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Saint Titus Brandsma : témoin de la vérité, martyr de l'amour

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Avec, maheureusement, un jour de retard...

De Donald Jacob Uitvlugt sur le CWR :

Saint Titus Brandsma : Témoin de la vérité, martyr de l'amour

« Même si le nouveau paganisme ne veut plus d’amour, nous, forts de notre expérience historique, vaincrons ce paganisme par l’amour et ne vaincrasons pas notre amour. »

Saint Titus Brandsma, carme néerlandais martyrisé au camp de concentration de Dachau, est représenté sur une photo non datée. Il a été canonisé à Rome le 15 mai 2022. (Photo CNS/avec l'aimable autorisation de l'Institut Titus Brandsma)
Beaucoup connaissent sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, la carmélite martyre du nazisme, du moins sous son nom d'Edith Stein. Cependant, elle était loin d'être la seule carmélite victime du national-socialisme. Le 27 juillet, les diocèses des Pays-Bas et la famille carmélite célèbrent la fête de saint Titus Brandsma, OCarm, mort à Dachau le 26 juillet 1942, après avoir reçu une injection létale dans le cadre des « expérimentations médicales » menées dans le camp de concentration.

Saint Titus né Anno Sjoerd Brandsma en 1881 dans une petite ville de Frise, aux Pays-Bas, était l'avant-dernier d'une fratrie de six enfants issus d'une famille d'éleveurs laitiers. Ses parents, et surtout son père, lui transmirent l'amour de la culture et du patrimoine frisons. Plus important encore, ils étaient de fervents catholiques, une pratique rare dans le nord des Pays-Bas, majoritairement calviniste. Cinq de ses six frères et sœurs entrèrent dans les ordres. Anno devint carme à l'adolescence. Signe peut-être de sa proximité avec sa famille, il prit le même nom que son père, Titus, lors de sa profession religieuse.

Il fut ordonné prêtre en 1905 et obtint un doctorat à l'Université pontificale grégorienne de Rome en 1909. Bien que son diplôme fût en philosophie et qu'il ait enseigné cette discipline, la plupart des écrits de saint Titus traitent de spiritualité, et plus particulièrement de mysticisme. Parmi ces écrits figurent une anthologie de textes de sainte Thérèse d'Avila, qu'il a compilée et traduite en néerlandais, des articles sur des auteurs spirituels néerlandais et des articles sur l'histoire du carmel. On peut considérer ces travaux intellectuels comme s'inscrivant dans le renouveau du catholicisme aux Pays-Bas au début du XXe siècle.

Symbole de ce renouveau, le père Brandsma fut, en 1923, parmi les membres fondateurs de l'Université catholique de Nimègue, offrant ainsi aux catholiques néerlandais un accès à l'enseignement supérieur qu'ils n'avaient plus connu depuis la Réforme. Il occupa même la fonction de recteur (équivalent, dans le système américain, d'un président ou d'un chancelier) de cette université. Il acquit une renommée proverbiale pour sa disponibilité envers ses étudiants, soucieux autant de leur bien-être spirituel que de leur réussite scolaire. Il voyageait occasionnellement pour donner des conférences, notamment sur la théologie mystique, et effectua notamment une tournée de conférences aux États-Unis et au Canada en 1935.

Le père Brandsma s'est également investi dans le journalisme catholique entre les deux guerres mondiales. Il a fondé et dirigé pendant de nombreuses années une revue sur la spiritualité et l'histoire carmélites destinée à un large public catholique. Il a travaillé sans relâche à la rédaction d'articles pour des publications catholiques et laïques ; l'institut préparant l'édition des œuvres complètes de saint Titus recense plus de 700 articles publiés de son vivant. En 1935, peu après sa tournée de conférences, il a été nommé conseiller ecclésiastique auprès de l'association des journalistes catholiques néerlandais.

Ses activités, tant comme journaliste que comme éducateur, allaient lui causer des ennuis. L'Allemagne nazie envahit les Pays-Bas le 10 mai 1940. En moins d'une semaine, l'armée capitule et les nazis prennent le contrôle du pays. Catholique fervent et engagé, le père Brandsma allait tôt ou tard se heurter au régime. Il avait toujours été un ardent défenseur de la paix entre les nations. Il s'intéressait au dialogue œcuménique et soutenait même le mouvement espérantiste comme moyen de communication entre les peuples. Même sous l'occupation nazie, il plaida pour la liberté de la presse et la liberté d'éducation pour les catholiques comme pour les juifs.

Le 31 décembre 1941, le père Brandsma rencontra l'archevêque d'Utrecht, chef de la Conférence des évêques catholiques des Pays-Bas, et reçut de lui une lettre, probablement rédigée avec son aide. Cette lettre enjoignait les rédacteurs des publications catholiques du pays de refuser de publier toute publicité ou propagande nazie, sous peine de perdre leur appartenance à l'Église catholique. Un tel document ne pouvant être confié à la poste à cette époque, les évêques en confièrent des copies au père Brandsma afin qu'il les remette en main propre. Il avait déjà rencontré quatorze rédacteurs avant que sa mission ne soit divulguée aux nazis, et il fut arrêté le 19 janvier 1942.

Pendant sept semaines, les nazis le détenèrent dans une prison néerlandaise. Malgré des conditions de détention spartiates, il conservait son bréviaire et trouvait du réconfort dans les prières de l'Église. Interrogé à plusieurs reprises, d'abord avec courtoisie, les nazis cherchaient à en savoir plus sur l'opposition de la hiérarchie catholique néerlandaise au nazisme. Il répondait toujours aux questions en exposant clairement la vérité catholique.

En mars, les nazis le transférèrent dans une nouvelle prison aux Pays-Bas et l'habillèrent d'un uniforme de soldat usagé, marqué d'un triangle rouge qui le désignait comme prisonnier politique. Bien que toute manifestation extérieure de religion fût interdite dans ce camp, le père Brandsma trouva le moyen de bénir et d'encourager les autres détenus, notamment en organisant une méditation improvisée le Vendredi saint, le 3 avril, où il s'efforça d'aider ses compagnons d'infortune à percevoir un lien entre leur situation et les souffrances du Christ.

En mai, il fut déporté en Allemagne, d'abord au camp de prisonniers de Clèves, puis à Dachau en juin. Même dans cet enfer, le père Brandsma s'efforçait de garder le moral, encourageant ses compagnons d'infortune, jusqu'à ce que le travail et les conditions de vie inhumaines l'épuisent. Vers la fin du mois, il s'effondra et fut conduit à l'« hôpital » du camp, tristement célèbre pour les expériences médicales pratiquées sur les détenus. Là encore, il pria pour ses geôliers, assurant à l'infirmière qui allait lui administrer l'injection létale qu'il prierait pour elle. Il lui confia son chapelet avant de mourir le 26 juillet. Trois jours plus tard, son corps fut incinéré au crématorium du camp.

La femme qui avait été sa nourrice se repentit par la suite et témoigna anonymement lors du procès de canonisation de saint Titus. Le pape Jean-Paul II le béatifia le 3 novembre 1985, soulignant notamment dans son homélie que toute sa vie, depuis son enfance dans un foyer catholique aimant jusqu'à sa vie carmélite, marquée par un ardent mélange de contemplation et d'action, l'avait préparé à son ultime témoignage, même au sein d'un camp de concentration nazi. « Au milieu des assauts de la haine, il sut aimer – tous, y compris ses bourreaux : “Eux aussi sont enfants du Dieu bon”, disait-il, “et qui sait s'il reste quelque chose en eux…” » Le pape François le canonisa avec neuf autres saints (dont saint Charles de Foucauld et saint Devasahayam Pillai) le 15 mai 2022.

Parce qu'il est un saint qui a exercé le journalisme au sens moderne du terme (et non pas seulement un auteur spirituel comme saint François de Sales), certains journalistes catholiques souhaitent que saint Titus Brandsma soit proclamé saint patron des journalistes. Pourtant, je pense que sa vie recèle de nombreux enseignements, même pour un journaliste. Le plus important, peut-être, est d'inviter les chrétiens à vivre une vie harmonieuse. Notre monde, plus encore que celui de saint Titus, tend à la fragmentation. Nous avons tendance à séparer ce qui se passe à l'église le dimanche de ce qui se passe au travail le lundi et de nos loisirs le samedi. Prêtre carme et éducateur, journaliste et martyr, saint Titus remet en question cette tendance. En lui, l'amour de Dieu et l'amour du prochain – même l'amour de ses ennemis – étaient indissociables.

L'une des deux options pour la Liturgie des Heures carmélites en la fête de saint Titus Brandsma inclut un sermon qu'il a prononcé le 16 juillet 1939, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, à l'occasion d'un pèlerinage national en l'honneur des saints Boniface et Willibrord. Dans ce sermon, il établit de nombreux parallèles entre le paganisme de l'époque de ces saints et le néo-paganisme de son temps. Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale, quelle était la réponse de saint Titus aux nazis ? « Notre époque n'est pas celle des tièdes ; ce dont nous avons surtout besoin aujourd'hui, ce ne sont pas les paroles, mais les actes qui les mettent en pratique, qui leur donnent vie. » Nos vies doivent être en accord avec nos convictions. Nous devons vivre d'un véritable amour chrétien, où l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont que deux expressions d'une même charité.

Même si le néo-paganisme rejette l'amour, forts de notre expérience historique, nous le vaincrons par l'amour et ne laisserons pas le nôtre s'éteindre. L'amour nous permettra de reconquérir le cœur des païens. La nature transcende les dogmes. Que la théorie rejette et condamne l'amour, le qualifiant de faiblesse, la pratique de la vie en fera toujours une force capable de conquérir les cœurs et de les captiver. « Voyez comme ils s'aiment ! » Ces paroles des païens à propos des premiers chrétiens, les néo-païens doivent les prononcer à notre sujet. Alors, nous triompherons du monde.

Que saint Titus Brandsma prie pour nous, afin que nous devenions tous de tels apôtres et, si besoin est, des martyrs de l'amour.

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