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Théologie

  • « Pourquoi suis-je chrétien ? » (cardinal Gerhard Müller)

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    De kath.net/news :

    « Pourquoi suis-je chrétien ? »

    « Parce que j’ai reconnu dans le Christ la vérité en personne et parce que, dès lors, ma relation à Dieu dans la foi, l’espérance et la charité signifie aussi mon salut et ma rédemption. »

    Conférence prononcée à l’abbaye de Heiligenkreuz. Par le cardinal Gerhard Müller, Rome.

    Rome–Heiligenkreuz (kath.net/pl) — kath.net publie en avant-première, dans son intégralité, la conférence prononcée par le cardinal Gerhard Müller à l’abbaye de Heiligenkreuz le 12 octobre 2026, dans le cadre du pèlerinage annuel de la « Ligue de prière de l’empereur Charles pour la paix entre les peuples ».

    I. Le récit d’un christianisme dépassé

    Ernst Troeltsch (1865-1923), l’un des plus éminents historiens de la culture du début du XXe siècle, ne comprenait pas les Lumières et le processus de déchristianisation progressive ou violente de l’Occident qu’elles avaient déclenché comme un simple progrès des sciences. Il y voyait essentiellement la négation du caractère surnaturel de l’autorévélation historique de Dieu en Jésus-Christ :

    « En tant que première lutte d’ensemble contre la tradition de l’Église et de l’Antiquité, elle est finalement animée d’un sentiment d’autonomie sans précédent et d’un optimisme sans limites. Sortant de l’état de minorité dont elle était elle-même responsable, la raison enfin devenue majeure s’attribue une capacité d’améliorer le monde dont on n’avait jamais soupçonné l’ampleur. À tous ces égards, elle constitue la première opposition globale et de principe à la forme dualiste et surnaturaliste de la religion. »

    (Aufklärung, dans Gesammelte Schriften, IV, Scientia Verlag, Aalen, 1966, p. 338-374, ici p. 339.)

    Pour prendre également ses distances, à titre personnel, avec le christianisme, les Lumières ont fait naître un genre littéraire particulier : « Pourquoi je ne suis plus chrétien ».

    Au-delà du déisme anglais et français, qui réduisait la religion naturelle à l’éthique, tel qu’on le trouve chez John Toland (Christianity Not Mysterious, 1696), Matthew Tindal (Christianity as Old as Creation, 1730) et Voltaire (Dictionnaire philosophique, 1762), le baron d’Holbach défendait un athéisme matérialiste conséquent, auquel se référeront plus tard Feuerbach et Marx. Dans son ouvrage Le Christianisme dévoilé (1761), il entendait démasquer le christianisme comme une imposture sacerdotale et une croyance irréfléchie aux miracles. Il en faisait remonter l’origine à la superstition et à la peur, plutôt qu’à l’autorévélation de Dieu dans l’histoire du salut. Cette entreprise trouva un prolongement dans l’ouvrage presque homonyme du jeune-hégélien Bruno Bauer, intitulé Das entdeckte Christentum (Le Christianisme découvert), publié à Zurich en 1843.

    Le parcours du théologien protestant allemand David Friedrich Strauss (1808-1874) est caractéristique. Avec son ouvrage La Vie de Jésus, examinée de manière critique (1835-1836), il mit en évidence la crise de la foi chrétienne traditionnelle liée à l’apparition de l’exégèse historico-critique.

    Strauss expliquait, quant à lui, l’apparition des récits de miracles du Nouveau Testament par la divinisation du Christ, fruit des légendes que les disciples auraient élaborées spontanément, sans intention délibérée, mais en demeurant prisonniers de leur conception préscientifique du monde. Selon lui, « les mythes néotestamentaires ne sont rien d’autre que des présentations sous forme de récits historiques des idées du christianisme primitif, élaborées par une légende qui compose spontanément, sans intention délibérée ».

    (Das Leben Jesu, kritisch bearbeitet, I, Introduction, § 12, Osiander Verlag, Tübingen, 1835 ; réimpression de 1984, p. 75.)

    Dans son dernier grand ouvrage, L’Ancienne et la Nouvelle Foi (1872), Strauss tire les conséquences désabusées de cette évolution en répondant à la question de savoir si nous sommes encore chrétiens :

    « Si nous ne voulons pas chercher des échappatoires, si nous ne voulons pas tortiller les choses ni jouer sur les mots, si nous voulons laisser le oui être oui et le non être non, bref, si nous voulons parler en hommes honnêtes et sincères, nous devons reconnaître ceci : nous ne sommes plus chrétiens. »

    (Der alte und der neue Glaube, S. Hirzel Verlag, Leipzig, 1872, p. 90.)

    Nietzsche, qui avait proclamé, en se présentant comme « l’Antéchrist », la « malédiction sur le christianisme », le rabaisse au rang de « platonisme pour le “peuple” » (…).

    Le terme « platonisme » désigne ici, métaphoriquement, une conception idéaliste du monde que les sciences naturelles modernes — Galilée, Newton — auraient dépassée : une conception fondée sur des formes essentielles qualitatives des choses, plutôt que sur leur seule mesure quantitative et mathématique, ainsi que sur une métaphysique des réalités et des essences situées au-delà du monde vérifiable par les sens et selon les critères du positivisme.

    Franz Overbeck (1837-1905) parlait de la fin du christianisme — finis Christianismi —, tout comme son ami Friedrich Nietzsche (1844-1900) avait proclamé la « mort de Dieu ».

    Les principaux représentants de la critique de la religion, notamment les jeunes-hégéliens et leurs héritiers anticléricaux, considèrent le « rôle de la religion et de l’Église » comme un vestige étrange et nuisible du passé antique et médiéval. Ils perçoivent la théologie, qui invoque une révélation surnaturelle d’un Dieu personnel, comme « problématique en tant que forme actuelle de l’esprit » (Habermas, I, p. 25).

    Le sociologue et philosophe Hans Joas rapporte le jugement péremptoire qu’un philosophe allemand adressa à son interlocuteur : « Quiconque croit encore aujourd’hui manque d’honnêteté intellectuelle. » Cette remarque n’était nullement destinée à viser personnellement son interlocuteur. Elle reflétait plutôt une conviction largement répandue :

    « Pour beaucoup de nos contemporains, la foi religieuse apparaît si manifestement dépassée — ses prétentions cognitives auraient été réfutées par la science, sa dimension expérientielle ramenée par la psychologie et les neurosciences à son noyau réel, ses fonctions sociales percées à jour — qu’ils ne comprennent plus comment des contemporains raisonnables peuvent encore être disposés à consentir un tel sacrifice de leur intelligence. Il doit donc, pensent-ils, y avoir des intérêts particuliers en jeu, des problèmes psychiques ou, tout simplement, un manque de cohérence dans le raisonnement, un manque d’honnêteté intellectuelle. »

    (Hans Joas, Glaube als Option. Zukunftsmöglichkeiten des Christentums, Fribourg-en-Brisgau, 2012, p. 13.)

    Le philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell (1872-1970) publia en 1927 l’ouvrage qui allait donner son titre à toute cette démarche : Why I Am Not a Christian (Pourquoi je ne suis pas chrétien). Il prolongeait ainsi, avant même que l’expression n’existe, un genre littéraire dont il allait donner une formulation emblématique.

    À une époque plus récente, le médiéviste renommé Kurt Flasch a publiquement fait connaître, en 1992, son renoncement intellectuel au christianisme dans un essai intitulé Warum ich kein Christ bin (Pourquoi je ne suis pas chrétien).

    Sans reprendre littéralement cette formulation, Richard Dawkins, l’une des figures majeures du Nouvel Athéisme, s’inscrit lui aussi dans cette lignée d’auteurs prenant leurs distances avec le christianisme. Son argumentation, moins philosophique et rationnelle que naturaliste et positiviste, s’exprime dans son ouvrage The God Delusion (2007), traduit en français sous le titre Pour en finir avec Dieu. Il y diagnostique dans la foi en l’autorévélation de Dieu en Jésus-Christ une sorte de délire, voire un défaut génétique de la raison d’ordre psychologique et intellectuel.

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  • « L’Eucharistie n’est pas un simple repas commémoratif »

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    De Mathilde de Robien sur Aleteia :

    Gaspard Craplet : « L’Eucharistie n’est pas un simple repas commémoratif »

    Pour les premiers chrétiens, la messe était vitale. Qu'en est-il aujourd'hui ? Dans son dernier livre, "La messe au cœur de nos vies", le père Gaspard Craplet invite à redécouvrir ce qui se joue à chaque célébration et à s'émerveiller du mystère de l'Eucharistie. Entretien.

    "Sine dominico non possumus." ("Sans la messe du dimanche, nous ne pouvons pas vivre.") Ce sont les paroles des martyrs d’Abitène, exécutés en 304, lancées au proconsul romain venu les arrêter lors d’une messe clandestine. Les premiers chrétiens considéraient la messe comme quelque chose de vital pour l’âme. Le père Gaspard Craplet, prêtre de la société Jean-Marie Vianney, chargé de la pastorale et enseignant au séminaire d’Ars, invite à se mettre à leur école. À travers son dernier livre, le prêtre rend le mystère de l'Eucharistie plus accessible et invite chacun à s’émerveiller devant le sacrifice de la messe.

    Lire l'interview du Père Craplet sur aleteia.org

  • L’opportunité de donner à Marie le titre de Corédemptrice

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    L’opportunité de donner à Marie le titre de Corédemptrice

    Cet article est publié parallèlement par L’Homme Nouveau (dans son bimensuel du 10 octobre 2026, pp. 24-25, et sur son site : Les splendeurs de Marie corédemptrice).

    Les éditions Via Romana ont courageusement publié deux ouvrages traitant de la corédemption de la Vierge Marie, alors que l’étrange note doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Mater Populi fidelis, publiée le 4 novembre 2025, avait dénié l’opportunité d’appliquer à la Sainte Vierge le titre de corédemptrice de même que celle du titre équivalent de médiatrice de toutes les grâces.

    Le premier livre, de Guy Barrey, Marie Corédemptrice, Mère, Médiatrice et Avocate[1], avec une préface de Mgr Athanasius Schneider, est une entrée en matière précieuse sur ce sujet. Il fait une présentation théologique de ce titre qui exprime le mystère de la participation de la Mère de Dieu, avec et sous son divin Fils, à l’acquisition par la satisfaction de toutes et chacune des grâces de salut concédées aux hommes, par les mérites de congruo (fondés sur la charité) de sa Compassion, lesquels sont, par la volonté de Dieu, indissolublement unis aux mérites de condigno (fondés sur la justice) de la Passion du Christ.

    Guy Barrey attire notamment l’attention sur la dévotion aux Cœurs unis de Jésus et de Marie propagée par saint Jean Eudes, et à sa suite par saint Louis-Marie Grignion de Montfort, qui écrivait : « Le Cœur de cette glorieuse Marie a contribué à l’œuvre de notre rédemption, parce que Jésus […] est le fruit du Cœur de cette bienheureuse Vierge et que ce même Cœur est aussi le sacrificateur qui a offert cette divine hostie, et l’autel sur lequel elle a été offerte » (saint Jean Eudes, Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu).

    Le second livre, sous la direction de Karen Darantière, rassemble les actes d’un colloque qui s’est tenu à Paris les 23 et 24 mai 2025 sous le titre : Les splendeurs de Marie corédemptrice[2]. L’ouvrage, qui contient notamment les contributions de Mgr Athanasius Schneider, du P. Manfred Hauke, de la faculté de théologie de Lugano, du P. Serafino Lanzetta, est agrémenté d’une série de photographies de tableaux commentés théologiquement, tel le triptyque du Buisson ardent de Nicolas Froment, ou la Vierge de l’Apocalypse de Miguel Cabrera.

    Le P. de Nadaï, op, membre de la Commission léonine[3], y montre le rattachement du titre de corédemptrice au fait que le Verbe a voulu assujettir son incarnation rédemptrice à la volonté de Marie. Elle a ainsi droit au titre de corédemptrice parce qu’elle a droit d’abord à celui de Mère de Dieu, qui est au reste d’une force bien plus grande.

    Roberto De Mattei traite de « la question mariale lors du Concile Vatican II ». Un schéma spécifique De Beata Maria Virgine avait été préparé, dans lequel le titre de médiatrice de toutes les grâces, comme associée au Christ dans leur acquisition, était clairement énoncé. En revanche, celui de corédemptrice avait été omis au motif qu’il pourrait « être mal compris des protestants ». Ajoutons que, tant dans ce schéma préparatoire que dans les autres, aucun canon de définition infaillible n’était prévu.

    Malgré sa prudence, le schéma rencontra une forte opposition devant le Concile, car il lui était reproché de faire obstacle à l’œcuménisme vis-à-vis des protestants. Il fut d’abord fondu dans celui sur l’Église, qui deviendra la constitution Lumen gentium. En outre, les Pères progressistes voulaient que l’on en ôtât le titre de Marie médiatrice de toutes les grâces. Selon un processus habituel lors de Vatican II, on trouva un compromis entre l’aile avancée et les évêques conservateurs : le titre fut inséré au milieu d’autres et privé du génitif « de toutes les grâces » : « La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice » (n. 62).

    Roberto De Mattei remarque que, dans ce domaine comme en d’autres, la minorité progressiste l’emporta grâce aux concessions du front conservateur. Les mariologues de celui-ci tenteront ensuite désespérément de se référer à la mention de Lumen gentium, mais c’est bien la « réinterprétation » minimaliste de la mariologie par le Concile, celle de l’abbé René Laurentin, qui l’emporta.

    Dans ce colloque, nous étions pour notre part chargé de parler de « la doctrine de la corédemption dans l’école française de spiritualité », qui a mis en valeur le thème équivalent de Virgo Sacerdos, Vierge Prêtre, qui remonte au Pseudo-Épiphane de Salamine (Ve siècle), et qu’on retrouve ensuite de siècle en siècle jusqu’à Ippolito Marracci (1604-1675).  Pour l’école française de spiritualité, dont le cardinal de Bérulle fut le premier de cordée, et spécialement pour Jean-Jacques Olier, l’analogie établie entre la « prêtrise » de Marie et celle des prêtres servait à souligner l’éminence mystique du sacerdoce et à encourager le clergé à la sainteté de sa vie. Le formel du sacerdoce de Marie se trouve dans le fait qu’au pied de la Croix, elle coopérait à l’acte principal du sacerdoce de Jésus-Christ, en donnant, comme l’a voulu le plan divin, son consentement au sacrifice. « Son sexe seul la privait de l’usage et de la dignité de ce ministère, qui était réservé pour les hommes » (J.-J. Olier, L’esprit des cérémonies de la messe).

    La contribution de l’abbé Le Troadec rappelle les attestations pontificales de ce titre, et notamment celles répétées de Pie XI. « Le Rédempteur se devait, nécessairement, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de Corédemptrice » (allocution de 1933). L’association de Marie à la Passion rédemptrice était nécessaire, d’une nécessité de congruence bien sûr.

    La préparation de ce colloque eut lieu dans les derniers jours du pontificat du pape François. Au même moment, à Rome, se tint une réunion au Palais du Saint-Office pour traiter de l’inopportunité des titres mariaux de corédemptrice et de médiatrice de toutes les grâces, à laquelle participait le cardinal Prevost, auquel cette question tenait à cœur, réunion qui faisait le point sur les premiers travaux du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui allaient aboutir à la note Mater populi fidelis.

    C’est la demande d’un nouveau dogme marial (par exemple par le cardinal Journet, le P. Réginald Garrigou-Lagrange, récemment par le cardinal Vithayathil, le Dr Mark Miravalle, président de Vox Populi Mariæ Mediatrici,) déclarant solennellement Marie corédemptrice et médiatrice de toutes les grâces, qui exaspère et a exaspéré le plus ceux que Roberto De Mattei qualifie de « minimalistes ». Ceux-ci tel le P. Yves Congar, se plaignaient de ce qu’ils considéraient comme une « inflation » des dogmes mariaux à l’époque contemporaine. En fait, la définition solennelle est demandée parce qu’elle rendrait définitive ce qu’enseigne déjà la doctrine pontificale ordinaire (saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII).

    En outre, il faut convenir que les dogmes mariaux ont eu une grande portée ecclésiale. La proclamation de l’Immaculée Conception en 1854 était en même temps une affirmation de l’infaillibilité personnelle du pape, que le premier concile du Vatican allait définir en 1870. La proclamation de l’Assomption en 1950 (l’année d’Humani generis, l’encyclique de Pie XII sur les erreurs contemporaines) avait une portée antimoderniste considérable en affirmant que l’entrée au ciel de la Sainte Vierge avait eu lieu non seulement avec son âme, mais aussi avec son corps, ce qui touche à la foi en la résurrection des corps. Et aujourd’hui, un dogme marial sur la corédemption et sur la médiation de toutes grâces correspondrait à une remise en selle de l’infaillibilité, écartée depuis Vatican II, avec d’immenses conséquences pour la proclamation et la défense de la foi catholique.


    [1][1] Via Romana, 2026.

    [2][2] Via Romana, 2026.

    [3][3] La Commission léonine est un groupe de chercheurs spécialisés, financé et organisé par l’ordre des Frères prêcheurs, sous l’autorité de son maître général, chargé de l’établissement d’une édition critique des œuvres de saint Thomas d’Aquin.

  • Une conférence à Rome plaide en faveur de Marie comme « Co-Rédemptrice »

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La conférence de Rome plaide en faveur de Marie comme « Co-Rédemptrice »

    Des théologiens et cardinaux de premier plan examinent la doctrine, la dévotion et l'histoire mariales, près d'un an après que le Vatican a qualifié ce titre d'inopportun dans l'usage officiel de manière controversée.

    9 octobre 2026

    Deux cardinaux, des théologiens de premier plan et d'autres érudits ont défendu le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie lors d'une conférence internationale à Rome, soulignant sa coopération unique dans la rédemption de l'humanité tout en rappelant que sa tâche est subordonnée au rôle salvateur du Christ.

    Le cardinal Raymond Burke et le cardinal Gerhard Müller ont affirmé ce titre marial au cours de la conférence des 7 et 8 octobre intitulée De Maria numquam satis (« De Marie, on ne dira jamais assez »). Le rassemblement a réuni plus de 400 érudits, religieux et laïcs du monde entier pour discuter des grandes questions dogmatiques qui sous-tendent la vénération de la Mère de Dieu et le rôle de Marie dans le culte, la dévotion et l'histoire.

    La défense du titre marial de dévotion par les cardinaux est intervenue près d'un an après la publication par le Vatican de Mater Populi Fidelis. Cette note doctrinale de 23 pages a été largement critiquée pour avoir déclaré que le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie est « toujours inapproprié » (ou « inopportun ») dans le langage officiel de l'Église et la liturgie, car il « risque d'obscurcir l'unique médiation salvatrice du Christ et peut donc créer de la confusion ».

    Dans son discours d'ouverture de la conférence, qui s'est tenue à l'Institut patristique Augustinianum de Rome, le cardinal Burke a déclaré que ce titre, lorsqu'il est correctement compris, ne place pas Marie au même niveau que le Christ. Le Christ seul est le Rédempteur, a-t-il dit, tandis que le rôle de Marie est entièrement dépendant de lui et lui est subordonné. S'appuyant sur l'Écriture Sainte, les Pères de la Église, Lumen Gentium, saint Jean-Paul II et les mariologues, il a souligné la participation singulière de Marie à l'accomplissement de la rédemption. Il a soutenu que Vatican II avait affirmé la substance de cet enseignement, même s'il avait évité le terme de « Co-Rédemptrice » en raison de malentendus possibles.

    Le cardinal Burke a ajouté que les apparitions de Guadalupe en 1531 sont une expression vivante de cette théologie. Les paroles de Marie à Juan Diego, a-t-il dit, l'identifient comme la Vierge Mère du vrai Dieu et révèlent sa mission maternelle d'apporter la miséricorde, la guérison et le salut du Christ à tous les peuples. Il a conclu que la dévotion à Notre-Dame de Guadalupe devrait renforcer la fidélité au Christ, encourager la consécration à Marie comme un chemin vers Lui, et inspirer les baptisés à unir la souffrance, le service et le témoignage au Christ pour le salut du monde.

    Dans son allocution du 8 octobre, le cardinal Gerhard Müller a qualifié le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie d'expression légitime de la foi catholique et non d'exagération trompeuse ou de remise en cause de la place unique du Christ en tant que seul Rédempteur et Médiateur. Le préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi a déclaré que ce titre reconnaît la coopération singulière et subordonnée de Marie au salut, voulue « dans la liberté opérée par la grâce ». Sa coopération, a-t-il précisé, était « constitutive » de l'Incarnation et inséparablement liée à l'œuvre rédemptrice du Christ. « Si elle avait refusé son Fiat », a-t-il noté, « nous serions tous restés perdus pour toujours ».

    Le cardinal allemand a rejeté l'argument selon lequel le titre devrait être abandonné pour éviter les objections des protestants, soutenant que de telles préoccupations reflètent une théologie qui ne reconnaît pas adéquatement la libre coopération de l'humanité avec la grâce. Il a souligné que le titre de « Co-Rédemptrice » doit être compris de manière analogique, affirmant que le Christ seul rachète l'humanité au sens premier et parfait, tandis que le rôle de Marie dépend entièrement de sa grâce et en découle. Il a également soutenu que l'émergence plus tardive du titre en tant que formulation théologique n'en diminue pas la vérité exprimée, puisque l'Église donne souvent un langage précis à des réalités qu'elle croit depuis longtemps.

    La conférence de deux jours a proposé une série d'interventions de chercheurs catholiques approfondissant divers aspects de la théologie mariale. L'un des conférenciers invités, le père Manfred Hauke, professeur de théologie dogmatique à la Faculté de théologie de Lugano (Suisse), a parlé de la « Maternité divine » de Marie et a réfuté les théories historiques du XIXe siècle qui réduisaient ce dogme à un syncrétisme avec les cultes païens d'Artémis ou d'Isis. Il a démontré le solide fondement biblique et patristique de la Theotokos, rappelant que l'Incarnation requiert la coopération active de la créature et que Marie a exprimé son consentement lors de l'Annonciation au nom de toute la nature humaine.

    Le théologien pontifical, le père dominicain Wojciech Giertych, a présenté une communication intitulée « Le primat de l'amour virginal au sein de l'amour maternel de Marie », dans laquelle il a exposé une profonde distinction émotionnelle et spirituelle entre l'amour virginal — caractérisé par l'émerveillement, la vénération et une absence totale d'esprit de possession — et l'amour maternel. Ce dernier, s'il n'est pas purifié, risque de dégénérer en un attachement égoïste, alors qu'en Marie les deux dimensions fusionnent parfaitement, offrant à l'Église le modèle parfait de la fécondité spirituelle qui jaillit de la grâce et de la charité.

    Dans sa présentation, l'historien de l'Église et professeur Roberto de Mattei a déclaré que la perspective de la théologie de l'histoire de Fatima s'articule autour de deux pierres angulaires : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde » et « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ». Il a expliqué que le triomphe du Cœur Immaculé de Marie manifestera la souveraineté maternelle de Marie, qui fut immaculée dès le premier instant. En tant que Co-Rédemptrice et Médiatrice universelle de toutes les grâces, elle prépare — par la conversion de l'humanité et la défaite de toutes les erreurs — la reconnaissance de sa royauté et de la royauté de Jésus-Christ sur l'humanité entière.

    La raison de notre espérance, a conclu de Mattei, « est la certitude que Dieu est fidèle à ses promesses car, comme l'enseigne toujours saint Augustin : Celui qui nous a conduits à espérer ne nous décevra pas ; il nous accordera l'accomplissement de ce que nous espérons. Cette espérance ne repose pas sur nos propres forces, mais elle est placée en Celle que Dieu a établie Mère de la divine espérance et victorieuse dans toutes les batailles. Elle est la source même de notre confiance et la racine de notre théologie de l'histoire. »

    La conférence s'est achevée par une table ronde sur le thème « Marie aujourd'hui : Foi, doctrine et dévotion dans le monde contemporain », à laquelle ont participé le père dominicain Lawrence Lew, Régis de Lassus, fondateur de Salve Corda (l'Alliance internationale pour les premiers samedis de Fatima), et Timothy Tindal Robertson, ancien président national de l'Apostolat mondial de Fatima en Angleterre et au Pays de Galles. Les remarques de clôture ont été prononcées par Virginia Coda Nunziante, qui a rappelé que la conférence n'est qu'une étape d'un voyage que les organisateurs ont l'intention de poursuivre « avec nos maigres forces et avec une confiance immense dans la promesse qui éclaire notre chemin : À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ».

    Dans un entretien accordé au Register avant le rassemblement, Nunziante a déclaré que l'intention de la conférence n'était pas « d'alimenter la polémique, mais de restaurer la clarté théologique ». La conférence, qui comprenait un temps d'adoration et un chapelet quotidien en la basilique San Giovanni Battista dei Fiorentini, a reçu plusieurs messages de soutien de la part de responsables de la Curie, notamment du cardinal Víctor Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, qui a supervisé la rédaction de la note doctrinale Mater Populi Fidelis. Il a exprimé ses regrets de ne pouvoir assister à l'événement, mais a transmis ses « vœux les plus chaleureux et les plus sincères » et s'est uni par la prière au rassemblement.

    Edward Pentin est collaborateur principal pour le Register et analyste du Vatican pour EWTN News. Il a commencé à couvrir le Pape et le Vatican pour Radio Vatican avant de devenir correspondant à Rome pour le National Catholic Register d'EWTN. Il a également réalisé des reportages sur le Saint-Siège et l'Église catholique pour de nombreuses autres publications, dont Newsweek, Newsmax, Zenit, The Catholic Herald et The Holy Land Review, une publication franciscaine spécialisée dans l'Église et le Moyen-Orient. Edward est l'auteur de The Next Pope: The Leading Cardinal Candidates (Sophia Institute Press, 2020) et de The Rigging of a Vatican Synod? An Investigation into Alleged Manipulation at the Extraordinary Synod on the Family (Ignatius Press, 2015). Suivez-le sur Twitter à @edwardpentin.

  • Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal

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    Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal.

    Proclamé Docteur de l’Église le 1er novembre 2025 par le pape Léon XIV lors de la messe de la solennité de la Toussaint, dans le cadre du Jubilé du monde de l’éducation, saint John Henry Newman (1801-1890) a rejoint le cercle restreint des 38 Docteurs de l’Église. Il a également été nommé co-patron de l’éducation catholique aux côtés de saint Thomas d’Aquin. Cette reconnaissance solennelle souligne l’influence durable de ce convertisseur anglican devenu cardinal sur la théologie contemporaine, particulièrement en matière de conscience, d’autorité ecclésiale et d’évolution des dogmes.

    La 36e Académie théologique internationale d’été, organisée du 31 août au 2 septembre 2026 à Haag (Basse-Autriche, diocèse de Saint-Pölten), et non à La Haye aux Pays-Bas, a précisément été consacrée à ce nouveau Docteur. Dirigée par Helmut Prader, théologien moral et directeur de l’académie, cette rencontre de trois jours a rassemblé une soixantaine de participants sur place (dont l’archevêque Mieczysław Mokrzycki de Lviv, président de la Conférence des évêques d’Ukraine, et l’évêque auxiliaire suisse émérite Marian Eleganti) et autant en ligne. Le changement de lieu, après des décennies à Aigen im Mühlkreis, s’explique par de meilleures liaisons, des coûts plus modérés et la disponibilité d’une salle paroissiale. Elle s’est tenue en collaboration avec la Société Cardinal Scheffczyk.

    Une biographie marquée par la quête de vérité

    Né à Londres le 21 février 1801, Newman connaît une première conversion religieuse à 15 ans. Étudiant brillant à Oxford, il devient fellow d’Oriel College à 21 ans, est ordonné prêtre anglican et joue un rôle central dans le Mouvement d’Oxford à partir de 1833. Son étude approfondie des Pères de l’Église et de l’histoire de la doctrine le conduit progressivement à la conviction que l’Église catholique est la véritable continuation de l’Église apostolique. « Ce sont les Pères qui m’ont fait catholique », résumait-il. Il se convertit en 1845, perd ses fonctions anglicanes et une grande partie de son statut social et universitaire. Ordonné prêtre catholique, il fonde l’Oratoire de Birmingham, tente de créer une université catholique à Dublin (expérience qui inspire ses conférences de 1852 sur The Idea of a University), et est créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il meurt le 11 août 1890 à Edgbaston. Canonisé en 2019 par le pape François, il est aujourd’hui célébré pour l’unité de son œuvre, anglicane puis catholique.

    Sœur Birgit Dechant, du centre international de la Newman Society à Littlemore près d’Oxford, a rappelé lors de l’académie que « l’appel de la conscience était plus fort » que les attachements personnels. Cette trajectoire illustre le lien intime, chez Newman, entre recherche théologique de la vérité et décisions de conscience personnelles.

    La conscience : « vicaire aborigène du Christ »

    Helmut Prader a souligné que la conception newmanienne de la conscience est celle qui a été reprise et consacrée dans Gaudium et spes (n. 16) au concile Vatican II : au plus profond de sa conscience, l’homme découvre une loi qu’il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il doit obéir ; cette voix l’appelle à aimer le bien et à fuir le mal. Pour Newman, la conscience n’est ni pure subjectivité ni simple sentiment, mais « la voix de Dieu dans la nature et le cœur de l’homme », « le témoin interne de l’existence et de la loi de Dieu », le « vicaire aborigène du Christ ».

    Dans sa célèbre Lettre au duc de Norfolk (1875), répondant aux critiques de Gladstone sur l’infaillibilité pontificale, Newman écrit : « Je boirai à la santé du Pape, si vous voulez, mais à la conscience d’abord, et au Pape ensuite. » Cette formule, souvent détournée pour justifier un subjectivisme, signifie en réalité le contraire. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs : elle est appelée à être formée, éclairée par la Révélation et le Magistère. Newman refuse absolument de l’opposer à l’autorité de l’Église. La conscience bien formée et le Magistère convergent vers la même vérité objective. Cette tension féconde entre conviction personnelle et autorité demeure d’une actualité brûlante dans les débats contemporains sur la liberté religieuse, la morale et le discernement.

    Le développement des dogmes

    Autre pilier de sa pensée, l’Essay on the Development of Christian Doctrine (1845) explique comment la doctrine peut croître organiquement sans se corrompre, à la manière d’un germe qui se déploie. Newman propose sept « notes » pour distinguer un développement légitime d’une corruption : préservation du type, continuité des principes, pouvoir d’assimilation, anticipation anticipée, séquence logique, action conservatrice sur le passé, et vigueur chronique. Cette théorie a profondément marqué la théologie du XXe siècle et le concile Vatican II. Le père Johannes Nebel a insisté lors de l’académie sur le fait que la tradition est un développement continu, mais toujours dans la continuité de l’Écriture et de la tradition apostolique, et non selon l’opportunisme social.

    L’idée d’université

    Wolfgang Klausnitzer a présenté la vision newmanienne de l’université : elle ne doit pas se réduire à une formation professionnelle utilitaire, mais offrir une éducation libérale complète, favorisant le dialogue entre les disciplines et empêchant qu’aucune science ne s’érige en vérité unique. L’université forme l’esprit à une « habitude philosophique » : curiosité, capacité de penser au-delà des frontières disciplinaires, ouverture. Oxford représentait pour Newman l’idéal de cette culture intellectuelle. Ses conférences de Dublin restent parmi les textes les plus importants sur le sujet.

    Une actualité qui ne se dément pas

    Newman n’était pas un théologien systématique, mais un auteur d’essais, de sermons et d’une correspondance abondante. Sa force réside précisément dans cette approche existentielle et historique de la vérité. Dans un monde marqué par le relativisme, le subjectivisme et les tensions entre conscience individuelle et institutions, sa pensée offre des ressources précieuses pour articuler fidélité à la tradition et ouverture au développement authentique, autorité et liberté responsable, foi et raison.

    L’académie de 2027 portera sur la pertinence de Jésus-Christ pour la société, en lien avec le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger (grand admirateur de Newman). En attendant, la proclamation de Newman comme Docteur de l’Église confirme ce que l’académie de Haag a mis en lumière : sa théologie de la conscience et du développement doctrinal reste un guide sûr pour l’Église et pour tout chercheur de vérité.

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  • Sainte Thérèse de Lisieux : une "petite voie" toujours d'actualité

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    De sur le site de Correspondance Européenne :

    Sainte Thérèse, une “petite voie” toujours d’actualité

    Cette année marque les 100 ans de sa canonisation (17 mai 1925). (...)

    La dévotion à sainte Thérèse, qui s’était déjà manifestée parmi les soldats français pendant la Première Guerre mondiale, s’est considérablement accrue après sa canonisation, et bientôt, avec l’arrivée de grandes foules de pèlerins, il est devenu nécessaire de construire une grande basilique dans la ville où la sainte avait vécu et quitté la terre le 30 septembre 1897. C’est surtout le pape Pie XI, très attaché à la sainte de Lisieux, au point d’en faire l’inspiration centrale de son pontificat, qui a soutenu activement le projet. En 1926, l’architecte parisien Jules Barbier présente sa proposition : un grand bâtiment néo-gothique non loin du couvent des Carmes, inspiré du sanctuaire de Lourdes. L’année suivante, l’architecte lillois Louis-Marie Cordonnier fait une autre proposition, totalement différente, inspirée de la basilique du Sacré-Cœur de Paris, et c’est ce projet qui est approuvé.

    Sainte Thérèse est proclamée patronne des missionnaires le 14 décembre 1927. Quinze jours plus tard, Mgr Lemonnier meurt et son successeur, Emmanuel Suhard, craint que le projet soit trop ambitieux par rapport aux ressources disponibles. Cependant, les importantes donations qui parvenaient au Carmel, les offres qui arrivaient du monde entier et le soutien du Pape ont permis de poursuivre le travail. Le chantier est ouvert le 30 septembre 1929 avec la pose de la première pierre par le cardinal Alexis-Armand Charost, archevêque de Rennes et légat du pape. La crypte a été inaugurée le 11 juillet 1937 à l’issue du Congrès eucharistique national tenu par le cardinal Eugenio Pacelli, alors légat papal et futur pape Pie XII. La basilique a été consacrée le 11 juillet 1954 par l’archevêque de Rouen et primat de Normandie, Joseph-Marie-Eugène Martin, en présence de l’archevêque de Paris, Maurice Feltin.

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  • Saint Robert Bellarmin (17 septembre) : l'illustration claire et efficace de la doctrine catholique

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    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du Mercredi 23 février 2011 (source) :

    Saint Robert Bellarmin

    Chers frères et sœurs,

    Saint Robert Bellarmin, dont je désire vous parler aujourd’hui, nous ramène en esprit à l’époque de la douloureuse scission de la chrétienté occidentale, lorsqu’une grave crise politique et religieuse provoqua l’éloignement de nations entières du Siège apostolique.

    Né le 4 octobre 1542 à Montepulciano, près de Sienne, il est le neveu, du côté de sa mère, du Pape Marcel II. Il reçut une excellente formation humaniste avant d’entrer dans la compagnie de Jésus le 20 septembre 1560. Les études de philosophie et de théologie, qu’il accomplit au Collège romain, à Padoue et à Louvain, centrées sur saint Thomas et les Pères de l’Eglise, furent décisives pour son orientation théologique. Ordonné prêtre le 25 mars 1570, il fut pendant quelques années professeur de théologie à Louvain. Appelé par la suite à Rome comme professeur au Collège romain, il lui fut confiée la chaire d’«Apologétique »; au cours de la décennie où il occupa cette fonction (1576-1586), il prépara une série de leçons qui aboutirent ensuite aux « Controverses », œuvre devenue immédiatement célèbre en raison de la clarté et de la richesse de son contenu et de son ton essentiellement historique. Le Concile de Trente s’était conclu depuis peu et pour l’Eglise catholique, il était nécessaire de renforcer et de confirmer son identité notamment face à la Réforme protestante. L’action de Robert Bellarmin s’inscrit dans ce contexte. De 1588 à 1594, il fut d’abord père spirituel des étudiants jésuites du Collège romain, parmi lesquels il rencontra et dirigea saint Louis Gonzague, puis supérieur religieux. Le Pape Clément VIII le nomma théologien pontifical, consulteur du Saint-Office et recteur du Collège des pénitenciers de la Basilique Saint-Pierre. C’est à la période 1597-1598 que remonte son catéchisme, Doctrine chrétienne abrégée, qui fut son œuvre la plus populaire.

    Le 3 mars 1599, il fut créé cardinal par le Pape Clément VIII et, le 18 mars 1602, il fut nommé archevêque de Capoue. Il reçut l’ordination épiscopale le 21 avril de la même année. Au cours des trois années où il fut évêque diocésain, il se distingua par son zèle de prédicateur dans sa cathédrale, par la visite qu’il accomplissait chaque semaine dans les paroisses, par les trois synodes diocésains et le Concile provincial auquel il donna vie. Après avoir participé aux conclaves qui élurent les Papes Léon XI et Paul V, il fut rappelé à Rome, où il devint membre des Congrégations du Saint-Office, de l’Index, des rites, des évêques et de la propagation de la foi. Il reçut également des charges diplomatiques, auprès de la République de Venise et de l’Angleterre, pour défendre les droits du Siège apostolique. Dans ses dernières années, il rédigea divers livres de spiritualité, dans lesquels il résuma le fruit de ses exercices spirituels annuels. Le peuple chrétien tire aujourd’hui encore une profonde édification de leur lecture. Il mourut à Rome le 17 septembre 1621. Le Pape Pie XI le béatifia en 1923, le canonisa en 1930 et le proclama docteur de l’Eglise en 1931.

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  • Une importante conférence mariale à Rome vise à rétablir la « clarté théologique » sur Marie

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Une importante conférence mariale à Rome vise à rétablir la « clarté théologique » sur Marie

    Virginia Coda Nunziante affirme que le rassemblement d'octobre unira doctrine et dévotion, réaffirmant la coopération unique de la Vierge Marie au salut et sa place permanente dans la vie catholique.

    Statue en marbre de la Vierge Marie et de l'Enfant Jésus dans une niche de façade d'église, avec des éléments architecturaux baroques et Renaissance, à Rome
    Statue en marbre de la Vierge Marie et de l'Enfant Jésus dans une niche de façade d'église, avec des éléments architecturaux baroques et Renaissance, à Rome (photo : Shutterstock)

    Une importante conférence mariale qui se tiendra à Rome le mois prochain vise à réaffirmer le rôle unique de la Vierge Marie dans l'histoire du salut et à aider les fidèles à approfondir leur dévotion envers la Mère de Dieu.  

    La conférence, intitulée De Maria numquam satis (« De Marie, on ne peut jamais en dire assez »), aura lieu les 7 et 8 octobre et portera sur le mystère de la Vierge Marie dans la doctrine, le culte et l'histoire. 

    Parmi les intervenants figureront le cardinal Raymond Burke, le cardinal Gerhard Müller, le théologien pontifical et père dominicain Wojciech Giertych, et le professeur mariologue allemand Manfred Hauke.

    La conférence vise à « jeter un nouvel éclairage en reliant la doctrine à la piété vécue », montrant comment Notre-Dame ouvre, selon les mots de saint Bernard de Clairvaux, « de vastes horizons sur la sagesse et la miséricorde de Dieu », explique l'une des organisatrices, Virginia Coda Nunziante.

    Dans cette interview accordée au Register le 3 septembre, Coda Nunziante, présidente de l'association italienne pro-vie Associazione Famiglia Domani et fondatrice de la Marche italienne pour la vie, donne plus de détails sur la conférence et explique pourquoi elle n'a pas pour but d'alimenter la controverse suite à la réduction très contestée par le Vatican de deux anciens titres mariaux l'année dernière. 

    Elle explique que le séminaire vise plutôt à rétablir une « clarté théologique » autour de Marie, soulignant que la dévotion mariale « n’est pas un ornement facultatif de la vie catholique, mais une dimension intrinsèque de celle-ci ». Coda Nunziante espère qu’en cette période de grand vide spirituel, chaque participant repartira en comprenant « comment Dieu a voulu associer Marie au salut, comment l’Église l’a toujours honorée et comment se tourner vers elle m’aide à suivre le Christ de plus près aujourd’hui ».

    Virginia, pourquoi la conférence De Maria numquam satis est -elle devenue nécessaire maintenant, et comment cela s'est-il produit ?

    Cette conférence est née de l'initiative de plusieurs associations et particuliers catholiques désireux de rendre hommage à la Vierge Marie. Nous vivons à une époque où la figure de Notre-Dame risque d'être reléguée à la marge de la réflexion théologique et de la vie spirituelle, tandis que son rôle unique dans l'histoire du salut est parfois minimisé ou occulté. Il est donc apparu nécessaire de réaffirmer, avec clarté et sérénité, la coopération singulière de la Mère de Dieu à l'œuvre de rédemption et la place qui lui revient dans la vie de l'Église.

    La conférence, qui se tiendra à Rome les 7 et 8 octobre à l'Institut pontifical patristique Augustinianum, n'a pas pour but de conclure une réflexion, mais plutôt d'en lancer un nouveau. Nous espérons qu'elle contribuera à l'émergence d'un véritable mouvement marial, capable d'unir prêtres, religieux et laïcs dans un engagement commun à connaître, aimer et promouvoir la dévotion à Marie.

    Saint Bernard de Clairvaux affirmait que la réflexion sur la Vierge Marie est « inépuisable » et toujours opportune. Comment cette conférence entend-elle réhabiliter cette conception du saint ?

    En effet, le congrès tire son titre de la maxime traditionnellement attribuée à saint Bernard de Clairvaux : « On ne peut jamais assez parler de Marie », afin d’exprimer la conviction que la réflexion sur Marie est inépuisable et toujours d’actualité. Cette phrase de saint Bernard traduit la conception traditionnelle selon laquelle la mission de Marie dans le Christ et dans l’Église ouvre sans cesse de nouveaux horizons à la foi. 

    Il ne s'agit pas ici de « réhabiliter » saint Bernard au sens strict, puisque son enseignement fait déjà partie intégrante du patrimoine spirituel de l'Église. Il s'agit plutôt de lui rendre la visibilité qu'il semble avoir perdue aujourd'hui. La mariologie de saint Bernard est profondément christocentrique : Marie ne garde rien pour elle-même, mais nous conduit toujours au Christ. C'est précisément pour cette raison que le saint affirme que Dieu a voulu que rien ne nous parvienne sans passer par Marie.

    Certaines autorités ecclésiastiques ont récemment tenté de minimiser l'importance des anciens titres mariaux de Co-Rédemptrice et de Co-Médiatrice — qu'espérez-vous que la conférence puisse accomplir pour corriger cet enseignement ?

    Cette conférence n'a pas pour but d'attiser la controverse, mais de rétablir la clarté théologique. Les mots peuvent faire l'objet de distinctions subtiles et d'une discussion prudente, mais nous ne devons pas obscurcir la réalité doctrinale qu'ils expriment. Le Christ seul est l'unique Rédempteur et l'unique Médiateur nécessaire entre Dieu et les hommes, et pourtant la Vierge Marie est associée à son œuvre rédemptrice. La coopération de Marie est entièrement subordonnée, dépendante et dérivée de celle du Christ ; néanmoins, elle est réelle, efficace, unique et universelle. Nous espérons que cette conférence contribuera à faire connaître cette vérité. Notre objectif n'est pas d'opposer Marie au Christ, mais de montrer que la grandeur de Marie manifeste la puissance de la grâce du Christ.

    Concernant Marie Médiatrice, il convient de rappeler que le pape Benoît XV a institué une messe propre à ce titre dès 1921 et a fixé sa fête au 31 mai. Cela signifie que la tradition théologique, mariale et populaire avait déjà intégré ce privilège marial à la vie de l'Église.

    Vous affirmez que la mariologie « demeure l’un des domaines les plus riches et les plus féconds de la théologie catholique, car chaque privilège et chaque vertu de la Vierge ouvre de vastes horizons sur la sagesse et la miséricorde de Dieu ». Comment espérez-vous que cette conférence explorera cette question et, peut-être, apportera un éclairage nouveau sur cet aspect ? 

    Le congrès est structuré de manière à explorer cette richesse à deux niveaux complémentaires :

    • « Dogme et Magistère » (Jour 1) : doctrines fondamentales qui révèlent qui est Marie dans le plan de Dieu.
    • « Culte, dévotion et histoire » (Jour 2) : comment l’Église a prié, honoré et compris Marie à travers les siècles et les cultures. 

    Cette double approche vise à éclairer d'un jour nouveau la doctrine en la reliant à la piété vécue – par exemple, en reliant l'Immaculée Conception à la théologie de l'École romaine, l'Assomption à l'espérance eschatologique, ou Fatima à une théologie de l'histoire. Il en résulte une mariologie non pas abstraite, mais éclairée par l'expérience concrète de l'intercession et de l'exemple de Marie au sein de l'Église.

    En associant des séances dogmatiques (« Maternité Divine », Immaculée Conception, Assomption) à des études historiques et dévotionnelles (École française de spiritualité, Fatima, dévotion latino-américaine), les organisateurs entendent démontrer que chaque privilège et vertu de la Vierge ouvre « de vastes horizons sur la sagesse et la miséricorde de Dieu », exactement comme le suggère l'intuition de Bernard.

    Comment mettre davantage en lumière le rôle de la Vierge Marie dans le salut et donner son exemple unique à l'humanité, qui a tant besoin en ces temps de ténèbres spirituelles de trouver le chemin vers l'amour transcendant de Dieu ? 

    Avant toute chose, il nous faut remettre Marie au centre de la prédication, de la catéchèse et de la vie familiale, en redonnant toute sa place aux fêtes mariales, aux sanctuaires, au Rosaire et à la consécration à son Cœur Immaculé. La dévotion, cependant, doit s'appuyer sur une saine doctrine, car c'est la seule façon d'éviter le sentimentalisme et de devenir une force capable de transformer des vies.

    Cette conférence vise à rétablir l'unité entre doctrine et dévotion, entre la contemplation des privilèges mariaux et la vie chrétienne. Il n'y a pas d'authentique mariologie qui ne conduise à une connaissance plus profonde du Christ ; mais le mystère du Christ ne peut être pleinement compris sans contempler la mission de la Mère que Dieu lui a indissociablement associée.

    Dans les heures les plus sombres de l'histoire, les chrétiens se sont tournés vers elle comme Stella Maris (« Étoile de la Mer ») et Auxilium Christianorum (« Secours des chrétiens »). Aujourd'hui encore, le message de Fatima nous appelle à la prière, à la pénitence et à la conversion, mais il s'achève sur une promesse de victoire : « Enfin, mon Cœur Immaculé triomphera. »

    À la fin de la conférence, qu'espérez-vous le plus qu'un participant puisse dire avoir nouvellement compris au sujet de la Vierge Marie, du Christ et de son Église ?

    Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans son célèbre Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie , faisant écho à saint Bernard, écrit : « Ceci étant dit, il faut ajouter avec les saints : on ne peut jamais assez parler de Marie. Marie n’est toujours pas suffisamment louée, exaltée, honorée, aimée et servie. Elle mérite encore plus de louanges, de vénération, d’amour et de dévotion. » Si, au terme de ces deux journées entièrement consacrées à Marie, participants et intervenants rentrent chez eux avec un amour plus profond et plus sincère pour Notre-Dame, qui imprègne leur vie quotidienne, alors la conférence aura atteint ses objectifs.

    Comme l'enseignent nos saints, il ne faut pas choisir entre le Christ et Marie, car Marie existe entièrement pour le Christ et conduit infailliblement à lui. J'espère qu'il deviendra clair que la dévotion mariale n'est pas un ornement facultatif de la vie catholique, mais une dimension essentielle de celle-ci.

    En résumé, le résultat idéal est un participant qui puisse dire : « Je comprends mieux comment Dieu a voulu impliquer Marie dans le salut, comment l’Église l’a toujours honorée et comment le fait de me tourner vers elle m’aide à suivre le Christ de plus près aujourd’hui. »

  • Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

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    De Larry Chapp sur le NCR :

    Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

    COMMENTAIRE : Il se dégage des propos du Saint-Père un calme qui invite les belligérants à s’éloigner du précipice liturgique et à commencer à penser de manière plus unificatrice.

    Le pape Léon XIV encense l’autel alors qu’il célèbre la messe pour la solennité des saints Pierre et Paul à la basilique Saint-Pierre, le 29 juin 2026. (photo : Daniel Ibáñez / EWTN News)

    3 septembre 2026

    Lors de son audience générale du 26 août, le pape Léon XIV a médité sur *Sacrosanctum Concilium*, le document du Concile Vatican II consacré à la liturgie, proposant ainsi sa catéchèse la plus détaillée à ce jour sur les réformes liturgiques mises en œuvre par le pape Paul VI et le soi-disant *Novus Ordo*.

    Ses propos ont depuis été décortiqués par divers observateurs à la recherche d’indices sur la direction qu’il compte prendre concernant les questions controversées qui agitent ce qu’on appelle les « guerres liturgiques ».

    Je pense que le message global qu’il a délivré est caractéristique de son style jusqu’à présent. Ses propos sont prudents mais clairs, indiquant que l’Église catholique ne s’engagera pas, sous son règne, dans une direction qui compromettrait son unité. Il ne laisse pas non plus entendre que de grands changements dans la pratique liturgique nous attendent. À ce titre, comme pour bien d’autres aspects de ce jeune pontificat, il y a dans ses propos un calme qui, selon moi, est délibérément choisi pour faire passer le message que les gens doivent s’éloigner du précipice liturgique et commencer à réfléchir de manière plus posée.

    Le pape Léon n’a absolument rien dit au sujet de la messe traditionnelle en latin, et il n’a donné aucun indice laissant entendre qu’il s’apprêtait à abroger *Traditionis Custodes*, la lettre apostolique du pape François qui imposait de fortes restrictions à sa célébration. Il n’a pas non plus mentionné le *motu proprio* antérieur du pape Benoît XVI, *Summorum Pontificum*, qui libéralisait l’accès à l’ancien rite de la messe et que le pape François a ensuite annulé.

    Par conséquent, ceux qui cherchaient dans ses propos une affirmation enthousiaste de l’une ou l’autre approche ont très probablement été déçus. Certains pourraient faire valoir que si son objectif est d’apaiser les tensions et de promouvoir l’unité ecclésiale, cette stratégie consistant à ignorer l’éléphant dans la pièce peut fonctionner à court terme, mais qu’à un moment donné, la question le mettra au pied du mur et qu’il devra abattre ses cartes.

    Mais si l’on lit attentivement ses propos, il y a un point incontournable, et c’est un point qui ne réjouira pas bon nombre de ceux que l’on appelle les « traditionalistes ». À savoir que la messe de Paul VI est là pour rester, qu’elle ne présente aucun défaut fondamental, qu’elle témoigne bel et bien d’une continuité avec la tradition et qu’elle met fidèlement en œuvre les principes liturgiques énoncés lors du Concile. Il ne dit pas ce qu’il adviendra de la messe traditionnelle en latin. Mais ce qu’il dit, c’est que la messe de Paul VI ne disparaîtra pas en tant que forme normative de la messe, et que toutes les autres considérations sont subordonnées à ce simple fait.

    Cela dit, au cœur de ses efforts pour apaiser les tensions se trouve son affirmation selon laquelle la messe de Paul VI est en parfaite conformité avec la tradition de l’Église et qu’elle incarne bel et bien bon nombre des réformes préconisées par le Concile. Il déclare :

    Le futur pape saint Paul VI a affirmé que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester silencieux et passifs. Leur présence physique ne peut se concilier avec leur absence spirituelle. »

    La similitude entre ces déclarations et celles qui figureront au n° 48 de la Constitution conciliaire est évidente : « L’Église […] désire vivement que les fidèles du Christ, lorsqu’ils assistent à ce mystère de la foi, n’y soient pas comme des étrangers ou des spectateurs silencieux. »

    Ce que Léon souligne dans ses remarques, c’est que le Concile avait compris qu’une réforme générale de la liturgie était nécessaire pour accroître la participation active des laïcs à la messe. Les laïcs ne doivent pas être « silencieux et passifs », comme s’ils n’étaient que de simples « spectateurs » d’un événement clérical au sein duquel ils ne jouent qu’un rôle minime. Il y a ici une allusion claire au fait que la liturgie préconciliaire favorisait effectivement une telle passivité silencieuse et que les laïcs n’étaient en réalité que trop souvent de simples spectateurs.

    De nombreux détracteurs de la réforme s'indignent face à de telles remarques et soulignent que la contemplation silencieuse pendant la messe est une forme de participation active ; par conséquent, l'accusation selon laquelle la messe tridentine favorisait la passivité est un argument fallacieux. Et même s’il y a une part de vérité dans cette observation, celle-ci est trop abstraite et fait abstraction de la réalité historique de la pratique dans de nombreuses paroisses d’avant le concile, où il était courant que les laïcs s’adonnent à diverses dévotions privées pendant la messe ou restent assis en silence, attendant passivement le moment de communier. 

    En d’autres termes, il y a une raison pour laquelle un mouvement liturgique fort existait au sein de l’Église bien avant le Concile. Et ce mouvement, porté par de nombreux papes et théologiens, n’était en aucun cas une tentative libérale extravagante visant à saper la messe. 

    Le pape Léon le précise clairement dans ses remarques et souligne les nombreuses modifications apportées à la messe qui avaient déjà été mises en œuvre par les papes précédents :

    De plus, le désir d’une « réforme générale » n’est pas apparu soudainement, mais s’était manifesté dans les actions des papes successifs depuis le début du XXe siècle, conformément aux exigences du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « en tant qu’étrangers ou spectateurs silencieux » avait déjà été soulevée dans la constitution apostolique Divini Cultus du pape Pie XI.

    Par ailleurs, on peut rappeler les interventions de Pie XII concernant l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a reprogrammés aux heures correspondant aux événements de Pâques, après qu’ils avaient été, pendant des siècles, avancés aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire de simplifier les rubriques du Bréviaire et du Missel, approuvant cette mesure par le motu proprio Rubricarum Instructum du 25 juillet 1960, dans lequel il faisait référence à la proposition de principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.

    Cette observation de Leo le conduit alors à une conclusion critique :

    La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est donc fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église. Une compréhension correcte de celle-ci nous permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore de temps à autre aujourd’hui, là où certains des principes sous-jacents à la réforme elle-même ont été poussés à l’extrême ou mal compris.

    Beaucoup ne seront pas d’accord avec cette conclusion. Ils souligneront que le fait que le Concile n’ait plus exigé que le chant grégorien et le latin occupent une « place d’honneur » dans la messe constitue une preuve que la nouvelle messe n’était pas une mise en œuvre véritablement fidèle du Concile. Ils conviendront avec Léon que des « abus » sont effectivement apparus dans la pratique liturgique après le Concile, mais soutiendront que ces abus étaient rendus presque inévitables par l’abondance d’occasions, au sein des nouvelles rubriques, permettant à la « créativité » cléricale de se déchaîner. 

    Ce sont là des critiques importantes, qu’il ne faut pas prendre à la légère. En effet, une personnalité aussi éminente que le pape Benoît XVI s’est elle aussi montrée critique à l’égard de certains aspects de la réforme liturgique. Et même le pape Léon XVI affirme que certains abus liturgiques ont encore lieu aujourd’hui. De plus, si la messe tridentine, vieille de plusieurs siècles, a pu être modifiée de manière aussi radicale, pourquoi ne pourrions-nous pas admettre que la messe de Paul VI, qui n’a que 57 ans, est elle aussi susceptible de nouvelles réformes, comme l’ont proposé de nombreux théologiens partisans d’une « réforme de la réforme » ? 

    Il est toutefois important de noter ce que le pape Léon ne dit pas. Il ne dit pas qu’une nouvelle réforme de la réforme est hors de question. Il ne dit pas que la mise en œuvre de la nouvelle messe a été parfaite et qu’il n’y a désormais plus de place dans l’Église pour l’ancienne messe. Mais ce qu’il dit, et je suis d’accord avec lui, c’est que la nouvelle messe est parfaitement orthodoxe, conforme à la tradition, conforme à l’appel conciliaire en faveur d’une liturgie réformée, et qu’elle constitue la forme ordinaire de la messe pour 99 % des catholiques du monde. Ainsi, toute idée fantaisiste selon laquelle elle aurait besoin d’être remplacée n’est qu’une entreprise vouée à l’échec. 

    La messe de Paul VI n’est pas le fruit d’une infiltration maçonnique ni d’un désir secret de la rendre protestante. C’est la messe de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, promulguée par un pape et réaffirmée par plusieurs autres. Elle est orthodoxe et remplie des grâces nécessaires au salut, non pas en dépit d’elle-même, mais grâce à son orientation tout à fait louable vers la langue vernaculaire et la participation active des fidèles.

    Tel est le message du pape Léon. Et c’est un message dont nous devons tous tenir compte.

    Larry Chapp a obtenu son doctorat en théologie à l’université Fordham en 1994, avec une spécialisation dans la théologie de Hans Urs von Balthasar. Il a enseigné la théologie pendant 20 ans à l’université DeSales, près d’Allentown, en Pennsylvanie, avant de prendre une retraite anticipée pour fonder la ferme « Dorothy Day Catholic Worker » près de Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, avec son épouse Carmina et son ami et ancien étudiant, le père John Gribowich. Auteur de nombreux articles et ouvrages, il est également le fondateur et l'auteur principal du blog Gaudiumetspes22.com.

    Lire aussi : Benoît était une exception en matière de liturgie

  • Augustin, Irénée, Newman et le rôle de Marie dans le salut

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    De Mark Miravalle sur la NBQ :

    Augustin, Irénée, Newman et le rôle de Marie dans le salut

    Le rôle de la Vierge dans la Rédemption humaine vu par trois grands docteurs de l’Église. Une vérité qui doit être solennellement proclamée au milieu de la confusion doctrinale actuelle afin de conduire à la paix promise et attendue dans l’Église et dans le monde, en apportant de grandes grâces, comme l’a également souhaité sainte Thérèse de Calcutta.

    22/08/2026

    Envoie-la depuis les cieux saints, envoie-la depuis ton trône glorieux, afin qu’elle m’assiste et m’accompagne dans mes efforts et que je sache ce qui te plaît. En effet, elle sait tout et comprend tout, et elle me guidera avec prudence dans mes actions et me protégera par sa gloire (Sag. 9, 10-12).

    Je voudrais commencer par la fin, c’est-à-dire par une conclusion que je considère comme fondamentalement et urgemment vraie : il n’y aura aucun rétablissement profond de la paix et de l’unité au sein de l’Église et dans le monde sans la reconnaissance formelle de Marie, Mère spirituelle de toute l’humanité, comme remède divinement désigné pour nos crises ecclésiales et mondiales actuelles. L’impératif catholique de prêcher, d’enseigner et de vivre Marie dans la plénitude de la vérité et de l’amour doit être fait sien tant par le clergé que par les laïcs, par les évêques et les religieux, depuis les membres les plus humbles du peuple fidèle jusqu’aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Dieu l’a en effet « envoyée des cieux saints » et je crois qu’en ce moment précis de l’histoire humaine, nous avons un besoin urgent de sa guidance, de sa sagesse et de sa grâce.

    Qui est Marie et quel est son véritable rôle pour l’humanité, au point qu’il soit urgent et indispensable de reconnaître toute la « vérité sur Marie », selon les paroles de saint Jean-Paul II ? (1) De quelle manière trois grands docteurs de l’Église, dont les vies couvrent tout le cours de l’histoire chrétienne, contribuent-ils à une compréhension authentiquement catholique du rôle de Marie dans la Rédemption humaine ?

    Saint Augustin

    Tout comme c’est le cas pour les styles artistiques, en littérature et dans la mode, il existe également des tendances en théologie. En ce moment, saint Augustin (345-430) est « à la mode ». Cela tient en grande partie à un certain religieux augustinien américain qui a récemment été élu Vicaire du Christ.

    L’éclat et la sagesse classiques du Docteur de la grâce, l’un des plus grands esprits et cœurs de l’histoire de l’Église, font d’Augustin une figure éternellement d’actualité. Examinons seulement trois aspects de sa vaste sagesse, qui ont une pertinence immédiate pour le rôle de Marie dans le salut.
    Commençons par la perle par excellence d’Augustin sur Notre-Dame et le Corps mystique : « [Marie] est sans aucun doute la mère de ses membres, que nous sommes, en ce sens qu’elle a coopéré par l’amour à engendrer pour l’Église les fidèles, qui forment les membres de ce chef » (2). Marie est à la fois la mère physique du Christ, chef divin du corps, et la mère spirituelle de tous ceux qui sont mystiquement unis au chef. Le pape saint Pie X en donne cette explication magistérielle :

    « Marie n’est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère. […] Or, en tant qu’Homme-Dieu, Il a un corps comme les autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, Il a un Corps spirituel ou, comme on dit, mystique, qui n’est autre que la communauté des chrétiens liés à Lui par la foi […]. On peut dire que Marie, en portant Jésus dans son sein, y portait aussi tous ceux dont la vie était contenue dans la vie du Sauveur. Ainsi, nous tous […] devons nous considérer comme sortis du sein de la Vierge, tels un corps attaché à sa tête. C’est pourquoi, en vérité, nous sommes appelés, dans un sens spirituel et tout à fait mystique, les enfants de Marie, et Elle, pour sa part, est la mère de nous tous »(3).

    La maternité spirituelle de Marie est un enseignement certain du Concile Vatican II. Les Pères conciliaires ont intégré l’essence de l’enseignement augustinien-mariologique dans Lumen Gentium, n° 61, où l’on conclut à juste titre que Marie « est mère dans l’ordre de la grâce » (4). Sur quels fondements théologiques le Concile a-t-il justifié cette maternité spirituelle ? Cela tient à sa participation unique et antérieure à l’œuvre de la Rédemption, aux côtés du Christ et sous sa conduite : « elle a coopéré d’une manière tout à fait spéciale à l’œuvre du Sauveur, par son obéissance, sa foi, son espérance et sa charité ardente, afin de restaurer la vie surnaturelle des âmes » (5). La Mère de Jésus réalise cette coopération tout à fait unique, depuis la conception de Jésus jusqu’au Calvaire, « en concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant au Père dans le temple, en souffrant avec son Fils mourant sur la croix » (6). Le Concile de Vatican II confirme que Marie est notre mère spirituelle dans l’ordre de la grâce, précisément parce qu’elle a avant tout coopéré à notre Rédemption – une maternité spirituelle fondée sur la corédemption.

    En second lieu, saint Augustin précise un titre particulier pour mettre en évidence le rôle subordonné de Marie par rapport à Jésus dans la Rédemption humaine : « coopératrice » (7). Saint Jean-Paul II commente ainsi ce titre augustinien pour la corédemption de Marie :

    « Au fil des siècles, l’Église a réfléchi à la coopération de Marie à l’œuvre du salut, en approfondissant l’analyse de son association au sacrifice rédempteur du Christ. Déjà saint Augustin attribue à la Vierge le titre de « coopératrice » de la Rédemption (cf. saint Augustin, De Sancta Virginitate, 6 ; PL 40, 399), titre qui souligne l’action conjointe et subordonnée de Marie au Christ Rédempteur » (8).

    Dans l’Église, les titres ont toujours été utilisés pour résumer une vérité doctrinale en un seul terme, même lorsqu’une explication adéquate reste néanmoins nécessaire. Certes, les titres mariaux de « Mère de Dieu », « Immaculée Conception » et même « Tout-Puissante par la grâce », ce dernier ayant été récemment utilisé par le pape Léon (9), requièrent tous une explication approfondie pour en transmettre le sens correct et éviter les malentendus. Le même raisonnement à l’appui de la légitimité peut certainement s’appliquer au titre de « Corédemptrice ».

    En troisième lieu, saint Augustin nous offre la maxime catholique classique qui exprime l’impératif providentiel pour tous les êtres humains de coopérer librement à l’œuvre rédemptrice du Christ : « Celui qui t’a formé sans toi ne te rendra pas juste sans toi » (10). L’humanité est appelée à coopérer librement et activement avec la grâce de Dieu pour atteindre le salut personnel, ainsi que pour participer au salut des autres.

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  • Le dogme de l'Assomption (KTO)

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    De KTO Télévision :

    Le dogme lui-même tient en quelques mots : « Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste ». C’est pour La Foi prise au mot l’occasion d’une émission à la fois théologique et historique. Théologique, puisque cela nous permet de revenir sur ce qu’est l’Assomption. Mais aussi historique puisque nous allons découvrir dans cette émission pourquoi et comment Pie XII est arrivé à la conclusion qu’il était nécessaire de proclamer ce dogme et pourquoi il le fit en engageant sa fameuse infaillibilité pontificale, sur laquelle il sera bon de revenir. Nous partons donc à la découverte du dogme de l’Assomption en compagnie des deux invités de Régis Burnet : Martin Dumont, secrétaire général de l’Institut de recherche pour l’étude des religions à la faculté des lettres de Sorbonne-Université, et Sophie Binggeli, enseignante en théologie à la Faculté Notre-Dame et responsable du cours de théologie mariale aux Bernardins.

  • La physique quantique et le mystère de la création divine

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La physique quantique et le mystère de la création divine

    Le physicien et professeur catholique Vincenzo Tamma explique comment la mécanique quantique révèle l'intelligibilité de la nature, renvoie au Créateur et ouvre de nouvelles voies pour un dialogue interdisciplinaire entre science, philosophie et théologie.

    Le professeur catholique Vincenzo Tamma explique comment la foi et la science sont compatibles.
    Le professeur catholique Vincenzo Tamma explique comment la foi et la science sont compatibles. (Photo : Vincenzo Tamma, photo d’Edward Pentin ; fond Shutterstock)

    LONDRES — La physique quantique, ou mécanique quantique, émerge rapidement non seulement comme un moyen de développer de nouvelles technologies, mais aussi comme une méthode scientifique pouvant aider l'humanité à mieux comprendre la vérité sur la création, révélant le mystère de son Créateur. 

    Dans cet entretien accordé au Register le 31 juillet en marge de la conférence « Une journée avec Marie » à Londres, le professeur catholique Vincenzo Tamma explique ce qu'est la mécanique quantique, comment elle se rapporte à l'action divine et comment elle peut être un outil utile dans le dialogue entre la science et la théologie. 

    « La mécanique quantique aide les croyants à réfléchir à la manière dont Dieu a créé le monde, car elle décrit le fonctionnement de la nature au niveau le plus profond », explique le professeur Tamma, directeur fondateur du Pôle de science et de technologie quantiques de l'Université de Portsmouth au Royaume-Uni. « Elle offre les connaissances épistémologiques et ontologiques les plus fondamentales sur la nature, sur la façon dont Dieu l'a voulue et ordonnée. »  

    Afin de maximiser son potentiel dans ce domaine, il appelle à la redécouverte d'une conception interdisciplinaire de l'université, telle que proposée par saint John Henry Newman, afin d'approfondir le croisement entre la théologie catholique, la philosophie et la science quantique et d'éduquer le grand public. 

    Professeur Tamma, qu'est-ce que la physique quantique en quelques mots ? 

    La physique quantique décrit les lois de la réalité à l'échelle microscopique. C'est, en quelque sorte, la science des constituants fondamentaux de l'univers, tels que les atomes, les électrons et les photons. Selon la physique quantique, ces éléments ne se comportent pas comme des objets ordinaires ; ils peuvent être observés de manière probabiliste, c'est-à-dire que l'on ne peut prédire que les probabilités d'un résultat de mesure, et non le résultat exact.

    En termes simples, elle nous offre une compréhension de la nature à son niveau le plus fondamental. Elle explique pourquoi des particules minuscules peuvent sembler être à plusieurs endroits simultanément, pourquoi la lumière peut se comporter à la fois comme une onde et comme une particule, et pourquoi les particules peuvent être liées entre elles de différentes manières malgré la distance. De plus, la physique quantique n'est pas qu'une simple théorie sur les fondements de l'univers ; elle sous-tend également de nouvelles technologies comme les ordinateurs quantiques, les capteurs ultra-précis et les communications sécurisées. Toutes ces technologies reposent désormais sur les principes fondamentaux de la mécanique quantique, ce qui nous permet non seulement de comprendre l'univers dans sa nature fondamentale, mais aussi de développer de nouvelles technologies.

    Comment cela peut-il nous aider à comprendre la vérité de la création ? 

    La mécanique quantique aide les croyants à réfléchir à la création du monde par Dieu, car elle décrit le fonctionnement de la nature au niveau le plus profond. Elle offre les intuitions épistémologiques et ontologiques les plus fondamentales sur la nature, telle que Dieu l'a voulue et ordonnée. En ce sens, les lois de la physique – et en particulier les lois quantiques – font partie du « livre de la nature », et Dieu est celui qui les a données. Comme l'a dit saint Augustin, le livre de la nature et le livre de l'Apocalypse sont deux manières complémentaires de connaître Dieu. Ils ne constituent pas un seul et même livre, et il ne faut pas les confondre, mais ils nous aident ensemble à comprendre Dieu. 

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