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  • Nos évêques : des pleutres ?

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    Tant que Gabriel Ringlet, dont les prises de position vont à l'encontre de l'orthodoxie et de l'éthique catholiques, n'aura pas été franchement désavoué par nos évêques et interdit de prise de parole dans les lieux (églises, cercles paroissiaux, ...) relevant de leur autorité, je ne pourrai m'empêcher de considérer ces évêques comme des pleutres (Y.W.) :

    Le théologien Gabriel Ringlet réagit à l’affaire Vincent Lambert : “je suis touché, et en colère”

    INTERVIEW sur le site de la Dernière Heure > MA. BE. Publié le 

    Gabriel Ringlet, l'ancien vice-recteur de l’Université catholique de Louvain" L’acharnement thérapeutique est insupportable !"

    1 Quel est votre ressenti suite au décès de Vincent Lambert ?

    " Je suis très touché et en colère quand je vois la façon dont il a été traité. Tout cet acharnement thérapeutique m’a paru insupportable et indigne d’un être humain. J’espère que la France pourra tirer les conclusions qui s’imposent pour l’avenir. "

    2 Êtes-vous favorable à l’euthanasie quelles que soient les circonstances ?

    " Dans certaines circonstances, la morphine ne suffit plus à soulager la personne. Deux options peuvent alors se dégager : la sédation palliative définitive et l’euthanasie. L’une est plus longue que l’autre. Mais pour moi, les deux questions sont à égalité sur le plan éthique. Il faut aider les personnes à s’en aller le plus doucement possible. L’acharnement thérapeutique est insupportable."

    3 Vous ne partagez donc pas l’avis de certains croyants qui estiment que la vie doit être préservée à tout prix ?

    " La vie possède de nombreuses dimensions : une dimension biologique mais aussi affective et relationnelle. La vie, c’est quelque chose de complet. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir une vision aussi étroite de la vie que les parents de Vincent Lambert."

    NdB : Rappelons que Monsieur Lambert n'était pas en fin de vie : il ne souffrait d'aucune maladie nécessitant un traitement. Les conséquences de son accident, survenu en 2008, résidaient dans une incapacité à s'alimenter et à communiquer (Voir fiche : L'état végétatif). En France, on estime aujourd'hui à environ 1500 le nombre de personnes plongées dans un état similaire.

    Le commentaire de diakonos.be :

    GABRIEL RINGLET : JE SUIS EN COLÈRE !

    L'abbé Gabriel Ringlet, ancien vice-recteur de l’Université catholique de Louvain, très proche de la franc-maçonnerie belge, l'affirme avec force dans les colonnes de La Dernière Heure : on aurait du mettre à mort Vincent Lambert beaucoup plus tôt. Il ne comprend pas comment ses parents peuvent avoir "une vision aussi étriquée de la vie".

    Nos collègues de Belgicatho ne mâchent pas leur mots et ne comprennent pas pourquoi nos évêques ne désavouent pas ce personnage qui se dit encore prêtre tout en affirmant le contraire de ce que dit l'Eglise.

    Ses prises de position sont aussi en contradiction totale avec le Pape François lui-même qui a récemment dénoncé la "culture du déchet" et affirmé que l'euthanasie était un “acte homicide, qu’aucune fin ne peut justifier”: "Je voudrais réaffirmer et confirmer avec force que l’unique maître de la vie, du début jusqu’à sa fin naturelle, est Dieu ! Et notre devoir, notre devoir est de tout faire pour protéger la vie." a-t-il déclaré.

    Nos évêques craindraient-ils à ce point les foudres médiatiques de ses amis de la laïcité, toujours prêts à hurler au retour de l'obscurantisme et de la censure religieuse? Craignent-ils le retour de bâton de ses frères parlementaires qui n'attendent qu'un prétexte pour rouvrir le débat sur le financement des cultes et voter l'euthanasie d'un clergé belge déjà moribond ? Mystère.

  • "L'affaire Lambert" suscite de nombreuses déclarations et commentaires

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  • Libre propos sur l’affaire Vincent Lambert : une « tribune » de Michel Houellebecq dans « Le Monde » du 11 juillet

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    Une liberté de parole loin des jérémiades convenues, publiée sur le sur le site du « Salon beige » : 

    Houellebecq 996aa266b394bc9fb351d9a11ca98ed5-serotonine-michel-houellebecq-revient-avec-un-livre-sombre-et-poignant.jpg« Excellente tribune de l’écrivain Michel Houellebecq dans Le Monde, écrite avant le décès de Vincent Lambert. Alors que le procureur vient de demander une autopsie pour vérifier que l’arrêt des traitements a respecté la loi :

    Ainsi, l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert. J’avoue que lorsque la ministre « des solidarités et de la santé » (j’aime bien, en l’occurrence, les solidarités) s’est pourvue en cassation, j’en suis resté sidéré. J’étais persuadé que le gouvernement, dans cette affaire, resterait neutre. Après tout, Emmanuel Macron avait déclaré, peu de temps auparavant, qu’il ne souhaitait surtout pas s’en mêler ; je pensais, bêtement, que ses ministres seraient sur la même ligne.

    J’aurais dû me méfier d’Agnès Buzyn. Je m’en méfiais un peu, à vrai dire, depuis que je l’avais entendu déclarer que la conclusion à tirer de ces tristes événements, c’est qu’il ne fallait pas oublier de rédiger ses directives anticipées (elle en parlait vraiment comme on rappelle un devoir à faire à ses enfants ; elle n’a même pas précisé dans quel sens devaient aller les directives, tant ça lui paraissait aller de soi).

    Vincent Lambert n’avait rédigé aucune directive. Circonstance aggravante, il était infirmier. Il aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l’hôpital public avait autre chose à foutre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de « légumes »). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se
    faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents).

    Vincent Lambert vivait dans un état mental particulier

    Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. Il n’était pas en état de communiquer avec son entourage, ou très peu (ce qui n’a rien de franchement original ; cela se produit, pour chacun d’entre nous, à peu près toutes les nuits). Cet état (chose plus rare) semblait irréversible. J’écris « semblait » parce que j’ai rencontré pas mal de médecins, pour moi ou pour d’autres personnes (dont plusieurs agonisants) ; jamais, à aucun moment, un médecin ne m’a affirmé qu’il était certain, à 100 % certain, de ce qui allait se produire. Cela arrive peut-être ; il arrive peut-être aussi que tous les médecins consultés, sans exception, formulent un pronostic identique ; mais je n’ai jamais rencontré le cas.

    Dans ces conditions, fallait-il tuer Vincent Lambert ? Et pourquoi lui, plutôt que les quelques milliers de personnes qui à l’heure actuelle, en France, partagent son état ? Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole ; qu’il s’agissait, pour la ministre de la santé « et des solidarités », de faire un exemple. D’« ouvrir une brèche », de « faire évoluer les mentalités ». C’est fait. Une brèche a été ouverte, en tout cas. Pour les mentalités, j’ai des doutes. Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir : tel est, me semble-t-il, l’« état des mentalités », depuis quelques millénaires tout du moins.

    Une découverte extraordinaire, qui apportait une solution élégante à un problème qui se posait depuis les origines de l’humanité, a eu lieu en 1804 : celle de la morphine. Quelques années plus tard, on a vraiment commencé à explorer les étonnantes possibilités de l’hypnose. En résumé, la souffrance n’est plus un problème, c’est ce qu’il faut répéter, sans cesse, aux 95 % de personnes qui se déclarent favorables à l’euthanasie. Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça. Et puis on m’a fait une piqûre (de morphine), et mon point de vue a changé radicalement, du tout au tout. En quelques minutes, presque en quelques secondes. Bénie sois-tu, sœur morphine. Comment certains médecins osent-ils refuser la morphine ? Ont-ils peur, par hasard, que les agonisants deviennent accros ? C’est tellement ridicule qu’on hésite à l’écrire. Enfin c’est ridicule, si l’on veut ; mais c’est assez dégueulasse, aussi.

    Par acquit de conscience j’ai consulté Le Petit Robert

    Personne n’a envie de mourir, personne n’a envie de souffrir, disais-je ; une troisième exigence semble être apparue depuis peu, celle de la dignité. Le concept me paraissait à vrai dire un peu vaseux, j’avais une dignité c’est sûr, j’y pensais de temps en temps, pas souvent, enfin rien ne me paraissait justifier qu’il vienne au premier plan des préoccupations « sociétales ». Par acquit de conscience j’ai consulté Le Petit Robert (édition 2017). Il définit, assez simplement, la dignité comme le « respect que mérite quelqu’un ». Les exemples qui suivent embrouillent plutôt la question en révélant que Camus et Pascal, quoique ayant tous deux une conception de la « dignité de l’homme », ne la font pas reposer sur la même base (ce dont on pouvait se douter). Quoi qu’il en soit il paraît évident aux deux (et même à peu près à tout le monde) que la dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une « évolution des mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir. »

    Ref. Michel Houellebecq : « Vincent Lambert, mort pour l’exemple »

    JPSC