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La rupture ?

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De Pierre Nespoulos sur la Semaine de Castres et du Tarn :

La rupture ? 

Le « motu proprio » (décret pris par le pape François) « Traditionis custodes » soit « Les gardiens de la tradition » (!) secoue ces temps derniers les milieux catholiques, voire au-delà. La possibilité ouverte par Jean-Paul II et libéralisée par Benoît XVI en 2007 de célébrer la messe communément appelée « messe en latin » est désormais abrogée, du moins soumise à de multiples autorisations, doublées de vexations. Le 7 juillet 2007 en effet, Benoît XVI avait ouvert un nouvel horizon à la liturgie traditionnelle et son « Introibo ad altare dei » (je m’approcherai de l’autel de Dieu). Dans un décret devenu célèbre, le motu proprio « Summorum pontificum », il accordait une place nouvelle à l’« ancienne messe » qui avait été marginalisée par le Concile Vatican II, avec l’argument : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous ». D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que ce qui était le rite millénaire soit désormais appelé « extraordinaire » ?

La stupéfaction, l’indignation et la colère ont envahi une partie de l’Eglise pour qui cette remise en cause est pour le moins déconcertante, outre le fait qu’elle est une insulte à la face du prélat en retraite. Elle semble ajouter du sel sur des plaies dont on avait l’impression qu’elles étaient cicatrisées. Le compromis de Benoît XVI visant à apaiser le débat entre les diverses sensibilités catholiques est remis en cause de manière absurde, bien plus menée par une volonté disciplinaire que doctrinale. Le message de François est inacceptable tel qu’il est formulé. L’unité de l’Eglise ne peut être visée par des oukases mais par le dialogue fraternel. Je pensais naïvement que l’épithète « conciliant » dérivait de « concile ». L’interprétation (jésuistique?) me semble ici éloignée. Les tenants du courant moderniste imposent leur ligne, pourtant dénoncée par les critiques comme responsable de l’effondrement de la pratique religieuse, car cela ne répond pas à leurs attentes de transcendance, de sacralité, de recueillement, de mystère…

Il faut que ce soit l’écrivain et philosophe Michel Onfray qui, bien que se revendiquant athée, explique pourquoi la décision du pape François de porter atteinte à la messe en latin dans le patrimoine liturgique le consterne : « La vie de l’Eglise catholique m’intéresse parce qu’elle donne le pouls de notre civilisation judéo-chrétienne bien mal en point. Le christianisme a façonné une civilisation qui est la mienne et dont j’estime que je peux l’aimer et la défendre ». Avant lui, Georges Brassens avait donné son avis de manière plus triviale dans une chanson célèbre « Sans le latin, la messe nous em…, à la grande fête liturgique plus de pompes soudain, plus de mystère magique et les fidèles s’en f… »

Du passé faisons table rase. Offrons à l’avenir un monde banalisé à coup de cantiques débiles. Quand on pense au sublime héritage de la musique liturgique en latin, Mozart, Haydn, Haendel, Bach ! Est-il urgent de les remplacer par du moderne consensuel bâclé, voire du rap ? Est-ce l’Eglise de la synodalité, du décolonialisme et du paupérisme face à l’Eglise du sacré, de l’identité chrétienne assumée et de l’évangélisation ? La théologie de la Libération était une façon de comprendre le catholicisme fortement coloré de communisme : cela pouvait s’expliquer à défaut de se justifier au regard des régimes très durs d’Amérique latine dont Bergoglio eut à souffrir, mais on ne peut de notre côté ignorer les bases du christianisme qui ont façonné l’Europe. Peu concerné par le destin de l’Europe, le sud-américain François est très préoccupé par les questions sociales et peu par les questions liturgiques. Mais le pape n’est pas le président d’une ONG écolo-humanitaire !

Je me garderai bien de décerner des brevets de catholicité en fonction d’une pratique liturgique, vivant en outre dans un diocèse où il n’y a pas de guerre ni ouverte ni larvée entre les rites. Mais je trouve excessif d’imputer aux tenants d’une fidélité à l’Histoire du catholicisme des velléités séparatistes en filigrane, comme, récemment, l’évêque de Dijon ou le Conférence des évêques de France, dans son retour sur expérience du « Summorum pontificum ».

Si j’étais athée, il me semble qu’un appel vers le catholicisme ne viendrait certainement pas de son modernisme (pour cela j’ai Netflix!) mais par un besoin de sublime, de transcendance et de l’exemple de ceux qui s’agenouillent plus devant la croix que devant l’esprit du temps. Ce « motu proprio » liquidant l’héritage de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI  (du vivant de celui-ci, dernier irrespect) réveille les consciences endormies, devant un fallacieux progressisme dont le cheminement suicidaire n’est plus à démontrer : les églises se vident. Dans ces conditions, pousser quelques brebis vers la sortie n’est guère ni habile ni miséricordieux. L’Eglise doit-elle être « dans le vent » de l’évolution sociétale ?  Dans le vent, c’est le destin des feuilles mortes…

Commentaires

  • Je me souviens d'un diacre orthodoxe qui me disait: "Autrefois dans l'Eglise catholique vous aviez une liturgie mais depuis ce qu'on a fait depuis Vatican II, vous n'en avez plus" Comment ne pas lui donner raison? Comment ne pas s'apitoyer devant un pape qui ne trouve rien de mieux à faire que de saboter la Messe célébrée par tant et tant de saints tout en ne disant aucun mot face aux pires "liturgies" bricolées au grès de célébrants en rupture avec la foi catholique? Oui, comment ne pas ressentir cette injustice criante qui fait la part belle à toutes les déviations néo-modernistes tandis que seuls les fidèles proches d'un curé d'Ars subissent des coups de bâton et avec eux, la pape Benoît XVI? Vous avez dit "miséricorde"?

  • Beaucoup de catholiques, surtout dans la hiérarchie, ont reproché à Mgr Lefèbvre d'avoir fait la suggestion que le Concile avait créé une autre Église. Lui-même utilisait le concept d'Eglise conciliaire, ce qui en soi ne peut que heurter tout catholique qui se respecte.

    En prenant ce Motu proprio, Bergoglio lui donne raison: il y a une Église après le Concile, et il y en a une autre, qui a précédé, considérée comme indigne, puisqu'elle est virtuellement placée dans un cadre d'extinction, et que le clergé qui célèbre la messe traditionnelle sera écarté des promotions.

    Mais quelqu'un pourrait-il m'expliquer comment ce qui est autorisé et pleinement validé aujourd'hui pourrait encore être considéré comme vrai la semaine prochaine ?

    L'idée de l'herméneutique de la continuité a volé en éclat. Grâce à Bergoglio.

    Mais il faut aller plus loin. Pourquoi? Pourquoi ce motu proprio ? Certains parlent du constat fait à Rome que désormais, ce sont les communautés traditionalistes qui remplissent les églises. On se retrouverait ainsi face à ce qu'Anthoni Stine (return to tradition) appelle l'herméneutique de l'envie. C'est possible.

    Mais qui peut exclure la volonté de faire disparaître ce qui constitue objectivement un frein, pire... un obstacle à l'avènement de la grande fraternité universelle ?

    Si jamais c'est cela (et cette thèse ne sera évidemment pas proclamée par l'intéressé), alors se pose de savoir quelle foi on professe encore sur le siège de Pierre. Et donc: quelle sera la réponse de Dieu.

  • Il faut beaucoup de foi pour continuer à aller à la messe selon la forme ordinaire : la seule qui va nous rester !
    Dimanche dernier, nous avons eu droit aux mêmes "cantiques débiles" de toujours, chantés horriblement faux par l'animatrice et à une homélie inaudible alors que le micro fonctionne normalement dans cette église. Pourrait-on demander aux prêtres de forcer un peu la voix, le temps d'une homélie ?
    Rien qui soulève l'âme ! Pitié pour nous, Seigneur!

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