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Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

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De Tribune Chrétienne :

Victoire d’Ulrich Siegmund et de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

Avec 44 % des voix aux élections régionales du 6 septembre en Saxe-Anhalt, l’AfD emmenée par Ulrich Siegmund réalise un résultat historique sans obtenir la majorité absolue. Une victoire qui pourrait aussi ouvrir un affrontement majeur avec les Églises allemandes et leur puissant système de financement

7 septembre 2026

La victoire d’Ulrich Siegmund dépasse largement les frontières politiques de la Saxe-Anhalt. Elle pourrait également fragiliser un modèle très particulier de relations entre l’État et les Églises, alors que l’AfD entend remettre en cause plusieurs mécanismes dont bénéficient depuis des décennies les institutions catholiques et protestantes.

Le cas personnel d’Ulrich Siegmund donne à cette confrontation une dimension particulière. Baptisé et élevé dans l’Église catholique, le dirigeant de l’AfD en Saxe-Anhalt a effectué en 2017 un « Kirchenaustritt », la procédure administrative permettant de déclarer officiellement sa sortie de l’Église. Il a pourtant expliqué ne pas avoir renoncé aux valeurs catholiques qu’il dit conserver « dans son cœur », mais contester l’institution ecclésiale allemande.

Derrière cette démarche se trouve notamment le Kirchensteuer, l’impôt d’Église allemand. Un catholique enregistré comme tel acquitte généralement une contribution équivalente à 9 % du montant de son impôt sur le revenu – 8 % en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg – collectée par l’administration fiscale avant d’être reversée à l’Église. Pour échapper à cet impôt, il faut officiellement quitter l’Église. Mais cette décision administrative entraîne également de lourdes conséquences ecclésiales. Un décret adopté par la Conférence épiscopale allemande en 2012 prévoit notamment que la personne ayant effectué cette démarche ne peut normalement plus recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie, de confirmation ou d’onction des malades, sauf notamment en danger de mort. Elle ne peut plus être parrain ou marraine ni exercer certaines fonctions dans l’Église. Dans certaines circonstances, les funérailles religieuses peuvent également être refusées.

Le résultat du 6 septembre remet aujourd’hui ce système sous les projecteurs. L’AfD veut s’attaquer aux « Staatsleistungen », qu’il faut distinguer du Kirchensteuer : il s’agit de versements publics historiques accordés aux Églises, notamment en compensation des grandes sécularisations de biens ecclésiastiques intervenues au début du XIXe siècle. Le parti entend également remettre en cause l’intervention de l’administration fiscale dans la collecte de l’impôt d’Église.

Cette offensive intervient dans un contexte de confrontation croissante entre l’AfD et les responsables catholiques et protestants. Plusieurs évêques ont publiquement mis en garde les fidèles contre le parti, tandis que l’AfD accuse les grandes Églises de s’être transformées en acteurs politiques, notamment sur les questions migratoires.

Mais le débat prend une dimension particulière au regard de la situation du catholicisme allemand. En 2025, l’Allemagne comptait encore 19,2 millions de catholiques, soit environ 23 % de la population. Pourtant, 307 117 personnes ont officiellement quitté l’Église au cours de cette seule année. Seulement 2 269 personnes y sont entrées et 5 443 anciens catholiques l’ont réintégrée.

La pratique religieuse poursuit elle aussi son recul. Elle ne concerne plus qu’une faible proportion des catholiques et la crise des vocations devient spectaculaire : après seulement 29 ordinations sacerdotales en 2024, les chiffres ont encore reculé en 2025. La victoire d’Ulrich Siegmund ne signifie évidemment pas que le Kirchensteuer disparaîtra demain : une telle réforme dépasse les seules compétences d’un gouvernement régional. Mais avec près de 44 % des suffrages, une revendication longtemps périphérique vient de prendre une tout autre dimension politique.

Pour l’Église allemande, la question dépasse donc largement l’AfD. Elle touche à la pérennité d’un modèle dans lequel une institution ecclésiale demeure financièrement très puissante alors que sa base démographique, la pratique religieuse et les vocations diminuent rapidement. Si demain une part croissante de ses ressources devait dépendre directement des dons volontaires des fidèles, l’Église catholique allemande serait confrontée à une réalité devenue impossible à contourner : celle du nombre de catholiques encore réellement engagés dans sa vie.

Commentaires

  • Qu'il s'agisse de l'Eglise ou de ceux qui l'ont quittée, Il y a bien un moment où il faut payer le prix de ses convictions...

  • Pas d'accord avec Pierre Libert on ne saurait conditionner l'accès aux sacrements au payement d'un impôt. C'est de plus un grand mal pour l'église que d'avoir trop d'argent. On imagine d'ailleurs très bien ici la bureaucratie bien huilée tout allemande pour s'assurer que les gens ont bien payé pour accèder aux sacrements. Il est probablement bien plus simple de se marier à l'église en Allemagne avec un conjoint de même sexe ou déjà marié, que si l'on a omis de s'acquitter du kirchesteuer.

  • Ce sujet était, jusqu’à aujourd’hui "tabou" en Allemagne car, à moins de connaître un prêtre qui risque gros en offrant les sacrements, des familles avec plusieurs enfants sont privées de ces précieux Dons parce qu’elles n’ont pas les moyens financiers de payer.
    Il est heureux que la sainte Église ait connaissance de cette réalité pour y remédier….
    " le prix de nos convictions" n’est pas financier, il est spirituel, il est combat de Foi, d’Espérance et de Charité.
    C’est de notre relation à Dieu et de notre réserve d’amour offert aux prochains que dépend notre adhésion à la sainte Église..
    «… Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.» (psaume 50, v19) , les familles sorties des églises et les prêtres désireux d’accomplir leur véritable mission sont de ceux qui vivent ce sacrifice qui plaît à Dieu.
    Dans le cas où les églises d’Allemagne subissaient maintenant des contraintes financières drastiques pour découvrir les bienfaits de la Pauvreté choisie par Jésus, faut il se plaindre ?
    Comme les prêtres des églises d’Allemagne sont depuis de longues années des marchands du temple, ils seraient heureux de pouvoir enfin se libérer de cette charge contraire à leur Vocation.
    « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » (Jean 2, 16)

  • Autant le savoir, la Belgique (et plus précisément la Belgique francophone) est le SEUL pays d'Europe à pratiquer le cordon sanitaire médiatique. Dans aucun autre état, une telle muselière n'existe. Vis-à-vis de qui? Uniquement vis-à-vis des partis qu'elle considère comme étant "d'extrême droite", tandis qu'elle tend ses micros grands ouvertes vis-à-vis de l'extrême gauche. Cherchez la logique...Une telle partialité ne pose t-elle pas question quant à la liberté d'expression? A travers des raccourcis aussi enfantins que stupides, nos médias continuent à associer une Georgia Méloni, un Jordans Bardella ou un Victor Orban à Hilter et leurs partis au nazisme. Cependant, en suivant cette même manipulation, pourquoi n'associent t-ils pas un Mélanchon à Staline et son parti aux régimes dictatoriaux et anti démocratiques comme la Chine, cuba ou la Corée du nord? Deux poids, deux mesures, non?...

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