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John Henry Newman à la rescousse : les sept règles du développement authentique de la doctrine

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Après les déclarations fracassantes du pape dans l'avion qui le ramenait à Rome après son "voyage pénitentiel" au Canada, il est temps de remettre les pendules à l'heure concernant le développement de la doctrine. De Jorge Soley sur El Debate via Il Sismografo :

John Henry Newman à la rescousse. Les sept règles du développement authentique de la doctrine

Newman nous donne les sept notes que doivent posséder les développements authentiques de la doctrine et qui les différencient de ce qui n'est que des corruptions.

La tradition n'est pas quelque chose de mort, un fossile, c'est quelque chose de vivant, qui se développe et grandit. C'est pourquoi Benoît XVI a pu dire, lors d'une audience générale en avril 2006, que "la tradition n'est pas une transmission de choses ou de mots, une collection de choses mortes. La tradition est le fleuve vivant qui remonte aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes". Nous, chrétiens, le savons bien, mais en même temps, il est facile de s'embrouiller lorsque cette vérité est utilisée par différents théologiens et pasteurs pour justifier toutes sortes de déclarations, parfois même contradictoires entre elles. Un phénomène favorisé par une conception erronée et individualiste de la mission du théologien, comme s'il devait inventer toutes sortes de mots d'esprit que l'Église se chargerait ensuite de discréditer (alors qu'en réalité ces "mots d'esprit" vont généralement toujours dans le même sens, celui de se soumettre à l'esprit du temps, au Zeitgeist). Une vision qui est aux antipodes de ce que nous lisons dans le numéro 6 de Donum Veritatis. Sur la vocation ecclésiale du théologien, lorsqu'elle affirme que le théologien "a la fonction particulière de parvenir, en communion avec le Magistère, à une compréhension toujours plus profonde de la Parole de Dieu contenue dans l'Écriture inspirée et transmise par la tradition vivante de l'Église".

En résumé, la théorie est très bien, mais comment reconnaître un développement sain d'un changement qui, même si ceux qui le présentent nous disent qu'il est conforme à ce que l'Église a toujours enseigné, s'écarte en réalité du Magistère et de la Tradition et les corrompt ?

C'est une question complexe pour le chrétien ordinaire qui, néanmoins, peut trouver dans l'Essai sur le développement de la doctrine chrétienne de St John Henry Newman une bonne boussole pour s'orienter. Ce théologien radical et honnête (à tel point qu'après des années d'étude, il est arrivé à la conclusion que sa position était analogue à celle des hérétiques des premiers siècles de la vie de l'Église) nous donne le "test de la ouate", les sept notes que doivent posséder les développements authentiques de la doctrine et qui les différencient de ce qui n'est que des corruptions. Une courte liste d'une valeur incalculable aujourd'hui :

1. Tout d'abord, Newman cite ce qu'il appelle la "préservation du type" : "les parties et les proportions de la forme développée, bien qu'altérées, correspondent à celles qui appartiennent à ses rudiments".

2. La deuxième note est la continuité des principes : "la continuité ou l'altération des principes sur lesquels une idée a été développée est une deuxième marque de distinction entre un développement fidèle et une corruption".

3. La troisième note est le pouvoir d'assimilation, que Newman explique ainsi : " Il croît en assimilant la matière extérieure à sa propre substance, et cette absorption ou assimilation prend fin lorsque la matière appropriée lui appartient ou entre dans son unité substantielle ".

4. La quatrième note est une succession logique. Un véritable processus de développement suit les règles de la logique : "l'analogie, la nature du cas, la probabilité de l'antécédent, l'application des principes, la congruence, l'opportunité, sont parmi les méthodes de preuve par lesquelles le développement est transmis d'esprit à esprit et établi dans la foi de la communauté". Ce qui fait dire à Newman qu'une doctrine sera un véritable développement et non une corruption, dans la mesure où elle apparaît comme l'aboutissement logique de son enseignement originel.

5. La cinquième note est "l'anticipation de son avenir". S'il y a "des indices précoces de tendances qui sont ensuite pleinement réalisées, c'est une façon de prouver que ces réalisations systématiques ultérieures sont conformes à l'idée originale".

6. La sixième note est l'action conservatrice de son passé. Newman écrit que, "de même que les développements qui sont précédés d'indications claires ont une juste présomption en leur faveur, de même ceux qui contredisent et inversent le cours de la doctrine qui a été développée avant eux et dans laquelle ils ont trouvé leur origine sont certainement des corruptions". Si un développement contredit la doctrine antérieure, il est clair qu'il ne s'agit pas de développement, mais de corruption. Newman précise ici qu'"un véritable développement peut être décrit comme un développement qui préserve le cours des développements antérieurs... c'est un ajout qui illustre et non pas obscurcit, qui corrobore et non pas corrige le corps de pensée dont il procède".

7. Enfin, la septième note est ce que Newman appelle la "vigueur pérenne" : "la corruption ne peut pas rester longtemps et la durée est une preuve supplémentaire du véritable développement". C'est ce qui explique que "le cours des hérésies est toujours court, c'est un état intermédiaire entre la vie et la mort, ou ce qui ressemble à la mort. Ou bien, si elle ne se termine pas par la mort, elle se divise en une trajectoire nouvelle et peut-être opposée qui se prolonge sans prétendre s'y unir... si la corruption se distingue de la décadence par son action énergique, elle se distingue d'un développement par son caractère transitoire".

Il est donc tout à fait clair que la récente canonisation de Newman en octobre 2019 était providentielle, un rappel qu'en lui nous pouvons trouver une aide puissante pour un discernement sain et fondé.

Commentaires

  • Un autre théologien qui s'est penché sur ce sujet :

    La vie de saint Vincent de Lérins Père de l’Eglise, et la recherche de la source sûre de la foi (+445) (71 mn) (24 mai)
    https://youtu.be/Yqr43KgiVS4
    Thèmes abordés : Théologie fondamentale ; Comment trouver la certitude de la foi ? L’Ecriture seule ? Les nouvelles règles depuis Vatican I.
    Ce moine de l’abbaye de Lérins, reconnu comme Père de l’Eglise, établit dans son livre « Commonitorium » ou aide-mémoire trois règles sûres et inséparables permettant "de distinguer la vraie foi catholique de l'erreur des hérésies." :
    1° Tenir pour vrai ce qui a été cru « partout, toujours et par tous ».
    2° Vérifier la cohérence du progrès dans la foi : La foi se développe dans le même sens, selon le même dogme et la même pensée, un peu comme une graine donne la plante qui lui correspond.
    3° L’Ecriture doit être interprétée selon a) les traditions de l'Église universelle et b) les règles du dogme catholique.
    Le Concile Vatican I montrera en 1870 que seules les définitions dogmatiques émanant du Magistère de Pierre et de ses successeurs répondent à cette recherche d’infaillibilité.

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