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Théologie

  • La Sainte Trinité selon Benoît XVI

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    Du blog du Groupe Saint François :

    ... comment résister à en partager un passage sur ce blog? D'autant que ce professeur a réellement un charisme pour expliquer les choses complexes avec clarté!

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    extrait de son homélie:

         Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Très Sainte Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit Saint, fête de Dieu, du cœur de notre foi. Lorsque l’on pense à la Trinité, ce qui vient d’abord à l’esprit c'est la dimension du mystère : ils sont Trois et ils sont Un, un seul Dieu en trois Personnes.

    En réalité Dieu ne peut pas être autre chose qu’un mystère pour nous dans sa grandeur, et toutefois il s’est révélé : nous pouvons le connaître dans son Fils, et ainsi aussi connaître le Père et l’Esprit Saint. La liturgie d’aujourd’hui, en revanche, attire notre attention pas tant sur le mystère, que sur la réalité d’amour qui est contenue dans ce premier et suprême mystère de notre foi. Le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont un parce qu’ils sont amour et l’amour est la force vivifiante absolue, l’unité créée par l’amour est plus unie qu’une unité purement physique. Le Père donne tout au fils ; le Fils reçoit tout du Père avec reconnaissance ; et l’Esprit Saint est comme le fruit de cet amour réciproque du Père et du Fils. Les textes de la messe d’aujourd’hui parlent de Dieu et parlent donc d’amour ; ils ne s’arrêtent pas tant sur le mystère des trois Personnes, que sur l’amour qui en constitue la substance ainsi que l’unité et la trinité dans le même temps.

    Le premier passage que nous avons écouté est tiré du Livre de l’Exode — je me suis arrêté sur celui-ci dans une récente catéchèse du mercredi — et il est surprenant que la révélation de l’amour de Dieu advienne après un très grave péché du peuple. Le pacte d’alliance sur le mont Sinaï vient tout juste d’être conclu que déjà le peuple manque de fidélité. L’absence de Moïse se prolonge et le peuple dit : « Mais où est passé Moïse, où est son Dieu ? », et il demande à Aaron de lui faire un dieu qui soit visible, accessible, manœuvrable, à la portée de l’homme, à la place de ce Dieu mystérieux invisible, lointain. Aaron accepte et prépare un veau d’or.

    En descendant du Sinaï, Moïse voit ce qui est arrivé et il brise les tables de l’alliance, qui est déjà brisée, rompue, deux pierres sur lesquelles étaient écrites les « Dix Paroles », le contenu concret du pacte avec Dieu. Tout semble perdu, l’amitié semble immédiatement, dès le départ, déjà brisée. Et pourtant, malgré ce très grave péché du peuple, Dieu, par l’intercession de Moïse, décide de pardonner et l’invite à remonter sur le mont pour recevoir à nouveau sa loi, les dix Commandements et renouveler le pacte. Moïse demande alors à Dieu de se révéler, de lui faire voir son visage. Mais Dieu ne montre pas son visage, il révèle plutôt son être plein de bonté par ces mots : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » (Ex 34, 8). Et cela est le Visage de Dieu.

    Cette auto-définition de Dieu manifeste son amour miséricordieux : un amour qui l’emporte sur le péché, le couvre, l’élimine. Et nous pouvons être toujours sûrs de cette bonté qui ne nous abandonne pas. Il ne peut y avoir de révélation plus claire. Nous avons un Dieu qui renonce à détruire le pécheur et qui veut manifester son amour de manière encore plus profonde et surprenante devant le pécheur pour offrir toujours la possibilité de la conversion et du pardon.

    L’Evangile complète cette révélation, que nous écoutons dans la première lecture, parce qu’il indique à quel point Dieu a montré sa miséricorde. L’évangéliste Jean rapporte cette expression de Jésus : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (3, 16).

    Dans le monde, il y a le mal, il y a l’égoïsme, il y a la méchanceté, et Dieu pourrait venir pour juger ce monde, pour détruire le mal, pour châtier ceux qui œuvrent dans les ténèbres. En revanche, il montre qu’il aime le monde, qu’il aime l’homme, malgré son péché, et il envoie ce qu’il a de plus précieux : son Fils unique. Et non seulement il l’envoie, mais il en fait don au monde. Jésus est le Fils de Dieu qui est né pour nous, qui a vécu pour nous, qui a guéri les malades, pardonné les péchés, accueilli chacun. En répondant à l’amour qui vient du Père, le Fils a donné sa propre vie pour nous : sur la croix l’amour miséricordieux de Dieu touche son point culminant. Et c’est sur la croix que le Fils de Dieu nous obtient la participation à la vie éternelle, qui nous est communiquée par le don de l’Esprit Saint.

    Ainsi dans le mystère de la croix sont présent les trois Personnes divines : le Père qui donne son Fils unique pour le salut du monde ; le Fils qui accomplit jusqu’au bout le dessein du Père ; l’Esprit Saint — répandu par Jésus au moment de sa mort — qui vient nous faire participer à la vie divine, qui vient transformer notre existence, pour qu’elle soit animée par l’amour divin.

  • Le pape François doit-il être rejeté comme hérétique ? Débat Abbé Janvier Gbénou / Arnaud Dumouch, (121 mn) mai 2024

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    Une première fois, le 24 sept 2017, des théologiens (prêtres et professeurs) avaient posté une lettre publique portant sept questions, sept reproches présentés comme « de possibles hérésies du pape François ». Ils attendaient une réponse du Vatican qui n’est jamais venue.

    Le 1er mai 2019, leur démarche devient officielle et canonique, et est formulée comme suit : « Eminence, Béatitude, Excellence, nous vous adressons cette lettre pour deux raisons : premièrement, pour accuser le Pape François du délit canonique d'hérésie, et deuxièmement, pour vous demander de prendre les mesures nécessaires pour réagir à la situation grave d'un pape hérétique. »

    https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2019/04/universitaires-catholiques-accusent-pape-francois-heresie-texte-francais-integral.html

    Dans cette vidéo, le Père Janvier Gbénou de l'Opus Dei et Arnaud Dumouch débattent de ces points.

    Le pape François doit-il être rejeté comme hérétique ? Débat Abbé Janvier Gbénou / Arnaud Dumouch, (121 mn) 21 mai 2024 /

    https://youtu.be/ruJl5vXnUYY

    L'Abbé Janvier Gbénou est prêtre de l'Opus Dei. Il a listé une dizaine d'erreurs théologiques ou pastorales graves qu'il impute publiquement au pape François et il a lancé des campagnes sur internet pour les dénoncer. L'Opus Dei a, en conséquence, initié une démarche canonique pénale contre lui.

    Avec Arnaud Dumouch et selon la méthode donnée par le pape Benoît XVI, nous prenons ces erreurs hypothétiques une par une et Arnaud Dumouch montre qu'il faut distinguer :

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  • Bède le Vénérable (25 mai) : un bâtisseur de l'Europe chrétienne au VIIIème siècle

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    De BENOÎT XVI lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 18 février 2009 :

    Bède le vénérable

    Chers frères et sœurs,

    Le saint que nous évoquons aujourd'hui s'appelle Bède et naquit dans le Nord-Est de l'Angleterre, plus exactement dans le Northumberland, en 672/673. Il raconte lui-même que ses parents, à l'âge de sept ans, le confièrent à l'abbé du proche monastère bénédictin, afin qu'il l'instruise:  "Depuis lors - rappelle-t-il -, j'ai toujours vécu dans ce monastère, me consacrant intensément à l'étude de l'Ecriture et, alors que j'observais la discipline de la Règle et l'engagement quotidien de chanter à l'église, il me fut toujours doux d'apprendre, d'enseigner ou d'écrire" (Historia eccl. Anglorum, v, 24). De fait, Bède devint l'une des plus éminentes figures d'érudit du haut Moyen-Age, pouvant utiliser les nombreux manuscrits précieux que ses abbés, revenant de leurs fréquents voyages sur le continent et à Rome, lui portaient. L'enseignement et la réputation de ses écrits lui valurent de nombreuses amitiés avec les principales personnalités de son époque, qui l'encouragèrent à poursuivre son travail, dont ils étaient nombreux à tirer bénéfice. Etant tombé malade, il ne cessa pas de travailler, conservant toujours une joie intérieure qui s'exprimait dans la prière et dans le chant. Il concluait son œuvre la plus importante, la Historia ecclesiastica gentis Anglorum, par cette invocation:  "Je te prie, ô bon Jésus, qui avec bienveillance m'a permis de puiser aux douces paroles de ta sagesse, accorde-moi, dans ta bonté, de parvenir un jour à toi, source de toute sagesse, et de me trouver toujours face à ton visage". La mort le saisit le 26 mai 735:  c'était le jour de l'Ascension.

    Les Saintes Ecritures sont la source constante de la réflexion théologique de Bède. Après une étude critique approfondie du texte (une copie du monumental Codex Amiatinus de la Vulgate, sur lequel Bède travailla, nous est parvenue), il commente la Bible, en la lisant dans une optique christologique, c'est-à-dire qu'il réunit deux choses:  d'une part, il écoute ce que dit exactement le texte, il veut réellement écouter, comprendre le texte lui-même; de l'autre, il est convaincu que la clef pour comprendre l'Ecriture Sainte comme unique Parole de Dieu est le Christ et avec le Christ, dans sa lumière, on comprend l'Ancien et le Nouveau Testament comme "une" Ecriture Sainte. Les événements de l'Ancien et du Nouveau Testament vont de pair, ils sont un chemin vers le Christ, bien qu'ils soient exprimés à travers des signes et des institutions différentes (c'est ce qu'il appelle la concordia sacramentorum). Par exemple, la tente de l'alliance que Moïse dressa dans le désert et le premier et le deuxième temple de Jérusalem sont des images de l'Eglise, nouveau temple édifié sur le Christ et sur les Apôtres avec des pierres vivantes, cimentées par la charité de l'Esprit. Et de même qu'à la construction de l'antique temple contribuèrent également des populations païennes, mettant à disposition des matériaux précieux et l'expérience technique de leurs maîtres d'œuvre, à l'édification de l'Eglise contribuent les apôtres et les maîtres provenant non seulement des antiques souches juive, grecque et latine, mais également des nouveaux peuples, parmi lesquels Bède se plaît à citer les celtes irlandais et les Anglo-saxons. Saint Bède voit croître l'universalité de l'Eglise qui ne se restreint pas à une culture déterminée, mais se compose de toutes les cultures du monde qui doivent s'ouvrir au Christ et trouver en Lui leur point d'arrivée.

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  • Problèmes liés aux nouvelles normes du Vatican en matière de vérification des phénomènes surnaturels

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    De Gavin Ashenden sur le Catholic Herald :

    Problèmes liés aux nouvelles normes du Vatican en matière de vérification des phénomènes surnaturels
     
    24 mai 2024

    L'un des attraits les plus convaincants du catholicisme est l'immersion dans le surnaturel. L'Église est née avec le miracle de la résurrection. Elle a été lancée par le miracle de la Pentecôte. 

    Les anciens dieux païens de l'Empire romain ont cédé devant la puissance surnaturelle de l'Église sub-apostolique. Malgré les efforts des schismatiques au cours des siècles, Dieu a renouvelé et rafraîchi son Église en lui insufflant le mystère du miraculeux. Le protestantisme a de plus en plus succombé à la rationalité terne ou à l'hyper hystérie. Dans le monde catholique, les apparitions de la Vierge restent l'un des outils les plus puissants pour renouveler la piété, le repentir et la foi.  

    Mais le surnaturel est à double tranchant.  Il nous présente des interventions authentiques, mais aussi des phénomènes déformés, voire diaboliques. C'est un truisme de dire que le mal a la capacité de se présenter comme un bien. Il est tout aussi vrai que le surnaturel peut être imité. 

    L'Église catholique a pris la tâche du discernement très au sérieux. La capacité à distinguer le bien du mal, l'authentique de l'illusoire, est un enjeu majeur. La dernière procédure d'évaluation de l'authenticité des phénomènes surnaturels remonte à 1978. Il existe un certain nombre de raisons convaincantes de repenser le processus, comme l'a fait le Vatican ce mois-ci en publiant de nouvelles normes pour l'examen des révélations privées, dont la plus convaincante est le développement des médias sociaux.

    Les nouvelles normes soulignent à juste titre que les médias sociaux catapultent les idées, les expériences et les nouvelles dans l'espace public à une vitesse inégalée, ce qui a notamment pour conséquence de réduire l'espace de réflexion, de prière, de test et d'évaluation. Si nous évaluons les nouvelles normes d'un point de vue pratique, elles offrent quelques raisons sensées de revoir les normes maintenant. Mais d'autres perspectives soulèvent des questions plus complexes et menacent d'inquiéter les fidèles.

    La première est que, dans une analyse attentive du surnaturel, le document commence par souligner à juste titre que même les épisodes authentiques peuvent être entachés d'abus. Il poursuit ensuite avec bon sens :

    "En considérant de tels événements, il ne faut pas négliger, par exemple, la possibilité d'erreurs doctrinales, d'une simplification excessive du message évangélique ou de la diffusion d'une mentalité sectaire. Enfin, il est possible que les croyants soient induits en erreur par un événement attribué à une initiative divine alors qu'il n'est que le produit de l'imagination, du désir de nouveauté, de la tendance à fabriquer des faussetés (mythomanie) ou de l'inclination au mensonge de quelqu'un."

    Il ne mentionne pas le danger supplémentaire de l'usurpation d'identité diabolique. Et c'est cette absence de perspective complète du surnaturel qui laisse au lecteur le sentiment troublant que si le Vatican se sent trop mal à l'aise pour ne serait-ce que mentionner la possibilité d'une interférence diabolique, il ne dispose peut-être pas d'un personnel suffisamment qualifié sur le plan théologique pour faire la différence entre l'authentique, l'anthropologiquement mimétique et le satanique.

    À un certain niveau, on peut discuter, sur une base pragmatique, de la possibilité de modifier les catégories disponibles de manière à ce que la possibilité d'authentifier une révélation privée ou une apparition n'existe plus. Le "ciel" intervient rarement, la plupart des phénomènes comportent un certain degré d'ambiguïté, et il se peut que le "Nihil obstat" soit une réponse suffisamment circonspecte de la part du centre.

    En fait, étant donné le problème insoluble que pose Medjugorje, on peut éprouver une certaine sympathie pour les autorités. Elles sont confrontées, d'une part, à un contexte ultranationaliste hautement politisé, à une échelle de temps problématiquement longue et à une bibliothèque de "messages" dont le contenu et la forme varient considérablement et, d'autre part, à un nombre énorme de pèlerins passionnés qui veulent faire connaître leur joie et leurs expériences, qui vont de la conversion profonde à un renouveau spirituel intense. Si ces nouvelles catégories visent à contourner un problème pour lequel il n'existe pas de solution évidente, on ne peut qu'être compréhensif. 

    Cependant, les cas difficiles font de mauvaises lois ; et toute la stratégie consistant à changer les règles pour une apparition n'aurait pas de sens s'il s'agissait de la cause principale.

    Mais peut-être y a-t-il d'autres causes ?

    Lorsque le Ciel intervient de manière authentique, c'est généralement parce que quelque chose ne va pas et qu'il faut y remédier. De nombreuses apparitions mariales, qu'il s'agisse de celles de Fatima qui ont été entièrement authentifiées, d'Akita au Japon ou de Quito en Équateur, ont en leur centre une puissante réprimande adressée au clergé et aux hauts prélats pour avoir compromis, déformé ou répudié la foi. Il n'est pas nécessaire d'être cynique pour penser qu'il est peut-être un peu trop commode pour ceux qui pourraient être ou sont la cible de l'appel marial à la repentance de se glisser dans un lieu confortable d'agnosticisme métaphysique lorsqu'il s'agit d'évaluer la validité de l'intervention. 

    Il est également étrange qu'un pape qui ne cesse de faire savoir qu'il souhaite un climat d'accompagnement mutuel et de synodalité interdépendante et réciproque, retire la responsabilité apostolique à l'évêque local et se réserve le pouvoir de reconnaissance. Bien entendu, l'évêque local et ses conseillers sont plus à même de connaître le contexte global dans lequel se déroulent les phénomènes et les conséquences positives ou négatives qui en découlent. Pourquoi le Vatican voudrait-il supprimer la responsabilité et l'autorité et les restreindre ainsi au centre ? 

    Dans le document, les nouvelles normes permettent au Vatican de modifier rétrospectivement la reconnaissance et l'affirmation d'un événement. Ce serait toutefois désastreux pour la confiance des laïcs. S'il existe une plainte universelle à l'égard du pontificat actuel, c'est celle, justifiée, qu'il a apporté avec lui une ambiguïté non catholique inutile et, par conséquent, dans divers domaines de la vie catholique, quelque chose qui s'approche du chaos.

    Le chaos et l'ambiguïté ne sont pas reconnus comme des fruits de l'Esprit Saint. Ainsi, dans des circonstances où la haute hiérarchie actuelle semble sous-équipée pour pratiquer le discernement de manière adéquate dans son propre ministère, ces nouvelles normes ne renforceront pas facilement la confiance des laïcs dans la relation entre la hiérarchie de l'Église et les laïcs baptisés qui cherchent à être guidés et soutenus dans leurs prières et leurs jugements en vue du renouveau de l'Église en temps de crise.

  • Phénomènes surnaturels : les nouvelles normes nient la possibilité de reconnaître les traces de l'intervention de Dieu dans l'histoire humaine

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Les nouvelles normes sur les apparitions mettent en pièces l'apologétique

    Le document présenté le 17 mai est en nette rupture avec l'attitude que l'Église a toujours eue à l'égard des phénomènes surnaturels. Les nouvelles normes nient la possibilité de reconnaître les traces de l'intervention de Dieu dans l'histoire humaine.

    23_05_2024

    Les nouvelles normes sur les apparitions mariales présentées le 17 mai dernier nous obligent à jeter un regard neuf sur l'attitude traditionnelle de l'Église à l'égard des phénomènes surnaturels afin de comprendre si ces normes s'inscrivent ou non dans la continuité. Il a toujours été connu que l'attitude de l'Eglise dans ce domaine est celle de la prudence. D'autre part, nous avons les impératifs de l'apôtre Paul : "N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties ; examinez tout, retenez ce qui est bon" (1 Th 5,19-21). Ces deux aspects sont complémentaires : la prudence est précisément au service de l'exhortation paulinienne, c'est-à-dire que l'Église est appelée à tout examiner, afin de parvenir autant que possible à la certitude morale que tel ou tel événement est bien une manifestation de l'Esprit.

    L'attitude de l'Église a toujours été précisément d'observer, d'examiner, de passer au crible, afin de parvenir à un jugement positif ou négatif sur l'éventuelle origine surnaturelle de certains phénomènes. Une certaine systématisation de ces critères a été l'œuvre d'importants théologiens du XVe siècle, tels que le cardinal dominicain Juan de Torquemada et le docteur Christianissimus, Jean de Gerson. Il semble que l'intérêt théologique pour les phénomènes surnaturels ait été déclenché par la décision du concile (controversé) de Bâle d'examiner les célèbres révélations célestes de sainte Brigitte de Suède.

    Deux conciles œcuméniques ultérieurs, le Latran V (1512-1517) et le Tridentin (1545-1563), ont déclaré qu'il appartenait à l'évêque compétent d'agir et de se prononcer définitivement sur tout phénomène surnaturel, avec l'aide de quelques "docti et gravi" (Latran) et "theologi et pii" (Tridentin). Il s'agit d'un double principe - compétence de l'évêque et recours aux experts - qui garantit d'une part la dimension de la communion hiérarchique, et d'autre part la science et la compétence nécessaires pour parvenir à un jugement qui se rapproche le plus possible de la certitude morale. Reste la "réserve apostolique", c'est-à-dire la possibilité d'une intervention du Siège apostolique, même sans le consentement de l'évêque.

    Le XVIe siècle a vu l'apport extraordinaire de mystiques tels que Sainte Thérèse d'Avila, Saint Jean de la Croix et Saint Ignace de Loyola, qui ont enrichi le discernement des prétendus phénomènes surnaturels avec des critères plus fins. Les siècles suivants ont vu l'émergence d'importants traités théologiques, parmi lesquels le De discretione spirituum du cardinal Giovanni Bona, et surtout l'œuvre du cardinal Prospero Lambertini, le futur Benoît XIV, tant le monumental De servorum Dei beatificatione que l'ouvrage qui lui est aujourd'hui attribué par la critique et qui est enfin disponible dans une édition critique, les Notæ de miraculis.

    Cela conduit aux Normæ de 1978, qui résument le long développement historique retracé, en énumérant quelques critères positifs et négatifs selon lesquels l'Ordinaire peut juger le fait considéré, les relations avec la Conférence épiscopale concernée et avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les Normæ susmentionnées servaient à "juger, au moins avec une certaine probabilité" de l'éventuelle origine surnaturelle du phénomène concerné.

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  • Peter Seewald : « Nous avons perdu le paradis. »

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    Du Tagespost (! en traduction automatique):

    Peter Seewald : « Nous avons perdu le ciel »

    Penser la vie depuis la fin : le texte de la conférence du biographe de Benoît XVI à l'occasion de son doctorat honorifique du STH Bâle.

    18 mai 2024

    L'Université de théologie de Bâle (STH Bâle) a décerné le 13 mai un doctorat honorifique au journaliste et biographe de Benoît XVI, Peter Seewald. Selon l'université, Seewald a reçu un doctorat honoris causa pour ses réalisations journalistiques, comme une biographie sur Jésus-Christ . Le «Tagespost» documente la conférence avec l'aimable autorisation de Seewald.

    Chers collègues de l'Université de Théologie de Bâle, avec le recteur Professeur Dr. Thiessen,
    cher Archevêque Dr. Ganswein,
    Mesdames et Messieurs !

    Tout d'abord, cher Professeur Dr. Schwanke, merci beaucoup pour votre discours élogieux, que j'apprécie beaucoup. Beaucoup trop d'éloges, à mon avis, mais bien sûr, j'en suis vraiment comblé.  

    Je tiens à vous remercier infiniment pour le grand honneur que vous me faites aujourd'hui en me décernant un doctorat honorifique de votre université. En guise d'expression de ma gratitude, je voudrais vous proposer quelques réflexions sur un sujet auquel personne ne peut échapper. Personne dans la pièce et personne dehors. Même si on aimerait l'ignorer. Comme le disait Sigmund Freud : « Tout le monde pense que tout le monde est mortel – sauf lui-même. »

    La mort est le mur de séparation

    Il s'agit de la mort. Le « Silent Highway Man », comme l’appellent les Britanniques. Qui a tant de facettes, connaît tant de rites, emploie tant de poètes, penseurs, compositeurs et peintres. La mort est le mur de séparation. Non seulement parce que cela sépare la vie de la non-vie, mais aussi parce que cela sépare deux visions du monde qui ne pourraient pas être plus différentes. Selon l’un d’eux, je vis comme si ma courte existence sur terre était tout ce à quoi je devais m’attendre. D’un autre côté, je crois en une existence ultérieure immortelle et fantastique, que le christianisme appelle « vie éternelle ».

    «On ne meurt qu'une fois», écrivait l'écrivain suisse Urs Widmer, «et c'est garanti.» Lorsque le christianisme parle de mort, il ne s'agit pas d'un événement ultime, final ou d'une « absurdité », comme Sartre qualifiait la mort, ni de « l'être vers la mort » de Heidegger, qui est la conclusion essentielle de la vie. L’idée chrétienne vise une vue d’ensemble. Elle affirme avec audace que les humains sont mortels d’une part, mais aussi immortels en même temps. 

    Y a-t-il une vie après la mort ? La foi chrétienne répond à cette question par un « oui » retentissant. S’il existe un corps terrestre, affirmait l’ apôtre Paul , « il y a aussi un corps céleste » (1 Cor. 15 :42). Karl Rahner appelle cela « se perfectionner ». Cela est lié à la question de savoir ce que signifie être humain. Et pourquoi la nature humaine est ancrée dans un profond désir de bonheur intemporel, de paix et de justice, qu’aucune compétence au monde, aucune richesse, aucun luxe, aucune carrière, aucun sexe ne pourra jamais satisfaire. Heinrich Böll a expliqué ce désir par le « fait » que « nous savons tous en réalité - même si nous ne l'admettons pas - que nous ne sommes pas tout à fait chez nous ici sur terre. Pour que nous appartenions à un autre endroit.

    Quiconque parle de la vie éternelle doit d’abord parler de la mort. « La mort est survenue » est l'ancienne formule pour annoncer le décès d'une personne. La mort frappe et personne ne peut lui montrer la porte. Environ 160 000 personnes meurent chaque jour dans le monde, soit près de 60 millions par an. Cela équivaut à la population de la Suède, de la Norvège, de la Belgique, de l’Autriche et de l’Australie réunies. Beaucoup d'entre eux sont dus à des accidents, à la violence, à la guerre, la plupart à cause du diabète, du cancer, de la maladie d'Alzheimer ou de crises cardiaques. On pourrait aussi dire : à cause de l'âge. La question est alors : la vieillesse est-elle une maladie qui peut être surmontée, comme le propagent les transhumanistes, pour ensuite rester jeune pour toujours ? Ou y a-t-il un programme qui touche à sa fin ?

    L'homme n'est jamais que la vie

    La personne la plus âgée que nous connaissions était Jeanne Louise Calment de Provence. Elle est décédée en 1997 à l'âge de 122 ans. Elle n'avait jamais travaillé, fumait de toute sa vie, mangeait un kilo de chocolat par semaine et jouissait d'une bonne santé jusqu'au bout. "Je n'ai jamais eu plus d'une ride", coquette-t-elle, même centenaire, "et c'est sur cela que je suis assise. La deuxième personne la plus âgée du monde était la religieuse française André." Elle avait 118 ans. Lorsqu'un journaliste lui a demandé le secret de sa longue vie, elle a répondu : « Dieu ne veut pas de moi. »

    Au Haut Moyen Âge et bien au-delà, l’espérance de vie moyenne était de 33 ans. Mais soudain, en un seul siècle, de 1870 à 1970, cette durée a doublé, passant d'environ 35 à 70 ans. Aujourd'hui, en Allemagne, il est de 78,9 ans pour les hommes et de 83,6 ans pour les femmes. La tendance, comme dans de nombreuses régions du monde, continue de s’accentuer.

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  • Le cardinal Hollerich et le synode qui devait inévitablement advenir

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    D'Ed. Condon sur The Pillar :

    Le cardinal Hollerich et le synode qui devait inévitablement advenir

    17 mai 2024

    Le rapporteur général du synode mondial sur la synodalité, le cardinal Jean Claude Hollerich, a soutenu cette semaine les progrès progressifs et « avec tact » vers l'ordination des femmes à la prêtrise.

    Le cardinal, qui est également archevêque de Luxembourg, a été nommé par le pape François pour superviser la collecte et la synthèse des discussions et des réponses au cours du processus synodal pluriannuel, qui doit se réunir à nouveau à Rome en octobre.

    L'appel de Mgr Hollerich à une discussion « patiente » sur l'ordination sacramentelle des femmes va à l'encontre de l'affirmation de François selon laquelle de telles ordinations sont impossibles et que le synode ne devrait pas être considéré comme un lieu de débat sur les changements doctrinaux.

    Mais si Hollerich est autorisé à poursuivre son rôle sans être corrigé, beaucoup pourraient remettre en question l'intégrité de l'ensemble du processus synodal - et même la sincérité du pape quant à ses intentions à cet égard.

    -

    S'adressant au portail officiel de la conférence épiscopale suisse le 17 mai, le cardinal luxembourgeois a déclaré que la campagne pour l'ordination sacramentelle des femmes devait faire preuve de « tact et de patience » s'ils voulaient voir de « vraies solutions ».

    « Si vous attaquez trop, vous n'obtiendrez pas grand-chose », a averti l'homme chargé de rassembler et de synthétiser les conclusions du processus synodal. « Il faut être prudent, faire un pas après l'autre, et alors on pourra peut-être aller très loin ».

    Selon le portail des évêques suisses, l'enseignement sur l'ordination sacramentelle réservée aux seuls hommes « n'est pas une doctrine infaillible », et le cardinal a semblé être d'accord, déclarant : « Cela peut être changé. Il faut des arguments et du temps.

    L'argument principal de Mgr Hollerich était, en résumé, que l'Eglise dans son ensemble n'était pas prête à accepter les femmes prêtres pour le moment, et qu'il fallait s'engager dans une argumentation à long terme en faveur du changement, et qu'en essayant d'en faire trop, trop tôt, on risquait de galvaniser l'opposition. « Nous devons faire très attention à ne pas provoquer un énorme retour de bâton », a-t-il déclaré.

    Pour ceux qui ont travaillé pour qu'un processus synodal authentique produise des fruits spirituels réels - et qui se sont efforcés de combattre les dénonciations cyniques et souvent stridentes du synode comme cheval de Troie doctrinal - les commentaires de Mgr Hollerich seront probablement comme un seau d'eau froide.

    Contrairement à ce qu'affirme Mgr Hollerich, l'enseignement de l'Église sur l'impossibilité sacramentelle de l'ordination des femmes ne peut être modifié. Il a été défini par les papes successifs, y compris François - plus d'une fois - comme étant au-delà de l'autorité de l'Église.

    Et, contrairement à l'appel de Mgr Hollerich en faveur d'un plus grand engagement synodal sur le sujet, en vue de gains à long terme, le pape François a déclaré à plusieurs reprises que le synode n'était pas destiné à débattre de la doctrine.

    Malgré l'enseignement de l'Église, l'affirmation des papes (au pluriel) sur l'immuabilité de cet enseignement et l'insistance du pape (au singulier) sur le fait que ce genre de choses n'a pas sa place dans le synode convoqué sous son autorité, le cardinal Hollerich a déclaré aujourd'hui qu'il était important de continuer malgré tout - bien que de manière synodale afin de ne pas provoquer « une tempête sur d'autres continents ».

    Que doivent donc penser les catholiques du rejet par le cardinal Hollerich de l'enseignement de l'Église et de l'autorité papale, et de son encouragement aux autres à faire de même (mais avec « patience et tact » pour ne pas contrarier les Africains, bien sûr) ?

    Il est très probable que de nombreux catholiques, y compris des évêques - dont des délégués synodaux - seront indignés. Peut-être à juste titre 

    Comment, se demanderont-ils probablement, un cardinal ou l'Église peuvent-ils rejeter un enseignement de l'Église « considéré comme définitif par tous les fidèles de l'Église » et rester en poste en tant qu'évêque diocésain ?

    Et comment le rapporteur général du synode peut-il encourager ouvertement l'orientation du synode vers la mise en œuvre d'un moyen et d'une fin que le pape a déclarés contraires à ses souhaits ?

    Il se peut qu'il n'y ait pas de réponse facile à l'une ou l'autre de ces questions. 

    Le pape François s'est montré plus disposé que tout autre pape depuis des décennies, voire des siècles, à déposer des évêques de sa propre autorité lorsqu'il juge que leur ministère est devenu inefficace ou qu'il a provoqué un scandale. L'inaction papale continue sur les remarques de Hollerich invitera maintenant à la conclusion que François n'a tout simplement pas conclu que Hollerich est soit inefficace, soit scandaleux.

    Il en résultera que ceux qui, dans l'Église, ne peuvent accepter qu'il puisse jamais faire ce qu'il « n'a aucune autorité pour faire » verront le synode comme ce que Hollerich croit clairement qu'il est et ce que le pape François a insisté sur le fait qu'il n'est pas : un parlement pour voter et abroger la doctrine.

    Tant que Hollerich restera en poste, beaucoup de ces mêmes catholiques auront du mal à croire qui que ce soit, même et peut-être surtout le pape François, lorsqu'ils diront que ce n'est pas ce que le synode est, ou qu'il est censé réaliser.

    Et comme toutes les parties savent maintenant clairement comment le rapporteur général voit le synode, on peut raisonnablement s'attendre à ce que les délégués se comportent en conséquence lorsque l'assemblée synodale se réunira à nouveau en octobre. 

    La discussion sera probablement amère. Elle sera probablement source de division. Elle risque de semer la confusion dans l'Église et de nuire au bien des âmes.

    Ce ne sera pas le synode que le pape François a déclaré vouloir, mais étant donné qu'il a confié le processus à un cardinal qui croit que l'Église peut, doit et finira par tenter l'impossible sacramentellement, c'est probablement aussi le synode qu'il devait inévitablement obtenir.

  • Ce qui s'est passé le jour de la Pentecôte

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    Du site de la Communauté de l'Emmanuel :

    Que s’est-il passé le jour de la Pentecôte ?

    CET ARTICLE FAIT PARTIE DU DOSSIER THÉMATIQUE : Recevons l’Esprit Saint →

    Jésus a promis aux disciples l’Esprit Saint. Quel changement est-il venu apporter dans le cœur des disciples ? Et comment le comprendre au travers du discours de l’apôtre Pierre à la foule ?

    La promesse de Jésus

    Avant sa passion, sachant qu’il allait les quitter, Jésus a promis à ses disciples de ne pas les laisser orphelins : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet , pour qu’il soit avec vous à jamais… Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière » (Jean 14, 16 et Jean 16, 13). Après sa résurrection, Jésus a renouvelé sa promesse : « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut. » (Luc 24, 49) Ou encore : « Jean, lui, a baptisé avec de l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours. […] Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 5 et 8).

    Les disciples ont obéi à Jésus. Ils sont demeurés à Jérusalem, et après l’Ascension du Seigneur, ils sont restés en prière au Cénacle : « Rentrés en ville, ils montèrent à la chambre haute où ils se tenaient habituellement. C’étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée et Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères » (Actes 1, 13-14). Saint Luc, l’auteur des Actes des Apôtres, souligne plusieurs points importants : les apôtres priaient assidûment ; ils étaient unis dans cette prière avec Marie, mère de Jésus ; c’est au cœur de cette prière et de cette communion qu’un événement extraordinaire fait irruption dans leur vie.

    La Pentecôte

    « Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. » (Actes 2, 1-4)

    L’Esprit Saint fait irruption avec force. Il s’agit d’un « violent coup de vent » qui fait tellement de bruit qu’une grande foule – « une multitude », dit le texte (Actes 2, 6) – se rassemble devant la maison par curiosité. Le récit signale tout d’abord que le bruit remplit toute la maison, avant que le feu ne se sépare en langues qui reposeront sur chacun des occupants du Cénacle. Ceci signifie qu’avant d’être un don personnel, l’onction de l’Esprit Saint est donnée en plénitude à l’Église tout entière. C’est elle qui, en premier lieu, en est toute remplie. Toute effusion de l’Esprit procède du don fait par Dieu à son Église.

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  • En quoi, précisément, consiste l'unité de l'Église ?

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    De George Weigel sur le Catholic World Report :

    En quoi, précisément, consiste l'unité de l'Église ?

    Il ne peut y avoir de mise entre parenthèses des questions morales dans un véritable dialogue sur la recomposition de l'unité chrétienne.

    15 mai 2024

    Parmi les nombreuses questions urgentes soulevées par les synodes sur la famille de 2014 et 2015 et l'actuel synode sur la synodalité - questions qui auront inévitablement une incidence sur le prochain conclave papal - figure celle de l'unité : en quoi, précisément, consiste l'unité de l'Église ?

    Quel est le contenu du « un » dans l'affirmation du Credo de « l'Église une, sainte, catholique et apostolique » ?

    Les synodes sur la famille se sont penchés sur cette question lors de leurs débats sur l'aptitude à recevoir la Sainte Communion : Les personnes ayant contracté des mariages canoniquement irréguliers, qui ne vivent pas en unité avec l'enseignement et la pratique pastorale de l'Église, peuvent-elles participer pleinement au sacrement de l'unité, l'Eucharistie ? Ou doivent-ils s'abstenir de recevoir la Sainte Communion tout en se joignant à la communauté pour offrir un véritable culte au Père ?

    Les ambiguïtés d'Amoris Laetitia, l'exhortation apostolique post-synodale qui a suivi ces synodes, n'ont pas résolu cette question. Au contraire, elles ont renforcé la crainte que des lignes de fracture ne s'ouvrent dans l'Église, certaines Églises locales interprétant Amoris Laetitia selon la ligne qu'elles avaient adoptée lors des synodes (c'est-à-dire que les personnes mariées de manière irrégulière pouvaient recevoir la Sainte Communion) et d'autres Églises locales interprétant l'exhortation apostolique différemment (les personnes mariées de manière irrégulière devraient s'abstenir de recevoir la Sainte Communion). Ces lignes de fracture étaient vraiment profondes. En effet, comment se fait-il qu'une source de grâce sanctifiante en Allemagne soit un péché grave à dix kilomètres de là, du côté polonais de la frontière germano-polonaise ?

    C'est d'ailleurs une préoccupation que le groupe des treize cardinaux (aujourd'hui tristement célèbre dans certains milieux) a envisagé de soulever dans sa lettre au pape au début du Synode 2015. Dans cette lettre, les cardinaux demandaient poliment une révision des procédures du Synode afin qu'il y ait un débat synodal plus solide et un processus de vote dans lequel les pères synodaux rendraient leurs jugements sur des propositions spécifiques.

    Une première version de cette lettre mettait en garde contre la possibilité que l'Église catholique en vienne à ressembler à la Communion anglicane à option locale, dans laquelle certaines Églises nationales constitutives croyaient et pratiquaient d'une certaine manière, et d'autres Églises constitutives croyaient et pratiquaient le contraire : c'était là, suggérait-on, la voie du véritable schisme. Finalement, les cardinaux ont décidé de se concentrer uniquement sur les procédures synodales et ce drapeau jaune d'avertissement n'a pas été inclus dans le texte final de la lettre.

    Pourtant, l'inquiétude est restée. Et elle s'est intensifiée depuis, notamment en raison des diverses réactions à la déclaration de décembre 2023 du Dicastère pour la doctrine de la foi sur la possibilité de bénir les personnes vivant dans des unions et des relations homosexuelles. Les Eglises de Belgique et d'Allemagne ont applaudi (et ont continué à faire ce qu'elles faisaient déjà) et les Eglises d'Afrique ont exprimé un ferme « Non, merci ».

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  • Un exemple de discernement sur une fausse apparition : Notre Dame de Trévignano, par Mgr Salvi 2024 (39 mn)

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    Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) va publier un document qui organise canoniquement la méthode de discernement concernant les apparitions privées. 
     
    Voici, en préparation de ce document, un exemple de procédure calqué sur celle de la canonisation des saints (pape Urbain VIII) produite par un évêque italien, Monseigneur Marco Salvi  : 

    Un exemple de discernement sur une fausse apparition : Notre Dame de Trévignano, par Mgr Salvi 2024 (39 mn)

    Cette apparition qui a eu une grande notoriété sur internet a été déclaré définitivement fausse en avril 2024 par l’évêque du lieu : « constat de non surnaturalité ». Cette vidéo permet de suivre la démarche canonique de l’évêque Monseigneur Salvi et la manière dont qu’il procède de manière définitive à travers les 2 critères suivants :

    1° Le critère objectivable de l’enseignement doctrinal de la présumée apparition : CONCLUSION : « Le message de cette apparition contient de vraies hérésies de type millénariste. Le salut n'y est plus théologal (humilité et charité fondée sur la foi) mais est lié à une série de refuges matériels ».

    2° Le discernement souple et ouvert sur les fruits spirituels : La démarche est ici moins facile mais on constate que, après la publication du décret en "constat de non surnaturalité", l'apparition recommande de ne pas se soumettre à la voie de l'Eglise.

  • Que penser des révélations privées ?

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    De l'Abbé Alexis Piraux (FSSP Bruxelles) :

    Que penser des révélations privées ?

    Il peut nous arriver occasionnellement d’entendre parler de « révélations privées » dans l’Église. Dans ce court article, nous allons préciser de quoi il s’agit ; puis nous dirons quelle est l’attitude à adopter face à ces révélations.

    • Qu’est-ce qu’une révélation privée ?

    « La révélation est la manifestation surnaturelle d’une vérité cachée ou d’un secret divin, pour le bien général de l’Église ou le bénéfice d’un individu »[1]. On distingue deux types de révélations.

    D’abord, la « révélation publique » (ou la Révélation), qui est la manifestation, par Dieu, des vérités naturelles et surnaturelles requises en vue du salut de tout homme ; cette Révélation qui constitue « l’objet de la foi catholique[2] a atteint sa plénitude dans l’enseignement de Jésus-Christ et se trouve achevée à la mort du dernier Apôtre »[3]. C'est-à-dire que depuis la mort de Saint Jean, aucune nouvelle révélation publique qui ajouterait de nouvelles vérités (ou les modifierait) n’est à attendre, même si l’Église peut davantage expliciter le contenu de la Révélation et en approfondir sa connaissance[4].

    Ensuite, il y a les « révélations privées », qui sont « seulement ordonnées à l’utilité particulière de certaines personnes »[5]. Voici ce que dit l’Église à leur sujet : « (…) certaines ont été reconnues par l'autorité de l'Église. Elles n'appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n'est pas d'"améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire (…) ». Et elle fait une mise en garde très claire : « la foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendent dépasser ou corriger la Révélation dont le Christ est l'achèvement »[6].

    Ces révélations peuvent revêtir plusieurs formes : une vision et/ou une locution – c'est-à-dire une parole, pouvant être corporelles (perçues par les sens corporels), imaginaires (constituées d’éléments inspirés dans, ou tirés de la mémoire) ou intellectuelles (perçues directement par l’intelligence, sans médiation de la matière).

    « En approuvant une révélation privée, l’Église n’entend pas garantir l’authenticité de la révélation ; elle en examine simplement le contenu et déclare que les fidèles peuvent la recevoir sans danger »[7]. La révélation privée ne doit pas être crue « de foi catholique » (comme les vérités de la Révélation publique)[8], mais elle peut être reçue comme une pieuse croyance. C’est pourquoi un fidèle peut ne pas croire dans une révélation privée, même reconnue par l’Église. Mais, observe l’abbé Sauvonnet, « il serait néanmoins répréhensible de contredire ou de ridiculiser une révélation après que l’Église l’a approuvée »[9] ; et nous ajoutons : ainsi que dans les cas où la révélation a été confirmée par un miracle dûment constaté.

    • Quelle attitude adopter ?

    Tout d’abord, il nous faut être bien convaincu que tout ce qui est nécessaire pour notre salut est dans la Révélation publique (transmise par l’Écriture, la Tradition, sous la vigilance du Magistère de l’Église)[10]. Les révélations privées ne sont donc pas nécessaires pour notre salut.

    En général, l’âme ne doit pas désirer recevoir de révélation privée[11], n’y trop s’y attacher ou leur donner trop de place dans sa vie spirituelle, parce que les révélations privées ne sont pas le moyen ordinaire pour être uni à Dieu – c’est la foi qui est ce moyen. Une âme qui s’attacherait trop aux révélations privées risquerait de voir sa foi s’amoindrir (parce qu’elle n’apprend pas à se contenter de la Révélation publique), ou de tomber dans l’illusion (en s’attachant à de fausses révélations, ou en interprétant mal d’authentiques révélations), ou encore dans l’orgueil et la vanité.

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  • Kasper : le retour ?

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    D'Aldo Maria Valli sur son blog (traduction de "Benoît et moi") :

    Pape, cardinaux et décentralisation dans l’Eglise.

    Kasper le progressiste redescend sur le terrain

    Le 10 avril, l’abbaye Saint-Pierre de Salzbourg – le plus ancien monastère bénédictin du monde germanophone – était remplie de spectateurs venus écouter la conférence introductive donnée par un invité de marque dans le cadre du symposium  » Cardinaux et bénédictins« .

    Le cardinal Walter Kasper, défenseur d’une ligne progressiste dans l’interprétation du Concile Vatican II – et qui était autrefois en désaccord avec le cardinal Joseph Ratzinger pour cette raison – a intitulé son discours Les cardinaux au service de l’Église et de la papauté.

    Le cardinal, qui a joué un rôle de premier plan lors des deux derniers conclaves mais qui est aujourd’hui privé de ses droits en raison de son âge, reste une voix écoutée par le pontife actuel. Selon lui, le synode sur la synodalité sera l’occasion de ramener les cardinaux à leur vraie place.

    L’ex-évêque de Rottenburg-Stuttgart estime que, dans le cadre du synode, le pape François a lancé un grand mouvement de décentralisation de l’Église : il faudrait maintenant faire un nouveau pas vers la réforme du collège des cardinaux, dans le sens d’un prétendu retour aux sources.

    Dans cette perspective, les cardinaux se verraient attribuer une nouvelle prérogative : celle de présider les conciles pléniers dans les régions dont ils sont originaires, afin d’établir une sorte de système bicaméral dans le gouvernement de l’Église, composé du synode des évêques et du Conseil des cardinaux. Du jamais vu dans l’histoire de l’Église.

    D’abord ancrée dans la liturgie, la fonction cardinalice se serait, selon l’ancien professeur de l’université de Tübingen, « politisée » pour devenir le jouet des grandes familles romaines jusqu’à participer au déclin de la Rome décadente de la fin du Moyen-Âge.

    À l’époque moderne, la fonction de cardinal se serait alors réduite à exercer le rôle d’un fonctionnaire de la Curie romaine, avant la grande « redécouverte » de cette vénérable institution lors du Concile Vatican II, qui constitue toujours, selon Kasper, l’alpha et l’oméga de l’Église.

    Les spécialistes s’accordent à voir l’origine lointaine des cardinaux dans le presbyterium, une assemblée de prêtres et de diacres qui assistaient et conseillaient l’évêque dans la conduite de son troupeau. Saint Ignace d’Antioche le décrit comme « le sénat de l’évêque », auquel les fidèles devaient du respect parce qu’il représentait l’évêque, tout en étant en dessous de lui.

    L’évêque de Rome était également entouré d’un presbyterium. Mais « de la similitude d’origine et du fait que le nom de cardinal était commun au haut clergé de Rome et au haut clergé des autres évêchés, on aurait tort de conclure », précise le Dictionnaire de théologie catholique, « que ce nom répondait dans les deux cas à des prérogatives identiques ».

    « Le titre de pape était autrefois donné indistinctement à tous les évêques et il n’est venu à l’idée d’aucun catholique de les mettre tous, pour cette raison, au même rang. Il en va de même pour le nom de cardinal : il était à l’origine générique et n’impliquait en lui-même aucun rôle spécifique ; aucun degré uniforme de pouvoir ; sa valeur exacte était déterminée selon les circonstances. »

    « Les cardinaux d’un diocèse donné autre que celui de Rome ne pouvaient jamais recevoir de leur évêque, pour le partager avec lui, d’autre pouvoir que celui contenu dans les limites de ce diocèse ; mais les dignitaires associés par le Souverain Pontife à l’administration des affaires qui le concernent acquéraient nécessairement un pouvoir et une influence qui s’étendaient à toute l’Église. »

    Ces lignes autorisées suffisent à remettre en cause le bien-fondé historique du « bicamérisme » défendu par le cardinal Kasper, qui reviendrait à diluer davantage l’autorité du Pontife romain.

    « Nous espérons garder François encore quelques années et que ses successeurs achèveront ses réformes », a déclaré le cardinal Kasper.

    Le progressisme est encore loin d’avoir gagné et lors du prochain conclave, sous la grâce bienveillante de l’Esprit Saint, toutes les possibilités sont ouvertes.

    Source : katholisch.de