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Catéchèses du pape : Léon XIV va-t-il réviser Vatican II dans le sens de la tradition ?

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De Jeanne Smits sur Réinformation TV :

Léon Vatican Seigneur Eglise

Les catéchèses de Léon XIV sur Vatican II, annoncées au Consistoire qui vient d’avoir lieu à Rome, ont commencé mercredi à l’audience générale avec une courte présentation de la Constitution dogmatique Dei Verbum. Sans nul doute, ces présentations par le pape qui entre en quelque sorte dans son pontificat après avoir consacré l’essentiel de ses premiers mois à exécuter ce qui était déjà prévu pour 2025 sous François, vont fortement attirer l’attention car c’est sans doute là que l’on trouvera les propos véritablement programmatiques du « pape Prevost ».

Pour l’heure, le pape en est resté à des propos introductifs où, ayant cité les paroles de Jésus-Christ : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître », Léon XIV cite son cher saint Augustin :

« Dans son commentaire sur ce passage du quatrième Evangile, (il) insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l’Evangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l’amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous, nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils. »

Léon XIV va-t-il réviser Vatican II dans le sens de la tradition ?

Pas d’amitié avec Dieu sans grâce, en somme, et – comme le pape le rappelle plus loin – il appartient à l’homme de l’entretenir.

Le pape poursuit :

« C’est pourquoi, comme nous pouvons le voir dans toute l’Ecriture, il y a dans l’Alliance un premier moment de distance, dans la mesure où le pacte entre Dieu et l’homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; mais, avec la venue du Fils dans la chair humaine, l’Alliance s’ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. Notre ressemblance avec Dieu ne s’obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Eve (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme. »

Léon XIV insiste beaucoup sur le « dialogue avec Dieu » qui est au cœur de Dei Verbum, d’abord dans le jardin de l’Eden, où il est interrompu par le péché. Puis :

« Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s’incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l’Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l’amitié et, comme dans l’expérience de l’amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l’échange de paroles vraies. »

Les premières catéchèses de Léon XIV sur Vatican II évoquent le péché et la grâce

Il en déduit la nécessité de répondre à Dieu :

« D’où la nécessité de la prière, dans laquelle nous sommes appelés à vivre et à cultiver l’amitié avec le Seigneur. Cela se réalise tout d’abord dans la prière liturgique et communautaire, où ce n’est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c’est Lui-même qui nous parle à travers l’Eglise ; cela se réalise également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l’intimité du cœur et de l’esprit. Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n’est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui. »

Au-delà de ce conseil de vie chrétienne on notera les propos du pape sur la liturgie : Dieu nous parle d’abord à travers l’Eglise, c’est par elle qu’Il nous atteint… et la liturgie n’est pas un choix personnel et subjectif de l’homme.

Léon XIV conclut, loin de l’idée que la foi en la parole de Dieu suffit, en montrant que l’homme, lui, peut rompre l’alliance :

« Notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d’un geste spectaculaire de rupture, ou d’une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu’à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c’est précisément l’amitié avec Dieu qui est notre salut. »

Commentaires

  • D'une part, il conviendrait de distinguer entre les documents du Concile qui ont le plus besoin d'une révision, et ceux qui ont le moins besoin d'une révision, Dei verbum et Lumen gentium n'étant certes pas les documents du Concile les plus disruptivement novateurs qui soient, à la différence de Dignitatis humanae, Gaudium et spes, Nostra aetate et Unitatis redintegratio.

    D'autre part, il conviendrait aussi de distinguer entre une expression aussi imprécise et incertaine que "la révision du Concile dans le sens de la tradition" et la révision de certains documents du Concile à la lumière ou dans le sillage d'autres documents, issus du Magistère pontifical antérieur à l'annonce du Concile par Jean XXIII, ce qui est bien plus précis et surtout bien plus risqué.

    Bien plus risqué, car il n'est pas sûr du tout que cette révision soit jugée possible, et il est encore moins sûr qu'elle soit jugée souhaitable, compte tenu du fait qu'il ne faudrait surtout pas qu'à l'occasion d'une tentative de révision pareille, les partisans de "l'herméneutique du renouveau dans la continuité" s'aperçoivent que, en ce que le Concile a de spécifique, le Magistère pontifical ante-roncallien est moins inspirateur de Vatican II que l'avant-Concile de certains philosophes et de certains théologiens, futurs inspirateurs du Concile, et que le renouveau l'a amplement emporté sur la continuité...

    En matière de révision du Concile, NOTAMMENT à la lumière du Magistère pontifical antérieur à l'élection du premier des deux papes du Concile, MAIS AUSSI à la lumière du Concile lui-même, il est à noter qu'il y a eu un précédent, en ce que Jean-Paul II,
    - au moyen de Veritatis splendor, a entendu réviser le Concile en lui apportant un complément essentiel, Vatican II ne comportant aucun document de doctrine morale fondamentale, ce qui a constitué une carence absolument préjudiciable,
    et
    - au moyen de Dominus Iesus (qui n'est pas de Jean-Paul II, mais qui a été demandé et approuvé par lui), a entendu apporter des compléments ou des correctifs importants et même indispensables, compte tenu de certaines imprécisions ou indistinctions consensuelles et volontaires dans le Concile.

    Il est d'ailleurs assez révélateur que Jean-Paul II, accablé par les problèmes de santé, il est vrai, et Benoît XVI, plus homme de pensée qu'homme d'action, n'aient pas beaucoup cherché à imposer le contenu de cette double révision aux théologiens.

    Et c'est ici qu'il est possible d'établir une relation
    - entre la révision de tels ou tels documents du Concile, notamment à la lumière de tels ou tels documents du Magistère pontifical antérieur à son annonce au début de 1959,
    et
    - la révision de la réception dominante et/ou officielle de Vatican II qui sévit dans l'Eglise depuis sa clôture à la fin de 1965.

    En effet, c'est à cet endroit ou à ce niveau là, donc au sein et autour de cette réception dominante et/ou officielle, que se joue l'essentiel, depuis 1965-1966, et non, comme certains continuent à le dire, depuis une méchante ou vilaine année "1968" qui aurait fait échouer exogènement un Concile Vatican II qui, sans cette année là, aurait peut-être, n'est-ce pas, commencé à réussir...

    Qu'est-ce qui a pris à Paul VI d'aller encore plus que Vatican II, dans le domaine de la liturgie ? Qu'est-ce qui a pris à Jean-Paul II d'aller encore plus loin que Vatican II et Paul VI, dans le dialogue interconfessionnel et surtout dans le dialogue interreligieux, sinon, surtout dans le cas de Jean-Paul II, une réception dominante et/ou officielle qui considère en substance que le Concile constitue non un enseignement pérenne et régulateur mais un enseignement dépassable car dynamique ?

    Enfin, à quoi bon réviser le Concile, ou donner l'impression que l'on essaie de le faire, si l'on laisse la réception dominante et/ou officielle du Concile continuer à suivre son cours, alors que ce cours est de plus en plus éloigné de sa source, notamment et surtout dans le domaine des "relations extérieures" de l'Eglise ?

  • Cher Benoît,

    Je ne vois pas pourquoi il faudrait réviser le Concile "à la lumière des textes antérieurs".

    Il faut simplement lire le Concile, selon l'avis du pape Benoît XVI "dans une hermétique de la continuité" donc à la lumière non seulement des conciles antérieurs mais aussi des papes qui se sont succédés depuis le Concile et qui ont en données l'interprétation authentique.

    Avec cette méthode (qui certes distingue ce qui est est doctrinal de ce qui est pastoral), il n'y a aucun problème et on sort des interprétations de la rupture

    - aussi bien celles qui viennent du monde intégriste (souvent nourrie de jansénisme)

    - que celles, dominantes et écrasantes en Europe occidentale, qui viennent du monde progressiste, nourries à l'école de mai 68.

    Au plan doctrinal avec cette méthode, on peut résumer les apports du Concile à 9 vérités indispensables qui d'ailleurs ont été communiquées par le pape Benoît XVI à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X Pour qu'elle y adhère :

    1° L'homme est par nature un être libre et la liberté religieuse est une condition de sa nature. C'est un nouveau "préambule de la foi". Ancien dogme complémentaire : « Sa liberté est pour le moment diminuée par de l’ignorance et de la faiblesse, en vue d’un apprentissage de l’humilité ».

    2° L'Ordre des évêques est un ordre indépendant, radicalement non réductible à l'Ordre des prêtres, quoiqu'en disait saint Thomas d'Aquin (Supplementum). S’il ne donne rien de plus que le sacerdoce quant à l’eucharistie, il porte la plénitude de la grâce sacramentelle pour perfectionner le peuple de Dieu.

    3° Le mariage (qui est fondé sur le consentement mutuel des époux) est ordonné de manière indissociable à la croissance de leur amour réciproque et au don de la vie (et non à la procréation et à l'assouvissement du désir, comme l'enseignait saint Thomas d'Aquin, Supplementum) (Gaudium et Spes 50,3).

    4° Les religions autres que le christianisme ne donnent pas le salut (il est donné par l’union vivante de charité avec Dieu fondée sur la foi et source d’œuvres (Concile de Trente, session VI). Mais elles possèdent en elles des "semences mises par l'Esprit Saint" qui disposent les âmes des non-chrétiens au salut (Lumen Gentium 16).

    5° Nul n’entrera dans la Vision béatifique sans la plénitude du message du Christ contenu dans la foi catholique (Symbole du Quicumque). Mais les christianismes séparés, bien qu’ils souffrent de déficiences sur tel ou tel point, peuvent certainement produire la vie de la grâce et on doit reconnaître qu'ils donnent accès à la communion du salut (Unitatis Redintegratio, 3).

    6° « En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal », ce qui ne veut pas dire que tous seront sauvés en fin de compte (c’est le seul dogme à forme solennelle du Concile Vatican II, voir Gaudium et Spes 22, 5, repris de Pie XII Mystici Corporis 186).

    7° Le sacrement de l'eucharistie a pour but l'union par la charité de Dieu et de l'homme (et non seulement la glorification de Dieu).

    8° L’infaillibilité pontificale s’exerce de manière extraordinaire, solennelle ou ordinaire (Lumen Gentium, 25 et reprise des définitions du Concile Vatican I, Dei Filius 3, 1870)

    9° L'Écriture sainte n'est pas dictée par Dieu mais inspirée par Dieu à de vrais auteurs humains qui ont écrit avec leurs mots et leur faillibilité. L'Écriture est infaillible sur la doctrine du salut et sa révélation progressive, pas sur le reste. (Constitution dogmatique Dei Verbum).

  • Bonjour et merci, Monsieur DUMOUCH.

    Vous semblez considérez que la rupture entre le catholicisme antérieur au Concile et celui postérieur à Vatican II a eu lieu à cause d'une mauvaise interprétation du Concile qui aurait été le fait, d'une part, des "intégristes", d'autre part, des "progressistes", avant tout voire seulement à partir de l'année 1968.

    Et vous semblez aussi ne pas prendre en considération le fait que c'est toute une rupture philosophique et théologique, ni intégriste, ni progressiste, qui a commencé au moins trente ans avant l'annonce du Concile par Jean XXIII, et qui a amplement inspiré les experts et les pères de Vatican II, d'une manière non "continuiste".

    C'est un peu comme si vous disiez que les conceptions proches de celles ou telles que celles de Chenu, Congar, Rahner et Teilhard, etc., n'ont eu aucune influence importante au Concile, et ne sont devenues néfastes ou nocives qu'au contact et à partir de l'année 1968...

    Pour le reste, presque personne n'est assez bête, tout simplement, pour diaboliser le Concile de la première à la dernière ligne, mais, pour ainsi dire, cela "n'autorise pas" les valorisateurs inconditionnels de Vatican II à laisser entendre que s'il n'y avait pas eu l'intégrisme, le progressisme et 1968, la réception du Concile aurait été à coup sûr porteuse de fécondité dans la fidélité, alors que c'est dès le début de la troisième session du Concile que même des experts, dont Henri de Lubac, et des pères du Concile, dont les pères allemands, ont commencé à comprendre la supercherie qui était à l'oeuvre, notamment au début des discussions sur le futur texte Gaudium et spes.

    Bon dimanche.

  • Cher Benoît,

    il est évident qu'il y a eu une interprétation falsifiée de Vatican II dans nos terres occidentales, non pas au mois de mai 68 (comme date précise) mais PAR LA GENERATION QUI, EN REACTION AUX DEUX GUERRES MONDIALES, a produit traumatiquement mai 68 et ses folies.

    Vatican II n'y est pour rien comme le prouvent la Pologne, l'Afrique noire et l'Asie. La Pologne catholique a appliqué pleinement le Concile Vatican II sans les dérives 60 huitardes.

    Vous remarquerez que si la Pologne connaît actuellement une crise et une baisse de la fréquentation religieuse, cela vient de ce qu'avait dénoncé Soljenitsyne à savoir qu'il est beaucoup plus difficile d'être chrétien dans un pays gavé de confort matériel que dans un pays où la religion est persécutée.

    Je vous trouve trop rapidement dur avec le Concile Vatican II, un peu comme si nous étions en l'année 380 où les gens parlaient comme vous et affirmaient péremptoirement que le Concile de Nicée était une catastrophe puisque

    1° Presque personne ne l'avait suivi

    2° Qu'il n'avait provoqué que la division dans l'Église

    3° Et que 80% des évêques en Orient étaient devenus Ariens.

    Et puis au moment où l'Esprit Saint l'a voulu, le Concile de Nicée a produit ses fruits et a donné la suite de l'histoire de l'Église.

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