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L'histoire cachée de la crise migratoire de Ceuta

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D'Alberto M. Fernandez sur le NCR :

L'histoire cachée de la crise migratoire de Ceuta

COMMENTAIRE : Ceuta montre comment les flux migratoires peuvent devenir de puissants outils de pression et de manipulation politiques.

Les images ont fait le tour du monde et ont suscité débats, mèmes et désinformation. Des milliers, voire des dizaines de milliers, de jeunes hommes ont afflué vers Ceuta, ville espagnole située sur la côte marocaine. Cet événement a été présenté, ou contesté, comme une histoire de migration incontrôlée, et les événements de Ceuta font assurément partie de ce récit, mais la réalité est bien plus complexe.

Ceuta, ainsi que Melilla, l'autre ville espagnole de la côte africaine, ne sont pas des « territoires occupés » — du moins pas au regard du droit international et des Nations Unies. Elles n'ont jamais fait l'objet de débats sur la décolonisation, et le Royaume du Maroc les a historiquement et juridiquement — même si c'est à contrecœur — reconnues comme territoire espagnol.

Ces deux villes sont les vestiges historiques d'une réalité politique, religieuse et démographique qui a perduré pendant des siècles. À une époque, une unité politique et religieuse unissait les rives nord et sud de la Méditerranée. Cette unité puisait son origine dans l'Empire romain, puis dans l'Église catholique. 

Les conquêtes islamiques du VIIIe siècle ont anéanti cette unité, mais jusqu'au XXe siècle, des dizaines de milliers de catholiques d'origine latine (espagnole, italienne, française, maltaise) vivaient en paix sur la côte nord-africaine – à Oran, Alger, Tunis, dans certaines régions de Libye et à Alexandrie, en Égypte. Toutes ces populations ont disparu au XXe siècle. Elles ont fui (Algérie) ou ont été chassées (Tunisie, Libye et Égypte) par des gouvernements nationalistes. Seules Ceuta et Melilla, sous domination espagnole, demeurent des villes catholiques.

Dans toute l'Afrique du Nord, on peut encore voir les vestiges de cette population catholique autrefois enracinée, souvent sous la forme d'églises transformées en mosquées. Mais parfois, elles ont été converties en écoles ou en commissariats de police, ou tout simplement laissées à l'abandon. 

En Tunisie, la majestueuse cathédrale Saint-Louis de Carthage (consacrée en 1884) fut transformée en salle de concert. À Port-Saïd, en Égypte, la cathédrale latine fut finalement remise à l'Église copte orthodoxe. Quelques édifices sont encore utilisés par les catholiques. 

Dans l'ancien quartier italo-tunisien de La Goulette — où a grandi l'actrice Claudia Cardinale —, l'église blanchie à la chaux Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle date de 1838 et propose la messe en français, en anglais et en espagnol. La plupart des fidèles, peu nombreux, sont des Africains subsahariens résidant temporairement en Tunisie et tentant de rejoindre l'Europe. 

La population catholique espagnole de Ceuta et Melilla (qui comptent chacune environ 80 000 habitants et sont encore majoritairement catholiques, bien que les pourcentages soient en baisse) est plus importante que le nombre de catholiques résidant aujourd'hui au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye réunis. L'afflux de migrants à Ceuta fin juillet a entraîné l'annulation d'une semaine de festivités en août dédiées à Notre-Dame d'Afrique, patronne de la ville, dont l'image gothique du XIVe siècle fut apportée à Ceuta par le prince portugais Henri le Navigateur en 1421. Malgré l'annulation des festivités, la procession de son image à travers la ville devrait avoir lieu le 5 août, jour de sa fête.

L'autre aspect méconnu de la crise migratoire de Ceuta, loin d'être un secret, est la désinformation. De nombreuses campagnes en ligne, menées dans un sens ou dans l'autre, ont été lancées suite à cet incident. 

Dans un premier temps, une coordination en ligne s'est mise en place, via WhatsApp et Facebook, incitant des milliers de jeunes Marocains à converger vers la ville. On ignore encore si le gouvernement marocain, des réseaux de trafiquants, des opposants islamistes au gouvernement marocain, ou une combinaison de ces acteurs, en sont responsables. L'Espagne a officiellement accusé les trafiquants, d'autres ont pointé du doigt le Maroc, tandis que d'autres encore ont dénoncé la politique d'immigration cynique du gouvernement de gauche espagnol.

L'autre campagne en ligne liée aux événements de Ceuta, orchestrée par l'extrême gauche, certains nationalistes d'extrême droite et des partisans de l'Iran et d'autres islamistes, cherchait à accuser Israël et les États-Unis, ainsi que le Maroc. Selon cette théorie du complot, ces trois pays s'opposeraient aux politiques « pro-palestiniennes » ou « anti-impérialistes » du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et auraient cherché à renverser son gouvernement en provoquant un exode massif de migrants. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et l'influenceur américain d'extrême gauche Hasan Piker ont tous deux relayé cette version des faits, le premier avec prudence et le second ouvertement. Avec la montée de l'antisémitisme mondial, l'interprétation antisémite de presque tous les sujets semble être devenue monnaie courante. 

S'il est vrai que certains Israéliens et Juifs occidentaux, très actifs sur internet, se sont réjouis de la situation espagnole, le gouvernement israélien, dans son ensemble, ne l'a pas fait. Israël a d'ailleurs dû assister au spectacle peu glorieux de son ambassadeur à Madrid contraint de rectifier les propos intempestifs de son ambassadeur auprès des Nations Unies. Et, bien sûr, l'afflux de milliers de migrants à Ceuta n'a rien de nouveau ; cela s'est déjà produit en 2021, lorsque plus de 10 000 personnes ont franchi la frontière en 24 heures. L'Espagne, sous le gouvernement socialiste, n'est guère enthousiaste à l'égard de la protection des frontières en général, et le pays a acquis la réputation, méritée, d'être le maillon faible des efforts européens pour contrôler les flux migratoires. 

Le problème des frontières poreuses de l'Espagne ne se limite pas au Maroc. Plus de 11 000 migrants sont arrivés aux Baléares à bord de petites embarcations en provenance d'Algérie ces 18 derniers mois, tandis que des milliers d'autres, originaires pour la plupart de pays subsahariens comme le Sénégal et le Mali, ont débarqué aux îles Canaries. Le gouvernement espagnol les héberge dans des hôtels touristiques avant de les transporter vers le continent. 

Les récentes visites papales en Espagne et à Lampedusa ont souligné le profond intérêt de l'Église pour la question des migrants et leur traitement. Mais Ceuta met également en lumière la facilité avec laquelle les flux migratoires peuvent être, et sont, instrumentalisés non seulement par les pays qui les facilitent, mais aussi par ceux qui les accueillent, par des politiciens cyniques, et par des États et des acteurs malveillants désireux de semer le chaos et de déstabiliser leurs adversaires par tous les moyens.

Commentaires

  • L'auteur de cet article parle d'une certaine "théorie du complot" ...
    Sans pour autant absoudre le gouvernement socialiste espagnol, en train de régulariser la situation de centaines de milliers d'extra-europens en Espagne est-ce vraiment une théorie du complot ?

    Trump ne digère pas le refus de l'Espagne de se joindre à lui lors de sa honteuse guerre en Iran. Idem pour Israël.

    Quant au Maroc, il ne pardonne pas à l'Espagne son timide soutien à certains militants qui défendent un Sahara espagnol, ancienne colonie espagnole, absorbé par le Maroc sans autre forme de procès.

  • L’histoire n’est pas encore écrite et sans tomber dans le complotisme évoqué par mon homonyme, même s’il faut être prudent :

    - on voit circuler sur les réseaux sociaux les images d’un soldat marocain qui jette une pierre volumineuse sur un ressortissant marocain qui est sur le point de rentrer au Maroc.
    - à vérifier aussi : l’affirmation provenant de forces de police espagnoles selon laquelle les candidats à l’exil seraient accompagnés de membres de certains services marocains.
    - on peut aussi, de manière certaine cette fois, voir parmi les candidats réfugiés un influenceur marocain qui mène par ailleurs un grand train de vie (ce qui n’empêche pas principe à vouloir quitter son pays d’origine).

    En tout cas, l’histoire s’inscrit peut-être dans une continuité au niveau d’une volonté du Maroc de récupération des deux enclaves : une discussion à eu lieu entre Hassan II et Adolf Suarez (lointain prédécesseur de Sanchez, dans tous les sens du terme): Hassan II aurait évoqué des faiblesses dans les capacités de Melilla et de Ceuta à de défendre. Ce à quoi Suarez aurait répondu qu’ en cas d’attaque, il faudrait 48 h à l’Espagne pour bombarder Casablanca ou Rabat.

  • Difficile d’accepter l’islam comme faisant partie de ” toutes les religions qui sont un chemin qui mène à Dieu” comme l’a enseigné Bergoglio et comme le confirme aussi Prévost par son comportement.
    https://gloria.tv/post/F8GDsvCy3RoX3jdrNYS18ohyu
    Vidéo - fillettes mariées et enceintes
    Comment pouvoir croire que Nostra Aetate est conforme à l’Évangile et que ”toutes les religions sont un chemin vers Dieu” selon Bergoglio et Prévost ?
    Peut-on nous obliger à croire en Nostra Aetate ?
    https://www.france-catholique.fr/existe-t-il-une-position-catholique-officielle-sur-l-islam.html
    Extraits :
    ”Certaines des critiques les plus acérées sur « Nostra Aetate » ont été exprimées par S.S. Benoît. Dans un article d’octobre 2012 pour « L’Osservatore Romano » il cite une « faiblesse » de « Nostra Aetate » : «on n’y parle de religion qu’en termes positifs, négligeant les formes malsaines et corrompues de religion.”
    .......
    ”Il est réconfortant de constater que, lentement mais sûrement, les autorités de l’Église aient une vision plus réaliste du document Le signe le plus récent de cette évolution est donné par une déclaration de l’Archevêque Mgr. Guido Pozzo, Secrétaire du Conseil Pontifical Ecclesia Dei. Sa déclaration à un journal allemand : « »Nostra Aetate » n’a aucune valeur de dogme, on ne peut demander à quiconque de reconnaître cette déclaration comme dogmatique.» Pour autant que je sache, nul ne l’a contredit là-dessus.”

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