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Une "méga raclette" dans une église : le vicaire général de Liège en appelle à une "réévaluation" avant de reproduire l'évènement

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D'Eric de Beukelaer, vicaire général du diocèse de Liège, sur le site de la Libre en "contribution externe" :

Un repas-raclette dans une église a été critiqué : arrêtons-nous sur cette histoire

Loin de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'est offert un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église.

5-1-2026

Une chronique d'Eric de Beukelaer, prêtre (*)

Si Bruxelles souffrit la polémique de la crèche de la Grand-Place, Verviers s'offrit un chaud débat suite au repas-raclette qu'une unité scoute organisa dans une vaste église, avec l'accord des autorités pastorales et de la fabrique d'église. Alerté par des voix critiques, l'évêché a renvoyé la paroisse à ses responsabilités, en l'invitant à évaluer l'initiative après l'événement. Précisons que les scouts respectèrent le lieu, encadrant le repas par des chants de Noël. Comme le demande le diocèse, le Saint-Sacrement fut déplacé et le chœur de l'édifice ne fut pas occupé. Sur les réseaux sociaux, peu enclins à la nuance, les uns criaient au sacrilège et les autres ricanaient : où est le problème ? Plutôt que de s'emmurer dans une posture partisane, arrêtons-nous sur cette histoire pour réfléchir à ce qui est acceptable dans une église et pourquoi.

Que dit le droit canonique ?

Que dit le droit canonique ? "Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant l'Ordinaire peut permettre occasionnellement d'autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu" (Canon 1210). Le Directoire diocésain liégeois pour le temporel des cultes, précise quant à lui : "Ces activités doivent être conciliables avec la spécificité d'un espace chrétien de prière. Ce qui veut dire qu'il ne peut s'agir d'intérêts privés, d'activités commerciales ou de manifestations de partis politiques, mais bien d'objectifs sociaux qui ne sont pas en contradiction avec la foi chrétienne ou l'Église. L'usage multifonctionnel doit rester limité dans le temps" (Objectif 2020, § 22 1C).

En parallèle avec le droit interne à l'Église, il y a le statut juridique des bâtiments du culte en vigueur en Belgique. Aux Pays-Bas, les églises sont des biens privés. Les autorités religieuses décident souverainement de leur usage, mais quand elles ne peuvent plus les entretenir financièrement, les diocèses les vendent et leur réaffectation est rarement heureuse. En Belgique, suite au concordat de 1801, 95 % des lieux de culte appartiennent au domaine public, car les églises sont des propriétés communales ou fabriciennes (la fabrique d'église est aussi un établissement public). Ce régime implique que toute la collectivité est responsable de leur entretien, qui est subsidié par les budgets communaux, et même régionaux pour les édifices classés. Ceci invite, dès lors, à ouvrir ces lieux à tous et à les animer, quitte à parfois y accueillir des activités "hors culte".

Acceptable ou pas ?

Quelles activités profanes sont acceptables dans une église ? Les animations culturelles ne font pas polémiques : concerts de Laurent Voulzy et Natascha St-Pier, spectacles son et lumière de Luc Petit dans plusieurs vastes églises du pays, ou de Luminiscence à la cathédrale de Bruxelles et expositions de peinture, de sculpture, ou d'artisanat. Organiser un repas dans une église n'est pas non plus tabou. Les orthodoxes, si sensibles au respect du sacré, connaissent d'ailleurs des églises-réfectoires. À Rome, Sainte-Marie au Trastevere est transformée depuis 1982 à Noël en réfectoire pour nourrir les pauvres, sans que les papes successifs ne s'en offusquent. Cette initiative de la communauté Sant Egidio est depuis reprise à Bruxelles, Anvers et Liège, et personne n'y trouve à redire. Si organiser un repas dans une église pour les démunis est accepté, le faire pour alimenter les finances de scouts crée le débat. Nourrir les pauvres n'est pas la même chose que de transformer une église en taverne d'un soir, pour renflouer la caisse des mouvements de jeunesses. Le sens qui anime chaque activité profane dans un lieu sacré dessine une frontière subtile mais réelle, entre un événement accepté de tous et celui qui génère un diffus malaise. Si la raclette verviétoise devait se reproduire, cet aspect serait à réévaluer.

→ Blog : http://www.ericdebeukelaer.be/

Comme il fallait s'y attendre, l'évêque de Liège n'a pas répondu à notre lettre ouverte dans laquelle nous demandions que l'on revienne sur cet évènement choquant pour l'évaluer avec justesse avant d'autoriser qu'il se reproduise. On peut considérer que les réticences exprimées par le Vicaire général du diocèse vont timidement dans la bonne direction sans toutefois nous satisfaire vraiment.

Commentaires

  • La réponse du Vicaire général, écrite en concertation avec son Evêque, vaut réponse. Je suis profondément choqué par la façon de fonctionner de l'auteur de cette lettre ouverte : l'envoyer à la presse... pour mettre une pression maximale sur les autorités ecclésiales. Cette même presse qu'il a beau jeu de critiquer à d'autres occasions. C'est un comportement de militant politique et non une action propre à un membre de l'Eglise. Je suis peiné et en colère: est-ce ainsi que l'Esprit agit, ou bien le diviseur?

  • Monsieur le Vicaire Général

    Qu'il y a t il de politique dans la démarche de l'auteur de la lettre ...ne serait ce pas plutôt de la correction fraternelle ...?

  • Madame Lahaye,

    Je vous remercie pour cette réaction et j'y réponds à mon tour:
    Relisons Matthieu 18, 15-20 sur la correction fraternelle: "va trouver ton frère"...
    A partir du moment où l'évêché a dit qu'il était trop tard pour tout stopper la raclette et que l'on évaluerait après l'événement, pourquoi ne pas avoir invité à pareille rencontre, plutôt que d'envoyer un communiqué aux rédactions de la presse, lançant un débat échaudé et sans nuances sur les réseaux sociaux?
    Je vous signale que, pas plus tard que hier soir, un ami membre de l'Opus Dei (et donc peu suspect d'être olé, olé) m'a exprimé qu'il trouvait ma chronique trop sévère et que cette raclette lui semblait une occasion permettant à de jeunes scouts de redécouvrir le chemin de l'église sainte Julienne et sa beauté, à condition de veiller à les y accueillir par une petite catéchèse.
    Comme quoi, pareil débat se mène entre personnes de bonnes volonté et qu'il n'y a pas de réponse évidente.
    Si saint Jean-Paul II, Benoît XVI, François et Léon XIV ont admis les repas de Sant Egidio dans une église de leur diocèse, cela montre que ce n'est pas la raclette dans l'église comme telle, qui serait un souci.
    Au nom de la communion en Eglise, il eut été tellement plus ajusté de mener cette réflexion en se rencontrant, plutôt que par presse interposée.
    Cordialement,
    EdB

  • Une "Mega Raclette" ce n'est pas un repas pour les démunis.
    C'était une idée, un défi ...pour obtenir de l'argent.
    Mais une église est une conception pour l'union à Dieu, seul, en famille, en communauté et tout public, pour la visite, pour les Sacrements
    Tout y contribue. Il faut peut-être apprendre à la relire. Ce serait tellement bien pour notre jeunesse et pour nous aussi...
    Pour les repas festifs, il y a les salles paroissiales prévues.

  • Que le Vicaire général, en concertation avec son Evêque, ait pris la peine de répondre à notre lettre ouverte est une bonne chose. Le public a le droit de savoir que l’initiative des scouts ne fait pas l’unanimité. Que les autorités ecclésiastiques mises en demeure de prendre position aient bien dû constater que ladite initiative mérite d’être reconsidérée constitue un élément positif. Avant l’évènement, nous avions multiplié les mises en garde et n’avions pas été écouté. C’est pourquoi nous avons publié notre lettre ouverte, non pour faire du « militantisme politique » mais pour mettre les autorités diocésaines devant leurs responsabilités. Que cela ne leur ait pas fait plaisir, nous pouvons le concevoir, mais de là à nous accuser d’être inspiré « par le diviseur », c’est-à-dire le diable… La peine et la colère autorisent-elles à proférer de telles accusations ?

  • @ Yves Willemaers: Je réfute cette lecture des choses : un simple mail demandant à l'évêché une évaluation de l'événement aurait suffit à "nous faire prendre nos responsabilités". De toute façon, cela était prévu et annoncé. Pas besoin d'une campagne de presse pour que l'Evêché bouge... Celle-ci créa un esprit de tension dommageable à la communion ecclésiale. D'où l'allusion à l'esprit du diviseur. Aucune accusation, mais une constatation. La démarche a divisé et a découragé (je passe sur les courriers reçus). Ce n'est pas ainsi que l'Esprit de Dieu agit, mais bien l'esprit du monde.

  • Si l'imperium n'est pas exercé par ceux qui le détiennent, le désordre s'installe. "Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute".

  • Poursuivre cet échange serait vain. Nous en resterons là.

  • ... et n'en prierons pas moins l'un pour l'autre

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