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Histoire

  • Sainte Julienne Falconieri (19 juin)

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    De Vatican News :

    Sainte Julienne Falconieri

    Sainte Julienne Falconieri
    Sainte Julienne Falconieri 

    Julienne avait un don indiscutable. Elle était belle, une de ces dames qui peuvent faire perdre la tête aux hommes, quelle qu’en soit l’époque. Celle où vit Julienne est le Moyen Age et sa ville est la Florence de Dante Alighieri , dont elle est contemporaines. Une ville où en ce temps-là fait rage la lutte âpre entre Guelfes et Gibelins, lutte au sommet, entre la tiare et la couronne.

    La jeune fille au manteau

    Mais non seulement l’argent habite le palais Falconieri. Il y plane aussi une puissante richesse immatérielle, la foi chrétienne, qui a déjà porté un descendant de la famille à se dépouiller de tout pour se consacrer à Dieu. Alexis Falconieri, un des sept fondateurs des Servites de Marie , frère du papa de Julienne; elle est fascinée par le choix de vie de l’oncle, en dehors des schémas habituels d’une famille engagée à faire des sous. La jeune fille grandit insouciante de son charme, qui lui vaut de nombreuses demandes en mariage, mais ponctuellement et courtoisement rejetées. Julienne est attirée par la vie religieuse et préfère au look des femmes florentines de l’époque un manteau ample et obscur du type que porte son oncle. Le même vêtement que mettent sur leurs épaules les autres jeunes filles de la riche bourgeoisie qui suivent Julienne, plus enclines comme elle à servir les pauvres qu’à chercher à être respectées par eux.

    Amour dans la Florence de haine

    Les «Mantellates» : pour l’Eglise elles sont le rameau féminin des Servites de Marie. Femmes de contemplation à genou, de charité continue à travers les rues. Mercredi et vendredi elles ne touchent pas à aucune nourriture et le samedi elles sont seulement au pain et à l’eau. Florence apprend à les connaître, elles sont semeuses de concorde dans le réseau croisé de vengeances qui ensanglante la ville du Lys. Les sacrifices des Mantellates sont comme une offrande unique pour la fin de cet âge de haine. Julienne, par rapport à ses compagnes, a aussi quelque de chose de plus à offrir. Depuis quelque temps elle a commencé à souffrir à l’estomac. Des douleurs lancinantes, de ces douleurs qui usent même le tempérament le plus solide. Peu à peu la jeune fille au manteau, désormais femme et guide depuis dix ans de son couvent, ne peut rien avaler même pas ce peu de nourriture qui sert à subsister.

    La «marque» violette

    Ainsi le 19 juin 1341 semble le dénouement d’une histoire absurde. A cette femme de Dieu sur le point de s’éteindre est niée la possibilité de s’approcher de l’Eucharistie de peur qu’elle ne puisse déglutiner l’hostie consacrée. Julienne demande qu’on la lui pose sur la poitrine sur le cœur, comme on avait l’habitude de le faire à l’époque avec les malades pendant que le prêtre accompagne son geste d’une prière. Mais, raconte-t-on, avec Julienne arrive quelque chose d’incroyable . L’hostie disparaît. Julienne expire, et en arrangeant la dépouille les moniales découvrent sur son corps, au niveau de son cœur une tache violette aussi grande que l’hostie, qui est donc imprimée dans sur son corps. Encore aujourd’hui les Mantellates portent sur leur habit religieux cette marque en souvenir de la dernière prodigieuse communion de leur fondatrice. Clément XII la canonise en 1737.

  • Vingt nouveaux bienheureux dans l’Église, martyrs de la foi en 1936 en Espagne

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    D'Edoardo Giribaldi sur Vatican News :

    Vingt nouveaux bienheureux dans l’Église, martyrs de la foi en 1936 en Espagne

    Le Pape a autorisé la promulgation des décrets du dicastère pour les Causes des Saints relatifs au martyre de 20 prêtres des îles espagnoles d'Ibiza et de Formentera. De plus, grâce à la reconnaissance de leurs vertus héroïques, le prêtre Júlio Emílio Alberto De Lombaerde, et les religieuses Mère Clara Andreu y Malferit, Sœur Maria Petra Giordano, Mère Maria Teresa Tallon et Sœur Maria Agnese Tribbioli deviennent vénérables.

    Lors de l'audience accordée jeudi 18 juin au préfet et cardinal Marcello Semeraro, le Pape Léon XIV a autorisé le dicastère des Causes des Saints à promulguer les décrets relatifs à la reconnaissance du martyre de Juan Torres Torres et de 19 de ses compagnons, prêtres diocésains des îles d’Ibiza et de Formentera, tués en haine de la foi en Espagne pendant la guerre civile des années 1930. Ils seront béatifiés. De plus, ont été déclarés vénérables en raison de la reconnaissance de leurs vertus héroïques, Mère Clara Andreu y Malferit, religieuse ayant vécu sur l’île de Majorque au tournant des XVIe et XVIIe siècles; Júlio Emílio Alberto De Lombaerde, prêtre et fondateur de plusieurs congrégations; Sœur Maria Petra Giordano, religieuse dominicaine au monastère de Santa Maria del Sasso à Bibbiena en Toscane; Mère Maria Teresa Tallon, fondatrice de la Congrégation des Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée; et Mère Maria Agnese Tribbioli, fondatrice de la Congrégation des Pieuses Ouvrières de Saint-Joseph.

    Juan Torres Torres et 19 compagnons tués pour leur foi

    Au moment de leur martyre, survenu entre août et septembre 1936, ces prêtres représentaient environ la moitié du clergé local, qui traversait alors une période très difficile en raison des restrictions croissantes imposées à la liberté de culte à Ibiza. Ces circonstances avaient poussé le diocèse à suspendre les processions pour des raisons de sécurité. Malgré cette attitude prudente, les tensions sociales débouchèrent sur des actes d’hostilité ouverte, tels que la profanation de la paroisse de San Carlos en 1934 et les incendies criminels qui s’ensuivirent. La persécution visait à éradiquer totalement l’identité catholique des îles, allant jusqu’à supprimer le préfixe «San» (Saint en français) des noms des villages. Juan Torres Torres, chef de file de la cause et le plus jeune du groupe, était un jeune homme humble et généreux. La mémoire de son martyre et de celui de ses 19 compagnons est restée vivante toutes ces années au sein de l’Église locale.

    Mère Clara et l’expérience mystique

    C’est sur une autre île espagnole, Majorque, que vécut et mourut Mère Clara Andreu y Malferit. Née le 4 décembre 1596, elle fut conduite à l’âge de sept ans au monastère de Saint-Barthélemy à Inca, dans l’arrière-pays de l’île. Barbara Onofria, tel était son prénom, revêtit l’habit religieux à l’âge de douze ans et prononça ses vœux le 17 février 1613, peu après avoir fêté ses seize ans. Elle se consacra à l’accueil des hôtes et à l’infirmerie du monastère, développant une vie spirituelle profonde et vivant des expériences mystiques extraordinaires qui l’accompagneront tout au long de sa vie.

    À cet égard, l’évêque de Majorque chargea un religieux carmélite de mener une enquête qui donna lieu à plusieurs mesures. La religieuse prit au sérieux les consignes reçues et s’y conforma. Le 16 juin 1628, elle fit savoir à son confesseur que sa maladie serait rapide et demanda à se confesser, comme si c’était la dernière fois. Une semaine plus tard, elle entra en agonie et reçut l’extrême-onction. Elle vécut de manière exemplaire la vertu d’obéissance, notamment lorsqu’elle fut soumise à des enquêtes en raison de ses expériences mystiques: elle accepta tout avec une profonde humilité, se soumettant aux décisions de l’autorité ecclésiastique. Sa réputation de sainteté fait encore aujourd’hui du monastère de Saint-Barthélemy un lieu de pèlerinage.

    Sœur Maria Petra et la formation des novices

    Originaire de Naples et ayant grandi dans une famille profondément dévouée à Notre-Dame de Pompéi et aux écrits de saint Bartolo Longo, Sœur Maria Petra Giordano est née dans la ville parthénopéenne le 4 juillet 1912. Après le déménagement de sa famille à Rome, en raison des divergences de son père avec le régime politique, la religieuse a fréquenté l’église de Santa Maria sopra Minerva, où elle comprit sa vocation à la vie religieuse et demanda à entrer au monastère dominicain de Santa Maria del Sasso, près de Bibbiena, en Toscane. Là, après avoir obtenu une dérogation du Saint-Siège en raison de son jeune âge, elle fut nommée maîtresse des novices, puis devint également prieure de la communauté. Sa mort ayant eu lieu le 21 juin 2006, la cause peut s’appuyer sur de nombreux témoignages de visu. La religieuse a vécu toute sa vie en s’inspirant de l’Évangile.

    Mère Marie-Thérèse et le réconfort apporté aux migrants et aux malades

    Le pape Léon XIV déclare vénérable la fondatrice religieuse américaine Mary Teresa Tallon

    Mère Marie-Thérèse Tallon, fondatrice de la Congrégation des Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée, était originaire du hameau de Hanover, près d’Utica, dans l’État de New York. Née le 6 mai 1867, fille d’immigrés irlandais, elle confia très jeune à sa mère son désir d'appartenir entièrement à Dieu. Malgré certaines réticences de la part de sa propre famille, elle fut accueillie au sein de la Congrégation des Sœurs de la Sainte-Croix et de Notre-Dame, dans l’État de l’Indiana. À San Francisco, où elle avait été affectée, une épidémie de diphtérie éclata, et la religieuse fut contaminée en s’occupant des malades. Même pendant son hospitalisation, elle continua à rendre visite aux autres patients et à les réconforter. Une fois guérie, elle reprit l’enseignement à la paroisse Saint-Paul à Manhattan. C’est précisément là que, en 1908, mûrit en elle l’appel à fonder une nouvelle communauté religieuse de femmes «contemplatives dans la rue»: les Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée. En 1951, à l’âge de 84 ans, elle accepta avec obéissance de quitter la direction de la congrégation. Le 10 février 1954,une grave chute lui causa des infirmités qui l’emportèrent le 10 mars suivant. Toute l’existence de cette religieuse fut centrée sur Dieu et sur la mission d’instruire les enfants et les adultes les plus délaissés.

    La mission de Júlio Emílio Alberto De Lombaerde

    Originaire du village de Beveren-Leie, en Belgique, Júlio Emílio Alberto De Lombaerde était un prêtre ordonné de la Congrégation des Missionnaires de la Sainte Famille. Il est né le 7 janvier 1878. Il est le fondateur de la Congrégation des Filles du Cœur Immaculé de Marie, de la Congrégation des Missionnaires de Notre-Dame du Saint-Sacrement et de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Sacrement. Vers l’âge de dix-sept ans, en écoutant l’homélie d’un évêque africain, il mûrit le désir de devenir missionnaire, qu’il concrétisa en entrant comme postulant dans la Société des Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Il partit alors pour Maison-Carrée, près d’Alger, puis revint en Belgique en 1910, où ses supérieurs lui confièrent la mission de fonder et de diriger l’École apostolique de Wakken. En septembre 1912, il s’embarqua pour le Brésil, où il s’installa pour se consacrer au ministère pastoral, à l’enseignement et à la catéchèse dans les régions les plus reculées de l’Amazonie. Le 19 août 1941, il reçut la nationalité brésilienne et, lors de la cérémonie, en présence des autorités civiles, il évoqua l’amour qu’il portait à ce pays. Le 24 décembre 1944, alors qu’il se rendait à Vargem Grande, il fut victime d’un grave accident de la route qui lui coûta la vie.

    Mère Maria Agnese et la charité en pleine guerre

    Enfin, l’histoire de Mère Maria Agnese Tribbioli, née à Florence le 20 avril 1879 sans être reconnue par son père biologique. En raison des difficultés économiques de sa famille, elle fut envoyée au Patrocinio di San Giuseppe, où sa vocation mûrit jusqu’à ce qu’elle prononce ses vœux religieux. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et d’autres difficultés ont convaincu la religieuse de quitter l’œuvre et de fonder la Congrégation des Pieuses Ouvrières de Saint-Joseph, qui a été accueillie dans le diocèse d’Imola. De nombreuses initiatives caritatives ont été menées au cours de la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquelles l’accueil d’un groupe de Juifs et l’affrontement qui s’ensuivit avec les soldats allemands. C’est pour cet engagement qu’elle sera reconnue, après sa mort, comme «Juste parmi les Nations». En 1958, elle commença à souffrir de problèmes cardiaques, qui l’emportèrent six ans plus tard, le 27 février 1965, à l’âge de 85 ans. La religieuse a vécu sa foi en la traduisant en de nombreuses œuvres de charité, s’inspirant notamment du style pauvre et simple de saint François d’Assise.

  • Dom Guéranger (1805 - 1875) - Le refondateur (KTO)

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    De KTO TV :

  • Quand Léon XIV célèbre « le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée »

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 17 juin 2026

    Catéchèse. Le Voyage apostolique en Espagne

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

    Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

    Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

    En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

    À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

    J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

    C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

    Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

    Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

  • Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

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    De Ruadhan Jones sur le Catholic Herald :

    Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

    Un débat transatlantique persiste quant à la question de savoir si les États-Unis ou l'Europe sont plus riches. Il est surprenant d'observer ce phénomène, non pas parce que les arguments sont déraisonnables, mais parce qu'il illustre parfaitement une tendance à se focaliser sur les détails au détriment de l'essentiel. Les deux camps sont exceptionnellement riches ; pourtant, leurs citoyens semblent nourrir un profond mécontentement. Ils refusent d'avoir des enfants, la consommation de drogue explose et le discours politique et social est marqué par une violence et des manifestations croissantes, pour ne citer que quelques indicateurs. Ce constat a été relevé par Dan O'Brien, économiste en chef de l'Institut des affaires internationales et européennes, qui a suggéré que le décalage entre richesse financière et satisfaction des individus est dû à la consultation compulsive d'informations anxiogènes. J'estime, quant à moi, qu'en analysant les données de cette manière, O'Brien met involontairement en lumière l'une des caractéristiques clés du déclin civilisationnel, tel que décrit par G.K. Chesterton, journaliste et converti au catholicisme du XXe siècle.

    Dans son ouvrage « L'Homme éternel », Chesterton, analysant le déclin de l'Empire romain, affirme : « Le désespoir ne réside pas dans la lassitude de la souffrance, mais dans la lassitude de la joie. C'est lorsque, pour une raison ou une autre, les biens d'une société cessent d'être bénéfiques que la société commence à décliner. » Ceci explique comment il est possible que nous soyons, selon la plupart des critères modernes, heureux – c'est-à-dire matériellement prospères – et en même temps profondément déprimés. Le bienfait des sociétés occidentales modernes résidait dans un niveau de prospérité et de confort inimaginable pour nos ancêtres. Que ce soit à gauche ou à droite, socialistes ou libertariens, le confort économique et matériel a été au cœur de nos débats politiques. Or, ce critère essentiel n'est plus pertinent ; dans une société comme la nôtre, suggère Chesterton, il sera difficile de mesurer le déclin, car ce sont les biens qui se détériorent. C'est un peu comme admirer une récolte de pommes en apparence saine, sans savoir qu'elles pourrissent de l'intérieur.

    Mais pourquoi se sont-elles dégradées ? Qu'est-ce qui a provoqué le déclin d'une société forte et prospère, devenue en apparence toujours forte et prospère, mais profondément malheureuse ? Chesterton apporte une réponse convaincante : la mythologie de cette société, source de ses idéaux, est morte. Il en fut de même à Rome, où les mythes fondateurs de l'empire s'estompèrent peu à peu, à mesure que l'on comprit qu'il ne s'agissait pas d'une véritable religion ancrée dans la réalité, mais de mythes à rejeter ou à instrumentaliser à des fins personnelles.

    On pourrait dire la même chose, me semble-t-il, du mythe fondateur de notre époque : le libéralisme, avec sa promesse de libertés absolues et de bonheur humain pour la figure mythique de l’individu libéral. Le libéralisme promettait que nous pourrions poursuivre ce qui nous rendait heureux, car l’homme déterminerait ses propres fins, et que l’ordre politique garantirait un équilibre entre les besoins conflictuels sans préjugés.

    Mais cette situation a dégénéré – soudainement d'un point de vue laïque, inévitablement d'un point de vue de droit naturel – en une politique identitaire factionnelle. On a renoncé à jouer la carte de la neutralité et de l'équilibre, pour se tourner plutôt vers ce qui semblait être la promesse centrale du libéralisme : la liberté absolue d'assouvir nos désirs personnels. « Les hommes recherchent des péchés plus étranges ou des obscénités plus choquantes pour stimuler leurs sens blasés… ils tentent de se donner à cœur joie », écrivait Chesterton à propos de Rome. Il aurait tout aussi bien pu écrire à propos de Londres ou de Dublin en 2026, tant ces villes sont gangrenées par la toxicomanie, les perversions sexuelles, la corruption financière et la cupidité. Chesterton savait que la mort d'un mythe laisse un vide qu'il faut combler.

    Ce qui est absurde pour Rome, comme pour nous, c'est que notre civilisation actuelle se meurt au moment même où elle n'a jamais été aussi forte. La culture occidentale, grâce à l'hégémonie américaine dans ce domaine, est devenue la force dominante à travers le monde. Chacun aspire à la prospérité que nous avons atteinte. Même la Chine, pourrait-on dire, est plus occidentale qu'orientale dans sa vision du monde, ayant assimilé la doctrine de cette hérésie quasi-chrétienne qu'est le marxisme. Les parallèles avec la Rome de Chesterton sont, une fois de plus, frappants. « Il ne restait plus rien qui puisse conquérir Rome », écrit-il, avant d'ajouter : « mais il ne restait plus rien non plus qui puisse l'améliorer. »

    Autrement dit, rien de propre à la religion ne pouvait l'améliorer ; à moins d'y ajouter un nouvel ingrédient pour la renouveler. À cet égard, les Romains furent chanceux, car le Christ vint combler le vide avec une foi qui était, comme J.R.R. Tolkien l'expliquait à C.S. Lewis, un véritable mythe. Tandis que la plupart des religions faisaient un compromis avec Rome, offrant nominalement leur obéissance au divin César en échange de la liberté de culte, une petite secte commença à semer le trouble, refusant cette tolérance superficielle au profit de la vérité. Qu'obtinrent-ils en récompense ? D'abord la persécution, mais finalement la réhabilitation.

    Comme l'ont soutenu Chesterton, et après lui le célèbre historien Christopher Dawson, le christianisme possède un pouvoir de régénération unique. Dawson le considère comme la caractéristique essentielle de la culture occidentale, par opposition aux autres grandes civilisations : sa capacité à renaître et à se renouveler de l'intérieur, en équilibrant les forces statiques et dynamiques. Comment cela est-il possible ? Grâce à l'espoir qui réside en nous, « errant, extravagant, excessivement attaché à des chances fugaces », écrit Chesterton. Ainsi, tandis que le reste du monde se querelle au sujet du PIB, nous savons que les problèmes sont plus profonds et que la solution, elle aussi, ne réside pas dans l'économie, mais dans la foi. C'est seulement par un retour au Christ que l'Europe « renouvellera sa jeunesse comme l'aigle », comme elle l'a fait tant de fois déjà.

  • Saint Jean-François Régis : les greniers de Dieu sont toujours pleins

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    Jean-François Régis rappelle que les greniers de Dieu sont toujours pleins

    Mort en 1640 à Lalouvesc d’un refroidissement attrapé en parcourant en plein hiver les monts du Vivarais afin d’en ramener au catholicisme les paysans séduits par la Réforme protestante, le jeune jésuite Jean-François Régis est à bon droit vénéré comme l’apôtre de ces contrées désolées par les conflits religieux, les révoltes, les pestes et la disette. L’on oublie cependant souvent qu’en dehors des périodes de missions, il consacra une bonne partie de sa vie à sauver les femmes que la misère forçait à la prostitution. Cet apostolat décrié lui valut maints déboires et insultes, voire plusieurs tentatives de meurtre, mais aussi des grâces qui assurèrent, de son vivant, sa réputation de thaumaturge.

    Les raisons d'y croire

    • À dix-huit ans, alors qu’il sait depuis longtemps qu’il a la vocation, il acquiert la certitude, après une période de discernement, qu’il doit rejoindre la Compagnie de Jésus. Régis n’agit donc pas sur un coup de tête, mais fait preuve de prudence et de sagesse. Cependant, même si ce choix peut sembler normal, puisqu’il a été élevé chez les jésuites de Béziers, il ne les choisit point par facilité ou par sentimentalisme, mais parce qu’il admire leur capacité à se donner entièrement à Dieu.
    • Il devra maintes fois aller à l’encontre de son tempérament et de son éducation pour accomplir ce qu’il estime être les vues de Dieu sur lui. Il faut qu’il soit très sûr de sa vocation pour tenir dans un choix qui l’expose aux reproches de sa propre famille et des mondains qui tourneront sa sainteté en ridicule.
    • L’apostolat auprès des prostituées a mauvaise presse, car il expose aux tentations de la chair et provoque la colère des souteneurs et des clients qui deviennent facilement violents et menaçants. Au moins à trois reprises, il est victime de guet-apens et de tentatives d’attentats de la part d’hommes auxquels il a arraché une jeune fille et qui veulent le tuer. Se consacrer à cette œuvre est d’autant plus méritoire qu’elle donne peu de satisfactions et beaucoup d’ennuis. Régis le sait, car il va en expérimenter tous les désagréments, mais sans renoncer. « Ma vie est de gagner des âmes à Dieu ! », explique-t-il.
    • L’argent manque souvent, en raison de l’extrême misère de la région, ruinée par la guerre civile et les épidémies. Il faut parvenir à assurer le quotidien du Refuge, qu’il a fondé à l’intention des filles perdues, et du Bouillon, une soupe populaire qui nourrit des centaines de pauvres. Il est aidé par Marguerite Cornilhon. Un jour, celle-ci lui déclare qu’il n’y aura rien à manger, car les réserves de la maison sont totalement épuisées. Sans s’émouvoir, Régis lui déclare qu’elle a mal regardé et que le cellier regorge de provisions. Quand elle y va voir, non sans avoir dit qu’elle a bien vu ce qu’il en était, elle constate, stupéfaite, qu’il a dit vrai et que l’on ne manque de rien. Comme elle s’étonne, Régis répond : « Ma fille, les greniers de Dieu sont toujours pleins. »
    • En effet, sa réputation de thaumaturge est déjà très forte de son vivant. Les sources anciennes sur sa vie (notamment la biographie écrite par le jésuite Jean de La Broüe en 1644) rapportent des miracles de « connaissance des cœurs ». De nombreux pénitents expliquent que Régis leur rappelait avec précision des péchés qu’ils n’avaient pas mentionnés.
    • Régis possède aussi une réputation extraordinaire de convertisseur. Des ennemis de l’Église ou des personnes vivant publiquement dans le péché changent de vie après une seule rencontre avec lui. Ses contemporains sont frappés par l’effet immédiat de sa parole sur les consciences. L’extraordinaire fécondité de son apostolat et les conversions en masse qui accompagnaient ses missions sont dûment attestées.
    • Après sa mort, à Lalouvesc, son tombeau devient rapidement un centre de pèlerinage. De très nombreuses guérisons y sont rapportées pendant près d’un siècle. Ces récits alimentent son procès de béatification, puis de canonisation. Les archives ecclésiastiques mentionnent des guérisons de paralysies, de cécités et de maladies chroniques, toutes attribuées à son intercession. L’Église n’a pas accepté indistinctement tous les récits miraculeux, mais une sélection critique a été opérée : sur huit miracles proposés, le médecin pontifical Giovanni Maria Lancisi n’en a admis que deux comme réellement inexplicables, lesquels furent retenus pour la canonisation.

    En savoir plus

    Né à Fontcouverte, dans l’Aude, le 31 janvier 1597, Jean-François est le second fils de Jean Régis, un hobereau qui vit des terres familiales depuis qu’il a renoncé au métier des armes, et de Madeleine d’Arse. Rien, au contraire, ne le prédispose à choisir l’état religieux. Dans la famille, l’on est plus disposé à défendre les intérêts de l’Église les armes à la main que par la parole et la douceur évangélique. Pourtant, après ses études chez les jésuites de Béziers, il choisit de rejoindre la Compagnie de Jésus en 1617. Il est ordonné avec un an d’avance, en 1630, le dimanche de la Trinité.

    D’emblée, il ne cache pas être attiré par l’exemple héroïque de Louis de Gonzague, mort en soignant les pestiférés, et ceux des pères morts martyrs dans les missions lointaines en allant porter l’Évangile aux païens. Son rêve est de donner sa vie pour le Christ et le salut des âmes. Mais ses supérieurs refusent de le laisser devenir aumônier auprès des pestiférés de l’hôpital, comme il le demandait, et l’envoient occuper un poste d’enseignant au Puy. Obéissant, il l’accepte. On lui dit : « Le Vivarais sera votre Canada ! » ; et il décide de se donner pleinement à cette mission en apparence moins exaltante.

    Il se réjouit surtout de pouvoir ramener au catholicisme les populations du Vivarais, qu’il édifie par sa charité. Son zèle apostolique et sa témérité le poussent à s’aventurer en plein hiver dans des montagnes désolées malgré les loups, les brigands, les précipices et les dangers de toutes sortes... Si on lui reproche son imprudence, il affirme que Dieu le protégera aussi longtemps qu’il sera utile à son service. Il édifie ses contemporains par ses longues stations nocturnes dans des églises glaciales pour vénérer le saint sacrement. Très vite, l’on s’aperçoit qu’il possède des dons de thaumaturge, de lecture dans les âmes et de prédiction de l’avenir. Les foules accourent quand on annonce : « Voici le saint qui passe ! »

    Il est convaincu qu’il mourra jeune et s’en réjouit. C’est dans ces dispositions d’esprit et avec la certitude qu’il n’en reviendra pas qu’il part prêcher une mission dans les environs de Lalouvesc en décembre 1640. Une nuit passée à la belle étoile par un froid glacial porte un coup fatal à sa santé, déjà chancelante. Il refuse de se reposer et confesse jusqu’au bout dans une église glacée. Il meurt d’une pneumopathie le 31 décembre au terme d’une douloureuse semaine d’agonie, heureux car il voit Jésus et Marie venir au-devant de lui pour lui ouvrir le séjour du bonheur éternel.

    Son corps reste à Lalouvesc, qui lui élève une splendide basilique, malgré le désir des Jésuites de le ramener au Puy. Il est canonisé en 1737.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Jean de La Broüe, La Vie, les vertus, les miracles du R.P. Jean-François Régis, Le Puy, 1650.


    En complément

  • Saint Jean-François Régis, le "marcheur de Dieu" (16 juin)

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    Du site des Jésuites de l'Europe Occidentale Francophone :

    Saint Jean-François Régis (1597-1640) : biographie par le sanctuaire de Lalouvesc 

    Le saint “marcheur de Dieu” 1597-1640

    Saint Régis

    Jésuite français né à Fontcouverte dans l’Aude, Jean-François Régis est le saint patron des jésuites de la Province de France. Sa vie témoigne de la vitalité des premiers jésuites “missionnaires de l’intérieur” qui parcourent montagnes et vallées pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.

    Le nom de Régis reste lié à celui de Lalouvesc, petite ville d’Ardèche, où il est mort d’épuisement. Depuis les pèlerins ne cessent de venir…

    Qui était saint Jean-François Régis ?

    Régis naît à Fontcouverte en Languedoc en 1597. Son nom de famille va devenir grâce à lui un prénom. La France sort des Guerres de Religion et connaît un vrai printemps d’Église, avec des saints comme François de Sales ou Vincent de Paul.

    Avec “un visage épanoui, un abord gai, riant, franc et familier”, sans parler de son mètre 92, c’est une vraie force de la nature, ce qui lui permet d’intervenir, vigoureusement au besoin, pour fermer la bouche des blasphémateurs, pour défendre des prostituées du Puy contre leurs souteneurs, ou simplement pour parcourir sans relâche les montagnes du Vivarais, des Cévennes et du Velay. Sa ferveur mystique impressionnait : “On aurait dit qu’il respirait Dieu seul … “, de même la chaleur de son accueil pour les montagnards venus par temps de neige à sa rencontre : ” Venez, mes enfants, je vous porte tous dans mon cœur “.

    Au Puy, ” le père des pauvres ” n’arrête pas d’hôpital en prison, de taudis en soupe populaire, de lutte contre le chômage ou le marché noir en maison d’accueil … Et grâce à lui, parfois, la fille de rue devient dentellière!

    Il y laissera sa santé et sa vie. C’est dans ce pays de rude climat, pour apporter à ses “enfants” montagnards la parole de Dieu, qu’il mourut de froid et d’épuisement, un 31 décembre, à Lalouvesc où l’on vient aujourd’hui encore en pèlerinage.

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  • 13 juin 313 : promulgation de l'Edit de Milan

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    Le document qui a changé l'histoire du christianisme

    Une lecture de l'évènement, éventuellement sujette à discussion, est proposée par Zenit.org sous la signature de Mgr Vitaliano Mattioli :

    L’Edit de Milan, de 313, par lequel l’empereur Constantin (306-337) reconnut la liberté de culte à la religion chrétienne, fête ses 1700 ans cette année.

    Mais quelle est l'actualité de l'Edit de Milan? Explications de Mgr Vitaliano Mattioli, professeur à l’Université pontificale urbanienne et vice-président de l’Institut pontifical Saint-Apollinaire.

    « Selon les sources historiques, Jésus est probablement mort aux alentours de l’an 30 en Palestine qui, depuis l’an 64, était sous la protection de l’empire romain. Cette année-là, le gouverneur (représentant de l’empereur) était Ponce Pilate (26-36), qui signa la condamnation à mort de Jésus.

    Il était d’usage à l’époque que les gouverneurs envoient à Rome un rapport officiel sur ce qui se passait dans la région qui leur était confiée, comme le rapporte le tout premier historien du christianisme, Eusèbe de Césarée (260-340), dans son Histoire Ecclésiastique: « Pilate, En vertu d'une ancienne coutume, qui imposait aux gouverneurs des nations de transmettre les nouvelles au titulaire du pouvoir royal, pour qu’ils soient au courant de tout, a informé l’empereur Tibère… » (II, 2, 1).

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  • En Chine, les catholiques sont durement persécutés par le régime communiste

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    De Victoire Lemoigne sur le site de La Nef :

    En Chine, une Eglise souffrante et divisée

    Les catholiques chinois sont durement persécutés par le régime communiste depuis l’origine et cela ne s’estompe pas malgré « l’accord secret » de 2018. Explication de la situation avec un détour par l’histoire.

    Quand Mao Zedong proclame la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, l’Église catholique compte un peu plus de 3,2 millions de fidèles et quelque 2600 prêtres chinois. À sa mort, en 1976, l’Osservatore romano dresse un bilan catastrophique : il n’en resterait plus que 500 ou 600. Entre-temps, le régime avait imposé à toutes les confessions le modèle des « trois autonomies », autonomie de gouvernement, de financement, d’apostolat. Traduction : couper chaque Église de ses racines étrangères, c’est-à-dire de Rome. Le 2 août 1957, l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) voit officiellement le jour. Sa déclaration fondatrice exalte le « patriotisme comme devoir sacré et commandement de Dieu », dénonce le Vatican comme « traditionnellement anticommuniste, antipopulaire, antisocialiste » et proclame l’indépendance de l’Église de Chine vis-à-vis du Saint-Siège. Dès l’année suivante, l’APCC procède à des sacres épiscopaux sans mandat pontifical. Ces évêques, « validement ordonnés mais illégitimes », sont excommuniés ipso facto. Une ligne de partage s’établit pour des décennies : d’un côté l’Église « officielle », inféodée au Parti ; de l’autre, l’Église « clandestine », fidèle à Rome, acculée à la prison ou à la disparition.

    Lire la suite sur le site de La Nef

  • La dévotion au Sacré-Cœur : bref historique

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    De sur le NCR :

    La dévotion au Sacré-Cœur : un bref historique

    Découvrez cette dévotion si chère à nos cœurs.

    En un sens, la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus commence lorsque le cœur de notre Sauveur fut transpercé d'une lance et que du sang et de l'eau en jaillirent. Cependant, ce n'est qu'aux XIe et XIIe siècles que cette dévotion commença à se structurer et à se développer dans les monastères bénédictins et cisterciens, grâce à certains saints bien connus. 

    • Saint Bernard de Clairvaux a inspiré de nombreuses personnes à voir le Sacré-Cœur comme source de notre amour pour Dieu. Saint Bonaventure, saint François d'Assise et sainte Gertrude vouaient eux aussi une profonde dévotion au Sacré-Cœur.
    • Le XVIIe siècle marque le début d'un développement majeur de la dévotion au Sacré-Cœur. Saint François de Sales contribue à promouvoir cette dévotion par ses écrits spirituels centrés sur la relation intime entre Dieu et l'humanité, et en cofondant l'Ordre de la Visitation de Sainte Marie, la communauté religieuse à laquelle appartint plus tard sainte Marguerite-Marie Alacoque, « Apôtre du Sacré-Cœur ».
    • Saint Jean Eudes, fervent fondateur de la dévotion aux cœurs de Jésus et de Marie, a écrit le livre Le Sacré-Cœur de Jésus et a promu la première fête du Sacré-Cœur, célébrée à Rennes, en France, le 31 août 1670.
    • La dévotion se répandit dans toute l'Église lorsque Jésus apparut à sainte Marguerite-Marie Alacoque le 16 juin 1675, durant l'octave de la Fête-Dieu. Jésus demanda que la solennité du Sacré-Cœur soit célébrée le vendredi suivant l'octave de la Fête-Dieu « en réparation de l'ingratitude des hommes envers le sacrifice que le Christ a accompli pour eux ». Il fit également douze promesses concernant son Sacré-Cœur.
    • En 1856, le bienheureux Pie IX en fit une fête universelle pour l'Église et consacra le genre humain tout entier au Sacré-Cœur de Jésus. En 1899, Léon XIII exhorta chacun à la dévotion et à la consécration personnelle au Sacré-Cœur de Jésus dans son encyclique Annum Sacrum .
    • Depuis lors, les papes ont écrit des encycliques promouvant le Sacré-Cœur et la consécration universelle et individuelle, notamment Dilexit Nos du pape François en 2024.
     
  • Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

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    De Marc McGinness sur le Catholic Herald :

    Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

    Aujourd'hui, 10 juin, pour le centenaire de la mort d'Antoni Gaudí, le pape Léon XIV a célébré une messe solennelle et consacré la tour de Jésus-Christ, la dernière et la plus haute des 18 tours alvéolées de la basilique. Avec ses 172,5 mètres, elle fait de la Sagrada Família l'église la plus haute du monde.

    Le plus grand élément restant à réaliser est la Façade de la Gloire, qui racontera l'histoire de la Résurrection à travers 100 figures sculptées. Sa réalisation pourrait prendre jusqu'en 2035.

    Lors d'une messe célébrée un dimanche de 2023, Peter Stanford décrit la scène comme « baignée de couleurs, qui déferlaient de toutes parts… À l'est, où se dresse la façade de la Nativité, le vert symbolise la fertilité et le bleu la lumière du matin. À l'ouest, autour de la façade de la Passion, les teintes orangées et dorées sont traversées par le rouge du sang versé par Jésus… Et de la façade de la Gloire, encore inachevée, derrière nous, au sud de la nef, un blanc éclatant vient s'ajouter à cette palette. »

    Il avait résisté à toutes les tentatives de l'enrôler dans le processus politique, malgré de nombreuses provocations. Il parvint néanmoins à se faire arrêter – une fois – en septembre 1924. Alors qu'il se rendait à la messe commémorative des Catalans tués lors du siège de Barcelone (1713-1714), il fut interpellé par la Guardia Civil. Interrogé en espagnol, il répondit en catalan. On lui proposa la liberté s'il parlait espagnol, mais il refusa. C'est ainsi que cet homme de 72 ans fut arrêté. Il fut libéré à midi après que Mgr Gil Parés, de l'église, eut payé l'amende. Comme le dit Stanford, il n'en sortit pas victorieux. Il était anéanti.

    L'église avait été épargnée par les manifestants et les émeutiers durant les décennies troubles précédentes, mais en juin 1936, la foule l'envahit, « détruisant les maquettes de Gaudí et brûlant le moindre morceau de papier ». Se tournant ensuite vers la crypte, ils ouvrirent et dispersèrent les restes de l'esprit originel à l'origine de la future basilique, José María Bocabella. Puis ils renversèrent la pierre tombale de Gaudí. Par chance, son cercueil resta intact.

    Qui était cet homme que l'on qualifie aujourd'hui de star de l'architecture ? Né le 25 juin 1852 à Reus ou Riudoms, dans le quartier de Baix Camp, il était le benjamin des cinq enfants de Francesc Gaudí i Serra, chaudronnier, et de son épouse, Antònia Cornet i Bertran. Le lendemain, il fut baptisé Antoni Plàcid Guillem Gaudí i Cornet.

    La maladie lui fit perdre son enfance et, même après ses études, il passa la majeure partie de son service militaire en congé maladie. Cela lui permit néanmoins de poursuivre ses études. Il obtint son diplôme d'architecture en 1878. À l'Exposition universelle de Paris de la même année, il réalisa une vitrine pour le fabricant de gants Comella, qui impressionna tellement l'entrepreneur catalan Eusebi Güell que celui-ci lui commanda certaines de ses œuvres les plus remarquables : des caves à vin, un pavillon, le palais et le parc Güell, ainsi que la crypte de l'église de la Colònia Güell.

    En 1883, il fut chargé de la construction d'une église à Barcelone : le Temple Expiatori de la Sagrada Família (« Temple expiatoire de la Sainte Famille »). À son arrivée, il n'hérita que d'une crypte à moitié achevée et des plans de Francisco de Paula del Villar pour une grande église néo-gothique sans grand intérêt architectural. En 1887, la crypte était terminée et ouverte à la messe quotidienne. En 1914, le nonce apostolique Francesco Ragonesi vint visiter Gaudí et son église et la qualifia de « magnifique poème sculpté dans la pierre ». Gaudí répondit avec lyrisme : « Quel homme ne se sentirait pas poète avec l'église à ses côtés ? »

    Son travail sur la façade de la Nativité semble puiser son inspiration non seulement dans le modernisme – la version catalane de l'Art nouveau – mais aussi dans des éléments classiques, gothiques et baroques. Le souci du détail est extraordinaire : le veilleur de nuit, Josep, est inspiré de Judas Iscariote ; Ponce Pilate, d'un chevrier du coin ; la Vierge Marie, de la sœur d'un maçon. La même attention est portée aux figures animales. Gaudí confia à son premier biographe, Joan Bergós : « Chacun trouvera quelque chose dans l'église. Les paysans y voient des coqs et des poules, les scientifiques les signes du zodiaque, les théologiens la généalogie de Jésus, mais l'explication, la raison d'être de tout cela, seuls les érudits la connaîtront, et elle ne doit pas être divulguée. »

    Dans les années qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale, la principale contribution de Gaudí – outre la façade de la Nativité – fut la réalisation de maquettes complexes indiquant à quoi ressemblerait la basilique une fois achevée. À l'échelle 1/10 et 1/25, deux maquettes en plâtre furent finalement achevées à sa satisfaction en 1923. Les fonds arrivèrent toujours trop lentement pour concrétiser ses ambitions – jusqu'aux années 1980, où des financements internationaux, notamment japonais, commencèrent à affluer. Dès 1926, la construction fut confrontée à de graves difficultés financières. 

    Lorsqu'on lui demandait une date d'achèvement, Gaudí répondait : « Dieu est mon client et Il n'est pas pressé. » Pourtant, comme le souligne Stanford, Gaudí « croyait qu'il était voué à échouer au critère de perfection divin, de la même manière que Job… était condamné à souffrir tout au long de sa vie, quels que soient ses efforts, car il était mis à l'épreuve par son Seigneur, ne connaissant l'amour divin qu'au moment de rencontrer son créateur ».

    Et il connaissait la souffrance. Le jeune homme qui avait perdu sa mère et ses frères et sœurs survivants avant l'âge de vingt ans ; l'adulte qui ne s'était jamais marié ni n'avait connu de relation intime (son unique amour, Pepeta Moreu, avait rejeté le jeune Gaudí après qu'il eut finalement tenté de lui déclarer sa flamme par l'intermédiaire d'une tierce personne). Comme l'ajoute Stanford : « Il se brouillait régulièrement avec ses mécènes ; il était obsessionnel et intransigeant dans le monde de son imagination débordante, cherchant à satisfaire un Dieu exigeant. »

    Stanford brosse un tableau saisissant des derniers jours de Gaudí. Il partait chaque soir de son atelier (qui devint plus tard son domicile) près de la basilique. Jadis élégant, il portait désormais des vêtements usés, « à la fois négligés et délibérés ». Il enfilait de vieilles vestes, souvent rapiécées ou déchirées, les poches pleines de chapelets et de raisins secs ; ses chaussures étaient souvent rafistolées avec de la colle ou de la ficelle.

    Il se rendait à l'oratoire Saint-Philippe-Néri, près de la cathédrale gothique de Barcelone. Il devait assister à un office, puis passer un moment avec son confesseur, le père Lluís Maria de Valls i Riera, avant de retourner à son atelier et de se coucher. Le tramway numéro 30 vrombissait et tintait, s'éloignant de l'Arc de Triomf vers la Plaça de Catalunya. On disait que Gaudí pensait que les tramways devaient céder le passage aux piétons. Il s'est engagé sur sa voie et a perdu connaissance.

    Le conducteur du tramway crut avoir heurté un clochard et s'enfuit. Les trois premiers taxis hélés firent de même. Finalement, un quatrième le conduisit à l'hôpital, passant devant deux de ses créations, la Casa Milà et la Casa Batlló. Le patient inconnu reçut l'extrême-onction. Les jours suivants, entouré de son cousin Josep, de son ami le docteur Alfonso Trias et de quelques collègues de la Sagrada Família, il pouvait à peine parler, mais murmurait parfois : « Jésus, Déu meu . »

    Il mourut à 20h05 le 10 juin 1926 et fut enterré dans la crypte de son magnifique chef-d'œuvre inachevé, la Cathédrale des Mendiants.

    Un siècle plus tard, sa cathédrale est presque achevée. C'est presque miraculeux.

    Lire aussi : Visite guidée de la Sagrada Familia : 5 énigmes divines et trésors cachés

  • L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    Pères de la Rédemption, tirés de Corsaires barbaresques  (New York : Putnam, 1902) Kelley, JD Jerrold (James Douglas Jerrold) (1847-1922), Auteur. Lane-Poole, Stanley (1854-1931), Auteur.

    La mémoire sélective ne rassemble pas les peuples, mais alimente les ressentiments mêmes qu'elle prétend apaiser.

    Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Le texte a été adopté par 123 voix contre 3, avec 52 abstentions, dont la France, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et la plupart des pays européens. Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre.

    La portée symbolique de cette résolution est considérable. Nul ne saurait contester que la traite transatlantique des esclaves constitue l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité. Pendant plusieurs siècles, des millions d'Africains ont été déportés vers les Amériques dans des conditions épouvantables, réduits à l'état de marchandises et intégrés à un système économique fondé sur leur déshumanisation. La mémoire de ce crime mérite d'être reconnue et transmise.

    Mais c’est précisément parce que l’histoire de l’esclavage est trop grave pour être instrumentalisée qu’il nous faut questionner les présupposés idéologiques qui sous-tendent cette résolution. Car le caractère controversé du texte ne réside pas dans sa condamnation de la traite transatlantique, mais dans ce qu’il omet.

    En qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave » des crimes contre l'humanité, l'ONU semble établir une hiérarchie morale entre les atrocités historiques, comme si certaines souffrances pouvaient être considérées comme supérieures à d'autres et comme si l'on pouvait mesurer objectivement l'horreur et déclarer qu'un crime surpasse tous les autres. Cette formulation explique en partie les nombreuses abstentions européennes, pour qui, pendant de longues années, l'Holocauste a été érigé en symbole ultime de la barbarie humaine. Indépendamment de la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, dont les motivations peuvent être suspectes, plusieurs États ont fait valoir qu'il n'appartenait pas à l'ONU d'établir une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Devrions-nous placer Auschwitz et Kolyma, le génocide arménien et le génocide des Tutsis au Rwanda sur une échelle graduée, comme s'il s'agissait de classer les concurrents dans un concours macabre ?

    Mais la principale difficulté réside ailleurs. Cette résolution ignore complètement l'existence d'autres systèmes esclavagistes qui ont pourtant façonné l'histoire de l'Afrique et du monde pendant plus d'un millénaire.

    La traite négrière arabo-musulmane constitue, à cet égard, un angle mort particulièrement révélateur. Bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines, des réseaux de traite approvisionnaient déjà le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et certaines régions d'Asie. Les historiens estiment généralement que plusieurs millions d'Africains ont été déportés dans le cadre de ce commerce, qui a perduré du VIIe siècle jusqu'au XXe siècle dans certaines régions. Selon les estimations citées dans de nombreux ouvrages historiques, entre 10 et 17 millions d'esclaves auraient été concernés durant cette longue période.

    Ce commerce présentait également plusieurs particularités souvent négligées. Les femmes étaient majoritairement destinées aux harems ou aux travaux domestiques. Les hommes étaient fréquemment castrés avant d'être vendus, ce qui explique en partie l'absence de descendance significative dans les pays concernés et le manque de métissage – contrairement à ce qui s'est passé en Amérique, où le métissage, bien que souvent violent, a néanmoins eu lieu et a donné naissance aux sociétés diverses que nous connaissons aujourd'hui. Le déclin démographique des populations déportées était souvent bien plus marqué dans le monde arabo-musulman.

    À cette réalité s'ajoute une autre dimension longtemps négligée : la participation active de nombreuses puissances et royaumes africains à la capture et à la vente d'esclaves. L'histoire de la traite négrière ne saurait se réduire à une simple dichotomie entre Européens prédateurs et Africains victimes. De nombreux acteurs africains ont été impliqués dans ces systèmes, que ce soit dans le cadre de la traite transatlantique ou des traites orientales.

    Rappeler ces faits ne revient évidemment pas à minimiser la responsabilité européenne. Il s'agit simplement de rétablir la complexité historique. Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute tentative d'élargir la perspective pour englober toutes les formes de la traite négrière se heurte régulièrement à la suspicion. Des historiens, comme le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau, ont payé un lourd tribut à leur carrière universitaire pour avoir mis en lumière ces faits historiques. Ceux qui évoquent la traite arabo-musulmane ou les responsabilités africaines sont fréquemment accusés de vouloir relativiser les crimes occidentaux, voire d'être animés par des motivations idéologiques cachées, semblables à celles de l'extrême droite.

    Cette réaction est devenue quasi automatique, comme si la simple mention d'une réalité historique indiscutable constituait en soi une prise de position politique suspecte. Dans les médias et chez les politiciens, certains récits sont jugés légitimes tandis que d'autres sont condamnés à l'invisibilité. La terrible histoire d'Henry Nowak, dans un tout autre contexte, vient d'en apporter une nouvelle illustration. La question n'est pas si éloignée : George Floyd a été érigé en icône parce qu'il était un descendant des esclaves de la traite transatlantique ; sa mort sous les balles d'un policier blanc a ainsi fait de lui un martyr. Le jeune Nowak, en revanche, appartient à la race des exploiteurs. Il aurait pu mourir en murmurant « Je ne peux pas respirer » sans que personne ne s'en émeuve.

    Cette situation alimente un malaise intellectuel croissant. L'histoire sérieuse ne devrait jamais fonctionner selon une logique de mémoires concurrentes.

    En mai, un débat houleux a eu lieu sur X entre Bally Bagayoko et Marion Maréchal au sujet de l'existence de la traite négrière. Marion Maréchal a rappelé qu'en 2021, des experts de l'ONU s'étaient alarmés de la persistance de formes d'esclavage héréditaire au Mali. Les rapporteurs de l'ONU avaient alors dénoncé les attaques répétées contre les personnes considérées comme « esclaves par descendance » et déploré l'inaction des autorités maliennes. Le nouveau maire de Saint-Denis s'est ainsi vu rappeler que ses origines maliennes de noble lignée, qu'il avait fièrement mises en avant dans les médias, ne constituaient pas un certificat d'innocence civilisationnelle. 

    Pourtant, ce simple rappel historique et contemporain suffit souvent à déclencher des accusations de révisionnisme ou de diversion. Or, les faits demeurent incontestables. L'esclavage n'a jamais été un phénomène exclusivement occidental. Il a existé sur tous les continents et sous des formes très diverses. Certaines de ces formes persistent encore aujourd'hui dans plusieurs régions du monde. 

    Au contraire, l'abolitionnisme, il s'avère, n'est pas universel. C'est précisément cette observation qui est au cœur du dernier essai de Ferghane Azihari, « L'Islam contre la modernité » . L'auteur y avance une thèse qui a suscité une vive controverse dans la presse française : l'abolition de l'esclavage constitue l'un des grands accomplissements moraux de la civilisation occidentale moderne . Azihari souligne que les mouvements abolitionnistes sont nés en Europe et en Amérique du Nord, souvent en contradiction avec des intérêts économiques considérables. Il met également en lumière le fait que de nombreux pays musulmans n'ont aboli l'esclavage que très tardivement, parfois sous la pression diplomatique occidentale. L'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1962, la Mauritanie en 1981. De plus, il observe qu'aucun mouvement de repentance d'envergure, comparable à ceux qui se sont développés en Occident, n'a véritablement émergé dans le monde musulman sur cette question. Azihari soulève une question fondamentale : pourquoi certaines civilisations ont-elles développé les ressources intellectuelles nécessaires pour remettre en cause l'esclavage alors que cette institution était considérée comme normale depuis l'Antiquité ?

    La résolution de l'ONU semble malheureusement s'inscrire dans une tendance inverse, une interprétation qui tend à faire de l'Occident le principal, voire l'unique, coupable de l'histoire de l'esclavage – alors que c'est précisément ce même Occident qui a libéré l'humanité du joug de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est précisément ce que Philippe de Villiers a dénoncé dans les colonnes du Journal du Dimanche . À ses yeux, cette résolution relève d'une vision idéologique du passé où l'Occident devient le bouc émissaire de toutes les fautes historiques , tandis que d'autres responsabilités sont systématiquement passées sous silence.

    L'histoire de l'humanité est tragique. Chaque civilisation a son côté sombre. Aucune n'a le monopole de la barbarie, pas plus que celui de la vertu. Mais toutes n'ont pas contribué de la même manière au progrès moral de l'humanité, et l'Occident n'a rien à gagner à se mépriser pour le bien qu'il a accompli. En proclamant que la traite transatlantique des esclaves constitue « le crime le plus grave contre l'humanité », l'ONU pensait sans doute rendre justice à une mémoire longtemps négligée. Mais en ignorant d'autres formes de traite négrière et en suggérant une hiérarchie entre les atrocités, elle obtient l'effet inverse de celui recherché : la réconciliation par le souvenir. Or, une mémoire sélective ne réconcilie pas les peuples ; au contraire, elle alimente les ressentiments qu'elle prétend apaiser.