De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :
Ce que le document consistorial du cardinal Roche sur la messe traditionnelle en latin a révélé
Un document très critique à l'égard de la messe tridentine en latin, rédigé sous l'autorité du cardinal Arthur Roche en sa qualité de préfet du dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, a été publié par les journalistes Diane Montagna et Nico Spuntoni après sa diffusion aux cardinaux lors du consistoire général extraordinaire qui s'est tenu à Rome du 7 au 8 janvier.
Le texte, daté du 8 janvier 2026, avait été préalablement communiqué à titre privé aux membres du Collège des cardinaux. Ce document critique vivement le maintien de la messe tridentine en latin, défend avec vigueur la réforme liturgique post-Vatican II et rejette tout retour au rite romain préconciliaire comme option normative pour l'Église. Sa publication confirme l'information parue précédemment dans le Catholic Herald , selon laquelle un document relatif à la messe tridentine en latin figurait parmi les sujets abordés lors du consistoire.
Elle présente une défense théologique et historique exhaustive de la réforme liturgique post-conciliaire et rejette clairement tout retour à la forme du rite romain d'avant Vatican II comme option normative pour l'Église.
Le texte fonde son argumentation sur le langage du Concile Vatican II, affirmant que la réforme liturgique doit reposer sur une « réflexion théologique, historique et pastorale approfondie » afin que « la saine tradition soit préservée, tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime ». Ce principe, tiré directement de Sacrosanctum Concilium , est présenté comme le prisme essentiel à travers lequel toute la question de la liturgie doit être appréhendée.
Le document affirme que la réforme a toujours fait partie intégrante de la vie liturgique de l'Église, déclarée : « Dans la vie de l'Église, la liturgie a toujours connue des réformes. » Il retrace cette évolution depuis l'usage du grec par les premiers chrétiens jusqu'au latin, en passant par les sacramentaires médiévaux, les réformes consécutives au concile de Trente, et enfin les changements prescrits par le concile Vatican II. « L'histoire de la liturgie, précise-t-il, est l'histoire de sa réforme continue, inscrite dans un processus de développement organique. »
Abordant directement la réforme tridentine, le document rappelle les actions de saint Pie V après le concile de Trente, soulignant que son intention était la préservation de l'unité. Citant Quo primum , il note que le pape a affirmé que « de même qu'il n'y a qu'une seule manière de réciter les psaumes dans l'Église de Dieu, il ne devrait y avoir qu'un seul rite pour célébrer la messe ».
Le texte affirme que l'unité et la réforme sont indissociables de la nature rituelle de la liturgie elle-même. « La nécessité de réformer la liturgie est étroitement liée à sa composante rituelle », précise-t-il, ajoutant que les rites comprennent nécessairement des éléments culturels « qui évoluent dans le temps et l'espace », tout en permettant la participation au mystère pascal immuable.
Dans un passage citant le pape Benoît XVI, le document rejette toute conception de la tradition comme figée ou inerte. « La tradition n’est pas la transmission de choses ou de mots, un amas de choses mortes », affirme-t-il, mais bien « le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes ». Sur cette base, le texte insiste sur le fait que la réforme liturgique mandatée par Vatican II « est non seulement en pleine syntonie avec le sens véritable de la Tradition, mais constitue une manière singulière de se mettre au service de la Tradition ».
Le document met en garde à plusieurs reprises contre la séparation de la tradition et de la réforme. « Maintenir une tradition solide et ouvrir la voie à un progrès légitime ne sauraient être considérés comme deux actions dissociables », affirme-t-il, arguant que sans progrès, la tradition risque de se figer, tandis que le progrès sans tradition dégénère en « une quête pathologique de nouveauté ».
L’enseignement du pape François occupe une place prépondérante dans le texte. Se référant à son discours de 2024 devant le Dicastère pour le Culte Divin, le document cite le pape affirmant que « sans réforme liturgique, il n’y a pas de réforme de l’Église ». Il décrit la réforme de la liturgie comme une tâche de « renouveau spirituel, pastoral, œcuménique et missionnaire ».
Le texte reconnaît également les lacunes de la réception de la réforme, affirmant clairement que « l’application de la réforme a souffert et continue de souffrir d’un manque de formation ». Il appelle à une formation liturgique renouvelée, notamment dans les séminaires, afin que les fidèles puissent appréhender la liturgie comme « sommet et source » de la vie chrétienne.
Le traitement le plus direct de la messe tridentine en latin figure dans les dernières sections du document. Il y est indiqué que le maintien de l'usage des anciens livres liturgiques était, depuis le pontificat de saint Jean-Paul II, « une concession qui n'envisageait aucunement leur promotion ». Se référant explicitement à Traditionis custodes , le document explique que le pape François a autorisé l'usage restreint du Missel de 1962 afin de « montrer la voie à l'unité dans l'usage des livres liturgiques promulgués » après Vatican II.
Le document insiste sur le fait que le Missel de Paul VI, promulgué « conformément aux décrets du Concile Vatican II », constitue « l’unique expression de la lex orandi du rite romain ».
Citant directement le pape François, le texte réfute l’idée que les désaccords sur la liturgie relèvent du goût ou de la préférence. « Le problème est avant tout ecclésiologique », déclare le pape. « Je ne vois pas comment on peut reconnaître la validité du Concile… et en même temps ne pas accepter la réforme liturgique issue de Sacrosanctum Concilium . »
L'argumentation de ce document ne se contente pas de réaffirmer Vatican II ; elle propose une interprétation particulière du Concile, qui réduit la continuité à la simple conformité et considère la pluralité au sein de la tradition romaine comme une plaie à cautériser. Le texte s'ouvre sur le placement de l'ensemble de la tradition sous l'égide de Sacrosanctum Concilium et cite à plusieurs reprises sa formule clé : « On peut conserver une tradition saine, tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime. » Cette phrase, en soi, est irréprochable. Pourtant, le document l'utilise comme un levier : « maintenir une tradition solide » et « ouvrir la voie à un progrès légitime » sont présentés comme indissociables, tout en avertissant que, sans progrès, la tradition devient « un amas de choses mortes ».
La difficulté ne réside pas dans l'affirmation de l'existence d'un développement organique, mais dans l'insinuation que ceux qui prônent l'héritage plutôt que la nouveauté plaident en réalité pour la mort. La citation de Benoît XVI dans le texte même est ambiguë : « La tradition n'est pas la transmission de choses ou de mots, un amas de choses mortes », mais « le fleuve vivant qui nous relie aux origines ». Un fleuve vivant a des berges ; ce n'est pas un canal creusé à nouveau tous les dix ans.
Au premier paragraphe, le document affirme que la liturgie « a toujours fait l’objet de réformes » et qualifie l’histoire du culte de « réforme continue, inscrite dans un processus de développement organique ». Le ton est donné. La réforme n’est pas présentée comme un remède ponctuel à la corruption ou à l’accumulation de pratiques, mais comme le mode normal de la vie liturgique. Cette insistance est significative, car elle prédispose le lecteur à percevoir toute résistance non comme une preuve de prudence, mais comme un déni de l’histoire.
Le paragraphe 2 invoque saint Pie V et cite Quo primum : « Il ne devrait y avoir qu’un seul rite pour célébrer la messe. » Cet argument est utilisé pour justifier l’unité, mais l’ironie est flagrante. L’Église romaine a longtemps maintenu l’unité sans abolir les usages vénérables, et Quo primum est historiquement associé à la protection de la messe tridentine. Le paragraphe 3 insiste sur le fait que la nécessité de réformer est « étroitement liée à la composante rituelle » et que les rites comportent des éléments culturels « qui évoluent selon le temps et le lieu ». La question n’est pas de savoir si la culture influence les rites, mais si la logique interne du rite et son langage sacré hérité peuvent être considérés comme purement culturels et donc superflus.
Les paragraphes 6 et 9 renforcent l'argumentation en citant le refrain du pape François : « Sans réforme liturgique, il n'y a pas de réforme de l'Église », puis, plus catégoriquement : « Nous ne pouvons pas revenir à cette forme rituelle que les Pères conciliaires… ont jugé nécessaire de réformer ». Il ne s'agit plus d'une observation historique, mais d'une interdiction érigée en principe. Le document admet également, au paragraphe 8, que la mise en œuvre « a souffert et continue de souffrir d'un manque de formation ». Cette concession est déterminante. Si la réception de la réforme a été entravée par des lacunes de formation pendant soixante ans, le réflexe pastoral devrait être de s'interroger sur ce qui, dans la réforme elle-même, a engendré cette fragilité, et sur ce qui, dans l'ancien rite, a préservé la clarté. Or, le texte aborde rapidement la question de la discipline.
Le paragraphe 10 qualifie le Missel de 1962 de « concession qui n’envisageait nullement leur promotion » et réaffirme que les livres réformés sont « la seule expression de la lex orandi du rite romain ». Le paragraphe 11 présente ensuite le différend comme fondamentalement ecclésiologique : « Le problème est avant tout ecclésiologique. » C’est là le nœud du problème. Le document cherche à faire de l’attachement à l’ancienne liturgie un prétexte pour rejeter le Concile, transformant ainsi une question liturgique en un test de loyauté. Or, l’Église n’a jamais exigé que chaque catholique embrasse chaque réforme avec la même ferveur spirituelle, et encore moins que la diversité légitime soit perçue comme une forme de désunion.
Comme l’a souligné Nico Spuntoni, correspondant du Vatican pour Il Giornale, le rapport conclut en citant la lettre apostolique controversée Desiderio desideravi, affirmant qu’« il serait banal de réduire les tensions, malheureusement présentes autour de la célébration, à une simple divergence de sensibilités quant à une forme rituelle. Le problème est avant tout ecclésiologique. Je ne vois pas comment on peut reconnaître la validité du Concile… et ne pas accueillir favorablement la réforme liturgique issue de Sacrosanctum Concilium. »
Cette position n'est cependant pas partagée par les anciennes communautés Ecclesia Dei, dont beaucoup ont toujours affirmé leur fidélité au Concile. Ce qu'elles contestent, ce n'est pas Vatican II en lui-même, mais l'affirmation selon laquelle les directives liturgiques du Concile auraient été fidèlement appliquées au cours des décennies suivantes. À cet égard, le document s'oppose à l'interprétation avancée par certains commentateurs ultra-progressistes, qui ont suggéré que seuls les cardinaux conservateurs auraient cherché à soulever la question liturgique lors du consistoire.
Commentaires
Qu'arrive le Concile Vatican III pour abroger les trop nombreuses hérésies de vatican2 !!!