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Quand la menace du terrorisme islamique vient des Balkans

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Lorenza Formicola, sur la Nuova Bussola Quotidiana, analyse la menace que représente pour l'Italie, mais aussi pour toute l'Europe occidentale, le foyer de terrorisme islamique que constituent certains pays des Balkans :

Terrorisme islamiste, la menace vient des Balkans

18-11-2021

L'arrestation à Milan d'une jeune femme de 19 ans d'origine kosovare affiliée à Isis ouvre une fenêtre sur le phénomène du terrorisme islamiste en provenance des Balkans, notamment de Bosnie, du Kosovo, d'Albanie et de Macédoine. C'est l'héritage d'abord de la guerre des Balkans, puis de la guerre civile en Syrie : le plus grand nombre de combattants étrangers est parti des Balkans. qui, après leur retour, se tournent maintenant vers l'Europe occidentale.

L'arrestation de Bleona Tafallari

Le matériel (images, vidéos et textes) saisi sur le téléphone portable de Bleona Tafallari, la jeune femme de dix-neuf ans d'origine kosovare arrêtée hier à Milan pour terrorisme, montre non seulement l'adhésion intime de la femme à l'idéologie du djihadisme, mais aussi une revendication d'appartenance à Isis.

Elle avait un rôle de propulseur au sein d'un réseau féminin grâce à des relations directes, toujours par chat, avec des épouses de prisonniers pour actes terroristes ou avec des épouses de combattants hors d'Italie. Elle faisait partie du groupe "Lions of the Balkans", une côte d'Isis, qui s'est rendu célèbre pour ses contacts avec Komron Zukhurov, un citoyen tadjik de 24 ans arrêté en avril 2020 à Tirana, en exécution d'un mandat d'arrêt international émis par l'Allemagne pour avoir fait partie de la cellule d'Isis susmentionnée, soupçonnée d'avoir planifié des attaques terroristes contre les forces militaires des États-Unis en Europe. Les "Lions des Balkans" sont basés au Kosovo, en Albanie et en Macédoine, et l'arrestation de la jeune femme de 19 ans en Italie remet en lumière un phénomène qui a été quasiment ignoré. 

Les Balkans occidentaux, les Républiques nées de la dissolution de l'ex-Yougoslavie, plus l'Albanie, sont la région d'Europe avec la plus grande concentration de combattants étrangers revenus de Syrie et d'Irak : pivot d'un djihadisme en forte expansion et qui frappe aux portes de l'Italie.

Dans la période d'après-guerre, comme l'a analysé le livre d'enquête Qatar Papers, les Balkans se sont transformés en un théâtre de prosélytisme, opposant des ONG islamiques financées par des pays du Golfe rivaux. L'Arabie saoudite et le Qatar restent les deux principaux acteurs de ce conflit, qui se joue à coups de millions d'investissements et d'"œuvres de bienfaisance". En arrière-plan, la Turquie tente d'entrer dans la danse, en soutenant le Qatar dans le cadre de la dialectique anti-saoudienne. L'association Qatar Charity a contribué à la construction de la plus grande mosquée du Kosovo, à Pristina : cette mosquée de cinq étages peut accueillir 2 500 fidèles et est associée à plusieurs centres commerciaux. L'objectif pour tous est un daʿwa aussi silencieux que violent. 
Le président français Emmanuel Macron a risqué un incident diplomatique avec la Bosnie-Herzégovine début novembre 2019 lorsque, lors d'une interview avec le magazine The Economist, il a qualifié le pays des Balkans de "bombe à retardement", en référence claire au problème des djihadistes et des personnes radicalisées. 

Les termes de l'islamisme djihadiste dans les Balkans ont été explorés dans l'étude la plus récente publiée par le Combating Terrorism Centre de West Point en 2020, "Western Balkans Foreign Fighters and Homegrown Jihadis : Trends and Implication", par Adrian Shtuni.

Les combattants étrangers sont les avant-gardes du djihadisme. Dans le rapport, Shtuni explique que, de 2012 à 2019, quelque 1 070 citoyens du Kosovo, de Bosnie-Herzégovine, de Macédoine du Nord, d'Albanie, de Serbie et du Monténégro sont partis en Syrie et en Irak pour combattre sous la bannière d'Isis et, dans une moindre mesure, pour Jabhat al-Nusra, rebaptisé par la suite Hayat Tahrir al-Sham. Le flux de djihadistes des Balkans a atteint un pic en 2013-14, pour ensuite reculer et réapparaître en 2016. Environ deux tiers, 67%, étaient des hommes adultes au moment du départ, 15% des femmes et 18% des enfants. Le Kosovo a envoyé le plus d'hommes. 

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine ont connu des taux de mobilisation pour les organisations terroristes djihadistes parmi les plus élevés d'Europe par rapport à leur population. Le Kosovo, qui compte 1,8 million d'habitants, a vu revenir 242 personnes. L'UE, qui comptait environ 500 millions d'habitants à la mi-2019, en a accueilli moins de 1 500.

Selon M. Shtani, il est correct d'estimer que le nombre de combattants étrangers est au moins 15 fois supérieur au nombre d'individus radicalisés, une estimation conforme à ce qui a déjà été calculé dans d'autres pays européens.

La croissance de la mobilisation djihadiste dans les Balkans occidentaux a été "soudaine" dans sa manifestation, mais constante dans son évolution. Le "Country Report on Terrorism" du Département d'État américain, déjà pour l'année 2018 a mis en évidence une image plutôt problématique concernant la Bosnie, tant sur le plan juridique que sur celui des enquêtes.

La Bosnie, en fait, avant la guerre, était étrangère à toute forme d'extrémisme islamique. Si le pays est aujourd'hui parsemé de communautés wahhabites (islam radical), c'est parce que dans les années 1990, de nombreux moudjahidins ont afflué d'Afghanistan, d'Arabie saoudite et de Tchétchénie pour aider leurs frères musulmans. En retour, ils ont reçu des honneurs et la citoyenneté bosniaque, et ils sont restés. Le fruit est un long processus que l'on pourrait même définir comme une islamisation programmée : rien qu'à Sarajevo, les estimations à la baisse parlent de plus de 3000 islamistes.

Les combattants étrangers ne sont en fait que la manifestation la plus visible d'un phénomène plus large de militantisme religieux dans les Balkans occidentaux, qui n'est pas facile à mesurer et qui se développe aujourd'hui dans les mosquées. Les mêmes mosquées où les fils d'immigrants turcs en Europe sont envoyés pour étudier sous la direction d'imams.

Le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, dénonce depuis des années l'islamisation forcée de la Bosnie : "Nous sommes incapables de construire nos propres églises, alors que ces dernières années, plus de 70 centres de culte musulmans ont vu le jour dans la seule ville de Sarajevo, et plus de 100 mosquées ont été construites dans tout le pays". Le Cardinal a toujours pointé du doigt non seulement les dirigeants politiques bosniaques, mais aussi et surtout l'Europe, qui assiste impuissante à un processus qui la concerne de très près.

Le rapport du Combating Terrorism Center recommande de consacrer une "attention particulière" et des "ressources" pour mieux "surveiller et contrer activement les solides réseaux djihadistes" actifs dans les Balkans. Y compris la Macédoine du Nord. C'est là qu'est né le jeune homme de 20 ans, abattu par des policiers viennois le 2 novembre 2020, alors qu'il était devenu le protagoniste d'une série de fusillades dans le centre historique de la capitale autrichienne, en criant "Allah est grand". Le parcours et la radicalisation du kamikaze de 20 ans, Kujtim Fajzulai, sont très similaires à ceux de la jeune femme de 19 ans arrêtée à Milan. 

En février 2021, la présidence italienne du Conseil des ministres a publié l'édition 2020 du rapport sur la politique d'information pour la sécurité. Un recueil analytique de données, d'événements et de tendances sur la politique, la géopolitique et le terrorisme édité par le Système d'information pour la sécurité de la République, avec un beau paragraphe consacré aux mouvements de l'internationale djihadiste dans les Balkans.

Pour les analystes des services secrets italiens, "les Balkans [sont] l'épicentre continental du prosélytisme [djihadiste] et un incubateur potentiel de la menace terroriste vers l'espace Schengen". Les services italiens ont également rappelé la menace persistante et extrêmement dangereuse que représentent ces "imams radicaux et prédicateurs charismatiques d'origine balkanique opérant en Europe (y compris en Italie), capables de se déplacer et de maintenir des contacts avec des extrémistes et des sujets radicalisés présents sur le territoire européen et national".

Les Balkans ne sont qu'à un jet de pierre et la jeune Milanaise de 19 ans nous l'a rappelé.

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