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"Pro Liturgia" et "Traditionis custodes"

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Du site "Pro Liturgia" :

5 août 2021

Le dernier Motu proprio « Traditionis custodes » du pape François arrive au moment où les fidèles - évêques y compris – vivent une période de grande confusion touchant tant la doctrine que la liturgie c’est-à-dire ce qui constitue le fond et la forme indissociables de la foi catholique.

Cette confusion apparaît dès qu’on parle aux fidèles, qu’ils soient pratiquants ou pas. Selon eux, le pape François « a supprimé le latin ». Point. C’est ainsi qu’a été reçu et compris le Motu proprio. Grosse erreur : l’usage du latin n’est absolument pas le sujet de « Traditionis custodes ». Le sujet du document pontifical touche uniquement à la forme de la liturgie romaine en usage avant Vatican II, forme dont la conservation avait été demandée, pour diverses raisons, par certains fidèles. Une des raisons ayant été clairement énoncée par Benoît XVI et reprise par le pape François : « Je suis également attristé par les abus de part et d’autre dans la célébration de la liturgie. Comme Benoît XVI, je stigmatise moi aussi que “dans de nombreux endroits les prescriptions du nouveau Missel ne sont pas célébrées fidèlement, mais il est même compris comme une autorisation voire une obligation à la créativité, ce qui conduit souvent à des déformations à la limite de ce qui est supportable”. » (Lettre du pape François accompagnant le Motu proprio ». Remarquons bien ce que disent les deux papes, Benoît et François : les prescriptions du nouveau Missel ne sont pas célébrées fidèlement en de nombreux endroits... Pas « en quelques endroits » comme on a longtemps voulu le faire croire aux fidèles qui déploraient la désacralisation et la banalisation des messes paroissiales, mais « EN DE NOMBREUX ENDROITS ». Et les deux papes ajoutent qu’une « créativité » devenue obligatoire a rendu certaines célébrations insupportables.

On en arrive à la seconde confusion qui est de loin la plus courante chez les fidèles : les messes paroissiales seraient conformes à la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Or, ceci est totalement inexact : à part dans certains monastères et dans quelques très rares paroisses, les messes s’éloignent toutes plus ou moins des principes liturgiques voulus par le dernier Concile :
- le face-à-face célébrant(s) - assemblée n’a jamais été voulu par le Concile ;
- la suppression ou la limitation de l’usage du latin n’a jamais été voulue par le Concile ;
- l’impossibilité de s’agenouiller n’a jamais été voulue par le Concile ;
- la limitation drastique de l’usage du chant grégorien (conduisant à l’oubli du répertoire) n’a jamais été voulue par le Concile ;
- la distribution de la communion par des laïcs n’a jamais été voulue par le Concile ;
- les commentaires et souhaits de bienvenue n’ont jamais été voulus par le Concile ;
- l’attention des fidèles portée quasi exclusivement sur les ministres de l’autel n’a jamais été voulue par le Concile ;
- la généralisation des concélébrations n’a jamais été voulue par le Concile...

Il faut que ces choses-là soient sues, dites, répétées afin que l’on sache de quoi on parle lorsqu’on évoque les questions de la liturgie de l’ « après-Concile ». Car il est impossible de parler de la liturgie « restaurée » en faisant comme si elle existait partout, comme si elle était partout fidèlement célébrée. Pour qu’elle soit fidèlement célébrée, il faut non seulement que les rites soient bien accomplis à leur bonne place ; il faut aussi que le célébrant soit effacé et que l’ensemble de la célébration soit pacifiante, apaisante, respecte le principe du silence qui naît de la contemplation du Mystère par lequel est évoqué la liturgie céleste. Il faut donc que les fidèles - et en premier lieu les ministres de l’autel - soient nourris de cette « spiritualité liturgique » sans laquelle il manquera toujours l’essentiel à une messe même très « correctement » célébrée.

En conclusion, nous pouvons dire que nos débats actuels sur la liturgie seront toujours biaisés tant que nos évêques ne voudront pas - ou ne pourront pas - reconnaître que les messes qui se font dans les paroisses dont ils sont responsables ne correspondent pas à la « forme ordinaire » du rite romain, ne sont pas conformes à ce que Vatican II a voulu, ne sont ni harmonieuses ni fidèles aux règles précisées dans l’Introduction (et non simplement la « présentation » !) générale du Missel romain.

et :

L’association “Pro Liturgia” a été fondée en 1988 par des fidèles qui souhaitaient promouvoir l’authentique restauration de la liturgie romaine. Pour dissiper toute confusion quant à ce que signifiait la promotion d’une « authentique réforme », “Pro Liturgia” précisait avoir été créé sur la base d’une acceptation pleine et sans réserve du concile Vatican II et des enseignements du Magistère suprême de l’Église.

Par la suite, les fondateurs de “Pro Liturgia” ont indiqué qu’ils ne s’opposaient pas aux fidèles attachés à la « forme extraordinaire » de la liturgie, à condition que leurs demandes se fassent dans le respect des règles données par les papes de l’après-Concile et aussi sur la base d’une connaissance suffisante de toutes les composantes du rite romain, plus particulièrement son histoire et son développement au cours des siècles. Cependant, les responsables de “Pro Liturgia” ont toujours tenu à souligner que l’objectif premier de l’association devait être de veiller à la célébration en tout point correcte de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Dans cette optique, “Pro Liturgia” a adressé à tous les évêques de France un courrier dans lequel il leur était demandé si, dans leurs diocèses respectifs, les liturgies paroissiales respectaient les enseignements conciliaires et les données du missel romain restauré. Très peu d’évêques ont répondu et ceux qui ont eu la délicatesse d’adresser un retour se sont limités à affirmer qu’il n’y avait aucun problème dans leurs paroisses. Les responsables de “Pro Liturgia” ont pu tirer deux conclusions de cette “enquête” : la première, que la liturgie n’était pas le souci premier de la grande majorité des pasteurs diocésains, la seconde qu’il y avait une confusion entre la « vérité liturgique » et l’ambiance des assemblées dominicales. Un peu comme si, dans un hôpital, on faisait passer la bonne ambiance régnant parmi le personnel soignant avant la compétence des médecins et l’efficacité des traitements.

Le récent Motu proprio « Traditionis Custodes » du pape François ne modifie en rien l’action de “Pro Liturgia” puisqu’il ne remet aucun des enseignements de Vatican II en question. Par conséquent, notre association continuera à faire connaître la liturgie restaurée à la suite de Vatican II et à encourager les prêtres qui la célèbrent avec soin, régularité et dignité, s’interdisant de ne rien y ajouter ni rien en retrancher.

Nous reconnaissons que, depuis des années, la majorité des célébrations qui se font sur la base du Missel renouvelé dans le sillage de Vatican II conduit à un délitement de la Tradition liturgique produisant une perte de vie spirituelle authentiquement catholique chez de nombreux fidèles. C’est cette perte qui a conduit certains catholiques à rechercher la stabilité et le mystère de l’ « usus antiquor » du rite romain.

Sur la base des enseignements des Pères conciliaires “Pro Liturgia” continuera d’assister les évêques, les prêtres et les laïcs s’attachant à veiller sur la Tradition vivante. Nous continuerons à promouvoir l’usage du latin et du chant grégorien. Nous continuerons à aider les ministres de l’autel attachés à servir la liturgie selon « la pratique traditionnelle du rite romain » telle que demandée dans la Présentation générale du Missel romain. Nous continuerons à démontrer la nécessité d’un art sacré qui puisse servir d’écrin à des célébrations reflétant la liturgie de la Jérusalem céleste. Nous continuerons à encourager les célébrations « versus orientem » telles que prévues par le Missel actuel.

Puissent tous les fidèles se comporter, dans les années à venir, en gardiens attentifs de la Tradition sacrée qui, par la liturgie, a été le meilleur soutien de la foi des baptisés à travers les siècles.
promouvoir l’authentique restauration de la liturgie romaine. Pour dissiper toute confusion quant à ce que signifiait la promotion d’une « authentique réforme », “Pro Liturgia” précisait avoir été créé sur la base d’une acceptation pleine et sans réserve du concile Vatican II et des enseignements du Magistère suprême de l’Église.

Par la suite, les fondateurs de “Pro Liturgia” ont indiqué qu’ils ne s’opposaient pas aux fidèles attachés à la « forme extraordinaire » de la liturgie, à condition que leurs demandes se fassent dans le respect des règles données par les papes de l’après-Concile et aussi sur la base d’une connaissance suffisante de toutes les composantes du rite romain, plus particulièrement son histoire et son développement au cours des siècles. Cependant, les responsables de “Pro Liturgia” ont toujours tenu à souligner que l’objectif premier de l’association devait être de veiller à la célébration en tout point correcte de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. Dans cette optique, “Pro Liturgia” a adressé à tous les évêques de France un courrier dans lequel il leur était demandé si, dans leurs diocèses respectifs, les liturgies paroissiales respectaient les enseignements conciliaires et les données du missel romain restauré. Très peu d’évêques ont répondu et ceux qui ont eu la délicatesse d’adresser un retour se sont limités à affirmer qu’il n’y avait aucun problème dans leurs paroisses. Les responsables de “Pro Liturgia” ont pu tirer deux conclusions de cette “enquête” : la première, que la liturgie n’était pas le souci premier de la grande majorité des pasteurs diocésains, la seconde qu’il y avait une confusion entre la « vérité liturgique » et l’ambiance des assemblées dominicales. Un peu comme si, dans un hôpital, on faisait passer la bonne ambiance régnant parmi le personnel soignant avant la compétence des médecins et l’efficacité des traitements.

Le récent Motu proprio « Traditionis Custodes » du pape François ne modifie en rien l’action de “Pro Liturgia” puisqu’il ne remet aucun des enseignements de Vatican II en question. Par conséquent, notre association continuera à faire connaître la liturgie restaurée à la suite de Vatican II et à encourager les prêtres qui la célèbrent avec soin, régularité et dignité, s’interdisant de ne rien y ajouter ni rien en retrancher.

Nous reconnaissons que, depuis des années, la majorité des célébrations qui se font sur la base du Missel renouvelé dans le sillage de Vatican II conduit à un délitement de la Tradition liturgique produisant une perte de vie spirituelle authentiquement catholique chez de nombreux fidèles. C’est cette perte qui a conduit certains catholiques à rechercher la stabilité et le mystère de l’ « usus antiquor » du rite romain.

Sur la base des enseignements des Pères conciliaires “Pro Liturgia” continuera d’assister les évêques, les prêtres et les laïcs s’attachant à veiller sur la Tradition vivante. Nous continuerons à promouvoir l’usage du latin et du chant grégorien. Nous continuerons à aider les ministres de l’autel attachés à servir la liturgie selon « la pratique traditionnelle du rite romain » telle que demandée dans la Présentation générale du Missel romain. Nous continuerons à démontrer la nécessité d’un art sacré qui puisse servir d’écrin à des célébrations reflétant la liturgie de la Jérusalem céleste. Nous continuerons à encourager les célébrations « versus orientem » telles que prévues par le Missel actuel.

Puissent tous les fidèles se comporter, dans les années à venir, en gardiens attentifs de la Tradition sacrée qui, par la liturgie, a été le meilleur soutien de la foi des baptisés à travers les siècles.

Commentaires

  • Pro Liturgia se fait des illusions. Deux poids, deux mesures: le Motu Proprio « Traditionis Custodes », à part une fausse fenêtre de quelques lignes déplorant les abus liturgiques dans les messes de la forme ordinaire, est consacré exclusivement à des pratiques concrètes propres à éteindre l’usage de la forme extraordinaire du rite romain.

  • Dans cet article, entre autres je note que le face-à face célébrant-assemblée n'a jamais été voulu par le Concile. Mais alors, pourquoi le cardinal Sarah n'a t-il pas été écouté quand il voulait qu'au moins à la consécration, le prêtre célèbre face à Dieu et non plus dos à Lui? Et puis, si dans la majorité des paroisses la liturgie n'est pas fidèle aux prescriptions de Vatican II, pourquoi s'attaquer de façon violente à la Messe tridentine; celle qui, à présent minoritaire mais source de vocations, fut célébrée par tant et tant de saints dont le curé d'Ars? Comment ne pas penser qu'on rate complètement de cible et cela, au grand dam de ceux qui pensent que l'histoire de l'Eglise ne se résume pas aux innovations les plus éhontées des néo- modernistes?

  • La liturgie "ancienne" fait naître des vocations. C'est un fait. La liturgie restaurée à la suite de Vatican II en fait naître aussi. La liturgie restaurée à la suite de Vatican II mais plus ou moins sabotée dans les paroisses ne produit rien. Ou plutôt si : une lente mais inéluctable fuite des fidèles ajoutée à la chute des vocations..

  • A Denis Crouan,
    Si je vous comprends bien, il existerait selon vous deux liturgies "restaurées" selon Vatican II. L'une, pure et très peu pratiquée mais féconde, et l'autre, sabotée dans la plupart des paroisses et de ce fait stérile. C'est astucieux mais un brin complotiste car il reste à expliquer pourquoi la première est si rare et qui la sabote dans les paroisses. Je suis bien plus convaincu par l'argumentation de l'abbé de Tanoüarn au sujet du droit spécifique et impératif de la liturgie (du 07.08.21 sur ce site) violé par l'actuel titulaire du trône de saint Pierre..

  • Il y a UNE SEULE liturgie romaine. La restauration portée par la Constitution Sacrosanctum Concilium vise à rendre le déroulement de la messe plus cohérent notamment en supprimant doublons et répétitions de sorte que le commun des fidèles puisse la suivre plus pleinement, plus consciemment afin d'en retirer le meilleur profit spirituel. C'est tout !
    L'usage de la langue latine et le chant grégorien sont conservés tandis que celui de la langue courante est limité aux lectures (pensons aux pays de mission ; l'Eglise n'est pas présente qu'en Europe !). Et le prêtre célèbre toujours versus Deum !
    Tout ce qui a été introduit en plus procède de délires, d'extrapolations, de casuisitique absconse.
    Il n'existe donc qu'une seule "liturgie restaurée" et le missel de 1969 s'inscrit bien dans le fil de son devancier mais sa mise en oeuvre a été volontairement sabotée par un épiscopat pusillanime sinon odieusement complice et des prêtres incultes en matière de liturgie (apprendre à célébrer la messe en se bornant à suivre les rubriques est une chose, être formé à la liturgie, son histoire, son développement, la signification de ses rites, ... en est une autre). Ce que l'on voit dimanches et fêtes dans la quasi-totalité des églises n'a rien à voir avec ce que l'Eglise attend depuis cinquante ans : ne confondons pas animation diocésaine (ou socio-culturelle) sur le thème de la messe et liturgie de la messe.

  • Je ne veux pas me substituer au Président de Pro liturgia, mais vous n'avez pas compris son propos qui n'est ni "astucieux" ni "un brin complotiste".
    Si complot il y a eu, il faut remonter au lointain passé de Mgr H. Bugnini et du Concilium (Conseil et non pas Concile) pour la liturgie chargé de traduire en instructions pratiques les lignes directrices de Sacrosanctum Concilium.
    Alors oui, la liturgie pratiquée dans la plupart des paroisses et communautés n' a qu'un rapport très approximatif avec ce qui est prescrit dans les livres liturgiques, en particulier le Missel romain, communément appelé de Saint Paul VI.
    Peut-on parler de sabotage délibéré? Non, le plus généralement, mais bien d'une méconnaissance de ce qui fait l'esprit de la liturgie, de mauvaises habitudes prises depuis 50 ans et surtout de la mauvaise interprétation de la participatio actuosa, mal traduite par participation active qui donne libre cours à une "créativité" débridée.
    Il faut cependant remarquer que les jeunes prêtres sont en général beaucoup plus respectueux que leurs aînés des règles liturgiques, tout espoir n'est donc pas perdu. Mais il doivent composer avec la génération - des laïcs cette fois - "soixante-huitards attardés" qui sont encore aux manettes...

  • Il y a UNE SEULE liturgie romaine. La restauration portée par la Constitution Sacrosanctum Concilium vise à rendre le déroulement de la messe plus cohérent notamment en supprimant doublons et répétitions de sorte que le commun des fidèles puisse la suivre plus pleinement, plus consciemment afin d'en retirer le meilleur profit spirituel. C'est tout !
    L'usage de la langue latine et le chant grégorien sont conservés tandis que celui de la langue courante est limité aux lectures (pensons aux pays de mission ; l'Eglise n'est pas présente qu'en Europe !). Et le prêtre célèbre toujours versus Deum !
    Tout ce qui a été introduit en plus procède de délires, d'extrapolations, de casuisitique absconse.
    Il n'existe donc qu'une seule "liturgie restaurée" et le missel de 1969 s'inscrit bien dans le fil de son devancier mais sa mise en oeuvre a été volontairement sabotée par un épiscopat pusillanime sinon odieusement complice et des prêtres incultes en matière de liturgie (apprendre à célébrer la messe en se bornant à suivre les rubriques est une chose, être formé à la liturgie, son histoire, son développement, la signification de ses rites, ... en est une autre). Ce que l'on voit dimanches et fêtes dans la quasi-totalité des églises n'a rien à voir avec ce que l'Eglise attend depuis cinquante ans : ne confondons pas animation diocésaine (ou socio-culturelle) sur le thème de la messe et liturgie de la messe.

  • Oui, comme l'écrit Arnaud: "Les jeunes prêtres sont en général beaucoup plus respectueux des règles liturgiques que leurs aînés". En cela, ils sont l'avenir d'une Eglise qui, loin de renier son histoire, est bien plus proche d'un Benoît XVI que d'un certain François qui veut faire table rase du passé et qui, contrairement à ses deux prédécesseurs, s'obstine à mener une politique suicidaire qui conduit l'Eglise entière à la ruine. Non, pape François, le renouveau et la vitalité de votre Eglise ne passe pas par les disciples de mai 68 que vous promouvez.sans relâche et j'avoue que ne ne comprends pas pourquoi vous vous obstinez à soutenir tout ce qui fait mourir les fruits de cet Esprit Saint que vous n'écoutez pas..

  • Vu mon âge, j'ai "l'avantage" d'avoir vécu à l'époque de Vatican II. La réforme liturgique qui déboucha sur le missel réformé de 1969 est issue des travaux du consilium (ou commission) dirigé par Annibale Bugnini.. Celui-ci est décrit comme étant "dépourvu de culture et de simple honnêteté" et est qualifié de "scélérat doucereux" par le père Louis Bouyer qui participa à la sous-commission chargée du missel réformé {1}. Dans l'ouvrage cité, il décrit à la page 201 le machiavélisme de Bugnini qui obtenait du pape ce que lui (Bugnini) désirait en en jetant la responsabilité sur les membres du consilium et vice-versa. Evoquant les travaux de la commission, il parle de ses "invraisemblables faiblesses qui devraient susciter la risée ou l'indignation", mais Il admet cependant que tout n'y était pas mauvais et qu'une révision s'imposera tôt ou tard.
    La mise en oeuvre de la liturgie réformée fut d'une incroyable brutalité qui témoigne d'un zèle réformateur dépourvu de la moindre once de charité à l'égard de ceux qui se demandaient pourquoi ce qui était chez nous la seule liturgie romaine était désormais à jeter comme dangereuse ou hérétique. Si comme certains ici semblent le croire, cet enthousiasme réformateur aurait dépassé les limites admissibles au point de dénaturer la réforme elle-même, alors on est en droit de se demander pourquoi depuis 50 ans l'Eglise est restée sans réaction et à laisser se propager le mal. C'est peu dire que je suis sceptique à l'égard de cette interprétation qui me semble reposer sur le désir, certes louable, de réparer une erreur qui aurait du ne pas être commise.

  • Excusez-moi, Monsieur Charles, je suis souvent d'accord avec vous mais sur ce point-ci, je crois que vous êtes franchement mal informé.
    - Vous semblez croire que, dans la plupart de nos paroisses, la constitution du concile Vatican II sur la liturgie Sacrosanctum Concilium et les dispositions du missel dit "de Paul VI" sont respectées. Si vous baignez dans cette illusion, je ne puis que vous conseiller de prendre le temps de lire Sacrosanctum Concilium (vous serez stupéfait !) et de parcourir le Missel romain actuel ET sa présentation générale. Vous remarquerez alors que rien dans ces textes ne justifie les délires ou la médiocrité liturgiques qui sont notre pain quotidien en Belgique et en France mais hélas ailleurs aussi, semble-t-il, à des degrés divers.
    - Vous croyez abattre un atout majeur en ajoutant que, si les abus liturgiques étaient si nombreux et si graves, les autorités romaines n'auraient pas manqué de réagir. Mais, Monsieur Charles, Pro Liturgia, dont je ne suis pas membre mais qui m'est toujours apparu particulièrement éclairé en matière de liturgie, passe le plus clair de son temps, dans une ligne Benoît XVI-cardinal Sarah, à dénoncer ces abus tout en citant les nombreux documents, d'une limpidité absolue, dans lesquels le Vatican, essentiellement sous les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, s'est efforcé de fustiger et de combattre ces dérives. Monsieur Denis Crouan ou un membre de son association, qui nous lit peut-être, se ferait sûrement un plaisir de vous transmettre ces directives romaines !
    Reste la question de savoir pourquoi les instructions transmises à tous les diocèses - sans aucune équivoque, je le répète - ne sont pas respectées, surtout dans certaines catégories d'âge malheureusement encore aux commandes... Il y aurait des recherches à faire à ce sujet mais je ne crois pas trop m'aventurer en suggérant que l'explication réside en partie dans l'esprit d'indépendance qui a frappé bon nombre de nos clercs depuis le concile et en partie aussi dans le manque d'intérêt, partant de connaissances, de beaucoup en matière de liturgie.
    Je me dis parfois que s'ils voyaient le novus ordo célébré conformément aux dispositions du missel, en latin, versus orientem, avec chant grégorien et des ornements liturgiques dignes (toutes choses en principe absolument permises!), beaucoup de fidèles seraient abasourdis et plus d'un serait indigné de voir ce dont nos pasteurs nous privent. De plus des fractures douloureuses auraient probablement pu être évitées dans l'Eglise... Hélas, trois fois hélas !
    Cher Monsieur, je vous crois profondément de bonne foi, donc de grâce prenez la peine de vous renseigner sur ce sujet ! Vous ferez sans doute des découvertes passionnantes.

  • Comme vous, j'ai connu la liturgie avant, pendant et depuis le Concile. Je peux donc vous rejoindre dans le souvenir de "la mise en œuvre de la liturgie réformée (qui) fut d'une incroyable brutalité qui témoigne d'un zèle réformateur dépourvu de la moindre once de charité..."
    Là ou je m'inscris en faux, c'est contre votre affirmation selon laquelle "depuis 50 ans l'Eglise est restée sans réaction et à laisser se propager le mal".
    Par exemple, lorsque le Pape Saint Paul VI a compris les manigances de Mgr. Bugnini, la sanction a été immédiate. Il a été relevé de ses fonctions, interdit d'accès aux bureaux du Consilium et peu après, relégué comme Nonce en Iran, ce qui n'était certes pas une promotion! Evidemment, cette réaction du Pape Paul VI n'a pas été publiée dans les media de l'époque.
    Au plan de l'Eglise universelle, de nombreux documents du Saint-Siège, durant le pontificat de Saint Jean-Paul II, ont tenté de remédier à la situation. Par exemple, l'encyclique "Ecclesia de Eucharistia vivit" (Jeudi Saint 17 avril 2003) et sa mise en œuvre dans l'Instruction "Redemptionis sacramentum" (25 mars 2004). Mais à la différence des Sacrements, aucun document pontifical n'agit "ex opere operato". Leur efficacité dépend entièrement de la manière dont il sont reçus.
    Pour l'anecdote, j'étais présent à l'Eucharistie dominicale dans une communauté bénédictine au lendemain de la publication de "Redemptionis sacramentum". Dans son homélie, le prieur s'est ouvertement moqué des "liturgistes en chambre" à Rome. Et a immédiatement rassuré son public : Ici à C..., rien ne changera. Et de fait, absolument rien n'a changé alors que les abus y sont nombreux. Il aura fallu attendre le Covid et ses obsessions hygiénistes pour que la distribution de la Communion se fasse de manière à peu près conforme au prescrit liturgique.
    Et ça, cher Claude Charles, ce n'est pas de l'interprétation défensive, c'est du vécu!

  • Je ne suis pas naïf au point de croire que la liturgie pratiquée dans la plupart de nos églises soit en conformité avec le prescrit liturgique. Mais, comme je l'écrivais dans mon dernier message, ayant l'âge d'avoir connu la transition vers le nouvel ordo, ce qui était mis en évidence à l'époque n'était pas la fidélité aux règles dont d'ailleurs bien peu se souciaient, mais l'inventivité de l'officiant, sa créativité, sa conception personnelle de la messe,... bref tout ce verbiage qui se présentait comme inspiré par "l'esprit du Concile". Ce dernier ne s'occupait pas seulement de la liturgie, mais affectait aussi la théologie, le dogme, la morale. Je me souviens des mines consternées des chrétiens progressistes - les seuls qui comptaient à l'époque - quand on évoquait la virginité de Marie et de Joseph, la présence réelle, la morale sexuelle de l'Eglise,... Tous ces excès n'étaient guère combattus, La plupart des évêques feignaient de ne pas les voir afin de ne pas se mettre en porte-à-faux avec l'esprit du temps. Il y eut une véritable trahison des clercs qui déboucha sur le désastre que nous connaissons aujourd'hui. Heureusement, des résistances se manifestèrent. Des prêtres refusèrent l'injuste traitement infligé à la liturgie traditionnelle. A l'époque, je me rendais à la chapelle de l'ancien institut du Calvaire à Bruxelles où officiaient régulièrement des prêtres plus ou moins âgés. La plupart, si pas tous, sont décédés aujourd'hui mais ils furent de modestes transmetteurs de la foi en des temps troublés.
    La situation que je décrits montre à quel point l'autorité de L'Eglise s'est effondrée puisque 50 ans après le Concile les maux apparus à l'époque sont toujours présents aujourd'hui. Traditiionis custodes a mis récemment l'accent sur la liturgie. Celle-ci est certes d'importance majeure, mais elle fait partie d'un ensemble qui inclut toute la doctrine et sa transmission aux nouvelles générations. Si on veut réellement sortir de l'impasse actuelle, on ne pourra pas faire l'économie d'une relecture de Vatican II dans l'optique de l'herméneutique de la continuité chère à Benoît XVI. Si cette démarcha aboutit, alors il devrait être possible de maîtriser les incendies allumés il y a 50 ans par l'imprudence de deux papes qui cédèrent sans doute trop facilement à l'optimisme des "golden sixties"

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