Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur les errements de la catéchèse

IMPRIMER

De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

Aux racines de la crise catéchétique : laisser faire, laisser passer

La renaissance de l’enseignement du catéchisme sera, personne n’en doute, le premier chantier d’une reconstruction ecclésiale. Mais il faut auparavant regarder la réalité bien en face : la prolifération des catéchèses hétérodoxes ou inconsistantes est due au fait que l’autorité n’a jamais pris les moyens de la combattre, et aussi, ce que nous évoquerons prochainement, qu’elle a paru douter elle-même du message à transmettre.

Les générations sacrifiées de l’après-Concile

L’effacement de la culture chrétienne, que tout le monde constate aujourd’hui, a pour cause, non pas unique, mais directe la crise catéchétique de la fin des années soixante. Avant le Concile, pratiquement tous les enfants passaient par le catéchisme, qu’ils suivaient, à raison de plusieurs séances par semaine (et avec assistance obligatoire à la messe dominicale), jusqu’à l’âge de 12 ans. Mais à partir de 1965, en même temps que la pratique dominicale amorçait une baisse considérable, un vent de liberté décimait les rangs des catéchisés.

Puis, quand les « enfants de 68 » ou les « enfants du Concile », formés par la nouvelle pédagogie catéchétique, sont devenus eux-mêmes des parents, le nombre des baptêmes s’est effondré, et celui des enfants catéchisés est devenu dérisoire. Quant aux foyers catholiques « progressistes », qui ont vécu avec enthousiasme l’événement de Vatican II, ils ont vu l’entière génération de leurs enfants abandonner paisiblement toute référence religieuse.

La prise de conscience de la faillite a eu lieu à la fin du siècle dernier. En 1994, le rapport Dagens, approuvé par l'assemblée des évêques de France, constatait que « pour beaucoup d’enfants de notre pays, l’initiation aux valeurs fondatrices de l’existence s’effectue en dehors ou à l’écart de la “tradition catholique” » [1]. Pour le Portugal, le cardinal José Policarpo da Cruz évoquait des problèmes analogues : parents qui ont cessé en grand nombre d’être pratiquants, accaparement de plus en plus grand de l’école pour les enfants [2]. Les évêques d’Italie constataient que « dans sa forme plus massive et traditionnelle, la catéchèse ecclésiale montre des signes évidents d’une grave crise » [3]. Mgr Georg Eder, archevêque de Salzbourg témoignait : « Une grande partie de ceux qui fréquentent les messes dominicales ne savent pratiquement plus rien de la nature de la messe. […] Dans les facultés catholiques, durant des décennies, des professeurs ont dénaturé le dogme eucharistique et d’autres encore. Dans les cours d’instruction religieuse, les vérités concernant l’eucharistie ont été et sont encore transmises de manière gravement lacunaire » [4].

Combien de catholiques savent aujourd’hui ce qu’est le « jugement particulier » – ceci pour la science – et admettent la possibilité de la damnation – ceci pour la foi ? « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, écrit Guillaume Cuchet, comme s’il avait arrêté d’y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une nouvelle vision de Dieu, de type plus ou moins rousseauiste : le "Dieu Amour" (et non plus seulement "d’amour") des années 1960-1970 » [5].
En outre, la cohérence nécessaire pour la transmission entre les différentes instances éducatrices (famille, école, milieux de vie, médias) a disparu. Et un autre facteur aggrave l’inculture religieuse : l’affaiblissement de l’enseignement de l’histoire, et particulièrement l’effacement des références au catholicisme dans cet enseignement.

La catéchèse du vide

Cette faillite est pour partie imputable à la compréhension du concile Vatican II, par les prêtres et les fidèles, comme une consécration de la liberté de la conscience de chaque catholique. D’où le développement d’une « religion à la carte », où chacun module en quelque sorte son propre Credo. Les normes gênantes sont désormais passées sous silence, le clergé lui-même ayant désinstallé les règles qu’il avait tant œuvré à faire respecter depuis le Concile de Trente. Et pour partie due aux instruments nouveaux de pastorale, tels l’emblématique Catéchisme hollandais (1966), qui ont offert un contenu nouveau.

En France, sont spécialement en cause les instruments catéchistiques mis en service en place des anciens manuels, des « parcours » catéchétiques (le plus fameux d’entre eux étant Pierres vivantes de 1981 [6]) qui ont suivi le courant général de réforme de la pédagogie. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le résultat fut semblable à celui du nouvel enseignement de l’histoire et des matières littéraires : des idées fausses sans doute, mais surtout le néant culturel. Or, il s’agissait ici du contenu du Credo.

Le Catéchisme de l’Église catholique, qui est venu après près de trente ans de vacatio dans l’enseignement officiel du catéchisme, remplissait-il le vide opéré ? En fait, le CEC de 1992 – avec sa deuxième édition de 1997 contenant des rectifications dont nous parlerons dans un prochain article – enchâssait, malgré tout, un esprit de novation. Il intégrait à l’exposé des vérités traditionnelles les propositions les plus discutables de Vatican II, qu’il faisait en sorte de « traditionaliser » au maximum. Par exemple, le numéro 856 du nouveau Catéchisme universel tente de faire du dialogue avec les religions non chrétiennes un élément de la mission évangélisatrice (« La tâche missionnaire implique un dialogue respectueux... »). Mais dans le même temps, la nouveauté doctrinale de Nostra ætate, le texte du Concile qui prône un « respect » sincère non pas pour les croyants des autres religions mais pour les religions en tant que telles, est confirmée et même accentuée. Le CEC n’est-il pas l’image la plus rectifiée possible, mais l’image tout de même de ce magistère qui véhicule un certain impressionnisme novateur ?

Abbé Claude Barthe
 
[1]. « La proposition de la foi dans la société actuelle », La Documentation catholique, 4 décembre 1994, p. 1044.
[2]. La Documentation catholique, 2 décembre 2001, pp. 1038-1041.
[3]. « Communicare il Vangelo in un mondo che cambia »Il Regno-documenti, 13-2001.
[4] . Lettre pastorale du 12 novembre 2000, « Früherer Salzburger Erzbischof Georg Eder verstorben » Der Standard, 19 septembre 2015.
[5]. Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d'être chrétien Anatomie d'un effondrement, Seuil, 2018.
[6]. Pierres vivantes. Recueil catholique de documents privilégiés de la foi (Éditeur Catéchèse 80, 1981). Pierres vivantes se voulait un ensemble de documents avec lequel les autres « parcours » devaient être utilisés, le tout en conformité d’un Texte de référence voté par les évêques de France, lors de leur assemblée de 1979. Le recueil Pierres vivantes sera remanié en 1985 puis en 1994.

Commentaires

  • Permettez -moi ,d’ajouter à la génération sacrifiée d’après le concile Vatican II ,notre génération,c.a.d. Celle entre 30et45 ans .Tout ce qui avait forgé notre Foi et nous avait aidé à l’approfondir surtout par la participation à la messe. Messe qui nous mettait au contact du Christ par sa Présence réelle transmise par Lui-même à travers le prêtre :personna Christi.
    Nous avons assisté à des « célébrations «  dont nous nous demandions si réellement elles avaient un sens .A des sermons uniquement politiques et j’en passe .Il fallait bien s’accrocher à ce qui nous avait formé pour ne pas tout abandonner.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel