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Le roi Baudouin, mystique et politique

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De Paul Vaute sur Le Passé belge :

Le roi Baudouin, mystique et politique

De l’emprise des partis aux questions éthiques, de la décolonisation aux réformes de l’Etat, les carnets privés du cinquième Roi des Belges révèlent le regard de foi qu’il porta sur chaque événement comme sur le drame de ne pas avoir d’enfant. Le constat de son humanité, manifestée de multiples manières, fit l’unanimité (1950-1993)

   Entre les débuts du prince royal, nullement préparé, considéré par ses ministres comme un « non-interlocuteur » , et le dernier hommage rendu au Roi par quelque 500.000 Belges faisant la file devant le palais et 38 chefs d’Etat présents aux funérailles, que de chemin parcouru! Vincent Dujardin, professeur à l’Université catholique de Louvain, n’a pas ménagé ses peines pour le retracer [1].

   Spécialiste de nos temps contemporains, il a entrepris ses recherches au moment le plus opportun, quand les archives commençaient à s’ouvrir alors qu’un nombre important de témoins et d’acteurs pouvaient encore être interrogés. On soulignera particulièrement l’importance des entretiens de l’historien avec la reine Fabiola et de l’accès qu’elle lui a ouvert aux écrits privés de son mari.

   Si la qualification de « non-interlocuteur » est quelque peu exagérée, elle correspond en tout cas à la réputation faite au chef de l’Etat pendant ses difficiles premières années. Une époque où, selon un ambassadeur du Luxembourg, un ancien ministre catholique (!) affirmait qu’il vivrait assez longtemps pour assister à la prestation de serment du premier président de la république belge (p. 85). Le voyage triomphal au Congo en 1955 amorça le tournant, pleinement accompli à partir du mariage en 1960. « On nous a changé Baudouin! » , proclamait alors le Pourquoi Pas ? (16 décembre 1960, cité p. 192). L’image fâcheuse de la dyarchie disparut, les relations difficiles avec l’atrabilaire princesse Lilian ayant conduit à une prise de distance de Baudouin, ainsi que de son frère et de sa sœur, avec leur père.

   Le cinquième Roi des Belges prit de la bouteille. Même si sa marge d’intervention personnelle dans la vie politique n’était plus comparable à celle de ses prédécesseurs, sa magistrature d’influence et son poids moral allèrent grandissant. S’il déplora, notamment en 1981 dans une lettre à Léopold III, en pleine valse des ministères, la « dégradation dans le gouvernement du pays par l’emprise des partis » (cité p. 521), il se garda de provoquer ceux-ci publiquement. Les couacs, au total, ont été rares. Comme l’observa Jean Stengers, dont les travaux sur le « métier » royal font autorité, innombrables furent les chausse-trapes communautaires dans lesquelles il aurait pu tomber (cité p. 840).

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