Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le perpétuel Vendredi Saint des chrétiens chinois

IMPRIMER

De Philippe Oswald sur La Sélection du Jour :

En Chine, le perpétuel Vendredi Saint des chrétiens

16 avril 2022

Tout en célébrant la résurrection du Christ, les chrétiens chinois ne cessent pas de vivre sa passion. Le sort de certains d’entre eux, qui émergent en raison de leurs positions dans l’Eglise ou dans la société, rappelle ponctuellement que la persécution pèse sur tous. Au début de ce mois, le 7 avril, Mgr Shao Zhumin, évêque de Wenzhou, a été emmené par les autorités chinoises hors de son diocèse. Le prélat fait partie de l’Église en Chine reconnue par le Vatican mais pas par Pékin. Il avait déjà été arrêté en novembre 2021, et mis en prison sans jugement pour plusieurs jours. Les fidèles du diocèse ont confié à l’agence de presse Asia News que leur évêque avait probablement été enlevé pour l’empêcher de célébrer les offices de la Semaine sainte. Dans un autre diocèse, celui de Xuanhua, dix religieux ont été enlevés par la police. L’évêque « clandestin » de ce diocèse, Mgr Zhao, serait mort en 2018, alors qu’il vivait caché depuis une décennie. Selon Asia News, les autorités cherchent à découvrir le lieu de sa sépulture et auraient même torturé un prélat pour obtenir ce renseignement.

Dans la province du Zhejiang, un libraire chrétien a été condamné définitivement à 7 ans de prison et à 200 000 yuans (27 600 euros) d’amende. Chen Yu, propriétaire d’une très dynamique librairie chrétienne en ligne, arrêté le 1er septembre 2020, avait fait appel à sa condamnation. Appel rejeté en janvier dernier par le tribunal de Linhai, à Taizhou dans la province du Zhejiang. Motif : Chen Yu, également connu sous le pseudonyme de Zhang Mai sur les réseaux sociaux, serait une « force anti-Chine ». Selon Radio Free Asia, des agents de police ont investi les maisons de ses clients pour confisquer leurs achats. Son crime : avoir vendu plus de 20 000 livres chrétiens, dont une majorité de bibles, en Chine mais aussi aux États-Unis et à Taïwan, ce qui aurait enragé les autorités chinoises. Où l’on voit que la Bible continue d’effrayer les pouvoirs totalitaires les plus solidement installés.

L’athéisme est de nouveau mis en exergue de la doctrine de l’État chinois dans la plus pure ligne marxiste. Durant la Conférence nationale sur les affaires religieuses, en décembre dernier, Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine, avait demandé aux cadres du parti d’accroître la surveillance en ligne et de renforcer le contrôle sur les religions, au nom de la sécurité nationale. Depuis cette conférence, le gouvernement chinois assure la promotion d’un nouveau manuel sur l’athéisme auprès des écoles, des universités et des cadres du Parti communiste chinois (PCC). Intitulé « Les principes de l’athéisme scientifique » et rédigé par Li Shen, un universitaire chinois de 76 ans, ce manuel soutient la théorie martelée par le président Xi Jinping, selon laquelle la culture chinoise a toujours été non religieuse, c’est-à-dire athée. L’un des chapitres du livre est consacré à la « preuve de la non-existence de Dieu » et aux « conséquences négatives des religions », tandis qu’un autre expose « la théorie religieuse et la politique religieuse du Parti communiste ». L’auteur soutient la promotion par le PCC du « confucianisme comme une forme d’athéisme. »

Si la Chine reconnaît cinq religions organisées (bouddhisme, taoïsme, catholicisme, protestantisme et islam), l’État communiste, officiellement athée, exige qu’elles soient strictement contrôlées par des institutions officielles. Le PCC est chargé de « guider l’adaptation des religions à la société socialiste chinoise ». Ces religions reconnues ont dû chacune adopter un plan quinquennal d’adaptation aux « caractéristiques chinoises ». La Bible n’y a pas échappé avec une nouvelle « traduction » visant à la rendre plus conforme aux fondamentaux du régime. Les persécutions contre les religions et les groupes religieux ont sensiblement augmenté depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2013. En 2018, le PCC a adopté de « Nouvelles règles sur les affaires religieuses » qui renforcent la surveillance sur les organisations religieuses et la répression contre les membres du clergé et les laïcs engagés dans des activités jugées illégales. L’athéisme d’État s’accompagne d’une politique de « sinisation des religions : l’athéisme et le nationalisme se donnent la main pour imposer les valeurs du PCC, parti unique.

Mais la résilience et la résistance des chrétiens (23 millions de protestants, 12 millions de catholiques répartis dans les Églises « officielles » et « non enregistrées ») semblent sans limites. Plusieurs évêques chinois ont appelé les catholiques à faire de 2022 une « Année du Fils de Dieu » en méditant davantage la Parole de Dieu, pour « se rapprocher de la croix et rendre Jésus plus visible dans leur vie quotidienne », a précisé Mgr Joseph Li Shan, archevêque de Pékin. Cet appel a plus de chance d’être entendu par les fidèles que celui que leur avait lancé l’an dernier les autorités pour célébrer le centenaire du Parti communiste chinois.

Philippe Oswald

Plusieurs diocèses chinois appellent les catholiques à méditer davantage la Parole de Dieu

Eglises d'Asie 23-02-2022

Plusieurs diocèses chinois appellent les catholiques à méditer davantage la Parole de Dieu

Lire l'article sur : Eglises d'Asie

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel