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Histoire

  • Saint Sixte II, le martyre d'un pape et de ses compagnons (7 août)

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Saint Sixte II, le martyre d'un pape et de ses compagnons

     

    Aujourd'hui, nous célébrons la mémoire liturgique de saint Sixte II et de ses compagnons, martyrisés en 258 lors des persécutions de Valérien pour avoir refusé d'abjurer le Christ et d'offrir des sacrifices aux dieux païens. Nous lisons également la lettre de saint Cyprien et l'histoire de saint Jean Bosco.

    07/08/2026
    Sixte II (tableau de Sandro Botticelli, extrait)

    Pape et martyr : une association fréquente aux premiers siècles du christianisme. Sixte II, saint pape et martyr, est par exemple l'un des saints célébrés aujourd'hui. Il retourna à la maison du Père après moins d'un an de pontificat, précisément le 6 août 258, jour où il subit le martyre sous l'empereur Valérien. Le même jour, selon le Liber Pontificalis , six des sept diacres de Sixte II furent martyrisés : Agapitus et Felicissimus, Januarius, Magnus, Vincent et Étienne. La mémoire liturgique de ces six diacres, inscrite au calendrier romain général, est liée à celle de Sixte II et est célébrée aujourd'hui, le 7 août, au lendemain de leur martyre (elle ne coïncide donc pas avec la fête de la Transfiguration du Seigneur). Le 10 août de cette même année, le dernier diacre de l'Église de Rome encore vivant, et de loin le plus célèbre des sept, saint Laurent, supérieur du même collège de diacres, reçut la palme du martyre.

    Si ces traits essentiels sont effectivement inclus dans le Martyrologe romain (qui, outre celui du Pape, ne cite que les noms d’Agapitus et de Félicissime, mais parle néanmoins de quatre autres « diacres » martyrisés le 6 août), il faut dire que les sources ne s’accordent pas sur certains éléments, notamment sur les circonstances du martyre (pour une analyse critique, on peut consulter l’article rédigé par Francesco Scorza Barcellona et que Treccani, dans son Encyclopédie des papes, consacre à Sixte II).

    La plus ancienne source conservée est une lettre de saint Cyprien de Carthage (210-258), adressée à Successus, évêque d'Abbir Germaniciana. Ce document revêt une importance capitale, car il fut rédigé quelques jours après le martyre de Sixte II et de ses compagnons. Saint Cyprien y rapporte le retour de Rome de plusieurs hommes qu'il avait envoyés dans la Ville éternelle « afin qu'ils puissent s'enquérir de la vérité et nous la rapporter ». À quelle vérité faisait-il référence ? Plus précisément, au nouvel édit de Valérien contre les chrétiens, le second en l'espace d'un an. Dans le premier, en août 257, l'empereur avait interdit les rassemblements chrétiens, exigeant des évêques et des prêtres qu'ils abjurent leur foi sous peine d'exil. Le second édit, en 258, durcissait les mesures jusqu'à exiger la peine de mort pour les chrétiens qui refusaient d'abjurer. Saint Cyprien lui-même allait bientôt être victime de cette nouvelle persécution contre la foi, le 14 septembre 258. Dans cette lettre, écrite peu avant son martyre, il rapportait : « Valérien a envoyé un rescrit au Sénat dans lequel il a décidé que les évêques, les prêtres et les diacres soient immédiatement punis ( incontinenti animadvertantur ) ; que les sénateurs, les hommes de haut rang et les chevaliers romains perdent leur dignité et soient également privés de leurs biens ; et si, une fois privés de leurs biens, ils persistent à se déclarer chrétiens, ils doivent également perdre la tête ; que les matrones soient privées de leurs biens et envoyées en exil. » Etc.

    Poursuivant sa lettre, l'évêque de Carthage rapportait le martyre du pape : « Sixte a été martyrisé au cimetière le huitième jour des Ides d'août [c'est-à-dire le 6 août, ndlr ], avec quatre diacres. » Il est possible qu'en plus de ces quatre diacres martyrisés avec le pape et mentionnés par saint Cyprien, deux autres diacres aient également subi le martyre le même jour. Comme mentionné précédemment, parmi les diverses lectures, hagiographies et interprétations de l'événement, figure l'hypothèse retenue dans le Martyrologe, qui relate le 7 août : « Mémoire de saint Sixte II, pape, et de ses compagnons. Martyrs. Le pape Sixte, alors qu'il célébrait la messe et expliquait la loi divine aux fidèles, fut arrêté par des soldats et décapité sur-le-champ, conformément à l'édit de l'empereur Valérien, le 6 août. Quatre diacres subirent également le martyre avec lui et furent inhumés avec le pontife à Rome, au cimetière Saint-Calixte, sur la voie Appienne. Ce même jour, ses diacres, saints Agapit et Félicissime, furent également martyrisés au cimetière de Prétexte, où ils furent également inhumés. »

    Parmi les hagiographies du pape dont on se souvient aujourd'hui, celle de saint Jean Bosco mérite une mention particulière : Le Pontificat de saint Sixte II et les Gloires de saint Laurent le Martyr , publiée en 1860 par le fondateur des Salésiens. Ce texte, qui fait partie de la série de biographies des papes écrites par Don Bosco, présente le futur Sixte II comme un Grec de naissance (comme le décrit le Liber Pontificalis ), fils de Gentils et philosophe (cette dernière qualification a été contestée car elle est liée à un ouvrage, les Sententiae Sexti , un temps attribué à Sixte II mais plus tard jugé apocryphe par le Decretum Gelasianum ). Sixte, en quête de vérité, se serait converti puis serait arrivé à Rome, où il aurait fait de « grands progrès en doctrine et en vertu », au point d'acquérir une grande renommée auprès de tout le clergé romain. Un jour, sur le chemin du retour d'un concile à Tolède auquel il avait été envoyé par le pape, il fit halte dans ce qui est aujourd'hui Saragosse. Là, l'évêque Valère lui parla des vertus d'un jeune ecclésiastique nommé Lorenzo. Sixte fut tellement impressionné qu'il voulut le rencontrer et l'emmener avec lui à Rome.

    Après le martyre du pape Étienne Ier , le clergé choisit comme successeur au trône de Pierre le saint que nous célébrons aujourd'hui, prenant ainsi le nom de Sixte II. Le nouveau pontife, poussé par Denys d'Alexandrie, dut faire face à l'hérésie de Sabellius et à la question du baptême administré par les hérétiques, qui, sous le pontificat précédent, avait engendré des tensions entre le Saint-Siège et certaines Églises africaines et asiatiques. Par ailleurs, la persécution qui avait causé la mort de son prédécesseur s'intensifia, suite au second édit de Valérien. Don Bosco, se référant à une version qui semble différente de celle figurant actuellement dans le Martyrologe, rapporte que saint Sixte II reçut l'ordre de se présenter, avec le clergé, devant l'empereur. Avant de se rendre auprès de Valérien, le pape souhaita s'adresser ainsi à ses prêtres et diacres : « Mes frères et compagnons, le temps de la persécution est de retour ; nous devons être mis à l'épreuve. Mais n'ayez pas peur, ne soyez pas terrifiés par les maux qui nous menacent. Souvenons-nous de l'exemple des saints martyrs qui nous ont précédés. Leur courage leur a permis d'endurer toutes sortes de tourments pour obtenir la palme du martyre et la vie éternelle. Notre Seigneur Jésus-Christ, avant tout, nous en a donné un exemple éclatant ; il a souffert la Passion la plus douloureuse pour nous donner le courage de souffrir. »

    Peu après, poursuit Don Bosco, des gardes arrivèrent et ligotèrent le pape et les diacres Agapitus et Félicissime, avant de les conduire devant l'empereur. Ce dernier tenta à plusieurs reprises, et avec insistance, de persuader Sixte II d'offrir un sacrifice aux divinités païennes, mais en vain. Même la prison ne put briser le pontife qui, de fait, avec ses compagnons de martyre, avertit les bourreaux (dont Valérien) de leur sort éternel. Finalement, Sixte fut conduit dans une catacombe près du temple de Mars et y fut décapité.

    D'après les écrits de Don Bosco , saint Laurent fut arrêté le 6 août, après avoir exécuté l'ordre que lui avait donné Sixte II de distribuer les biens de l'Église aux pauvres. Quatre jours plus tard, il connut le « triomphe le plus glorieux » et, par conséquent, le « martyre le plus douloureux » que le pontife, consolant Laurent qui souhaitait partager son sort, avait prophétisé.

  • Les 200 martyrs du monastère de Cardena

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    Du site "1000 raisons de croire" :

    La terre de Cardena de souvient du martyr des 200 moines

    L’Espagne des IX et Xe siècles est en pleine expansion mahométane. Les razzias des troupes musulmanes d’Abd al-Rahman III, au service du tout nouveau califat de Cordoue, font rage et détruisent tout sur leur passage. C’est dans ce contexte que le monastère Saint-Pierre de Cardena, proche de Burgos, immense et florissant avec ses quelque deux cents moines, est ciblé. Si les historiens ne s’accordent pas sur l’année du massacre, ils confirment tous que le martyre eut bien lieu, un 6 août, dans le courant du IXe ou début Xe siècle. L’atrocité des faits marque considérablement les esprits, autant que le courage du père abbé, Étienne, qui, par son exemple de foi, procure aux autres moines le courage de rester fidèles jusqu’au bout. Un miracle surprenant s’ensuit : chaque année, au jour anniversaire, le sol du cloître où sont morts les martyrs se recouvre mystérieusement de sang frais, qui disparaît le lendemain. La reconnaissance de ce miracle, ainsi que la canonisation des moines par le pape Clément VIII en 1603, s’accompagne de la diffusion de leur culte et de leurs reliques dans toute l’Espagne. Aujourd’hui, des moines trappistes font rayonner ce lieu et sont témoins du retour à la foi de nombreux fidèles par leur intercession.


    Les raisons d'y croire

    • Les faits sont suffisamment rares et d’une telle brutalité qu’ils ont marqué l’histoire chrétienne, ce qui exclut qu’ils soient le fruit de l’invention. Le nombre impressionnant de 200 moines (certaines sources parlent de 300) est connu grâce à un texte signé et paraphé par 204 moines à leur entrée au noviciat quelques années auparavant, à la Noël 921. Selon le Becerro (codex du monastère), il n’est en outre pas étonnant de constater autant de vocations dans le contexte de Reconquista de l’époque face à l’avancée de l’islam.
    • La première chronique chrétienne qui rapporte les faits vient du roi Alphonse X de Castille, en 1262. Il y est question de 300 moines massacrés : « Ils gisent tous ensevelis dans le cloître. » Deux pierres portant une épitaphe gravée en leur honneur y furent scellées.
    • Le miracle du sang est attesté à plusieurs reprises par les nombreux pèlerins qui viennent se recueillir au cloître du monastère, parmi lesquels le roi Henri IV de Castille. Dans un privilège royal (texte juridique), adressé en 1473 aux moines de San Pedro de Cardena, celui-ci confirme le miracle dans son préambule : « Par eux, chaque année, notre Seigneur fait un miracle, qu’au jour où ils furent égorgés, le sol du cloître où ils furent ensevelis apparaît de couleur de sang. » Ce prodige dure jusqu’à la fin du XVe siècle, jusqu’à l’expulsion des Arabes de la péninsule ibérique par les rois catholiques, ce qui augmente leur foi.
    • Le bref de canonisation émis par le pape Clément VIII en 1603 reconnaît la mort des 200 moines et le miracle du sang.
    • Plus tard, Francisco de Berganza, bénédictin et historien du XVIIIe, effectue un travail titanesque de recherches sur le monastère en écrivant Las antigüedades de España. Il insiste sur le caractère répété du signe : le cloître se couvre de ce liquide rouge le 6 août, jour de leur martyre, puis il sèche le lendemain, et ce chaque année.
    • On apprend par Berganza que le père abbé, prénommé Étienne, se sachant en danger, réunit ses moines pour une allocution émouvante, rapportée certainement par un survivant : « Réconfortés, les moines, par la doctrine et l’exemple du saint abbé, unanimes et conformes, attendirent les Maures pour recevoir la couronne du martyre. » C’est leur foi en Jésus-Christ, à la fois personnelle et commune, qui porte les moines à faire face à l’ennemi.
    • Du côté des Maures, on détient aussi un récit, publié en 1981, de Ibn Ḥayyan, grand historien musulman de Cordoue du Xe siècle, qui décrit les campagnes du calife Abd al-Rahman III, dont celle de 934 à Cardena. On prend la mesure del’horreur et de l’ampleur de l’attaque : les musulmans veulent piller des trésors qu’ils pensaient trouver là, mais le père abbé Étienne leur répond que le plus grand trésor est le cœur des moines. Cette réponse ne leur plaisant pas, « les moines furent criblés de flèches avec fureur et traversés par les alfanges, piétinés par les chevaux, le sang versé trempant le sol ».
    • Le Catéchisme de l’Église catholique explique que « le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi » (§ 2473). Suivre le Christ signifie le suivre également dans la douleur et accepter les persécutions par amour de l’Évangile (cf. Mt 24,9-14 Mc 13,9-13 Lc 21, 12-19 ) : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom » ( Mc 13, 13 Jn 15,21 ).
    • Il est également rapporté que le Cid, ce chevalier espagnol héros et figure de la Reconquista espagnole, venait se recueillir au monastère demander la force dans la prière à ces 200 saints.
    • Le père abbé de la communauté trappiste qui occupe aujourd’hui le monastère témoigne de l’impact du martyre sur l’ordre et sur ses moines, qui se sentent fortifiés et encouragés par leur exemple à offrir leur vie à Dieu sur le même lieu où l’ont fait les saints martyrs.

     

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  • Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur

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    De David Hahn sur le Catholic Herald :

    Comment Amnesty s'est retournée contre la vision de son fondateur

     
    Amnesty International s'est retrouvée au cœur d'une vive polémique après avoir publié – puis retiré – un rapport accusant des organisations catholiques et chrétiennes à but non lucratif d'appartenir à un prétendu « mouvement anti-droits des droits ». Cet épisode a soulevé des questions embarrassantes, non seulement sur les procédures internes d'Amnesty, mais aussi sur la dérive inquiétante de sa mission depuis sa création.

    Le fondateur d'Amnesty International, Peter Benenson, s'était converti au catholicisme, une foi qui a profondément marqué sa vie. Il racontait avoir eu l'idée de créer Amnesty le 19 novembre 1960, en lisant que deux étudiants portugais avaient été condamnés à sept ans de prison pour avoir prétendument « porté un toast à la liberté » sous la dictature de Salazar. L'indignation de Peter face à cette injustice flagrante a précipité la fondation d'Amnesty et a donné naissance à la tradition, toujours vivante au sein de l'organisation, de porter un toast à la liberté pour conclure ses réunions. Benenson a publié l'appel désormais célèbre, « Les prisonniers oubliés », en première page de l' Observer en 1961.

    L'appel a suscité des milliers de réponses ; les journaux l'ont relayé à l'international, et en moins d'un an, des campagnes similaires ont vu le jour dans plus d'une douzaine de pays. L'organisation se consacrait à la protection des « prisonniers d'opinion » – des personnes emprisonnées uniquement pour leurs convictions. Les premières campagnes ont enquêté sur les conditions de détention en Afrique du Sud sous l'apartheid et apporté un soutien financier aux familles des prisonniers. Le mandat d'Amnesty s'est ensuite élargi pour inclure la torture et les procès inéquitables, et en 1977, elle a reçu le prix Nobel de la paix pour son action.

    Au cours des deux dernières décennies, l'action d'Amnesty a pris une nouvelle orientation. L'organisation s'est désormais clairement alignée sur la gauche progressiste, notamment sur les questions de sexualité et de reproduction. Depuis 2020, sa politique prône la dépénalisation totale de l'avortement « quel qu'en soit le motif », y compris jusqu'à la naissance ; elle s'oppose également à toute restriction de l'avortement sélectif en fonction du sexe, affirmant que « restreindre l'accès à un avortement sûr n'est pas la solution aux discriminations structurelles ».

    En Irlande, Amnesty International a exercé une influence néfaste sur les débats relatifs aux droits de l'enfant à naître. Dès 2014, l'organisation a milité pour l'abrogation du Huitième Amendement, qui consacre dans la Constitution irlandaise le droit à la vie égal pour les femmes enceintes et leurs enfants. Lors du référendum de 2018 portant sur cette protection, Amnesty International a affirmé que voter pour l'abrogation serait « un vote pour l'égalité, la dignité, le respect et la compassion ». L'abrogation a été approuvée par les deux tiers des suffrages.

    En 2015, Amnesty International a commencé à adopter des politiques sur la moralité sexuelle désormais bien associées à la gauche progressiste. L'organisation a notamment adopté une politique de dépénalisation totale de la prostitution, incluant la suppression des lois contre l'achat de services sexuels, le racolage et le proxénétisme. Dès 1991, Amnesty International a étendu la protection accordée aux « prisonniers d'opinion » aux personnes emprisonnées uniquement pour homosexualité. Depuis, cette politique est devenue un axe central du travail plus large de l'organisation sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Le rapport d'Amnesty International Royaume-Uni, désormais retiré, intitulé « Une menace croissante », qui décrivait les organisations catholiques britanniques et autres organisations chrétiennes comme faisant partie d'un « écosystème anti-droits » coordonné, est l'expression la plus récente et la plus frappante de cette dérive.

    Les excuses présentées par Amnesty International par la suite sont pour le moins amusantes. On pouvait y lire : « Nous présentons nos excuses pour la publication de la note d’information “Une menace croissante : le mouvement anti-droits au Royaume-Uni”. Ce document n’aurait jamais dû être publié, et Amnesty International Royaume-Uni assume l’entière responsabilité de cette erreur… Nous allons commander une enquête externe indépendante afin de tirer les leçons de cette situation. » Il est en effet regrettable que vous sachiez désormais ce qu’elle pensait de vous en privé – il faut dire que sa politique ne laissait guère de place au doute à ce sujet. Ironie tragique : Benenson lui-même avait mis en garde contre ce scénario, écrivant dans Persecution 1961 : « Si [Amnesty] venait à tomber sous le contrôle d’un pays, d’une idéologie ou d’une croyance, elle aurait échoué dans sa mission. » Selon les critères de son fondateur, ce jour est arrivé.

    Les catholiques devraient reconnaître, dans ce document expurgé d'Amnesty, la séparation essentielle entre la cité des hommes et la cité de Dieu. Nous ne poursuivons assurément pas les mêmes objectifs que nos homologues laïques, même si nous employons parfois une rhétorique similaire. Protéger l'accès public aux soins de santé paraît une bonne chose jusqu'à ce que l'on comprenne que ce terme désigne en réalité la stérilisation des mineurs et l'avortement des enfants non désirés. De même, « protéger les libertés individuelles » semble irréprochable jusqu'à ce que l'on apprenne qu'il s'agit de militer pour la déstigmatisation de la prostitution.

    Il peut être très difficile pour un catholique de garder son sang-froid face à de si vastes organisations internationales qui promeuvent leur propre vision perverse du bien humain. Il est nécessaire, surtout en matière de politiques publiques, d'adopter une perspective éternelle. Le plan de Dieu n'est pas accessoire à nos fins, mais en est la cause première et ultime. Le plus grand mal que causent les politiques d'ONG comme Amnesty International ne s'attaque pas au corps de nos frères et sœurs, mais à leur âme. Elles mettent en péril la véritable liberté humaine, qui ne se trouve que dans la soumission de la volonté humaine à la volonté divine.

    Il nous faut prendre conscience de la substitution insidieuse entre la véritable liberté humaine et la simple autorisation de faire tout ce qui nous plaît. La liberté est donnée à l'homme pour la poursuite du bien, pour sa relation avec Dieu. En dehors de ce bien, la liberté dégénère en une autorisation de tout faire, même des actes contraires à notre nature, aujourd'hui célébrés à travers le monde. Ce n'est pas la liberté ; c'est la pire forme d'esclavage.

    L'ironie la plus profonde de cette histoire est qu'Amnesty a accusé l'Église catholique et d'autres institutions chrétiennes de leur propre échec. Le péché humain a toujours été un acte d'autodestruction, une rupture de notre cœur avec Celui qui est notre seule satisfaction et l'accomplissement de tous nos désirs. En effet, ces agissements illustrent non seulement la menace croissante, mais aussi bien présente, de la morale progressiste – un mouvement anti-droits aussi ancien que le jardin d'Éden.

    Il est tragique de constater que des organisations comme Amnesty ont été fondées par des hommes de bonne volonté tels que Peter Benenson, lui-même catholique, mais qui, comme tant d'autres, ont vu leur œuvre se pervertir. Amnesty est depuis devenue un foyer de progressisme radical, promouvant des politiques aussi controversées que sa position actuelle sur l'idéologie transgenre.

  • Mais c'est quoi, l’« état de nécessité » ?

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    De Roberto de Mattei sur Corrispondenza Romana :

    Mais qu’est-ce que l’« état de nécessité » ?

    Il est important de clarifier d'emblée un point fondamental : l'expression « état de nécessité » ne doit pas être confondue avec la grave crise qui affecte actuellement l'Église. Cette crise est un fait historique et sociologique indéniable : certains en font remonter les origines au pape François, d'autres à l'ère post-conciliaire, et d'autres encore au concile Vatican II. Ces références historiques contiennent une part de vérité, mais le phénomène est plus vaste et plus ancien dans le temps. Déjà, saint Pie X, dans son encyclique prophétique Pascendi dominici gregis du 8 septembre 1907, diagnostiquait l'existence des graves maux qui pénétraient l'Église par le biais du modernisme. Le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, dans son ouvrage désormais classique Révolution et Contre-Révolution , publié en 1959, a inscrit cette crise dans le cadre d'un processus séculaire qui a débuté avec la dissolution du christianisme médiéval. Romano Amerio, dans son Iota unum… L’ouvrage « Étude des changements survenus dans l’Église catholique au XXe siècle » , publié en 1985, offrait un diagnostic large et pénétrant des maux qui affectaient l’Église à cette époque. La même année, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publiait, avec Vittorio Messori, le « Rapport sur la Foi » , tirant la sonnette d’alarme quant à l’état du catholicisme contemporain. Devenu pape Benoît XVI, il consacra la dernière année de son pontificat à la crise de la foi. Depuis lors, la situation s’est considérablement aggravée, et seuls ceux qui étaient spirituellement ou intellectuellement aveugles pourraient nier l’évidence de cette crise.

    Le fait historique d'une crise très grave au sein de l'Église ne coïncide pas, cependant, avec la catégorie juridico-morale de « l' état de nécessité ». Ce sont deux notions distinctes qu'il ne faut pas confondre. L'état de nécessité présuppose une situation exceptionnelle, sans toutefois s'y réduire. Il s'agit d'une institution de théologie morale et de droit, élaborée pour réguler les situations extraordinaires où l'observance ordinaire de la loi semble entrer en conflit avec le bien que la loi elle-même vise à protéger. Une crise ecclésiale peut certes constituer le contexte dans lequel se pose la question de l'état de nécessité, mais entre la situation historique et le jugement moral et juridique, il existe une étape supplémentaire, qui exige prudence et une évaluation rigoureuse des faits.

    La doctrine morale définit l'état de nécessité comme la situation dans laquelle une personne, pour éviter un mal grave, imminent et inévitable, accomplit un acte qui, en temps normal, serait illicite ou interdit. Autrement dit, il ne s'agit pas tant de la situation extérieure elle-même que du jugement prudentiel de la personne qui doit agir dans cette situation. C'est pourquoi l'état de nécessité naît de la rencontre entre une situation exceptionnelle et la responsabilité personnelle de celui qui doit décider de la conduite à tenir. La crise peut être objective ; l'état de nécessité, en revanche, concerne l'appréciation subjective de l'action concrète à entreprendre face à cette crise.

    Le Code de droit canonique de 1983 traite expressément de cette question dans les canons 1323 et 1324. Le canon 1323 établit qu'aucune peine n'est infligée à quiconque a enfreint une loi « lorsqu'il y est contraint par une crainte grave, même relative, ou par nécessité ou grave inconvénient, à moins que l'acte ne soit intrinsèquement mauvais ou ne cause un préjudice aux âmes ». Cette norme ne crée pas de dérogation arbitraire à la loi, mais reconnaît que des circonstances exceptionnelles peuvent survenir dans lesquelles la responsabilité juridique cesse ou est atténuée.

    Une première caractéristique de l'état de nécessité est son caractère essentiellement exceptionnel et temporaire. Il survient en réponse à une situation spécifique et limitée dans le temps. Il ne peut se transformer en condition permanente, ni constituer un régime ordinaire de gouvernement ou de vie ecclésiale. Si la nécessité devenait permanente, elle cesserait d'être une véritable « exception » et viderait finalement de son sens la discipline ordinaire de l'Église.

    Une crise historique peut s'éterniser pendant des décennies ; un état de nécessité, en revanche, concerne des actions spécifiques, menées dans des circonstances particulières, pour faire face à un danger concret et immédiat. La crise fournit le contexte ; l'état de nécessité est le jugement prudentiel qui peut, dans des cas strictement définis, justifier ou excuser une ligne de conduite donnée.

    Enfin, il existe une limite insurmontable, sur laquelle insistent tant la théologie morale que le droit canonique. Un état de nécessité ne saurait justifier un acte intrinsèquement mauvais. Le principe formulé par saint Paul et constamment réaffirmé par le Magistère de l’Église s’applique ici : il n’est jamais licite de faire le mal pour qu’il en résulte du bien : « non sunt facienda mala ut veniant bona » ( Rm 3, 8). Certains actes, par leur objet moral même, demeurent toujours illicites, quelles que soient les circonstances et le contexte historique.

    C’est précisément sur ce point que porte le débat théologique et canonique. Un acte accompli en vertu d’un état de nécessité ne saurait contredire les principes du droit divin ni les normes qui, par leur nature même, ne permettent aucune dérogation. Or, les consécrations épiscopales sans mandat et contre la volonté du Pape ont pour but la création d’une entité indépendante du Pontife romain et des évêques en communion avec lui. Mais cela est intrinsèquement illicite, quelles que soient les circonstances historiques invoquées pour justifier l’acte.   

    Le véritable enjeu n'est donc pas de savoir s'il existe ou non une crise au sein de l'Église, dont l'existence est manifeste pour tous. La question cruciale est ailleurs : est-il moralement et juridiquement licite, même face à une crise très grave, de commettre un acte qui viole la constitution hiérarchique de l'Église, telle qu'établie divinement par Jésus-Christ, rejetant de fait la primauté de la juridiction du Pontife romain et introduisant une pratique étrangère à la tradition bimillénaire de l'Église ?

    Si tout cela n’est pas clair, « l’ état de nécessité » risque de n’être qu’un état de confusion. 

  • La rébellion des Cristeros de 1926 constitue aujourd’hui un avertissement qui donne à réfléchir

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le NCR :

    La rébellion des Cristeros de 1926 constitue aujourd’hui un avertissement qui donne à réfléchir

    COMMENTAIRE : Des horreurs sont possibles à notre époque, et dans des endroits qui ne sont pas si lointains.

    Le bienheureux Miguel Agustín Pro (1891–1927), photographié quelques instants avant son exécution par un peloton d'exécution, les bras tendus en forme de croix, est présenté à côté de l'image originale de la tilma de Notre-Dame de Guadalupe.
    Le bienheureux Miguel Agustín Pro (1891–1927), photographié quelques instants avant son exécution par un peloton d’exécution, les bras tendus en forme de croix, est représenté aux côtés de l’image originale de Notre-Dame de Guadalupe sur la tilma. (photo : Wikimedia Commons / Domaine public)

    4 août 2026

    Les catholiques du Canada et des États-Unis ont tendance à admirer la piété populaire du Mexique, dans l’attente du 500e anniversaire des apparitions de Guadalupe, qui aura lieu en 2031.

    Mais il y a 100 ans, le Mexique subissait une violente persécution anticatholique. L’administration des sacrements fut suspendue pendant trois ans, et les fidèles catholiques furent pourchassés et tués. 

    Le pape saint Jean-Paul II décida de célébrer la canonisation des martyrs mexicains lors du Grand Jubilé de l’an 2000 — une année où il se montra particulièrement sélectif quant au choix des saints à canoniser.

    La « Cristiada » ou « rébellion des Cristeros » fut l’une des nombreuses persécutions déplorables qui éclatèrent dans des pays à forte identité chrétienne après la Première Guerre mondiale — qui fut elle-même un échec cuisant de la civilisation chrétienne. Il est plausible que les grandes tendances sécularisantes du XXe siècle aient été en partie le résultat de la perte de crédibilité du christianisme pendant la Grande Guerre.

    Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des persécutions antichrétiennes ont éclaté dans des contrées historiquement chrétiennes, notamment en Russie (communisme), en Italie (fascisme) et en Allemagne (nazisme). 

    On oublie souvent le Mexique. Jean-Paul II souhaitait que ce souvenir reste vivant au XXIe siècle.

    « Cristóbal Magallanes et ses vingt-quatre compagnons martyrs appartenaient [pour la plupart] au clergé séculier et trois d’entre eux étaient des laïcs profondément engagés à aider les prêtres », a déclaré Jean-Paul II lors de la canonisation en 2000. « Ils n’ont pas cessé d’exercer courageusement leur ministère lorsque la persécution religieuse s’est intensifiée sur la terre bien-aimée du Mexique, déchaînant la haine contre la religion catholique. Tous ont accepté librement et sereinement le martyre comme témoignage de leur foi, pardonnant explicitement à leurs persécuteurs. … Aujourd’hui, ils sont un exemple pour toute l’Église et pour la société mexicaine en particulier. »

    Que s’est-il passé au Mexique il y a exactement 100 ans ?

    La Révolution mexicaine (1910-1920) a mis fin à une dictature de longue date et a abouti à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 1917. Cette Constitution prévoyait des restrictions explicites à la liberté religieuse, visant à réduire l’influence de l’Église catholique sur la société et la culture mexicaines. 

    Le droit de l’Église à enseigner la religion était restreint, ses biens étaient soumis à la disposition du gouvernement, aucun culte public n’était autorisé en dehors des lieux de culte (par exemple, les processions) et il était interdit aux prêtres de porter leur habit ecclésiastique en dehors des églises. (Cette dernière disposition était encore en vigueur lors de la visite de Jean-Paul II en 1979, mais le président mexicain avait symboliquement payé l’amende pour cette infraction.)

    Ces lois antireligieuses et anticatholiques ont causé une grande détresse aux catholiques mexicains et ont été vivement contestées par l’Église au Mexique. Mais les conflits et les crises ont été largement évités, car les dispositions constitutionnelles n’étaient tout simplement pas appliquées. 

    La situation changea avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président mexicain en 1924, Plutarco Calles. Farouchement anticlérical, il choisit d’appliquer de plus en plus rigoureusement les restrictions constitutionnelles en matière de religion, signant finalement en juin 1926 la « loi Calles », qui imposait une application stricte des mesures anticatholiques à compter du mois suivant. 

    Les évêques mexicains protestèrent avec véhémence, mais en vain. Ils consultèrent le pape Pie XI et, avec son soutien, annoncèrent que la loi Calles rendrait impossibles le culte religieux, les sacrements et l’enseignement ; par conséquent, tous les services religieux nécessitant la présence d’un prêtre — y compris la Sainte Messe et les sacrements — seraient suspendus au Mexique par décret à compter du 31 juillet 1926. 

    C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais la logique était similaire à celle d’une excommunication. Il arrive parfois qu’une offense soit si grave qu’un catholique puisse se voir interdire purement et simplement de recevoir les sacrements, la sévérité de la sanction visant à souligner à quel point le repentir et la conversion sont urgents. Par analogie, les évêques mexicains, avec le soutien du pape, ont excommunié la nation tout entière pour souligner la gravité de l’offense commise par le gouvernement à l’encontre de la liberté religieuse et des droits des catholiques.

    On compare parfois la suspension prononcée par les évêques mexicains à une « grève » ou à une manifestation, mais il vaut mieux la considérer comme une sanction à l’échelle nationale visant à inciter le gouvernement à changer de cap. On pensait également que le mécontentement populaire exercerait une pression irrésistible sur le gouvernement pour qu’il revienne sur sa décision. Qui aurait pu imaginer un Mexique sans messes, sans baptêmes, sans mariages ni funérailles ?

    Ce jugement tactique s’est avéré erroné. Le gouvernement de Calles s’est encore davantage engagé sur cette voie et a intensifié sa persécution.

    Dans certaines régions du Mexique, l’opposition au gouvernement a pris la forme d’une rébellion armée, ce qui a conduit les forces fédérales mexicaines à traquer les rebelles et leurs sympathisants, parmi lesquels elles comptaient, par définition, tous les prêtres. Les prêtres — ainsi que ceux qui leur venaient en aide — ont été martyrisés dans leurs églises ou pendus sur la place publique. 

    Le plus célèbre d’entre eux fut le père jésuite Miguel Pro, fusillé en 1927 et béatifié en 1988.

    Les rebelles catholiques étaient appelés les « Cristeros ». Leur histoire a été racontée de manière saisissante par le romancier Graham Greene dans *Le Pouvoir et la Gloire* et dans le film *For Greater Glory*.

    La Cristiada débuta quelques jours après la suspension des sacrements, le 3 août 1926. Ni la rébellion ni la suspension n’ont conduit à une résolution rapide. En effet, la Cristiada s’est poursuivie pendant trois ans, jusqu’en 1929, et n’a trouvé une issue qu’après le départ de Calles du pouvoir. Les sacrements ont été rétablis la même année.

    La rébellion des Cristeros semble si étrangère à notre époque : l’Église suspendant ses propres sacrements, une persécution féroce de l’Église dans un pays catholique, le Mexique devenu le théâtre d’une persécution anticatholique. Pourtant, tout cela s’est produit il y a un siècle. Le Mexique des années 1920 nous rappelle la fragilité d’une culture catholique, et à quelle vitesse la paix et l’ordre peuvent être perdus au profit de la révolution, de la violence et du martyre.

    Le sang des martyrs a préservé l'intégrité de la foi et a porté ses fruits avec le renouveau de la piété mexicaine, mais les événements survenus il y a un siècle constituent toujours un avertissement saisissant. Des horreurs sont possibles à notre époque, et dans des lieux qui ne sont pas très éloignés.

  • Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

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    De Victoria Cardiel pour EWTN News :

    Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

    3 août 2026
    « Les martyrs qui n’en furent pas : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne (1936-1939) », par le prêtre et théologien Melchor Sánchez de Toca Alameda, publié par Didaskalos. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Les violences antichrétiennes ont coûté la vie à de nombreux membres du clergé, religieux et laïcs catholiques en Espagne dans les années 1930, constituant ainsi l'un des chapitres les plus étudiés de l'histoire moderne de l'Église.Le souvenir de cette persécution religieuse s'est toutefois largement construit autour de ses martyrs, reléguant au second plan ceux qui ont enduré la même brutalité mais n'ont pas reçu la palme du martyre.Un nouveau livre du prêtre et théologien espagnol Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda met en lumière les histoires de catholiques qui ont survécu aux bouleversements et à la violence de ces années.Publié en espagnol par la maison d'édition Didaskalos sous le titre « Los mártires que no fueron. Salvados, clandestinos, refugiados, evadidos y muertos de la persecución religiosa en España (1936–1939) » (« Les martyrs qui n'ont pas été martyrisés : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne, 1936–1939 »), l'ouvrage relate les expériences de personnes qui ont échappé à la mort, vécu cachées, fui des zones dangereuses ou sont mortes pendant la guerre civile espagnole dans des circonstances qui ne répondaient pas aux critères du martyre définis par l'Église.Sánchez de Toca, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, a travaillé sur de nombreuses causes de martyre liées à la persécution religieuse des années 1930.Cette expérience, a-t-il confié à ACI Prensa, l'a incité à commencer à recueillir les histoires de ceux dont la vie avait reçu moins d'attention.« Ceux qui ont subi la persécution sans y mourir, ou qui sont morts pendant cette période sans avoir bénéficié du martyre, ont été quelque peu laissés dans l’ombre », a-t-il déclaré.

    martyrs en puissance

    Le livre présente un large éventail d'hommes et de femmes qui ont enduré la même épreuve que les martyrs, mais qui ont connu un destin différent.

    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News

    Certains ont échappé à la mort par des circonstances inattendues. D'autres sont restés cachés pendant des années, soutenant une Église contrainte à la clandestinité. Certains ont fui les zones les plus dangereuses, tandis que d'autres sont morts pendant la guerre sans que leur mort soit reconnue comme un martyre.« Tous les saints qui vivent une persécution religieuse n’atteignent pas la palme du martyre en mourant au cours de celle-ci, et tous ceux qui meurent pendant une persécution ne sont pas des martyrs », a expliqué Sánchez de Toca.Plutôt que de tenter un catalogue exhaustif, l'auteur a sélectionné des personnalités canonisées ou faisant actuellement l'objet de causes de béatification, offrant ainsi une perspective différente sur les événements marquants de cette période.Parmi les personnalités les plus connues figurent saint Maravillas de Jésus, saint Josémaria Escrivá, le bienheureux Álvaro del Portillo, le vénérable José María García Lahiguera, le bienheureux Père Tarrés, Isidoro Zorzano et la Servante de Dieu Carmen Hidalgo, co-fondatrice des Sœurs Oblates du Christ Prêtre.Le livre présente également des personnes moins connues dont la vie a été marquée par la persécution, notamment Ismael de Tomelloso, surnommé « le milicien saint » ; Antonio Rivera, appelé « l'ange de l'Alcázar » ; et le père jésuite Fernando Huidobro, aumônier de la Légion espagnole.Ces trois cas ont d'abord attiré l'attention de l'auteur. Bien que tous aient subi les conséquences de la guerre et que deux soient morts des suites de leurs blessures ou au front, aucun ne peut être considéré comme un martyr au sens strict.« On a tenté de les présenter comme des martyrs, notamment pendant la période d'après-guerre à travers la propagande franquiste », a déclaré Sánchez de Toca.

    On les décrivait parfois par une expression courante à l'époque : « tombés pour Dieu et pour l'Espagne ». Cependant, les circonstances de leur mort ne répondaient pas aux critères établis par l'Église pour la reconnaissance du martyre.

    L'Église souterraine

    L'une des sections les plus marquantes du livre reconstitue le quotidien des catholiques restés en territoire républicain et contraints de pratiquer leur foi clandestinement.Un chapitre consacré à « la clandestinité et à la prière à l’arrière » relate les expériences d’hommes et de femmes courageux qui ont organisé des réseaux secrets pour aider les prêtres cachés, permettre la célébration des sacrements et maintenir vivante la pratique religieuse catholique.« Ils ont créé des réseaux d’assistance qui ne détonneraient pas dans les meilleurs romans d’espionnage », a déclaré Sánchez de Toca.Isidoro Zorzano, le vénérable José María García Lahiguera et Mère Carmen Hidalgo ont organisé un réseau d'assistance financière pour les prêtres qui avaient survécu.« Ils leur ont fourni le matériel nécessaire pour célébrer la messe, puis ils ont redistribué la communion en la distribuant dans les foyers par l’intermédiaire d’agents clandestins », a-t-il expliqué.

    Franchir les lignes de front

    Un autre chapitre relate les histoires de catholiques qui ont franchi les lignes de front au cours d'opérations exceptionnellement dangereuses.

    Parmi eux figurent le bienheureux Álvaro del Portillo, qui traversa le front ; le serviteur de Dieu Tomás Alvira, qui accompagna saint Josémaria Escrivá à travers les Pyrénées ; et la vénérable sœur Justa Domínguez de Vidaurreta, supérieure des Filles de la Charité, qui s'échappa de Madrid après de nombreuses difficultés et finit par s'installer à Pampelune.

    Le fardeau de la survie

    Sánchez de Toca a également été touché par ce que l'on appelle communément la culpabilité du survivant, un phénomène psychologique vécu par de nombreuses personnes ayant échappé à la persécution.Bien qu'un chapitre consacré à ce sujet ait été supprimé pour des raisons éditoriales, l'auteur a déclaré que de nombreux survivants ont passé le reste de leur vie à se débattre avec une question troublante : pourquoi avaient-ils survécu alors que tant de leurs compagnons avaient été tués ?« Il n’est pas toujours facile de répondre à la question : “Pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas voulu que je sois un martyr alors que tant de mes compagnons ont été tués ?” », a-t-il déclaré.

    Sauvé au dernier moment

    Certains des passages les plus poignants du livre relatent les expériences de personnes qui ont échappé à ce qui semblait être une mort certaine.L'un des récits les plus marquants concerne un frère augustin emprisonné à Madrid pendant la persécution.Selon Sánchez de Toca, les mains du frère étaient déjà liées et il s'apprêtait à être transporté à Paracuellos lorsqu'une personne inconnue coupa ses cordes et murmura : « Faites demi-tour et retournez dans votre cellule. Ne vous retournez pas. »

    Le moine obéit machinalement et survécut.« Il est retourné dans sa cellule et s’est mis à trembler et à convulser sous l’effet du choc post-traumatique avec une telle violence que plusieurs compagnons ont dû le maîtriser », a raconté Sánchez de Toca.D'autres ont survécu grâce à des erreurs dans les listes de prisonniers ou à l'intervention inattendue de personnes anonymes. Nombreux sont ceux qui ont interprété leur sauvetage comme un acte de la providence divine et qui ont passé le reste de leur vie à se demander pourquoi ils avaient été choisis pour survivre.L'auteur aborde également les crimes commis par les forces nationalistes. Le père Huidobro, par exemple, a dénoncé les exécutions sommaires de prisonniers dans des plaintes adressées au quartier général du général Francisco Franco.

    Une leçon pour aujourd'hui

    Au-delà de leur valeur historique, Sánchez de Toca estime que ces biographies offrent des leçons particulièrement pertinentes pour les chrétiens d'aujourd'hui.« Ils vivaient tous avec une vocation claire au martyre », a-t-il déclaré.Selon l'auteur, le martyre faisait partie de l'horizon spirituel de nombreux catholiques espagnols avant même le déclenchement de la guerre civile.

    « Cela transparaît dans leurs lettres, leurs homélies et leurs conversations, comme l’expression de leur volonté de donner leur vie pour le Christ si nécessaire », a-t-il déclaré.Sánchez de Toca a également souligné l'extraordinaire créativité apostolique dont les catholiques ont fait preuve dans des circonstances extrêmes.« Voici une autre leçon essentielle pour notre époque », a-t-il conclu. « L’Esprit Saint inspire la créativité apostolique dans les circonstances de vie de chacun. »

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, le service affilié hispanophone d'EWTN News.

  • Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

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    De Filip Mazurczak  sur le CWR :

    Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    L'ouvrage « La Croix et le Drapeau » , du père John Tanyi Nquah Lebui, offre de nombreuses perspectives, notamment sur l'héritage africain méconnu du pape polonais.

    Le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage papal en Pologne en juin 1979. (Image : Wikipédia)

    On peut affirmer que depuis saint Pie V, qui créa la Sainte Ligue et vainquit les Turcs ottomans lors de la bataille de Lépante en 1571, aucun pape n'a exercé une influence aussi profonde sur la politique mondiale que saint Jean-Paul II. Outre sa contribution majeure à la chute pacifique du régime communiste en Europe centrale et orientale, le pontife fut un fervent opposant à la guerre, à la pauvreté, à l'avortement et à toutes sortes d'injustices, et un défenseur de la dignité humaine. Même si les dirigeants du monde ne partageaient pas toujours son avis, ils l'écoutaient toujours.

    Dans son nouvel ouvrage, le père John Tanyi Nquah Lebui examine l'héritage diplomatique de Jean-Paul II. Bien qu'il s'agisse d'un ouvrage précieux sur les relations internationales, il présente quelques défauts assez surprenants.

    diplomatie papale

    Le père John Tanyi Nquah Lebui est un prêtre camerounais et spécialiste des relations internationales, actuellement en poste dans l'archidiocèse de Boston, dans le Massachusetts. Son ouvrage, intitulé « La Croix et le Drapeau : la diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible » , a été publié par St. Augustine's Press.

    Pour ceux qui ne reconnaissaient pas l'Église catholique comme la véritable Église, il semblait, au XIXe siècle, que celle-ci allait s'effondrer comme la Société des Nations, Lehman Brothers, l'Union soviétique, l'Empire britannique ou toute autre construction humaine. Lorsque Napoléon envahit Rome, il emprisonne le pape Pie VII, puis l'exile en France. Parallèlement, lors de l'unification de l'Italie, les États pontificaux se dissolvent, avant que le Vatican ne réapparaisse en 1929, devenant ainsi le plus petit État du monde, huit fois plus petit que Central Park.

    Ces bouleversements historiques, écrit Tanyi, furent cependant une  felix culpa , ou « heureuse faute ». Ayant perdu tout son pouvoir temporel, le Saint-Siège put renaître en tant que superpuissance morale. Tanyi se réfère ainsi aux grands politologues, tels que Fukuyama, Kissinger et Nye, et recourt aux catégories classiques de la science politique pour analyser le Vatican et saint Jean-Paul II en tant qu'acteurs politiques. Il soutient que le Vatican a eu recours à diverses formes de diplomatie durant le pontificat de Jean-Paul II, notamment l'action humanitaire, la communication médiatique (en particulier grâce au regretté porte-parole du Vatican, Joaquín Navarro-Valls), et la diplomatie traditionnelle.

    Le Saint-Siège et la Palestine sont les deux seuls observateurs permanents auprès des Nations Unies. Cependant, comme le démontre Tanyi, grâce à l'autorité morale de Jean-Paul II, le Vatican exerçait une influence considérable à l'ONU. Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, l'administration Clinton a activement œuvré pour la légalisation et la promotion de l'avortement comme solution au problème de la surpopulation.

    Pourtant, Clinton a échoué, et c'est à cause du Saint-Siège, qui a trouvé des alliés étranges dans divers États à majorité musulmane, notamment au Pakistan et auprès de sa Première ministre de l'époque, Benazir Bhutto, assassinée par un kamikaze en 2007 (et que le pape Léon XIV loue comme une femme « courageuse et généreuse » dans son encyclique Magnifica humanitas ), pour empêcher la promotion de l'avortement.

    Tanyi réfute de manière convaincante la vision marxiste de l'histoire comme étant uniquement déterminée par l'économie, la vision réaliste qui dépeint les relations internationales comme influencées par une lutte de pouvoir, et la vision libérale qui se concentre sur les incitations économiques, démontrant ainsi que les dirigeants peuvent avoir un impact sur l'histoire. Par exemple, Jean-Paul II, Polonais ayant lui-même subi l'oppression du communisme, a, sans surprise, rejeté la politesse mesurée dont certains de ses prédécesseurs italiens faisaient preuve envers les régimes communistes.

    Parallèlement, son enfance à Wadowice, où un cinquième de la population était juive avant l'Holocauste, lui a inculqué un amour pour le peuple juif qui a conduit le Vatican à établir des relations diplomatiques avec l'État d'Israël en 1993.

    Un pape « africain »

    « Les Irlandais sont les Noirs de l'Europe », déclare un personnage du film d'Alan Parker,  The Commitments (1991) , qui raconte l'histoire d'un groupe de jeunes Dublinois formant un groupe de soul. À l'instar des Irlandais, les Polonais ont subi l'oppression étrangère (notamment l'esclavage, parmi les nombreuses injustices commises à leur encontre pendant la Seconde Guerre mondiale), et l'on peut donc affirmer qu'ils sont eux aussi les « Noirs de l'Europe ».

    Dans ce contexte, l'origine polonaise de Jean-Paul II n'est pas fortuite. Selon Tanyi, les Polonais, à l'instar des Africains, ayant subi les pires atrocités du colonialisme, le pontife était particulièrement sensible aux nombreux maux du continent. Tandis que l'Italie, pays d'origine de la plupart des papes, avait commis d'horribles crimes contre l'humanité en Libye et en Éthiopie, la Pologne était elle-même sous le joug étranger lors du partage de l'Afrique.

    L’héritage africain de saint Jean-Paul II est souvent négligé, malheureusement parce que l’Occident fait preuve d’une ignorance délibérée à l’égard de ce continent. Pourtant, comme le souligne Tanyi, Jean-Paul II a effectué onze pèlerinages en Afrique (à titre de comparaison, il s’est rendu neuf fois dans son pays natal, la Pologne, huit fois en France et sept fois aux États-Unis), visitant trente-neuf de ses cinquante-quatre nations. Tanyi cite le biographe du pape, George Weigel, qui affirme qu’aucun dirigeant mondial de la fin du XXe siècle ne s’est autant soucié de ce « continent oublié ».

    L’amour du pape polonais pour l’Afrique et ses peuples était réciproque. Tanyi nous apprend que de nombreux Kenyans, par exemple, donnent son nom à leurs enfants, voire à leurs animaux de compagnie, à leurs animaux d’élevage et même à des hôtels. Tanyi énumère les contributions concrètes de Jean-Paul II à l’Afrique : de ses appels pressants aux nations occidentales et aux institutions financières internationales pour l’annulation de la dette africaine, à son exigence de la libération des prisonniers politiques détenus par des dictateurs africains comme condition nécessaire aux visites papales, en passant par la création de la Fondation humanitaire Jean-Paul II pour le Sahel.

    Lorsque les évêques catholiques de la Côte d'Ivoire, pays appauvri, décidèrent de construire la plus grande basilique du monde dans la capitale, Yamoussoukro, Jean-Paul II n'accepta sa construction qu'à la condition qu'un hôpital destiné aux plus démunis soit construit sur son terrain (cet hôpital a été construit depuis, et son saint patron est le grand médecin altruiste saint Joseph Moscati).

    défauts « idiosyncrasiques »

    L'adjectif de prédilection de John Tanyi semble être « idiosyncrasique », et il apparaît souvent à plusieurs reprises sur une même page. Il explique que, bien que ce mot puisse avoir des connotations négatives, il l'utilise au contraire de manière positive pour évoquer la personnalité et le parcours uniques de Jean-Paul II et leur influence sur sa diplomatie.

    Message reçu. Cependant,  « La Croix et le Drapeau »  souffre de défauts pour le moins originaux. Nombre d'idées sont répétées à l'envi, et l'ouvrage regorge de fautes d'orthographe et de ponctuation. La lecture peut ainsi s'avérer frustrante.

    Plus problématique encore est la bibliographie de Tanyi. Il cite à plusieurs reprises certains auteurs, dont certains sont des « catholiques dissidents » notoires, très critiques envers Jean-Paul II et l'Église, notamment Peter Hebblethwaite, David Willey, et même David Yallop, auteur d'un best-seller anti-catholique de mauvais goût promouvant la thèse, depuis longtemps démentie, selon laquelle le Vatican aurait assassiné le pape bienheureux Jean-Paul Ier.

    De plus, certaines œuvres citées dans *The Flag and the Cross*  (Tanyi utilise le style de citation APA) sont curieusement absentes de la bibliographie. On relève également plusieurs erreurs grossières : par exemple, Tanyi se trompe de six ans lorsqu’il mentionne la béatification de Jean-Paul II, alors que la messe papale de 1983 à Managua s’est déroulée devant une image des Sandinistes, et non de Che Guevara (apparemment, Tanyi a confondu cette messe papale mouvementée avec celle de La Havane quinze ans plus tard).

    Certaines opinions de Tanyi sont étranges. Par exemple, lorsqu'il évoque les dirigeants africains post-indépendance, il cite Ahmed Sékou Touré de Guinée parmi ceux « acclamés comme des héros et des sauveurs par leurs peuples » et des « penseurs », et non parmi les dictateurs mentionnés à la page suivante, tels qu'Idi Amin d'Ouganda, Mouammar Kadhafi de Libye et Hosni Moubarak d'Égypte. Sékou Touré fut l'un des pires tyrans d'Afrique ; le cardinal Robert Sarah, sans doute son critique le plus connu, fut par la suite inscrit sur la liste des personnes à abattre du dictateur.

    Certaines affirmations de Tanyi concernant la Pologne natale de Jean-Paul II sont problématiques. Il écrit, par exemple, que « certains prétendent même que la démocratie et la diversité ne font pas naturellement partie de la culture et de la mentalité polonaises traditionnelles », sans remettre en question ces affirmations. Tenir de tels propos sur n'importe quelle culture serait offensant, et la Pologne d'avant le partage possédait l'un des plus anciens parlements du monde et était le pays le plus tolérant d'Europe sur le plan religieux.

    Par ailleurs, le fait qu'il qualifie à plusieurs reprises la Pologne occupée par l'Allemagne – un pays soumis à une occupation extrêmement dure et sans gouvernement collaborateur – de « Pologne nazie » est regrettable. Et bien que l'antisémitisme ait connu une forte recrudescence en Pologne et en Europe durant l'entre-deux-guerres, la citation par Tanyi des propos du Premier ministre israélien Menahem Begin, selon lesquels les Polonais seraient imprégnés d'antisémitisme dès leur plus jeune âge, est injuste (sans compter qu'il attribue cette citation à tort, car elle provient non pas de Begin, mais d'un autre Premier ministre israélien, Yitzhak Shamir).

    Néanmoins, * La Croix et le Drapeau* est un premier ouvrage universitaire prometteur. Le chapitre consacré à Jean-Paul II et à l'Afrique constitue un apport essentiel à la littérature sur le pontificat de Wojtyła. J'espère qu'il poursuivra ses écrits sur la diplomatie de l'Église, l'Afrique et l'influence politique de la papauté.

    La Croix et le Drapeau : La diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible,
    par John Tanyi Nquah Lebui.
    Préface de Mary Ann Glendon.
    Postface de George Weigel.
    St. Augustine's Press, 2024.
    Broché, 330 pages.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l'European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Saint Pierre Favre, premier prêtre jésuite (2 août)

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    Saint Pierre Favre sj (site des jésuites d'Europe occidentale francophone)


    Ignace de Loyola disait de Pierre Favre qu’il était celui qui donnait le mieux les Exercices spirituels. C’était un homme de Dieu, passionné de la conversation pour “aider les âmes” et favoriser la conversion des cœurs. Pierre Favre est le patron de la Province d’Europe Occidentale Francophone.

    Pierre Favre naît en Savoie en 1506, au village du Villaret ; c’est là qu’il grandit gardant les troupeaux de ses parents. A partir de 1525, il vient étudier à Paris où il a comme compagnons de chambre François-Xavier et Ignace de Loyola ; celui-ci se l’adjoint comme le premier de tous ses compagnons.

    Ordonné prêtre en 1534, il est le premier prêtre de la Compagnie et est l’un des théologiens envoyés par Ignace au Concile de Trente. Sur l’ordre du Souverain Pontife, il parcourt à pieds la France, l’Italie et l’Allemagne, et travaille efficacement à la restauration catholique.

    Il meurt épuisé à Rome le 1er août 1546 et est béatifié par Pie IX en 1872. Il est canonisé en décembre 2013 par le pape François.

    saint pierre favre
    Saint Pierre Favre (1506-1546)
  • Saint Ignace, le récit d'un pèlerin

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    D'Antonio Tarallo sur la NBQ :

    Saint Ignace, le récit d'un pèlerin

    « Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était un homme voué aux vanités du monde », ainsi commence l’autobiographie du fondateur des Jésuites, qui parle de lui à la troisième personne. Un ouvrage également connu sous le titre de « Conte du pèlerin » , un titre qui englobe toute la vie du saint : un pèlerinage vers le Ciel.

    31 juillet 2026

    Une histoire, une vie, des mots agencés en phrases qui resteront à jamais gravées dans l'histoire de l'Église. Il s'agit de l'autobiographie de saint Ignace de Loyola (1491-1556), écrite durant ses dernières années terrestres : le récit de sa vie aventureuse, recueilli par le père Gonçalves da Câmara, jésuite influent qui fut confesseur et précepteur de Dom Sebastião Ier, seizième roi du Portugal et de l'Algarve. Dans cet ouvrage, le saint parle toujours de lui à la troisième personne, se définissant simplement comme « le pèlerin ». Et ce terme, « pèlerin », est particulièrement significatif. Il permet en effet de résumer toute l'existence du saint espagnol : un pèlerinage vers le Ciel, vers l'union parfaite avec Dieu. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cette autobiographie est également connue sous le titre de « Récit d'un pèlerin ».

    « Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était un homme adonné aux vanités du monde ; et surtout, il prenait plaisir à l’exercice des armes, animé d’un grand et vain désir de s’attirer les honneurs », ainsi commence cette histoire fascinante. Et si le mot pèlerin englobe, comme mentionné, l’existence spirituelle du saint, l’expression « homme adonné aux vanités du monde » parvient plutôt à personnifier Ignace avant sa conversion. Une conversion qui s’est opérée après un événement désormais célèbre. Nous sommes en mai 1521, lors de la défense de la forteresse de Pampelune contre les troupes françaises : un boulet de canon blesse grièvement Ignace. Le guerrier tombe, touché à la jambe. Il tombe comme un homme adonné aux vanités du monde pour se relever, plus tard, comme un pèlerin . C’est durant cette période de convalescence – comme le relate son autobiographie – que le guerrier Ignace découvre « une Vita Christi et un livre de vies de saints en langue vernaculaire. À force de tourner les pages, il est captivé par les récits. Mais lorsqu’il cesse de lire, il s’arrête parfois pour méditer sur ce qu’il a lu, parfois il retombe dans ses pensées profanes habituelles. Un flux dialectique de l’âme toujours présent. Toujours en quête de la rencontre avec le Seigneur, Ignace comprend que les pensées terrestres laissent l’âme vide, tandis que les pensées divines apportent une paix durable. « Ce fut sa première réflexion sur les choses de Dieu », une illumination qui le pousse à tourner définitivement le dos au passé et à entreprendre un voyage, non plus comme chevalier du roi, mais comme soldat du Christ.

    En 1522, Ignace quitta la maison paternelle . Une étape cruciale de son nouveau voyage fut le sanctuaire de Montserrat : c'est là qu'il déposa son épée devant l'autel de la Vierge Marie. Il se dirigea ensuite vers la ville de Manresa, où il prévoyait de séjourner quelques jours. Au lieu de cela, il y demeura près d'un an : une période de profond rapprochement avec les choses de Dieu. Mais un autre tournant marqua sa vie : « Tandis qu'il était assis là, les yeux de son esprit commencèrent à s'ouvrir ; non qu'il ait eu une vision, mais il comprit et apprit beaucoup de choses, tant spirituelles, religieuses que littéraires ; et ce, avec une telle illumination que tout lui semblait nouveau. » Tout cela se déroula sur les rives du Cardoner. De ce travail intérieur intense et profond naquit le noyau des célèbres Exercices spirituels , un recueil pratique destiné à aider l'homme à purifier son cœur et à « chercher et trouver la volonté divine dans l'organisation de sa propre vie ». Enfin, en 1523, il parvint à Jérusalem à pied, en mendiant. Mais Ignace nota dans son autobiographie qu'il devrait plus tard quitter cette terre : pour lui, « c'était la volonté de Dieu qu'il ne demeure pas dans ces lieux saints ». De retour en Europe, il comprit qu'il devait consacrer son temps à l'étude, à l'intellect, sa nouvelle « arme » pour aider le monde : son nouveau combat. À trente-trois ans, à Barcelone, il commença à étudier la grammaire latine. Il poursuivit ensuite ses études aux universités d'Alcalá, de Salamanque, et enfin de Paris. C'est dans cette dernière ville française qu'entre 1528 et 1535, il acheva ses études de philosophie et de théologie, obtenant le titre de Magister.

    Un autre événement majeur de sa vie et de l'Église universelle fut sa rencontre avec certains de ses condisciples (dont les futurs saints François Xavier et Pierre Favre). Fascinés par la vie droite et intransigeante d'Ignace et conquis par l'expérience des Exercices spirituels , ils décidèrent de s'unir par un vœu. Le 15 août 1534, dans la petite église Saint-Denis à Montmartre, naquit officiellement le premier noyau de ce qui allait devenir la Compagnie de Jésus, l'institution religieuse qui lierait à jamais son nom à celui du saint espagnol. Le premier rêve de la Compagnie était Jérusalem, destination qui les mena d'abord à Venise, puis à Rome : « Ses neuf compagnons arrivèrent à Venise au début de 1537. Ils se dispersèrent aussitôt pour servir dans les différents hôpitaux. Après deux ou trois mois, ils se rendirent tous à Rome pour recevoir la bénédiction du pape avant de partir pour Jérusalem. » Ce rêve, celui de prêcher en Terre sainte, ne se réalisa jamais. La Compagnie obtint l'approbation officielle du Siège de Pierre en 1540.

    Même lorsqu'il célébrait la messe, il avait de nombreuses visions ; et au moment où il composait les Constitutions, elles étaient particulièrement fréquentes. À ce moment-là, il pouvait l'affirmer avec plus de certitude, car chaque jour il notait ce qu'il ressentait au fond de son âme, et il conservait encore ces notes. (...) Tantôt il voyait Dieu le Père, tantôt les trois Personnes de la Trinité, tantôt la Vierge Marie qui intercédait ou approuvait. Ces mots, toujours présents dans son autobiographie, définissent le profil spirituel de saint Ignace de Loyola, un homme qui a légué à l'Église l'une des plus importantes méthodes de discernement spirituel de tous les temps : les Exercices spirituels . Ce soldat mourut le 31 juillet 1556. Son combat, assurément, n'était plus sur le champ de bataille, mais dans la foi. La fin d'une existence qui fait écho aux paroles de saint Paul : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. »

  • 31 juillet : saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus

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    Sur Radio Vatican :

    Jour de fête pour la communauté jésuite aujourd’hui, en ce jour où l’Eglise fait mémoire de Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, une fête que le pape François a décidé de passer avec ses frères jésuites.

    Il a célébré ce matin une messe privée en l’église du Gesù, église-mère de la compagnie, située en plein cœur de Rome, entouré d'environ 800 personnes, dont quelque 250 prêtres.

    Du site des jésuites du Quebec et de Haïti :

    Vie d'Ignace de Loyola

    I. Entre les murs d'un château

    En 1491, au château de Loyola en Espagne, naît un enfant qu'on prénomme Inigo. Quelque trente ans plus tard, au début de ses études à Paris, Inigo changera son nom en celui d'Ignacio (Ignace, en français).

    En 1506-1507, Inigo, encore adolescent, se rend à Arévalo et devient page à la cour espagnole. Le jeune noble de Loyola s'initie alors à la vie de cour et au métier des armes.

    En 1521, engagé dans la défense de la forteresse de Pampelune, Inigo est blessé. Un boulet de canon lui brise la jambe droite et endommage sérieusement l'autre jambe.

    Premier bouleversement

    Celui qui, hier encore, rêvait d'exploits militaires et de vie chevaleresque se retrouve blessé, cloué à un lit, incapable de se déplacer seul. Un boulet de canon a soudainement bouleversé sa vie.

    Opéré une première fois à Pampelune, Inigo est ramené à Loyola. On doit se rendre à l'évidence, des os mal repris ou déplacés forment une saillie qui rend la jambe difforme. Parce qu'il veut retrouver son élégante démarche d'autrefois, par deux fois et à froid Inigo accepte de se faire briser la jambe et scier les os qui dépassent. Commence une longue convalescence Ignace souffre physiquement et moralement; il s'ennuie.

    Pour tuer le temps et se redonner un peu de courage, il aimerait bien lire quelques romans de chevalerie. Dans tout le château, malheureusement, on ne lui trouvera que deux livres: l'un portant sur la vie des saints et l'autre sur la vie de Jésus. Faute de mieux, le malade entreprend la lecture de ces ouvrages.

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  • Staline revit aujourd'hui au Kremlin; une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Staline revit aujourd'hui au Kremlin. Une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

    (s.m.) L'été est le temps des lectures. Et c'est à un grand livre de littérature que Settimo Cielo consacre son dernier billet avant la trêve estivale : “Vie et destin” de Vassili Grossman, dans la savante relecture qu'en fait Anne-Marie Pelletier dans le dernier cahier de Vita e Pensiero, la revue de l'Université Catholique de Milan.

    Vassili Grossman (1905 – 1964) étaitun Juif né à Berditchev, la ville ukrainienne qui a reçu ces derniers jours la visite de l'envoyé du pape Léon, l'archevêque et ministre des Affaires étrangères du Vatican Richard Gallagher, fervent soutien de la résistance de l'Ukraine face à l'agression russe.

    La similitude est troublante — et Pelletier le fait remarquer — entre la Russie de Vladimir Poutine et l'Union soviétique de Staline. Et Grossman, qui fut dans sa jeunesse un partisan de la révolution communiste et correspondant de guerre sur les fronts allant de Stalingrad à Berlin (voir la photo sous copyright Alamy Stock Photo), avait finit par devenir très critique du régime de Staline, ce qui lui valut d’être rapidement marginalisé, constamment menacé d'une arrestation et empêché de publier les livres auxquels il s'était consacré.

    En 1961, le KGB a saisi les copies manuscrites et dactylographiées des près de mille pages de “Vie et destin”. Grossman est mort trois ans plus tard, mais une copie a miraculeusement réchappé à la destruction et est parvenue à Andreï Sakharov, le grand physicien et héros de la dissidence, prix Nobel de la paix en 1975, arrêté à plusieurs reprises, qui parvint à la faire acheminer en Occident et à en permettre la publication en 1980.

    Anne-Marie Pelletier, l'auteur de la suggestive relecture de “Vie et destin” que nous reproduisons ci-dessous, enseigne l'Écriture sainte et l'herméneutique biblique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins à Paris. Elle a été la première femme à recevoir le prix Ratzinger de théologie, en 2014.

    *

    Lire Vassili Grossman pour conforter l’espérance

    par Anne-Marie Pelletier

    Quelle nécessité peut-il y avoir à lire aujourd’hui Vassili Grossman ? Un écrivain russe du siècle dernier, mort en 1964, dont une bonne partie de la vie peut être qualifiée de « soviétique », dont l’inspiration plonge dans l’histoire de deux totalitarismes, que l’on voudrait croire derrière nous. Et pourtant, la grande surprise est que cette œuvre résonne immédiatement avec notre actualité. Elle semblerait même avoir été écrite pour nous, tant l’ordre qui règne aujourd’hui à Moscou reproduit trait pour trait celui de la Russie soviétique.

    A ce titre, et pour commencer, Grossman nous aide à déchiffrer la logique de la violence destructrice, qui s’est abattue depuis quatre années sur l’Ukraine et qui menace désormais toute l’Europe. Mais, il y a plus à recevoir de lui, et que l’on évoquera dans un second temps : il apporte ses appuis à la résistance qu’il nous faut opposer au chantage du mal, qui tire de plus en plus nos sociétés vers la désespérance et le nihilisme.

    Soixante années de l’histoire soviétique

    Pour mesurer cette actualité de Grossman, il faut rappeler brièvement l’arrière-plan historique de son œuvre. Il est né en 1905, à Berditchev, dans cette partie de l’Ukraine qui fut, jusqu’à la politique d’extermination nazie, celle des shtetels, foyers villageois du judaïsme hassidique, aussi fervent que son quotidien était misérable. Lui, appartient à une famille juive assimilée de lettrés et de notables. Il commencera par un assentiment à la révolution d’Octobre, plaçant en elle des attentes confiantes. Après des études de chimie qui l’amènent à travailler un temps dans le Donbass, il finit par se consacrer définitivement à la littérature.

    Les temps sont mauvais. Les diktats du pouvoir contraignent de plus en plus la vie culturelle. Le réalisme socialiste au service de la dictature du prolétariat devient la norme qualifiante pour les écrivains dociles. Bon gré, mal gré, Grossman se plie aux exigences du pouvoir. Jusqu’à la guerre, il traverse avec prudence, mais sans déchirements de conscience, la vie d’une société sous le joug de la terreur stalinienne. Durant les années 30, il voit sans voir, dans les rues de Kiev, les cadavres ambulants des koulaks affamés par Staline. Il se tire indemne de la Grande terreur des années 1936 – 1938 au prix, il est vrai, d’une compromission qui hantera définitivement sa conscience. En 1941, il devient correspondant de guerre pour le journal “Krasnaja Zvezda” (l’Etoile rouge). Il suivra ainsi les troupes russes sur les fronts les plus sanglants, de Stalingrad à Treblinka, et jusqu’à Berlin.

    C’est au terme de ces années d’épouvante, que « l’homme soviétique » va se changer en lui en dénonciateur intrépide du mal incarné doublement dans les totalitarismes soviétique et nazi. Dès l’automne de 1941, sa mère a été assassinée par les troupes nazies entrant à Berditchev. Les mois suivants les tueries vont se multiplier sur l’ensemble du territoire ukrainien, justifiant le constat glaçant qu’il fera en 1945 dans “Le Livre noir” : « Désormais, il n’y a plus de juifs en Ukraine ».

    C’est précisément durant ces années que sa judéité oubliée s’impose de nouveau à Grossman. L’expérience de cette histoire infernale touche sa personne au plus profond et, naturellement, son œuvre où s’opère une césure fondamentale. Le passé lui revient avec tout ce qu’il en a ignoré. L’horreur du stalinisme devient une évidence. Cette clairvoyance va s’inscrire toujours plus explicitement dans son œuvre, de sorte que la mort de Staline en 1953 survient juste à temps pour le soustraire à l’arrestation.

    C’est son roman “Vie et destin”, qui va incarner le travail de vérité auquel Grossman va se consacrer désormais. Participant de la tradition romanesque de Guerre et paix, ce roman brasse les mémoires des années de guerre, tantôt en ouvrant la focale au plus large, tantôt en ramenant au très minuscule de destins individuels, où se tapit l'humanité en résistance. À partir de ce temps, rien n’arrête plus l’exigence de vérité qui habite Grossman. C’est ainsi que “Vie et destin” argumente la gémellité du nazisme et du soviétisme dans une scène saisissante qui met en présence un chef de camp nazi et un vieux menchevik, son prisonnier, sur le point d’être assassiné.

    Même audace dans les pages de son dernier manuscrit, “Tout passe”, retraçant l’histoire douloureuse du retour d’un prisonnier politique, un zek, qui vient troubler le confort de son dénonciateur et de ses proches qui ont su tirer leur épingle du jeu. Outre la dénonciation de Staline et de son précurseur Lénine, il s’attaque à la mythologie de « l’âme russe » en complicité troublante avec la servitude. Tout cela fait de lui un traitre absolu à la Cause. En 1961, les manuscrits de “Vie et destin” sont saisis par le KGB. L’œuvre disparait dans les entrailles de la Loubianka, pour deux cents ans, lui dit-on par dérision. Il mourra trois ans plus tard, en paria, sans voir la publication de cette œuvre à laquelle il tenait tant.

    Temps d’hier et temps d’aujourd’hui

    C’est ce temps d’hier, qui est réhabilité, réactualisé aujourd’hui au Kremlin, et qui est désormais le présent soviétique du 21ème siècle. Depuis l’an 2000, le passé n’a cessé de faire retour par la volonté d’un chef formé à l’école du KGB, qui tient la chute de l’URSS pour « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier » (Discours à la nation, avril 2005). Les institutions d’endoctrinement militaire de la jeunesse, qui forgèrent « l'homme rouge », sont réactivées et imprègnent de bellicisme les écoliers dès l’école maternelle. Les statues de Staline, naguère déboulonnées, ont retrouvé leurs places. L’économie mentale du système totalitaire, mise en œuvre par le parti bolchevique est recyclée à plein régime. L’Association Mémorial fondée par Andreï Sakharov en 1989, qui documentait méticuleusement les traces des crimes des années soviétiques et veillait sur des droits de l'homme toujours fragiles en post-Union soviétique, a été dissoute en 2021.

    Du côté de la religion, le changement n’est que de surface. La défense du christianisme est lourdement invoquée aujourd’hui par les idéologues du Kremlin avec l’appui de Kyrill, le patriarche de Moscou. En fait, la persécution physique des personnes du siècle dernier est perversement relayée par l’enrôlement de l’Eglise orthodoxe russe au service de la politique criminelle de l’Etat, qui n’est qu’une inversion grimaçante du christianisme. Terrible imposture. On conçoit en tout cas que cette conjoncture fasse de l’œuvre de Grossman un puissant analyseur critique des réalités de notre présent.

    Lire Grossman contre le nihilisme

    Mais c’est autrement encore, et de façon aussi décisive, que cette œuvre doit attirer notre attention. En effet, elle est un plaidoyer autant qu’une dénonciation. Elle sert la confiance autant que la lucidité. Finalement, elle est une défense obstinée des ressources de l’l'humanité, opposées à l’histoire contemporaine qui a porté à son extrême le règne de l’inhumanité.

    C’est là tout l’enjeu du thème de la « petite bonté » qui fixait naguère l’attention du philosophe Emmanuel Levinas désignant Vie et destin comme un « livre primordial ». Un personnage étrange du roman, un certain Ikonnikov – en fait, le porte-parole de Grossman — est le chantre de cette bonté singulière, facilement moquée par les esprits forts, et qui pourtant est l’ultime appui de la confiance chez Grossman. Un chapitre entier, qui a pour titre les « Cahiers d’Ikonnikov », expose les pensées de cet homme au profil de fol en Christ, qui croupit dans un camp nazi, pour avoir porté secours à des femmes et des enfants juifs et qui, auparavant, il a été le témoin halluciné des atrocités commises en cette « terra nera » (T. Snyder) de l’extrême-Est européen.

    Ikonnikov a parcouru les cercles de l’enfer, depuis la dékoulakisation, jusqu’aux épouvantes de l’invasion nazie en Biélorussie. Face au Bien hautain, et tellement ambigu, il plaide la cause d’une modeste bonté, sans apparat ni prétention. La visibilité de cette petite bonté est fragile, c’est celle « d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif ».

    Le point décisif, qui concentre le paradoxe à accueillir, est que cette bonté quasi invisible, qui se fond avec le quotidien de la vie, qui est si manifestement vulnérable et impuissante face aux « méchants » pour parler comme les psaumes, est en réalité la seule force vraie en ce monde. Cette conviction est énoncée par Ikonnikov, comme un savoir d’expérience : « J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme. Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible ».

    On tremble d’y croire, au vu des abîmes du mal qui s’ouvrent à chaque pas de l’histoire humaine. Le chantage du mal parle trop fort pour que l’on ne craigne pas d’adhérer à un rêve. C’est pourtant la vérité pour laquelle Grossman se sera battu : « L’histoire de l'homme est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité ». Et il ajoutera : « Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l'homme, alors jamais le mal ne vaincra ». On remarquera que ce n’est pas tout à fait un hasard si Ikonnikov est campé dans l’identité d’un fol en Christ. Nous sommes tout proches ici du mystère confessé par la foi chrétienne proclamant la victoire sur le mal acquise à partir du cœur des ténèbres. Tout près de la foi en l’impossible, qui fait qu’il ne s’agit pas d’optimisme, mais de combat spirituel.

    Bien sûr, ne christianisons surtout pas Grossman. En revanche, ses racines juives n’auraient-elles pas à voir avec sa conviction que – plus décisivement que le mal ne détruit – il y a l’humanité qui ne capitule pas et qui est la promesse de notre avenir ? En tout état de cause, cette obstination à objecter aux forces du mal, la toute-puissance d’une « petite bonté » désarmée, voilà qui fait, pour nous, de la parole de Grossman, un levier incomparable de résistance à l’actualité qui nourrit tellement le pessimisme et le nihilisme chez nos contemporains.

    Finalement, le legs de Vassili Grossman est celui d’un regard. Celui d’un homme qui sait accommoder sur les réalités de la vie, là où l’humain ressurgit invincible, dans sa singularité, aux antipodes du schématisme de « l'homme totalitaire », et où il est prêt à mourir, en contestation du mensonge et de la tyrannie. Ainsi son œuvre est-elle jalonnée de touches d’humanité évoquées sans grandiloquence ni mièvrerie, qui percent la noirceur de la guerre, ébranlent la chape de la tyrannie. Autant de notations qui, au sein d’une société dressée à l’indifférence, à la méfiance, à l’hostilité, furent en son temps hautement transgressives. Et qui le sont aujourd’hui, de nouveau, tandis que s’imposent des idéologies de la force contre le droit, de l’exaltation d’une toute puissance prédatrice, qui n’a que faire de la justice.

    Certes, la vie personnelle de Grossman est loin d’avoir été exempte de faiblesses. Mais, à travers ses errances, il a appris la faillibilité, et avec sa propre faillibilité, une fondamentale bienveillance. Celle dont parlait le théologien Maurice Bellet quand il énonce cette vérité toute simple : « Que reste-t-il, quand il ne reste rien ? Que nous soyons humains avec les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes ».
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • "L'Espagne a cessé d'être chrétienne !"

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    1936-1939

    Ils prouvent que l’Espagne est toujours chrétienne

    En 1933, le président du conseil espagnol déclare aux Cortès : « L’Espagne a cessé d’être chrétienne ! » Cette phrase se traduit aussitôt par des actes et des décisions politiques : imposition d’une laïcité absolue, interdiction faite aux ordres religieux d’enseigner, se livrer à des activités commerciales ou industrielles alors qu’elles les font vivre, interdiction du crucifix dans les lieux publics, obligation du mariage civil, introduction du divorce, etc. Dès lors, deux conceptions de l’avenir de l’Espagne se font face, prêtes à en découdre. Pendant deux ans, jusqu’à la victoire des nationalistes, les catholiques espagnols entament un épouvantable chemin de croix qui fera au bas mot 7 500 martyrs, et probablement beaucoup plus.


    Les raisons d'y croire

    • Même si, quatre-vingt-dix ans après les événements, les événements de cette période déchaînent toujours des passions politiques violentes et opposées, nous sommes parfaitement documentés sur ce qui s’est passé, tant par la presse internationale que par les témoins des deux bords. À cela s’ajoutent les récits circonstanciés de quelques rescapés, ainsi que par l’importante documentation rassemblée afin d’instruire les causes de béatification des martyres. Nous savons parfaitement ce qui est advenu ; les épisodes de massacres et d’atrocités sont avérés. Nous ne sommes pas dans l’imaginaire.
    • Consciente d’être accusée de s’ingérer dans les conflits politiques espagnols et leurs retombées actuelle, l’Église a pris toutes les précautions, comme elle le fait d’ailleurs toujours, pour que les dossiers retenus n’impliquent pas des personnes connues pour leurs engagements politiques mais seulement des catholiques assassinés exclusivement en haine de la foi.
    • En effet, la volonté d’éradiquer tous les prêtres était patente. Quelques survivants qui ont réussi à s’enfuir ou ont été laissés pour morts dans les fosses communes raconteront qu’on leur a dit qu’ils devaient mourir simplement en raison de leur état clérical. De nombreux témoignages font état de chasses aux prêtres impitoyables, souvent avec des chiens, et des exécutons sans jugement qui suivaient aussitôt les arrestations.
    • D’éducation chrétienne, les bourreaux, comme en Vendée pendant la Terreur, vont souvent s’amuser en mettre en scène dans des versions modernisées les supplices endurés par les martyrs de l’Antiquité. Ainsi verra-t-on des catholiques jetés aux bêtes dans les cages du zoo de Madrid, ou livrés dans l’arène à des taureaux de combat, certains ont été châtrés, énucléés, coupés en morceaux à coups de hache, attachés à l’arrière du tramway, torturés de mille façons plus atroces les unes que les autres. À Santander, on les jette dans le port un bloc de béton aux pieds. Aucun d’entre eux n’a apostasié.
    • Si mourir pour une conviction n'est pas exceptionnel dans l'histoire, ce qui l’est est de pardonner à ses bourreaux avant d'être exécuté. C’est le cas des martyrs d’Espagne qui sont morts sans haine, en renonçant à toute vengeance et en manifestant de la compassion pour ceux qui les tuaient. Ces hommes et ces femmes ordinaires, confrontés à la torture et à une mort imminente, ont trouvé la force non seulement de demeurer fidèles à leur foi, mais encore d’aimer ceux qui les tuent. C’est qu’ils ne puisent pas cette capacité en eux-mêmes, mais dans une grâce reçue du Christ vivant.
    • On peut donner en exemple ce prêtre qui, épargné par les balles du peloton d’exécution, voyant que l’un des soldats adverses a été blessé par erreur, se relève pour lui donner l’absolution.
    • L’on estime la création de nombreuses œuvres catholiques par la suite tel les Cursillos le fruit des persécutions, en vertu de l‘adage indémodable de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

    En savoir plus

    L’encyclique Dilectissima nobis de Pie XI du 3 juin provoque un sursaut au sein du peuple espagnol qui n’entend pas se laisser dépouiller de sa foi mais aussi la réaction violente des partis de gauche qui entendent en finir avec le christianisme. Des massacres de prêtres et de religieuses dans les Asturies en juillet 1934 par des groupes anarchistes donnent le ton mais c’est l’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo le 14 juillet 1936 qui met le feu aux poudres.

    La guerre civile espagnole a été impitoyable, d’un côté comme de l’autre. Des exactions ont été commises par les nationalistes. Ces réactions sont inadmissibles d’un point de vue chrétien, comme le dénonçait déjà Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune, elles sont cependant compréhensibles.

    Du côté de l’Église espagnole, le nombre de victimes est hallucinant puisque l’on comptabilise 13 évêques, 4 184, prêtres, 2 965 religieux, 283 religieuses, auxquels il faut ajouter un nombre encore indéterminé de laïcs. 7 500 martyrs est une estimation certaine, mais basse. 2 127 ont été aujourd’hui béatifiés, 11 canonisés et 2 000 dossiers sont encore en d’étude.

    Dans leur volonté d’écarter toute influence cléricale sur le peuple, les prêtres les plus engagés dans l’action sociale et caritative ont été particulièrement ciblés : les enseignants, les aumôniers de prisons, d’hôpitaux, de léproseries, d’hospices de vieillards. L’on estime que 40 % du clergé espagnol a été tué en quelques mois, certains diocèses, tel celui de Malaga, approchent 80 ou 90 % de prêtres massacrés.

    Il est manifeste qu’une haine anti-chrétienne quasiment satanique s’est déchaînée contre l’Église espagnole qui, à travers ses membres voulait atteindre le Christ lui-même. La destruction sur la Colline des Anges du monument au Sacré Cœur dont la statue a été fusillée avant d’être dynamitée l’illustre tristement. Le pardon a pourtant été le maître mot des victimes.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España, 1936-1939, Madrid, Biblioteca de Autores Cristianos (BAC), 1961 (nombreuses rééd.).


    En complément

    • The 498 Spanish Martyrs, Rome Reports : Court documentaire réalisé à l'occasion de la béatification des 498 martyrs en 2007.
    • Un Dios prohibido, 2013 : film historique consacré aux cinquante-et-un martyrs clarétains de Barbastro.
    • Dicastère pour les Causes des Saints, « Causes des martyrs espagnols », Cité du Vatican, https ://www.causesanti.va .

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    Auteur :

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.