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"Nous n’avons pas besoin d’une Église synodale, mais d’une Église missionnaire qui connaisse son trésor et n’ait pas peur de le révéler au monde." (Mgr Mutsaerts)

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Dans une lettre ouverte au pape Léon XIV, l'évêque néerlandais Rob Mutsaerts affirme que les Occidentaux ont aujourd'hui besoin d'une proclamation claire et confiante de l'Évangile plutôt que d'une consultation ecclésiale permanente.

 
Mgr Rob Mutsaerts
 
13 août 2026
Saint-Père,
Avec le respect dû à la charge qui vous a été confiée en tant que successeur de saint Pierre, et en communion avec l’Église que le Christ a bâtie sur les apôtres, je m’adresse à vous par cette lettre ouverte. Je ne le fais pas à la légère. Ce qui me pousse à prononcer ces paroles publiquement est une préoccupation qui, en définitive, transcende toute autre considération ecclésiale : le salut des âmes. Salus animarum suprema lex — le salut des âmes est la loi suprême. Ma question est simple et sincère : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? Telle est pour moi la question décisive.

Saint-Père, je suis pleinement conscient que la charge de Pierre implique une responsabilité dont celui qui n'y participe pas ne peut qu'avoir une vague idée. C'est précisément pour cette raison que j'écris ces mots, non par manque de respect pour la charge papale, mais par amour pour elle. Car Pierre a reçu du Christ non seulement la mission d'unir les frères, mais aussi de les fortifier dans la foi : « Et toi, quand tu seras revenu à lui, fortifie tes frères. » En fin de compte, le monde ne gagne rien d'une Église qui se contente de répéter ce qu'il pense déjà. Il a besoin d'une Église qui le conduise au Christ, avec amour mais sans crainte.

Ma préoccupation concernant le Synode sur la synodalité doit être comprise dans ce contexte. Et surtout, je m'interroge sur ce que tout cela signifie pour le simple croyant qui attend de son Église non pas un processus figé, mais une clarté sur le chemin qui mène à Dieu.

Cette lettre n’est donc pas une accusation contre des individus. Je ne souhaite pas non plus nier les bonnes intentions de tous ceux qui se sont sincèrement consacrés au processus synodal. Les bonnes intentions méritent d’être reconnues. Mais elles ne nous dispensent pas d’examiner les fruits de ce travail. Le Christ lui-même nous a donné un critère simple à cet égard : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » C’est pourquoi je crois qu’après des années de consultations, de réunions, de rapports et de documents synodaux, le moment est venu de s’interroger en toute transparence sur ces fruits. Non par cynisme, mais par amour pour l’Église. Non par nostalgie d’un passé idéalisé, mais par souci de son avenir. Et non pour mener une lutte politico-ecclésiastique, mais parce que derrière toutes les discussions se cache une réalité infiniment plus importante : le salut éternel des âmes que le Christ a confiées à son Église. C’est pourquoi, Saint-Père, je vous soumets la réflexion suivante.

Le Synode sur la synodalité.

Quiconque juge le Synode sur la synodalité uniquement à l'aune de ses objectifs peut aisément en tirer un constat positif. On a beaucoup écouté. On a beaucoup parlé. Des milliers de personnes ont été consultées. Évêques, prêtres, religieux et laïcs se sont réunis. On a parlé de communauté, de participation et de mission. Un nouveau vocabulaire ecclésiastique a même émergé : synodalité, écoute, discernement, participation, dialogue dans l'Esprit, mise en œuvre de processus.

Mais on peut aussi envisager cette même histoire sous un angle totalement différent. Permettez-moi de poser la question qui dérange : à quoi tout cela a-t-il réellement abouti ? Non pas : combien de réunions ont été organisées ? Non pas : combien de rapports ont été rédigés ? Non pas : combien de personnes ont participé ? Mais : la foi s’est-elle fortifiée ? Le Christ a-t-il été proclamé plus clairement ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu davantage de conversions ? La messe dominicale est-elle mieux fréquentée ? Y a-t-il plus de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus efficace ? Un plus grand respect pour l’Eucharistie s’est-il manifesté ? L’enseignement moral de l’Église est-il devenu plus clair ? Le courage missionnaire s’est-il accru ?

Face à de telles questions, il est impossible de considérer le Synode comme une réussite. De plus, un élément supplémentaire entre en jeu : l’entreprise synodale n’est pas véritablement achevée. La phase de mise en œuvre officielle se poursuit et, par le biais de réunions diocésaines, nationales et continentales, doit aboutir à une assemblée ecclésiastique à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a publié une nouvelle fois une feuille de route détaillée à cet effet. Dès lors, les critiques sont d’autant plus pertinentes. Ce qui avait commencé comme un synode pour la période 2021-2024 risque de devenir une forme de gouvernance permanente.

Un synode sur un synode.

Le premier aspect remarquable réside déjà dans son nom : Synode sur la synodalité. Traditionnellement, un synode était convoqué parce que l’Église avait besoin de se prononcer sur un sujet : l’évangélisation, le mariage et la famille, le sacerdoce, l’Eucharistie, l’Écriture, une hérésie, une crise pastorale ou un problème concret. Dans le Synode sur la synodalité, c’est le processus lui-même qui est au cœur des débats. On pourrait le comparer à une assemblée qui se réunit indéfiniment pour discuter de la manière dont les réunions se tiendront désormais.

L'Église connaît les conciles et les synodes depuis l'Antiquité. Les apôtres se réunissaient à Jérusalem. Les évêques délibéraient entre eux. Les papes consultaient les évêques. Les grands conciles œcuméniques sont impensables sans consultation ecclésiastique conjointe. Mais cela diffère de la synodalité comme paradigme ecclésiastique permanent. Le synode classique était un moyen. Dans le discours synodal contemporain, la synodalité menace de devenir une fin en soi. Et c'est précisément là que le problème commence d'un point de vue catholique traditionnel.

L'Église n'est pas une conversation, mais une réalité reçue.

Car l'Église ne commence pas par notre dialogue. Elle commence avec le Christ. Cela paraît évident, mais les conséquences sont profondes. Le Christ n'a pas créé de groupe de discussion. Il a appelé des apôtres. Il leur a donné autorité. Il les a envoyés proclamer, baptiser et enseigner : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples. » Cette orientation est fondamentale à cet égard. La foi ne naît pas d'un recensement des croyances de chacun par l'Église, suivi d'une conclusion sur une conviction commune. La foi est reçue.

Paul utilise constamment des termes tels que recevoir, transmettre et préserver pour désigner cela . L'Église possède la Révélation non parce qu'elle l'a conçue, mais parce qu'elle l'a reçue. Cela signifie que le christianisme ne peut, par essence, être démocratique. Non pas que la démocratie en tant que forme de gouvernement soit mauvaise, mais parce que la vérité ne résulte pas d'un vote majoritaire. Si demain 90 % des catholiques ne croyaient plus en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, le Christ n'en serait pas moins réellement présent. Si 80 % rejettent une certaine doctrine morale, cette doctrine ne devient pas automatiquement fausse. La vérité n'est pas le fruit du consensus. Ceci constitue le premier point de tension majeur concernant le projet synodal.

Écouter : qui ?

L’écoute a été un mot clé tout au long de ce processus (comme si nous ne l’avions jamais pratiquée auparavant). En soi, il n’y a rien à redire. Un évêque doit écouter. Un prêtre doit écouter. Les chrétiens doivent s’écouter les uns les autres. Un pasteur qui n’écoute jamais son troupeau n’est pas un bon pasteur. Mais la question se pose immédiatement : à qui l’Église doit-elle écouter avant tout ? La réponse traditionnelle est : au Christ, à l’Écriture, à la Tradition apostolique, aux saints, au témoignage de vingt siècles de christianisme, au Magistère. Et, bien sûr, aussi aux fidèles.

Dans certains textes synodaux, pourtant, l'ordre semble s'inverser aisément. On part des expériences, des désirs, des frustrations et des attentes des contemporains, puis on se demande comment l'Église doit y répondre. Cette approche, séduisante d'un point de vue pastoral, recèle un danger. Que se passe-t-il lorsque les désirs de l'homme moderne se heurtent à l'Évangile ? Ce n'est alors plus l'Évangile qui doit changer, mais l'homme. Dans le christianisme, on appelle cela la conversion. Or, ce mot est étonnamment peu présent dans les débats ecclésiastiques contemporains.

Le grand absent : la conversion.

C'est là que réside la plus profonde faiblesse de tout le projet. L'Église n'existe pas d'abord pour conforter les gens dans ce qu'ils sont déjà. Elle existe pour les amener au Christ. Les premiers mots de la prédication publique de Jésus ne sont pas : « Dites-moi d'abord ce que vous pensez des structures actuelles de l'Église. » Mais : « Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » C'est beaucoup moins bureaucratique. Et beaucoup plus radical.

L'Église des Martyrs n'a pas transformé le monde romain en organisant des réunions d'écoute sur la manière dont les Romains pouvaient vivre une expérience plus inclusive de la communauté chrétienne. Elle proclamait le Christ. Pierre proclamait le Christ. Paul proclamait le Christ. François proclamait le Christ. Dominique proclamait le Christ. François Xavier proclamait le Christ. Jean-Marie Vianney proclamait le Christ. Mère Teresa proclamait le Christ. Jean-Paul II proclamait le Christ. Ils écoutaient sans aucun doute les gens. Mais l'écoute n'était jamais une fin en soi. La finalité était la conversion au Christ.

L'éléphant dans la salle synodale.

De plus, il existe une curieuse contradiction entre les problèmes longuement débattus lors du processus synodal et la crise réelle que traverse l'Église occidentale, en particulier. Les problèmes fondamentaux de l'Église aux Pays-Bas, en Belgique et surtout en Allemagne, mais aussi dans une grande partie de l'Europe occidentale, sont faciles à identifier. Les églises se vident. Les paroisses fusionnent. Les monastères disparaissent. Les ordres religieux vieillissent. La connaissance de la foi catholique décline. La confession a quasiment disparu pour de nombreux catholiques. Le nombre de vocations sacerdotales reste faible dans de nombreux endroits. Nombre de baptisés ne croient plus aux vérités essentielles de la foi. Au sein de larges groupes de catholiques, la vie sacramentelle s'est considérablement affaiblie. Dans ce contexte, on pourrait s'attendre à ce qu'une opération ecclésiastique mondiale se pose avant tout une question : comment ramener le monde au Christ ?

Cependant, l'attention se porte souvent sur les structures, la participation, les processus décisionnels, la responsabilité envers les femmes, l'inclusion, les rapports de force et le fonctionnement des instances ecclésiastiques. Ce sont là des sujets légitimes. Mais une maison en flammes a des priorités différentes des questions d'ordre domestique.

Une Église souffrant de la maladie de Parkinson :

les institutions qui perdent de vue leur raison d'être initiale se mettent souvent à parler de plus en plus intensément de leur propre organisation. Les entreprises parlent sans cesse de processus, les universités de gouvernance, les gouvernements de modèles de participation, et les organisations ecclésiastiques de structures. Moins on évangélise, plus on crée de comités sur l'évangélisation. Moins il y a de vocations, plus on publie de documents sur les vocations. Moins les gens fréquentent l'église, plus les réunions sur ce qu'est l'Église s'éternisent. Cela peut paraître cynique, mais il y a une réflexion sérieuse derrière tout cela : la bureaucratie peut donner l'illusion de l'activité alors que la réalité est tout autre. On navigue à vue.

Les attentes irréalisables.

Le processus synodal a suscité des attentes. Cela s'explique principalement par le fait que, lors des différentes phases de consultation, des thèmes ont été abordés, touchant à des questions sur lesquelles l'Église possède déjà une doctrine claire : le diaconat féminin, le sacerdoce, la morale sexuelle, les relations homosexuelles, les relations entre laïcs et clergé, l'autorité ecclésiastique, la décentralisation, la place de la femme. Lorsque de tels sujets sont « discutés » pendant des années, l'impression se fait naturellement qu'ils peuvent eux aussi être modifiés. Après tout, sinon, on n'en parlerait pas sans cesse.

Un paradoxe pastoral se pose alors. On demande aux fidèles d'exprimer leurs attentes. Or, certaines d'entre elles s'avèrent impossibles à satisfaire sans compromettre la continuité avec la doctrine catholique. Qu'advient-il alors ? D'une déception généralisée. L'Église elle-même a suscité des attentes qu'elle ne peut finalement combler. Il ne s'agit pas d'un progrès pastoral, mais d'une source de frustration.

La protestantisation du concept catholique d'Église.

D'un point de vue traditionaliste, une ironie historique se dessine. Plusieurs éléments de la culture synodale moderne présentent des similitudes avec des évolutions observables depuis des décennies dans les Églises protestantes : une plus grande participation, une intervention administrative accrue, des structures consultatives renforcées, un poids plus important pour les communautés locales, une plus grande importance accordée à l'expérience individuelle, des débats plus fréquents sur l'évolution des mentalités et une moindre prétention à l'autorité hiérarchique. En soi, tout cela n'est pas forcément erroné. Mais la question historique s'impose : ce modèle a-t-il engendré un renouveau chrétien spectaculaire dans le monde protestant ? Dans une grande partie de l'Europe occidentale, la réponse est clairement négative. Dès lors, pourquoi l'Église catholique adopterait-elle précisément les modèles administratifs et pastoraux de confessions qui ont souvent subi la même sécularisation, parfois même plus tôt et plus brutalement ? Un malade guérit rarement en prenant les médicaments de son voisin de lit, dont l'état est encore plus grave.

L'alternative oubliée : la quête de la sainteté.

Les grandes réformes catholiques n'ont presque jamais commencé par des structures, mais par des saints. Après des périodes de corruption sont apparus des réformateurs : Benoît, Bernard, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Charles Borromée, François de Sales, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Maximilien Kolbe, Jean-Paul II. Leur programme était d'une simplicité surprenante : devenir saint.

Car un saint possède une force missionnaire qu'aucun document de politique ne saurait égaler. Une paroisse avec un curé saint a un avenir plus prometteur qu'un diocèse avec vingt groupes de travail sur la synodalité et des gestionnaires grassement payés. Un couvent avec dix religieux fervents évangélise plus efficacement qu'une centaine de pages de jargon ecclésiastique. Un prêtre qui croit visiblement en Dieu à l'autel peut amener plus de personnes à la foi qu'une conférence sur la liturgie participative.

C’est peut-être là que réside l’alternative que le Synode a insuffisamment mise en avant : non pas moins d’écoute, mais plus de sainteté ; non pas moins de participation, mais plus de conversion ; non pas moins de dialogue, mais plus de proclamation.

La liturgie comme révélateur.

D'un point de vue traditionnel, il est d'autant plus frappant que la crise liturgique ait reçu relativement peu d'attention. Car si l'on veut vraiment connaître l'état d'une Église, il faut examiner son culte. Lex orandi, lex credendi. C'est dans la prière que s'exprime la foi.

Quand les catholiques peinent à comprendre que la messe rend sacramentellement présent le sacrifice du Christ, quand le sens du sacré s'affaiblit, quand le silence disparaît, quand les confessionnaux restent vides et que l'adoration eucharistique devient marginale, alors l'Église n'a pas un problème de gouvernance. Elle a un problème de foi. Une nouvelle structure de participation ne peut le résoudre. Pas plus qu'une nouvelle assemblée. Une redécouverte de Dieu, peut-être.

Le paradoxe de la participation.

Le projet synodal met l'accent sur la participation. Or, un paradoxe curieux se pose. Les personnes qui participent activement aux processus de consultation ecclésiastique ne sont pas nécessairement représentatives de l'Église tout entière. Le catholique pratiquant qui assiste à la messe chaque matin, récite le chapelet et instruit ses petits-enfants au catéchisme ne rédige généralement pas de rapport synodal. Le jeune catholique qui fait trois heures de route pour assister à une liturgie traditionnelle ne fait généralement pas partie du groupe de travail diocésain. La mère de six enfants qui s'efforce d'élever sa famille dans la foi catholique a peut-être peu de temps pour les séances d'écoute. Une sœur contemplative ne remplit pas de questionnaire. Pourtant, leur foi est peut-être plus profondément enracinée que celle des participants professionnels aux réunions ecclésiastiques. Quiconque n'écoute que ceux qui prennent la parole risque d'oublier que le Peuple de Dieu est plus vaste que le cercle réuni autour de la table.

Synodalité ou collégialité ?

Une formulation plus précise permettrait peut-être de dissiper une partie de la confusion. La tradition catholique a une conception claire : la collégialité. Les évêques, réunis sous l’autorité de Pierre, forment le Collège des évêques. S’y ajoutent les conciles sacerdotaux, les conseils pastoraux, les synodes, les chapitres, les communautés religieuses et d’innombrables autres formes de délibération. Pourquoi, dès lors, a-t-on créé une nouvelle catégorie englobante : la synodalité ?

Précisément parce que le concept est si vaste — il est impossible d'en donner une définition précise —, chacun peut l'interpréter différemment. Pour certains, il s'agit d'écoute. Pour d'autres, de décentralisation. Pour d'autres encore, de démocratisation. Pour d'autres, de renouveau pastoral. Pour d'autres, de réforme du ministère. Pour d'autres enfin, d'une autre conception de la morale sexuelle. Un concept qui peut tout signifier, en fin de compte, ne signifie rien. C'est pourquoi la question de la proportionnalité se justifie. Combien d'énergie faut-il encore y investir ? Combien de réunions ? Combien d'équipes synodales ? Combien de rapports ? Combien d'évaluations d'évaluations ?

Et surtout : que se passerait-il si l'on investissait autant de temps, d'argent, d'énergie intellectuelle et d'attention épiscopale dans la catéchèse, les séminaires, l'éducation catholique, la liturgie, la confession, l'adoration eucharistique, la pastorale des mariages et l'évangélisation directe ? C'est une question rhétorique, me semble-t-il.

Le problème fondamental : l'ecclésiologie.

En définitive, la discussion ne porte donc pas sur le rassemblement, mais sur la question : qu'est-ce que l'Église ? Est-elle avant tout une communauté qui cherche collectivement à définir sa vocation ? Ou est-elle avant tout une réalité divine qui a reçu sa vocation ? La réponse catholique ne peut être que la seconde. L'Église doit se convertir sans cesse, mais elle est fondée sur les apôtres. Elle conserve une foi qu'elle n'a pas inventée. Par conséquent, toute synodalité doit en définitive être limitée par un principe qui n'est pas sujet à discussion synodale : la vérité révélée par le Christ.

Le monde n'attend pas une Église synodale.

Et c'est peut-être là que réside la plus grande tragédie. Le monde moderne traverse une crise spirituelle sans précédent. Les gens sont en quête de sens. Les jeunes cherchent leur identité. La solitude s'accroît. Les familles se désagrègent. La technologie s'immisce toujours plus profondément dans l'existence humaine. La pornographie pervertit la sexualité. Le matérialisme ne satisfait plus. Le changement climatique devient une religion de substitution pour beaucoup. Les gens ont peur de la mort, mais ne savent presque plus pourquoi ils vivent. Et au milieu de ce monde, l'Église possède quelque chose d'extraordinaire : l'Évangile, les sacrements, l'Eucharistie, la confession, deux mille ans de sagesse, l'Écriture, les Pères de l'Église, Thomas d'Aquin, Augustin, les mystiques, les saints, une tradition incomparable d'art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité. Et par-dessus tout : Jésus-Christ.

Le monde n'attend pas une énième organisation qui l'écoute. Il y en a déjà bien assez. Le monde attend quelqu'un qui lui révèle sa raison d'être.

D'Emmaüs à Jérusalem.

L'Évangile des disciples d'Emmaüs offre peut-être le meilleur modèle d'une authentique synodalité catholique. Le Christ chemine avec les disciples. Il les écoute vraiment. Il leur demande ce qui les préoccupe. Il leur donne la parole. Il respecte leur déception. Jusqu'ici, tout manuel synodal pourrait approuver avec enthousiasme. Mais survient alors le moment décisif. Le Christ ne confirme pas leur interprétation. Il la corrige. Il leur ouvre les Écritures. Il leur enseigne comment comprendre les événements. Et finalement, ils le reconnaissent à la fraction du pain. Voilà la synodalité catholique dans sa forme la plus pure. Après cela, les disciples ne restent pas indéfiniment réunis à Emmaüs pour méditer sur leur expérience. Ils se lèvent. Ils retournent à Jérusalem. Ils partent prêcher. Le processus synodal est au point mort à Emmaüs, et la question est de savoir s'ils peuvent encore le reprendre. Nous sommes tellement occupés à discuter de la manière dont l'Église devrait cheminer ensemble que nous oublions parfois où elle va.

En définitive, l'Église catholique n'a pas besoin d'un synode permanent pour se définir elle-même. Elle a besoin de saints. D'évêques qui enseignent. De prêtres qui prient. De religieux qui vivent radicalement pour Dieu. De parents qui transmettent la foi. De jeunes qui découvrent que la vérité est plus qu'une opinion. D'une liturgie où Dieu est véritablement au centre. De confessionnaux où les pécheurs trouvent le pardon. De séminaires où se forment des hommes prêts à consacrer leur vie au Christ. De catholiques qui ne se demandent pas sans cesse comment l'Église doit s'adapter au monde, mais qui ont le courage d'inviter le monde à être transformé par le Christ.

Car, en définitive, le Christ n'a pas envoyé son Église dans le monde en disant : « Allez et organisez des synodes partout. » Il a dit : « Allez dans le monde entier et prêchez l'Évangile à toute la création. » C'est ainsi que l'Église a vu le jour. Et chaque fois qu'elle s'est véritablement renouvelée, elle a recommencé à zéro.

Saint-Père,

permettez-moi de conclure cette lettre par la même pensée qu’à son commencement : le salut des âmes . J’espère et je prie pour que, sous votre pontificat, il apparaisse de nouveau avec une grande clarté que l’Église n’est pas appelée à se parler sans cesse, mais à proclamer le Christ ; non à refléter l’esprit du temps, mais à conduire le monde à la vie éternelle.

C’est précisément du successeur de Pierre que les fidèles peuvent espérer, au milieu de la confusion de notre temps, qu’il fortifie les frères dans la foi. Qu’il nous rappelle que la vérité proclamée par l’Église n’est pas une possession dont on peut disposer à sa guise, mais un trésor précieux reçu et qu’il nous faut transmettre intact. Qu’il donne du courage aux prêtres qui accomplissent fidèlement leur vocation, aux religieux qui ont consacré leur vie à Dieu, aux parents qui s’efforcent d’élever leurs enfants dans la foi catholique à contre-courant, et aux jeunes qui, précisément en ces temps de relativisme, aspirent à la vérité, à la sainteté, à la beauté et à l’aventure radicale d’une vie avec le Christ.

Ma prière est donc simple : éclairez-nous. Quand le monde s’exprime avec incertitude, que Pierre parle avec clarté. Quand l’Église se lasse des débats internes, ramène-nous à Christ. Quand nous nous perdons dans les méandres des procédures et des structures, rappelez-nous notre mission. Quand nous craignons de proclamer l’Évangile dans toute sa plénitude, de peur d’offenser l’homme moderne, rappelez-nous les paroles de Pierre lui-même : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tes paroles sont des paroles de vie éternelle. »

Saint-Père, je vous écris ces lignes avec un profond respect pour votre charge et un amour sincère pour l’Église. Ma critique du processus synodal ne découle pas d’une volonté de semer la discorde, mais de la crainte de perdre un temps précieux alors que tant de personnes ne connaissent plus le Christ. La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Les Églises d’Occident se vident, tandis que de nouvelles générations semblent rechercher à nouveau la vérité et la transcendance. C’est précisément maintenant que nous n’avons pas besoin d’une Église hésitante, mais d’une Église missionnaire qui connaisse son trésor et n’ait pas peur de le révéler au monde.

C’est pourquoi je prie pour que votre pontificat soit marqué par une attention renouvelée portée à ce qui constitue, en définitive, le cœur de toute véritable réforme ecclésiale : le Christ, la conversion, la sainteté, l’Eucharistie, l’évangélisation et le salut des âmes. Car une fois tous les synodes terminés, tous les documents rédigés, toutes les commissions dissoutes et nos noms oubliés, seule demeure la question essentielle : avons-nous rapproché de Jésus-Christ le peuple confié à nos soins ?Que saint Pierre intercède pour vous. Que la Vierge Marie, Mater Ecclesiae , vous garde sous sa protection. Et que le Seigneur vous accorde la sagesse, le courage et la fermeté paternelle pour guider son Église dans la vérité et l'amour.
Avec un profond respect, unis dans la prière,

en Christ,

+Rob Mutsaerts,
évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc

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