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Pourquoi présenter le pape Léon XIV comme étant l'antithèse de Trump ?

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De George Weigel sur le NCR :

Ce que le Wall Street Journal n'a pas publié

COMMENTAIRE : La tendance à interpréter le pape Léon XIV à travers un prisme politique déforme la réalité d'un pontificat enraciné dans la foi, et non dans l'idéologie.

Le 21 mars, le Wall Street Journal publiait un long portrait du pape dans sa rubrique « Essai du samedi ». Le sous-titre – « Le pape Léon XIV s’oppose au président Trump. Le pontife de Chicago peut-il faire la différence à l’ère des jeux de pouvoir ? » – annonçait la couleur dès le départ : le pape devait être perçu comme l’antithèse du président, ses déclarations et ses actions étant interprétées à travers ce prisme essentiellement politique.

Ce qui est loin d'être parfait. C'est le moins qu'on puisse dire.

Imaginez un article du samedi consacré au dalaï-lama, le présentant comme l'antithèse de Xi Jinping : cela vous permettrait-il de comprendre la pensée et la sensibilité du chef d'une tradition religieuse ancienne et complexe ? Bien sûr que non. Imaginez un article du samedi présentant le rabbin Meir Soloveichik comme l'antithèse du maire de New York, Zohran Mamdani : cela révélerait-il les vérités essentielles sur le principal représentant de l'orthodoxie moderne aux États-Unis ? Bien sûr que non. Alors pourquoi présenter le pape Léon XIV comme l'antithèse de Trump ?

Depuis 2015, Donald Trump a monopolisé l'attention médiatique. Existe-t-il un sujet qui ne soit pas analysé ou expliqué par rapport à lui ? Cette obsession déforme la réalité. Elle déforme assurément celle du pape Léon XIV, qui a toujours affirmé que sa mission était de prêcher le Christ et d'inviter les autres à devenir ses amis.

J'ai eu plusieurs échanges de courriels, longs et, je le croyais, fructueux, avec l'un des auteurs de cette « Tribune du samedi » avant sa publication. Le journaliste souhaitait un « point de vue américain conservateur » sur plusieurs questions catholiques. Après lui avoir précisé que certains traditionalistes me considèrent comme un moderniste dangereux, j'ai répondu avec plaisir à ses questions. Je reproduis ici ces échanges, car pas un mot de ce qui suit n'a été publié dans le Journal ; j'imagine que mes réponses éclairent d'un jour nouveau la position du pape à l'aube de son premier anniversaire sur le trône de Pierre.

Q. Léon XIV a-t-il, comme le prétendent ses partisans à Rome, réussi à apaiser les tensions et la polarisation entre catholiques progressistes et conservateurs ? A-t-il trouvé un équilibre fondé sur la doctrine et la spiritualité, et non sur la politique et l’idéologie ? Ou bien voyez-vous les limites de cette harmonie retrouvée ? Léon XIV est-il fondamentalement progressiste avec quelques accents traditionalistes ?

A. Le pape Léon XIV est un homme indépendant et profondément attaché à la plénitude de la vérité catholique. Il est donc absurde de tenter de le ranger dans les catégories éculées de « progressiste » et de « conservateur », même si divers partis, poursuivant leurs propres objectifs, s'y emploient sans cesse. La normalité est indéniablement revenue dans les modes de gouvernance du Vatican, et c'est une excellente chose.

Q. Immigration : Les évêques américains, avec le soutien et les encouragements de Léon XIV, sont devenus l’une des voix les plus critiques à l’égard de la politique d’immigration de l’administration Trump. À juste titre ? S’est-il trop immiscé dans la politique ?

A. Léon XIV et les évêques ont avancé des arguments moraux, et non politiques, dans un contexte évolutif où l'administration modifie constamment les critères de sélection. Peut-être que lorsque l'administration aura adopté une politique d'immigration stable, assortie d'objectifs réalisables, un véritable dialogue sur les alternatives concrètes – et leurs implications morales respectives – pourra alors s'instaurer.

Q. Politique étrangère : Léon XIV a-t-il raison d’insister sur le dialogue et la médiation, le multilatéralisme et le droit international, et de dénoncer un « zèle belliqueux » ? Ses propos sur le retour en force de la guerre ne mentionnent pas explicitement l’administration Trump, mais la plupart des gens les interprètent ainsi. Est-il judicieux, et utile, que le Vatican parie sur un ordre international d’après-guerre en train de s’effondrer ?

A. J’espère qu’au fil de son pontificat, le pape Léon XIV instaurera une révision en profondeur de la pensée vaticane sur la dynamique de la politique mondiale du XXIe siècle et sur la manière dont le Saint-Siège peut y répondre au mieux en tant que témoin et enseignant moral. 

Q. Selon vous, quelle direction pourrait ou devrait prendre une telle analyse ascendante ? Je n’ai pas encore entendu Léon XIV parler beaucoup de la théorie de la guerre juste ; est-ce une piste possible, compte tenu de son parcours ?

A. La théorie de la guerre juste ne peut être abordée de manière pertinente que dans le cadre d'une réflexion plus large sur la conception catholique de la paix, que saint Augustin appelait la « tranquillité de l'ordre » – une paix fondée sur la sécurité, la justice et la liberté. Fils de saint Augustin, le pape Léon XIV devrait être bien placé pour initier ce débat plus large et contribuer à y intégrer une réflexion morale renouvelée sur la guerre juste (qui aborde la question complexe de savoir comment l'usage proportionné et éclairé de la force armée peut contribuer à rétablir ou à instaurer cette paix).

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