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Histoire

  • Le Cardinal Michel Czerny rend hommage aux martyrs du communisme à l'approche des béatifications de prêtres

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    De Tyler Arnold sur le CWR :

    Un cardinal tchèque rend hommage aux martyrs du communisme à l'approche des béatifications de prêtres.

    Le cardinal Michael Czerny a évoqué cette semaine le martyre des catholiques qui ont témoigné de Jésus-Christ sous le régime communiste en Europe centrale et orientale, lors de la conférence « Bienheureux martyrs sous le communisme » organisée à Rome par l'ambassade de la République tchèque auprès du Saint-Siège.

    Czerny, préfet d'origine tchèque du Dicastère pour le service du développement humain intégral, a évoqué les causes de canonisation de deux prêtres tchèques — le père Jan Bula et le père Václav Drbola — qui seront béatifiés le 6 juin.

    « Le témoignage du père Jan et du père Václav s’adresse à chacun de nous individuellement dans nos luttes quotidiennes, grandes et petites », a déclaré Czerny lors de la conférence du 20 mai, selon Vatican News, média du Vatican .

    « Leur martyre nous enseigne qu’il n’existe aucune situation humaine — aussi dégradante ou injuste soit-elle — dans laquelle le Christ ne puisse être témoigné », a-t-il déclaré.

    Selon le Dicastère pour les causes des saints , les deux prêtres furent emprisonnés et tués entre 1951 et 1952, dans le contexte de la persécution de l'Église catholique par le régime communiste tchécoslovaque après la Seconde Guerre mondiale. Ils appartenaient au diocèse de Brno.

    Les deux prêtres œuvraient beaucoup auprès des jeunes catholiques et furent finalement emprisonnés. Selon le dicastère, ils furent accusés à tort en prison d'avoir comploté pour assassiner des responsables communistes et furent par la suite exécutés.

    Le dicastère affirme qu'ils ont été persécutés et tués en raison de leur travail pastoral et de la haine du régime envers la foi catholique.

    « Pour Jan et Václav, les mains de Dieu ont été leur soutien derrière les barreaux de la prison de Jihlava, leur défense lors des longs interrogatoires et la sauvegarde de leur dignité, qui est restée intacte même au milieu des humiliations les plus dégradantes », a déclaré Czerny lors de la conférence.

    « Le régime communiste ne voulait pas seulement les tuer ; il voulait anéantir leur identité sacerdotale », a-t-il déclaré. « Il voulait qu’ils trahissent, qu’ils renient, qu’ils renoncent à leur foi. »

    Czerny a déclaré que Bula et Václav « ont su transformer les ténèbres de la haine et le froid de l’échafaud en un lieu de rencontre vivante avec le Seigneur ». Il a ajouté qu’ils « ont témoigné par leur vie même que la lumière peut percer les nuages ​​sombres de l’histoire ».

    « Nous admirons la splendeur du grain de blé qui, après être resté caché pendant des décennies dans le sillon du sol de Bohême et de Moravie — nourri malgré une histoire difficile et fertilisé par le sacrifice — jaillit maintenant sous nos yeux », a déclaré Czerny.

    Cette pousse, qui a percé le sol gelé de l'athéisme et de l'oppression, est la preuve qu'aucune violence ne peut étouffer la vie de Dieu chez ceux qui se confient à lui.

    Cardinal Michel Czerny

    préfet du dicastère pour le service du développement humain intégral

    « Ce germe, qui a percé le sol gelé de l’athéisme et de l’oppression, est la preuve qu’aucune violence ne peut étouffer la vie de Dieu chez ceux qui se confient à lui », a-t-il ajouté.

    Czerny a déclaré que la béatification des deux martyrs démontre la réalité de la promesse du Christ dans Matthieu 28:20 : « Je suis avec vous tous les jours », le préfet ajoutant que la promesse « brille accomplie et inscrite dans le sang et la joie de ces deux prêtres ».

    « Puisse leur sacrifice nous aider à être des chrétiens, des citoyens, des hommes et des femmes qui savent donner leur vie au service, au pardon et à la vérité », a-t-il déclaré, « car au-delà du voile de l’épreuve et de la mort, nous attend la lumière éclatante du sourire aimant de Dieu et une joie que personne ne pourra jamais nous ravir. »

    Le pape Léon XIV a approuvé la béatification des deux prêtres en octobre 2025, ainsi que celle de neuf serviteurs de Dieu martyrisés par le régime nazi en raison de sa haine de la foi catholique.

  • L'attrait éternel de Rome

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    De sur le CWR :

    De l'attrait éternel de Rome

    Pierre continue de fortifier ses frères à travers la Ville éternelle qui, sanctifiée par son sang, invite les fidèles du monde entier à s'imprégner de ferveur apostolique et de charité vivifiante.

    Statue de saint Pierre devant la basilique Saint-Pierre. (Crédit : Vatican Media)
    Lorsque Pierre prononça le premier sermon de la Pentecôte, il était loin d'imaginer qu'il façonnait un catholicisme – une nouvelle manière de vivre en Christ pour tous – qui deviendrait romain. La vie de Jésus, jusqu'à sa mort salvatrice, n'avait rien de romain. La croix, symbole central du christianisme, était un instrument d'exécution romain.

    Mais le fait que Rome ait fourni la croix qui a racheté l'humanité n'est pas la cause de la vénération intense que les catholiques vouent à la ville, vénération qui a commencé quelques décennies seulement après le premier sermon de Pierre.

    Elle provient plutôt de Pierre lui-même, le roc de l'Église, dont le martyre et la sépulture à Rome ont sanctifié la ville et qui, pendant des siècles, a attiré des pèlerins. Sa présence physique sous la basilique qui porte son nom dégage une aura sacrée, suscite une profonde ferveur religieuse et inspire une espérance pieuse. C'est à cet homme, et à lui seul, que le Fils de Dieu a confié les clés du royaume des Cieux. Si nous le cherchons et le prions humblement, peut-être nous aidera-t-il à y accéder.

    Si Pierre sanctifie Rome, ses compagnons martyrs contribuent à la renommée de la ville. Saint Jérôme écrit que, le dimanche, lui et ses amis se rendaient dans les catacombes « pour visiter les tombeaux des apôtres et des martyrs ». Le poème du Xᵉ siècle « Ô Roma Nobilis » célèbre cette « cité par excellence, rougie par le sang rosé des martyrs ». Des hymnes honorent des martyrs romains en particulier : Agnès, Martine, Cosmos et Damien, dont les ossements, ainsi que ceux de tant d'autres, inspirent la dévotion des croyants qui aspirent à posséder ne serait-ce qu'un peu de la foi de ces saints.

    Pourtant, ce sont Pierre et ses successeurs qui, aujourd'hui encore, constituent l'attrait le plus fascinant de la ville. Oscar Wilde, bien que non catholique (il se convertira sur son lit de mort), a su saisir la sensibilité papale des fidèles dans « Rome non visitée » :

    Un pèlerin venu des mers du Nord –
    Quelle joie pour moi de chercher seul
    le temple merveilleux et le trône
    de celui qui détient les clés redoutables !

    Ô joie de voir avant de mourir
    le seul roi oint de Dieu,
    et d'entendre sonner les trompettes d'argent
    un triomphe à son passage !

    « As-tu vu le pape ? » demande presque systématiquement les gens à un ami de retour de Rome. L’audience papale du mercredi, l’Angélus du dimanche, les grandes fêtes et le discours annuel Urbi et Orbi attirent des foules immenses sur la place Saint-Pierre. À l’exception peut-être de l’Urbi et Orbi, les pèlerins viennent moins pour entendre le pape que pour le voir . Comment expliquer autrement la présence régulière de personnes ne parlant pas italien à ces événements ?

    À l’instar de Thomas au Cénacle, les catholiques aspirent à voir de leurs propres yeux celui qui porte le Grand Manteau, car, dans sa fonction de Pontifex Maximus, il incarne la plénitude de la foi. Il n’est donc pas étonnant qu’après avoir vu le pape en personne, les catholiques aiment se rendre à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs pour admirer, en un seul lieu, les mosaïques représentant saint Pierre et ses 266 successeurs.

    Le pape en exercice n'est pas le seul à susciter la ferveur des pèlerins. Les prédécesseurs du pape Léon XIV, dont les tombeaux sont disséminés dans la ville, font également l'objet d'une profonde dévotion filiale. J'en ai eu la confirmation pendant la Semaine sainte, en voyant l'immense file d'attente pour se recueillir devant le mausolée du pape François dans la basilique Sainte-Marie-Majeure. En matière de visites aux tombeaux papaux, l'argent joue un rôle important : les catholiques souhaitent naturellement voir leur pape, celui qui a dirigé l'Église de leur vivant. C'est pourquoi François, Benoît XVI, Jean-Paul II, Paul VI et Jean XXIII suscitent un intérêt bien plus grand que, par exemple, Benoît XIII (r. 1724-1730, inhumé à Santa Maria sopra Minerva), le pape Paul V (r. 1605-1621, inhumé à Sainte-Marie-Majeure) ou le pape Jean XIII (r. 965-972, inhumé à Saint-Paul-hors-les-Murs).

    Rome et la papauté sont intrinsèquement liées pour des raisons à la fois sacrées et pratiques. L'Église universelle, qui choisit désormais son souverain pontife parmi tous les souverains du monde, oublie que les papes avaient autrefois une existence plus provinciale, régnant sur Rome et sa campagne en tant que père spirituel et roi temporel. Il leur incombait jadis de défendre la ville et ses environs contre les envahisseurs, de subvenir aux besoins des pauvres et de guider le pays en temps d'épidémie.

    Des tensions, voire de l'hostilité, ont parfois existé entre les Romains et le pape, mais il est toujours resté leur pape, leur père, et ils l'aimaient – ​​même lorsqu'il a manqué à son devoir, même lorsqu'il a quitté la ville pour s'installer ailleurs. Dans ces moments douloureux, le sensus fidelium, incarné par sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne, savait mieux que le pape lui-même que Rome appartient au pape et que le pape appartient à Rome.

    Ce sens perdure aujourd'hui parmi les pèlerins et les catholiques qui ne fouleront jamais le sol de la Ville éternelle. Les médias modernes retransmettent le pape de Rome aux quatre coins du monde en temps réel, afin que, comme les Romains d'autrefois, ils puissent le connaître, l'honorer et être attirés par lui comme par un pasteur et comme par un homme.

    Bien sûr, rien n'enthousiasme et n'unit les catholiques autant que l'élection d'un nouveau pape : la fumée blanche, le son retentissant des cloches, l'afflux massif de fidèles sur la place Saint-Pierre et le faste entourant la révélation de l'identité du nouveau pape sont intimement liés à la ville. Il est impossible d'imaginer un nouveau pape apparaître ailleurs que dans la basilique Saint-Pierre, la plus majestueuse église de la ville et du monde. À cet instant précis, le successeur de saint Pierre se tient au-dessus de Pierre lui-même et donne sa première bénédiction aux fidèles qu'il a reçu la charge de conduire sains et saufs à Dieu.

    Lors de la Cène, Jésus dit à Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu à moi, affermis tes frères » (Luc 22, 32). Pierre continue d’affermir ses frères par l’intermédiaire de la Ville éternelle qui, sanctifiée par son sang, appelle les fidèles du monde entier à s’imprégner de la ferveur apostolique et de la charité vivifiante. Jésus n’était peut-être pas romain, mais l’influence romaine de son Église en Occident nous conduit au cœur du mystère du discipulat, que Pierre a incarné d’une manière unique.

  • Quelles connexions entre « Rerum Novarum » et « Magnifica Humanitas »

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    D'Andrea Gagliarducci sur le NCR :

    Quelles connexions entre « Rerum Novarum » et « Magnifica Humanitas »

    ANALYSE : Sept phases de développement se sont succédé au cours des 135 dernières années, depuis que le pape Léon III a publié son document novateur.

    21 mai 2026

    Le fait que le pape Léon XIV ait décidé de signer officiellement « Magnifica Humanitas » le 15 mai n’est pas une coïncidence.

    C'est précisément à cette date, en 1891, que son homonyme, Léon XIII, avait signé Rerum Novarum, la première encyclique sociale de l'histoire de l'Église catholique. Aujourd'hui encore, Léon XIV souhaite aborder les « choses nouvelles » (ce que signifie Rerum Novarum), les nouveaux défis posés par la société contemporaine. 

    Mais pourquoi, alors, est-il nécessaire de revenir sur Rerum Novarum ? Et comment la doctrine sociale de l’Église a-t-elle évolué au cours des 135 années qui ont suivi sa publication ?

    Lorsque Léon XIII a abordé les « choses nouvelles » de son époque, il a dû apporter une réponse chrétienne à deux phénomènes majeurs : la pensée socialiste, qui donnait effectivement de l’espoir aux pauvres en les appelant à s’engager dans la lutte des classes ; et la pensée des Lumières, qui avait conduit à une attaque sans précédent contre l’Église. À cela s’ajoutaient les problèmes liés à la révolution industrielle et à l’évolution rapide du monde du travail, qui créaient un profond déséquilibre social entre riches et pauvres.

    Avec Léon XIII, une doctrine sociale a vu le jour, qui abordait d’abord les questions humaines avant de s’étendre aux questions internationales. Ce n’est pas un hasard si le pape saint Jean XXIII, dans son encyclique Mater et Magistra de 1961, a évoqué les déséquilibres mondiaux et la menace qu’ils représentaient pour la paix. Ce n’est pas non plus un hasard si le pape saint Paul VI, dans son encyclique Populorum Progressio de 1967, a souligné que « le développement est le nouveau nom de la paix ».

    Ce dont traite Rerum Novarum

    De quoi Léon XIII a-t-il parlé dans Rerum Novarum ? La première partie est consacrée à la question de la propriété privée. Le pape rejette la « communauté des biens proposée par le socialisme » car elle « porte atteinte aux droits naturels de chaque individu ».

    Léon XIII aborde également la question de la destination des biens, soulignant que c’est le bon ou le mauvais usage des biens qui fait la différence, car « les richesses ne libèrent pas de la souffrance ». L’encyclique aborde ensuite la question de la pauvreté, soulignant que « la vertu est un patrimoine commun, accessible de la même manière aux grands et aux petits, aux riches et aux prolétaires », ce qui est important pour comprendre que tous sont égaux devant Dieu.

    Léon XIII aborde également le thème de la fraternité, auquel le pape François consacrera plus tard une encyclique, et souligne que vivre la fraternité signifie que « les biens de la nature et de la grâce constituent l’héritage commun du genre humain », car si tous sont enfants, ils sont aussi tous « héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ. Tel est l’idéal des droits et des devoirs contenu dans l’Évangile ».

    Léon XIII parlait d’une Église qui est également immergée dans le monde et qui, par conséquent, donne la priorité à l’amélioration des conditions de vie et à la dignité du travail. C’est pourquoi Rerum Novarum s’attarde sur les conditions de travail difficiles des ouvriers industriels, soulignant qu’« il n’est ni juste ni humain d’exiger tant de travail de l’homme que son esprit s’émousse par le surmenage et que son corps s’affaiblisse ».

    Léon XIII affirme également que « le salaire ne doit pas être inférieur au minimum de subsistance des travailleurs » et que, de son côté, le travailleur doit apprendre à épargner.

    Le grand thème est d’établir un ordre social juste, avec une voie centrale : la voie de la charité. 

    « Que chacun », écrivait Léon XIII, « fasse sa part et ne tarde pas, car le retard pourrait rendre plus difficile la guérison d’un mal déjà grave. Que les gouvernements œuvrent à cet objectif par de bonnes lois et des mesures sages ; que les capitalistes et les employeurs gardent toujours à l’esprit leurs devoirs ; et que le prolétariat, qui est directement concerné, fasse ce qu’il peut, dans les limites de la justice. »

    Les sept phases de la doctrine sociale

    Depuis *Rerum Novarum*, on compte douze encycliques sociales, si l’on inclut parmi celles-ci *Laudato Si* et *Fratelli Tutti* du pape François. Toutes font référence à *Rerum Novarum*, actualisant la réflexion en réponse aux nouvelles évolutions, abordant les nouveaux défis sociaux et donnant corps à une pensée appelée à répondre aux questions de notre temps.

    Mgr Mario Toso, évêque émérite de Faenza-Modigliana (Italie), l’un des plus grands experts de l’Église en matière de doctrine sociale, souligne que « la doctrine sociale de l’Église fournit des clés d’interprétation qui mettent en dialogue diverses disciplines afin de contribuer à la connaissance, à la paix et à la réalisation du Royaume de Dieu. La doctrine sociale n’est pas une connaissance déduite ; elle n’est pas imposée par d’autres ; ce n’est pas une doctrine élaborée. La doctrine sociale est une connaissance ouverte. »

    Ernesto Preziosi, qui a été pendant des années directeur des relations avec le territoire (responsable de la zone où se trouve l’université) à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, souligne qu’au cœur de la doctrine sociale catholique se trouve « la proclamation de l’Évangile ».

    Preziosi identifie sept phases dans le développement de la doctrine sociale.

    La première est celle qui commence avec Rerum Novarum dans les années 1920 et 1930, lorsque l’enseignement social est devenu l’apanage d’un mouvement plus populaire, et se poursuit avec la phase qui a vu le jour à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec une nouvelle forme d’enseignement social, qui s’est également heurtée à l’évolution du socialisme.

    Vient ensuite la quatrième phase, celle du Concile Vatican II, car, comme le dit Preziosi, « Jean XXIII et Paul VI ont modifié la méthode d’élaboration de la doctrine sociale : ils sont passés d’une méthode déductive à une méthode inductive ».

    La cinquième phase suit le Concile et est délicate, car « le Concile ouvre un nouveau scénario ; il reconnaît le changement de méthode ». Déjà pendant le débat conciliaire, l’usage du terme « doctrine » était contesté, et l’on parlait d’une interprétation plus libre.

    Avec Benoît XVI — c’est la sixième phase — « le débat prend fin, car la crise des idéologies a cédé la place à une pensée unique », explique Preziosi. Le nouvel humanisme, déjà présent dans l’esprit de Jean-Paul II, est mis en avant avec Laborem Exercens, Sollicitudo Rei Socialis et Centesimus Annus, qui ont remis au goût du jour le thème de l’éthique sociale, afin de surmonter les idéologies actuelles.

    Enfin, la septième phase, avec le pape François, est celle des grands changements sociaux.

    Magnifica Humanitas marquera probablement le début d’une nouvelle ère. Elle anticipe une nouvelle révolution industrielle induite par l’intelligence artificielle, de nouveaux déséquilibres mondiaux résultant de la nouvelle répartition du travail, un monde nouveau auquel l’Église est appelée à répondre. Ce ne sera peut-être pas la seule encyclique sociale de Léon XIV, mais ce sera un point de départ qui mérite d’être suivi.

    Andrea Gagliarducci est un journaliste italien travaillant pour la Catholic News Agency et analyste du Vatican pour ACI Stampa. Il collabore également au National Catholic Register.

  • Quatre-vingt martyrs de la guerre civile espagnole et le patriarche maronite Hoyek seront béatifiés

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    Le monument aux martyrs de Santander, le patriarche maronite Elias Hoyek, Constantin Vendrame, un missionnaire salésien en Inde

    Le monument aux martyrs de Santander, le patriarche maronite Elias Hoyek, Constantin Vendrame, un missionnaire salésien en Inde 

    De Benedetta Capelli sur Vatican News :

    80 martyrs de la guerre civile espagnole et le patriarche maronite Hoyek seront béatifiés

    Le Pape a autorisé la promulgation de six décrets du Dicastère pour les Causes des Saints. Les martyrs de Santander et le patriarche libanais Hoyek seront béatifiés. Le missionnaire salésien Costantino Vendrame, le carme déchaussé du Cameroun frère Jean Thierry, la religieuse espagnole María Ana Alberdi Echezarreta et le frère laïc capucin frère Nazareno da Pula sont élevés au rang de vénérables

    Fidèles à leur peuple dans la persécution ou l’épreuve. Telle est l’histoire des 80 martyrs de Santander, en Espagne, et du patriarche maronite libanais Elias Hoyek, qui seront prochainement béatifiés. Lors de l’audience d’aujourd’hui, 22 mai, avec le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, le Pape Léon XIV a autorisé la promulgation des décrets correspondants. Seront désormais vénérables le jeune carme déchaussé camerounais frère Jean-Thierry de l’Enfant-Jésus et de la Passion, la religieuse conceptionniste franciscaine espagnole Mère María Ana Alberdi Echezarreta, ainsi que les Italiens frère Nazareno da Pula, frère capucin, surnommé «le saint des bonbons», et Costantino Vendrame, missionnaire salésien en Inde, «le plus pauvre parmi les pauvres».

    Témoins de la foi pendant la persécution religieuse en Espagne

    C'est dans le contexte de la guerre civile espagnole des années 1930 et de la persécution religieuse qui s'ensuivit que s'inscrit le témoignage de foi et d'amour des Serviteurs de Dieu Francisco Gonzáles de Córdova et de 79 de ses compagnons: certains furent jetés à la mer, les mains et les pieds liés, avec une pierre attachée au corps; d'autres disparurent à bord du navire-prison «Alfonso Pérez»; d'autres encore ont été tués et brûlés; certains sont morts dans une sorte de camp de concentration. Sur les 80, 67 étaient des prêtres, 3 des religieux carmélites, 3 des séminaristes et 7 des laïcs.

    L'histoire de Francisco Gonzáles de Córdova témoigne d'une grande fidélité envers les personnes qu'il accompagnait dans son ministère de prêtre à la paroisse de Santa María del Puerto, à Santoña. Pendant la persécution, il refuse de fuir malgré l'interdiction de célébrer la messe et d'administrer les sacrements. Il est fait prisonnier et emmené sur un navire transformé en prison; dans la cale du navire, il continue à confesser les prisonniers et à réciter le rosaire chaque jour. Lorsqu’il est appelé pour être exécuté, il demande à être le dernier afin de pouvoir absoudre et bénir ses compagnons. Il avait 48 ans.

    Père du Grand Liban

    Le miracle qui conduira à la béatification du patriarche maronite libanais Elias Hoyek remonte à 1965, avec la guérison de l’officier de l’armée Nayef Abou Assi, musulman d’origine druze, atteint d’une «spondylolyse bilatérale» chronique, qui s’est réveillé un jour en parfaite santé après avoir rêvé du patriarche. Né le 4 décembre 1843 à Helta (Liban), Elias Hoyek entre au séminaire à l’âge de 16 ans, se rend à Rome pour étudier la théologie et y est ordonné prêtre en 1870. De retour au Liban, avec Mère Rosalie Nasr, il fonde à Ebrine la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille, premier institut religieux féminin de vie apostolique au sein de l’Église maronite. Il est élu patriarche d’Antioche des Maronites en 1899 et, pendant trente ans, il s’occupe de la formation du clergé et de la catéchèse des fidèles. Il devient une figure de référence de la société libanaise qui aspirait à l’indépendance vis-à-vis de l’Empire ottoman, nouant des relations avec les autorités et défendant son peuple.

    Au début de la Première Guerre mondiale, il ouvre les portes des couvents et des monastères pour nourrir ceux qui étaient épuisés par le conflit, quelle que soit leur confession religieuse: il est condamné à la déportation par les autorités ottomanes, mais parvient à l'éviter grâce à l'intervention du Pape et de la diplomatie austro-hongroise. En 1920, le nouvel État du Grand Liban voit le jour, auquel il contribue en participant aux négociations avec les autorités de l’Empire ottoman. Il meurt en 1931 à Bkerké. C’était un homme de dialogue, d’une grande charité pastorale, qui vécut dans la pauvreté évangélique, jouissant d’une telle affection et d’une telle estime qu’on le surnommait le «Père du Grand Liban».

    Frère Nazareno de Pula, Carme Déchaux du Cameroun Frère Jean Thierry, la religieuse espagnole María Ana Alberdi Echezarreta

    Frère Nazareno de Pula, Carme Déchaux du Cameroun Frère Jean Thierry, la religieuse espagnole María Ana Alberdi Echezarreta

    Offrir sa vie pour les vocations

    Le frère carmélite déchaussé camerounais Jean-Thierry de l’Enfant-Jésus et de la Passion, décédé à l’âge de 23 ans à Legnano, en Italie, en 2005 des suites d’un cancer des os au genou, est déclaré vénérable. «Quelle lumière, quelle lumière… Comme Jésus est beau!»: tels furent ses derniers mots avant de mourir. Une vie marquée par une forte dévotion mariale, par la prière constante du Rosaire, une vie animée par le désir d’être un autre Christ pour les autres. Né en 1982, sa vocation naît très tôt, à l’âge de 8-9 ans, grâce à la rencontre avec un missionnaire Oblat de Marie Immaculée au Cameroun. En 2003, il est accueilli dans la famille des Carmes déchaux. L’année suivante, il découvre qu’il est malade et subit l’amputation d’une jambe. Ses confrères le transfèrent en Italie pour qu’il y soit soigné, mais il n’y a plus grand-chose à faire ; la demande de profession religieuse «in articulo mortis» est déposée et, le 8 décembre 2005, Jean-Thierry revêt l’habit du Carmel et prononce ses vœux solennels. Il demande alors qu’on ne prie plus pour sa guérison, mais pour les vocations, pour lesquelles il offre sa vie. Il meurt le 5 janvier 2006.

    Devenir sainte dans la charité

    La douceur et la charité ont marqué la vie de la nouvelle vénérable Mère María Ana Alberdi Echezarreta, religieuse espagnole née au Pays basque en 1912. Orpheline de ses deux parents à l’âge de 7 ans seulement, elle commence très tôt à travailler, mais découvre sa vocation religieuse grâce à sa rencontre avec un prêtre. En 1932, à Madrid, elle revêt l’habit blanc des Sœurs conceptionnistes franciscaines; quatre ans plus tard, elle prononce ses vœux solennels. La guerre civile espagnole éclate alors et elle est contrainte de quitter son monastère, où elle reviendra pour devenir d’abord maîtresse des novices, puis, en 1953, abbesse, réélue à plusieurs reprises lors des chapitres suivants. Une tâche difficile après la guerre et après le Concile Vatican II, à la suite duquel elle travaille à la révision des Constitutions de l’Ordre. Elle guide sa communauté avec sagesse et douceur, insufflant la paix à ceux qu’elle rencontre. En 1998, elle tombe malade d’une affection qui l’entraîne vers la mort. Le but de sa vie a été de devenir sainte en aimant.

    Le plus pauvre parmi les pauvres

    Le salésien Costantino Vendrame est lui aussi déclaré vénérable. Il a passé une grande partie de sa vie parmi les pauvres en Inde, témoignant de l’amour de Dieu toujours avec le sourire, devenant ainsi un grand exemple de charité évangélique. Né dans la province de Trévise en 1893 dans une famille aux valeurs chrétiennes solides, il choisit très jeune la voie du sacerdoce et se confie aux salésiens, exprimant son amour pour la mission. Ordonné prêtre le 15 mars 1924 à Milan, il reçoit le 5 octobre le crucifix missionnaire à Turin, dans la basilique de Marie Auxiliatrice. Il part alors pour l’Inde, d’abord en Assam, puis au Tamil Nadu. Il se fait pauvre parmi les pauvres, parcourt de longues distances à pied pour attirer de nombreuses personnes vers le Christ. Contraint à une interruption forcée pendant la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné avec beaucoup d’autres, mais là encore, il fait preuve d’une force spirituelle qui console et soutient ses compagnons de captivité. Atteint d’une forme grave d’arthrose, il meurt à Dibrugarh, en Inde, le 30 janvier 1957, à la veille de la fête de saint Jean Bosco.

    Le saint des bonbons

    Les bonbons à l'orange et au citron étaient les compagnons de voyage de frère Nazareno da Pula: en les offrant, il recommandait de dire un "Je vous salue Marie" à la Vierge Marie en en mangeant un. C'est pour cette raison qu'il est connu comme le «saint des bonbons»; aujourd'hui encore, ses confrères capucins les distribuent aux fidèles, après les avoir bénis dans sa petite cellule, au sanctuaire dédié à Notre-Dame de la Consolation, voulu par le frère Nazareno lui-même, à Pula, près de Cagliari. Né dans cette petite commune sarde en 1911 au sein d’une famille paysanne nombreuse, Giovanni Zucca fut envoyé en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale et, capturé par les Anglais en Éthiopie en 1941, il fut retenu prisonnier pendant environ 4 ans.

    À son retour, il rencontre Padre Pio de Pietrelcina et lui fait part de son désir de devenir frère et de rester à ses côtés, mais celui-ci l’invite à retourner en Sardaigne pour y poursuivre sa vocation. En 1951, à l’âge de 39 ans, Giovanni demande à entrer comme frère laïc dans l’ordre des Frères Capucins de Sardaigne. Admis au noviciat du couvent de Sanluri, il reçoit l’habit des Capucins et prend le nom de frère Nazareno. Homme de prière, toujours prêt à accomplir les tâches les plus diverses avec humilité, mendiant, cuisinier, jardinier, il s’installe en 1986 dans une petite maison dans la campagne de Pula, où sera érigé quelques années plus tard le sanctuaire dédié à la Vierge Marie. C'est là que repose son corps depuis son décès en 1992, des suites d'un cancer.

  • Quand une cathédrale disparaît

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    De Paul Murray sur First Things :

    Quand une cathédrale disparaît

     
    La cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu de Stepanakert, en Artsakh occupé, aurait été détruite par le régime azerbaïdjanais.
     
    Au cœur de Stepanakert, capitale que les Arméniens considèrent comme le cœur de l'Artsakh, se dressait jadis une cathédrale de calcaire blanc, coiffée d'un dôme et d'un clocher visibles de toute la ville. Elle fut le témoin d'innombrables prières, baptêmes et mariages ; de mères allumant des cierges pour leurs fils au front. Elle témoigna d'une communauté fidèle dont les racines chrétiennes arméniennes sur cette terre remontaient à plusieurs siècles. Lors des bombardements de 2020, des familles se réfugièrent dans ses sous-sols tandis que les obus s'abattaient et récitaient le Notre Père tandis que le sanctuaire tremblait au-dessus d'elles. Aujourd'hui, les images satellites ne montrent plus qu'une cicatrice béante à l'endroit où se dressait jadis la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu. Le dôme a disparu. Le clocher a disparu. La croix a disparu.

    La construction de la cathédrale a débuté en 2006 et elle a été consacrée en 2019 après treize années de travaux. Bien que de construction récente, elle s'inscrit dans l'un des plus anciens territoires chrétiens encore habités. L'Arménie a adopté le christianisme comme religion d'État au début du IVe siècle, avant Rome et les royaumes européens. L'Artsakh fait depuis longtemps partie intégrante de ce patrimoine spirituel. Bien que la cathédrale de Stepanakert soit une structure moderne, elle témoigne de la continuité visible d'une très ancienne présence chrétienne.

    Entre début mars et début avril 2026, l'imagerie satellite et des enquêtes journalistiques ont confirmé la démolition systématique de la cathédrale. Les autorités azerbaïdjanaises ont par la suite reconnu avoir détruit la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu ainsi que l'église Saint-Hakob voisine. La démolition de ces églises fait suite au déplacement de plus de 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh après l'opération militaire azerbaïdjanaise de 2023.

    La démolition a eu lieu quelques jours seulement avant le 24 avril, date à laquelle les Arméniens du monde entier commémorent le génocide arménien. Une cathédrale construite de mémoire récente a été rasée à la veille de ce jour de commémoration d'une catastrophe qui a jadis menacé d'anéantir tout un peuple chrétien.

    Pour de nombreux chrétiens occidentaux, l'Artsakh peut sembler lointain et difficile à situer sur une carte. Mais la destruction de cette cathédrale n'est pas un simple détail régional au sein d'une autre zone frontalière contestée. C'est un événement à portée théologique. Les églises ne sont pas des édifices interchangeables. Elles témoignent de l'enracinement de l'Évangile dans un lieu précis, auprès d'un peuple particulier. Elles attestent que le culte chrétien a perduré à travers les générations et les régimes.

    Lorsqu'une telle église est démolie après le déplacement de ses fidèles, c'est plus qu'un simple édifice qui disparaît : un témoin disparaît.

    L'Église apostolique arménienne compte parmi les plus anciennes communautés chrétiennes ininterrompues au monde. Ses monastères, ses inscriptions et ses liturgies témoignent d'une foi qui a survécu aux empires, aux invasions et aux tentatives d'anéantissement. Au Haut-Karabakh, cette continuité a façonné le paysage et l'imaginaire de ceux qui y priaient. Qu'on aborde la question sous l'angle du droit international, du patrimoine culturel ou de la solidarité chrétienne, les conséquences sont graves. Une présence sacrée, établie depuis des siècles, est en train de disparaître en quelques années seulement.

    L’Épître aux Hébreux exhorte les croyants à se souvenir des personnes emprisonnées comme s’ils l’étaient avec eux. Ce commandement n’a jamais été limité par la géographie. Il s’étend au souvenir des communautés dont les églises sont détruites et dont la présence est menacée, même si elles vivent loin et parlent une autre langue.

    Les pierres de la cathédrale de Stepanakert ne crient peut-être pas, mais elles parlent. Elles nous rappellent que le christianisme n'est pas seulement un ensemble de croyances transmises à travers le temps. C'est aussi une présence qui se transmet à travers les lieux. Les églises d'Arménie appartiennent non seulement aux Arméniens, mais à l'histoire même du christianisme. Lorsque ces lieux disparaissent, c'est toute l'Église qui en souffre.

  • Un nouveau film sur saint Maximilien Kolbe sort sur les écrans

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    D'Anne Van Merris sur zenit.org :

    Maximilien Kolbe (1894–1941) a donné sa vie pour qu'un père de famille vive © sajedistribution.com

    Maximilien Kolbe (1894–1941) a donné sa vie pour qu'un père de famille vive © Sajedistribution.com

    Un film sur saint Maximilien Kolbe sort au cinéma en France « Maximilien Kolbe, une vie donnée » sur les grands écrans

    20 mai 2026

    Ce 20 mai 2026, un nouveau film sur la vie de saint Maximilien Kolbe sort dans les salles de cinéma en France. Ce prêtre franciscain polonais est mort martyr dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir offert volontairement sa vie pour sauver celle d’un père de famille condamné.

    Le film « Maximilien Kolbe, une vie donnée » est réalisé par l’américain Anthony D’Ambrosio et produit par la société Saje distribution. Il relate des dernières semaines de la vie du saint à Auschwitz dans le « bunker de la faim », où il a été enfermé avec neuf autres prisonniers. 

    L’approche de ce long-métrage est assez inédite, car la plupart des récits existants sur le P. Kolbe s’arrêtent avant cette période d’enfermement qui devait l’amener à la mort.

    © sajedistribution.com

    © sajedistribution.com

    Maximilien Kolbe est entré très jeune dans la vie religieuse et a poursuivi ses études à Rome, où il a fondé le mouvement marial « Milice de l’Immaculée ». Il s’est vite distingué par son dévouement spirituel et intellectuel, notamment à travers la création et la diffusion d’un journal catholique, qui a connu un essor considérable en Pologne. Il a également créé le monastère marial de Niepokalanów, l’un des plus grands d’Europe, puis a étendu sa mission au Japon où il a fondé une communauté.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, le P. Kolbe a aidé des réfugiés, y compris de nombreux juifs, avant d’être arrêté par les nazis. Déporté à Auschwitz, il s’est porté volontaire en 1941 pour mourir à la place d’un autre prisonnier, et a été enfermé dans le bunker de la faim. Après trois semaines sans nourriture et sans eau, le prêtre était encore en vie, alors que tous ses compagnons étaient morts. Mais le 14 août 1941, les soldats allemands lui ont injecté une dose létale de phénol. Les codétenus du P. Kolbe sont ainsi morts avec un chant et une prière sur les lèvres, après avoir été soutenus humainement et spirituellement par le prêtre franciscain. Jusqu’à leur dernier souffle, celui-ci les a réconfortés, a été leur confident, leur a donné l’absolution et leur a redonné l’espérance contre toute attente.

    « Aujourd’hui, alors que nous sommes plus isolés, enfermés dans nos propres prisons mentales et en quête d’espoir, l’histoire de saint Kolbe agit comme une lumière qui guide vers la paix et le ciel » a confié Anthony D’Ambrosio à l’occasion de la sortie de son film. « Il était guidé par une vision différente, tournée vers quelque chose de plus profond que le succès ou la victoire terrestre. C’est une fin qui dit que, quelle que soit l’obscurité, l’espoir demeure et l’amour finit toujours par triompher. Dans le monde d’aujourd’hui, je crois que c’est profondément porteur d’espoir ».

    Maximilien Kolbe rappelait lui-même que la sainteté ne consiste pas d’abord à accomplir des choses extraordinaires, mais à unir sa volonté à celle de Dieu. « Si je veux ce que Dieu veut, alors je serai un saint » avait-il dit, évoquant fréquemment l’abandon total à la volonté divine.

    Le P. Kolbe a été béatifié à Rome le 17 octobre 1971 par saint Paul VI et a été canonisé martyr de la foi en 1982 par saint Jean-Paul II. Il est pour le monde actuel un témoignage lumineux de don de soi, de foi et de courage.

    Un film sur saint Maximilien Kolbe sort au cinéma en France | ZENIT - Français

  • Vingt-cinq martyrs de la furie anticatholique au Mexique

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    Fêtés aujourd'hui : le P. Christophe Magallanes (1869-1927) et ses 24 compagnons, prêtres et laïcs, martyrs du Mexique; le P. Christophe a été béatifié en 1992.

    Au Mexique, dès 1913, un décret ordonne la fermeture des églises et l'arrestation des prêtres. On interdit de dire "adios" ou "Si Dieu le veut" ("si Dios quiere"), de sonner les cloches, d'apprendre à prier aux enfants; on détruit les églises, expulse les congrégations religieuses, on met hors-la-loi les organisations professionnelles non gouvernementales, l'enregistrement des prêtres est rendu obligatoire. En 1924-1928, le général Plutarco Elias Calles, qui a juré de détruire la foi chrétienne, mène une politique anticléricale et provoque le soulèvement des "Cristeros" qui résistent (1926-1929). Ils affrontent les régiments du pouvoir, qui entrent à cheval dans les églises, profanent le Saint-Sacrement, et se déchaînent. Vingt-deux des martyrs dont on fait mémoire aujourd'hui étaient des prêtres diocésains, comme Christophe Magallanes, et trois d'entre eux étaient des jeunes de l'action catholique. L'un d'eux, Manuel Morales, âgé de 28 ans, était marié et père de trois petits enfants. Avant d'être fusillé, il s'exclama: "Je meurs, mais Dieu ne meurt pas, il aura soin de ma femme et de mes enfants". (source)

    Sur abbaye-saint-benoit.ch/hagiographie/, on approfondit le contexte historique :

    Après le régime autoritaire du général Porfirio Diaz (1876-1911) le Mexique entre dans une période d’instabilité politique, et même de guerre civile (1914-1917), marquée par un caractère anticlérical prononcé jusqu’à la veille de la 2e guerre mondiale. Ainsi dès 1913, un décret ordonne la fermeture des églises et l'arrestation des prêtres. On interdit de dire "adios" ou "Si Dieu le veut" ("si Dios quiere"), de sonner les cloches, d'apprendre à prier aux enfants; on détruit les églises, expulse les congrégations religieuses, on met hors-la-loi les organisations professionnelles non gouvernementales, l'enregistrement des prêtres est rendu obligatoire. En visite au Vatican en 1915, l’archevêque de Guadalajara dit à Benoît XV : « Nous payons les fautes de nos pères – Les cruautés des conquistadores ? demande le pape. Et l’évêque de répondre : Moins ces cruautés que l’erreur d’avoir écarté les indigènes du sacerdoce ». On sait que les ‘Indios’ étaient déconsidérés. Quant au clergé alors en place, il n’est pas toujours à la hauteur. On lui reproche souvent d’être intéressé et dissolu. (Graham Green, dans son roman “La Puissance et la gloire”, dresse le portrait saisissant d’un prêtre à la fois trop humain et plein de foi.) En 1917, une Constitution anticléricale est votée. Elle est d’abord appliquée avec un certain pragmatisme par le général ‘indios’ Obregon, un anticlérical qui agit cependant avec prudence dans les régions où la foi est plus vive.

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  • La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

    (s.m.) La dernière lettre pastorale du patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa – relayée dans le dernier article de Settimo Cielo – a suscité beaucoup d’intérêt, non seulement parmi les chrétiens mais également parmi les Juifs d’Israël et de la diaspora.

    Ce qui va suivre est le commentaire que nous a fait parvenir un Israélite parmi les plus éminents, Sergio Della Pergola (photo), professeur émérite à l’Hebrew University of Jérusalem et chercheur de renommée mondiale en démographie et en sociologie du judaïsme.

    Le professeur Della Pergola saisit pleinement et respecte le côté plus biblique et théologique que géopolitique de la lettre du cardinal.

    Il ne peut cependant pas s’empêcher de pointer du doigt, dans les dizaines de pages que compte le texte, des jugements de nature politique, en particulier quant à l’« événement » décisif qu’a été le massacre de civils juifs perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

    Et ce sont précisément les deux lignes où Pizzaballa mentionne que ce massacre, « pour les Palestiniens représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes », qui font dire au professeur Della Pergola que ce seul jugement fondamentalement erroné suffit à « fermer la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et sur l’après ».

    Les seules lueurs de dialogue – encore qu’elles soient incertaines – que le professeur Della Pergola voit émerger chez Pizzaballa concernent tout au plus la partie musulmane, et non les Juifs. Et en effet, le cardinal lui-même reconnaît, dans un passage de sa lettre, une difficulté de compréhension notamment avec le petit nombre de Juifs de confession catholique qui vivent en Israël, auxquels il promet davantage de moments de rencontre pour briser leur « solitude » dans « une Église qu’ils ne considèrent peut-être pas totalement comme la leur ».

    Sans parler des différents courants qui divisent le judaïsme, dont certains sont franchement hostiles aux chrétiens, parfois même violents, et totalement fermés à toute forme de dialogue. Un dialogue dont le concile Vatican II a posé les premières bases mais qui reste encore en grande partie à construire.

    *

    « Le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre »

    par Sergio Della Pergola

    La lettre pastorale du cardinal Pierbattista Pizzaballa “Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie » suscite certaines réflexions, du point de vue d’un Juif vivant en Israël.

    Le cardinal Pizzaballa est actuellement le patriarche latin de Jérusalem depuis novembre 2020, après avoir été administrateur apostolique de ce même patriarcat entre 2016 et 2020 et custode de Terre sainte entre 2004 et 2016. Auparavant, entre 1995 et 1999, il a été doctorant à l’Université de Jérusalem et, depuis 1990 – depuis son ordination presbytérale – il a étudié la théologie biblique au « Studium Biblicum Franciscanum » de Jérusalem. Le Cardinal vit donc à Jérusalem depuis plus de 36 ans, il parle correctement l’hébreu (ainsi que l’arabe) et il connaît comme personne la ville et la campagne environnante. Il est sans doute l’observateur catholique le plus ancien et le plus compétent de Jérusalem, d’Israël et de Palestine.  En tant que membre du Sacré-Collège des cardinaux depuis sa nomination par le pape François en 2023, c’est une personnalité influente de l’Église catholique apostolique romaine. Personne mieux que lui ne connaît ni n’est capable d’analyser les complexités du système politique de l’État d’Israël, ainsi que de la diaspora juive qui – qu’on le veuille ou non – est inextricablement impliquée dans les décisions et les dilemmes de l’État. C’est sur ces prémisses que se fondent les attentes des lecteurs.

    Un document tel que la lettre pastorale du patriarche de Terre sainte, aussi détaillé, fin et analytique, se démarque des documents diocésains destinés aux quelques milliers de fidèles de catholiques sur les 15 millions d’habitants que compte le territoire d’Israël et de Palestine (auxquels s’ajoutent 11,5 millions d’habitants en Jordanie et 1,5 million à Chypre) faisant l’objet de l’activité diocésaine du cardinal Pizzaballa. Il semble nettement plus plausible qu’il s’agisse en revanche d’une synthèse des impressions et des réflexions mûries au cours de plus de 35 ans d’activité pastorale, presque comme s’il s’agissait de laisser un testament ou un programme. « L’objectif – peut-on y lire – est d’aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».

    Ce document est explicitement un guide spirituel et non une analyse géopolitique. On ne peut cependant s’empêcher de se demander jusqu’à quel point ces deux dimensions peuvent rester déconnectées et jusqu’où on peut se désintéresser de la réalité concrète pour que le document conserve sa pertinence. La réalité, c’est que l’Église catholique – pour laisser un instant de côté la Jordanie et Chypre – œuvre dans l’État d’Israël, qui compte une majorité de Juifs, et en Cisjordanie et à Gaza, où vit une majorité d’Arabes musulmans. Les conditions juridiques, institutionnelles et politiques de ces endroits varient mais déterminent cependant la capacité d’action de l’Église et le destin des catholiques de la région.

    En lisant ce document, on a l’impression que Jérusalem serait l’endroit le plus important du monde pour la foi catholique, et on est en droit de se demander quel est alors le rôle de Rome dans ce cas. Pourquoi Jérusalem n’est-elle pas le siège central du catholicisme, avec la papauté et la Curie ? Si les lieux essentiels du passé se trouvent à Jérusalem et que l’avenir consiste à attendre que la nouvelle Jérusalem descende du ciel, alors pourquoi la capitale spirituelle ne s’y trouve-t-elle pas ?

    Il reste cependant clair que, comme dans la vision idéale qui nous est ici présentée, aucune autorité terrestre séculière ne compte et que seule l’utopie spirituelle préside à l’analyse et à la perspective des actions à mener. La ville de Jérusalem est définie comme étant « nôtre », en prélude à la véritable et définitive « polis », la Jérusalem céleste. Nulle trace dans cette lettre de l’État d’Israël ou de l’Autorité palestinienne. Le document ignore complètement ces entités sans même justifier la raison de leur omission. Dans le monde idéal qui nous est présenté, elles n’existent tout simplement pas et n’ont pas voix au chapitre, ou peut-être fait-il le choix politique d'être détaché du contexte terrestre, alors qu’il s’agit pourtant de la seule réalité quotidienne.

    Au début de la première partie de sa lettre, le cardinal affirme que « le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza ont représenté quelque chose de différent et de bouleversant pour chacun des deux peuples de cette terre. » Dans l’ordre suivant : « Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont fait revivre les horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans. »

    C’est ici que sa lettre me tombe des mains, quand il décrit de cette manière des événements qui se sont déroulés dans un ordre dramatiquement inversé, et avec des acteurs différents. Si le 7 octobre est bien un tournant historique marquant la fin d’une époque, attention, il ne l’est pas pour les raisons décrites par le cardinal. Pour les Juifs, le 7 octobre constitue une brève réplique de la Shoah à quatre-vingts années de distance de la seule et véritable Shoah : un massacre barbare et monstrueux de civils dans leurs propres maisons. Mais pour les musulmans, il représente le choix d’une violence sans précédent pour affirmer leur propriété absolue et exclusive du territoire, pour effacer Israël et exiger un Califat islamique à la place. L’inversion de l’ordre des facteurs et le travestissement des faits constitue un choix narratif important. Puisqu’il existe plus de deux récits possibles, le choix ici de l’un exclut la possibilité du second. Le choix du cardinal ferme la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et l’après. » À moins qu’il ne vise, sans que nous le sachions, à ouvrir ou à chercher à établir de nouvelles perspectives de dialogue entre catholiques et musulmans.

    Le 7 octobre est un point de l’histoire qu’on ne peut pas ignorer. Mais le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre. Avec pour résultat que la lecture de toutes les pages suivantes du document est littéralement décrédibilisée par cette monumentale erreur de parcours. Le 7 octobre est un critère incommensurable et irréversible. En lisant les pages suivantes du document, le lecteur sera inévitablement porté à chercher d’autres affirmations d’intérêt politique dans un texte qui, comme nous l’avons déjà noté, se veut éminemment théologique. Et peut-être en raison du soin particulier apporté à leur recherche, ces positions politiques finiront en effet par s’inscrire encore et toujours dans une seule et même direction : celle d’un récit unilatéralement critique à charge d’Israël et aussi, en filigrane, à charge du peuple juif. Il n’y a presque aucune référence, ni critique ni autre, adressée au monde musulman, qui est pourtant clairement prédominant au Moyen-Orient, et qui est également présent à l’intérieur du périmètre diocésain de Chypre-Israël-Palestine-Jordanie.

    On retrouvera donc la position critique relative à la discrimination et à la persécution dont on suppose que les Palestiniens font l’objet de la part d’Israël, sans la moindre mention du phénomène du terrorisme et des mouvements islamistes subversifs qui, par ailleurs, ne respectent même pas l’ordre établi par une partie des autorités des pays arabes. Pas la moindre allusion non plus à la persécution des communautés chrétiennes. Les peurs exprimées en d’autres occasions par ce même cardinal Pizzaballa envers les revendications des extrémistes islamistes sont ici ignorées. On trouve en revanche une petite insinuation, dans la nouvelle veine de la critique de la technologie, avec l’affirmation selon laquelle des gens sont morts à la guerre par décision d’un algorithme. Mais avec la même logique, on pourrait dire que la vie de nombreuses personnes a été épargnée par la décision d’un algorithme.

    En résumé, Israël est identifié à l’oppression, à la discrimination, à l’appropriation matérialiste, et comme le détenteur presque illégitime d’un bien universel, Jérusalem, censé être partagé avec toute l’humanité. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas imaginer un partage de la Cité du Vatican avec les Juifs et les musulmans ?

    On ne trouve nulle part mention du fait que sous le régime israélien, les communautés chrétiennes ont pu se développer numériquement alors que sous le régime palestinien, elles ont été largement réduites. Dans les territoires palestiniens, les villes historiquement à majorité chrétienne – légalement censés être dirigés par un maire chrétien – hébergent aujourd’hui une majorité musulmane.

    Sur le plan du dialogue interreligieux entre Juifs et chrétiens, aucun point de débat n’émerge, aucun point d’appui à partir duquel on pourrait développer une conversation possible sur des thématiques partagées. La partie juive est tout simplement ignorée. Jérusalem est bien une ville à partager, face à toutes les revendications opposées des Israéliens et des Palestiniens. La petite et vulnérable communauté chrétienne ne dispose d’aucun pouvoir militaire ni économique, mais elle finira par hériter de la terre. Le fait que quelqu’un d’autre puisse entretenir des idéaux d’héritage spirituel portant sur la même terre – et la manière de rendre ces deux idéaux compatibles – n’est même pas pris en considération. Il n’y a plus de frères aînés.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Un catholicisme en déconstruction

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    De Paul Vaute sur Le Passé belge :

    Un catholicisme en déconstruction

    Sa minorisation dans notre société a conduit de nombre d’organismes et de personnalités à s’engager dans la voie du pluralisme ou à chercher des ajustements avec les idéologies dominantes, quitte à se distancier du magistère ecclésial. Mais il y eut aussi, même si elles peinaient à se faire entendre, des voix pour prôner la résistance (1945-)

       D’un rapport d’activités publié en 2023 par l’Eglise de Belgique, il ressort que la moitié de nos compatriotes se déclarent catholiques [1]. Dans les années 1970, selon l’European Value Study, ils représentaient pas loin de trois quarts de la population (72 %). Le même rapport estime à près de 9 % la proportion des Belges qui se rendent au moins une fois par mois à une célébration religieuse. Les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelare en avaient dénombré moins de la moitié en 2012: seulement 4 % [2].

       Paradoxalement, cette bérézina n’affecte pas ou très peu les principales composantes du pilier catholique – syndicale, mutualiste, scolaire, universitaire… Les chiffres ne peuvent toutefois masquer que le rapport de ces structures à la foi fait l’objet d’interrogations et qu’un pluralisme de fait s’est imposé en leur sein. Même parmi bon nombre de fidèles pratiquants, la prise de distance à l’égard des enseignements du magistère ecclésial, surtout quand ils vont à rebours des idéologies dominantes, a été établie par maintes enquêtes d’opinion. On a pu forger à leur propos le concept de « catholaïques » . C’est principalement à l’étude de ces transformations du paysage religieux que s’est consacrée Cécile Vanderpelen-Diagre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université libre de Bruxelles [3].

    Lire la suite sur le Passé belge

  • On fête aujourd’hui saint Yves

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    saint-yves.jpgExtrait d’une notice de Hervé Marie Catta :

    « Yves Hélori de Kermartin est né au Minihy de Tréguier en 1253, sous le règne de Saint Louis. Il est mort là, à deux kilomètres de Tréguier , le 19 mai 1303. Ses parents, petits nobles bretons comme il y en avait tant, l'envoyèrent faire ses études à l'Université de Paris, d'abord en lettres, puis en droit. (…).

    C'est l'époque où l'Eglise, par son droit appelé " canonique " - les " canons " sont les règles de droit - influe beaucoup sur le droit et la procédure en adoucissant les coutumes d'origines barbares et féodales. Aussi beaucoup de plaideurs préfèrent s'adresser à ses tribunaux. Il faut donc de nouveaux juges bien instruits dans le nouveau droit et Yves Hélori est appelé par l'Archidiacre de Rennes, un assistant de l'Evêque alors, à tenir les fonctions de Juge d'Eglise autrement dit " Official ".

    (…) Yves accepte à Tréguier d'être ordonné prêtre et on lui confie la paroisse de Tredrez, plus tard celle de Louannec. Yves a été un modèle de prêtre avant d'être un modèle d'avocat et de juge. Ce qu'on sait, par le procès de canonisation, ce sont les transformations et conversions qu'il opérait par ses sermons , ses visites et ses entretiens avec les personnes. Il lui est arrivé de prêcher cinq fois le même jour à des endroits différents : Tredrez, Saint Michel en Grève, Trédarzec et Pleumeur. Ce qui veut dire qu'on aimait venir de partout entendre ce saint prêtre humble et dont la piété faisait aimer la piété. Il ne ménageait pas sa peine pour aller dire l'espérance de Dieu aux pauvres gens de la campagne bretonne. Il faisait tout le chemin à pied, jamais à cheval.(…).

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  • La querelle des historiens à propos de la « légende noire » espagnole

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    De Javier Esparza sur le site de La Nef :

    La querelle des historiens face à la « légende noire » espagnole

    L’Espagne connaît depuis quelques années une remise en cause de la « légende noire » espagnole qui présente l’histoire de ce pays, tout partioculièrement depuis le XVIe siècle, d’une façon simpliste et manichéenne. Point de la situation par l’un des intellectuels espagnols en pointe contre le mythe de cette « légende noire ».

    Le fait le plus marquant de la culture espagnole, au cours du dernier quart de siècle, est le mouvement populaire de réappropriation de l’identité historique nationale. Il y a vingt-cinq ans, il était difficile de publier des livres qui présentaient l’histoire de l’Espagne sous un jour favorable. Aujourd’hui, au contraire, les librairies regorgent d’ouvrages qui valorisent la Reconquista, la conquête de l’Amérique ou l’Espagne du Siècle d’or, et pas seulement les librairies : cette vague déferle sur Internet et a même atteint le cinéma indépendant. Tout cela, et il est très important de le souligner, s’est fait en marge du pouvoir et contre lui : le discours officiel en Espagne continue de reposer sur les clichés de la Leyenda negra (Légende noire), et ce non pas pour des raisons scientifiques, mais pour des raisons politiques, car c’est dans ce discours que convergent les intérêts de la gauche hispanophobe, de la droite mondialiste et des caciquismes séparatistes. L’endophobie, la haine de soi, est en Espagne une politique d’État depuis un demi-siècle. Mais aujourd’hui, le mur s’effrite à la base : une partie croissante de la société a cessé de gober ce discours. Et le pouvoir s’inquiète, comme il est naturel.

    Récemment, deux professeurs pro-gouvernementaux (c’est-à-dire de gauche), dont l’un est célèbre pour l’absurdité de ses propos, ont publié une prétendue « étude » sur le poids croissant de ce patriotisme historiographique, phénomène qu’ils jugent avec la plus grande sévérité et qu’ils identifient à l’« extrême droite ». Cette « étude » n’a fait parler d’elle que parce qu’elle a trouvé un écho dans Eldiario.es, le journal de référence de la gauche radicale espagnole. Dans l’acte d’accusation, figurent plusieurs noms concrètement : Javier Rubio Donzé, Javier Santamarta, Marcelo Gullo, Fernando Díaz Villanueva… et votre serviteur. Nos délits sont surtout au nombre de trois. Le premier est de faire de la vulgarisation historique sans avoir suivi de cursus universitaire en histoire. Le deuxième est de diffuser une vision romantique et irréaliste de l’histoire de l’Espagne, éloignée du « consensus académique ». Le troisième est de commettre des erreurs de fond, comme mettre en avant « l’exception espagnole » ou utiliser des concepts politiques actuels pour interpréter le passé. Examinons chacun d’entre eux.

    Lire la suite sur le site de La Nef

  • L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ?

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    De kath.net/news :

    « L'Occident peut-il survivre sans le christianisme ? »

    « On peut répondre à cette question en un mot. Car l'Occident est… » Par le cardinal Gerhard Müller

    16 mai 2026

    Rome (kath.net) On peut répondre à cette question en un mot : non. Car l’Occident n’est rien d’autre que la communauté culturelle des tribus et des nations germaniques et slaves, issues de l’héritage de l’Empire romain d’Occident et unies dans la foi en Christ, le Fils de Dieu et Sauveur universel de l’humanité. Ainsi, l’Europe est le christianisme dans sa synthèse avec la métaphysique grecque et la volonté d’ordre romaine selon le principe de justice, c’est-à-dire la volonté de donner à chacun ce qui lui revient – suum cuique (Ulpianus) – ou, pour le formuler en termes théologiques, la dignité inviolable de chaque être humain en tant qu’image et ressemblance de Dieu. En dehors de cette définition, l’Europe perd son âme qui lui donne sa forme et devient un corps sans vie qui, tel un territoire sans maître, tombe entre les mains du premier voisin le plus puissant venu.

    Seuls ceux qui méconnaissent la situation dramatique et de plus en plus grave du monde d'aujourd'hui peuvent refuser de voir cette réalité. Le pape François a souvent déclaré que nous nous trouvions déjà, en quelque sorte, dans une troisième guerre mondiale par étapes. Il suffit de penser, dans un contexte mondial, aux guerres civiles, à l’effondrement de l’ordre juridique dans de nombreux États, à l’État de surveillance digne de l’imaginaire orwellien visé par Bruxelles (Digital Services Act, effacement bureaucratique des identités nationales), à la migration de millions de personnes qui ne peuvent plus être intégrées en Europe mais établissent des sociétés islamiques concurrentes, la faim et la pauvreté qui touchent la moitié de l’humanité, le terrorisme mondial opéré par des bandes criminelles et des États voyous ainsi que le crime organisé, l’instabilité politique dans les démocraties classiques, qui tombent entre les mains d’élites mondialistes avec leur projet d’un monde unique totalement contrôlé par elles, un « Meilleur des mondes » à la Aldous Huxley (1922).

    Même au sein de notre civilisation avancée, dont nous sommes si fiers en Europe centrale, la crise de la modernité et du postmodernisme saute aux yeux de quiconque sait voir. La dissolution du lien social dans le mariage et la famille, ainsi que de l’identité personnelle avec ce qu’on appelle le changement de sexe, la déchristianisation délibérée de l’Europe, autrefois jacobine et aujourd’hui néo-marxiste et « woke » de gauche, la perte d’une idée fédératrice du but et du sens de l’existence humaine dans le post-humanisme et le transhumanisme, l’insistance sur une autodétermination égocentrique sans l’intégration organique de l’ego individuel et collectif dans le bien commun de la famille, de la ville, de la nation et de la communauté des peuples sont autant de signes avant-coureurs apocalyptiques.

    Seule la prétention à la supériorité occidentale est encore vivante. Notre sécularisme et notre matérialisme doivent-ils, comme à l’époque du colonialisme, être imposés comme remède à l’Orient et au Sud prétendument arriérés, avec pour devise : « Aide au développement uniquement à condition de légaliser le mariage homosexuel et l’avortement, l’euthanasie et le suicide assisté – et tout cela dans le but d’une réduction drastique de la population au nom de la protection du climat et de la raréfaction des ressources matérielles » ?

    Si le monde occidental veut imposer son éloignement de Dieu et son relativisme moral à toutes les autres cultures, il ne fait que faire le jeu des extrémistes politiques et idéologiques. On ne peut pas les vaincre par la seule force militaire et économique. Les réactions violentes, de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie, et aujourd’hui en Iran avec son régime terroriste, sont finalement la preuve qu’il ne peut y avoir de paix dans les cœurs ni de paix sur terre sans un accord sur le sens et le but supérieurs de l’existence humaine, c’est-à-dire au-delà du matérialisme et de l’impérialisme.

    Beaucoup ne voient qu’en surface la lutte pour les matières premières et le pouvoir. Ce qui est déterminant, cependant, c’est la lutte pour l’âme de l’homme. Ce n’est que si nous redécouvrons dans notre cœur et notre conscience que nous descendons tous d’un Père céleste et que nous sommes donc frères et sœurs les uns des autres qu’il pourra y avoir une coexistence prospère.

    Dans son célèbre discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), le pape Benoît XVI a déclaré textuellement : « Dans le monde occidental, l’opinion selon laquelle seules la raison positiviste et les formes de philosophie qui lui sont associées seraient universelles prévaut largement. Mais pour les cultures profondément religieuses du monde » – parmi lesquelles il inclut l’islam religieux, mais non politique, ce que certains avaient omis de noter – « c’est précisément l’exclusion du divin de l’universalité de la raison qui est considérée comme une atteinte à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui est sourde au divin et qui relègue la religion au rang des sous-cultures est incapable de dialogue... Pour la philosophie, et d’une autre manière pour la théologie, l’écoute des grandes expériences et des grandes intuitions des traditions religieuses de l’humanité, mais surtout de la foi chrétienne, est une source de connaissance dont le refus constituerait un rétrécissement inadmissible de notre écoute et de notre réponse... Le courage d’élargir la raison, et non le rejet de sa grandeur – tel est le programme avec lequel une théologie attachée à la foi biblique entre dans le débat contemporain. « Agir sans raison, sans le Logos, est contraire à la nature de Dieu », a déclaré Manuel II à son interlocuteur persan, en se référant à sa conception chrétienne de Dieu.  « C’est dans ce grand logos, dans cette vastitude de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs à participer au dialogue des cultures. Se retrouver sans cesse soi-même, telle est la grande mission de l’université. »

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