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  • Pentecôte : une conclusion, mais aussi un nouveau commencement

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    Du Frère René Stockman sur le Catholic Herald :

    Pentecôte : une conclusion, mais aussi un nouveau commencement

    Lorsqu'on évoque les trois solennités de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, Noël est souvent la fête préférée, notamment pour des raisons émotionnelles. Pour d'autres, c'est Pâques qui prime, car ce jour-là, nous commémorons le cœur même de notre foi : notre salut. La Pentecôte est sans doute la fête favorite des membres des mouvements charismatiques, mais pour le croyant lambda, elle aurait du mal à occuper la première place si l'on devait établir un classement de leur importance. Cela tient peut-être aussi au fait que, dans la Sainte Trinité, le Saint-Esprit vient en troisième position, et que, dans notre prière, nous avons tendance à nous adresser d'abord au Père et au Fils. S'il nous est aisé d'imaginer le Père et le Fils sous forme humaine, il est plus difficile de se représenter le Saint-Esprit, généralement figuré par une colombe. En tant qu'êtres humains, nous sommes, après tout, dépendants des représentations visuelles, tout en sachant que toute image de la Divinité n'est qu'une tentative d'exprimer une réalité transcendante qui ne peut être saisie par des images.

    Néanmoins, avec la grande fête de la Pentecôte, la révélation de Dieu à l'humanité trouve son accomplissement. C'est l'accomplissement de la promesse faite par Jésus lui-même à ses Apôtres lors de son départ : « Et le Père vous donnera un autre Consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous : l'Esprit de vérité » (Jean 14, 16). Promesse que Dieu continuera d'être présent auprès de l'humanité d'une autre manière pour poursuivre en nous l'œuvre du salut, par le Consolateur, aussi appelé Paraclet, l'Avocat qui nous assistera et continuera de nous guider vers la Vérité que le Seigneur Jésus nous a apportée.

    Nous pouvons donc accueillir le Saint-Esprit comme la présence agissante de Dieu lui-même dans nos vies. Il vient demeurer en nous d’une manière particulière lors du sacrement du baptême, afin d’y demeurer activement présent. C’est le Saint-Esprit qui poursuit en nous l’œuvre du salut et nous accorde ses dons. Ces dons du Saint-Esprit ont été magnifiquement exprimés par Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « À l’un, l’Esprit donne une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, par le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à d’autres encore, des dons de guérison, le pouvoir d’opérer des miracles, le don de prophétie, le discernement des esprits, la diversité des langues, ou leur interprétation. Tout cela vient d’un seul et même Esprit, qui distribue à chacun ses dons comme il le veut » (1 Corinthiens 12, 8-11).

    À une époque où l'on se concentre presque exclusivement sur ses propres talents et où l'on est convaincu que tout ce que l'on sait et fait est le fruit de ses propres capacités, il est peut-être difficile de reconnaître et d'accepter que ces talents ne nous soient pas uniquement attribués, mais qu'ils soient des dons reçus. C'est toujours l'orgueil qui nous aveugle et limite notre horizon à notre propre personne et à nos propres aptitudes. Ce faisant, nous perdons également conscience de la présence du Saint-Esprit dans nos vies.

    Lors de la dernière veillée pascale, j'ai assisté au baptême de plusieurs adultes. Le simple fait de me souvenir de mon propre baptême a rendu cet événement profondément significatif et a fortifié ma foi en la puissance de l'Esprit Saint à l'œuvre en moi, précisément par le sacrement du baptême. Le fait que de plus en plus de baptêmes d'adultes aient lieu aujourd'hui est effectivement lié à un désir croissant chez les jeunes d'être accueillis dans l'Église, ce qui devrait nous donner des raisons d'être optimistes. Mais il faut aussi considérer cela dans le contexte du fait que de moins en moins d'enfants sont baptisés peu après leur naissance. Maintenant que la foi n'est plus une évidence pour beaucoup, l'idée s'est répandue que l'entrée dans la foi doit être un choix conscient qui ne peut se faire qu'à un âge plus avancé. Mais cela ne prive-t-il pas les enfants de l'action positive de l'Esprit Saint, qui est conférée à une personne précisément au moment du baptême ? Cependant, si l'on considère le baptême comme un simple rite qui n'entre pas du tout en ligne de compte dans l'éducation d'un enfant, on peut effectivement s'interroger sur la pratique du baptême des enfants. Il faut être réceptif à l'action du Saint-Esprit, s'y ouvrir et coopérer positivement. L'action du Saint-Esprit est intimement liée à la puissance de la grâce de Dieu, à laquelle nous ne pouvons que répondre. C'est pourquoi faire baptiser un enfant implique aussi la responsabilité de créer, dans son éducation, l'espace nécessaire pour que le Saint-Esprit puisse déverser sa grâce dans son cœur et, par là même, lui transmettre ses dons.

    La décision de ne pas faire baptiser ses enfants, ainsi que l'indifférence envers la foi qui règne chez beaucoup, s'inscrit dans la conception contemporaine selon laquelle on ne doit rien imposer à celui qui ne peut choisir librement. Toute la campagne menée en Belgique contre la circoncision juive relève de cette conviction, tout en touchant à un principe inhérent à la foi juive. La circoncision n'est pas un simple rituel portant atteinte à l'intégrité physique, comme certains le prétendent, mais elle repose sur des fondements bibliques auxquels les Juifs doivent rester fidèles et qui font partie intégrante de leur identité. Il ne s'agit pas ici de liberté individuelle, mais d'une conviction religieuse qui doit être respectée. Nous sommes face à un double standard : d'un côté, on devient hypersensible à tout ce qui touche aux droits de l'homme et l'on cherche à les étendre encore davantage ; de l'autre, on adopte une attitude désinvolte à l'égard de la liberté de culte et des questions connexes. Bientôt, le droit à l'avortement, tel qu'il est actuellement inscrit dans la Constitution française, primera sur le droit de pratiquer sa religion.

    Mais revenons un instant à notre grande fête de la Pentecôte et célébrons ce jour d'une manière particulière, comme une invitation à vivre plus consciemment la grâce de notre baptême. De même que le Saint-Esprit est la troisième Personne de la Sainte Trinité, parfois oubliée, le sacrement du baptême l'est aussi, pour beaucoup de croyants, réduit à un simple événement historique et, de ce fait, lui aussi tombé dans l'oubli. Autrefois, on demandait encore ici et là si l'on avait été baptisé, mais aujourd'hui, on n'entend plus cette question, par exemple lors d'entretiens d'embauche, même dans les institutions d'inspiration chrétienne. Cela ressemblerait presque à une intrusion dans la vie privée. Encore un symptôme de la façon dont tout ce qui touche à la foi est relégué à la sphère privée. C'est peut-être précisément pourquoi la Pentecôte est le moment idéal pour sortir de cette sphère privée, forts de la puissance que nous pouvons recevoir du Saint-Esprit, pour redonner à la foi toute sa pertinence dans notre société et pour ne pas laisser quiconque tenter de nous faire taire sur ce sujet.

    Nous pouvons prendre exemple ici le pape Léon XIV qui, en ces temps de guerre et de violence, continue de proclamer avec une grande constance le message de paix et de réconciliation, et permet à ce message de résonner librement dans le monde comme un message évangélique. Ce faisant, il montre que la foi ne doit pas être enfermée dans la sacristie, pour reprendre une expression de son prédécesseur. Lorsque je prendrai conscience de la grâce du baptême reçue lors de mon baptême, je créerai également dans ma vie un espace pour que cette grâce baptismale – que l’on pourrait appeler l’œuvre du Saint-Esprit en nous – puisse agir et me donner la force de vivre ma foi plus consciemment et de la proclamer sans crainte. Ce dernier point peut sembler le plus difficile dans la société actuelle, mais le Christ nous en a avertis lorsqu’il a annoncé la venue du Saint-Esprit : « l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point » (Jean 14, 17). Ce que nous observons aujourd’hui en termes de résistance ne doit donc pas nous surprendre, et certainement pas nous décourager ; il ne fait que prendre de nouvelles formes d’expression. Relire les vies des premiers chrétiens peut certainement nous aider à cet égard et même nous encourager à vivre notre foi ouvertement et à la proclamer sans crainte.

    C’est pourquoi la solennité de la Pentecôte, en plus de marquer la fin du temps pascal, est aussi un nouveau commencement : fortifiés par le Paraclet, nous pouvons intégrer activement notre baptême dans nos vies d’une manière renouvelée, et par là aussi dans nos relations avec les autres. Chantons donc : « Viens, Esprit Créateur, descends sur nous ; fais ton entrée parmi nous, Seigneur. »

  • Pentecôte : les sept dons de l’Esprit ou l’Échelle intérieure

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    Les dons du Saint Esprit.jpgPlus de sept siècles avant la naissance de Jésus, le prophète Isaïe parle ainsi du Messie : “Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété ; et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira” (Is. 11, 2-3).

    Cette mystérieuse énumération ne s’applique pas seulement au Fils de Dieu incarné, elle propose à notre humanité une voie de sanctification, car nous sommes invités à recevoir les mêmes dons, à gravir les mêmes échelons spirituels pour progresser sur le Chemin, dans la Vérité, vers la Vie. Comme l’écrit Dom Prosper Guéranger dans son Année liturgique (qui a inspiré la substance de ce texte) : “L’humanité de Jésus est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l’Esprit-Saint a opéré pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous”.

    On vient de le lire, la première liste des dons de l’Esprit est descendante ; Isaïe décrit le Messie comme s’il le voyait d’en haut, commençant par la sagesse et terminant par la crainte. Or, le rédacteur inspiré du livre des Proverbes affirme que “la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse” (Prov. 9, 10), comme s’il contemplait les mêmes dons de l’Esprit d’en bas, depuis le sol de notre nature humaine, là où l’aventure spirituelle commence...

    Posons le pied sur le premier échelon : la crainte de Dieu. Cette crainte n’est en rien de la peur ou de la défiance vis-à-vis de Dieu ; au contraire, elle exprime la situation initiale objective de la créature face au Créateur : la petitesse. Considérant l’infinité de Dieu, l’homme ne peut que reconnaître d’emblée sa propre insuffisance, ses carences, son péché. La vision du sommet d’une très haute montagne, l’infini des mathématiques ou le ciel étoilé peuvent donner une idée du rapport initial qui s’établit entre Dieu et celui qui le découvre. La vertu primordiale pour entamer et poursuivre jusqu’au bout le voyage spirituel est donc l’humilité. Lestée de son orgueil natif, l’homme peut entamer avec confiance son ascension, sûr que Jésus-Christ le précède tout au long du parcours, car s’il a pris notre condition humaine, c’est pour nous entraîner à sa suite. Il a reconnu le parcours, l’a balisé, équipé de relais...

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  • L’esprit du Seigneur remplit l’univers : alleluia ! (Introit de la fête de la Pentecôte)

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    Sg 1
    7 L’esprit du Seigneur remplit l’univers : alleluia !
    Lui qui tient ensemble tous les êtres,
    il entend toutes les voix. Alleluia !
    Ps 67
    2 Dieu se lève et ses ennemis se dispersent,
    ses adversaires fuient devant sa face.

  • Les pièces grégoriennes du dimanche de la Pentecôte

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    Du site d'Una Voce :

    Dimanche de la Pentecôte – Schola « Liquescentes » de Pologne (2007) et Abbaye de Montserrat (1959)

    « Hymne Veni Creátor »Dimanche de la Pentecôte - Schola "Liquescentes" de Pologne (2007) et Abbaye de Montserrat (1959)

  • Les dons du Saint-Esprit

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    Les dons du Saint-Esprit par l'abbé Christophe Cossement sur le blog de la paroisse de Frameries-Quévy :

    Voici la première vidéo d’une série de 8 sur les dons de l’Esprit, en préparation à la Pentecôte. Dans cette première capsule, avant de détailler ce que l’Esprit Saint nous donne, prenons un peu de temps pour nous regarder Dieu nous donner son Esprit

    Deuxième vidéo de la série, qui aborde le don de sagesse, celui qui permet de goûter l’amour de Dieu et sa lumière.

    Après le don de sagesse, voici le second don du Saint-Esprit, l’intelligence, du latin intus legere, lire à l’intérieur… du mystère de Dieu. Où cela nous mène-t-il ?

    On l’appelle don de connaissance, ou de science. Il prolonge le précédent, le don d’intelligence, en permettant d’habiter soi-même dans le projet de Dieu. Il donne aussi une juste place à tout ce qui nous passionne ou nous sert.

    Voici le don qui concerne plus spécialement notre action, le discernement que nous devons porter sur ce que nous projetons de faire. Par le don de conseil, l’Esprit Saint nous guide et nous attire vers le bien.

    Voici le cinquième des dons de l’Esprit Saint, qui nous permet de mener le combat spirituel, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est le combat de l’amour, à la suite du Christ

    L’avant-dernier don de cette série est l’esprit de piété, ou d’affection filiale. Avant tout je vous conseille le site de la basilique d’Avioth, dans le Nord de la France, qui d’une part est très joli et donne envie de s’y rendre en chair et en os, et d’autre part présente de magnifiques commentaires et prières au sujet des dons de l’Esprit.

  • Nous sommes envoyés avec l’Esprit Saint, pour faire connaître l’amour de Dieu (homélie pour le dimanche de la Pentecôte)

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    Homélie de l'abbé Christophe Cossement pour le Dimanche de la Pentecôte :

    Disciples de l’Envoyé

    (archive 28 mai 2023)

    Si nous sommes ici ce matin, c’est parce qu’il y a eu cet événement raconté dans l’évangile d’aujourd’hui : après sa mise au tombeau, Jésus se montre vivant, avec les marques des plaies de sa passion, au milieu de ses disciples, et il leur donne l’Esprit Saint pour les envoyer en mission. S’il n’y avait pas eu ce don de l’Esprit Saint, s’il n’y avait pas eu cet envoi en mission, nous serions encore en train d’adorer les dieux celtes ou romains, ou la lune et le soleil, et nous ne connaîtrions rien de ce Dieu qui aime les êtres humains et qui veut les tirer des chaînes du mal.

    Avec ce qui nous est raconté, nous sommes à un tournant de l’histoire des religions : le christianisme envoie des messagers en mission. Le peuple juif n’avait pas de messagers de la bonne nouvelle. Sa vocation était de vivre avec Dieu, d’être quelque part sur la Terre le peuple qui apprend à vivre l’amour de Dieu, qui fait voir que Dieu s’intéresse à l’humanité, nous appelle, nous guide, nous apprend les chemins du bien, de la justice, de l’amour. Le peuple juif vivait cela, tant bien que mal, comme nous tous vivons tant bien que mal notre foi.

    Mais voilà que Dieu a voulu passer la vitesse supérieure, créer des liens plus intenses avec tous les hommes. Alors paraît Jésus. Il est l’envoyé du Père, et assez vite les apôtres comprendront qu’il est Dieu lui aussi, ce qu’on comprendra en disant qu’il est la deuxième personne de la Trinité.

    Dieu a donc un envoyé. Qui vient tout changer dans notre conception de la vie. Nous découvrons que le sens de la vie c’est l’amour. L’amour des amis mais aussi des ennemis. Nous découvrons que Dieu nous aime personnellement, et qu’il peut guérir nos cœurs blessés par le mal. Nous découvrons que la mort n’est pas le point final, mais que Dieu nous appelle à une vie éternelle près de lui, dans le bonheur d’aimer et d’être aimé. Nous découvrons que nous pouvons prier, nous retirer dans le secret pour être avec notre Dieu, pour passer du temps à penser à lui en l’aimant, pour tisser ce lien avec notre Créateur.

    Jésus, le Christ, est l’envoyé, et aujourd’hui il dit : « de même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. La paix soit avec vous ! » Et c’est comme ça que les apôtres sont partis annoncer l’Évangile de proche en proche, et qu’un jour au IIIe siècle (Piat) puis au Ve siècle (les disciples de saint Martin, Éleuthère, etc.) et encore au VIIe siècle (Amand, Ghislain, Aldegonde, Waudru et Vincent, etc.) l’Évangile s’est implanté chez nous.

    Les apôtres ont été envoyés avec l’Esprit Saint. Et nous aussi, nous sommes envoyés avec l’Esprit Saint, pour faire connaître l’amour de Dieu. L’Esprit Saint c’est Dieu lui-même qui se communique à nous et vient habiter en nous. Il nous fait comprendre que l’Évangile ce n’est pas d’abord un message, même un beau message de paix, mais que c’est un amour à vivre, que c’est entrer dans une vie où on se donne soi-même, où on s’engage par amour.

    Qui veut se consacrer aux autres et à Dieu ? Qui veut prendre du temps pour sortir de lui-même, de ses projets, pour ouvrir son cœur, aider, consoler, encourager, défendre ? Quand nous abandonnons notre smartphone ou notre console pour regarder autour de nous, nous voyons bien quel bonheur nous pouvons donner en nous consacrant aux autres : une visite à quelqu’un qui est malade, un service à rendre, un effort pour arrêter de râler, etc. Ce n’est pas facultatif, ce n’est pas pour ceux qui en ont spontanément envie tandis que les autres font comme ils veulent. Si nous ne le faisons pas, l’Esprit Saint en nous est vivement contrarié. Il faut qu’on sache qu’il y a un Dieu qui aime le monde. Et nous, nous nous occupons de ses affaires, comme il nous l’a demandé. Nous sommes envoyés, et nous disons : notre Père, que ton Nom soit sanctifié !

    Pour qu’on le sache, il faudra le montrer, et aussi qu’on le dise, il faudra ajouter le décodeur à tout le bien qu’on peut faire au nom de Dieu. Trouver un moyen pour que les gens avec qui nous sommes bons comprennent : il y a un Dieu qui veille sur toi encore plus que moi ! Invitons les gens à goûter l’amour de Dieu, invitons-les aux célébrations, à aller prier dans une église, à lire l’évangile, à aller se confesser pour entrer dans le pardon de Dieu, etc. Même aux gens des autres religions, nous devons annoncer : Dieu se fait proche de nous, il nous aime tendrement, il nous libère du mal. Il ne s’agit pas de chercher à convertir, mais à simplement faire savoir. Nous ne le faisons pas pour faire du chiffre, pour qu’il y ait du monde dans les églises. Mais parce que l’amour du Christ nous presse, lui qui dit : je suis l’envoyé, et je t’envoie.

  • « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    « Magnifica humanitas ». Points communs et divergences entre le pape mathématicien et les technocrates de l’IA

    Lundi 25 mai, le pape Léon XIV présentera au monde sa première encyclique, « Magnifica humanitas », en compagnie de la théologienne anglaise Anna Rowlands de la Durham University, récompensée en 2023 du prix de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoit XVI, ainsi que de l’entrepreneur américain Christopher Olah (photo), co-fondateur d’Anthropic. Ces deux personnes sont tout particulièrement engagées dans la résolution des questions importantes soulevées par l’intelligence artificielle, l’IA, auxquelles l’encyclique est consacrée.

    Signée par le pape Léon le 15 mai, à exactement 135 ans d’intervalle de la signature apposée par son prédécesseur et homonyme Léon XIII sur la première et historique encyclique « Rerum novarum » consacrée à la doctrine sociale de l’Église, « Magnifica humanitas » entend, elle aussi, répondre aux questions essentielles soulevées par la nouvelle révolution qui est en train de se jouer dans la société humaine : celle de l’intelligence artificielle.

    Anthropic n’est bien sûr pas la seule grande entreprise active dans le domaine. On peut également citer Palantir d’Alexandre Karp et Peter Thiel, OpenAI de Sam Altman ou encore xAI et Grok d’Elon Musk, chacune porteuse d’une vision techno-philosophique différente.

    Thiel a notamment fait parler de lui le mois dernier, à l’occasion de sa tournée à Rome pour un cycle de conférences à huis clos sur le thème de l’Antéchrist. Mais, au-delà de sa vision apocalyptique inspirée de René Girard, il pèse surtout politiquement par sa proximité avec JD Vance, le vice-président américain, converti à un catholicisme en rupture avec les orientations dominantes de l’Église. Vance est un critique acerbe d’une Europe qui, avec son AI Act adopté en 2024, prétend réguler l’intelligence artificielle au moyen de réglementations, en classant et en sanctionnant les risques de manière préventive. Une tentative illusoire dans un domaine en perpétuelle évolution.

    Anthropic, en revanche, s’inscrit dans une vision très originale, que l’Église de Rome suit avec attention. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pape Léon a demandé à Olah de présenter « Magnifica humanitas ».

    Pour mieux comprendre cette vision, on peut reprendre mot à mot la description qu’en a faite dans le journal « Il Foglio » du 18 mai un grand expert en la matière, Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur de stratégie entrepreneuriale à l’Université Bocconi de Milan et qui est appelé à enseigner dans quelques-unes des universités les plus prestigieuses au monde, la Columbia University à la Wharton School, en passant par la Steinbeis University de Berlin et le St. Mary’s College en Californie.

    Les autres co-fondateurs d’Anthropic, en plus d’Olah, sont Dario Amodei, qui en est actuellement le PDG, ainsi que sa sœur Daniela. L’essai « Machines of Loving Grace » qu’ils ont publié à deux en 2024 exprime le mieux leur vision, qui n’est pas dénuée de dimension politique.

    « C’est un texte de 15 000 mots qui valent la peine d’être lus dans leur intégralité – écrit le professeur Carnevale Maffè  — avant d’exprimer le moindre jugement sur la Silicon Valley. Leur thèse est nette : ‘Nous ne voyons aucune raison structurelle pour laquelle l’IA devrait favoriser de préférence la démocratie et la paix’. C’est un aveu qu’aucun de leurs collègues n’a eu le courage de formuler avec autant de clarté et qui mériterait à lui seul qu’on y consacre un séminaire de philosophie politique ».

    « Amodei reconnaît – poursuit Carnevale Maffè – que l’IA peut renforcer la propagande et la surveillance, les deux instruments classiques des autocrates, et que les démocraties doivent par conséquent s’impliquer activement pour obtenir un avantage structurel, ne pouvant pas faire confiance à l’inertie technologique. Cette position sépare Amodei du déterminisme optimiste qui a dominé la pensée californienne des années 1990 avec cette idée, d’inspiration vaguement clintonienne, qu’internet aurait automatiquement exporté la démocratie (on se rappelle tous les ‘printemps arabes’ et les illusions qui ont suivi). Amodei démolit explicitement ce récit : ‘Internet a probablement avantagé l’autoritarisme, et pas la démocratie’. Il s’agit d’une correction historique importante et surprenante de la part d’un PDG américain du secteur ».

    D’où la proposition d’Amodei de mettre en œuvre ce qu’il appelle une « stratégie d’alliance ». « Il s’agit d’une coalition de démocraties qui s’assurent de garder la main sur l’IA à travers le contrôle de la filière des semi-conducteurs et l’action militaire stratégique (‘the stick’, le bâton) combinée à la distribution des bénéfices (‘the carrot’) pour déplacer les équilibres mondiaux ».

    Dans son essai suivant de 2025, « The Adolescence of Technology », Amodei a approfondi cette ligne « en ajoutant une inquiétude qui est devenue sa marque théorique », écrit encore le professeur Carnevale Maffè. « Le risque contre lequel il met en garde ce n’est pas seulement que les autocrates pourraient utiliser l’IA contre les démocraties, mais bien que les démocraties elles-mêmes, au nom de l’efficience, ne dérivent vers des formes de techno-autoritarisme interne. Le ‘country of geniuses in a datacenter’, selon la formule consacrée d’Amodei désormais entrée dans le lexique commun, est une utopie conditionnée : elle ne fonctionne que si les géométries institutionnelles sont capables de tenir le choc de la concentration de la puissance de calcul ».

    Parmi toutes les positions sur la table, commente Carnevale Maffè, « celle d’Anthropic est la plus résolument kantienne dans sa forme et churchillienne dans sa substance. Ce n’est pas un hasard qu’elle soit aussi la plus respectée dans les milieux académiques occidentaux et la seule, il faut le souligner, qui se soit préoccupée de se soumettre à la critique, en suscitant des débats publics tels que celui du Leverhulme Centre for the Future of Intelligence de Cambridge, qui a fourni une lecture sévère mais constructive de l’essai d’Amodei ».

    Les co-fondateurs d’Anthropic ne sont pas les seuls à agir en se laissant guider par une vision techno-philosophique. Alexander Karp, le PDG de Palantir, a un doctorat en théorie sociale de l’Université de Francfort et, dans son essai de 2025, qu’il signe avec Nicholas Zamiska, intitulé « The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West », il écrit dans le ton d’un ex-élève de Jurgen Habermas et de l’École de Francfort. En pratique, sa thèse est que l’Occident a besoin de construire un complexe IA-industriel analogue au complexe d’industrie militaire de l’époque d’Eisenhower, s’il espère rester en lice dans la compétition cognitive avec les régimes autocratiques.

    Mais si Karp, avec Palantir, tient à maintenir, voire à renforcer, sa collaboration historique avec le gouvernement américain, il n’en va pas de même pour Olah et Amodei, dont la société, Anthropic, a été mise au ban par Donald Trump en février dernier après son refus de donner à l’armée américaine un accès illimité à sa technologie d’IA.

    Rien d’étonnant donc, à ce que le pape Léon, qui est déjà en délicatesse avec la Maison Blanche, ait justement demandé que ce soit Olah qui présente « Magnifica humanitas ». Il y a des points de convergence indéniables, en matière d’intelligence artificielle, entre la vision des cofondateurs d’Anthropic et celle de l’Église de Rome, ce que l’on peut d’ailleurs déjà constater dans le document « Antiqua et nova » du Dicastère pour la Doctrine de la foi de janvier 2025, et qui anticipe cette nouvelle encyclique.

    En effet, les nouveaux produits technologiques ne sont pas neutres, peut-on lire dans « Antiqua et nova » : « ils reflètent la vision du monde de leurs concepteurs, propriétaires, utilisateurs et régulateurs et, grâce à leur pouvoir, ils façonnent le monde et engagent les consciences au niveau des valeurs ». Cette critique, observe le professeur Carnevale Maffè, « est exactement celle qu’Habermas et l’École de Francfort auraient faite ». Léon XIV, le pape mathématicien de la Villanova University, « ne joue pas contre la Silicon Valley. Il joue avec la Silicon Valley intelligente contre une version plus grossière, chauvine et idolâtre ».

    Pour le dire autrement : « Si l’on accepte cette cartographie, la distance entre le personnalisme augustinien du pape Léon et le démocratisme prudent d’Anthropic est, au niveau des objectifs finaux, bien moindre que celle qui les sépare tous deux du trumpisme de Vance et du libertarisme de Musk ».

    Il convient également de mentionner les visions de Karp et de Thiel, plus discutables quant à elles, mais qu’on ne peut ignorer pour autant, dans l’optique de s’allier avec la partie saine de la techno-politique afin de réaliser une critique de la technocratie autoritaire.

    « C’est bien ce que l’Église a toujours su faire quand elle fonctionnait bien », conclut le professeur Carnevale Maffè. « Tenir ensemble thomistes et franciscains, jésuites et dominicains, au nom d’une vérité plus grande que toutes les écoles. Diversité des moyens, diversité des liturgies, diversité des cathédrales : le datacenter de Karp et la basilique de Saint Pierre. Mais l’ennemi est le même. Et l’histoire, quand elle veut être malicieuse, place les alliances les plus surprenantes dans les recoins les plus improbables ».

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.