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Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

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Fulton Sheen face au communisme : une réflexion qui conserve une singulière actualité

Parmi les grandes figures catholiques américaines du XXe siècle, Fulton J. Sheen (1895-1979) occupe une place singulière. Évêque, prédicateur, écrivain et remarquable communicateur, il fut aussi l'un des adversaires les plus constants du communisme. Mais son anticommunisme ne se réduisait ni à une dénonciation politique de l'Union soviétique ni à une défense inconditionnelle du système occidental. Pour Sheen, le communisme posait une question beaucoup plus profonde : quelle conception de l'homme voulons-nous défendre ?

C'est ce qui donne encore aujourd'hui un intérêt particulier à ses analyses.

Le communisme, plus qu'un système économique

Dans Communism and the Conscience of the West, publié en 1948, Sheen refuse de considérer l'affrontement entre communisme et Occident comme une simple opposition entre deux modèles économiques ou politiques.

À ses yeux, le véritable conflit est d'abord spirituel et anthropologique. Le marxisme, en réduisant l'homme à ses conditions matérielles et historiques, tend à faire disparaître sa dimension spirituelle et transcendante. Si l'homme n'est plus une créature appelée à une destinée qui dépasse le monde présent, la société peut finir par se considérer elle-même comme l'ultime réalité.

Le danger est alors que l'État, le parti ou l'idéologie prétende déterminer ce que l'homme doit penser, espérer et même désirer.

Pour Sheen, le problème du communisme n'est donc pas seulement ce qu'il fait de la propriété ou de l'économie. Il est ce qu'il fait de la personne humaine.

Mais Sheen ne disculpe pas l'Occident

C'est probablement l'aspect le plus intéressant de sa pensée.

Sheen ne disait pas : « Le communisme est mauvais, donc l'Occident est nécessairement bon. » Il soutenait au contraire que le communisme pouvait trouver un terrain favorable dans les faiblesses mêmes des sociétés occidentales.

Il voyait dans le communisme à la fois un effet et un jugement porté sur l'Occident. Un effet, parce que certaines injustices sociales, certains égoïsmes et l'abandon des exigences chrétiennes pouvaient nourrir la contestation révolutionnaire. Un jugement, parce que le succès d'une idéologie matérialiste révélait aussi quelque chose de la crise spirituelle de sociétés qui se prétendaient chrétiennes.

Cette remarque est essentielle pour comprendre Sheen. Son anticommunisme n'était pas un appel à défendre indistinctement tout ce qui existait en Occident. Il exigeait au contraire de l'Occident qu'il soit fidèle à ce qu'il prétendait être.

On ne combat pas efficacement une idéologie matérialiste par un matérialisme concurrent.

Le danger d'une société qui ne voit plus ce qui lui arrive

Sheen s'intéressait particulièrement à un phénomène qui dépasse largement la question du communisme : la capacité d'une civilisation à devenir progressivement inconsciente de sa propre transformation.

Une société peut, selon lui, perdre ses convictions fondamentales sans avoir le sentiment de les perdre. Les changements se produisent progressivement. Les mots changent de sens, les principes deviennent des opinions, les certitudes sont remplacées par des préférences et ce qui paraissait autrefois évident devient incompréhensible aux générations suivantes.

L'homme ne se rend pas nécessairement compte qu'il abandonne une vision du monde : il croit simplement adopter une nouvelle manière de parler, de vivre ou d'organiser la société.

C'est ici que la pensée de Sheen prend une résonance contemporaine.

Il ne serait évidemment pas sérieux de prétendre que les sociétés occidentales actuelles sont devenues communistes au sens historique du terme. Le communisme soviétique, les régimes marxistes-léninistes et les sociétés occidentales contemporaines sont des réalités très différentes.

Mais la question posée par Sheen demeure : une civilisation peut-elle conserver durablement ses libertés si elle perd les convictions morales et anthropologiques qui leur donnaient leur fondement ?

« Une religion destinée à détruire la religion »

Sheen était également frappé par la dimension quasi religieuse du communisme. Il lui reconnaissait une vision globale de l'existence, une explication de l'histoire, une promesse d'émancipation et même une forme de sacrifice au service d'un avenir meilleur.

Il parlait ainsi d'une « religion sans Croix » et d'une politique qui tend à devenir une religion.

Son intuition mérite d'être entendue avec prudence. Elle ne signifie pas que toute idéologie politique serait une religion au sens propre. Elle signifie plutôt que l'être humain ne renonce pas facilement à chercher un sens ultime.

Si la religion disparaît de l'espace culturel, le besoin de croire, d'espérer, d'appartenir et de se dévouer à une cause ne disparaît pas nécessairement avec elle. D'autres doctrines peuvent alors prétendre fournir une explication totale de l'histoire et déterminer ce qui est bien ou mal.

Cette observation dépasse largement le seul communisme.

La liberté contre la sécurité ?

Une autre intuition de Sheen mérite également d'être relue aujourd'hui : une société peut être tentée de sacrifier progressivement la liberté au profit de la sécurité, du confort ou de la prospérité.

Là encore, il faut éviter les rapprochements faciles. Les institutions contemporaines ne sont pas les régimes totalitaires que Sheen combattait. Mais sa question reste pertinente : jusqu'où sommes-nous prêts à renoncer à notre liberté pour obtenir davantage de sécurité, de confort ou de protection ?

Et surtout : savons-nous encore pourquoi la liberté est précieuse ?

Pour Sheen, la liberté n'était pas simplement la possibilité de choisir entre plusieurs produits ou plusieurs opinions. Elle était liée à la vérité et à la responsabilité morale. Une liberté détachée de toute vérité risque, selon lui, de devenir paradoxalement vulnérable à ceux qui promettent de décider à notre place.

L'amour des personnes, le refus de l'erreur

Un dernier aspect de Sheen mérite d'être souligné. Son opposition au communisme ne l'empêchait pas de distinguer radicalement l'erreur de celui qui se trompe.

On lui attribue cette formule :

« Je hais le communisme, mais j'aime les communistes. »

Elle résume bien une attitude chrétienne qu'il revendiquait : combattre vigoureusement une idéologie tout en refusant de transformer ses partisans en ennemis humains à haïr.

Cette distinction est particulièrement importante aujourd'hui, à une époque où le débat public tend facilement à confondre la critique d'une idée avec la condamnation de la personne qui la défend.

Pourquoi Sheen reste-t-il actuel ?

L'actualité de Sheen ne tient donc pas au fait que nous vivrions aujourd'hui sous la menace d'une nouvelle révolution communiste comparable à celle qu'il redoutait en 1948. Ce serait une lecture anachronique de son œuvre.

Son actualité réside plutôt dans les questions qu'il posait derrière le communisme :

  • Que devient une société lorsqu'elle ne possède plus de conception commune de la personne humaine ?
  • Peut-on défendre durablement la liberté si l'on ne sait plus pourquoi l'homme est libre ?
  • Que se passe-t-il lorsqu'une civilisation perd progressivement la conviction qu'il existe une vérité qui la dépasse ?
  • Une société peut-elle combattre le matérialisme tout en faisant du confort matériel son principal horizon ?
  • Que devient le désir humain de sens lorsque la religion disparaît ?
  • Une démocratie peut-elle survivre si toute vérité devient une simple opinion et tout principe une préférence individuelle ?

Ces questions ne sont pas exclusivement catholiques. Elles sont devenues des questions de civilisation.

C'est peut-être là le paradoxe de Fulton Sheen. L'homme qui consacra une grande partie de son énergie à combattre le communisme nous oblige finalement à regarder au-delà du communisme. Son véritable sujet était l'homme : sa liberté, sa dignité, sa responsabilité, son besoin de vérité et son ouverture à la transcendance.

Pour Sheen, une civilisation ne se sauve pas seulement en repoussant ses ennemis. Elle se sauve en retrouvant les raisons profondes de vivre selon la vérité qu'elle prétend défendre.

Et c'est pourquoi, près de huit décennies après la publication de Communism and the Conscience of the West, certaines de ses interrogations peuvent encore être entendues sans que l'on ait besoin de considérer notre époque comme la répétition de la guerre froide.

Le communisme historique appartient au XXe siècle. La question de savoir ce qui fonde la liberté, la dignité humaine et une civilisation demeure, elle, pleinement actuelle.

(avec l'IA)

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