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Traduite dans d’innombrables langues et constamment rééditée : l’Imitation de Jésus-Christ

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De l'abbé Vincent-Marie Thomas  sur 100.000 raisons de croire :

L’Imitation de Jésus-Christ

De l'imitation de Jesus Christ Beuil Sacy Bosse Abraham Gravures religion -  Livre Luxe Book

L’Imitation de Jésus-Christ est un ouvrage anonyme, rédigé en latin à la fin du XIVe siècle ou au début du siècle suivant. L’auteur invite son lecteur à délaisser l’agitation du monde pour conformer intérieurement sa vie à celle du Christ. Il expose le seul vrai sens de la vie humaine : puisque la souffrance est inévitable, mieux vaut souffrir en offrant ses peines à Jésus-Christ, et en sa compagnie. Mieux vaut souffrir pour l’amour de Jésus-Christ et avec lui, que sans but. Dans le premier cas, la vie est pénible, mais garde un sens. Dans le second, elle est cruelle et absurde. D’autre part, Dieu comble de biens spirituels celui qui le recherche avec sincérité et honnêteté. Traduit dans d’innombrables langues et constamment réédité depuis les débuts de l’imprimerie, cet ouvrage nourrit la vie spirituelle de générations de chrétiens.


Les raisons d'y croire

  • L’Imitation de Jésus-Christ remporte un franc succès dès qu’elle est connue : en 1450, on en compte plus de deux cent cinquante manuscrits. La traduction de Pierre Corneille, parue pour la première fois en 1656, connaît deux mille trois éditions. À la fin du XVIIIe siècle, environ deux millions quatre cent mille exemplaires circulent dans le monde. L’un des organisateurs de l’exposition qui s’est tenue à la bibliothèque Mazarine en 2012 – titrée « Un succès de librairie européen : l’Imitatio Christi » –, Yann Sordet, estime que l’ouvrage est « l’un des plus grands succès de librairie que l’Europe ait connus de la fin du Moyen Âge au début de l’ère contemporaine » (catalogue de l’exposition, p. 11).
  • Pourquoi un tel enthousiasme pour ce livre ? Honoré de Balzac résume l’impression générale de tout lecteur : « Il est impossible de ne pas être saisi par l’Imitation, qui est au dogme ce que l’action est à la pensée. Le catholicisme y vibre, s’y meut, s’agite, s’y prend corps à corps avec la vie humaine. Ce livre est un ami sûr. Il parle à toutes les passions, à toutes les difficultés, même mondaines ; il résout toutes les objections, il est plus éloquent que tous les prédicateurs, car sa voix est la vôtre, elle s’élève dans votre cœur, et vous l’entendez par l’âme. C’est enfin l’Évangile traduit, approprié à tous les temps, superposé à toutes les situations » (L’Envers de l’histoire contemporaine, ch. 12).
  • Puisque la souffrance est partout présente autour de chaque homme et que nul ne peut parvenir, durant le cours de ses jours ici-bas, à y échapper, puisque, d’autre part, Jésus-Christ lui-même l’a portée durant sa vie terrestre (il eut faim, soif, froid, comme les autres hommes ; il endura la chaleur du jour et supporta la fatigue ; il souffrit du désintéressement des hommes, du revirement des foules et de la trahison de ses amis), puisque Jésus-Christ éprouva particulièrement l’angoisse de l’âme et la douleur du corps durant sa douloureuse Passion qu’acheva sa terrible mort sur la croix, puisque, d’autre part, Jésus-Christ a prouvé aux hommes, en les sauvant de l’esclavage du péché par sa résurrection, qu’il est tout-puissant et qu’il agit ainsi parce qu’il poursuit chaque homme d’un amour infini, pourquoi ne pas le prendre pour modèle et lui demander son aide ? Mieux vaut souffrir avec lui que sans lui.
  • Sans Jésus-Christ, la vie humaine est un cheminement à l’aveugle, parmi les peines ou les plaisirs vains d’ici-bas. Les plaisirs et les peines sont éphémères : comment bâtir sa vie sur la recherche assidue des premiers et la fuite volontaire des secondes ? De plus, la mort mettra un terme définitif à la capacité de l’homme à les éprouver. Plaisirs et peines sont donc vains en eux-mêmes, et les prendre pour fin et guide des actions humaines est une règle à courte vue. Mais il en va autrement s’ils sont goûtés non comme une fin, mais comme des moyens qui conduisent à Dieu : le plaisir inhérent aux bonnes actions et la souffrance offerte en union avec la croix du Christ leur donnent un sens parce qu’ils acquièrent ainsi une valeur d’éternité.

En savoir plus

L’Imitation de Jésus-Christ est un ouvrage composé de quatre parties (qu’on appelle, selon le sens ancien du mot, « livres »), indépendantes les unes des autres. Les plus anciens manuscrits, datés de 1421 et de 1424, ne contiennent que le premier livre. Des exemplaires comprenant les quatre livres paraissent à partir de 1427. L’auteur en est probablement un chanoine de Saint-Augustin, du monastère du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwol (Zwolle, aux Pays-Bas), Thomas Hemerken, appelé couramment Thomas a Kempis (1379/1380 – 1471), originaire de Kempen, en Rhénanie, d’où ce nom.

L’idée fondamentale de L’Imitation, héritée de saint Augustin et de saint Bernard, n’est pas originale pour son époque, mais elle heurte violemment l’hédonisme égocentrique et égoïste de notre temps. Rentrer en soi-même pour s’y retrouver soi-même en y découvrant Dieu : Noverim me, noverim Te ! « Que je me connaisse ! Que je vous connaisse, Seigneur ! » (Soliloques, II, 1). Connaître les aspirations profondes de l’âme : connaître la Vérité et aimer le Bien conduit à la connaissance et à l’amour de Dieu. Examiner ensuite les dispositions intimes de sa propre âme, qui soit vont dans le sens de ces attraits intimes, soit au contraire luttent contre eux, permet de prendre la mesure du cap à corriger afin de ne pas manquer le but ultime de la vie : Dieu. C’est ce que l’auteur de L’Imitation appelle « observer avec soin en nous les divers mouvements de la nature et de la grâce » (III, 54). Car « l’humble connaissance de soi-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science... La science la plus haute et la plus utile est celle-ci : se connaître vraiment soi-même et se mépriser [c’est-à-dire ne pas se surestimer]... Apprends à tenir pour rien les choses extérieures et à te donner aux intérieures et tu verras le royaume de Dieu venir en toi » (I, 3 ; I, 2 ; II, 1). Qu’est-ce que le royaume de Dieu sinon sa présence aimante à l’intime de l’âme, par le moyen de la grâce ?

La première étape du cheminement vers Dieu est donc de parvenir à se connaître soi-même. Tout homme, s’il est honnête envers lui-même, n’est-il pas amené à reconnaître sa grande misère quand il ne se tourne pas vers Dieu ? Les biens d’ici-bas n’engendrent que des déceptions, soit qu’on n’en ait jamais assez, soit qu’on en découvre enfin la vacuité. Les sens portent souvent aux tentations, et de là aux mauvaises actions : la cause ne vient pas tant du corps que de l’âme qui est blessée. « C’est vraiment une grande misère de vivre sur la terre. Plus l’homme veut devenir spirituel, plus la vie présente lui devient amère, car il sent mieux et il voit plus clairement les défauts de la corruption humaine… Car l’homme intérieur est étrangement appesanti en ce monde par les nécessités du corps… Oh ! Qu’elle est grande la fragilité humaine qui est toujours inclinée aux vices. Aujourd’hui, tu confesses tes péchés et demain tu les commets à nouveau… » (I, 22). Comment calmer sa conscience troublée et recouvrer la paix de l’âme ? Par « la véritable contrition et humiliation du cœur » et la confession sacramentelle (III, 52). La mortification des passions est le sûr moyen de conserver cette paix. Les passions s’agitent en effet dans l’âme et produisent l’inconstance du cœur : ce dernier ne parvient pas à demeurer arrêté dans le bien. « Le commencement de toutes les tentations est l’inconstance de l’esprit et le peu de confiance en Dieu. Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l’homme changeant, qui abandonne ses résolutions, est tourmenté par des tentations diverses » (I, 13).

Que faire alors, sinon se tourner vers Jésus-Christ, duquel vient toute force ? N’a-t-il pas, par sa mort sur la Croix, affranchi les hommes de l’emprise que le démon et le péché ont sur eux ? Or, le Maître, qui est « la voie, la vérité et la vie » ( Jn 14,6 ) invite les hommes à le suivre, c’est-à-dire à mettre en pratique son enseignement et à reproduire dans leur vie quotidienne son exemple. La méditation de la Passion du Christ est une aide puissante pour y parvenir, et le renoncement à toutes choses en est la clé : « Quitte-toi, renonce à toi, dit le Christ à l’homme qui veut marcher à sa suite, et tu jouiras d’une grande paix intérieure. Donne tout pour trouver tout… Demeure uniquement et fermement en moi et tu me posséderas » (III, 37). L’amour du Christ à l’égard de ceux qui veulent l’aimer est en effet fidèle et durable. C’est pourquoi l’auteur de L’Imitation engage son lecteur à « aimer Jésus, l’avoir pour ami, lui qui, lorsque tous les autres nous abandonneront, ne nous laissera pas et ne souffrira pas que nous périssions à l’heure de la mort » (II, 8). Et cette amitié sera alors éternelle.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.

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