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Covid 19: la “revanche” de l’Afrique ou l’effet retard?

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Lu sur le blog de Colette Braeckman :

Panzi 92440028_2985142261566335_5197995624661778432_o.jpg« Les Européens s’inquiètent pour nous, alors qu’ici, nous nous inquiétons pour eux … Quand l’OMS appelle l’Afrique à se réveiller, alors que c’est l‘hécatombe partout ailleurs, c’est peut-être eux qui devraient se réveiller ! Car nous ne dormons pas bien au contraire… Et l’Afrique demeure le continent le moins touché. »

Assurant que « l’afropessimisme est souvent le soubassement obligé de toute réflexion sur le continent africain », l’essayiste sénégalais Felwinne Sarr, auteur de l’essai Afrotopia, préfère rappeler que si les premiers symptômes sont apparus en même temps au Sénégal et aux Etats Unis, il y a eu 10 morts dans son pays contre 70.000 aux Etats Unis. Comme en écho, la chanteuse Rokhaya Traoré dénonce le « matériau narratif inépuisable » que représente la souffrance africaine et elle assure qu’ « un cataclysme en Afrique relève vraisemblablement de l’ordre des choses imprimé dans l’inconscient collectif » L’examen des faits justifie-t-il cette mise en cause de la sincérité des préoccupations qui s’expriment à propos de l’Afrique ?

  1. Quelle est la réalité de l’ « exception africaine » ?

Si les chiffres actuels, encore modestes, confirment ce que d’aucuns appellent déjà la « revanche de l’Afrique », la courbe de contamination publiée par l’OMS porte un nom fatal : « exponentiel ». Autrement dit, depuis la découverte du premier cas le 25 février dernier, l’Afrique, à la date du 11 mai, totalisait 49.429 cas et 1.500 morts (contre 159.799 cas en Europe). Ce qui explique la circonspection des spécialistes : « les chiffres actuels doivent être pris avec précaution » estime l’épidémiologiste Nathan Clumeck, « car toute une partie de la réalité africaine passe sous les écrans radars, bien des victimes ne sont même pas enregistrées . En outre, l’expérience clinique est faible et il y a de 2à à 30% de cas asymptomatiques, qui sont peut-être positifs, mais n’ont pas les symptômes du corona. »

  1. La jeunesse est-elle un atout, l’âge un risque supplémentaire ?

Le premier atout de l’Afrique est évidemment la pyramide des âges : sur le continent, l’âge moyen est de 19, 7 ans, alors qu’en Europe il est de 42,5. La différence se manifeste aussi entre les régions : en Afrique centrale la population est plus jeune (18,7 en moyenne) qu’en Afrique du Nord, plus affectée par le virus. Cette vulnérabilité des plus âgés pousse le Docteur Mukwege, en charge de la riposte au Sud Kivu, à prôner des solutions radicales : il demande que tous les plus de 60 ans soient confinés, invités à vivre soit dans une chambre à part soit dans des maisons qui leur seraient réservées et où la nourriture serait apportée par des membres de la famille.

D’aucuns considèrent cependant comme un atout le fait qu’en Afrique les plus âgés ne soient pas, comme en Europe, relégués dans des « clusters » ou des homes, ces milieux fermés où le virus se propage à l’envi. Vivant en famille, ayant encore une utilisé sociale sinon économique, les « vieux », plus respectés qu’en Europe, gardent le goût de vivre. Le prix Nobel 2018 plaide aussi pour la multiplication des tests et il demande que Kinshasa lui en envoie davantage. Cependant, plus encore qu’en Europe, la mortalité des « anciens » résulte de facteurs aggravants : le diabète, l’hypertension, ou, pour les plus aisés, un mode d’alimentation peu soucieux de la diététique. Sans oublier que les riches, négligeant d’investir dans les hôpitaux de leur pays, avaient l’habitude de se faire soigner en Europe en cas de maladie grave, ce qui n’est plus possible aujourd’hui.

  1. Quels sont les facteurs de résilience ?

A l’échelle du continent, plusieurs facteurs de résilience interviennent : la faible densité moyenne de population, la relative rareté des liaisons aériennes internationales, malgré la multiplication des vols vers la Chine, surtout au départ d’Addis Abeba, les difficultés de transport par route, le moindre taux de pollution. Mais cette «exception africaine » s’estompe dès que s’intensifient les transports, que se multiplient les déplacements interpersonnels et on se demande quel effet aura le retour des migrants qui désormais préfèrent quitter l’Europe ou qui y sont obligés. Les effets de la pollution se font déjà sentir dans les zones minières d’Afrique du Sud, les exploitations pétrolières du Nigeria ou les grandes métropoles comme Kinshasa ou Lagos.

4 Quelle fut la réponse des gouvernements africains ?

Bien des gouvernements africains se sont montrés plus sages que les Européens et ont réagi plus rapidement : le Rwanda a fermé ses frontières avant même la détection des premiers cas, et le confinement radical a été assorti de distributions de vivres dans les quartiers populaires. En Afrique du Sud également, où les chiffres sont cependant inquiétants, un confinement strict a été organisé tandis qu’au Sénégal, le recours aux tests systématiques a été plus rapide qu’en Belgique d’autant plus qu’ils étaient produits localement par l’Institut Pasteur en collaboration avec un laboratoire britannique. En Tunisie un couvre feu a été instauré tandis que le Maroc a rendu obligatoire le port du masque, fabriqué localement, vendu à bas prix ou distribué par la société civile.

Les chercheurs constatent aussi qu’en Afrique les « gestes barrière », si lents à s’imposer en Europe, ont été rapidement acceptés et intériorisés parmi les populations. Grâce aux médias certes, mais aussi par le biais des réseaux sociaux, du « bouche à oreille » : début février déjà, nous avions pu constater que les Rwandais et les Congolais prenaient systématiquement la température de ceux qui franchissaient la frontière. Dans de nombreux pays d’Afrique, présenter une bassine d’eau propre au visiteur afin qu’il se lave les mains est devenu un rituel d’hospitalité.

  1. Quelles ont été les leçons des crises antérieures ?

Médecins sans frontières relève qu’en Afrique de l’Ouest comme en Afrique centrale, les populations ont intégré les leçons des épidémies précédentes, parmi lesquelles Ebola, se montrant conscientes du danger des contacts rapprochés, modifiant les règles d’hygiène et adoptant immédiatement, non sans inventivité et fantaisie, le principe des masques protecteurs.

De nombreux chercheurs relèvent aussi que les populations africaines, étant bien plus régulièrement exposées à des agents pathogènes (virus, bactéries, parasites) auraient développé de meilleurs mécanismes de défense et renforcé les immunités, tandis que la « sélection naturelle », agissant en amont, aurait peut-être privilégié les individus les plus résistants. Mais ces hypothèses doivent encore être démontrées.

  1. Que penser des remèdes naturels ?

« N’oubliez pas que nous avons aussi nos remèdes » nous assure un correspondant de Bukavu, s’enquérant avec sollicitude du confinement de ses amis belges. Lorsque nous avançons le scepticisme de spécialistes comme Nathan Clumeck, qui relève l’absence de tests cliniques et rappelle les effets secondaires de la chloroquine ainsi que les mises en garde de l’OMS qui interdit l’usage de l’artemisia. Cependant, nos contacts congolais assurent qu’ils ont toujours consommé de la quinine et bu des tisanes à base d’artemisia. Cette plante, cultivée dans les jardins du Kivu, pousse aussi à Madagascar où elle a permis à un médecin d’origine congolaise, le Docteur Muyangi, de mettre au point le « Covid organics » légalement utilisé. A Kinshasa le Docteur Muyangi a défendu son remède auprès du président Tshisekedi. En outre, les populations africaines n’ont pas perdu l’usage de certaines plantes réputées pour renforcer le système immunitaire tandis qu’à Lubumbashi le Docteur Ekwalanga défend sa formule alliant chloroquine, interferons et anti oxydants. Mais Clumeck insiste «si on ne multiplie pas les essais cliniques, ces éventuelles découvertes n’auront pas de valeur ». Sans valider la thèse d’une éventuelle différence génétique, le spécialiste bruxellois se demande tout de même si, en Afrique, le récepteur du Covid, sa « porte d’entrée » appelée ACE2, ne serait pas moins ouverte qu’ailleurs, une hypothèse qui doit encore être étudiée.

  1. Les Africains doivent-ils être vaccinés ?

Plus encore que les traitements, ce sont les vaccins qui mobilisent tous les labos du monde. Les Africains cependant s’en méfient, ils craignent d’être considérés comme des cobayes, vaccinés sans leur consentement explicite, comme cela s’est déjà produit dans le passé. Ici aussi Clumeck tempère : « contester la vaccination en Afrique, c’est un vestige du néocolonialisme. Je dirais plutôt que les Africains ne doivent pas être exclus des vaccins, là comme ailleurs les nouveaux vaccins doivent être testés. »

Si on ne constate pas, ou pas encore, d’afflux massif d’Africains dans les services de santé qui sont d’ailleurs peu performants, il ne s’agit peut-être que d’un retard et l’arrivée de l’hiver austral fait toujours craindre le pire.

Rompant lui aussi avec l’afropessimisme pourfendu par Felwinne Sarr et de nombreux intellectuels africains, Peter Piot, l’ex patron d’Onusida et co découvreur d’Ebola rappelle une réalité peu connue : « au cours des dix dernières années sont apparus en Afrique, au Sénégal, au Nigéria, au Congo, auprès de l’Union africaine, d’excellents centres de recherche où opèrent de vrais spécialistes. Ces derniers méritent d’être stimulés, de recevoir des financements adéquats. »

Oserions nous ajouter qu’au lieu d’encourager l’exode des cerveaux et au lieu de placer en première ligne, dans ses hôpitaux et ses maisons de repos, des médecins et des soignants provenant des anciennes colonies, écrémant ainsi leur système de santé, l’Europe ferait mieux de donner à ces Etats les moyens financiers d’employer chez eux ces hommes et ces femmes indispensables. Au lieu de les utiliser comme « tirailleurs sénégalais » sur le front de la maladie, tout en prônant le numerus clausus afin de limiter le nombre de médecins formés dans nos coûteuses universités. »

Ref. Covid 19: la “revanche” de l’Afrique ou l’effet retard?

Qui, depuis sa jeunesse africaine, a déjà subi pendant des années le harcèlement des bilulus, maringouins et autres parasites de la brousse, les multiples vaccinations contre le virus de la fièvre jaune et autres, avalé quotidiennement, à titre préventif contre le paludisme, des gelules de quinine puis (à partir des années 1950) des cachets de la nivaquine chère au docteur Raoult, s’interroge aussi sur le degré de résistance « naturelle » possible acquis par son système immunitaire face à ce nouveau  « nioka » empoisonneur  parti à l’assaut du vivant…

JPSC   

Commentaires

  • Une contribution intéressante de Bernard Lugan, spécialiste de l'Afrique : https://bernardlugan.blogspot.com/2020/05/le-covid-19-revelateur-du-naufrage.html

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