De Mark Miravalle sur la NBQ :
Augustin, Irénée, Newman et le rôle de Marie dans le salut
Le rôle de la Vierge dans la Rédemption humaine vu par trois grands docteurs de l’Église. Une vérité qui doit être solennellement proclamée au milieu de la confusion doctrinale actuelle afin de conduire à la paix promise et attendue dans l’Église et dans le monde, en apportant de grandes grâces, comme l’a également souhaité sainte Thérèse de Calcutta.
22/08/2026
Envoie-la depuis les cieux saints, envoie-la depuis ton trône glorieux, afin qu’elle m’assiste et m’accompagne dans mes efforts et que je sache ce qui te plaît. En effet, elle sait tout et comprend tout, et elle me guidera avec prudence dans mes actions et me protégera par sa gloire (Sag. 9, 10-12).
Je voudrais commencer par la fin, c’est-à-dire par une conclusion que je considère comme fondamentalement et urgemment vraie : il n’y aura aucun rétablissement profond de la paix et de l’unité au sein de l’Église et dans le monde sans la reconnaissance formelle de Marie, Mère spirituelle de toute l’humanité, comme remède divinement désigné pour nos crises ecclésiales et mondiales actuelles. L’impératif catholique de prêcher, d’enseigner et de vivre Marie dans la plénitude de la vérité et de l’amour doit être fait sien tant par le clergé que par les laïcs, par les évêques et les religieux, depuis les membres les plus humbles du peuple fidèle jusqu’aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Dieu l’a en effet « envoyée des cieux saints » et je crois qu’en ce moment précis de l’histoire humaine, nous avons un besoin urgent de sa guidance, de sa sagesse et de sa grâce.
Qui est Marie et quel est son véritable rôle pour l’humanité, au point qu’il soit urgent et indispensable de reconnaître toute la « vérité sur Marie », selon les paroles de saint Jean-Paul II ? (1) De quelle manière trois grands docteurs de l’Église, dont les vies couvrent tout le cours de l’histoire chrétienne, contribuent-ils à une compréhension authentiquement catholique du rôle de Marie dans la Rédemption humaine ?
Saint Augustin
Tout comme c’est le cas pour les styles artistiques, en littérature et dans la mode, il existe également des tendances en théologie. En ce moment, saint Augustin (345-430) est « à la mode ». Cela tient en grande partie à un certain religieux augustinien américain qui a récemment été élu Vicaire du Christ.
L’éclat et la sagesse classiques du Docteur de la grâce, l’un des plus grands esprits et cœurs de l’histoire de l’Église, font d’Augustin une figure éternellement d’actualité. Examinons seulement trois aspects de sa vaste sagesse, qui ont une pertinence immédiate pour le rôle de Marie dans le salut.
Commençons par la perle par excellence d’Augustin sur Notre-Dame et le Corps mystique : « [Marie] est sans aucun doute la mère de ses membres, que nous sommes, en ce sens qu’elle a coopéré par l’amour à engendrer pour l’Église les fidèles, qui forment les membres de ce chef » (2). Marie est à la fois la mère physique du Christ, chef divin du corps, et la mère spirituelle de tous ceux qui sont mystiquement unis au chef. Le pape saint Pie X en donne cette explication magistérielle :
« Marie n’est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère. […] Or, en tant qu’Homme-Dieu, Il a un corps comme les autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, Il a un Corps spirituel ou, comme on dit, mystique, qui n’est autre que la communauté des chrétiens liés à Lui par la foi […]. On peut dire que Marie, en portant Jésus dans son sein, y portait aussi tous ceux dont la vie était contenue dans la vie du Sauveur. Ainsi, nous tous […] devons nous considérer comme sortis du sein de la Vierge, tels un corps attaché à sa tête. C’est pourquoi, en vérité, nous sommes appelés, dans un sens spirituel et tout à fait mystique, les enfants de Marie, et Elle, pour sa part, est la mère de nous tous »(3).
La maternité spirituelle de Marie est un enseignement certain du Concile Vatican II. Les Pères conciliaires ont intégré l’essence de l’enseignement augustinien-mariologique dans Lumen Gentium, n° 61, où l’on conclut à juste titre que Marie « est mère dans l’ordre de la grâce » (4). Sur quels fondements théologiques le Concile a-t-il justifié cette maternité spirituelle ? Cela tient à sa participation unique et antérieure à l’œuvre de la Rédemption, aux côtés du Christ et sous sa conduite : « elle a coopéré d’une manière tout à fait spéciale à l’œuvre du Sauveur, par son obéissance, sa foi, son espérance et sa charité ardente, afin de restaurer la vie surnaturelle des âmes » (5). La Mère de Jésus réalise cette coopération tout à fait unique, depuis la conception de Jésus jusqu’au Calvaire, « en concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant au Père dans le temple, en souffrant avec son Fils mourant sur la croix » (6). Le Concile de Vatican II confirme que Marie est notre mère spirituelle dans l’ordre de la grâce, précisément parce qu’elle a avant tout coopéré à notre Rédemption – une maternité spirituelle fondée sur la corédemption.
En second lieu, saint Augustin précise un titre particulier pour mettre en évidence le rôle subordonné de Marie par rapport à Jésus dans la Rédemption humaine : « coopératrice » (7). Saint Jean-Paul II commente ainsi ce titre augustinien pour la corédemption de Marie :
« Au fil des siècles, l’Église a réfléchi à la coopération de Marie à l’œuvre du salut, en approfondissant l’analyse de son association au sacrifice rédempteur du Christ. Déjà saint Augustin attribue à la Vierge le titre de « coopératrice » de la Rédemption (cf. saint Augustin, De Sancta Virginitate, 6 ; PL 40, 399), titre qui souligne l’action conjointe et subordonnée de Marie au Christ Rédempteur » (8).
Dans l’Église, les titres ont toujours été utilisés pour résumer une vérité doctrinale en un seul terme, même lorsqu’une explication adéquate reste néanmoins nécessaire. Certes, les titres mariaux de « Mère de Dieu », « Immaculée Conception » et même « Tout-Puissante par la grâce », ce dernier ayant été récemment utilisé par le pape Léon (9), requièrent tous une explication approfondie pour en transmettre le sens correct et éviter les malentendus. Le même raisonnement à l’appui de la légitimité peut certainement s’appliquer au titre de « Corédemptrice ».
En troisième lieu, saint Augustin nous offre la maxime catholique classique qui exprime l’impératif providentiel pour tous les êtres humains de coopérer librement à l’œuvre rédemptrice du Christ : « Celui qui t’a formé sans toi ne te rendra pas juste sans toi » (10). L’humanité est appelée à coopérer librement et activement avec la grâce de Dieu pour atteindre le salut personnel, ainsi que pour participer au salut des autres.
Le Catéchisme de l’Église catholique exprime cette vérité catholique fondamentale selon laquelle, compte tenu du fait que la personne humaine a été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, « l’initiative libre de Dieu exige la réponse libre de l’homme » (11). Dans son exposé sur le mérite, fondé sur le Concile de Trente (12), le Catéchisme enseigne en outre que c’est Dieu lui-même qui a voulu que les êtres humains collaborent à la grande mission du salut humain : « Le mérite de l’homme auprès de Dieu dans la vie chrétienne découle du fait que Dieu a librement décidé d’associer l’homme à l’œuvre de sa grâce. L’action paternelle de Dieu précède par son inspiration, tandis que l’action libre de l’homme vient ensuite dans sa collaboration, … » (13).
Non seulement Dieu souhaite que nous, êtres humains, collaborions à l’accueil des grâces de la Rédemption, mais nous sommes également appelés à participer activement à la rédemption des autres. Le passage classique de saint Paul dans Colossiens 1, 24 fait de notre participation au salut de nos semblables non pas une option, mais un impératif chrétien : « C’est pourquoi je me réjouis dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, en faveur de son Corps qu’est l’Église. » Le Père céleste souhaite que ses créatures humaines choisissent librement et personnellement de coopérer à la grâce rédemptrice, et qu’elles choisissent tout aussi librement et personnellement d’aider activement les autres à coopérer à la grâce rédemptrice. L’incarnation primordiale de la corédemption chrétienne est essentiellement liée au mystère de la souffrance humaine. Nous sommes en effet « collaborateurs de Dieu » (1 Co 3, 9), selon les paroles de saint Paul ; « corédempteurs dans le Christ », selon les paroles de saint Jean-Paul II (14) ; « rédempteurs dans le Rédempteur », selon les paroles de Benoît XVI (15).
Ces concepts de coopération humaine à la Rédemption et de souffrance corédemptrice vicariale sont, en théorie comme en pratique, typiquement catholiques. Le christianisme protestant de tradition luthérienne, après avoir accompli un acte unique de foi, rejette la nécessité d’une coopération humaine continue avec la grâce. Cela repose à la fois sur la foi en un Dieu volontariste et sur la dépravation totale de l’homme, de sorte que la libre coopération humaine n’a aucun effet réel sur la justification. L’être humain ne peut accomplir qu’un seul acte de foi salvifique (dont l’efficacité est en quelque sorte incohérente avec les deux principes protestants précédents), tandis que Dieu a arbitrairement choisi de s’occuper du reste. La coopération libre et continue est donc considérée comme infructueuse aux fins de la Rédemption, tant au niveau personnel que mystique au sein du Corps du Christ (16).
L’islam, avec certaines similitudes, prône un volontarisme divin radical, c’est-à-dire la volonté totalement arbitraire d’« Allah », la nature pécheresse de l’homme et l’impossibilité pour un être humain de souffrir de manière profitable au bénéfice d’un autre. Il rejette les concepts chrétiens du péché originel et de la rédemption par la médiation divine et humaine de Jésus. Il considère donc la Croix comme une malédiction, et non comme une grâce. Bien que l’islam reconnaisse la valeur des actions humaines (jihad) dans la lutte personnelle contre le péché, il n’accepte toutefois aucun concept social ou mystique de souffrance corédemptrice en tant qu’élément précieux pour le bien spirituel d’autrui. En définitive, il s’agit d’un effort pélagien individuel visant à pousser un être divin arbitraire à pardonner ses propres péchés. De plus, les bonnes actions accomplies par un adepte de l’islam ne peuvent avoir aucun effet corédempteur directement positif sur aucun autre être humain (17).
Le bouddhisme et l’hindouisme prônent généralement le « karma », selon lequel les actions passées constituent la cause effective du mal présent et futur. Par conséquent, tout ce qui s’apparente à une signification spirituelle ou éternelle s’articule exclusivement autour des actions de l’individu plutôt qu’autour d’un dessein providentiel théiste. Il n’existe ni rédemption divine, ni médiation, ni même de jugement, car il n’y a pas d’être divin suprême qui orchestre la vie, les actions ou le destin. Dans les religions orientales, l’individu lutte contre lui-même, dans un combat contre sa propre volonté, car la volonté humaine est la source du mal personnel. À l’instar de l’islam, la plupart des religions orientales reposent sur les efforts personnels plutôt que sur l’accueil et la coopération avec la grâce divine. Par conséquent, elles ne croient ni à la rédemption divine, ni à la coopération avec la grâce, ni à la valeur de la souffrance humaine pour le bien direct de quiconque, si ce n’est pour son propre développement personnel potentiel (18).
Mgr Robert Hugh Benson, auteur anglais du célèbre roman sur l’Antéchrist *Le Maître du monde*, recommandé à trois reprises par le pape, exprime avec force la foi typiquement catholique dans la valeur surnaturelle de la corédemption chrétienne vicariale :
« Ce principe imprègne donc toute l’Église catholique, de la tête aux pieds. En elle, non seulement le sacrifice extérieur de la Croix est offert sans cesse dans le mystère le plus auguste de l’autel – ce que le Christ a fait une fois, il le fait toujours – et, d’une autre manière, dans les souffrances extérieures de ses membres ; mais aussi les douleurs intérieures de Gethsémani sont perpétuées de manière analogue… Tout catholique instruit sait comment offrir sa propre douleur pour le salut d’une autre âme, car c’est seulement dans l’Église catholique que se manifeste cette race sacerdotale dont parle le premier pape (cf. 1 P 2, 9). Ce n’est en effet que dans l’Église catholique que cet immense principe de la souffrance vicariale est accepté, reconnu et vécu – principe sur lequel repose toute la chaîne de la vie, y compris dans l’ordre physique… » (19).
Non seulement la valeur de la souffrance corédemptrice est exclusivement et existentiellement catholique dans son union indissoluble avec les souffrances rédemptrices du Christ crucifié, mais c’est aussi, comme le souligne Benson, une vérité et un mystère qui constituent le fondement de tout le mode de vie catholique. En tant que telle, la corédemption chrétienne constitue une vérité catholique si essentielle et non négociable que, sans elle, nous ne pouvons tout simplement pas être véritablement catholiques.
C’est en outre une vérité catholique fondamentale que le plus grand exemple historique de souffrance corédemptrice humaine unie au Christ ait été accompli par la Femme du Calvaire, la Nouvelle Ève Immaculée. Ces deux doctrines catholiques essentielles — la valeur chrétienne de la souffrance humaine et le rôle de Marie en tant que Corédemptrice — sont intrinsèquement liées : soit elles tiennent ensemble, soit elles s’effondrent ensemble.
Seul le Christ ou le Christ d’abord ?
Il semble qu’un vent de nouveauté souffle dans certains secteurs de l’Église. Pour les catholiques, cela résonne comme une mélodie différente, facile à prononcer et à répéter, et très appréciée dans les milieux œcuméniques chrétiens. Mais est-ce la vérité ? Je fais référence à l’expression : « seul Jésus a sauvé le monde », ou, de manière similaire, « seul le Christ a racheté le monde ». Bien qu’à première vue, cela puisse paraître agréable à l’oreille des catholiques, il est nécessaire d’opérer certaines distinctions pour éviter un refrain ancien et résolument protestant.
Si l’affirmation « seul Jésus a sauvé le monde » vise à exprimer que Jésus-Christ, en tant qu’unique Rédempteur divin indispensable, a payé par amour un prix infini pour réconcilier l’humanité avec Dieu le Père et, par conséquent, offre à tous les autres la possibilité de participer à la Rédemption, alors cette expression peut être comprise correctement (même si elle est potentiellement trompeuse). Si, en revanche, l’expression sotériologique « seul le Christ » signifie que Jésus, et lui seul, joue un rôle dans le salut des êtres humains, alors cette formulation devient erronée et inacceptable pour le croyant catholique. Des expressions telles que « seul Jésus sauve » ou « le Christ est le seul Rédempteur » ne correspondent pas au langage du Concile Vatican II.
Une telle distinction est nécessaire pour bien comprendre la célèbre expression « un seul médiateur » (εἷς μεσίτης) de 1 Timothée 2,5 : « En effet, il n’y a qu’un seul Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ. » Le texte inspiré affirme sans équivoque que Jésus-Christ est l’unique et parfait médiateur, à la fois divin et humain, entre Dieu et l’humanité. Cependant, il n’interdit en aucune manière aux êtres humains de participer ou de coopérer à l’unique et parfaite médiation de Jésus. Il existe deux termes grecs possibles que saint Paul aurait pu choisir pour exprimer le concept de « un » dans sa formulation « un seul médiateur » : a) « monos » (μόνος), qui signifie « un et un seul, unique, seul » ; ou b) « heis » (εἷς), qui signifie « principal » ou « premier » parmi plusieurs, ce qui permet à d’autres d’y participer. Saint Paul a choisi d’utiliser « heis » pour parler de la médiation du Christ, ce qui fournit un fondement théologique et étymologique à la participation secondaire et subordonnée de l’homme à la médiation unique du Christ.
Conformément à l’approche conciliaire de ce texte paulinien classique (cf. Lumen Gentium, 60-62), saint Jean-Paul II propose l’explication utile suivante concernant l’interprétation correcte de 1 Tm 2,5, qui interdit la médiation « parallèle », et non la médiation « subordonnée » :
« En proclamant le Christ comme seul médiateur (cf. 1 Tm 2, 5-6), le texte de la Lettre de saint Paul à Timothée exclut toute autre médiation parallèle, mais pas une médiation subordonnée. En effet, avant de souligner la médiation unique et exclusive du Christ, l’auteur recommande « que l’on fasse des demandes, des supplications, des prières et des actions de grâce pour tous les hommes… » (Ibid., 2, 1). Les prières ne sont-elles pas une forme de médiation ? Au contraire, selon saint Paul, la médiation unique du Christ est destinée à favoriser d’autres médiations dépendantes et ministérielles. En proclamant le caractère unique de celle du Christ, l’Apôtre tend à exclure uniquement toute médiation autonome ou concurrente, et non d’autres formes compatibles avec la valeur infinie de l’œuvre du Sauveur. […] Il est possible de participer à la médiation du Christ dans différents domaines de l’œuvre du salut. […] Dans cette volonté de susciter des participations à l’unique médiation du Christ, se manifeste l’amour gratuit de Dieu qui veut partager ce qu’il possède. En vérité, qu’est-ce que la médiation maternelle de Marie, sinon un don du Père à l’humanité ? » (20).
1 Tm 2,5 présente donc « le Christ d’abord » comme le fondement divin indispensable à la coopération de toute créature au salut humain, mais pas « le Christ seul », car cela exclurait les chrétiens de la participation à la corédemption chrétienne. Ce mystère manifeste l’infinie générosité de Dieu dans son dessein d’amour, qui permet à ses disciples de participer à sa plus grande œuvre de Rédemption. Il s’agit d’un privilège accordé par Dieu qui ne devrait jamais être rejeté comme s’il remplaçait ou diminuait d’une quelconque manière la médiation unique et parfaite de l’unique Médiateur et Rédempteur.
C’est, bien sûr, la Mère immaculée du Rédempteur qui participe à la mission rédemptrice du Christ comme nulle autre.
Saint Irénée
Un docteur de l’Église encore plus ancien, saint Irénée de Lyon (vers 130-202), témoigne du rôle moral et causal de la Vierge Marie dans la Rédemption. Ce défenseur de l’orthodoxie du IIe siècle (peut-être même le premier véritable mariologue de l’Église) enseigne que le rôle humain subordonné de Marie en tant que Nouvelle Ève aux côtés du Christ, le Nouvel Adam, est unique, maternel, activement causal et intrinsèque à l’Incarnation rédemptrice de Jésus-Christ. Car pour les premiers Pères, « Incarnatio redemptiva redemptio inchoativa », l’Incarnation était véritablement « la Rédemption commencée ». Il s’agit d’une formule simple et providentielle de médiation maternelle selon laquelle, par le « oui » libre d’une femme humaine, le genre humain reçoit son Rédempteur. Le Concile Vatican II cite directement Irénée, avec d’autres références patristiques à Épiphane, Augustin, Jérôme, Cyrille de Jérusalem, Jean Chrysostome et Jean Damascène, comme représentatifs de toute la mariologie antique de l’Église primitive, qui prêche et enseigne de manière irrévocable le rôle causal de Marie dans le salut :
« C'est donc à juste titre que les saints Pères considèrent que Marie n'a pas été un simple instrument passif entre les mains de Dieu, mais qu'elle a coopéré au salut de l'homme par sa libre foi et son obéissance. En effet, comme le dit saint Irénée, elle « par son obéissance, est devenue cause de salut pour elle-même et pour toute l’humanité » (21). C’est pourquoi bon nombre de Pères de l’Église, dans leur prédication, affirment volontiers avec Irénée que « le nœud de la désobéissance d’Ève a trouvé sa solution dans l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l’a délié par sa foi » (22) et, en faisant la comparaison avec Ève, ils appellent Marie « mère des vivants » (23) et affirment souvent : « la mort par Ève, la vie par Marie » (24) (Lumen Gentium, 56).
Puisque le développement authentique de la doctrine catholique, guidé par l’Esprit, va toujours de l’avant et ne recule jamais, comment est-il possible que la clarté doctrinale concernant Marie en tant que Nouvelle Ève, dans son rôle unique et actif dans l’œuvre de la Rédemption, puisse aujourd’hui, environ 19 siècles plus tard, être remise en question, voire mise en doute par certains au sein de l’Église contemporaine ?
Le Concile poursuit son enseignement sur la corédemption mariale aux numéros 57, 58 et 61 de Lumen Gentium, enseignement qui inclut « l’union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre de la rédemption » (25), « s’associant avec un cœur maternel à son sacrifice » (26), « consentant à l’immolation de la victime qu’elle a engendrée » (27) ; « elle a coopéré d’une manière tout à fait particulière à l’œuvre du Sauveur, par l’obéissance, la foi, l’espérance et la charité ardente, afin de restaurer la vie surnaturelle des âmes » (28).
Saint Jean-Paul II, dans son discours du 9 avril 1997 intitulé « Marie, coopératrice singulière de la Rédemption », propose un commentaire magistériel sur l’enseignement conciliaire concernant la corédemption mariale. En particulier, le pontife de Totus Tuus opère la distinction nécessaire entre la corédemption unique de la Mère de Jésus et la coopération générale à la Rédemption, à laquelle tout chrétien est appelé :
« D’ailleurs, l’apôtre Paul, lorsqu’il affirme : « Nous sommes les collaborateurs de Dieu » (1 Co 3, 9), soutient la possibilité effective pour l’homme de coopérer avec Dieu. La collaboration des croyants, qui exclut bien sûr toute égalité avec Lui, s’exprime dans l’annonce de l’Évangile et dans la contribution personnelle à son enracinement dans le cœur des êtres humains. Appliqué à Marie, le terme « coopératrice » revêt toutefois une signification spécifique. La collaboration des chrétiens au salut s’accomplit après l’événement du Calvaire, dont ils s’engagent à diffuser les fruits par la prière et le sacrifice. La collaboration de Marie, en revanche, s’est réalisée pendant l’événement lui-même et en tant que mère ; elle s’étend donc à l’ensemble de l’œuvre salvifique du Christ. Elle seule a été associée de cette manière à l’offrande rédemptrice qui a mérité le salut de tous les hommes. En union avec le Christ et soumise à Lui, Elle a collaboré pour obtenir la grâce du salut pour l’humanité tout entière […]. Même si l’appel de Dieu à collaborer à l’œuvre du salut concerne chaque être humain, la participation de la Mère du Sauveur à la Rédemption de l’humanité représente un fait unique et irremplaçable » (29).
Le rôle corédempteur de la Mère aux côtés du Christ est « unique » et « irremplaçable » ; selon le pape saint Jean-Paul II, il englobe la totalité de la victoire rédemptrice de son Fils. Qu’est-ce qui distingue particulièrement, selon le pontife, le rôle de Marie dans la Rédemption de tous les autres ? Marie a coopéré « au cours de l’événement [rédempteur] lui-même », sa coopération « s’étend donc à la totalité de l’œuvre salvifique du Christ » et, par conséquent, « elle a collaboré à l’obtention de la grâce du salut pour l’humanité tout entière ». Aucune créature, ni humaine ni angélique, n’a collaboré à l’obtention de la grâce salvifique, à l’acquisition effective des grâces de la Rédemption, classiquement définie comme la « Rédemption objective ». C’est aussi la raison pour laquelle la Mère Immaculée du Rédempteur mérite de manière unique le titre de Corédemptrice.
Cette même Mère, qui sert de médiatrice auprès du seul Médiateur au monde, participe de manière unique à toute la mission rédemptrice du Fils. En tant que Mère du Rédempteur, Mère des rachetés et Mère de tout le processus de la Rédemption tout au long de sa vie, Marie pourrait à juste titre être définie comme « Mère de la Rédemption ».
Cette doctrine pérenne de la participation unique et active de la Vierge Marie à la Rédemption, qui a atteint son apogée méritoire au Calvaire, est malheureusement ce qui fait défaut dans la récente Note doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Mater Populi Fidelis.
Mater Populi Fidelis
Depuis la publication, le 5 novembre 2025, de la Note doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi intitulée *Mater Populi Fidelis* (MPF), intitulée *Note doctrinale sur certains titres mariaux relatifs à la coopération de Marie à l’œuvre du salut*, les médias catholiques et laïques internationaux ont été en proie à la confusion, aux interrogations, voire à la consternation. Cela tient en grande partie au fait que la Note doctrinale remet en cause, voire nie, les titres traditionnels et ceux issus du magistère papal, ainsi que les doctrines correspondantes de la Corédemptrice et de la Médiatrice de toutes les grâces (30). Plusieurs commentaires mariologiques émanant de milieux catholiques faisant autorité ont mis en évidence d’importantes lacunes doctrinales dans la Note, notamment à la lumière de son rejet substantiel de certains points des enseignements du magistère papal, tant antérieurs qu’ultérieurs au Concile (31).
Il est important de garder à l’esprit l’instruction donnée par le Magistère lui-même aux théologiens et aux laïcs dans des cas controversés comme ceux-ci. L’instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 1990, Donum Veritatis, du cardinal Ratzinger, « Sur la vocation ecclésiale du théologien », souligne la responsabilité des théologiens de soulever des questions relatives aux formulations magistérielles qui pourraient nécessiter des éclaircissements, voire des modifications :
« […] il incombe au théologien de porter à la connaissance des autorités magistérielles les problèmes soulevés par l’enseignement lui-même, par les justifications qui en sont proposées ou encore par la manière dont il est présenté. Il le fera dans un esprit évangélique, avec le désir profond de résoudre les difficultés. Ses objections pourront alors contribuer à un réel progrès, en incitant le Magistère à proposer l’enseignement de l’Église de manière plus approfondie et mieux argumentée » (32).
La responsabilité de signaler à l’autorité ecclésiale universelle les questions graves qui concernent le bien-être de l’Église n’est pas réservée aux théologiens : elle incombe, en vertu du droit canonique, à tous les laïcs également. Le Code de droit canonique de 1983 fait référence au « devoir » du Peuple de Dieu laïc de signaler aux pasteurs de l’Église les questions qui concernent le « bien de l’Église » :
« Les fidèles sont libres de faire part aux pasteurs de l’Église de leurs besoins, surtout spirituels, et de leurs désirs […]. En fonction de leur savoir, de leur compétence et du prestige dont ils jouissent, ils ont le droit, et même parfois le devoir, d’exprimer aux saints pasteurs leur opinion sur ce qui concerne le bien de l’Église ; et de la faire connaître aux autres fidèles, sans porter atteinte à l’intégrité de la foi et des mœurs ni au respect dû aux pasteurs, tout en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes » (33).
C’est donc dans cet esprit ecclésial authentique que nous identifions certains aspects de *Mater Populi Fidelis* qui, à la lumière de l’enseignement du Magistère papal tant préconciliaire que postconciliaire, nous semblent nécessiter des éclaircissements et des modifications. Les trois principaux éléments qui suscitent des inquiétudes sont les suivants :
1) la restriction disciplinaire du titre de Corédemptrice ;
2) le rejet de la doctrine pérenne sur la Médiatrice de toutes les grâces ;
3) l’omission de l’action active et méritoire de Marie au Calvaire.
En ce qui concerne le titre de Corédemptrice, le MPF n° 22 affirme : « Compte tenu de la nécessité d’expliquer le rôle subordonné de Marie au Christ dans l’œuvre de la Rédemption, il est toujours inapproprié d’utiliser le titre de Corédemptrice pour définir la coopération de Marie » (34). Toujours inapproprié ? Cette affirmation surprenante a semé la confusion dans une grande partie de l’Église, compte tenu du fait que le titre de Corédemptrice :
a) constitue un titre marial traditionnel remontant au XIVe siècle (35) ;
b) a été précédemment utilisé et approuvé par les papes Léon XIII, Pie XI et Jean-Paul II à au moins douze reprises (36) ;
c) a été utilisé par une multitude de saints et de mystiques, y compris des saints contemporains tels que saint Pio de Pietrelcina, saint Maximilien Kolbe, sainte Edith Stein, sainte Thérèse de Calcutta et sœur Lucie de Fatima (37).
Il semble en outre contraire à la nature même de l’évangélisation et de la pratique catholique de supprimer purement et simplement un terme sous prétexte qu’il nécessite une explication, au lieu de se contenter de l’expliquer. Que doit faire le catholique face à des titres tels que « Mère de Dieu » et « Immaculée Conception », sans parler de la « transsubstantiation » et de l’« infaillibilité papale », qui nécessitent tous des explications approfondies et répétées pour être correctement compris ? L’Église, à juste titre, n’abandonne pas ces termes ni les vérités qu’ils véhiculent simplement parce qu’ils nécessitent une explication approfondie. Nous les expliquons simplement, car le mystère exige et mérite une clarification adéquate. Cela offre également l’occasion d’une évangélisation plus poussée par l’analogie de la foi, en articulant la mosaïque interdépendante de la vérité catholique.
Heureusement, le cardinal Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et auteur officiel de MPF, a apporté une précision importante sur ce qui constitue en réalité un renversement de l’interdiction absolue du titre de Corédemptrice énoncée dans MPF. Dans son entretien du 25 novembre 2025 avec la journaliste Diane Montagna, le cardinal Fernández a affirmé que le titre de « Corédemptrice » peut en effet être utilisé s’il s’accompagne d’une compréhension correcte, par exemple dans les groupes de prière, etc. Toutefois, il ne sera pas utilisé par le Magistère actuel dans les documents officiels ni dans la liturgie (38). Même si les commentaires non officiels du préfet ont soulagé les mariologues catholiques et les fidèles du monde entier, cette correction substantielle n’a pas encore le statut officiel approprié pour une rectification disciplinaire d’une telle importance.
Deuxièmement, le document rejette ouvertement le rôle moral ou causal secondaire de Marie dans la médiation de chaque grâce de la Rédemption (39). Cette brèche doctrinale va à l’encontre de quatre siècles d’enseignement papal explicite, selon lequel la Vierge Marie est la Médiatrice de toutes les grâces, qui, en effet, transmet chaque grâce rédemptrice du Christ à l’humanité déchue. Cela constitue, à mon avis, l’erreur la plus grave contenue dans le MPF et celle qui nécessite le plus une correction officielle. Nier la fonction spirituelle et maternelle de Marie en tant que cause morale directe de médiation dans la distribution de la grâce revient à s’opposer à l’enseignement exprimé par douze papes et six encycliques, de Benoît XIV (+1759) au pape François en 2023 (40). Il est en outre extrêmement préoccupant qu’une note doctrinale du DDF, chargé précisément d’exprimer et d’expliquer l’enseignement du Magistère papal, non seulement soit en désaccord avec cet enseignement pérenne, mais choisisse également d’omettre et d’exclure plus de trois siècles d’enseignement des papes lorsqu’il traite de cette doctrine.
L’omission de la doctrine de la Médiatrice de toutes les grâces est non seulement contraire à la foi catholique établie, mais elle va également à l’encontre d’une croyance largement répandue au sein de l’Église orthodoxe orientale. Bien que le MPF s’efforce certainement de faire preuve d’une forte sensibilité œcuménique à l’égard du protestantisme, il ne le fait toutefois pas en ce qui concerne la doctrine orthodoxe orientale sur la médiation universelle des grâces par Marie. Par exemple, le grand théologien orthodoxe Grégoire Palamas (+1359) enseigne :
« Aucun don divin ne peut parvenir ni aux anges ni aux hommes, si ce n’est par sa [celle de Marie] médiation. Tout comme on ne peut jouir de la lumière d’une lampe… si ce n’est par le biais de cette lampe, de même tout mouvement vers Dieu, toute impulsion vers le bien provenant de Lui, est irréalisable s’il ne passe pas par la médiation de la Vierge. Elle ne cesse de répandre ses bienfaits sur toutes les créatures, non seulement sur nous, les hommes, mais aussi sur les armées célestes incorporelles » (41).
Théophane de Nicée (+1380) réaffirme la même conviction doctrinale orthodoxe sur le rôle de la Vierge Marie en tant que Médiatrice universelle de la grâce : « Il n’est pas possible qu’un seul, parmi les anges ou parmi les hommes, puisse parvenir d’une autre manière, de quelque manière que ce soit, à la participation aux dons divins qui jaillissent de Celui qui a été divinement élevé, du Fils de Dieu, si ce n’est par l’intermédiaire de sa Mère » (42).
Est-il possible qu’une attention excessive portée aux sensibilités protestantes, qui conduit à un minimalisme marial, puisse involontairement créer un obstacle encore plus grand à l’unité entre catholiques et orthodoxes, en rejetant la médiation universelle de Marie ? Il semble que l’approche œcuménique du MPF n’ait pas entraîné d’augmentation significative du nombre de chrétiens protestants souhaitant entrer dans l’Église. Au contraire, elle a contribué à ce que certains catholiques décident, sans motif valable, de rompre la pleine communion avec l’Église.
Tôt ou tard, le Magistère papal devra apporter des corrections et des modifications substantielles à la doctrine de la Médiatrice de toutes les grâces ; nous espérons et prions pour que cela se produise au plus vite. Le rejet de cette doctrine a suscité de graves perplexités au niveau international, y compris parmi les mouvements mariaux laïcs mondiaux, tels que la Légion de Marie, les apostolats de consécration mariale et les associations du Scapulaire, où la doctrine de la Mediatrix omnium gratiarum constitue le fondement mariologique nécessaire à leurs initiatives de dévotion efficaces.
En troisième lieu, *Mater Populi Fidelis* ne présente pas le rôle unique de Marie aux côtés de Jésus au plus fort de leur corédemption au Calvaire comme étant essentiellement actif et méritoire. Tout en reconnaissant le rôle actif de la Mère de Jésus lors de l’Annonciation (comme le font plusieurs auteurs protestants⁴³), MPF présente Marie sur le Calvaire uniquement comme un témoin passif de la foi, et non comme une participante active, par sa souffrance et son sacrifice, unis à ceux de son Fils mourant, à l’obtention des grâces de la Rédemption (44). Pourtant, cette mission active et corédemptrice de la Femme du Calvaire constitue un authentique enseignement papal, comme le soulignent les enseignements de saint Jean-Paul II cités précédemment à l’appui du Concile Vatican II (45).
Un aspect positif est que le pape Léon XIV a apporté une première correction de fond à l’ambiguïté doctrinale de Mater Populis Fidelis sur la corédemption mariale dans son message du 13 avril 2026 à la Commission biblique pontificale. Dans une déclaration similaire aux enseignements de Jean-Paul II sur la corédemption présentés dans *Salvifici Doloris* (46), le pape Léon fait référence de manière succincte à l’« offrande » unique et active de la souffrance de Marie au Calvaire, qui a conduit au « bien de tous » à l’échelle universelle :
« Contemplons en particulier la Vierge souffrante aux côtés de Jésus, au pied de la Croix : elle, en tant que Mère, endure sur le Calvaire les souffrances de son Fils et y participe d’un cœur rempli de foi, offrant sa souffrance déchirante pour le bien de tous » (47).
De plus, le Magistère papal a officiellement attesté les mérites uniques de la Vierge Marie dans son œuvre conjointe avec Jésus au sein de l’œuvre de la Rédemption. Ce fut, une fois encore, la volonté directe de Dieu qu’une femme participe avec l’Homme Nouveau au rétablissement de la grâce pour le genre humain, dans un parallélisme antithétique par rapport à la femme qui avait coopéré avec le premier homme dans sa chute. Le Père céleste ne récompenserait-il pas Marie pour sa souffrance sans pareille avec le Christ, qui a rendu la grâce à toute l’humanité ? Au moins dans l’ordre de la « congruité » ou de la convenance relative, la Mère de Jésus mérite, à son niveau humain secondaire, ces grâces de la Rédemption que Jésus mérite de plein droit (par stricte justice) à son niveau divin. La capacité de la Vierge Marie à mériter à un niveau humain de convenance repose entièrement sur les mérites divins de son Fils, à son propre niveau divin d’égalité avec le Père.
La rédemption, donc, d’un point de vue authentiquement catholique, s’est accomplie comme un acte historique unique conçu par le Père, soutenu par l’Esprit et accompli au Calvaire par deux personnes : l’une divine et humaine, l’autre immaculée et humaine ; l’une de sexe masculin et l’autre de sexe féminin, qui ont toutes deux mérité, selon leurs rôles respectifs, les grâces infinies nécessaires au salut des hommes.
Saint John Henry Newman
Un troisième docteur de l’Église, plus contemporain, saint John Henry, cardinal Newman (1801-1890), a quelque chose de tout à fait important à dire sur le rôle de Marie dans la Rédemption, sur le discernement du développement authentique de la doctrine mariale, et sur le rôle spécifique des laïcs dans le parcours mariologique.
Newman a défendu la légitimité du titre de Corédemptrice lors de sa célèbre controverse avec le professeur et prêtre anglican Edward Pusey. Il affirma que, pour ceux qui, comme Pusey, acceptaient tous les titres sublimes attribués à Marie par les Pères de l’Église — tels que « Mère de Dieu, Seconde Ève, Mère de la Vie », etc. —, les Pères auraient considéré comme une bien « maigre compensation » le fait qu’il « s’opposât à ce qu’elle fût appelée Corédemptrice » (48). Newman désigna en outre la Vierge Marie comme « l’arbitre de la miséricorde de tout effet découlant de la miséricorde de Dieu » (49). Une arbitre est une médiatrice féminine proche de la loi. Une arbitre de la miséricorde possède donc le pouvoir de médiation nécessaire pour trancher un différend relatif à la miséricorde et, puisque la miséricorde est elle-même une grâce, cette arbitre de la miséricorde pourrait également être considérée comme une médiatrice de la grâce.
Plus important encore, Newman a approfondi le rôle des fidèles catholiques dans le discernement du développement correct de la doctrine concernant la Vierge Marie. En substance, il considérait les laïcs comme les témoins et les véritables gardiens de la Tradition vivante de l’Église, qui inclut le développement marial de la doctrine. Le Docteur de l’Église britannique considère le sensus fidelium (50) comme une source fondamentale de discernement pour confirmer le développement doctrinal authentique et la dévotion mariale (51).
Dans son article de 1859 publié dans The Rambler, intitulé « On Consulting the Faithful on Matters of Doctrine » (Sur la consultation des fidèles en matière de doctrine), Newman rapporte une vingtaine de cas dans lesquels l’autorité ecclésiastique, les évêques et le clergé, sont parvenus à une position erronée sur des questions doctrinales ou disciplinaires, tandis que les fidèles ordinaires ont su discerner correctement la question et ont fidèlement défendu la vérité catholique authentique, en persévérant à la soutenir. L’exemple le plus frappant cité par Newman est peut-être l’hérésie arienne du IVe siècle, au cours de laquelle une forte majorité d’évêques avait rejeté la divinité de Jésus, tandis que les laïcs y restaient massivement fidèles, ainsi qu’à Lui. Newman affirme : « La voix de la tradition peut, dans certains cas, s’exprimer non pas à travers les conciles, ni les Pères, ni les évêques, mais à travers le “communis fidelium sensus” » (52).
Saint John Henry Newman soutient donc que la hiérarchie doit écouter la voix des fidèles laïcs comme véritable guide pour discerner où se trouve le véritable développement doctrinal, en particulier en ce qui concerne la vérité et la dévotion mariale. Les évêques et les laïcs devraient vivre une « conspiratio pastorum et fidelium » (53), une « respiration commune » entre pasteurs et laïcs, afin que les papes et les évêques écoutent véritablement le discernement des laïcs concernant le développement doctrinal approprié qui conduit au dogme marial (54).
À la lumière de la grande intuition de Newman dans ce domaine, il devient d’une importance fondamentale de répondre à la plus grande campagne de collecte de signatures concernant le développement doctrinal mariologique lancée par des laïcs chrétiens dans l’histoire de l’Église catholique. Une campagne internationale de collecte de signatures menée par des laïcs, qui s’étend sur les XXe et XXIe siècles, demande collectivement la définition papale solennelle de Marie comme Mère spirituelle de toute l’humanité.
En 1915, le cardinal Désiré-Joseph Mercier lança une campagne de collecte de signatures à l’échelle universelle, impliquant évêques et laïcs, afin de demander à Benoît XV la proclamation dogmatique de Marie comme Mère spirituelle de l’humanité, en se fondant sur ses rôles de Corédemptrice et de Médiatrice de toutes les grâces (55). Aux centaines de milliers de demandes émanant des laïcs en faveur de cette cinquième couronne dogmatique s'ajoutèrent des centaines de demandes émanant des évêques de l'époque (56). En 1929, deux laïcs italiens, Raffaele Asaro et Amedeo Balzaro, lancèrent leur propre campagne laïque de collecte de signatures en faveur des définitions conjointes de la Médiation universelle de Marie et de l’Assomption (approuvées par Pie XI par l’intermédiaire de son secrétaire d’État), qui recueillit les signatures de 20 cardinaux, cinq patriarches, plus de 700 évêques et environ 2 millions de prêtres, de religieux et de laïcs (57). Une autre campagne de collecte de signatures, ayant pour double objectif de définir dogmatiquement l’Assomption et la Médiation universelle, a vu le jour en Espagne en 1929, recueillant 700 000 signatures supplémentaires de la part des laïcs et 53 de la part des évêques (58).
De 1993 à 1999, le mouvement laïc international Vox Populi Mariæ Mediatrici a recueilli plus de 6,5 millions de pétitions en faveur de ce cinquième dogme marial, provenant de 150 pays ; l’ensemble de ces pétitions a été remis en mains propres au préfet de la CDF, le cardinal Joseph Ratzinger, lors d’une audience en mai 1999 (59). De 1999 à 2026, le mouvement Vox Populi a invité les fidèles à envoyer leurs pétitions directement à la CDF (aujourd’hui DDF), ce qui représente au minimum environ 2 millions de pétitions supplémentaires au cours des 27 dernières années. À lui seul, le mouvement Vox Populi Mariæ Mediatrici a envoyé au Saint-Siège environ 8 millions de pétitions en faveur d’un cinquième dogme marial, auxquelles s’ajoutent les signatures et les lettres de 700 cardinaux et évêques recueillies au cours des 33 dernières années (60). Si l’on considère le total cumulé de ces quatre principales campagnes de collecte de signatures, on estime que près de 12 millions de pétitions en faveur d’un cinquième dogme sur la maternité spirituelle universelle de Marie ont été présentées au Saint-Siège par le Peuple de Dieu.
En nous appuyant sur le principe de discernement pour le développement doctrinal et dévotionnel marial indiqué par saint John Henry, le cardinal Newman, une question se pose : dans quelle mesure le Saint-Siège écoute-t-il réellement la voix des fidèles laïcs dans leur discernement concernant un éventuel cinquième dogme marial ? Rome suit-elle le sage conseil de Newman, communément appelé le « Père du Concile Vatican II », en prenant franchement en considération la demande sans précédent formulée par les laïcs contemporains en faveur de ce développement doctrinal marial ? Peut-être le moment est-il venu pour le Saint-Père et le Saint-Siège de procéder à une réévaluation newmanienne, renouvelée et ouverte, de la demande formulée par des millions de membres du Peuple de Dieu en faveur d’une définition papale solennelle selon laquelle la Vierge Marie est véritablement la Mère spirituelle de toute l’humanité.
Conclusion
Dans la situation actuelle de notre humanité, nous constatons qu’une grande confusion doctrinale règne. Les dogmes, en revanche, apportent la clarté. L’histoire montre que la plupart des autres dogmes mariaux ont été définis à des moments où une clarification était nécessaire. La vérité complète sur le rôle de Marie dans la Rédemption humaine exige précisément cette clarification définitive que seul un dogme peut offrir de manière définitive.
Sans la proclamation de la vérité sur la véritable médiation de Marie, nous ne pouvons espérer bénéficier de la pleine réalisation et des grâces qui découleraient de la reconnaissance solennelle de son pouvoir de médiation. Cette reconnaissance solennelle de ses rôles salvifiques de grâce pourrait marquer le début définitif du triomphe de son Cœur Immaculé, tel qu’il a été prophétisé à Fatima, et conduire ainsi à l’ère de paix promise et tant attendue. Au contraire, il est tout à fait possible que cette équation providentielle, exprimée sous une forme négative, perdure : pas de cinquième dogme marial, pas de triomphe du Cœur Immaculé, pas de grâce historique.
D’un point de vue théologique et historique, il est inconcevable que l’Église se limite aux quatre dogmes mariaux de la Maternité divine, de la Viergerie perpétuelle, de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, pour ensuite ne pas définir et défendre la vérité de la relation spirituelle et maternelle de Marie avec ses enfants, une vérité salvifique développée sur le plan pneumatologique au cours de deux millénaires et qui, en un certain sens, constitue la fin et le but rédempteur des quatre autres dogmes mariaux.
Je termine par une pétition tout à fait particulière, émanant d’un membre tout aussi particulier du Peuple de Dieu, une expression inspirée de la « voix du Peuple », en faveur d’un cinquième dogme marial : sainte Thérèse de Calcutta, rédigée et signée à l’occasion de la fête de saint Maximilien Kolbe, le 14 août 1993 :
Marie est notre Corédemptrice aux côtés de Jésus.
Elle a donné son corps à Jésus et a souffert avec lui au pied de la Croix.
Marie est la Médiatrice de toutes les grâces.
Elle nous a donné Jésus et, en tant que notre Mère, elle nous obtient toutes ses grâces.
Marie est notre Avocate, qui intercède pour nous auprès de Jésus…
La définition papale de Marie en tant que Corédemptrice, Médiatrice et Avocate
apportera de grandes grâces à l’Église.
Que Dieu vous bénisse,
M. Teresa, MC. (61)
Notes :
1 Par exemple, saint Jean-Paul II, Encyclique *Redemptoris Mater*, 1987, n° 12, 23.
2 Saint Augustin, *De Sancta Virginitate*, 6 ; PL 40, 399 (c’est moi qui souligne).
3 Saint Pie X, *Ad diem illum*, 1904, n° 10.
4 Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 61.
5 Ibid.
6 Ibid.
7 Saint Augustin, De Sancta Virginitate, 6 ; PL 40, 399.
8 Saint Jean-Paul II, Audience générale, Marie, coopératrice singulière de la Rédemption, 9 avril 1997, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/en/audiences/1997/documents/hf_jp-ii_aud_09041997.html.
9 Léon XIV, Homélie de la messe au sanctuaire de la Bienheureuse Vierge du Saint-Rosaire de Pompéi, 8 mai 2026, https://www.vatican.va/content/leo-xiv/it/homilies/2026/documents/20260508-pompei-messa.html.
10 Saint Augustin, Sermon 169, 11, 13 : PL 38, 923, CCC 1847.
11 Catéchisme de l’Église catholique, n° 2002.
12 Concile de Trente, session VI, canon 32 ; décret sur la justification, 8.
13 Catéchisme de l’Église catholique, n° 2008.
14 Cf. Saint Jean-Paul II, Discours au personnel de l’hôpital Fatebenefratelli, 5 avril 1981, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/speeches/1981/april/documents/hf_jp-ii_spe_19810405_fatebenefratelli.html ; Audience générale, 13 janvier 1982, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/audiences/1982/documents/hf_jp-ii_aud_19820113.html ; Allocution aux évêques uruguayens à la Nonciature apostolique, 8 mai 1988, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/speeches/1988/may/documents/hf_jp-ii_spe_19880508_vescovi-nunziatura.html
15 Pape Benoît XVI, Salutation aux malades, Homélie sur l’esplanade du sanctuaire de Fatima, 13 mai 2010,
https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/it/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100513_fatima.html
16 Il peut s’avérer difficile de résumer en quelques phrases les positions théologiques de plus de 33 000 confessions protestantes différentes, mais la position fondamentale de Luther lui-même est rendue avec précision.
17 Sourate 35, verset 18 ; cf. l’excellent article de P. Serafino Lanzetta, « Mary Co-redemptrix : A Paradigm of Christian Life, Vicarious Suffering, the Mystical Body, and the Manifestation of True Religion », dans « Ecce Mater Tua International Journal of Mariology », vol. 14, 13 juin 2026, https://eccematertua.com/sites/ecce/files/ecce_14.5_lanzetta.pdf.
18 Ibid.
19 Robert Hugh Benson, *The Mystical Body and Its Head*, Sheed and Ward, New York, 1911, cité dans S. Lanzetta, op. cit.
20 Saint Jean-Paul II, Audience générale, « Marie, médiatrice », 1er octobre 1997, n° 3-6.
21 Saint Irénée, *Adv. Haer. III, 22, 4 : PG 7, 959 A, Harvey, 2, 123.
22 Saint Irénée, ibid. ; Harvey 2, 124.
23 Saint Épiphane, Haer. 78, 18 : PG 42, 728 CD-729 AB.
24 Par exemple, saint Jérôme, Epist. 22, 21 : PL 22, 408. Cf. saint Augustin, Sermo. 51, 2, 3 : PL 38, 335, etc., cf. Lumen Gentium 56, notes, 6-10.
25 Lumen Gentium, 57.
26 Lumen Gentium, 58.
27 Lumen Gentium, 58.
28 Lumen Gentium, 61.
29 Saint Jean-Paul II, Audience générale « Marie, coopératrice singulière de la Rédemption », 9 avril 1997, n° 1-2 ; (italiques ajoutés par moi).
30 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mater Populi Fidelis, 5 novembre 2025, https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20251104_mater-populi-fidelis_en.html.
31 Cf., par exemple, le commentaire mariologique de 23 pages de la Commission théologique de l’Association mariale internationale, « Response to Mater Populi Fidelis », 8 décembre 2025 ; https://internationalmarian.com/sites/marian/files/ima_response_to_mpf.pdf ; P. Serafino Lanzetta, « A Very Dissonant Doctrinal Note: On ‘Mater Populi Fidelis’ », Diane Montagna Substack, https://dianemontagna.substack.com/p/a-very-dissonant-doctrinal-note-on.
32 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Veritatis, n° 30.
33 Code de droit canonique, can. 12, §§ 2-3.
34 Dicastère pour la doctrine de la foi, Mater Populi Fidelis, n° 22.
35 Cf. M. Miravalle, With Jesus: The Story of Mary Co-redemptrix, Queenship, 2003, pp. 101-103.
36 Pour des références et d’autres sources en faveur du titre de Corédemptrice, voir Robert Fastiggi et Mark Miravalle, « Mary’s Coredemptive Role Is In Complete Union with Christ: A Response to Bishop Stagliano » https://eccematertua.com/sites/ecce/files/ecce_14.4_fastiggi_miravalle.pdf ; Miravalle, *With Jesus*, pp. 149 et suivantes ; 189 et suivantes.
37 Cf. Miravalle, *With Jesus*, cf. p. 213 et suivantes ; p. 235 et suivantes.
38 Diane Montagna, Entretien avec le cardinal Fernandez, « Le cardinal Fernandez apporte des précisions sur la Corédemptrice », 27 novembre 2025, https://dianemontagna.substack.com/p/cardinal-fernandez-clarifies-co-redemptrix.
39 Cf. *Mater Populi Fidelis*, n° 45, 67, 68.
40 Cf. Association mariale internationale, Réponse de la Commission théologique de l’Association mariale internationale à *Mater Populi Fidelis*, 8 décembre 2025, n° 19-21, https://internationalmarian.com/sites/marian/files/ima_response_to_mpf.pdf.
41 Grégoire Palamas, éd. de Sophocle Oikonomos, (Athènes, 1861), 159 ; PG 151, 472A ; cf. O’Carroll, Theotokos, p. 163.
42 Sermo. In Sanctissimum Deiparam in Lateranum, Martin Jugie, éd., 1935, cité dans M. O’Carroll, Theotokos : A Theological Encyclopedia of the Blessed Virgin Mary, p. 340.
43 Cf. par exemple, Tim Perry, Mary for Evangelicals : Towards an Understanding of the Mother of the Lord, 2007, sections consacrées aux titres « Co-redemptrix » et « Mediatrix of all graces ».
44 Cf. Réponse de la Commission théologique de l’Association mariale internationale à Mater Populi Fidelis, n° 14, https://internationalmarian.com/sites/marian/files/ima_response_to_mpf.pdf.
45 Cf. Saint Jean-Paul II, Audience générale « Marie, coopératrice singulière de la Rédemption », 9 avril 1997, n° 1-2 ; cf. Commission théologique de l’Association mariale internationale, Réponse à Mater Populi Fidelis, 8 décembre 2026, https://internationalmarian.com/sites/marian/files/ima_response_to_mpf.pdf.
46 Saint Jean-Paul II, Salvific Doloris, n° 24-25.
47 Léon XIV, Message à la Commission biblique pontificale à l’occasion de la session plénière (13-17 avril 2026), 13 avril 2026, https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/04/13/0284/00609.html
48 John Henry Newman, Certain Difficulties Felt by Anglicans in Catholic Teachings, Scholar Select, vol. 2, p. 78.
49 John Henry Newman, An Essay on the Development of Doctrine, Cambridge, Cambridge University Press, pp. 444-445.
50 Consensus commun des fidèles.
51 John Henry Newman, « On Consulting the Faithful in Matters of Doctrine », *Rambler*, 1859, cf. pp. 214-227.
52 Ibid., p. 213.
53 Ibid., p. 228.
54 À l’époque de Newman, cela s’applique tout particulièrement au développement de la doctrine mariale qui a conduit au dogme de l’Immaculée Conception, en 1854.
55 Cf. Manfred Hauke, Mary, Mediatress of Grace, Academy of the Immaculate, 2004, p. 19, 21, 91, 40, 42 ; G. Dodd, The Virgin Mary, Mediatrix of All Grace, Academy of the Immaculate, 2012, p. 66 et suivantes.
56 Ibid.
57 Guilhelmo Hentrich et Rudolfo Gualtero de Moos, Petitiones de Assumptione corporea B.V. Mariae in caelum definienda ad Sanctam Sedem delatae propositae secundum ordinem hierarchicum, dogmaticum, geographicum, chronologicum ad consensum Ecclesiase manifestandum, Cité du Vatican, Tpyis Polygottis Vaticanis, 1942, volume 2, p. 1031 ; 1053 ; cf. E. Lafferty, Approaching the Assumption 1863-1950 : Revelation, Scripture, and the Laity in the Development of a Marian Dogma, Catholic University of America Press, p. 59.
58 Ibid., Petitiones, 2 : 500-501.
59 Toutes les pétitions ont été remises au cardinal Ratzinger dans son bureau à la Congrégation pour la doctrine de la foi, en présence et sous le témoignage de l’archevêque Felix Alaba Adeosin Job d’Ibadan, au Nigeria, archevêque africain et patron du mouvement Vox Populi Mariæ Mediatrici, en mai 1999.
60 Archives de Vox Populi Mariæ Mediatrici, 48765 Annapolis Rd, Hopedale, Ohio. Toutes les pétitions présentées au cardinal Ratzinger comprenaient les lettres et les signatures de 700 cardinaux, archevêques et évêques des cinq continents.
61 Mère Teresa de Calcutta, Lettre du 14 août 1993, Archives « Vox Populi Mariæ Mediatrici », Université Ave Maria, Ave Maria, Floride.