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Le nouvel archevêque de Lyon : "Nous ne sommes pas là pour gérer la fermeture de l’usine mais pour annoncer le Christ qui vient sauver le monde !"

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Du site de Famille Chrétienne :

16 décembre 2020

Mgr Olivier de Germay à Lyon : "Je ne sais pas ce qui m’attend"

Olivier de Germay, nouvel archevêque de Lyon en remplacement de Philippe  Barbarin

À vue humaine, cela peut paraître fou. Mais le jour de mon ordination, j’ai remis ma vie dans les mains du Seigneur. J’ai choisi de me laisser guider par lui, d’être disponible pour la mission. En 2012, lorsque le nonce m’a dit que le Pape m’avait nommé évêque de Corse, j’ai dit oui tout de suite. Cette année, en rencontrant le nonce, j’étais dans le même état d’esprit. Mais j’avoue avoir été tellement surpris de sa demande, que j’ai mis 24 heures avant de donner ma réponse. Je ne sais pas ce qui m’attend. Des épreuves ou de grandes joies ? L’important c’est de faire la volonté du Seigneur.

En devenant Primat des Gaules, c’est une histoire et une tradition dont vous allez hériter, dans quelle démarche vous inscrivez-vous ?

Le christianisme à Lyon est très ancien. S’inscrire dans cette tradition est un honneur ; c’est aussi une responsabilité qui m’impressionne. J’essaierai de me laisser guider par l’Esprit Saint, lui qui fait toutes choses nouvelles !

Et peut-être aussi par Saint Irénée ? Le connaissez-vous et vous inspire-t-il ?

J’ai lu des choses sur saint Pothin et les premiers martyrs de Lyon. Je découvre effectivement la vie de saint Irénée, en particulier grâce à une BD ! Son combat contre les gnoses est finalement plutôt d’actualité. Aujourd’hui encore il existe cette tentation de vouloir tout expliquer par une simple connaissance humaine. La science est parfois considérée comme la seule source de vérité, la seule connaissance digne de foi…

Le Primat des Gaules a une responsabilité spirituelle nationale. Vous y avez songé ?

Cela me met la pression ! (rire) Honnêtement il s’agit plus d’un titre honorifique qu’autre chose. Ma priorité sera de me consacrer au diocèse de Lyon. J’aurai également des responsabilités au niveau de la province ecclésiastique. Pour le reste, on verra…

Avez-vous rencontré votre prédécesseur le cardinal Barbarin ?

Je l’ai bien entendu rencontré. Mgr Barbarin m’a parlé avec passion du diocèse de Lyon. On sent qu’il s’est beaucoup investi dans cette mission. Nous avons évoqué un certain nombre de dossiers en cours. J’ai été impressionné par le dynamisme de ce diocèse ! Je pense par exemple à la pastorale des jeunes, aux initiatives en faveur des plus pauvres, aux missions d’évangélisation, aux entretiens de Valpré, etc. On ne peut évidemment pas réduire l’épiscopat du cardinal Barbarin aux affaires douloureuses qui ont eu lieu ces dernières années, même si c’est une réalité à prendre en compte.

Vous arrivez dans un diocèse blessé par l’affaire Preynat, comment comptez-vous renouer la confiance avec les fidèles et les prêtres ?

J’arrive avec une certaine neutralité, ce qui est un atout. Les récentes affaires ont choqué, scandalisé, découragé, divisé aussi. Des quelques contacts que j’ai déjà eu sur place, j’ai senti un grand désir d’aller de l’avant. Il faut certes tirer les enseignements de ce qui s’est passé, je pense avant tout à l’écoute des victimes et au travail de prévention qui a été mis en place. Mais il faut maintenant se recentrer sur le Christ et la mission. L’Eglise n’existe que pour évangéliser.

Quelles seront vos priorités pour le diocèse ?

Je n’ai pas la prétention d’arriver avec un programme tout ficelé. Je veux être à l’écoute et prendre le temps de découvrir. Être à l’écoute des gens mais aussi et surtout de l’Esprit Saint. Je pressens que ce diocèse aspire à retrouver la paix. Mgr Dubost a déjà commencé un beau travail en ce sens. Il y a dans l’Eglise qui est à Lyon une vraie diversité. C’est une richesse mais il faut que tout cela s’articule et s’unifie dans le service d’une mission commune. Il faudra travailler à la communion.

De nombreux laïcs très investis dans le diocèse vous attendent. Quels seront vos premiers engagements ?

Je vais rencontrer au fur et à mesure de nombreux laïcs, non seulement dans l’agglomération lyonnaise mais aussi dans les paroisses rurales du diocèse. À Noël, j’irai célébrer la messe avec l’Association Notre Dame des sans-abris, mais aussi en prison et à la cathédrale. Tous ces lieux sont des lieux de mission. Je crois qu’aujourd’hui l’Église ne doit pas se replier sur elle-même et se contenter de faire tourner la boutique ou « sauver les meubles ». Nous ne sommes pas là pour gérer la fermeture de l’usine mais pour annoncer le Christ qui vient sauver le monde ! Dans ce contexte, il me semble que les catholiques doivent articuler une forme de fierté et une forme d’humilité. Humilité car un chrétien ne peut se situer en surplomb ou en donneur de leçons. Mais fierté également car nous avons un trésor à transmettre. Le service que nous avons à rendre au monde ne se limite pas à une œuvre humanitaire, sans l’exclure bien entendu, il s’agit d’annoncer Celui qui peut répondre aux attentes les plus profondes de tout être humain ! Dans ce monde qui est, pour une part, déboussolé, nous pouvons être fiers d’être chrétien, si du moins, à la suite de saint Paul, nous mettons notre fierté dans la Croix du Christ.

Mais comment parler du Christ à nos contemporains ?

Pour annoncer le Christ, nous devons les rejoindre au niveau de leur désir profond. La foi chrétienne nous révèle que toute personne humaine, au fond d’elle-même, a soif de Dieu. Nous pouvons nous inspirer de la pédagogie du Christ. Dans sa rencontre avec la Samaritaine, par exemple, on voit comment il l’aide à descendre dans son puits intérieur (qui est profond, dit le texte) pour passer d’un désir d’eau – tout à fait légitime – à un désir beaucoup profond : la soif d’eau vive, c’est-à-dire la soif de Dieu. Le risque, si on est pris par la spirale de la consommation, c’est de vivre au niveau de nos désirs superficiels. Nous devons aider nos contemporains à intérioriser, à faire silence, à descendre en eux-mêmes pour y découvrir leur soif de plénitude, leur soif de Dieu. À ce moment-là, l’annonce du Christ Sauveur n’est plus quelque chose de plaqué, il rejoint leur attente. A la suite du Christ, les chrétiens doivent être des pédagogues !

N’est-ce pas le chemin suivi par ceux qui veulent pratiquer une écologie intégrale comme par exemple dans le éco-hameau de La Bénisson-Dieu ?

L’écologie est importante en elle-même, le Pape nous le rappelle souvent. Elle est aussi un point de rencontre avec des personnes qui aspirent à un monde meilleur mais qui ne partagent pas forcément notre foi. C’est un lieu d’évangélisation, et il est important que des chrétiens s’engagent dans ce domaine. Ils doivent évidemment pour cela se former car tout ne se vaut pas dans l’univers écologique…

Quelle est votre crainte au juste ?

Ce n’est pas tant une crainte qu’un point d’attention. Il existe certaines conceptions de l’écologie qui ne sont pas compatibles avec l’anthropologie chrétienne. Celle-ci est souvent remise en cause aujourd’hui, et il faut nous former pour entrer en dialogue avec nos contemporains à ce sujet. Un autre point d’attention, en tant qu’évêque, c’est de veiller à l’équilibre de nos engagements. La vie chrétienne comporte plusieurs dimensions à tenir ensemble. Il est bien sûr tout à fait normal que l’on soit plus à l’aise dans tel ou tel domaine, mais il ne faut pas tomber dans une forme d’exclusivité, et encore moins dans la critique vis-à-vis de ceux qui mettent l’accent sur d’autres dimensions de la vie chrétienne. Vous le savez, le grand défi dans l’Eglise est celui de l’unité ; sans cesse le Malin cherche à nous diviser. Il le fait parfois en laissant croire à chacun que sa manière de vivre sa foi est la seule valable. Certains chrétiens sont plus sensibles à l’engagement en faveur des pauvres, d’autres à la liturgie, d’autres à l’éducation, d’autres à la formation, etc. La diversité est légitime tant qu’elle est au service d’une édification mutuelle. Celui qui vit sa foi différemment de moi peut être un signe : il me rappelle que je pourrais honorer davantage telle ou telle dimension de ma vie chrétienne. Dans tout cela, il faut avoir le souci de l’équilibre. Je crois que cela fait partie de la mission de l’évêque.

Cette division, nous l’avons vue à l’oeuvre lors de l’interdiction des messes au début de ce deuxième confinement ?

C’est dommage de se diviser sur ces questions. Là encore, une diversité d’approche est légitime. Faut-il aller manifester devant les églises ou pas ? Cela ne touche pas aux fondements de notre foi. A titre personnel, je me suis réjouis de voir des jeunes exprimer leur soif de l’eucharistie. Tant de personnes aujourd’hui négligent la pratique dominicale ! Ma première réaction est donc positive. Cela dit, il peut y avoir plusieurs façons de défendre la liberté de culte. Il ne faut pas opposer les choses. En échangeant avec des personnes très « remontées » contre les mesures gouvernementales, je les ai invitées à être attentives aux dérives possibles de telles manifestations. La prière publique est en soi légitime, mais il faut veiller à ne pas l’instrumentaliser pour en faire un message politique. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans la situation des premiers chrétiens persécutés. Il ne s’agit pas tant d’une persécution religieuse que d’une méconnaissance de la religion et de la place du culte dans la foi catholique.

Les catholiques peuvent-ils vivre leur foi sans l’eucharistie dont ils ont été privés pendant plusieurs dimanches ?

Lorsqu’on est empêché de participer à l’eucharistie, on peut lire la Parole de Dieu, prier, seul ou à plusieurs, on peut également faire des œuvres de miséricorde. Il est vrai que l’eucharistie est pour nous vitale. On ne peut la comparer à une activité culturelle ou de loisir. Mais il faut aussi comprendre que, contrairement à d’autres religions, le christianisme n’est pas d’abord une pratique. Il est plus fondamentalement une mystique. Les chrétiens qui sont persécutés et emprisonnés ne participent pas à l’eucharistie, mais ils ne sont pas coupés de la grâce ! Celui qui a soif de l’eucharistie et qui en est empêché indépendamment de sa volonté peut toujours réaliser ce à quoi nous conduit l’eucharistie : faire de sa vie un « sacrifice saint » comme dit saint Paul. Et cela, personne ne peut nous l’interdire !

Vous citez volontiers saint Paul, c’est un saint qui compte pour vous ?

Je ne suis pas un spécialiste de saint Paul, mais je suis impressionné par sa fougue et son zèle missionnaire. C’est fou tout ce qu’il a enduré pour le Christ ! C’est un personnage attachant. J’ai eu l’occasion de faire un goum en Turquie sur des hauts plateaux dont on parle dans les Actes des Apôtres (région d’Iconium). Paul a parcouru des territoires hostiles et a exercé son ministère dans des conditions difficiles. Cela nous rassure quand on a l’impression de vivre des temps compliqués. En fait cela a toujours été un peu le cas !

La laïcité à la française n’est pas simple à vivre en ce moment pour les catholiques

En Corse, le rapport à l’Eglise est différent du continent ; la laïcité y est vécue avec souplesse et intelligence. Il faut se souvenir qu’ici la révolution ne s’est pas faite contre l’Eglise mais avec elle. Cela change tout ! Ailleurs en France, on sent des tensions et des hésitations. La question de l’islam ne se posait pas en 1905. L’ignorance religieuse amène parfois à confondre la laïcité avec l’athéisme. Pour nous, la laïcité ne consiste pas à imposer l’athéisme ou la disparition des religions de l’espace public mais à faire en sorte que tous puissent vivre ensemble, quelles que soient leurs convictions. Dans ce domaine, le dialogue avec les responsables politiques est important.

Même quand le maire de Lyon refuse d’entrer dans la basilique à l’occasion du vœu des échevins ?

Il a dit qu’il souhaitait distinguer la spiritualité de la religion, se situant lui-même du côté de la spiritualité et non de la religion. Le vœu des échevins, ce n’est pas le tout de la vie de l’Eglise, et il ne faut donc pas en faire un drame, mais il me semble important que les hommes politiques prennent en compte le fait religieux, surtout lorsque le culturel et le religieux sont très imbriqués. Je pense que j’aurai l’occasion d’échanger avec lui. Il est nouveau dans ses fonctions de maire, et moi dans mes fonctions d’archevêque de Lyon, et je ne doute pas que nous ayons des relations cordiales !

Quel sera votre rapport avec les autres religions ?

Les musulmans sont nombreux dans le diocèse ; le cardinal Barbarin a créé des liens assez forts avec eux. J’aurai bien entendu à cœur de poursuivre le dialogue interreligieux, un dialogue gratuit et bienveillant qui ne s’oppose pas à l’annonce, quand les circonstances le permettent, ainsi que l’a rappelé le Pape François. N’ont-ils pas le droit, eux aussi, d’entendre parler de Jésus Christ ? J’ai moins d’expérience en ce qui concerne le dialogue avec les juifs. Pour nous chrétiens, ils ne sont pas une autre religion ; ils sont le peuple de la première alliance, nos « frères ainés ». Pour la petite histoire, le cardinal Barbarin me disait qu’il lui arrivait de prier les psaumes en hébreu avec eux. J’avoue que mes cours d’hébreu au séminaire me paraissent bien loin !

Vous êtes arrivé cette semaine à Lyon. Quel a été votre premier acte comme archevêque de Lyon ?

Hier, avant d’être installé officiellement, j’ai célébré la messe en petit comité sur la tombe de saint Irénée. Cela m’impressionne d’être l’un de ses successeurs ! Dans les prochains jours, je donnerai évidemment des orientations en tant qu’évêque mais j’essaierai surtout de discerner avec mes proches collaborateurs ce que l’Esprit Saint souhaite pour l’Eglise qui est à Lyon. Je me méfie des pastorales où les choses sont trop verrouillées à l’avance. L’Esprit Saint sait mieux que nous ce que nous devons faire !

Antoine Pasquier , Bérengère de Portzamparc (Aleteia) et Samuel Pruvot

 
 
 
 
 

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