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Sur le rôle des papes face aux guerres des XXe et XXIe siècles

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De Luca Marcolivio sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

L'approche des papes en temps de guerre

9-7-2022

L'appel à cesser les armes, mais avec une approche différente selon la situation. Du "suicide de l'Europe civilisée" (Benoît XV) qu'a été la Grande Guerre aux tentatives de Pie XII d'éviter la Seconde Guerre mondiale, en passant par l'attitude actuelle de François. La Bussola interroge le professeur Massimo de Leonardis sur le rôle des Papes face aux guerres des XXe et XXIe siècles.

Le magistère pontifical en temps de guerre est un thème assez articulé et peu exploré. De Benoît XV à Pie XII, jusqu'à saint Jean-Paul II et François, l'approche des papes face aux grands conflits n'a jamais été univoque. Le fil conducteur de chaque expérience est probablement celui d'une déploration substantielle des armes, qui, décennie après décennie, s'est radicalisée. La Nuova Bussola Quotidiana s'est entretenue à ce sujet avec Massimo de Leonardis, professeur émérite d'histoire des relations internationales à l'Università Cattolica del Sacro Cuore de Milan.

Professeur de Leonardis, commençons par analyser l'approche diplomatique de Benoît XV : ce pape est surtout connu pour avoir condamné le "massacre inutile" de la Grande Guerre. Peut-on dire, avec cela, qu'il était un partisan de la neutralité ou, plutôt, qu'il a pris parti et que sa stratégie était plus proche de la non-belligérance ?

Le terme correct pour identifier la position du Saint-Siège dans la Grande Guerre est "impartialité", qui était également imposée par le fait que des catholiques militaient dans les deux camps et qui était aussi la condition nécessaire pour pouvoir exercer un rôle de médiateur. L'"impartialité" impose une extrême prudence dans la dénonciation explicite des violations du jus in bello par les belligérants. Je voudrais ajouter que, à mon avis, Benoît XV a prononcé une phrase encore plus lourde de sens que celle sur les "massacres inutiles". En effet, toujours dans sa note du 1er août 1917, il dit "cette guerre [...] nous apparaît comme le suicide de l'Europe civilisée", expression qu'il avait déjà utilisée deux fois. L'histoire a confirmé cette appréciation. Les vainqueurs ont pu se faire l'illusion que le massacre n'avait pas été vain : par exemple, la France a récupéré l'Alsace et la Lorraine et l'Italie a saisi Trente et Trieste. Il ne fait cependant aucun doute que, pour l'Europe dans son ensemble, les bases ont été posées pour son effacement en tant qu'acteur mondial majeur.

Pendant la Première Guerre mondiale également, les épiscopats individuels ont fait preuve d'une attitude plus "patriotique" que le Pontife. Voyez-vous des parallèles dans ce domaine avec les différences d'approche entre le pape François et certains pasteurs des églises d'Ukraine orientale pendant le conflit actuel ?

Les Églises orthodoxe et protestante ont toujours un caractère national et sont étroitement liées aux États individuels. L'Église catholique a une dimension universelle, mais cela n'exclut pas que les épiscopats et le clergé puissent adopter une attitude patriotique. Le cas le plus retentissant de dissidence par rapport à l'initiative papale s'est produit en France, où le célèbre prédicateur dominicain Antonin-Dalmace Sertillanges, de la chaire de la Madeleine, a déclaré : "Votre Sainteté, nous ne voulons pas connaître votre paix". Au Royaume-Uni, les catholiques ont dû prouver définitivement que l'accusation séculaire de trahison était infondée en raison de leur "double loyauté", envers le roi et le pape. Ce sont des situations structurelles qui se répètent encore aujourd'hui, en ce qui concerne les églises orthodoxes, qui, sans surprise, sont divisées entre celles qui sont fidèles au Patriarcat de Moscou et celles qui sont fidèles à leur propre nation.

Parlons maintenant d'Eugenio Pacelli : quel a été son rôle diplomatique pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment vis-à-vis des deux puissances victorieuses, les États-Unis et l'URSS ?

Pie XII avait été l'un des principaux acteurs des initiatives diplomatiques de Benoît XV pendant la Grande Guerre. Il était donc parfaitement conscient des possibilités limitées d'intervention dans un conflit dont les principaux acteurs étaient Hitler et Staline. En fait, Pie XII n'était en aucun cas le "pape" d'Hitler, comme certains l'ont défini de manière absurde. En revanche, son soutien au président américain Roosevelt émerge, qu'il avait rencontré en 1936 aux États-Unis et avec lequel il avait établi une relation cordiale.

Quelles ont été les principales interventions diplomatiques de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Tout d'abord, la tentative manifestement vouée à l'échec d'organiser une conférence internationale pour empêcher le déclenchement de la guerre. Un événement important, dont on se souvient peu, s'est produit en décembre 1939, à l'occasion du dixième anniversaire de la Conciliation. Le roi Victor Emmanuel III effectue une visite d'État au Vatican et, fait très significatif, Pie XII, au lieu de déléguer la tâche à la Secrétairerie d'État comme c'était l'usage, rend personnellement la visite au Quirinal, qui avait été la résidence des Papes. À partir du contexte des documents, des discours prononcés et, surtout, en considérant les réactions très irritées de Mussolini, on peut bien comprendre la signification du geste de Pie XII comme une forte pression pour que l'Italie reste en dehors de la guerre. Le pape a ensuite refusé toute forme de "bénédiction" à la "croisade antibolchevique" ; en effet, en 1941, à la demande de Roosevelt, il a apporté un soutien fondamental à l'extension à l'URSS des avantages de la loi sur les "loyers et les prêts", en encourageant une déclaration de Mgr. McNicholas, archevêque de Cincinnati, déclarant que l'encyclique Divini Redemptoris de Pie XI condamnait le communisme mais pas le peuple russe, suivie d'une résolution de soutien à la politique du président par le National Catholic Welfare Council (ancêtre de la National Conference of Catholic Bishops). Il convient également de noter que le pape, après une brève réflexion, a accepté de mettre en place un canal de communication secret avec les conspirateurs allemands anti-Hitler.

De Pie XII à François, comment les papes ont-ils considéré le concept de dissuasion ?

Dans son message radiophonique de Noël de décembre 1948, Pie XII a admirablement décrit le concept de dissuasion : "la [...] défense contre une agression injuste est sans aucun doute pleinement légitime. A cette défense est également liée la solidarité des nations, qui a le devoir de ne pas laisser à l'abandon les peuples agressés. L'assurance que ce devoir ne restera pas lettre morte, servira à dissuader l'agresseur et donc à éviter la guerre, ou du moins, dans la pire des hypothèses, à en abréger les souffrances". Dans le même document, le Souverain Pontife a critiqué deux positions opposées : "certains reprennent le vieil adage, pas tout à fait faux, mais qui se prête à être mal compris et qui a souvent été abusé : 'si vis pacem, para bellum' : si tu veux la paix, prépare la guerre. D'autres croient trouver le salut dans la formule : la paix à tout prix ! Les deux parties veulent la paix, mais les deux la mettent en danger ; les unes, parce qu'elles suscitent la méfiance ; les autres, parce qu'elles encouragent la sécurité de ceux qui préparent l'agression". Des concepts inspirés, avant même la doctrine catholique séculaire de la "guerre juste", par le droit naturel exprimé dans la maxime "vim vi repellere licet", une phrase de Cicéron transposée dans le Digeste de Justinien. Il ne me semble pas que le pape François suive la même voie doctrinale, préférant une condamnation totale de la guerre et des armements.

En dehors de ce qui a été dit jusqu'à présent, quelles sont, en général, les similitudes et les différences les plus pertinentes entre la gestion du conflit russo-ukrainien par le pape François et ce que Benoît XV et Pie XII ont fait pendant les deux guerres mondiales ?

Les deux guerres mondiales étaient évidemment des événements beaucoup plus complexes que l'actuelle crise russo-ukrainienne, qui ressemble davantage, tout en restant différente, à l'invasion américaine de l'Irak en 2003, contre laquelle saint Jean-Paul II s'est élevé, bien conscient des conséquences dramatiques qu'elle aurait entraînées. Le pape François ne désigne pas explicitement l'agresseur formel, mais rappelle le contexte non univoque qui a généré l'invasion. Avant tout, l'actuel Pontife dénonce le fait que la guerre a des conséquences désastreuses pour tous.

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