Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« La liturgie ancienne ne cherche pas à plaire à l’époque, et c’est pourquoi l’époque y revient »

IMPRIMER

De Philippe Darantière, Président Notre-Dame de Chrétienté, sur le site du journal La Croix :

« La liturgie ancienne ne cherche pas à plaire à l’époque, et c’est pourquoi l’époque y revient »

À la veille du pèlerinage de Chartres organisé par Notre-Dame-de-Chrétienté, le président de l’association revient sur l’attrait de la jeune génération de catholiques pour la liturgie traditionnelle. Pour Philippe Darantière, dans un monde saturé d’horizontalité, la verticalité des rites ancestraux tranche et libère.

Écrivant le 18 mars 2026 de la part du pape Léon XIV aux évêques de France réunis à Lourdes, le cardinal Parolin a souligné « la croissance des communautés liées au Vetus Ordo ». Le fait est là : la liturgie traditionnelle attire, et attire les jeunes. Cette Pentecôte encore, 20 000 personnes vont participer au pèlerinage traditionaliste de Paris à Chartres, avec une moyenne d’âge de 22 ans et une hausse de fréquentation de 8 % en moyenne sur dix ans. Comment comprendre ?

La première réponse, et la plus commode, est celle de la « sensibilité » : le latin, l’encens, le grégorien, la beauté des ornements. Mais cela existe aussi ailleurs… On dira alors que c’est une affaire d’identité, un besoin de racines, la résistance à un monde liquide qui ne sait plus d’où il vient. Cet argument contient une part de vérité, mais ne suffit pas. Si la liturgie traditionnelle n’était qu’un conservatoire culturel, elle serait un musée, or elle est manifestement vivante. Elle fait passer du culturel au cultuel.

L’homme s’efface devant le rite

Voici le premier paradoxe : une liturgie qui, de l’extérieur, semble se dérouler « sans nous » attire profondément. Le prêtre est tourné vers l’Orient, vers le Christ dont il n’est que l’instrument visible. Il n’anime pas, il n’explique pas en temps réel. Les gestes sont ceux qui ont été accomplis invariablement et minutieusement depuis la nuit des temps. L’espace du sanctuaire sépare le sacré du profane. Tout parle d’un autre royaume, celui de Dieu.

Cette « mise à distance » n’est pas un archaïsme. Elle dit que l’on ne vient pas à la messe d’abord pour soi. On vient parce que l’on a envers Dieu une dette insolvable, que nulle générosité humaine ne saurait acquitter. On vient rendre à Dieu ce qui lui est dû. Et c’est précisément parce qu’on vient pour Dieu que l’on repart enrichi. La vertu de religion, ce devoir de culte envers le Créateur, est inscrite dans chaque geste de cette liturgie. L’homme s’efface devant le rite. Et loin de l’humilier, cet effacement l’élève. Dans une époque saturée d’horizontalité et de retour permanent sur soi, cette verticalité tranche et libère.

On objecte que cette liturgie serait hermétique. C’est méconnaître son rapport au corps et aux sens. Elle est au contraire extraordinairement incarnée. Les gestes ritualisés, les ornements, le latin, le silence, l’encens, les génuflexions, le chant grégorien : autant de signes concrets qui « ouvrent vers l’invisible », selon Benoît XVI. L’âme ne s’élève pas malgré le corps ; elle s’élève avec lui. Cette pédagogie sacramentelle répond à quelque chose de très profond que, depuis Abel, Noé, Abraham et Moïse, la Bible nous enseigne : l’homme est une créature, la seule de la nature, qui prie, qui offre, qui consacre.

La marque de la permanence

Certains ont affirmé que le sacré correspondait à un stade archaïque de l’humanité en voie de dépassement. La réalité du XXIe siècle est plus entêtée : le sacré attire toujours. Non pas malgré la modernité, mais peut-être à cause d’elle : ce que celle-ci essaye de détruire, la liturgie le garde et le redonne.

Dans un monde où tout change, où chaque institution, même dans l’Église, cherche à « se réinventer », cette liturgie porte la marque de la permanence. Les lectures sont les mêmes depuis des siècles. Le grégorien chante depuis plus d’un millénaire. Le canon romain murmure les mêmes mots qu’au temps de Grégoire le Grand. Et celui qui découvre cette messe pour la première fois comprend d’instinct qu’il entre dans quelque chose qui le dépasse, qui l’a précédé, qui lui survivra : il devient l’espace d’un moment participant d’une liturgie qui nous relie au ciel.

Cela ne signifie pas que la liturgie serait figée par essence. Elle évolue lentement, organiquement, mais toujours avec cette « infinie délicatesse » dont a témoigné le Concile de Trente, qui eut la sagesse de garder inchangés les rites ayant plus de deux siècles d’histoire. Et c’est cette permanence voulue, assumée, qui lui confère son autorité. La liturgie ne cherche pas à plaire à l’époque. Et c’est pourquoi l’époque y revient.

Le mystère rendu présent

Il reste un dernier paradoxe, peut-être le plus décisif. La liturgie traditionnelle est aussi, et peut-être surtout, une expression extraordinairement dense du mystère qu’elle célèbre. La messe, « trésor de la foi », est le mémorial de la Passion du Seigneur, non pas son souvenir mais son renouvellement non sanglant, le sacrifice rédempteur du Christ rendu présent sur l’autel. L’offertoire, la double consécration, les prières du Canon récitées en silence, la communion reçue à genoux : tout cela ne raconte pas la mort et la résurrection du Seigneur, tout cela les actualise.

La liturgie ancienne est ainsi un catéchisme vécu : elle enseigne non seulement qui est Dieu, mais qui est l’homme face à Dieu. Une anthropologie religieuse que nos contemporains n’ont pas désapprise, même quand ils ont cessé de la formuler. C’est peut-être cela, le secret de son attractivité : elle dit une vérité sur l’homme que l’homme porte en lui sans le savoir.

Liturgie missionnaire ? Assurément. Et pour un nombre croissant de baptisés et de convertis, elle est devenue la langue maternelle pour parler à Dieu et pour L’écouter. Elle est une richesse de l’Église, trésor de son passé, de son présent et de son avenir. Un trésor que 30 % des pèlerins de Chartres découvrent chaque année pour la première fois. Ce chiffre, à lui seul, montre que la liturgie tridentine célébrée au pèlerinage n’est pas un obstacle à la communion dans l’Église, mais un de ses joyaux.

Commentaires

  • ..
    Novus ordo ou Vetus ordo ?
    Voici un article remarquable d’un prêtre belge qui explique très clairement les raisons réelles du problème. Au passage, ce prêtre rend hommage à Monsieur Denis Crouan pour son site Proliturgia dont il s’est inspiré pour appuyer sa pensée.

    http://www.belgicatho.be/archive/2016/08/29/messes-anciennes-et-nouvelles-le-temoignage-d-un-pretre-belge.html
    Un prêtre belge témoigne : j'étais traditionaliste

    Désobéissance, désordre, bricolage liturgique et nombreuses dérives scandaleuses lors de la célébration de la Sainte Messe sont les principales raisons pour lesquelles des jeunes et des fidèles pratiquants écœurés cessent d’assister à la messe dominicale ou se dirigent vers des communautés dites ”traditionelles” quand ils en ont la possibilité, ce qui n’est pas le cas universellement.
    On peut donc aisément comprendre pourquoi de nombreux catholiques bien avisés de ce qui se trame au Vatican prennent la défense de la FSSPX laquelle, face à tant d’abus et de dérives, a toute aisance de justifier ses nominations d’évêques en invoquant ”une situation de nécessité réelle ou sincèrement perçue” selon les canons 1323 (paragraphe 7) et 1324.
    La FSSPX pose une question élémentaire à la hiérarchie vaticanesque et la met au pied du mur :

    ”Voici en quoi consiste la vraie foi ! Êtes-vous d’accord et disposés à corriger les erreurs ? ”

    Et on va bientôt savoir ce que répond le Vatican et les conclusions qu’il faut en tirer en toute bonne conscience catholique.

  • L'homme de toujours, de tous les temps a besoin de transcendance ... aujourd'hui plus que jamais.
    Enfants de Dieu nous sommes tous !
    L'homme a besoin d'aides spirituelles pour s'élever vers le Beau, le Bien et le Vrai ...pour accomplir ses devoirs sur cette terre, en évitant le mal qui existe bel et bien. Recours aux 7 Sacrements institués par le Christ et administrés par l'Eglise.
    Les Prêtres tournés vers l'Orient, vers le Christ lors de la Messe, nous portent plus logiquement ainsi orientés dans leurs prières, nous recommandent à Dieu, nous élèvent, en vue de la Vie Eternelle de nos âmes. Il nous bénissent et prient pour nous.
    C'est un appel très exigeant qu'ils recoivent...! Tous "tournés vers Dieu" pour la Gloire de Dieu !
    La Fraternité St Pie X mérite tous nos encouragements, notre sympathie, notre affection ... Avec eux, notre société vivra au nom du Christ Vivant et Ressuscité et elle fera de bonnes oeuvres riches et abondantes pour la Gloire de Dieu. C'est sûr !

  • La liturgie dite "ancienne" (qui n'est pas si ancienne que ça) attire pour la bonne raison que la façon dans la liturgie est traitée depuis Vatican II par des célébrants n'ayant reçu aucune formation sérieuse, fait fuir, fatigue, exaspère. Le pape Benoît XVI l'a écrit : les fidèles fréquentent les liturgies anciennes parce qu'ils y trouve le silence, les mélodies grégoriennes, une certaine dignité qu'on refuse dans la liturgie restaurée à la suite du dernier concile. Quand nos évêques auront compris ça et se décideront à veiller que la liturgie restaurée soit partout célébrée avec soin et dans le respect de toutes les rubriques, fidélité aux prescription du Missel, comme l'avait demandé le pape François, un grand pas sera fait dans la bonne direction. Il n'est pas interdit de rêver...

Les commentaires sont fermés.