectacle, il fut condamné à deux ans et demi de prison.

    Il a purgé les deux premiers mois de sa peine à Rzeszów. Le 25 janvier 1964, il fut transféré à la prison centrale de la rue Montelupich à Cracovie. Bien qu’il ait été confirmé à l’époque qu’il souffrait d’un cancer et qu’il avait besoin d’un traitement d’urgence, les autorités pénitentiaires et judiciaires lui refusèrent des soins médicaux appropriés et l’empêchèrent de subir une opération prévue de longue date pour un cancer de l’œsophage, malgré les interventions des autorités diocésaines et de son avocat.

    En conséquence, sa santé s'est rapidement détériorée, aggravée par les violences physiques et psychologiques qu'il subissait. Le 29 février 1964, il a été libéré sous condition, dans un état d'épuisement extrême. Il est retourné à Nowy Żmigród et y est décédé le 21 août 1964, considéré comme un homme saint. Il a été béatifié à Varsovie le 19 juin 2005.

  • Pie X, un "saint de notre paroisse"

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    1009524-Pie_X.jpgNous trouvons ICI, sous la plume d'Anne Bernet, une évocation de la vie de saint Pie X :

    Anniversaire: saint Pie X, sa vie et son œuvre

    Le 20 août 1914, comme se livrait en Lorraine la première grande bataille de la guerre commençante, Pie X s’éteignait à Rome, tué moins par une maladie pulmonaire que par la douleur de n’avoir pu empêcher l’embrasement, qu’il prévoyait tragique, de l’Europe chrétienne.

    Aujourd’hui souvent détesté en raison de sa condamnation du modernisme, décision qu’une certaine postérité juge réactionnaire et contraire aux intérêts de l’Église, Pie X passa pourtant, en son temps, pour un pontife ami du progrès.

    Rien ne prédisposait, à vues humaines, Giuseppe Sarto, né à Riese en Vénétie le 2 juin 1835, à monter un jour sur le trône de Saint Pierre. Fils du facteur et sacristain du village et d’une couturière, Margharita Sanson, il entend, au lendemain de sa confirmation, l’appel de Dieu.

    Entré au séminaire de Padoue, il est ordonné prêtre le 28 septembre 1858 à Castelfranco. Seul le courage de sa mère qui, restée veuve, a refusé de le voir abandonner ses études pour revenir l’aider, a permis à cette vocation d’aller à son terme.

    Pendant les dix-sept années suivantes, vicaire, puis curé de campagne dans le diocèse de Trévise, Don Sarto se consacre passionnément à ses devoirs pastoraux. Sa nomination de chancelier du diocèse, en 1875, qui l’arrache à son apostolat, est pour lui un crève-cœur. Tout comme l’ascension qui commence alors : recteur du séminaire, chanoine de la cathédrale, il est, en 1884, nommé évêque de Mantoue par Léon XIII, devient patriarche de Venise en 1893.

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  • Saint Bernard de Clairvaux, le dernier des Pères de l'Eglise (20 août)

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    ScanSaint-bernard.jpgLe mercredi 21 octobre 2009, lors de l'audience générale, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à saint Bernard :

    Chers frères et sœurs,

    Aujourd'hui je voudrais parler de saint Bernard de Clairvaux, appelé le dernier des Pères de l'Eglise, car au XII siècle, il a encore une fois souligné et rendue présente la grande théologie des pères. Nous ne connaissons pas en détail les années de son enfance; nous savons cependant qu'il naquit en 1090 à Fontaines en France, dans une famille nombreuse et assez aisée. Dans son adolescence, il se consacra à l'étude de ce que l'on appelle les arts libéraux - en particulier de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique - à l'école des chanoines de l'église de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine et il mûrit lentement la décision d'entrer dans la vie religieuse. Vers vingt ans, il entra àCîteaux, une fondation monastique nouvelle, plus souple par rapport aux anciens et vénérables monastères de l'époque et, dans le même temps, plus rigoureuse dans la pratique des conseils évangéliques. Quelques années plus tard, en 1115, Bernard fut envoyé par saint Etienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, pour fonder le monastère de Clairvaux. C'est là que le jeune abbé (il n'avait que vingt-cinq ans) put affiner sa propre conception de la vie monastique, et s'engager à la traduire dans la pratique. En regardant la discipline des autres monastères, Bernard rappela avec fermeté la nécessité d'une vie sobre et mesurée, à table comme dans l'habillement et dans les édifices monastiques, recommandant de soutenir et de prendre soin des pauvres. Entre temps, la communauté de Clairvaux devenait toujours plus nombreuse et multipliait ses fondations.

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  • Saint Jean Eudes (19 août) : l’amour de Dieu dans «  le cœur sacerdotal du Christ  »

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    Le 19 août 2009, dans le cadre de l’Année sacerdotale, Benoît XVI consacrait la catéchèse de ce mercredi au saint dont c’est aujourd'hui la mémoire liturgique : saint Jean Eudes, apôtre du Coeur de Jésus et Marie.

    Voici le texte intégral de sa catéchèse publié sur le site de zenit.org :

    L’amour de Dieu dans «  le cœur sacerdotal du Christ  »

    Chers frères et sœurs !

    C’est aujourd’hui la mémoire liturgique de saint Jean Eudes, apôtre inlassable de la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, qui vécut en France à la fin du XVIIe siècle, un siècle marqué par des courants religieux opposés et également par de graves problèmes politiques. C’est l’époque de la guerre de Trente ans, qui a non seulement dévasté une grande partie du centre de l’Europe, mais qui a également dévasté les âmes. Pendant que se diffusait le mépris pour la foi chrétienne de la part de certains courants de pensée alors dominants, l’Esprit Saint suscitait un renouveau spirituel plein de ferveur, avec des personnalités de grande envergure comme de Bérulle, saint Vincent de Paul, saint Louis M. Grignion de Montfort et saint Jean Eudes. Cette grande « école française » de sainteté porta parmi ses fruits également saint Jean-Marie Vianney. Par un mystérieux dessein de la providence, mon vénéré prédécesseur Pie IX proclama saints ensemble, le 31 mai 1925, Jean Eudes et le curé d’Ars, offrant à l’Eglise et au monde entier deux exemples extraordinaires de sainteté sacerdotale.

    Dans le contexte de l’Année sacerdotale, j’ai à cœur de m’arrêter pour souligner le zèle apostolique de saint Jean Eudes, particulièrement tourné vers la formation du clergé diocésain. Les saints sont la véritable interprétation de l’Ecriture Sainte. Les saints ont éprouvé, dans l’expérience de leur vie, la vérité de l’Evangile ; ainsi, ils nous introduisent dans la connaissance et la compréhension de l’Evangile. Le Concile de Trente, en 1563, avait promulgué des normes pour l’érection des séminaires diocésains et pour la formation des prêtres, dans la mesure où le Concile était tout à fait conscient que toute la crise de la réforme était également conditionnée par une formation insuffisante des prêtres, qui n’étaient pas préparés pour le sacerdoce de manière juste, intellectuellement et spirituellement, dans leur cœur et dans leur âme. Cela eut lieu en 1563 ; mais comme l’application et la réalisation des normes tardaient aussi bien en Allemagne qu’en France, saint Jean Eudes comprit les conséquences de ce retard. Animé par la conscience lucide du grave besoin d’aide spirituelle, dont les âmes étaient victimes également en raison du manque de préparation d’une grande partie du clergé, le saint, qui était un curé, institua une Congrégation consacrée de manière spécifique à la formation des prêtres. Dans la ville universitaire de Caen, il fonda son premier séminaire, une expérience extrêmement appréciée, qui se diffusa bientôt largement dans d’autres diocèses. Le chemin de sainteté, qu’il parcourut et qu’il proposa à ses disciples, avait pour fondement une solide confiance dans l’amour que Dieu a révélé à l’humanité dans le Cœur sacerdotal du Christ et dans le Cœur maternel de Marie. A cette époque de cruauté, de perte d’intériorité, il s’adressa au cœur, pour dire au cœur une parole des Psaumes très bien interprétée par saint Augustin. Il voulait attirer à nouveau au cœur les personnes, les hommes et surtout les futurs prêtres, en montrant le cœur sacerdotal du Christ et le cœur maternel de Marie. Chaque prêtre doit être témoin et apôtre de cet amour du cœur du Christ et de Marie. Et nous arrivons ici à notre époque.

    Aujourd’hui aussi, on ressent le besoin que les prêtres témoignent de l’infinie miséricorde de Dieu à travers une vie entièrement « conquise » par le Christ, et apprennent cela dès les années de leur préparation dans les séminaires. Après le Synode de 1990, le pape Jean-Paul II a publié l’Exhortation apostolique Pastores dabo vobis dans laquelle il reprend et met à jour les normes du Concile de Trente et souligne en particulier la nécessaire continuité entre le moment initial et le moment permanent de la formation ; pour lui, pour nous, cela est un véritable point de départ pour une authentique réforme de la vie et de l’apostolat des prêtres, et c’est également le point central afin que la « nouvelle évangélisation » ne soit pas simplement un slogan attrayant, mais se traduise en réalité. Les fondements placés dans la formation du séminaire, constituent l’« humus spirituel » irremplaçable, dans lequel on peut « apprendre le Christ » en se laissant progressivement configurer à Lui, unique prêtre suprême et bon pasteur. Le temps du séminaire doit donc être considéré comme la réalisation du moment où le Seigneur Jésus, après avoir appelé les apôtres et avant de les envoyer prêcher, leur demande de rester avec Lui (cf. Mc 3, 14). Lorsque saint Marc raconte la vocation des douze apôtres, il nous dit que Jésus avait un double objectif : le premier était qu’ils soient  avec Lui, le second qu’ils soient envoyés pour prêcher. Mais, allant toujours avec Lui, ils annoncent réellement le Christ et apportent la réalité de l’Evangile au monde.

    Au cours de cette année sacerdotale, je vous invite à prier, chers frères et sœurs, pour les prêtres et pour tous ceux qui se préparent à recevoir le don extraordinaire du sacerdoce ministériel. J’adresse à tous, en concluant, l’exhortation de saint Jean Eudes qui dit aux prêtres : « Donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l’immensité de son grand Cœur, qui contient le Cœur de sa Sainte Mère et de tous les saints, et pour vous perdre dans cet abîme d’amour, de charité, de miséricorde, d’humilité, de pureté, de patience, de soumission et de sainteté » (Cœur admirable, III, 2).

    Dans cet esprit, chantons à présent le Notre Père en latin.

    Au terme de l’audience générale, le pape a adressé la salutation suivante en français :

    Je suis heureux de vous saluer, chers amis de langue française, en ce jour où l’Eglise fait mémoire de saint Jean Eudes, qui fut un modèle de sainteté sacerdotale. Le chemin de sainteté qu’il suivit et qu’il proposa à ses disciples avait comme fondement une solide confiance en l’amour que Dieu a révélé à l’humanité dans le cœur sacerdotal du Christ et dans le cœur maternel de Marie. Je vous invite à prier pour que les prêtres d’aujourd’hui, à l’exemple de saint Jean Eudes, soient aussi des témoins ardents de cet amour à travers leur vie et leur ministère, afin que le Peuple de Dieu tout entier puisse en bénéficier. Avec ma Bénédiction apostolique !