De Souad Sbai sur la NBQ :
L'erreur de l'Occident, aveugle à la montée en puissance d'un califat virtuel
Le débat qui a suivi le massacre de Modène révèle la fragilité de la culture occidentale. Nous percevons le terrorisme uniquement comme un phénomène militaire et sommes incapables de répondre au processus de radicalisation et de recrutement orchestré par Daech, qui utilise tous les outils les plus couramment employés par les jeunes, des réseaux sociaux aux jeux vidéo.
L’Occident a commis une erreur fatale en continuant de considérer le terrorisme islamiste comme un phénomène strictement militaire, alors que le djihadisme évoluait vers une menace culturelle, numérique et identitaire. Aujourd’hui, le prétendu État islamique n’a plus seulement besoin de conquérir des territoires ; il lui suffit d’occuper les écrans de nos enfants. C’est la dénonciation alarmante d’une étude récente du Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), qui décrit l’émergence d’un véritable « califat virtuel » taillé sur mesure pour la génération Z.
L'étude montre comment l'extrémisme s'est parfaitement adapté au langage des nouvelles générations, colonisant les jeux vidéo, TikTok, la musique trap, l'esthétique gothique, les messageries cryptées et l'ironie des réseaux sociaux. Nous ne sommes plus confrontés à une propagande grossière diffusée dans des vidéos tournées dans le désert. Aujourd'hui, le radicalisme se présente sous la forme de contenus en apparence anodins, camouflés dans l'univers numérique fréquenté par les adolescents européens.
D'après le rapport, des groupes affiliés à l'État islamique utilisent des plateformes comme Roblox, Minecraft, Discord et TikTok pour créer un climat d'endoctrinement progressif. De très jeunes garçons sont attirés par le biais de dynamiques d'appartenance, de défiance et de rébellion. La propagande subversive ne se limite plus à la religion, mais exploite également les thèmes de la masculinité, de l'exclusion sociale, de la rédemption, de la haine de l'Occident et de la quête de sens.
Depuis des années, je dénonce l'incapacité à combattre le fondamentalisme par un multiculturalisme naïf et un relativisme culturel. Nous avons laissé des générations entières grandir dans un vide existentiel, tandis que des prédicateurs radicaux, des influenceurs pseudo-religieux et des réseaux numériques capables de manipuler les plus vulnérables ont émergé en marge de la société. Aujourd'hui, nous payons le prix de cet aveuglement politique.
L'affaire de Modène est un signal d'alarme que nul ne peut ignorer. Salim El Koudri, citoyen italien d'origine marocaine, a percuté plusieurs piétons avec sa voiture en plein centre-ville, blessant grièvement plusieurs personnes. L'enquête met en lumière une détresse psychologique et un sentiment de marginalisation, mais des messages de haine envers les chrétiens et un profond ressentiment lié à l'identité ont également été constatés.
Il est essentiel de le préciser : tous les musulmans ne sont pas extrémistes, et tous les troubles sociaux ne débouchent pas sur des actes subversifs. Toutefois, il serait irresponsable de nier l’existence aujourd’hui d’un lien dangereux entre le fanatisme en ligne, l’exacerbation du victimisme et la culture islamiste qui imprègne les réseaux numériques. C’est précisément le scénario décrit par l’ICCT, où de jeunes Occidentaux s’approprient les symboles djihadistes comme s’il s’agissait d’éléments esthétiques ou d’un langage d’appartenance.
La gauche européenne, pourtant, continue d'ignorer le problème . Ceux qui dénoncent le fondamentalisme finissent par être accusés, tandis qu'elle reste muette face à la diffusion de contenus extrémistes sur des plateformes fréquentées par des mineurs. Une attitude suicidaire. Pendant des années, elle a préféré ne parler que d'inclusion, sans jamais exiger une véritable intégration, le respect des principes démocratiques et la défense de l'identité européenne.
L’État islamique a compris ce que de nombreux gouvernements européens n’ont pas encore saisi : la bataille décisive se joue dans l’imaginaire collectif. Le djihadisme contemporain ne se contente pas de recruter des combattants, mais construit des communautés émotionnelles, des modèles d’appartenance et des codes symboliques capables de séduire des adolescents désorientés.
Lorsqu’un jeune Européen grandit sans racines solides, immergé dans une communauté repliée sur elle-même qui délègue l’éducation à des algorithmes, il devient vulnérable à tout discours radical. Le fondamentalisme offre une réponse simpliste, englobante et agressive, opposant une identité absolue à une société qu’il juge décadente.
Le « califat virtuel » ne naît pas du néant. Il se développe au sein de l' Europe fragile, auto-accusatrice et désarmée que nous avons bâtie ces dernières années. Et il continuera de s'étendre tant que les responsables politiques n'auront pas le courage de se défendre sans se perdre dans des considérations idéologiques. Qualifier de « fous » les auteurs de telles atrocités empêche la population de comprendre les mécanismes de la radicalisation. Le terrorisme n'est pas une folie soudaine, mais bien un processus rationnel et délibéré pour ceux qui le commettent.