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Abus : Ratzinger contre-attaque

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Le 11 janvier dernier, nous avons relayé sur belgicatho un article de Nico Spuntoni qui annonçait une énième attaque contre le pape émérite. Les distraits n'ont pas prêté attention à cette information; la déferlante d'hier leur a donné tort, tous les médias s'étant donné le mot pour relayer les accusations contre celui qui était alors l'archevêque de Munich. Nico Spuntoni consacre  aujourd'hui une note à la contre-attaque de Benoît XVI (traduction de "Benoît et moi") :

Abus, Ratzinger à la contre-attaque : « Sur moi, de la propagande ».

Les résultats de l’enquête menée par le cabinet d’avocats Westpfahl Spilker Wastl sur le traitement des cas d’abus dans l’archidiocèse de Munich et Freising ont été présentés. Comme prévu, sont attribués au pape Benoît XVI, cinq cas, dans lesquels le comportement de l’archevêque de l’époque serait à blâmer. Mais dans deux cas, il n’y a aucune confirmation de son implication. Tandis que dans les autres cas, le pape émérite s’en prend au « degré considérable de partialité » des travaux et accuse les experts de « propagande et de pure spéculation ». Le cabinet d’avocats est le même que celui qui était dans l’œil du cyclone dans l’affaire Woelki.

Hier ont été présentés les résultats de l’enquête menée par le cabinet d’avocats Westpfahl Spilker Wastl sur le traitement des cas d’abus dans l’archidiocèse de Munich et Freising entre 1945 et 2019. Dans le box des accusés, comme on s’y attendait, se trouve le nom le plus connu de l’affaire : Joseph Ratzinger, qui a été archevêque de 1977 à 1982. Selon l’équipe juridique, le comportement de l’archevêque de l’époque est criticable en cinq occasions.

Cinq cas dont, précisent les avocats, « deux cas concernent des crimes commis pendant son mandat (…) et trois cas concernent des crimes commis avant son mandat et en partie en dehors du territoire de l’archevêché ». L’un de ces cas, cependant, concernait une suspicion des avocats qui n’a pas été confirmée, tandis qu’un autre n’a trouvé qu’une confirmation partielle.

« PARTIALITÉ CONSIDÉRABLE »

Il est intéressant d’analyser le dossier dans la partie relative au cas non confirmé : un rapport d’expertise préliminaire a avancé le soupçon que Ratzinger avait eu connaissance de la condamnation pour abus prononcée par un tribunal régional à l’encontre d’un prêtre à une époque antérieure à son mandat d’archevêque. Selon les experts, ce soupçon était fondé sur le fait que Ratzinger passait « au moins une partie de ses vacances (…) sur l’ancien lieu de travail du prêtre ».

Le pape émérite s’est vigoureusement défendu dans une déclaration de 82 pages jointe au rapport, dans laquelle il s’en prend à la méthode de travail, affirmant que l’évaluation préliminaire témoigne d’un « degré notable de partialité » et accusant les experts d’avoir abandonné « leur rôle de neutralité et d’objectivité » en tombant dans « l’évaluation subjective, voire la propagande pure et simple et la spéculation ».

Dans les résultats finaux, l’équipe a dû admettre qu’il n’existe pas de « base fiable pour continuer (…) à évaluer de manière critique le travail de l’archevêque de l’époque, le cardinal Ratzinger, dans cette affaire ». Le pape émérite avait donc plus d’une raison de répondre avec force aux soupçons avancés dans le rapport d’expertise de cette affaire.

LE CAS X

Lors de la conférence de presse d’hier, les représentants de Westpfahl Spilker Wastl ont surtout fait référence à ce qu’on appelle le cas X. Il s’agit du cas déjà connu du Père Peter Hullermann, sur lequel La Nuova Bussola Quotidiana a déjà tenté de faire la lumière après que l’hebdomadaire allemand Die Zeit ait fait état ces dernières semaines d’une indiscrétion selon laquelle le rapport faisait apparaître l’omission de Ratzinger du temps de son mandat à Munich. Le contenu du rapport publié hier confirme l’information de Die Zeit: l’affaire Hullermann est l’une des responsabilités attribuées au pape émérite. Cette circonstance pourrait faire penser à la plainte pour « lacunes méthodologiques » mise en évidence par le cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, concernant un travail similaire initialement commandé au même cabinet d’avocats et ensuite bloqué. Dans le cas de Cologne, en outre, des indiscrétions avaient filtré dans les journaux sur certains contenus du rapport qui restaient inconnus.

Dans son mémoire de défense de 82 pages, le pape émérite consacre une large place au cas du père H. afin de contester et de réfuter les accusations portées contre lui dans l’enquête. Ratzinger, qui a eu accès aux dossiers consultés par le cabinet d’avocats, a relevé plusieurs erreurs : il conteste en effet la partie rapportant que le psychothérapeute du diocèse d’Essen – dans lequel Hullermann avait contraint à un acte sexuel un mineur, qui ensuite rapporta l’incident à l’évêque, mais sans le dénoncer – « transféra » le prêtre à l’archidiocèse de Munich et Freising. Ratzinger explique que « le psychothérapeute (…) avait demandé de l’aide et (…) des conseils pour la suite du traitement à un collègue pratiquant à Munich » mais « ni moi ni les membres de l’assemblée de l’ordinariat n’étions au courant du compte-rendu de la conversation ou des activités du [psychothérapeute qui avait évalué le père X. dans son diocèse d’origine] (les deux n’ont été portés à la connaissance de l’ordinariat archidiocésain de Munich qu’en mars ou juin 2010) ».

Bref, selon le pape émérite, les autorités de l’archevêché savaient que Hullermann – qui avait écrit pour demander un logement à Munich – devait suivre une thérapie psychothérapeutique, mais ils en ignoraient les raisons. L’équipe juridique n’a apporté aucune preuve pour démentir Benoît XVI, mais a fait valoir – également lors de la conférence d’hier – que sa défense « n’est pas crédible ». Le rapport présenté et publié hier, en tout cas, ne concerne pas seulement le mandat de Ratzinger mais aussi ses prédécesseurs et successeurs à la tête de l’archidiocèse de Munich et Freising.

Dans la soirée, une réaction est parvenue du monastère Mater Ecclesiæ par la bouche du secrétaire personnel du pape émérite, Mgr Georg Gänswein, qui a expliqué que jusqu’à cet après-midi Benoît XVI n’avait pas encore lu le rapport et que « dans les prochains jours, il examinera le texte avec toute l’attention nécessaire », exprimant en tout cas « son trouble et sa honte face aux abus sur mineurs commis par des clercs » et manifestant « sa proximité personnelle et ses prières pour toutes les victimes, dont certaines qu’il a rencontrées à l’occasion de ses voyages apostoliques ».

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