Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Culture

  • Bilan du séjour de Léon XIV en Espagne : au-delà des foules

    IMPRIMER

    D'InfoVaticana :

    Bilan du séjour de Léon XIV en Espagne : au-delà des foules

    13 juin 2026

    Les voyages d'un pape se comprennent mieux lorsque les projecteurs s'éteignent et que les paroles demeurent. Et la relecture sereine des discours prononcés ces derniers jours permet de tirer une conclusion que peu auraient formulée avant son arrivée : Léon XIV a laissé en Espagne un message intellectuellement solide, pastoralement exigeant et étonnamment éloigné de certains des lieux communs qui dominent le débat public contemporain.

    L’un des aspects les plus marquants de cette visite a été la manière dont le Souverain Pontife a abordé des questions particulièrement sensibles. L’exemple le plus évident a été celui de l’immigration. Dans une Europe prise au piège entre la sentimentalisisation du phénomène migratoire et son utilisation comme arme politique, Léon XIV a choisi une voie différente. Il a défendu la dignité de toute personne migrante, dénoncé l’exploitation des plus vulnérables par les mafias qui se livrent à la traite des êtres humains et rappelé clairement l’une des grandes intuitions de la doctrine sociale de l’Église : le droit de ne pas émigrer, le droit de chaque homme et de chaque femme de pouvoir s’épanouir sur la terre où ils sont nés sans être contraints de la quitter par nécessité.

    Il en a été de même lors de son intervention historique devant les Cortes Generales. L'image d'un pape s'exprimant devant le Parlement espagnol revêt désormais une importance institutionnelle incontestable. Mais ce qui importait vraiment, c'était le fond. Léon XIV a parlé de la défense de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle, et il l'a fait sans se réfugier derrière des formulations ambiguës. Devant les représentants d’une nation dont les lois ont consacré l’avortement et l’euthanasie, il a rappelé avec sérénité et fermeté la position constante de l’Église. Il n’a pas cherché les applaudissements faciles ni la confrontation théâtrale. Il s’est contenté d’exercer la mission propre au Successeur de Pierre : proclamer une vérité qu’il considère comme contraignante même lorsqu’elle dérange.

    Il serait naïf d’affirmer que ces discours ont immédiatement modifié la réalité religieuse espagnole. L’Espagne reste un pays marqué par une sécularisation profonde, une pratique sacramentelle en déclin et une crise vocationnelle évidente. Rien de tout cela n’a disparu en une semaine. Cependant, il serait également superficiel de s’en tenir uniquement à cette image.

    Ce qui s’est passé à Madrid, à Barcelone et aux Canaries a mis en évidence une réalité : derrière les statistiques se cache encore un substrat catholique nettement plus solide qu’on ne le reconnaît généralement. Un terreau spirituel, culturel et affectif qui continue de faire partie de l’identité de larges pans de la société espagnole et qui refait surface chaque fois qu’il trouve une voix capable de l’interpeller avec clarté.

    Une Catalogne plus complexe que ne le laissent entendre les clichés

    L’expérience catalane est particulièrement significative. Depuis des années, on répète que la Catalogne est l’une des régions les plus sécularisées d’Espagne et que les liens entre l’identité catalane et la tradition catholique appartiennent au passé. Pourtant, les journées vécues lors de la visite pontificale ont révélé une réalité bien plus complexe. Des milliers de fidèles ont participé aux cérémonies liturgiques et aux rencontres avec le pape avec un naturel qui contredit de nombreux clichés. Et il y a eu des scènes chargées de symbolisme : des Catalans émus chantant le Virolai, des drapeaux espagnols flottant aux côtés des senyeras et une expression populaire de la foi qui semblait rappeler qu’il existe des liens plus profonds que les divisions politiques des dernières décennies.

    Ces images ne parlaient ni de nostalgie ni de restaurations impossibles. Elles parlaient de continuité. D’une mémoire religieuse partagée qui reste vivante même lorsque beaucoup la considèrent comme éteinte. D’un sensus fidelium qui reste latent sous la surface et qui refait surface lorsque l’Église se présente sans complexe, sans s’excuser d’exister et sans édulcorer son message pour le rendre plus acceptable.

    La clarté comme méthode

    C'est peut-être là l'un des enseignements les plus importants de cette visite. Pendant trop longtemps, certains secteurs ecclésiaux ont tenu pour acquis que l'homme contemporain ne pouvait être atteint qu'à travers une adaptation constante au langage, aux catégories et aux sensibilités dominantes. Léon XIV a testé – timidement, parfois – une hypothèse différente. Il a parlé de la vérité, de la vie, de la responsabilité morale, de la transcendance et de l’espérance chrétienne avec une clarté remarquable. Et les places se sont tout autant remplies.

    Bien sûr, il serait imprudent d’en tirer des conclusions triomphalistes. La visite n’a pas résolu les problèmes structurels de l’Église en Espagne ni inversé des tendances culturelles consolidées depuis des décennies. Mais elle n’autorise pas non plus les interprétations défaitistes. Elle a plutôt permis de constater quelque chose que beaucoup semblaient avoir oublié : l’Espagne est aujourd’hui plus sécularisée qu’hier, mais elle reste plus catholique qu’on ne le dit souvent.

    Une réserve spirituelle qui perdure

    Au terme de ces journées, le bilan le plus juste consiste peut-être justement à reconnaître cette double réalité. Léon XIV a trouvé une nation où la foi n’occupe plus la place sociale qu’elle avait autrefois, mais où subsiste une réserve spirituelle considérable. Il s’est adressé à une société fragmentée et pourtant encore capable de se reconnaître dans certaines références communes. Et il a constaté que, lorsque le message chrétien est présenté avec conviction et sans complexes, il ne tombe pas dans le désert.

    La grande nouvelle de cette visite n’a pas été uniquement ce que le Pape a dit. Elle a aussi été de découvrir qu’il y a encore beaucoup d’Espagnols prêts à l’écouter.

  • Sondage Gallup : de plus en plus d'Américains considèrent l'avortement comme moralement inacceptable

    IMPRIMER

    De kath.net/news :

    Sondage Gallup : de plus en plus d'Américains considèrent l'avortement comme moralement inacceptable

    13 juin 2026

    L'acceptation morale de l'avortement est ainsi inférieure à celle de nombreux autres comportements tels que la contraception, le divorce, les relations sexuelles entre personnes non mariées ou les relations homosexuelles.

    Selon un sondage récent de l'institut Gallup, la proportion d'Américains considérant l'avortement comme « moralement acceptable » a diminué. L'acceptation est passée d'un pic de 54 % en 2024 à 49 % cette année. Dans le même temps, 41 % des personnes interrogées déclarent que l'avortement est moralement répréhensible.

    Ces résultats sont tirés du sondage annuel « Values and Beliefs » (en français « Valeurs et croyances ») de Gallup, réalisé du 1er au 17 mai 2026. Depuis 2001, l’institut pose régulièrement les mêmes questions sur une série de comportements, notamment sur des thèmes liés à la sexualité, au mariage et à l’éthique médicale.

    L'acceptation morale de l'avortement est donc inférieure à celle de nombreux autres comportements tels que la contraception (83 %), le divorce (74 %), les relations sexuelles entre personnes non mariées (65 %) ou les relations homosexuelles (62 %). Elle reste toutefois supérieure à celle des relations sexuelles chez les adolescents (35 %) ou du clonage animal (27 %).

    Les sondages Gallup révèlent globalement une tendance à long terme vers une plus grande acceptation de bon nombre de ces comportements sur une période de deux décennies. Ces dernières années, cette tendance s'est toutefois stabilisée, voire a partiellement reculé. L'acceptation de la contraception, des jeux d'argent et du clonage animal a également atteint son niveau le plus bas en 2026.

    Les opinions sur l'avortement restent fortement marquées par les clivages politiques. Alors que seuls 18 % des républicains considèrent l'avortement comme moralement acceptable, 73 % des démocrates partagent cet avis.

    Les résultats de ce sondage sont publiés plusieurs années après l’arrêt rendu par la Cour suprême dans l’affaire « Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization » (2022), qui a abrogé la réglementation fédérale sur l’avortement et donné aux États une plus grande marge de manœuvre. Selon le rapport de LifeNews, l’agitation initiale suscitée par cet arrêt s’est apaisée avec le temps. De plus en plus d’Américains auraient pris conscience que les interdictions de l’avortement n’empêchent pas les traitements légitimes et ne nuisent pas à la santé des femmes.

  • « Disclosure Day » de Spielberg : une menace pour la foi chrétienne ?

    IMPRIMER

    Disclosure Day (2026) - IMDb

    De Doug Mainwaring sur LifeSite News :

    Spielberg avait tort. « Disclosure Day » n’a en rien ébranlé ma foi chrétienne

    Si Spielberg avait pour objectif diabolique de créer une menace existentielle pour la chrétienté — une crise d’identité d’une ampleur comparable à celle d’une bombe nucléaire pour les chrétiens —, il a échoué.
    Image en vedette

    12 juin 2026

    (LifeSiteNews) — J’ai assisté à l’une des premières projections de « Disclosure Day » de Steven Spielberg en me préparant à voir ma foi catholique insidieusement sapée, voire carrément attaquée. Ce à quoi j’aurais dû me préparer, c’était deux heures et demie d’un film sans inspiration. 

    Et je n’étais pas le seul. J’ai discuté avec d’autres spectateurs à la sortie de la salle. Il s’agissait de fans inconditionnels qui s’étaient précipités pour voir la toute première projection de Disclosure Day, s’attendant à être émerveillés par la dernière œuvre de Spielberg. Le consensus général ? « Bof. »

    Ces dernières semaines, Spielberg a averti que son film « ébranlerait la foi » des chrétiens, car il raconte comment, pendant huit décennies, le gouvernement américain a dissimulé des preuves de visites extraterrestres. Dans une interview accordée à CBS Sunday Morning, Spielberg a expliqué :

    Si cette vérité venait à être révélée du jour au lendemain, si le gouvernement annonçait : « Oui, nous vous cachons cela depuis 1947 », cela bouleverserait beaucoup de gens. Et le film adopte également le point de vue de l’Église. Quelles conséquences cela aurait-il sur les croyances fondamentales que beaucoup d’entre nous partagent ? Et Dieu, notre Dieu, est-il présent uniquement sur cette planète, ou est-il le Dieu de tous les systèmes où il existe une civilisation, une vie intelligente, voire une vie en devenir ?

    Mais si Spielberg avait eu pour objectif diabolique de créer une menace existentielle pour la chrétienté — une crise d’identité de l’ampleur d’une bombe nucléaire pour les chrétiens —, il a échoué. Après avoir vu le film, il me semble qu’il essayait de créer un « buzz » avant la sortie nationale de Disclosure Day afin de stimuler les ventes de billets.

    Cela dit, Spielberg a clairement utilisé la foi catholique comme substitut de l’ensemble du christianisme. Le film s’appuie sur des références visuelles constantes au catholicisme : un crucifix, sainte Claire, un couvent rempli de religieuses en habit, des religieuses en prière dans une chapelle et une femme faisant le signe de croix à genoux jouent tous des rôles importants dans le film. De plus, l’un des personnages principaux est une jeune ancienne postulante.

    Tout au long du film, la question se pose : si le monde découvrait soudainement que des extraterrestres existent, qu’ils nous ont rendu visite et qu’ils ont même vécu parmi nous, cela détruirait-il la foi religieuse ?

    Le film va plus loin et pose la question suivante : et si les extraterrestres se révélaient plus empathiques que l’homme ou que Dieu, et plus capables que Dieu d’instaurer la paix sur terre ? 

    En effet, comme le laisse entendre la fin du film, alors que les informations diffusées par une petite chaîne de télévision locale du Missouri se propagent à toutes les grandes chaînes aux États-Unis et dans le monde entier, la révélation de la « vérité » sur l’existence de ces extraterrestres permet d’éviter de justesse la Troisième Guerre mondiale. 

    Cette nouvelle empêche littéralement la Troisième Guerre mondiale.

    « Le monde vient de changer profondément », annonce une présentatrice de journal télévisé alors qu’une séquence vidéo granuleuse en noir et blanc, autrefois classée secret défense, est diffusée. 

    « Si vous voyez cela, vous n’êtes pas seuls », dit-elle, comme si elle venait soudainement de trouver la seule vraie foi. 

    Une minute plus tard, dans une scène qui rappelle les adieux émouvants d’E.T. à Elliot et à ses frères et sœurs à la fin du film E.T., un extraterrestre à l’allure de grand-père est amené dans la salle de rédaction en fauteuil roulant et embrasse les deux protagonistes adultes du film qu’il avait enlevés lorsqu’ils étaient enfants.

    Je suis tout à fait d’accord avec Armond White, de la National Review : « Disclosure Day est le film le plus trash de Spielberg depuis la farce d’Halloween qu’est Poltergeist (attribué à Tobe Hooper mais portant la marque de Spielberg). »

    Je ne vois pas comment une telle daube pourrait ébranler la foi de qui que ce soit. Au contraire, Spielberg cherchait plutôt à recréer l’atmosphère chaleureuse et réconfortante d’E.T. et de Rencontres du troisième type. À l’instar de ces deux superproductions, la bande originale de Disclosure Day a été composée par John Williams et, comme dans Rencontres du troisième type, elle intègre une chanson de Disney — « Someday My Prince Will Come » — dans l’espoir de réveiller la nostalgie de l’enfance, ce à quoi Spielberg et son équipe créative ont toujours excellé. 

    Spielberg a perdu la touche magique qu’il avait autrefois dans le domaine de la science-fiction, comme l’a prouvé il y a vingt ans son horrible remake de La Guerre des mondes de 1952, dont le titre légèrement raccourci est War of the Worlds. Dans le cas de ces deux films, il y a tout simplement trop de moments où le spectateur est invité à fermer les yeux sur les failles et les incohérences du scénario.

    Doug Mainwaring est journaliste pour LifeSiteNews, auteur et militant pour le mariage, la famille et les droits des enfants. Il a témoigné devant le Congrès des États-Unis et des assemblées législatives d’État, a rédigé et co-rédigé des mémoires d’amicus curiae pour la Cour suprême des États-Unis, et a été invité dans de nombreuses émissions de télévision et de radio. Doug et sa famille vivent dans la banlieue de Washington, DC.

  • Frank Michael était très attaché à la Vierge Marie

    IMPRIMER

    D'Aleteia.org :

    Frank Michael, une vie placée sous le regard de la Vierge Marie

    Le chanteur Frank Michael est mort à l’âge de 79 ans, a annoncé ce 12 juin sa fille Sandra Gabelli. Interprète emblématique de "Toutes les femmes sont belles", l’artiste belge d’origine italienne était très attaché à la Vierge Marie, à laquelle il a voué une profonde et constante dévotion tout au long de sa vie.
  • Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

    IMPRIMER

    De Marc McGinness sur le Catholic Herald :

    Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

    Aujourd'hui, 10 juin, pour le centenaire de la mort d'Antoni Gaudí, le pape Léon XIV a célébré une messe solennelle et consacré la tour de Jésus-Christ, la dernière et la plus haute des 18 tours alvéolées de la basilique. Avec ses 172,5 mètres, elle fait de la Sagrada Família l'église la plus haute du monde.

    Le plus grand élément restant à réaliser est la Façade de la Gloire, qui racontera l'histoire de la Résurrection à travers 100 figures sculptées. Sa réalisation pourrait prendre jusqu'en 2035.

    Lors d'une messe célébrée un dimanche de 2023, Peter Stanford décrit la scène comme « baignée de couleurs, qui déferlaient de toutes parts… À l'est, où se dresse la façade de la Nativité, le vert symbolise la fertilité et le bleu la lumière du matin. À l'ouest, autour de la façade de la Passion, les teintes orangées et dorées sont traversées par le rouge du sang versé par Jésus… Et de la façade de la Gloire, encore inachevée, derrière nous, au sud de la nef, un blanc éclatant vient s'ajouter à cette palette. »

    Il avait résisté à toutes les tentatives de l'enrôler dans le processus politique, malgré de nombreuses provocations. Il parvint néanmoins à se faire arrêter – une fois – en septembre 1924. Alors qu'il se rendait à la messe commémorative des Catalans tués lors du siège de Barcelone (1713-1714), il fut interpellé par la Guardia Civil. Interrogé en espagnol, il répondit en catalan. On lui proposa la liberté s'il parlait espagnol, mais il refusa. C'est ainsi que cet homme de 72 ans fut arrêté. Il fut libéré à midi après que Mgr Gil Parés, de l'église, eut payé l'amende. Comme le dit Stanford, il n'en sortit pas victorieux. Il était anéanti.

    L'église avait été épargnée par les manifestants et les émeutiers durant les décennies troubles précédentes, mais en juin 1936, la foule l'envahit, « détruisant les maquettes de Gaudí et brûlant le moindre morceau de papier ». Se tournant ensuite vers la crypte, ils ouvrirent et dispersèrent les restes de l'esprit originel à l'origine de la future basilique, José María Bocabella. Puis ils renversèrent la pierre tombale de Gaudí. Par chance, son cercueil resta intact.

    Qui était cet homme que l'on qualifie aujourd'hui de star de l'architecture ? Né le 25 juin 1852 à Reus ou Riudoms, dans le quartier de Baix Camp, il était le benjamin des cinq enfants de Francesc Gaudí i Serra, chaudronnier, et de son épouse, Antònia Cornet i Bertran. Le lendemain, il fut baptisé Antoni Plàcid Guillem Gaudí i Cornet.

    La maladie lui fit perdre son enfance et, même après ses études, il passa la majeure partie de son service militaire en congé maladie. Cela lui permit néanmoins de poursuivre ses études. Il obtint son diplôme d'architecture en 1878. À l'Exposition universelle de Paris de la même année, il réalisa une vitrine pour le fabricant de gants Comella, qui impressionna tellement l'entrepreneur catalan Eusebi Güell que celui-ci lui commanda certaines de ses œuvres les plus remarquables : des caves à vin, un pavillon, le palais et le parc Güell, ainsi que la crypte de l'église de la Colònia Güell.

    En 1883, il fut chargé de la construction d'une église à Barcelone : le Temple Expiatori de la Sagrada Família (« Temple expiatoire de la Sainte Famille »). À son arrivée, il n'hérita que d'une crypte à moitié achevée et des plans de Francisco de Paula del Villar pour une grande église néo-gothique sans grand intérêt architectural. En 1887, la crypte était terminée et ouverte à la messe quotidienne. En 1914, le nonce apostolique Francesco Ragonesi vint visiter Gaudí et son église et la qualifia de « magnifique poème sculpté dans la pierre ». Gaudí répondit avec lyrisme : « Quel homme ne se sentirait pas poète avec l'église à ses côtés ? »

    Son travail sur la façade de la Nativité semble puiser son inspiration non seulement dans le modernisme – la version catalane de l'Art nouveau – mais aussi dans des éléments classiques, gothiques et baroques. Le souci du détail est extraordinaire : le veilleur de nuit, Josep, est inspiré de Judas Iscariote ; Ponce Pilate, d'un chevrier du coin ; la Vierge Marie, de la sœur d'un maçon. La même attention est portée aux figures animales. Gaudí confia à son premier biographe, Joan Bergós : « Chacun trouvera quelque chose dans l'église. Les paysans y voient des coqs et des poules, les scientifiques les signes du zodiaque, les théologiens la généalogie de Jésus, mais l'explication, la raison d'être de tout cela, seuls les érudits la connaîtront, et elle ne doit pas être divulguée. »

    Dans les années qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale, la principale contribution de Gaudí – outre la façade de la Nativité – fut la réalisation de maquettes complexes indiquant à quoi ressemblerait la basilique une fois achevée. À l'échelle 1/10 et 1/25, deux maquettes en plâtre furent finalement achevées à sa satisfaction en 1923. Les fonds arrivèrent toujours trop lentement pour concrétiser ses ambitions – jusqu'aux années 1980, où des financements internationaux, notamment japonais, commencèrent à affluer. Dès 1926, la construction fut confrontée à de graves difficultés financières. 

    Lorsqu'on lui demandait une date d'achèvement, Gaudí répondait : « Dieu est mon client et Il n'est pas pressé. » Pourtant, comme le souligne Stanford, Gaudí « croyait qu'il était voué à échouer au critère de perfection divin, de la même manière que Job… était condamné à souffrir tout au long de sa vie, quels que soient ses efforts, car il était mis à l'épreuve par son Seigneur, ne connaissant l'amour divin qu'au moment de rencontrer son créateur ».

    Et il connaissait la souffrance. Le jeune homme qui avait perdu sa mère et ses frères et sœurs survivants avant l'âge de vingt ans ; l'adulte qui ne s'était jamais marié ni n'avait connu de relation intime (son unique amour, Pepeta Moreu, avait rejeté le jeune Gaudí après qu'il eut finalement tenté de lui déclarer sa flamme par l'intermédiaire d'une tierce personne). Comme l'ajoute Stanford : « Il se brouillait régulièrement avec ses mécènes ; il était obsessionnel et intransigeant dans le monde de son imagination débordante, cherchant à satisfaire un Dieu exigeant. »

    Stanford brosse un tableau saisissant des derniers jours de Gaudí. Il partait chaque soir de son atelier (qui devint plus tard son domicile) près de la basilique. Jadis élégant, il portait désormais des vêtements usés, « à la fois négligés et délibérés ». Il enfilait de vieilles vestes, souvent rapiécées ou déchirées, les poches pleines de chapelets et de raisins secs ; ses chaussures étaient souvent rafistolées avec de la colle ou de la ficelle.

    Il se rendait à l'oratoire Saint-Philippe-Néri, près de la cathédrale gothique de Barcelone. Il devait assister à un office, puis passer un moment avec son confesseur, le père Lluís Maria de Valls i Riera, avant de retourner à son atelier et de se coucher. Le tramway numéro 30 vrombissait et tintait, s'éloignant de l'Arc de Triomf vers la Plaça de Catalunya. On disait que Gaudí pensait que les tramways devaient céder le passage aux piétons. Il s'est engagé sur sa voie et a perdu connaissance.

    Le conducteur du tramway crut avoir heurté un clochard et s'enfuit. Les trois premiers taxis hélés firent de même. Finalement, un quatrième le conduisit à l'hôpital, passant devant deux de ses créations, la Casa Milà et la Casa Batlló. Le patient inconnu reçut l'extrême-onction. Les jours suivants, entouré de son cousin Josep, de son ami le docteur Alfonso Trias et de quelques collègues de la Sagrada Família, il pouvait à peine parler, mais murmurait parfois : « Jésus, Déu meu . »

    Il mourut à 20h05 le 10 juin 1926 et fut enterré dans la crypte de son magnifique chef-d'œuvre inachevé, la Cathédrale des Mendiants.

    Un siècle plus tard, sa cathédrale est presque achevée. C'est presque miraculeux.

    Lire aussi : Visite guidée de la Sagrada Familia : 5 énigmes divines et trésors cachés

  • Le pape à la Sagrada Familia : « La foi façonne les pierres. »

    IMPRIMER

    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    Le pape à la Sagrada Familia : « La foi façonne les pierres. »

    Cent ans jour pour jour après la mort d'Antoni Gaudí, la messe est célébrée par Léon XIV au Temple expiatoire et la Tour de Jésus-Christ est bénie, faisant de cette dernière la plus haute église du monde. Dans cette Bible pauvre de notre temps, une « catéchèse éloquente faite de pierre, de couleur et de lumière ». 

    11/06/2026

    La foule en liesse qui emplissait les rues de Barcelone hier soir, au passage du pape Léon XIV se rendant à la Sagrada Familia, rappelait sans doute celle qui avait accompagné le cercueil de l'architecte Antoni Gaudí un siècle auparavant. Peu avant 22 heures, la bénédiction de la Tour de Jésus-Christ (prononcée en partie en catalan, suite à la polémique linguistique de ces derniers jours) a marqué l'apogée de la deuxième journée intense du pape en Catalogne. Cette journée avait débuté le matin par une rencontre avec les détenus du centre pénitentiaire « Brians 1 », avant de se poursuivre au cœur marial de la Catalogne, à la « Moreneta », la Vierge Noire de Montserrat, où il a partagé le chapelet et un déjeuner avec la communauté bénédictine. Descendant du Mont Athos, l'une des sources d'inspiration de Gaudí, le pontife est retourné à Barcelone. L'après-midi, il a rencontré des organisations caritatives et des associations à l'église San Agustí – qu'il se souvenait avoir trouvée fermée en 1984, alors qu'il était jeune prêtre – et enfin, l'événement le plus attendu, cent ans jour pour jour après le 10 juin 1926, date à laquelle le « Dante de l'architecture » a rejoint l'éternité. Hier, près de sa tombe, se trouvait un pape nommé Léon, le même nom que le pontife régnant lorsque Gaudí a pris la direction de la construction du Temple Expiatori de la Sagrada Família .

    La Croix du Christ, point central de l'édifice, était au cœur de l'homélie du pape  et de la bénédiction qui a suivi, conclue par le chant du  Vexilla Regis. Léon XIV a été accueilli par le roi Felipe VI, la reine Letizia et Valentina, une jeune fille aveugle qui a expliqué au pape les particularités de la Tour de Jésus-Christ, en lui présentant une maquette miniature de l'édifice. Du haut de ses 172,5 mètres, elle est la plus haute église du monde. « Non pas pour exceller dans les classements terrestres, mais pour guider les pas du peuple de Dieu en pèlerinage sur cette terre de Catalogne, la croix éclairant le chemin, telle une lampe allumée dans l'attente du retour de l'Époux », a déclaré le pape lors de la messe. Prévost est le troisième successeur de Pierre à visiter la Sagrada Familia, après saint Jean-Paul II en 1982 et Benoît XVI, qui l'a consacrée en 2010. « Je me souviens qu'elle est un signe visible du Dieu invisible, pour la gloire duquel s'élèvent ses tours. Dans la continuité de la prière de mon prédécesseur », a souligné le pape, « je bénirai bientôt la plus haute tour, celle de Jésus-Christ. » Les travaux sont encore en cours, ce qui en fait non pas « une œuvre inachevée, mais un temple encore en construction », non pas un « défaut », mais un « désir », puisque cet état « ne signifie pas un manque, mais exprime une promesse », expliquait-il dans un parfait esprit gaudinien.

    Sur les traces des bâtisseurs de cathédrales médiévales.Gaudí ne concevait pas la Sagrada Familia comme l'œuvre d'un seul homme, mais comme celle d'une communauté qui s'étend sur plusieurs générations. Une dimension éloquemment exprimée par Léon XIV : « Cette église est un seul édifice, composé de nombreuses pierres. Une maison qui grandit sans cesse au fil des ans, selon un plan identique », et par conséquent « elle est encore aujourd'hui un chantier, ce qui nous rappelle que la vie chrétienne est toujours un cheminement, car c'est un projet que Dieu mène à son terme. » À condition, bien sûr, que les rôles soient respectés, puisqu'il est le bâtisseur, rappelle le Pape, en se référant à la lecture du deuxième livre de Samuel, où le Seigneur annonce qu'il bâtira une maison pour David et non l'inverse, car « ce n'est pas nous qui donnons une place à Dieu, comme s'il était un élément d'une série ou une partie d'un tout qui le dépasse. C'est Dieu qui nous donne la place. » Et le chef-d'œuvre intérieur ne peut être centré que sur Jésus, à l'instar de la Sagrada Familia, où « la Croix du Christ, placée au sommet de cette basilique, est la Croix des derniers devenus premiers, des pécheurs devenus saints, des morts qui ressusciteront ».

    La Tour bénie hier soir illustre avec force la centralité de la Croix du Christ , dans laquelle « notre foi atteint son apogée, comme l'affirme l'inscription au pied de la flèche : " Tu solus Sanctus, Tu solus Dominus, tu solus Altissimus " ». C'est là le cœur du message de Gaudí, qui se déploie sur les trois façades de la Nativité, de la Passion et de la Gloire : « Le Premier devient le dernier pour nous dans la Nativité ; par son Sacrifice, il nous rachète par la Passion ; sa mort nous donne la vie éternelle, nous rendant participants à la gloire divine. Admirant la tour de Jésus-Christ, nous levons les yeux vers Lui, vers Lui seul qui nous révèle la vérité de Dieu et la vérité de nous-mêmes. » La Sagrada Familia est « bien plus qu'un monument », a déclaré le Pape en introduction de son homélie, et elle est aussi bien plus qu'un chantier : c'est « un pèlerinage spirituel qui conduit à la rencontre du Christ né, mort et ressuscité pour nous », où nous sommes presque guidés par la main de « l'architecte ardent dans la foi » qui, dans cette Bible pauvre de notre temps, a conçu une « catéchèse éloquente faite de pierres, de couleurs et de lumière », laissant place au véritable artiste « qui a imprimé sa splendeur sur le cosmos. Créé à son image, l'homme répond à l'œuvre de Dieu par son ingéniosité : ainsi l'artiste fait du talent une louange et de la créativité un témoignage au Créateur lui-même », ce qui, dans l'œuvre et la spiritualité de Gaudí, devient palpable car « la foi donne forme aux pierres et sens à l'édifice que nous habitons ensemble ».

    Ce témoignage se renouvelle dans la Sagrada Familia comme dans les « anciennes cathédrales »qui constituent en elles-mêmes de très riches messages d'évangélisation. Dans ce temple d'images, il devient encore plus évident combien l'art et la beauté sont d'éminents vecteurs d'évangélisation, et ce, précisément dans cette Espagne qui, de Zapatero à Sánchez, a accéléré la sécularisation, mais qui a accueilli le successeur de Pierre avec une chaleur qui a dépassé toutes les espérances. Un paradoxe, à l'image du chantier de la Sagrada Familia lui-même, où la persécution antireligieuse des années 1930 n'a même pas épargné les plans de Gaudí, détruits par un incendie criminel, mais où aujourd'hui, sur la Tour de Jésus-Christ, se dresse une croix imposante devant laquelle on ne peut s'empêcher, comme le dit la devise du voyage apostolique, de « lever les yeux » .

  • À Barcelone, Léon XIV sur les traces de Gaudi, architecte missionnaire

    IMPRIMER

    Une dépêche de l'Agence Fides :

    À Barcelone, Léon XIV sur les traces de Gaudi, architecte missionnaire

    9 juin 2026
     

    par Marie-Lucile Kubacki

    « La nouvelle tour concrétise le projet de Gaudí, son architecte, qui était profondément inspiré par la foi. Il fut le premier à concevoir l’art comme une forme d’annonce évangélique et un langage privilégié de la mission chrétienne », a déclaré le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Vatican, dans un entretien à Vatican News à l’occasion du voyage apostolique du Saint-Père en Espagne, du 6 au 12 juin 2026.

    À la basilique de la Sagrada Família, le Pape doit présider une messe le 10 juin et participer à l’inauguration de la tour de Jésus‑Christ. En présentant cette tour comme « un phare de rédemption et d’espérance » et « une œuvre d’évangélisation », le secrétaire d’État situe d’emblée la Sagrada Família au‑delà du registre patrimonial: pour le Saint‑Siège, l’édifice manifeste une Église « en constante croissance à travers l’histoire », appelée à conduire les regards vers Dieu.

    Ce cadre éclaire la figure du vénérable Antoni Gaudí et sa contribution à une architecture missionnaire, qui n’est pas le fruit de son seul génie esthétique, mais bien d’un parcours de conversion.

    Né en 1852 dans une famille catolique, l’architecte catalan est d’abord un chrétien plutôt discret, mais les épreuves de la vie, la maladie, les deuils, creusent peu à peu en lui un espace dans lequel se construit la relation avec Dieu. Si lorsqu’il accepte le chantier de la Sagrada Famiglia, il est aussi séduit par la perspective de carrière que lui offre ce projet, le jeune dandy va peu à peu se muer en « moine architecte », selon l’expression célèbre de Patrick Sbalchiero dans son essai Antoni Gaudi. « L’architecte de Dieu », en référence à la pauvreté et à l’ascèse qui caractériseront les dernières années de sa vie.

    La Sagrada Família sculpte le coeur de l’homme en même temps que celui-ci travaille à sa dentelle de pierre. L’oeuvre façonne l’artiste à mesure qu’il confie celle-ci à Dieu. Basilique “expiatoire” - son nom complet est « Temple Expiatori de la Sagrada Família » (« temple expiatoire de la Sainte Famille »)- « exclusivement financée grâce à l’aumône », et par les dons des fidèles et des visiteurs, la construction a connu de nombreuses interruptions notamment en raison des difficultés financières, et demeure un chantier ouvert. Mais en raison de cette histoire particulière, c’est une église de pierres vivantes, faite de foi et de prières, et en celà fortement inspirée.

    Lors de la dédicace de l’église et de son autel en 2010, le pape Benoît XVI avait rappelé que Gaudí, face aux innombrables difficultés qu’il devait affronter, s’était un jour exclamé « plein de confiance en la divine Providence » : «Saint Joseph complètera l’église».

    Ce n’est donc pas seulement un « grand architecte » que vient honorer le pape Léon XIV par sa présence, mais une certaine idée de l’art et de la vocation de l’artiste missionnaire. « Par son œuvre, Gaudí nous montre que Dieu est la vraie mesure de l’homme, que le secret de la véritable originalité consiste, comme il le disait, à revenir à l’origine qui est Dieu. Lui-même, ouvrant ainsi son esprit à Dieu, a été capable de créer dans cette ville un espace de beauté, de foi et d’espérance, qui conduit l’homme à la rencontre de Celui qui est la vérité et la beauté même », affirmait Benoît XVI en 2010.

    Un siècle après la mort de l’architecte, la basilique continue ainsi, par sa singulière beauté végétale, à interpeller près de 5  millions de visiteurs annuels. (Agence Fides 9/6/2026)

  • L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    IMPRIMER

    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    Pères de la Rédemption, tirés de Corsaires barbaresques  (New York : Putnam, 1902) Kelley, JD Jerrold (James Douglas Jerrold) (1847-1922), Auteur. Lane-Poole, Stanley (1854-1931), Auteur.

    La mémoire sélective ne rassemble pas les peuples, mais alimente les ressentiments mêmes qu'elle prétend apaiser.

    Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Le texte a été adopté par 123 voix contre 3, avec 52 abstentions, dont la France, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et la plupart des pays européens. Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre.

    La portée symbolique de cette résolution est considérable. Nul ne saurait contester que la traite transatlantique des esclaves constitue l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité. Pendant plusieurs siècles, des millions d'Africains ont été déportés vers les Amériques dans des conditions épouvantables, réduits à l'état de marchandises et intégrés à un système économique fondé sur leur déshumanisation. La mémoire de ce crime mérite d'être reconnue et transmise.

    Mais c’est précisément parce que l’histoire de l’esclavage est trop grave pour être instrumentalisée qu’il nous faut questionner les présupposés idéologiques qui sous-tendent cette résolution. Car le caractère controversé du texte ne réside pas dans sa condamnation de la traite transatlantique, mais dans ce qu’il omet.

    En qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave » des crimes contre l'humanité, l'ONU semble établir une hiérarchie morale entre les atrocités historiques, comme si certaines souffrances pouvaient être considérées comme supérieures à d'autres et comme si l'on pouvait mesurer objectivement l'horreur et déclarer qu'un crime surpasse tous les autres. Cette formulation explique en partie les nombreuses abstentions européennes, pour qui, pendant de longues années, l'Holocauste a été érigé en symbole ultime de la barbarie humaine. Indépendamment de la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, dont les motivations peuvent être suspectes, plusieurs États ont fait valoir qu'il n'appartenait pas à l'ONU d'établir une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Devrions-nous placer Auschwitz et Kolyma, le génocide arménien et le génocide des Tutsis au Rwanda sur une échelle graduée, comme s'il s'agissait de classer les concurrents dans un concours macabre ?

    Mais la principale difficulté réside ailleurs. Cette résolution ignore complètement l'existence d'autres systèmes esclavagistes qui ont pourtant façonné l'histoire de l'Afrique et du monde pendant plus d'un millénaire.

    La traite négrière arabo-musulmane constitue, à cet égard, un angle mort particulièrement révélateur. Bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines, des réseaux de traite approvisionnaient déjà le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et certaines régions d'Asie. Les historiens estiment généralement que plusieurs millions d'Africains ont été déportés dans le cadre de ce commerce, qui a perduré du VIIe siècle jusqu'au XXe siècle dans certaines régions. Selon les estimations citées dans de nombreux ouvrages historiques, entre 10 et 17 millions d'esclaves auraient été concernés durant cette longue période.

    Ce commerce présentait également plusieurs particularités souvent négligées. Les femmes étaient majoritairement destinées aux harems ou aux travaux domestiques. Les hommes étaient fréquemment castrés avant d'être vendus, ce qui explique en partie l'absence de descendance significative dans les pays concernés et le manque de métissage – contrairement à ce qui s'est passé en Amérique, où le métissage, bien que souvent violent, a néanmoins eu lieu et a donné naissance aux sociétés diverses que nous connaissons aujourd'hui. Le déclin démographique des populations déportées était souvent bien plus marqué dans le monde arabo-musulman.

    À cette réalité s'ajoute une autre dimension longtemps négligée : la participation active de nombreuses puissances et royaumes africains à la capture et à la vente d'esclaves. L'histoire de la traite négrière ne saurait se réduire à une simple dichotomie entre Européens prédateurs et Africains victimes. De nombreux acteurs africains ont été impliqués dans ces systèmes, que ce soit dans le cadre de la traite transatlantique ou des traites orientales.

    Rappeler ces faits ne revient évidemment pas à minimiser la responsabilité européenne. Il s'agit simplement de rétablir la complexité historique. Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute tentative d'élargir la perspective pour englober toutes les formes de la traite négrière se heurte régulièrement à la suspicion. Des historiens, comme le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau, ont payé un lourd tribut à leur carrière universitaire pour avoir mis en lumière ces faits historiques. Ceux qui évoquent la traite arabo-musulmane ou les responsabilités africaines sont fréquemment accusés de vouloir relativiser les crimes occidentaux, voire d'être animés par des motivations idéologiques cachées, semblables à celles de l'extrême droite.

    Cette réaction est devenue quasi automatique, comme si la simple mention d'une réalité historique indiscutable constituait en soi une prise de position politique suspecte. Dans les médias et chez les politiciens, certains récits sont jugés légitimes tandis que d'autres sont condamnés à l'invisibilité. La terrible histoire d'Henry Nowak, dans un tout autre contexte, vient d'en apporter une nouvelle illustration. La question n'est pas si éloignée : George Floyd a été érigé en icône parce qu'il était un descendant des esclaves de la traite transatlantique ; sa mort sous les balles d'un policier blanc a ainsi fait de lui un martyr. Le jeune Nowak, en revanche, appartient à la race des exploiteurs. Il aurait pu mourir en murmurant « Je ne peux pas respirer » sans que personne ne s'en émeuve.

    Cette situation alimente un malaise intellectuel croissant. L'histoire sérieuse ne devrait jamais fonctionner selon une logique de mémoires concurrentes.

    En mai, un débat houleux a eu lieu sur X entre Bally Bagayoko et Marion Maréchal au sujet de l'existence de la traite négrière. Marion Maréchal a rappelé qu'en 2021, des experts de l'ONU s'étaient alarmés de la persistance de formes d'esclavage héréditaire au Mali. Les rapporteurs de l'ONU avaient alors dénoncé les attaques répétées contre les personnes considérées comme « esclaves par descendance » et déploré l'inaction des autorités maliennes. Le nouveau maire de Saint-Denis s'est ainsi vu rappeler que ses origines maliennes de noble lignée, qu'il avait fièrement mises en avant dans les médias, ne constituaient pas un certificat d'innocence civilisationnelle. 

    Pourtant, ce simple rappel historique et contemporain suffit souvent à déclencher des accusations de révisionnisme ou de diversion. Or, les faits demeurent incontestables. L'esclavage n'a jamais été un phénomène exclusivement occidental. Il a existé sur tous les continents et sous des formes très diverses. Certaines de ces formes persistent encore aujourd'hui dans plusieurs régions du monde. 

    Au contraire, l'abolitionnisme, il s'avère, n'est pas universel. C'est précisément cette observation qui est au cœur du dernier essai de Ferghane Azihari, « L'Islam contre la modernité » . L'auteur y avance une thèse qui a suscité une vive controverse dans la presse française : l'abolition de l'esclavage constitue l'un des grands accomplissements moraux de la civilisation occidentale moderne . Azihari souligne que les mouvements abolitionnistes sont nés en Europe et en Amérique du Nord, souvent en contradiction avec des intérêts économiques considérables. Il met également en lumière le fait que de nombreux pays musulmans n'ont aboli l'esclavage que très tardivement, parfois sous la pression diplomatique occidentale. L'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1962, la Mauritanie en 1981. De plus, il observe qu'aucun mouvement de repentance d'envergure, comparable à ceux qui se sont développés en Occident, n'a véritablement émergé dans le monde musulman sur cette question. Azihari soulève une question fondamentale : pourquoi certaines civilisations ont-elles développé les ressources intellectuelles nécessaires pour remettre en cause l'esclavage alors que cette institution était considérée comme normale depuis l'Antiquité ?

    La résolution de l'ONU semble malheureusement s'inscrire dans une tendance inverse, une interprétation qui tend à faire de l'Occident le principal, voire l'unique, coupable de l'histoire de l'esclavage – alors que c'est précisément ce même Occident qui a libéré l'humanité du joug de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est précisément ce que Philippe de Villiers a dénoncé dans les colonnes du Journal du Dimanche . À ses yeux, cette résolution relève d'une vision idéologique du passé où l'Occident devient le bouc émissaire de toutes les fautes historiques , tandis que d'autres responsabilités sont systématiquement passées sous silence.

    L'histoire de l'humanité est tragique. Chaque civilisation a son côté sombre. Aucune n'a le monopole de la barbarie, pas plus que celui de la vertu. Mais toutes n'ont pas contribué de la même manière au progrès moral de l'humanité, et l'Occident n'a rien à gagner à se mépriser pour le bien qu'il a accompli. En proclamant que la traite transatlantique des esclaves constitue « le crime le plus grave contre l'humanité », l'ONU pensait sans doute rendre justice à une mémoire longtemps négligée. Mais en ignorant d'autres formes de traite négrière et en suggérant une hiérarchie entre les atrocités, elle obtient l'effet inverse de celui recherché : la réconciliation par le souvenir. Or, une mémoire sélective ne réconcilie pas les peuples ; au contraire, elle alimente les ressentiments qu'elle prétend apaiser.

  • Pourquoi la baisse des taux de natalité devrait inquiéter tout le monde

    IMPRIMER

    De David Quinn sur le Catholic Herald :

    Pourquoi la baisse des taux de natalité devrait inquiéter tout le monde

    Un sujet qui commence enfin à recevoir l'attention qu'il mérite est la crise démographique imminente. La Grande-Bretagne, tout comme l'ensemble de l'Europe, est confrontée à une chute brutale de la natalité. Cette situation perdure depuis un certain temps. Elle est encore plus préoccupante en Asie de l'Est. Même en Inde, le taux de fécondité est récemment passé sous le seuil de renouvellement des générations.

    Les lecteurs du Catholic Herald seront peut-être surpris d'apprendre que l'Irlande, longtemps associée aux familles nombreuses, est elle aussi entrée dans l'ère des taux de fécondité inférieurs au seuil de renouvellement des générations. Notre taux de fécondité a chuté à 1,5 enfant par femme, un chiffre à peine supérieur à celui du Royaume-Uni. Un taux de fécondité aussi bas signifie que 100 personnes peuvent espérer avoir environ 75 enfants et 56 petits-enfants, et ainsi de suite. Parallèlement, la population continuera de vieillir.

    L'Institut Iona, un groupe de réflexion pro-religion et pro-famille dont je suis la directrice générale, vient de publier un rapport intitulé « Choix ou fatalité ? L'augmentation du nombre de femmes sans enfant en Irlande » . Ce rapport prévoit qu'une femme sur quatre de la génération Z en Irlande n'aura jamais d'enfant. Pour maintenir la population à son niveau actuel sans immigration, il faudrait que chaque personne du reste de la population ait environ trois enfants. Cela semble peu probable.

    Il existe de nombreuses théories pour expliquer la chute quasi généralisée et simultanée des taux de fécondité. L'ancienne théorie attribuait ce phénomène principalement au développement économique, et elle comporte une part de vérité. Les pays riches affichent depuis longtemps des taux de fécondité inférieurs à ceux des pays pauvres.

    Mais on observe aujourd'hui une chute des taux de fécondité dans des pays à revenu intermédiaire comme la Thaïlande. La Chine demeure un pays à revenu intermédiaire, et son taux de fécondité n'atteint que la moitié du seuil de renouvellement des générations. L'amélioration du niveau d'éducation des femmes joue également un rôle important, et est évidemment liée au développement économique. Le coût de la vie contribue aussi à cette situation. Le logement est devenu extrêmement cher dans de nombreux pays, notamment en Grande-Bretagne et en Irlande.

    Mais comment expliquer la baisse soudaine et assez marquée du nombre d'enfants par femme dans les pays économiquement développés, passant d'environ 1,8 enfant en moyenne à environ 1,5 ces dernières années ? Certains pointent du doigt la montée en puissance des smartphones. En effet, si nous nous rencontrons moins, nous nouons moins de relations, avons moins de rapports sexuels et, par conséquent, avons moins d'enfants.

    Le déclin de la pratique religieuse est également lié à la situation actuelle. Les personnes religieuses ont tendance à se marier plus souvent et à avoir plus d'enfants que les personnes non religieuses. Cela vaut aussi pour les conservateurs. La religion et le conservatisme social ont tous deux tendance à privilégier la famille à l'autonomie individuelle.

    Chaque pays confronté à ce problème doit se poser la question de savoir si la hausse du nombre de femmes sans enfants est due à un choix ou aux circonstances.

    Depuis des années, on entend parler de grossesses non désirées, mais qu'en est-il de l'infertilité non désirée ? Peu de gens semblent s'en préoccuper.

    De nombreux éléments indiquent que l'infertilité est souvent due à des circonstances particulières. On sait, par exemple, que beaucoup de femmes atteignent la fin de la trentaine sans enfant, alors même que nombre d'entre elles désirent en avoir un. Cela explique pourquoi beaucoup se tournent vers des techniques comme la FIV. Si elles étaient heureuses de ne pas avoir d'enfant, elles n'agiraient pas ainsi.

    On constate également que des personnes se tournent vers la FIV car elles ont déjà eu un enfant mais en désirent un autre, et qu'il est trop tard pour concevoir naturellement. Par conséquent, à la cohorte croissante de personnes qui n'auront jamais d'enfants, il faut ajouter une seconde cohorte qui n'en aura pas autant qu'elle le souhaiterait.

    Un sondage commandé par l'Institut Iona et cité dans notre rapport montre que l'Irlandais moyen souhaite toujours avoir deux ou trois enfants. Une étude récente du Family Education Trust en Grande-Bretagne indique que le Britannique moyen en souhaite environ deux. Dans aucun des deux pays, les jeunes n'atteignent ce but, et dans aucun des deux pays, on ne les incite à se méfier du fait de trop tarder à fonder une famille, car il sera finalement trop tard, à supposer qu'ils aient les moyens de s'installer.

    Face à l'ampleur croissante des situations de stérilité non désirée, ceux qui se réclament du droit à l'avortement doivent eux aussi en prendre conscience. Si les progressistes soutiennent réellement la liberté de choix, ne devraient-ils pas soutenir et faciliter le choix d'avoir des enfants au même titre que celui de ne pas en avoir ?

    La chute vertigineuse du taux de fécondité est l'un des phénomènes les plus importants et les plus inquiétants de notre époque. En théorie, conservateurs religieux et libéraux laïques devraient pouvoir unir leurs forces pour tenter d'inverser cette tendance. Y parvenir ne sera pas chose aisée, mais il est probable qu'aucun des deux camps ne souhaite voir des grossesses non désirées. Alors, pourquoi ne pas s'unir pour une fois ? Ce serait une alliance inédite et, espérons-le, très fructueuse, au sens le plus strict du terme.

    David Quinn est le directeur général de l' Institut Iona . Vous pouvez le suivre sur Twitter : @davquinn .

  • Fête-Dieu : le grand retour des processions

    IMPRIMER

    Bien que non exhaustif, cet article de Clément Laloyaux sur cathobel met en évidence le retour à une célébration fervente de la Fête-Dieu à travers le pays (on aurait pu y ajouter des processions qui se sont déroulées ailleurs, notamment à Tancrémont ou à Verviers) :

    Fête-Dieu : de Liège à Bruxelles, les processions ont rassemblé des milliers de fidèles (photos)

    Fête-Dieu : de Liège à Bruxelles, les processions ont rassemblé des milliers de fidèles (photos)
    Animée par des cors de chasse, la procession s'étire dans les rues de Liège. © Dominique Servais/via Diocèse de Liège

    8 juin 2026

    À Madrid, plus d'un million de fidèles ont accompagné le pape Léon XIV lors de la procession de la Fête-Dieu. En Belgique aussi, la solennité du Corps et du Sang du Christ a donné lieu à de nombreux rassemblements. De la Cité ardente, où cette fête est née au XIIIe siècle, jusqu'aux rues d'Ixelles et les villages ardennais, retour sur quelques processions marquantes chez nous.

    Née à Liège en 1246 sous l'impulsion de sainte Julienne de Cornillon, la Fête-Dieu est aujourd'hui célébrée partout dans le monde. Désignée de diverses façons - "Fête du Saint-Sacrement", "Corpus Domini" ou encore "Corpus Christi" - elle porte dans l'Eglise le nom officiel de "Solennité du corps et du sang du Christ". Quel que soit le nom retenu, cette fête rappelle la présence réelle de Jésus Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, à travers le pain et le vin consacrés.

    Si la plupart des paroisses et communautés la célèbrent le dimanche suivant la Trinité, les Liégeois restent fidèles à la date historique du jeudi. Cette année encore, processions, bénédictions et temps de prière ont rassemblé des milliers de fidèles à travers le pays.

    Liège : un millier de fidèles pour la 780e Fête-Dieu

    Berceau historique de la Fête-Dieu depuis 1246, Liège a vécu une édition particulièrement solennelle. Pour cette 780e célébration, la ville accueillait le cardinal Fernando Filoni, grand maître de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

    La basilique Saint-Martin affichait complet pour la messe présidée par le cardinal italien. Dans son homélie, celui-ci a rappelé que "l'Eucharistie est la source et le sommet de toute vie chrétienne dans le Christ". À ses côtés se trouvaient notamment Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, le nonce apostolique Mgr Franco Coppola ainsi que Mgr Ihor Rantsya, récemment élu évêque de l'Éparchie Saint-Volodymyr-le-Grand de Paris.

    Le nonce apostolique Mgr Franco Coppola porte le Saint-Sacrement sous le dais, lors de la procession de la Fête-Dieu. © Dominique Servais/ via Diocèse de Liège

    Après la célébration, la traditionnelle procession des peuples du monde s'est élancée dans les rues de la ville au son des cors de chasse des sonneurs du Bien-Aller. Malgré une météo incertaine, environ un millier de personnes ont participé à la procession.

    La journée s'est achevée par une veillée NightFever à la cathédrale Saint-Paul, illuminée par un millier de bougies pour la paix.

    ▶️ Revoir en vidéo : la messe de la 780e Fête-Dieu et la procession dans les rues de Liège

    À Ixelles, une procession à la dimension interculturelle

    En Belgique, vu que le jeudi n’est plus un jour férié, la Fête-Dieu est solennisée le dimanche qui suit. C'est donc ce dimanche 7 juin qu'ont eu lieu la majorité des processions, comme celle organisée par l'UP Sainte-Croix à Ixelles.

    Partie de l'église des Carmes, avenue de la Toison d'Or, la procession a rejoint l'église Sainte-Croix, à proximité de la place Flagey.

    "Sous un magnifique soleil, la Fête-Dieu a rassemblé plusieurs centaines de personnes dans les rues d'Ixelles" relate Jean-Louis Hanff, qui y a pris part. "De l'église des Carmes à Flagey, la procession du Saint-Sacrement a illustré une réelle communion et une remarquable dimension interculturelle, portée par des fidèles de tous horizons et de magnifiques chants, notamment africains. Un beau moment de recueillement, de joie et de rencontre au cœur de Bruxelles."

    Lire la suite

  • L'admirable discours du Pape au Parlement espagnol

    IMPRIMER
    Discours de Léon XIV au Congrès des députés, Madrid (Photo de groupe via AP via LaPresse)

    (Lettre du Figaro) Léon XIV a déclaré que la « dignité » de la personne « doit guider tout ordre juridique positif », lequel « ne peut être subordonné à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment ». Concrètement, il a défendu le secret de confession comme oasis d’humanité, la famille traditionnelle comme havre de paix essentiel, redit un « non » définitif à l’euthanasie, plaidé pour la liberté éducative et d’enseignement, pour la réciprocité nécessaire dans les migrations et la nécessité de la paix.

    « Ce n’est pas une rupture avec le pontificat argentin, encore moins une restauration conservatrice, mais c’est un retour clair et net aux fondamentaux classiques de l’Église catholique » analyse Jean-Marie Guénois. Les parlementaires ont tous applaudi debout et chaleureusement son propos pendant huit minutes !

    RENCONTRE AVEC LES MEMBRES DU PARLEMENT ESPAGNOL

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Congrès des députés (Madrid)
    Lundi 8 juin 2026

    Monsieur le Président du Gouvernement,

    Madame la Présidente du Congrès des Députés,
    Monsieur le Président du Sénat,
    Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,
    Madame la Présidente de la Cour suprême et du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire,
    Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
    Mesdames et Messieurs,

    je remercie Madame la Présidente pour ses aimables paroles, ainsi que pour l’invitation que le Siège Apostolique a reçue à l’occasion de mon voyage dans ce pays, et pour l’honneur qui m’est fait aujourd’hui d’être accueilli dans ce Palais historique du Congrès des Députés, lieu éminent de la vie institutionnelle, juridique et démocratique du Royaume d’Espagne. Je me présente devant vous tous en tant qu’évêque de Rome et pasteur de l’Église catholique, conscient que la mission confiée au Successeur de l’apôtre Pierre, en tant que principe et fondement de l’unité des évêques et des fidèles (cf. Lumen gentium, 23), place le Saint-Siège, d’une manière particulière, en dialogue avec les peuples et les États.

    Ma présence parmi vous se veut un geste de proximité envers l’Espagne, dans le cadre de notre coopération mutuelle, et un message inspiré par le service de la personne humaine. L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).

    Dans cet hémicycle, la vie en société prend une forme juridique. Ici, les divergences sont écoutées, mises en ordre et, lorsque cela est possible, se transforment en décision commune. C’est pourquoi, au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?

    Face à cette question, l’Espagne possède une mémoire particulièrement riche. Son identité géographique et politique s’est tissée au fil d’une histoire où la foi et la raison, l’art et le droit, la tradition et la pensée ont su se rencontrer de manière féconde. Dans ses cathédrales et ses universités, dans sa littérature immortelle, dans ses institutions juridiques et dans l’esprit même de son peuple, demeure vivant un héritage qui a façonné une manière de vivre la liberté, de pratiquer la justice et d’ordonner la vie commune.

    Depuis les pages universelles du Don Quichotte, où Cervantes proclamait que « la liberté […] est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes » (Don Quichotte de la Manche, II, 58), jusqu’à la profondeur spirituelle de sainte Thérèse d’Ávila, et de la grande tradition juridique espagnole à l’inquiétude métaphysique d’Unamuno, qui rappelait que l’homme « ne se résigne pas à mourir tout à fait » (Du sentiment tragique de la vie, I), l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.

    Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.

    Cependant, cette interrogation a ouvert un horizon intellectuel et moral qui a dépassé son propre contexte historique. L’intuition du totus orbis, d’une communauté humaine plus vaste que n’importe quel pouvoir particulier, permettait d’affirmer l’existence de liens juridiques et moraux entre les peuples. Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.

    C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.

    La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.

    Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.

    Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.

    Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.

    Le bien commun est, d'une certaine manière, “la forme sociale de la dignité humaine” (cf. Magnifica humanitas, n. 59). Il ne consiste pas en une simple somme d'intérêts particuliers, mais en « l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d'atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection » (Gaudium et spes, n. 26). Lorsque le bien commun cesse d’être un horizon partagé, l’action publique risque de se fragmenter en intérêts partiels, incapables de préserver ce qui appartient à tous.

    Dans ce contexte, la famille revêt une importance particulière, en tant que première réalité humaine et fondement naturel de la communauté. C’est au sein du foyer que se côtoient les générations et que se transmet une mémoire vivante qui assure la continuité intérieure de la société. Là où la famille est soutenue, la stabilité spirituelle et sociale des nations s’en trouve également renforcée. La famille sera toujours la première école d’humanité où l’on apprend, avant tout autre lieu, la grammaire élémentaire de la vie en communauté : accueillir la vie, prendre soin de l’autre, pardonner, servir et appartenir.

    Les organismes éducatifs occupent eux aussi une place déterminante dans cette tâche. C’est là que les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, désireux que leurs enfants apprennent à nouer des relations, à penser de manière critique et à acquérir des valeurs solides, placent en eux de grands espoirs, les considérant comme de précieux alliés dans l’éducation de leurs enfants. Cette collaboration doit toujours respecter le “droit premier et inaliénable” des parents de “choisir le type d’éducation et de formation que reçoivent leurs enfants, en cohérence avec leurs propres convictions morales, culturelles et religieuses” (cf. Magnifica humanitas, n. 143 ; cf. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 18. 4).

    L’affirmation de la dignité humaine ne peut rester abstraite alors que tant de personnes sont contraintes de tout quitter pour rechercher la paix, la sécurité et un avenir. Le drame tragique de la migration interpelle aujourd’hui la conscience des nations et les fondements éthiques de l’ordre international. De nombreux hommes, femmes et enfants sont contraints, par des circonstances souvent dramatiques, de quitter leurs communautés et de laisser derrière eux leurs proches, leur histoire et leurs liens. Cette réalité dépasse toute lecture purement démographique ou économique : elle constitue une question éminemment morale et juridique. Là où une personne est victime de discrimination en raison de son origine nationale, ethnique, religieuse ou linguistique, ou de sa condition économique ou sociale, le principe universel de l’égale dignité de tous les êtres humains est gravement bafoué.

    La situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui se concentre sur les personnes, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et aille au-delà de la simple gestion des flux. Il en découle une double exigence de justice sociale : offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration ; et promouvoir, en même temps, le droit de rester sur sa propre terre, en œuvrant pour que personne ne soit contraint de quitter son foyer par manque de paix, de sécurité ou de conditions de vie dignes, en raison des inégalités économiques et des effets de la crise climatique (cf. Magnifica humanitas, n. 81).

    Ces dernières années, les itinéraires de plus en plus dangereux ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette réalité si souvent occultée ou ignorée. De nombreuses personnes restent aux mains de trafiquants et de passeurs qui profitent de leur désespoir. Il est nécessaire de renforcer la prévention, le sauvetage et l’aide aux victimes, notamment dans le cadre d’une coopération régionale et multilatérale.

    Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur. C’est pourquoi une réponse coordonnée, solidaire et efficace est indispensable, capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent. Lorsque la réponse institutionnelle est proche, juste et coordonnée, les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir des espaces de protection responsable de la dignité humaine.

    Mesdames et Messieurs,

    le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle, qui se manifeste par de multiples formes de violence, de polarisation et de méfiance réciproque. Dans ce contexte, la paix apparaît comme une aspiration politique et, plus encore, comme une véritable exigence morale. Elle exige un discours public respectueux de ceux qui pensent différemment, des institutions au service de la rencontre, une mémoire historique en quête de vérité et de réconciliation, ainsi qu’une vie sociale capable de soutenir l’amitié civique et le respect mutuel au milieu des divergences.

    Sur le plan international, la paix exige du courage diplomatique, un sens des responsabilités éthiques et une vision d’avenir fondée sur le respect de l’identité de chaque peuple et sur l’obligation pour les États de régler leurs différends par les voies pacifiques qu’offre le droit international. Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier, mais aussi de cette conscience commune de l’humanité qui reconnaît les liens de justice entre les nations. Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.

    C’est pourquoi il est préoccupant de voir, en divers endroits du monde, et aussi en Europe, le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable face à la fragilité du contexte international. La véritable sécurité, en revanche, naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de faire passer la vie des peuples avant les intérêts qui tirent profit de la guerre. Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige également une vigilance éthique rigoureuse, afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais confiées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine (cf. Discours à l’Université « La Sapienza », 14 mai 2026).

    La communauté internationale est appelée à redécouvrir la valeur indispensable du dialogue comme voie patiente vers des accords justes et durables, fondés sur le respect des traités, sur la transparence de l’action diplomatique et sur la volonté sincère de faire passer la paix avant le recours à la force. C’est de là que naissent la confiance et l’espoir.

    Comme le rappelle la devise de l’Union Europeenne, In varietate concordia, la véritable unité n’uniformise pas, mais crée une cohésion dans la diversité, faisant des cultures, des sensibilités et des traditions une occasion d’enrichissement mutuel.

    Il est également urgent de construire une culture de la réciprocité au sein même des sociétés. La pluralité politique ne devrait pas dégénérer en une disqualification permanente de l’adversaire. Dans une coexistence mûre, même le conflit peut devenir un chemin vers la paix, lorsque les différences sont atténuées par l’écoute et orientées vers la reconnaissance des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

    Mais la paix n’est pas seulement une réalité politique ou institutionnelle. Elle naît aussi dans la conscience, là où la rancœur, l’indifférence et la haine cèdent la place à la réconciliation. C’est pourquoi elle s’instaure et se protège aussi à travers le langage. Les mots peuvent ouvrir des chemins ou les fermer ; ils peuvent éclairer la réalité ou la déformer jusqu’à rendre la rencontre impossible. Ceux qui exercent une responsabilité publique ont donc une obligation particulière de veiller sur la parole afin de « désarmer le langage » (Message pour le Carême 2026, 13 février 2026). La fermeté n’exige pas le mépris ; la divergence n’entraîne pas l’humiliation.

    De ce respect de l’autre découle également le devoir de préserver l’espace où mûrissent ses convictions, sa conscience et sa relation avec Dieu. L’attention portée à cette sphère intérieure permet de mieux comprendre une question décisive pour toute société véritablement démocratique : la liberté de pensée, de conscience et de religion, droit fondamental qui protège la sphère la plus intime des personnes. La liberté sur laquelle se fonde l’État contemporain, si elle est authentique, reconnaît la dimension religieuse de l’être humain, la respecte et la protège juridiquement ; elle évite que quiconque doive renoncer à contribuer à la société dans laquelle il vit en raison de sa foi.

    Sans confondre le plan juridique avec le plan moral, il convient également de rappeler que la liberté a besoin d’une pleine compréhension d’elle-même. Être libre ne signifie pas seulement être exempt de contraintes ou disposer de nombreuses possibilités de choix ; cela signifie pouvoir reconnaître le bien et y adhérer de manière responsable. C’est pourquoi toute société véritablement libre exige également une juste délimitation du pouvoir public, afin que la liberté des personnes, des communautés et des associations ne soit pas indûment restreinte (cf. Dignitatis humanae, n. 1). Dans cette perspective, l’autonomie légitime de l’ordre temporel ne doit jamais être interprétée comme une hostilité envers le phénomène religieux. La foi ne prétend pas s’imposer par des privilèges ou des contraintes ; cependant, elle ne peut pas non plus être reléguée au silence comme si elle était sans importance pour la vie publique.

    Dans ce contexte, le secret sacramentel de la confession revêt une importance particulière pour l’Église catholique. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la liberté religieuse qui garantit aux communautés croyantes un espace propre de vie, d’organisation et de discipline interne (cf. Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Acte final d’Helsinki, 1er août 1975, Principe VII). Le protéger juridiquement, comme c’est le cas de manière analogue dans certaines professions, signifie préserver un espace sacré de liberté intérieure, où le croyant peut ouvrir son âme à Dieu sans craindre de pressions extérieures, comme le reconnaissent également les normes internationales (cf. Cour pénale internationale, Règlement de procédure et de preuve, règle 73. 3).

    Mesdames et Messieurs,

    permettez-moi de m’attarder un instant sur certaines images qui ornent cette Assemblée. Dans cette Salle des Séances, la lumière naturelle pénètre par la verrière qui surplombe la salle. Cette lumière venue d’en haut peut nous rappeler que la politique doit elle aussi reconnaître une dimension qui la précède et la dépasse.

    De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.

    Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.

    Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.

    L’Espagne a beaucoup à offrir sur cette voie. Elle possède une langue qui unit les continents ; une tradition culturelle, juridique et spirituelle qui a su mettre en dialogue la foi et la raison, le droit et la conscience, l’unité et la pluralité. Cette expérience historique rappelle également la valeur de la concorde et de l’effort patient pour construire une coexistence pacifique et juste.

    Que cette noble nation ne perde jamais la mémoire de ses racines ni l’audace de regarder vers l’avenir. Que l’Espagne continue d’être une terre de rencontre, de culture, de solidarité et d’espoir. Et que sa vie publique sache toujours allier la fermeté des convictions à la noblesse du dialogue et à la grandeur du service.

    Que Dieu accorde la paix à toutes les nations de la terre, la concorde aux familles et la sérénité aux consciences. Et que, sur le Royaume d’Espagne, marqué par l’empreinte apostolique de saint Jacques et par la présence maternelle de la Virgen del Pilar, descendent des jours de prospérité, de justice et de paix durable. Merci beaucoup.

  • Liège (église du Saint-Sacrement), 14 juin : concert Bach Inspiration VIII (direction : Patrick Wilwerth)

    IMPRIMER

    Le dimanche 14 juin, à 16h, soyez les bienvenus en l'église du Saint-Sacrement (132 bd d’Avroy, Liège) pour assister au concert Bach Inspiration VIII.

    Le choeur de chambre Praeludium, l'ensemble Ellipse, les hautboïstes Damien Bernard et Armand Rahier sous la direction de Patrick Wilwerth (orgue), interpréteront des oeuvres de Johann-Sebastian Bach et d'autres compositeurs contemporains de ce génie ou qui se sont inspirés de son oeuvre.

    Info/réservations : patrickwilwerth@icloud.com