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Quand Françoise Romaine (9/3) sauve l’une de ses amies du suicide

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D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

Françoise Romaine sauve l’une de ses amies du suicide

En 1436, devenue veuve et sa famille n’ayant plus besoin d’elle, Françoise peut enfin réaliser ce qu’elle a toujours désiré : mener une vie religieuse. Elle fonde alors une communauté d’oblates qui, par la suite, prendra son nom : les « Oblates de Sainte-Françoise Romaine ». De nombreuses femmes et jeunes filles de son entourage choisissent de la rejoindre. Parmi elles se trouve la fille unique de l’une de ses amies. Si celle-ci accepte d’abord ce sacrifice, les jours passant, la séparation d’avec son enfant devient pour elle de plus en plus insupportable. Persuadée qu’elle ne pourra pas vivre sans sa fille, la malheureuse finit par décider d’en finir avec l’existence…


Les raisons d'y croire

  • La signora Perna Colluzzi appartient, comme sainte Françoise Romaine, à l’aristocratie romaine du XVe siècle. Cela n’est pas nécessairement un gage de bonheur. Les vies de ces femmes se ressemblent souvent : mariage précoce avec un homme qu’elles n’ont pas choisi, déboires conjugaux, naissances nombreuses et rapprochées, souvent suivies de la mort prématurée des enfants… Françoise Romaine a elle-même traversé ces épreuves. Elle en connaît le poids et ne le sous-estime pas, mais, aidée par la grâce divine, elle ne s’est jamais laissée abattre.
  • Françoise Romaine est également connue pour vivre dans la présence constante des anges. Bien que ses proches n’aient pas, comme elle, la faculté de les voir, plusieurs d’entre eux – dont son confesseur, qui s’en porte garant – ont été témoins de leurs interventions. Ils constatent la présence d’un interlocuteur invisible qui agit auprès d’elle et opère des prodiges. Les récits attestés sont suffisamment nombreux pour qu’il soit difficile d’y voir de simples inventions pieuses.
  • Notre première source est la biographie que don Mattiotti écrivit d’elle. Les autorités ecclésiastiques n’ont jamais mis en cause l’authenticité de ce texte ni celle des miracles nombreux qui y sont rapportés. Cette biographie servira d’ailleurs lors de son procès de canonisation. On peut donc tenir pour authentique le fait que Françoise Romaine vit en présence des anges et que ceux-ci interviennent fréquemment dans son quotidien, soit pour l’aider et la secourir, soit pour venir en aide à ses proches.
  • C’est à cette présence angélique qu’il faut attribuer le miracle qui sauve la vie de Perna Colluzzi. Alors qu’elle est en oraison dans la chapelle du couvent, Françoise Romaine voit, « avec les yeux de l’âme », comme si elle se trouvait auprès d’elle, son amie Perna seule dans sa grande maison. Elle la voit pleurer à chaudes larmes sur la séparation d’avec sa fille, sur sa solitude et sa tristesse. Son désarroi est tel qu’il la rend réceptive aux suggestions des esprits mauvais. Françoise se souvient qu’ils ont déjà tenté à plusieurs reprises d’attenter à la vie de ses proches, notamment à celle de sa belle-sœur, avec laquelle elle était très liée, afin de « la pousser au désespoir ». Elle connaît donc bien leur tactique et sait combien elle peut être redoutable chez des personnes fragilisées par l’épreuve.
  • Françoise Romaine voit alors son amie s’emparer d’une dague pour la retourner contre elle-même, persuadée que sa vie n’a plus aucun sens et décidée à se donner la mort – acte tenu pour un grave péché. Françoise comprend en même temps que Perna n’est pas dans son état normal. Dans la vision qui lui est donnée pendant sa prière, elle distingue clairement, aux côtés de son amie, un démon qui lui inspire ces pensées de désespoir. L’esprit mauvais « ricane ouvertement », persuadé d’avoir déjà gagné et de pouvoir bientôt s’emparer de l’âme de la malheureuse.
  • Il ne s’agit pas ici d’un cas de bilocation, comme on en rencontre par exemple dans la vie de Padre Pio lorsqu’il se manifeste, pendant la guerre de 1914, auprès du général Cadorna, qui s’apprête à se suicider, afin de l’en empêcher. L’intervention qui sauve la vie de Perna est d’une autre nature et relève d’une action directe du monde invisible.
  • En effet, au moment où elle va se transpercer le cœur, Perna, revenue à la raison, témoignera avoir senti très concrètement une main invisible se refermer sur son poignet avec une telle force qu’elle lui fait lâcher l’arme et interrompre son geste fatal. Cette poigne est si puissante qu’elle lui arrache un cri de douleur et laisse sur sa peau pendant plusieurs jours la trace visible de cinq doigts.
  • Signe qu’il s’agit d’une intervention angélique, la jeune femme a l’impression d’avoir été brusquement tirée d’un cauchemar. Elle retrouve aussitôt ses esprits, délivrée de ses pensées morbides, et ne comprend plus du tout pourquoi elle a voulu attenter à ses jours.
  • Ce miracle est signalé parmi des dizaines d’autres racontés par le confesseur de Françoise Romaine dans les documents utilisés pour sa canonisation, promulguée le 29 mai 1606 par le pape Paul V. À une époque où, au lendemain de la Contre-Réforme, l’Église examine avec une grande rigueur les phénomènes surnaturels, cette reconnaissance officielle donne un poids particulier à ce témoignage.

En savoir plus

Francesca Bussa (Françoise Romaine) est une aristocrate romaine née en 1384. Malgré son attirance précoce pour le cloître, elle se résigne, par obéissance à son confesseur, à épouser en 1396, comme le veulent ses parents, Lorenzo Ponziani, héritier d’une puissante famille.

Bien que son mari soit charmant et que leur union chrétienne dure quarante ans, Francesca tombe malade de chagrin d’avoir dû renoncer à prendre le voile. Elle semble mourante lorsqu’une apparition de saint Alexis lui demande, de la part de Dieu, si elle préfère mourir ou vivre en endurant de grandes souffrances pour l’amour du Christ et montrer le bien que peut accomplir une vraie catholique, même mariée et mère de famille. Pour consoler Jésus et pour le bien des âmes, Francesca accepte de vivre et guérit.

Dès lors, le monde invisible fait irruption dans son quotidien. Le diable, incapable de séduire une âme indifférente aux choses de la terre et qui jeûne et se mortifie sans relâche, tente par tous les moyens d’entraver sa vie mystique et ses œuvres de charité, allant jusqu’à perpétrer des agressions physiques.

Accablée d’épreuves et de malheurs, dont la mort de ses cadets Gian Evangelista et Agnese, Francesca fait de ces drames un tremplin vers la sainteté. Pour la consoler de la mort de ses enfants, Dieu lui donne le soutien d’un archange qui la guide et la protège des attaques démoniaques avant de laisser, plus tard, lorsqu’elle est entrée en religion, la place à une Domination, ange d’un chœur supérieur dont la seule présence met en fuite les puissances infernales. Elle multiplie alors charismes et miracles.

En 1425, elle fonde une congrégation qui prend le nom d’Oblates de Saint-Benoît. À la mort de son mari, en 1436, elle s’y retire, refusant cependant d’en devenir supérieure et préférant mendier pour les pauvres ou se charger des besognes les plus humbles. Il lui faudra une vision de saint Benoît pour accepter finalement le supériorat.

Au début du mois de mars 1441, elle est atteinte d’un mal contracté au chevet de son fils Gian Battista. Elle prédit alors qu’elle mourra avant la fin de la semaine. Elle s’éteint le jeudi suivant, le 9 mars. Elle est aujourd’hui la patronne de Rome.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Don Giovanni Mattioti : Vita della beata Francesca Romana.


En complément

  • Maria Maddalena del Anguillara : Vita di santa Francesca Romana (un extrait est disponible en ligne, en italien ).
  • Paul V, Bulle de canonisation de sainte Françoise Romaine, Rome, 29 mai 1608. (Document officiel qui authentifie les miracles et la vie de la sainte).
  • Mathilde de Rambuteau : Sainte Françoise Romaine, Lecoffre, 1900.

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