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Le contrôle social à la chinoise : les nouveaux habits du totalitarisme

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Du site de l'Observatoire Cardinal Van Thuan sur la Doctrine sociale de l'Eglise :

Les nouvelles formes de totalitarisme

24 JUIN 2022

Le numéro 1761 du 4 juin 2022 (pp. 17-25) de la revue bimensuelle française "L'Homme Nouveau" consacre son Dossier central au dernier rapport de l'Observatoire Cardinal Van Thuan sur la Doctrine sociale de l'Eglise consacré au modèle chinois [voir]. Comme nous l'avons déjà signalé, l'éditeur de L'Homme Nouveau a également publié l'édition française du rapport [voir] et lui consacre maintenant ce Dossier. Auteurs du dossier : Philippe Maxence, Mgr Giampaolo Crepaldi et Odon de Cacqueray.

L'introduction du Dossier explique pourquoi, en pleine guerre en Europe, le magazine s'intéresse à la Chine. Le fait est, explique-t-on, qu'"à l'intérieur de ses frontières, le contrôle de la population s'intensifie au point que ce pays sert de modèle pour son propre système de crédit social". Un système qui, aux yeux des Occidentaux, a révélé tout son intérêt lors de la gestion de la "crise sanitaire" de Covid-19.

Le Dossier publie la préface de l'édition française du rapport écrite par Philippe Maxence, directeur des Editions de L'Homme Nouveau.(1).

Suit l'article d'Odon de Cacqueray intitulé "Quelques applications du contrôle social" (pp. 20-21). Une directive de l'Union européenne exige que les véhicules nouvellement construits soient équipés d'une "boîte noire" permettant de recueillir des données en cas d'accident. Aux objectifs positifs s'ajoutent les objectifs négatifs : ces données pourront être consultées par les autorités et les compagnies d'assurance, de sorte que de la "boîte noire" à la surveillance de masse, le pas sera court. Le régime de surveillance de la population se manifeste, explique M. de Cacqueray, par les innombrables caméras que l'on trouve désormais partout, à l'intérieur ou à l'extérieur des bâtiments. La "reconnaissance faciale" peut également être utilisée pour le profilage et le fichage des personnes. Enfin, de Cacqueray parle du passeport santé. Ici, le contrôle du passeport santé et d'un code QR a été délégué à chaque citoyen. Vous finirez par perdre des points de crédit social si vous ne payez pas le stationnement de votre voiture, si vous ne rendez pas visite à vos parents âgés, si vous mangez dans le métro, si vous appartenez à une "secte hérétique", etc.

Le dossier est complété par un extrait du document avec lequel Mgr Giampaolo Crepaldi a présenté le rapport sur le modèle chinois : "Considérations métapolitiques sur de nouveaux aspects du totalitarisme" (pp. 22-23).

(1) Préface à l'édition française (que nous retraduisons de l'italien !) par Philippe Maxence :

Trois formes de contrôle social

Plus concrètement et schématiquement, on peut distinguer trois formes de contrôle social, qui ne s'opposent ni ne s'annulent, mais peuvent aisément se compléter.

La première peut être indiquée dans le contrôle social par le conformisme. Elle est rendue efficace par l'instrument numérique et s'inscrit dans le cadre économique d'un libéralisme débridé. En suivant les consommateurs, il est possible de déterminer leurs goûts, leurs préférences et, à partir de là, de susciter leurs désirs. Qui n'a pas fait l'expérience, dans certains chats en ligne, de constater que le site propose alors certains produits présentés comme ayant été achetés par d'autres clients sur la base d'une affinité d'intérêts ou de désirs ? De même, l'accès répété à certains sites génère l'arrivée de publicités proposant des produits sélectionnés en fonction des goûts, des désirs ou des tendances du visiteur. Nous sommes donc confrontés à ce qu'Ernest Dichter appelait la "stratégie du désir" et dont le livre du même titre a été publié en France en 1961 avec une préface d'un grand maître de la publicité, Marcel Bleustein-Blancher.

Cette forme de contrôle social repose d'une part sur un conformisme partagé, lié à une affinité dans la consommation des produits, et d'autre part sur la classification des consommateurs en fonction de leurs goûts et de leurs désirs. Ce type de contrôle est mis en œuvre dans tous les domaines de la vie sociale, bien au-delà de la seule sphère commerciale. La société moderne n'est plus une communauté de vie mais un agglomérat d'individus souverains qui se contrôlent mutuellement en permanence.

Un seuil est franchi avec le militantisme de la surveillance idéologique, le contrôle des pensées considérées comme déviantes et l'ostracisme médiatique de ceux qui les expriment. Paradoxalement, ces derniers ne sont pas l'objectif premier. L'intention est plutôt de décourager les hésitants ou ceux qui pourraient s'aligner sur les thèses dénoncées, créant ainsi un climat de peur. Tout comme il existe des agents de maintien de l'ordre, ces militants idéologiques sont les agents du désordre. C'est du contrôle social idéologique.

Ces deux formes de contrôle social peuvent être considérées comme "horizontales", car elles sont mises en œuvre par des individus considérés au même niveau (tous les consommateurs dans le premier cas, tous les citoyens dans le second). Ils permettent au système global de se maintenir dans l'équilibre général entre les différents agents d'influence, un équilibre qui a besoin de garantir sa stabilité avec le consentement des individus pour survivre.

Gestion de la population

Le contrôle social basé sur l'État, tel qu'il est décrit analytiquement dans ce travail, constitue plutôt un troisième niveau, de nature "verticale". Elle dépasse le simple conformisme de la pensée et du comportement, et entre dans le cadre de la gestion des populations et de l'ingénierie sociale. une discipline, celle-ci, "visant à influencer les attitudes et les comportements sociaux à grande échelle".

De ce point de vue, la Chine est le pays qui semble avoir réussi à surmonter de fortes contradictions historiques et politico-économiques, en arrivant à l'alliance du communisme et de l'économie de marché, sous la direction parfaitement léniniste du parti-État. Mais il faut reconnaître que cette transition a produit une contradiction pratique interne entre, d'une part, les lignes de l'idéologie et, d'autre part, la société de consommation réalisée à travers une certaine forme d'économie de marché. D'où la nécessité de renforcer le suivi, l'encadrement et le contrôle de la population, rendu possible aujourd'hui par les outils numériques.

Le lecteur trouvera dans ce livre la présentation du crédit social à la Chinoise. Il ne faut pas croire que c'est quelque chose de simplement imposé. Même dans une société aussi clairement totalitaire, l'adhésion d'une partie de la population est nécessaire au fonctionnement du système. Un reportage télévisé montrait, par exemple, une jeune femme chinoise exprimant sa joie dans le fait de donner son empreinte faciale pour acheter une boisson gazeuse à un distributeur automatique. Elle a trouvé cette méthode non seulement pratique mais aussi amusante. Le consentement au système est donné sans complexe ni réflexion. Un autre rapport, publié par France24 en 2019, montre l'adhésion de nombreux Chinois au système de crédit social : un score attribué à chaque citoyen qui peut diminuer ou augmenter en fonction de son comportement considéré comme civilisé ou non. Finalement, le score va sur un compte bancaire, permet d'inscrire ses enfants dans une école ou, plus simplement, de voyager. Le citoyen modèle bénéficie de certains avantages tels que des voyages à prix réduits. Lin Junyue, le créateur du système de crédit social, explique qu'en utilisant de grandes quantités de données (big data), "ce système jouera un rôle important pour présenter. analyser les conséquences et montrer l'offensive de la Chine dans le monde". (...)

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