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Contrairement à la légende du "pape d'Hitler", Eugenio Pacelli était hostile au parti nazi dès son apparition

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D'Andrea Gagliarducci sur kath.net/news :

Les interventions de Pie XII contre le national-socialisme

La "légende noire" du silence de Pie XII face à la Shoah se nourrit d'une autre légende : Que Pacelli n'a rien fait contre le National Socialisme. Ici aussi, les faits disent le contraire.

Vatican (kath.net/ACI Stampa)

La légende noire sur le prétendu silence de Pie XII remonte à l'époque précédant le pontificat. C'était à l'époque où Eugenio Pacelli était nonce apostolique en Allemagne, précisément dans les années de la montée du national-socialisme. Et au lieu de protester contre ce qui s'est avéré être une dictature avec toute sa brutalité, y compris l'antisémitisme, Pacelli serait resté inactif. Il aurait même approuvé un Concordat avec l'Allemagne en 1933, alors qu'il était cardinal secrétaire d'État du Vatican, qui était presque une "carte blanche" pour le national-socialisme. Mais est-ce vraiment le cas ?

Les faits parlent contre elle, et les recherches du diacre Dominiek Oversteyns, basées sur des sources primaires, montrent que le nonce Pacelli est intervenu 326 fois contre le nazisme[1]. Mais un discours en particulier mérite d'être lu avec attention : Il s'agit d'un discours prononcé le 1er septembre 1929, quatre ans avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir, dans lequel le nonce Pacelli, alors nonce, a critiqué à 44 reprises le parti national-socialiste[2].

Le programme du parti national-socialiste, qui avait tenu son quatrième congrès à Nuremberg trois semaines auparavant, du 1er au 4 août 1929, est remis en question. Lors de ce congrès, la popularité d'Hitler commence à croître, si bien qu'à partir de ce moment et jusqu'en 1933, le parti reçoit en moyenne 11 % de voix supplémentaires à chaque élection nationale.

Eugenio Pacelli a immédiatement reconnu le danger et a exprimé son inquiétude dans ce discours, dans lequel il a vivement critiqué le programme électoral d'Hitler. Ce n'était pas la seule fois. Du 4 août 1929 au 10 décembre de la même année, le nonce Pacelli a dénoncé la personne d'Hitler et son programme NSDAP à 70 reprises au total. De 1923 à 1929, années de son expérience en tant qu'"ambassadeur" du pape en Allemagne, Pacelli est intervenu 326 fois contre Hitler et le programme nazi. Ces interventions se retrouvent dans 40 discours et huit documents.

Examinons maintenant brièvement quelques exemples de critiques à l'encontre d'Hitler et du programme de son parti. Nous laissons aux historiens et aux analystes le soin de les examiner plus en détail entre les plis du langage diplomatique, qui - surtout le langage papal - n'est pas toujours direct, mais cela ne signifie pas qu'il ne dénonce pas des situations.

Dès le début de son discours, Pie XII a critiqué le point 24 du programme national-socialiste, dans lequel Hitler exigeait "la liberté pour toutes les confessions religieuses dans l'État, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger l'existence de l'État et ne heurtent pas les sensibilités germaniques".

Le Nonce Pacelli a critiqué d'une manière très diplomatique. Il a salué les catholiques comme : "tous des camarades dans la foi réunis ici parmi des leaders éprouvés". En appelant les catholiques "camarades dans la foi", Pacelli critiquait directement le point 24 du programme du NSDAP, dans lequel Hitler résumait qu'il était au-dessus de l'Église catholique et au-dessus de Dieu. Mais tout catholique fervent sait que Dieu est au-dessus d'Hitler ! 12 fois dans son discours, Pacelli critiquera le point 24 du programme.

En utilisant le terme "Glaubensgenossen", le nonce Pacelli a directement critiqué le point 4 du programme du NSDAP, dans lequel Hitler parle de "Volksgenosse" comme étant le seul type de concitoyens ayant le droit de vivre dans son Reich. En bref, Pacelli dépeint ironiquement les catholiques comme des "coreligionnaires", par opposition aux "coreligionnaires" d'Hitler. A quatre reprises dans ce discours, le Nonce Pacelli critiquera ce point du programme.

En faisant appel à des "leaders éprouvés" - des leaders au pluriel ! - Pacelli critique Hitler directement et de manière double : d'une part, là où Hitler s'était déclaré le " seul chef ", Pacelli souligne qu'il y a " beaucoup de chefs " dans l'Église catholique, mettant ainsi directement en cause la crédibilité d'Hitler. D'autre part, le nonce Pacelli parle de "leaders éprouvés" dans l'Église catholique, critiquant Hitler comme un leader "inexpérimenté", ou un danger pour tous et pour l'État, le pays, l'Europe et le monde ! Dans ses 40 discours publics, le nonce Pacelli critique 30 fois Hitler en tant que "leader".

Le point 25 du programme du parti national-socialiste souligne que "le bien commun a la priorité sur le particulier. Pour réaliser ce (programme), nous exigeons la réalisation d'un pouvoir central fort, l'autorité absolue du Comité central sur toute l'Allemagne et ses organes".

Dans son discours, le nonce Pacelli s'est fermement distancé de cette position. Il a déclaré : "L'État est pour nous la terre protégée dans laquelle les individus et les familles construisent pacifiquement leurs maisons ; il est appelé à les aider à créer une existence digne dans ce monde, heureuse à tous égards, y compris sur le plan religieux. Par conséquent, le service au peuple et le service à l'État est un commandement sacré et indéfectible de Dieu pour les catholiques. S'ils nient avec force et acharnement l'omnipotence de l'État, l'arbitraire de l'État, et rappellent au pouvoir de l'État ses limites imposées par Dieu, la conception catholique de l'État englobe néanmoins deux éléments fondamentaux de la vie."

Le point 19 du programme du parti national socialiste appelle au remplacement du droit romain par la common law allemande. Dans son discours, le Nonce Pacelli a plutôt souligné : " En cette période de développement décisif, mon intention et mon but ne pouvaient être, dans la modeste mesure de ma faible fortune et dans le cadre que ma fonction et ma tâche m'indiquaient, que d'ouvrir et de dégager la voie, dans les relations juridiques modifiées du présent, aux valeurs et aux forces créatrices qui sont résolues dans notre foi catholique et notre mode de vie catholique pour l'édification des États, pour le redressement et le vrai bonheur des peuples ".

Et le point 20 du programme national-socialiste stipule : "Afin de permettre à tous les Allemands capables et travailleurs d'accéder à l'enseignement supérieur et donc à des postes de direction, l'État doit prévoir une restructuration fondamentale du système scolaire. Les programmes d'études de tous les établissements d'enseignement doivent être adaptés aux exigences de la vie pratique. Dès les premiers jours du développement intellectuel autonome, le but de l'école doit être de transmettre le sens de l'État (éducation civique)."

Pacelli ne pouvait pas être d'accord avec cela. Il a lancé un appel aux catholiques : "Vous connaissez les dangers imminents qui s'amoncellent ici devant votre peuple, comme devant presque tous les États de culture, dangers qui se profilent de façon presque plus sombre et plus sinistre que ce qui est passé sur les peuples au cours des dernières décennies. Je vous appelle : Soyez prêts à faire votre devoir envers la loi naturelle immuable du Créateur, telle que proclamée par l'Église, et envers la communauté. Dans votre foi sont contenues les sources sacrées auxquelles vous pouvez puiser des forces pour l'accomplissement du commandement de Dieu, pour la fonction naturelle et surnaturelle de la vie familiale chrétienne. N'oubliez pas qu'ici se trouve votre grande tâche."

L'appel de Pacelli était un appel à la mobilisation chrétienne contre le nazisme, qui était déjà anti-chrétien et païen. Entre autres choses, Pacelli avait été témoin des attaques du Saint-Siège par le parti nazi depuis 1923. Dans une lettre de Pacelli au cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État, on peut lire : "... certains organes de presse, tant nationalistes que socialistes allemands, ont récemment attaqué le Saint-Siège comme s'il participait aux mouvements séparatistes en Bavière. Le journal catholique Bayerischer Kurier n° 86 du 27 [mars] a vigoureusement répudié les accusations insensées, et pour ma part je n'ai pas manqué de donner à ce gouvernement, pour de bonnes raisons, des informations orales et confidentielles 1) des informations très correctes données par le Saint-Siège lui-même à l'occasion de la visite (dont le gouvernement lui-même avait déjà eu connaissance) dudit professeur Fuchs au nonce apostolique à Paris."

Au total, le nonce Pacelli a protesté 326 fois contre Hitler et le programme du NSDAP dans 40 discours, 8 documents et un article du 14 novembre 1923 au 12 décembre 1929, son dernier jour en Allemagne.

En outre, Pacelli avait observé attentivement l'évolution des différents partis en Allemagne afin d'évaluer la probabilité que ces partis votent en faveur du Concordat que le Saint-Siège voulait conclure avec la Bavière. Ainsi, dès 1922, le nonce Pacelli prend connaissance de l'existence du NSDAP, qu'il considère comme une sorte de parti fasciste dirigé par Hitler. Conscient que l'idéologie du nouveau parti était dangereuse pour la société et l'Église catholique, le nonce Pacelli a réagi très rapidement, avec des interventions en quelques semaines, aux nouveaux développements d'Hitler et de son parti, le NSDAP. Pour la période de 1924 à 1929, il existe au moins 20 exemples documentant cet activisme anti-nazi de Pacelli.

Contrairement à la légende du "pape d'Hitler", Pacelli était hostile au parti nazi dès le début.

[1] Dominiek Oversteyns, http://www.papapioxii.it/wp-content/uploads/2020/06/Fig.-3.14.2.-Hitler-contestato-326-volte-dal-Nunzio-Pacelli-in-Germani-dal-14-novembre-1923-fino-al-12-dicembre-1929.pdf.

[2] Dominiek Oversteyns, http://www.papapioxii.it/wp-content/uploads/2020/06/Un-esempio-Le-44-contestazioni-e-critiche-di-Eugenio-Pacelli-contro-Hitler-e-il-programma-del-NSDAP-che-il-nunzio-fece-nel-suo-discorso-XLII-del-1-settembre-1929.pdf.

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